‹ Sciences mathématiques et physiques chez les BelgesChapitre 19 sur 41 · HtÈtoire du Pays de liège, Bruxelles, 1822, 2 vol. in · texte numérisé non relu

HtÈtoire du Pays de liège, Bruxelles, 1822, 2 vol. in

9. Abrégé de Vhistoire de la province de Namur, par demandes ei par réponses. Bruxelles, 1822, in-12.

10. Abrégé de V histoire du Hainaut et du Toumaisis, par demandes et par réponses. Mons, U« édit. 1823; 2« édit. 1827, in-12.

11. Abrégé de l'histoire du duché de Brabant, du marquisat d* Anvers et de la seigneurie de Matines, par demandes et par réponses, on français et en hollandais. Bruxelles, 1824, in-12.

12. Cours d'histoire belgique, contenant les leçons publiques données an Musée des lettres et des sciences de Bruxelles, par Dewez, et rédigées par luimême. Bruxelles, 1833, 2 vol. in-S».

la juste récompense de ses travaux ('). Cette décoration lui était due sous tous les rapports : sans doute, une couleur plus heureuse l'aurait remplacée après la révolution, quand serait venue l'heure de donner des distinctions aux talents qui honorent leur pays et qui, pour jeter moins d'éclatque les talents militaires, ne lui assurent pas une considération moins grande. Mais ces distinctions, Dewez ne les ambitionnait pas : habitué à une vie retirée et à des études tranquilles, il fuyait, au contraire, tout ce qui tenait à l'ostentation ; il était surtout jaloux de l'estime de ses concitoyens et désireux qu'on eût pour lui les égards qu'il eut toujours pour les autres. Malheureusement, il faut bien le dire, par suite de ces mutations qui accompagnent inévitablement toutes les révolutions politiques, il vit successivement remettre en doute la conservation de chacune des places qu'il avait acquises par ses talents et par de longs services. Ce déni de justice, cette espèce de défiance en ses capacités qui lui annonçait d'uoe manière dure qu'il était au bout de sa carrière, avait porté de rudes atteintes à son moral. Plus d'une fois, dans son intimité, il s'en est plaint avec douceur, car des paroles aigres n'ont jamais pris part à ses discours. Mais aucune perte ne pouvait lui être plus sensible que celle de ses deux filles qui faisaient le charme de sa vieillesse. Pour une âme aussi aimante, et dans un âge aussi avancé, ces deux coups devaient être mortels; aussi ce malheureux père n*a-l-il pas survécu longtemps à ses enfants chéris. Il sentait que désormais sa place était marquée à côté d'elles et que celte place ne pouvait rester longtemps vacante.

(') La iiolice, que Pou trouve ici a été lue sur le tombeau de Dewe2 : on a cru devoir la conserver telle qu^elle a été présemée alors.

ÉGIDE-NORBERT CORNELISSEN (1).

Il esl différentes manières de se distinguer dans la carrière des lettres. Les uns, sans sortir d'une sphère étroite, s'occupent uniquement de leurs écrits, et parfois ils obtiennent d'autant plus d estime, qu'ils s'adressent à un plus petit nombre d'adeptes. D'autres, au contraire, moins portés h manier la plume qu'à agir directement sur les masses, se rendent utiles par l'influence qu'ils exercent, par la lumière et la vie qu'ils répandent sur tout ce qui les entoure: peu préoccupés d'eux-mêmes et du renom qu'ils pourraient acquérir par leur savoir, ils font généreusement le sacrifice de leur avenir en faveur des autres hommes.

D'où vient, cependant, que le public, qui leur doit plus qu'aux premiers, soit moins juste à leur égard ? Est-ce parce qu'habitué à matérialiser tout, il n'estime le talent qu'en raison du nombre de volumes qui sont produits, ou bien parce qu'il se lasse même de ses bienfaiteurs, quand il se trouve constamment en contact avec eux ?

1') Né à ADvers, le lâjuillel 1769, mort à Gand, le SI juillel 1S49.

Le savanl dont il sera question dans cette notice appartenait à cette classe d'hommes généreux auxquels je viens de faire allusion : pendant près d'un demi-siècle, il a été Fàme d'une de nos principales cités; sa biographie, en effet, se confond en quelque sorte avec l'histoire littéraire de la ville de Gand. Sous ce rapport, elle ne sera peut-être pas sans intérêt : il est toujours curieux de rechercher par quels moyens on parvient à exercer de l'influence sur une population et comment on la détermine à créer des institutions utiles ou à consolider celles qu'elle possédait déjà.

Êgide-Norbert Cornelissen fit ses premières études dans une école de la Campine (') : c'était, à cette époque, le rendez-vous des jeunes gens qui, par la connaissance du latin, se préparaient à entrer à l'ancienne Université de Louvain. L'état de fortune de ses parents lui permettait de faire des études régulières; ses premières classes terminées^ il se transporta donc dans cette dernière ville et commença son cours de philosophie.

Il y était à peine qu'il entendit les premiers appels faits à la révolution de 1789. Le jeune Norbert s'y montra plus sensible qu'aux appels de ses professeurs : il s'empressa de

(') CVst lui-même qui nous rapprend, dans une notice spirituelle snr les traflét, iutilulée : Sur Ut tdbeaa des ancien»^ et insérée dans les Jnnaiêê Beigiqmê» Voici comment il s^exprime: « Si ma mémoire me retrace fidèlement ce que j*ai appris dans ma première Jeunesse, je crois me ressouvenir que mon professeur de syntaxe, lorsquNI rencontrait le mot tubera dans un auteur ancien, le traduisait par turdappel ou pomme de terre, et il en concluait gravement que ces tubercules étaient connus des Romains. Les élèves, à une époque où la civt7taa(t'oft nVtail pas aussi avancée qu*elle Pest aujourd'hui dans quelques collèges, n'avaient pas encore contracté Tbabitude de contredire leurs maîtres sur les baocs de récole; j'aurais donc très-pieusement juré, in verba magUtri, que le fii^er de la Rome des Césars était ce que je mangeais deux fois chaque jour de Paonée dans la Campine brabançonne, contrée riche en bonnes volailles, mais où le non pha ultra de la science culinaire éiait une dinde farcie de châtaignes; la véritable truffe, de nom et de fait, était inconnue dans la Campine : les prélats même de Tongerloo et d'Everbode n'en avaient jamais entendu parler. »

quitter les bancs de I école et de retourner dans sa ville natale (*).•

L'imagination encore exaltée par les principes d'égalité qu'il avait puisés dans les auteurs grecs et romains, il devint un des apôtres les plus fervents des idées républicaines. Il ne s'en tint pas à des paroles ni à des chants patriotiques ; il prit une part active à la révolution brabançonne et se rendit à l'armée; il fut attaché successivement aux généraux Vandermersch etSchônfeld, et il parait même qu'il fut fait prisonnier à Nassogne.

Cependant le gouvernement autrichien avait été rétabli, et le dictateur Vandernoot était en fuite. Notre jeune compatriote abandonna ses idées belliqueuses; et, vers la fin de 1790, il entra modestement, comme teneur de livres, dans une maison de commerce. Jamais profession n'avait été plus mal choisie; aussi fut-elle bientôt délaissée. Cornelissen alors tourna ses regards vers l'Italie; et, au mois d'avril 1792, il prit le chemin de la ville éternelle où l'appelaient depuis longtemps ses goûts et ses études.

Ce voyage eut toutefois une malheureuse issue. Cornelissen se trouvait à Rome au moment de l'assassinat de Basseville, dontle célèbre Monli a tour à tour maudit et glorifié la fin tragique (*). Notre compatriote lui-même y courut les dangers les plus grands : il se hàla de gagner le nord de l'Italie, et, après avoir été expulsé de Gènes, il rentra en Belgique.

(') Je dois à Pobligeance de M. Vrancken père, médecin à Anvers et parent de Cornelissen, de nombreux renseip^nemenls dont j*ai fai( usage dans cette notice: les dates ont été généralement tirées de pièces authentiques trouvées parmi les papiers du défunt.

(*) Cet assassinat eut lieu le 13 janvier 1793. Basseville était secrétaire de légation à Naples pour la Convention ; on Taccusail, à Rome, d*avoir voulu soulever le peuple : il fut assailli dans une émeute et reçut un coup de rasoir dont il mourut peu de jours après.

La bataille de Fleurus (1794) venait de livrer ee deraîer pays à la France; on créait une administration générale à Bruxelles. Cornelissen y fut appelé en qualité de traducteur dans la division deTinstruction publique. Vers la fia de la inéme année, il fut proposé, conjointement avec Rouppe, depuis bourgmestre de Bruxelles, et Van Meenen» qui fut plus tard un des présidents de notre cour de cassation, pour être envoyé comme représentant des élèves de la province de Brabant, à la nouvelle École normale de Paris.

Notre jeune compatriote ne resta que six mois dans celle dernière ville. En i795, il reprit le chemin de la Belgique, et fut nommé chef de la division à laquelle il avait appartenu. Cependant ses voyages et les dangers qu'il avait coa* rus en Italie ne l'avaient point calmé; sa fièvre républicaine s exhalait dans les journaux, et, au mois de mars 1796, il fut cité devant le tribunal civil et criminel d'Anvers comme rédacteur du Républicain du Nord, journal très-exalté qui se publiait à Bruxelles (').

Après la nouvelle organisation des provinces belges en départements, Cornelissen devint secrétaire général du département de la Dyle ; et, le 9 vendémiaire an VI (30 septembre \ 797) , le Directoire le nomma commissaire du pouvoir exécutif près du canton de Tirlemont. 11 venait de

(') Ce Journal quotidien, sous rormit \ïï'¥ de 4 pages, publié chex Talot, a paru depuis le 15 novembre 1795 jusqu^au 18 juin 1798; il fui rédigé d*abepd p«r N. Cornelissen, qui, le 38 mars 1797, y consigna celle déclaration : « Je remercie le propriétaire de celte feuille de m'en avoir confié la rédaction pendant dix-hnil mois ; il sait si jamais j'ai considéré son entreprise sous les rapports d'un aoUe intérêt que celui de la République. » Répondant à cette lettre, Pédiieur (L. Tulol) ajoute : • Sentant toute Tobligation qu'il doit aux soins parfaitement désinléretiéa que le citoyen Cornelissen a donnés jusqu'ici à la rédaction, il souhaite et espère les voir continuer. Mais comme la loi exige uue responsabilité et que le rédacteur connu retire la sienne, l'imprimeur s'en charge dorénavant pour les arUdet noii signés. » Cornelissen continua toutefois à prendre part ï la rédaaioo du jovoal. Voyez a ce sujet le Mftêager de Gand fiour 1844, pages 217 et suivantes.

recevoir les ioslroctions nécessaires pour se rendre à son poste, quand M. Lambrcchts, ancien professeur de droit canon à l'Université de Louvaio, fut appelé, en France^ au ministère de la justice. Ce haut fonctionnaire, qui avait pu apprécier les talents de son compatriote , l'invita à le suivre en qualité de secrétaire particulier.

Les habitudes régulières des bureaux et les formes administratives se conciliaient mal avec l'esprit d'indépendance qui caractérisait notre confrère. Il avait en horreur tout ce qui ressemblait à de la contrainte; et qui l'a connu a pu s'expliquer l'étrange fâcherie de Jean-Jacques Rousseau repoussant le bras du jeune Grétry qui voulait l'aider à passer au-dessus d'un las de pierres f). Cet esprit d'indépendance ne l'a point abandonné jusqu'à son dernier instant, bien que ses idées sur beaucoup d'autres points , et spécialement sur le républicanisme, eussent subi les modi- Gcations les plus prononcées. On conçoit donc qu'il renonça

(') Grélry dit, en rendant compte d*une représentation de La Fausse moffU .* « Je ne quittai pas Rousseau pendant le spectacle : il me serra deux ou trois fois la main pendant La Fausse magie; nous sortîmes ensemble :j*é(ais loin de penser que e*étail la première et la dernière Tots que je lui parlais! En passant par la me Française, il voulut Trancbirdes pierres que les paveurs avaient laissées dans la rue; je pris son bras el lui dis : « Prenez garde, M. Rousseau; — il le retira hmsqneraent, en disant : Laissez-moi me servir de mes propres forces. — Je tus anéanti par ces paroles; les voitures nous séparèrent; il prit son chemin, mol le mien, et jamais depuis je ne lui ai parlé. » (Estais sur la musique, tome l"*, page 271).

Quand Cornelissen assistait aux séances de PAcadémie, il venait ordinairement finir la journée à PObservatoire, quelquefois il y passait la nuit; mais, sur ce point, il ne fallait jamais Pinterroger d*avance, ni s*occuper de lui quand il était à table; c*eût été le moyen de le mettre de mauvaise humeur et de Téloigner. Quand, vers la (In de sa vie, sa vue était déjà considérablement affaiblie, on devait, vers le soir,recourir à des subterfuges pour le faire accompagner et pour veiller â ee qu*il ne lui arrivât pas d*accidenl. Le malin vieillard s^apercevait parfois decette petite ruse, mais, tout en se défendant contre cette marque d'attention, il s*y montrait cependant très-sensible, bien différent en cela de J.-J. Rousseau, pottrqal fa reconiraitsance, même dans les plus petites choses, fut toujours un fardeau insupportable.

à ses foDctioos dé commissaire du pouvoir exécutif pour se rendre aux désirs du ministre.

Cette nouvelle position convenait parfaitement à ses goûts. M. Lambrechts recevait une société choisie et composée en partie de savants et de gens de lettres; par suite, le jeoDe Cornelissen put passer successivement en revue tout ce que la capitale renfermait d'hommes éminents. D'une autre part, il s'était mis en relation avec ceux de ses compatriotes qu'on avait renfermés dans la prison du Temple à titre d'otages. Parmi les captifs se trouvait Tavocat Van Toers (*), avec lequel il se lia d'une étroite amitié et qui le détermina à venir se fixer à Gand, lorsqu'en 1799, cessèrent les fonctions du ministre belge.

A son arrivée, Cornelissen fut attaché comme secrétaire à M. Van Wambeke, commissaire du pouvoir exécutif près du département de l'Escaut. C'est à dater de cette époque que commence une série non interrompue de bons services rendus à sa nouvelle patrie adoptive. Il s'occupa d'abord, avec le magistrat auquel il était attaché, de faire modifier les h'stes des émigrés et de faire redresser des injustices nombreuses. 11 tourna en même temps son attention vers les institutions scientifiques et littéraires que renfermait la ville, et chercha à leur donner de la vie et de l'activité : les nouvelles fonctions dont il fut revêtu lui en facilitèrent les moyens.

Les mairies avaient été organisées en 1800, et Liévin

(') tf M. Van Toers est mort celle nuil... C*étaU le plus ancien ami qoe j*eusfe à Gand; car Pépoque à laquelle se rallacbe mon amitié date de la prison dn Temple, à Paris (1798-1799), où il subissait avec quarante ou cinquante autres liahiunts de Gand, la déloyale application de la loi draconienne dite des ofayet. Ce rut lui surtout qui m*engagea à me fixer à Gand. » (Lettre du 9 février 1841.) C'est à la même époque qu'il fit la connaissance de Van Hutthem, également Pud des détenus au Temple. Voyez plus haut la notice sur Van Hulthem, pour ce qui concerne celte captivih>.

Bauwens, à qui Ton doit Tinlroduction des premières filatures sur le continent, avait été nommé maire de la ville de Gand. Sur l'invitation de ce magistrat, Cornelissen accepta la place de chef de bureau de la police administrative, qui comprenait dans ses attributions Tinstruction publique et les beaux-arts. En septembre 1802, De Nayer, successeur de Liévin Bauwens, nomma Cornelissen secrétaire adjoint de la mairie , fonctions que notre confrère conserva Jusqu'en 18H.

Par la variété de ses connaissances, par son caractère franc et ouvert, Cornelissen sut bientôt se faire des amis nonmbreux. 11 avait le rare privilège de pouvoir fréquenter tous les rangs de la société sans se faire remarquer : il était tout aussi recherché dans les classes élevées, qu'il charmait jpar la tournure orginale de son esprit^ que dans les derniers JT'angs du peuple, qu'il savait captiver par ses conseils éclairés et par ses sentiments de bienveillance. Souvent au sortir d'un salon, il allait tout simplement s'attabler dans le plus modeste estaminet et prendre part aux conversations c^u'il relevait par ses saillies et par sa gaieté communicative. ^Sa popularité devint extrême : il était Thomme indispensai^le de toutes les réunions , l'âme nécessaire de toutes les 4V3tes publiques. Un peu de brusquerie , quelquefois même ^^n peu de causticité qu'il plaçait à propos, le préservaient ^^es inconvénients d'une familiarité trop grande. Il sut habilement tirer parti de cette position pour arriver à des ^^^ésullats utiles, dont nous aurons bientôt l'occasion de parler.

Cependant cette position même lui imposait de nombreux

Sacrifices, des pertes de temps considérables. Il lui est

^^rrivé plus d'une fois de composer officieusement tous les

Oiscours d'apparat qui étaient lus dans une même solen-

^^ité; sa modestie était si accommodante que, pour mieux

S effacer, il cherchait à mettre eD relief le genre d esprit et jusqaaux connaissances supposées de chaque orateur. Il était cependant un magistrat dont il écrivait habituellement les discours et qui lui causait un chagrin extrême : malgré toutes les précautions que prenait notre confrère pour éviter les rencontres fâcheuses de voyelles, le malheureux orateur trouvait toujours occasion de blesser à la fois loreille et la grammaire ('). Cornelissen ne refusait pas sa plume même pour les plus humbles services; parfois encore lorsqu'il avait fait quelque composition à laquelle il ne désirait pas attacher son nom , il y mettait celui de knaep Fan Date. Or, « ce knaep Van Dale, écrit-il quelque part, était le concierge de la Société de botanique. C'était un bon homme , une espèce d'idiot qui ne savait ni lire ni écrire ; je me suis souvent égayé à ses dépens. Au renouvellement de chaque année, il pouvait compter sur quelque morceau de poésie, qu'il distribuait aux membres de la société pour en obtenir des étrennes (*). »

Lorsque Bonaparte, premier consul, vint à Gand, au mois de juillet i803, la réception fut magniGque ; et c'est beaucoup dire pour une ville qui a toujours excellé par la magnificence de ses fêtes. Les inscriptions se lisaient en abon-

(*) Dans les recueils de ses discours de circonstance, recueils qu*il a formés ponr ses amis, il a placé des noies manuscrites parfois Irès-curieuses, mais qu*il ne noas est pas permis de livrer à la malice publique. Parmi ces discours, il en est quatre qu*il avait composés pour M. Van de Woestyne, président de la Société botanique de Gand. » Je me nomme sans scrupule Pauteur de ces discours, écrit Cornelissen, d*aulant plus que le digne président, en s*adressant à ses auditeurs, avait pour invariable usage de répéter avant de prononcer ses allocutions : t Mes amis, je vais vous lire un discours que M. Cornelissen m*a préparé. »

Quelquefois même des hommes de mérite n'ont pas dédaigné d'employer sa plume. Ainsi, dans le recueil que je tiens de lui, il a écrit en marge d*un discours prononcé par Hellehaut, à Toccasion d'une distribution de prix : « M. Hellebaat écrivait mieux que moi, et aurait pu écrire des discours bien meilleurs que les miens. Il n'avait qu*un défaut, c'est qu'il n'écrivait pas. n MiseeUanea D.

(*) MiseeUanea C, volume de M. de Slassart.

(iance; elles étaient composées en français» flamand, latin et même en italien. Cornelissen avait été largement mis à contribution; il avait fait des inscriptions pour tout le monde. Dans quelques-unes perçait, sous une apparente simplicité , cet esprit malin et frondeur qui ne le quittait jamais, pas même dans les circonstances les plus solennelles. On lui avait demandé une inscription pour un immense transparent destiné h orner le portail de la Petite Bou- ^:^yierie (*); il conseilla d'y inscrire tout bonnement, disait-il, ^^«3s mots :

Let petits houehert de Gand à Napoléon le grand.

Ainsi fut fait, mais le transparent fut aussitôt supprimé f^^mv ordre.

Des emblèmes et des inscriptions tirées des auteurs latins

j=^^3K. raient la façade de Thôtel de la préfecture. Quelques-unes

^LÊ^^ ces inscriptions étaient fort ingénieuses; elles ont été

*"^^ ^^ueillies dans une brochure de Van Hulthem, devenue

•-■^^^s-rare aujourd'hui par une circonstance particulière qui

srite d'être rappelée.

Dans un des emblèmes , on voyait le débarquement de

^ Daparte à Fréjus. Un vaisseau arrivait dans le port; un

^rrier en descendait et courait embrasser sur le rivage

e femme qui lui tendait les bras et dont les attributs dési-

^^^ent la République française. On lisait, au bas, ces vers

^ Vl« livre de l'Enéide :

Quas ego te in terras, et quanta per aequora vectum Jeeipiol quantis ereptum, gnale, periclisi Quam metui ne quid Libyae tibi régna notèrent !

ï-.a brochure imprimée. Van Hulthem se disposait à l'offrir

^^ > Par opiKMilion avec la Gramle Boucherie, qui se trouve entre le mnrché aux ^^iiies et celui aux poissons.

au consul, mais on lui fit remarquer une incorrection qui pouvait paraître une sanglante épigramme : les mots per œquara vectum se trouvaient remplacés par ceux per œquora victum. Van Hulthem s'avisa de corriger à la plume Terreur qui n'en devint que plus saillante. On refusa de remettre la brochure; le bon Van Hulthem insista et s'adressa à M™* Bonaparte, chez laquelle il avait toujours trouvé un facile accès, mais il ne fut pas plus heureux, et en désespoir de cause, il jeta au feu tous les exemplaires, à l'exception d'une douzaine qu'il avait déjà distribués (^).

Le premier consul visita tous les établissements de la ville ; il retrouva à l'École centrale Cornelissen et son ami l'avocat Hellebaut, qui tous deux venaient d'y être nommés professeurs (^). Il prit plaisir à causer avec eux, quoiqu'il pût s'étonner peut-être de la manière dont ils pratiquaient avec lui les principes de liberté, d'égalité et de fraternité. Dans un moment où la conversation était assez animée, Bonaparte ouvrit sa tabatière, y puisa copieusement et s'apprêtait à la refermer, quand l'avocat Hellebaut y plongea brusquement les doigts à son tour et , en achevant une phrase , huma

(') Nous extrayons ces détails d*une note écrite à la main par H. Cornelissen Ini-méme sur un des rares exemplaires échappés à riocendie. On y lit que Bf"* Bonaparte refusa de se rendre aux désirs qui lui étaient exprimés, par un « fi » donc, M. Van Hulthem, tî donc; c^est trop peu coquet: vous vous croyex tou- » jours rue Cbanlereine. » Il est vrai, du reste, que la notice est horriblement imprimée, et qu*elle ne fait pas plus honneur aux imprimeurs et aux papetiers (|u*aux correcteurs gantois.

Bien que très-différents d*humeur et de caractère, Van Hulthem et Cornelissen étaient liés d*amitié; autant Pun était grave, lent et circonspect, autant Tautre était enjoué, mobile et sans réserve dans ses accès de gaieté. Cornelissen, dans ces dernières circonstances, ne ménageait pas même son ami dont il imitait, avec une vérité saisissante, les petits ridicules devenus à peu près classiques; ce qui ne Tempéchait cependant pas de rendre le plus éclatant hommage à ses excellentes qualités personnelles.

(•) Le jury de ^instruction publique avait désigné Cornelissen, lell avril 180S, pour la place de professeur d*histoire à rÉcole centrale. La nomination etTinstallalion suivirent de près la proposition qui avait été faite.

bruyammeDt la poudre précieuse qu'il en avait retirée. Le vainqueur des Pyramides parut un instant stupéfait, puis il referma tranquillement sa tabatière.

Il s'était formé à Gand une petite réunion d'amis, convives joyeux qui se délassaient de leurs travaux par le commerce des lettres et des beaux-arts (*). Il y était souvent

(*) C*élaieDt Coroelissen, Hellehaut, Ph. Lesbroussart, Wallez, Kluyskeos, CaoDaert, Rotier, elc.

Depuis la lecture de celle ootice à rAcadémie, noire confrère et ami H. Ph. Lesbroustart a bien voulu me communiquer les noies suivantes :

a Jamais homme, avec un esprit et un savoir aussi distingués, ne fut plus simple que Cornelissen, ne Aide meilleure grâce les honneurs de sa personne, et ne se montra aussi naturellement enclin à se moquer de lui-même. Dans une de nos assemblées périodiques, nous reçûmes une pièce de vers sans signature, relative aux membres mêmes de la réunion et h leurs divers travaux. Celle satire, assez modérée |H>ur la plupart d'entre eux, n*élait violente qu*à Tégard de Cornelissen, «fui s*y trouvait dépeint de la manière suivante :

Cet escogriffe renommé

Qui, sous sa verdètre douillette Ou sous un vieux surtout, par les rats entamé.

D'un maigre cynique affamé

Vient nous présenter le squelette, Qui se croit Diogène et n^en est que le chien ;

Qui, dans de longs discours secs et froids comme lui, Distillant goulle à goutte un éternel ennui, Croit faire image, et cric à Fonomalopée

« L*indignation des assistants empêcha le lecteur de continuer et se transforma ^c:3 hilarité, quand Tobjet de tant d'invectives nous eut révélé en confidence que ^^^s vers étaient de lui, en ajoutant que c'étaient les mieux pensés qu'il eût jamais ^^riU.

c .... Sa joyeuse philosophie et son insouciance, plus apparente que réelle, ^^« le mettaient pas à l'abii de sentiments sérieux et même profonds, que ceux *^«nl il n'était pas intimement connu n'auraient jamais soupçonnés sous cette ^«ivelo|»pe rabelaisienne. En 1809, il était épris d'une personne dont les agré- ^^eoU extérieurs et intellectuels justifiaient pleinement, au reste, celle passion, ^^ ni n^avait d'étrange que l'antithèse qu'elle formait avec les habiludes bien con- ^^ lies du disciple de Momus et de Comus. Un soir, le voyant pensif et taciturne au ^^ilieu de notre réunion, que d'ordinaire il animait par ses saillies : o Allons, dit ^^«iD des nôtres, en lui versant un verre de bourgogne, il faut noyer cet amour-là

^aos le vin. — Ah! répondit le philosophe en soupirant, le petit drôle sait

^^ager. •

« Il s'occupait avec succès de botanique, et se plaisait surtout à observer la na-

question des querelles archéologiques de l'historien Dierickx et du chanoine Debast, des élymologies du conseiller De Grave et de ses Champs Elysées, transportés au beau milieu des Flandres.

Une discussion avait pris naissance au sujet d'un concours ouvert par TAcadémie de Gand, pour le buste de Jean Yan Eyck, inventeur de la peinture à Thuile. On n'était pas d'accord sur le véritable portrait du peintre brugeois; Cornelissen écrivit à ce sujet une brochure intitulée : Factum ou mémoire qui était destiné à être prononcé dans une affaire contentieuse où il s'agissait de deux téteSy tune en plâtre et Vautre en marbre (*).

L'auteur s'y amuse surtout aux dépens des antiquaires et des fabricateurs d'étymologies. Nous aurions tort de nous arrêter à cet écrit, dont les plaisanteries ne sont pas toujours de bon goût; l'auteur, d'ailleurs, en fait lui-même justice dans un des volumes de ses œuvres, qu'il a déposés dans la bibliothèque de TAcadémie (*).

luredans ses bizarreries. Un jour, il mil par dislraclion une i>omme de terre dans la poche de sa redingote, où il Toublia. Ce vêtement, déposé dans une armoire, y resta tout Thiver. « Au retour du printemps, ajoutait gravement le naluralisle, je fus étonné de voir sortir par la serrure du meuble un long jet végétal, d*aoe admirable fraîcheur. Alimenté, sans doute, par la poussière qui s^amasse communément au fond des poches, le tubercule avait germé.

» Il était membre, ou même haut dignitaire, de presque toutes les sociétés littéraires, scientifiques ou artistiques de la ville de Gand. Un soir, au sortir de la séance publique qui avait eu lieu dans Pune des principales associations de ce içenre, il vint, suivant son usage, retrouver le iietit cercle d^amis qu*il cultivait particulièrement. Interrogé sur ce qui s*était passé dans cette occasion : t On a fait des discours, répondit-il du ton d'un homme épuisé de fatigue. — Eo quelle langue? — En latin, en français, en hollandais et en flamand. Mais quel alhvux latin ! et quel horrible français ! et quel eiécrable hollandais! et quel épouTantable flamand! »

(') Brumaire an XI (novembre 180S), brochure in-12 de 95 pages.

(>) Il a été écrit en tête de Popuscule les mots suivants :

M Véritable salmigondis, rapsodie, et que Pauteur rougirait d*avoir écrit, si on ne donnait pas quelque indulgence aux juvenilia. Celte honte que Je devrai» avoir ne se reporte cependant pas à Touvrage même, ni aux intentions que Taulear

Il faisait, avons-nous dit, une rude guerre aux archéologues, non qu'il dédaignât Tarchéologie, dont lui-même s'était occupé, mais parce qu'il blâmait Tabus qu'il en voyait faire. Nous lui avons entendu raconter fort gaiement, dans une de nos séances académiques, quelques supercheries qu'il s'était permises dans sa jeunesse pour mettre en défaut de graves savants trop confiants dans leur mérite.

Naturellement sceptique et presque constamment en relation avec quelques joyeux sectateurs de Rabelais, il ne s'était pas complètement préservé de leurs habitudes. On sait, du reste, qu'à l'époque de l'empire, les mystifications avaient une certaine vogue, même dans les classes élevées de la société. Celte débauche d'esprit peut avoir son côté amusant, mais elle ne tourne pas toujours à l'avantage de cseux qui se la permettent. C'est ce que Cornelissen put rec^onnaitre dans une circonstance que je mentionnerai, parce cju'elle montre en même temps le prestige qu'un simple paysan avait réussi à exercer, vers le commencement de ce siècle, bilans les campagnes de la Flandre et même dans les villes.

Il n'était question que des guérisons miraculeuses et des jLDrodiges qu'il opérait : on le nommait boereken Buysen. di'élaient des pèlerinages continuels qui affluaient vers lui : 1 ^autorité dut s'en mêler, non sans exciter des murmures <^hez ceux qui voulaient être guéris par notre Esculape. ^^ueiques rieurs assayèrent de mettre sa science en défaut; ^^t, comme il se donnait pour versé dans les connaissances astronomiques, Cornelissen, sous le nom de Lalande, se ^=^hargea de soutenir une argumentation contre lui. La dis- ^:^ussion roula sur la valeur de la semaine et sur celle de la ^:Sécade républicaine. « Tout est subordonné aux nombres,

"^ eues en s*arousaot aux dépens d*un sculpleur désappointé el à ceux de Schric- ^ ius,deGoropius Becanus, de M. le conseiller de Grave el de ses Champs-Elytées, ^^ «i D'avaieol pas encore paru, etc. »

disait Thomme aux miracles ; et, malgré votre décade, la semaine subsistera tant que le nombre sept restera supérieui au nombre dix ; tant qu'il y aura sept péchés capitaux ei non dix ; tant qu'il y aura sept planètes et non dix. . . Arrêtez ! répliqua le prétendu Lalande ; on vient de découvrir trois planèles nouvelles, et il disait vrai; mais, par malheur, n ses compères, ni son antagoniste n'avaient ouï parler de h découverte. A ces mots planètes nouvelles ^ le paysan partit d'un éclat de rire inextinguible. Ce rire homérique se communiqua aux compagnons de Cornelissen , et, cette fois, le mystificateur fut mystifié, bien qu'il eût la raison de son côté. Cornelissen aimait à raconter cette petite anecdote, qui venait merveilleusement corroborer ses doutes sur la prétendue valeur de nos connaissances.

Puisque j'ai commencé à parler de ce sujet si futile en lui même, qu'on me permette une seconde anecdote ; elle achèvera de représenter la tournure des esprits à cette époque et de faire connaître des tendances qui ne se sont pas encon entièrement effacées de nos jours.

On doit à notre confrère une invention dont il ne tirai point vanité : il en rougissait, au contraire, à cause des abu: qu'il en voyait faire; je veux parler de ce qu'on est conveni de nommer un canard^ mot nouveau dont le Dictionnaire di f Académie française n'a pas encore consacré l'usage, maii qui s'applique, comme on sait, à une nouvelle plus ou moim absurde, à laquelle on donne cours, en lui prêtant une form( vraisemblable. Voici, du reste, l'étymologic du mot. Pouj renchérir sur les nouvelles ridicules que les journaux lu apportaient tous les matins, Cornelissen avait fait annoncei dans les colonnes d'une de ces feuilles, qu'on venait de faire une expérience intéressante, bien propre à constater l'étonnante voracité des canards. On avait réuni vingt de ces volatiles : l'un d'eux avait été haché menu avec ses plumes et

servi aux dix-Deuf autres qui eu avaient avalé gloutonnement les débris. L'un de ces derniers, à son tour, avait servi immédiatement de pâture aux dix-huit survivants , et ainsi de suite jusqu'au dernier qui se trouvait, par le fait, avoir dévoré ses dix-neuf confrères dans un temps déterminé très-court. Tout cela spirituellement raconté, obtint un succès que l'auteur était loin d'attendre. Cette petite histoire fut répétée de proche en proche par tous les journaux et fit le tour de l'Europe; elle était à peu près oubliée depuis une vingtaine d'années, lorsqu'elle nous revint d'Amérique avec des développements qu'elle n'avait point dans son origine et avec une espèce de procès-verbal de l'aulopsie du dernier survivant, auquel on prétendait avoir trouvé des lésions graves dans l'œsophage. On finit par rire de l'histoire du canard^ mais le mot resta.

Les véritables titres de Cornelissen à l'estime de ses compatriotes et à la reconnaissance de l'Académie résident, comme je l'ai rappelé déjà, dans les soins incessants qu'il mit à faire revivre, chez nous, le goût des arts et des lettres, dont le culte se trouvait à peu près abandonné en Belgique. Gand donna la première impulsion, et ce fut par son intermédiaire.

Cette ville, dès l'année 1792, avait fait l'essai d'une première exposition de tableaux; cet essai fut renouvelé en 1802. Cornelissen lui donna cette fois plus de consistance et transforma désormais les expositions d'objets d'art en une institution durable et nécessaire ; il en prouva l'utilité par différents écrits, et spécialement par celui publié sous le titre A*Hommage au salon de Gand. Au moyen de ce recueil, qui servait en même temps de catalogue aux expositions, il stimula le zèle des artistes et des amis des arts, et montra que notre pays avait tout à gagner en reconquérant ses anciens titres de gloire. Plus d'un artiste, plus d'un sa-

vant doit à ses premiers encouragemenis la persévéraDce avec laquelle il a continué sa carrière et marché vers le but qu'il se proposait d'atteindre ( *).

Ce qu'il avait tenté pour les beaux-arts, il le fit aussi pour la botanique, et les Flandres lui doivent en grande partie le goût éclairé pour les fleurs qui forme aujourd'hui une des bases les plus solides de leur renommée : c'est surtout par la création de la Société d'agriculture et de botanique qu'il parvint à obtenir ces résultats.

Voici la modeste origine de cette société : Deux maisons de campagne, occupée l'une par M™« la comtesse Vilain Xllll, l'autre par M. Hopsomere, à Wetteren, près de Gand, contenaient de vastes jardins. On y cultivait un grand nombre de plantes rares à cette époque et qu'on nommait plantes de bruyère , à cause de l'espèce de terre qui leur était nécessaire. Plusieurs de ces plantes étaient journellement introduites à Gand , et s'y multipliaient. Une trentaine de jardiniers, qui se réunissaient habituellement dans un estaminet, prirent la résolution de s'enlre-communiquer leurs richesses florales et leurs succès de culture, d'abord une seule fois par an, ensuite deux fois : de là une exposition (Thiver, qui comprenait les plantes forcées artificiellement par la chaleur, et une exposition d'été.

Telles furent les expositions mères, comme les appelait Cornelissen, auxquelles tant d'autres ont dû leur nais-

(') L*au(eur de celle notice en particulier s*est toujours rappelé afec reconnaissance que c*est à Cornelissen qu'il a dû les premiers encouragements, reçus dans sa jeunesse, à propos d*un dessin exposé au Salon de 1812. Il y fut d^aulint plus sensible que son éloge se trouvait associé à celui de son père, qu*il avait eu le malheur de perdre à Page de six ans : u Fils d*un père officier municipal, était -il dit, qui, dans des temps difficiles, a rendu, avec probité et avec désintéressement, des services que Padministration n*a pas oubliés. » (Hommage au salon de Gand, \%\^^Z^ article, page 4.) Cette manière dVncourager un jeune homme annonce de la délicatesse et du tact, qualités que Cornelissen possédait à un haut degré, malgré ses formes un peu brusques.

sance , non-seulement en Europe, mais en Asie et dans les deux Amériques. Ces expositions n ont rien de commun avec celles qui avaient lieu il y a cent et même deux cents ans; ces dernières devaient leur origine à un usage ancien d'une confrérie religieuse; elles se faisaient par les jardiniers, au commencement de février, pour honorer, dans Téglise, leur patronne sainte Dorothée. La société, telle quelle fut organisée à Gand, en 1808, a eu pour but fondamental d*encourager Tintroduction et la culture des plantes , comme aussi l'art de forcer les fleurs, c'est-à-dire de faire porter aux plantes des feuilles et des fleurs à des époques anormarles (*).

(*) Ces détails, extraits des notes manuscrites laissées par Cornelissen, ont paru de quelque intérêt pour Tbistoire des plantes en Belgique; c'est par ce motîT que nous les compléterons, en y joignant ses notes sur les catalogues des expositions de la Société d'agriculture et de botanique :

• Le salon d*biver de 1815 est le premier. Le prix est donné à la plante exotique, plutôt jugée la plus rare que la plus belle,

1816. La Société s*agrandit; elle propose des prix pour la collection d*un herbier départemental. On remarque que tous les fonctionnaires supérieurs s^bonorent de faire partie de ses membres.

1817. Le roi des Pays-Bas prend la Société sous sa protection. Le séjour des ministres américains pendant le congrès de Gand (pour la paix avec PAngieterre), ouvre nos premiers débouchés avec les bolanograpbes des États-Unis.

La Société introduit Pusage honorifique d^exposer des plantes au nom des étrangers. Les individus le font également pour leurs correspondants et leurs amis.

1818. La Société ennoblit Pusage d*exposer des fleurs pour les étrangers et les régnicoles, illustrés par un grand nom dans la science ou par des bienfaits au Jardin botanique ou à la Société de Gand.

La Société, en 1809, avait ex|>osé 37 liantes; elle en expose, en 1818, 600. L*usage d*exi>oser des cyprès funéraires se formule par des inscriptions raison nées.

1819. La section d*agriculture continue à donner quelques signes de vie. (Les commissions d^agriculture instituées dans les provinces avaient à peu près annulé cette section.)

1890. Culture des abeilles.

M. Audoor présente quelques bouteilles de vin de son cru de Wesemael. La Société, très-sérieusement, prend acte de cette présentation ; et, le soir, elle fait

Il est inutile d'ajouter, je pense , que cette société eut, pour premier secrétaire, son principal promoteur. 11 en fut de même de la Société des beaux-arls et de littérature de Gand, qui fut fondée pendant le cours de la même année

la dégustation du liquide à son banquet. A Pexception du respectable président, Van Hullbem, tous les dégustants le trouvent détestable.

1831. L*administrallon de la Société prend la résolution de désigner nominativement les juges.

1832. La Société commence à donner des prix aux collections des plantei exotiques les plus rares.

1834. La Société choisit, pour quelques-uns de ses concours, des Juges étrangers à la ville, et la plupart répondent à cet apiiel.

.... Plus tard, la Société ne se borne plus à décerner des prix isolés à telle ou telle plante; mais elle propose ces prix tantôt pour des collections entières de fleurs, pour les plus rares, pour celles qui ont été le plus récemment introduites à Gand et sur le continent, |)our des plantes sans floraison, pour des plantes en floraison, etc.; les médailles qu*elle distribue sont d*or, d*argeut, de vermeil, de bronze du même module; mais, au moyen d*un bord plus ou moins pesant, on en double, s*il y a lieu, la valeur.

Au champ de la médaille, œuvre très- belle du graveur Braemt de Gand, il y a la tête de Flore, la légende désigne la Société; le revers, qui est chaque Tois gravé au burin, nomme le vainqueur, désigne pourquoi il a le prix et indique le millésime, époque d*hiver ou d^été.

Par une Action rationnelle, c*esl à la fleur qu*est censé être décerné le prix. Celui qui a introduit la plante ou qui Pa cultivée, la représente : le moi êtrepropriétaire d'une plante, n*est pas admis.

1834. La Société célèbre son jubilé de la 50*^ exposition. Des juges étrangers au pays assistent au concours.

Le nombre des plantes ex|K)sées s*élève à 3,933.

Accroissements rapides de la Société. Il faut s*en expliquer la cause : c'est que la Société s*est proposé de faire construire à ses frais, ou plutôt par souscriptions nominales, un vaste et magnifique enclos, jardin, salon d'exposition, de concert, de danse, etc.; or, les membres de la Société pourront avec leur famille, et moyennant un supplément de souscription, jouir des fêtes.

1858. Le vaste bâtiment, construit sous le nom fort impropre de Casino, sert à cette exi>osition.

1830. La Société avait résolu, dans une de ses séances, de célébrer, to«s les cinq ans, une fé(e plus remarquable sous le nom de Festival quinquennal de Flore. (Après le jugement, un banquet réunit plus de 400 convives.)

Le nombre des plantes exposées s'élève à plus de 3,700; mais il devient impossible, non pas qu'on dépasse, mais qu'on puisse dorénavant en admettre un si grand nombre; car,. comme Texposition ne peut, soit en hiver, soit en été, se prolonger de plus de trois jours, pour ne pas nuire, soit par le froid, soit par le

1808. Cette dernière société se fit une collection d'ouvrages de peinture, de sculpture et de gravure provenant des dons des nouveaux membres et qui présente aujourd'hui un intérêt tout spécial : on y rencontre, en effet, les premiers

chaud, au bieo-éirc des plantes, il devient impossible dMmpriner le catalogue numéroté et de donner le procès- verbal, pendant les trois jours (chose essentielle) de Teipotition.

Voici ce que la Société, dans la vue de diminuer le nombre des plantes envoyées, a résolu de faire. Sous peine d*amende, chaque sociétaire était tenu d'envoyer quatre plantes épanouies; dorénavant, il sera dispensé de ce devoir. On comprend facilement que le salon ne sera privé d'aucune de ses richesses : car les plantes envoyées par devoir étaient le plus souvent des individus très-communs et trèsmédiocres.

1840. Le salon d*hiver, fixé d'abord aux premiers jours de février, est reculé ensuite jusqu'à la mi-mars. Le salon en a perdu de son attrait, avec ses milliers de fleurs épanouies, au milieu des neiges et de la gelée. Hais trop deriekessei végétales, tropicales, équinoxiales encombraient le salon, et beaucoup d'horticulteurs refusaient d'exposer ces plantes à une température trop froide, au risque d'en perdre un certain nombre.

1844. Le nombre des plantes exposées excède 5,100; plusieurs avaient été envoyées d'avance et avaient pu être cataloguées. (Le banquet du festival quinquennal a eu lieu dans les magnifiques salons de concert et le bal au théâtre). Un fait signale particulièrement les banquets de la Société de Gand, c'est que les jardiniers de la plus modeste extraction, même ceux qui sont aux gages des plus riches et des plus nobles fonctionnaires, du moment qu'ils sont ou couronnés dans un concours ou souscripteurs, s'asseyent sur les banquettes sans distinction de place.

« Le roi des Pays-Bas avait donné un noble exemple, lorsque, pour honorer VhorticuUure, il demanda à sa table M. Mussche, jardinier du Jardin botanique de Gand. Cet exemple si encourageant vient d*étre renouvelé. S. M. le roi Léopold et S. H. la reine, étant venus voir le salon quinquennal de 1844, plusieurs botanistes et simples jardiniers, étrangers et régnicoles, ont été admis à l'honneur de s'asseoir à la table royale. LL. MM. ont pu voir aussi que, malgré la séparation du nord et du midi de l'ancien royaume des Pays-Bas, la Société conservait des sentiments de reconnaissance envers ses anciens bienfaiteurs; et, en effet, des cyprès funéraires et des inscriptions exprimaient les regrets de la Société à laquelle la mort venait d'enlever S. M. Guillaume et son ancien ministre Falck.

» La Société donne également des prix à des concours de dahlia, ou d'autres espèces qu'elle détermine, soit à la fleur sur la plante, soit à la fleur coupée et placée dans des fioles remplies d'eau.

» Elle institue, ;i l'exemple d'aulres villes (car cette fois elle ne sert lias de pMMièle), des concours de fruits, de légumes, etc. »

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