‹ Sciences mathématiques et physiques chez les Belges, au commencement du 19e siècleChapitre 16 sur 48 · ANTOINE B E LP A IRE · texte numérisé non relu

ANTOINE B E LP A IRE

Antoine Beipaire était né à O.stendc en d789. 11 y reçut, pendant les |)reiniéres années de sa vie, un commencement d’instruction fort incomplet, et tel que pouvait l’offrir une ville dont les ressources, sous le rapport de l’éducation, étaient extrêmement bornées.

« Une circonstance inattendue, nous écrivait son (ils, qui vint développer subitement dans son esprit une série d’impressions et d’idées qu’il avait ignorées jusque-là, influa d’une manière favorable sur son avenir, en excitant de bonne heure en lui cette soif d'apprendre qui ne le quitta plus depuis, et en lui découvrant tout à coup le but, jusqu’alors inconnu de lui-même, vers lequel son caractère et scs goûts devaient le porter. Scs parents l’avaient envoyé passer quelques années de son enfance à Messines, aux environs d’Ypres, où demeurait une partie de sa famille. Il y rencontra un prêtre français qui s’y était réfugié pour échap-

(*) Né le 3 février 1780, il mourut, à Anvers, du 13 au 14 décembre 1830. M. Alphonse Beipaire, tils du savant qui fait Tobjet de cette notice, a bien voulu nous donner les principaux rcnscignemcnls que nous présentons ici.

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per aux persécutions de la révolution française. (jC prêtre était un homme instruit et d’un caractère aimable; il prit mon père en affection et remarqua en lui des dispositions pour l’élude qu’il résolut de cultiver. Il commença donc à s’occuper activement de son éducation et lui donna en peu de temps les premières notions de la grammaire, de l’histoire, des sciences naturelles, des mathématiques, etc., toutes choses absolument neuves pour mon père. Il devint ainsi pour lui un précepteur d’autant mieux en état de diriger l’esprit de son élève, qu’il avait su se l’attacher par sa bonté et son amabilité. Les années que mon père passa dans sa compagnie à Messines furent les plus agréables de sa vie, celles sur lesquelles son souvenir s’csl toujours reporté avec le plus de plaisir. Il nous parlait souvent de cette époque si heureuse de son enfance, et jamais sans nous exprimer les sentiments les plus vifs de gratitude et de vénération pour l’excellent prêtre à qui il devait sa première éducation.

» De retour à Ostende, mon père y rencontra un ancien élève de l’École polytechnique, du temps de la création de celte célèbre institution, qui occupait alors la place de professeur de navigation à Ostende. Ce professeur l’engagea à se présenter à l’École polytechnique et lui proposa de le mettre en état de passer les examens d’admission à cette école. Les difficultés d’une pareille entreprise effrayèrent mon père, et il hésita longtemps avant de se décider à tenter l’épreuve qui lui était offerte. Enfin il se laissa persuader et commença l’étude des mathématiques sous la direction du professeur qui l’avait engagé à s’y livrer. Celui-ci le mit, en dix-huit mois de temps, en étal d’étre reçu élève à l’École polytechnique: mon père y entra en 1805.

» A la fin de sa première année à cette école, il fut désigné pour entrer dans l’artillerie. Celte destination n’ayant

pas êl(j accueillie favorablement par ses parents, qui ne voulaient pas le laisser entrer dans l’armée, il fut obligé de quitter l’école avant d’y avoir terminé ses études, et il revint à Ostcnde en 1806, apres avoir consacré à peu prés trois ans à se préparer à entrer dans une carrière qui se fermait tout a coup devant lui.

» Mon père songea alors à entrer dans l’instruction publique. Il obtint une place de maître d’études au Lycée de Bruges. Il occupa pendant quelque temps cet emploi, et le quitta ensuite pour aller remplir, en 1810, au Lycée de Bruxelles, la même place que celle qu’il avait eue à Bruges.

» Pendant son séjour h Bruxelles, il se décida à quitter l’instruction publique pour embrasser la carrière judiciaire. Dans celte intention, il suivit les cours de l’Ëcole de droit de celte ville. 11 y fut reçu bachelier le 26 mars 1813, et licencié le 20 juillet suivant; il obtint ensuite le titre d’avocat à la cour de Bruxelles, et continua à habiter cette ville jusqu’en 1816, époque à laquelle il fut nommé notaire à Ostcnde. Le 20 décembre 1821, il obtint la place de greffier du tribunal de commerce dans cette même ville. Il remplit ces fonctions jusqu’en 1827, où il quitta Ostendc pour venir occuper, au tribunal de commerce d’Anvers, l’emploi de greflier qui s’y trouvait vacant.

M A Ostendc, mon père prit une grande part à plusieurs institutions de bienfaisance publique qui y furent établies. Ce fut encore lui qui, avec l’aide de quelques-uns des principaux habitants d’Ostende, organisa une é-colc de musique d’après la méthode du méloplasle. Celle entreprise lui coûta beaucoup de peines et de travail; mais il eut la satisfaction de la mener au but qu’il désirait atteindre. L’Ëcolc de musique reçut un assez grand nombre d’élèves et répandit les cléments d’une instruction musicale solide parmi la jeunesse d’Oslende qui la fréquentait. Divcrsiîs circonstances

amenèrenl par la suite la chute de cet établissement, qui ne dura que peu d’années, et finit entièrement quelque temps après le départ de mon père pour Anvers.

» En même temps que l’Ecole de musique, il érigea aussi une école latine, par laquelle il aurait voulu suppléer à l’absence d’un collège ii Üstendc. L’école latine fut peu suivie et n’eut qu’une fort courte durée. »

En 1825, l’Académie royale de Bruxelles avait remis au concours, pour l’année suivante^ l'examen des chan^ments que la cote d’Anvers à Boulogne avait subis, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, depuis la conquête de César jusqu’à nos jours. Belpaire, qui s’était occupé de cette question intéressante, SC mit à l’approfondir d’une manière plus spéciale; et, afin de pouvoir entrer avec plus d’assurance dans tous ses détails, il fit plusieurs voyages à pied sur toute l’étendue du littoral qu’il se proposait de décrire. Il consigna le résultat de scs observations géologiques et historiques dans un savant mémoire auquel l’Académie décerna l’une de ses médailles d’or('). Dans ce travail, Belpaire commence par décrire l’état des cotes sous la domination des Romains; il entre ensuite dans les détails nécessaires pour établir leur état actuel, fait connaître les causes des changements survenus, rapporte les preuves qui en établissent la réalité, énumère Ibs inondations qui ont eu lieu successivement et expose ensuite les changements qu’elles ont produits.

L’Académie avait à peine couronné ce mémoire remarquable que Belpaire, moins content de son travail que ne l’avaient été ses juges, leur communiqua un plan de recherches dans toute l’étendue du bassin maritime qui s’étend depuis les hauteurs de Blanez, au delà de Calais, jusqu’à

(') Ce mémoire est inséré dans le tome VI des Métnoirtt couronnés.

l’extréinilù du Julland, cl il offrit généreusement ses services pour en assurer l’exécution. L’Académie adopta ce projet et pria le ministre de l'intérieur de le soumettre au roi, afin de faciliter à l’auteur les moyens de le réaliser. Il ne parait pas, du reste, que le gouvernement ait favorablement accueilli cette demande. Le but de Bel paire n’était pas seulement d’étudier la constitution géologique de l’étendue de pays qu’il désignait, et de suivre les changements qu’y avait occasionnés la mer, mais notre savant avait encore l’intention de tracer les limites des divers idiomes qu’emploient les habitants, et de réunir des notions aussi exactes que possible sur l’état météorologique des pays qu’il aurait visités.

En 1827, le gouvernement du pays établit des commissions de statistique auprès des gouverneurs des provinces, dans le but de faciliter des recherches sur la population, le commerce, l’agriculture et les diverses branches de la statistique nationale dont il se proposait de publier les principaux résultats. Ces commissions, instituées sur un plan uniforme devaient correspondre avec le ministère de l'intérieur, et elles se composaient, en général, des hommes qui, par leurs connaissances ou par leur position, pouvaient jeter le plus de lumières sur le nouveau champ de recherches qu’on voulait exploiter. Belpaire fut naturellement appelé à faire partie de la commission établie dans la Flandre occidentale, et désigné pour s’occuper des recherches géologi- (|ues de la province.

Déjà, par arrêté royal du 4 octobre 1826, il avait été désigné pour aller remplir, auprès de la Société de commerce des Pays-Bas, les fonctions temporaires de commissaire pour la ville d’Ostende, et il exerça cet emploi jusqu’au mois de juin 1827.

Sa probité bien reconnue lui attirait chaque jour des témoignages nouveaux de confiance. Pondant les dernières

années de son séjour à Oslende, il avait été appelé à faire partie de la régence de cette ville, en qualité de conseiller communal. Au commencement de 1827, il fut nommé à la place de greffier du tribunal de commerce à Anvers. Peu de temps après (en 1828), un arreté du ministre de l’intérieur le lit entrer dans la direction de l'Athénée de la même ville, et, au mois de mars 1880, il fut nommé membre de la commission d’instruction publique et inspecteur des écoles dans la deuxième division de l’arrondissement d’Anvers. Il exerça ces dernières fonctions jusqu’à l’époque de la révolution, qui les lit cesser de fait, en donnant à l’enseignement la liberté la plus grande.

Cependant cette révolution, qui changea tant de fortunes et déplaça tant de personnes, laissa Belpairc à peu près dans la même position ; seulement elle lui assura de nouveaux titres à l’estime de ses concitoyens, qui lui en donnèrent des preuves en le nommant, dans les premières élections qui eurent lieu, membre du conseil communal de la ville d’Anvers. Depuis cette époque, Belpairc fut encore réélu, et il remplit la même charge à peu près sans interruption jusqu’à sa mort. Il prit une grande part aux nombreux travaux d’administration qui occupèrent la régence d’Anvers pendant cette période.

En 1831 parut l’arrêté royal qui créait une commission spéciale pour la rédaction d’un projet de loi sur l’enseignement, et qui désignait en même temps Belpaire pour en faire partie ('). La liberté que la Constitution garantissait à l’enseignement ne pouvait laisser aucun doute sur la nature du travail que l’on désirait obtenir de la commission, mais elle

( ') Celle commission, qui devait se réunir sous la présidence de M. le ministre de l'inlérieur, se com|>osail de MM. Lecocq, président en l'ahsence du ministre, D. Arnould, Belpaire, Cauchy, J.-G.'J. Ernst et Quetelet, faisant les fonctions de secrétaire. 11 en a été parlé déjà, dans rarticlc relatif à Cauchy : Voyca p. S7,->.

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rendait en même temps très-difficile et très-délicate la lâche qui était imposée à ses membres ('). Sans se faire illusion sur ces difficultés et sur les oppositions qui naîtraient de toutes parts à ses vues, quelles qu’elles pussent être d’ailleurs, la commission aborda franchement, et l’on peut dire de la manière la plus consciencieuse, le travail qui lui était demandé. Le projet de loi fut présenté au ministère et imprimé l’année suivante (*); il embrassait les dilférenlcs branches de l’enseignement. Une seconde commission fut chargée ensuite d’un travail de révision et d’arrêter les termes dans lesquels le projet serait présenté aux chambres. Cette commission adopta la première rédaction, on y introduisant néanmoins quelques modifications importantes.

C’est pendant le cours des conférences de la première commission dont nous avions l’honneur de faire partie, que nous avons surtout pu Juger des connaissances solides, du jugement droit et de la probité de notre confrère. Exempt de toute prévention, en dehors de toute espèce d’influence, il ne s’attachait qu’à rechercher la vérité et à faire prévaloir ce qui lui semblait bon et utile. Ses scrupules, sous ce rapport, allaient meme quelquefois à un point tel qu’ils auraient pu prêter à la plaisanterie, si la source n’en avait été aussi sacrée. Quand, après de longues délibérations, on croyait la question éclaircie ou du moins portée assez loin pour que chacun put arrêter son jugement, quand arrivait l’instant (l'aller aux voix, Belpaire hésitait encore, il flottait indécis, cl avant d’émettre son vole, il semblait chercher à gagner

(') 1/arttcle 17 de la Constilnlion est conçu en ces termes : c LVnscigncment 9 est libre; toute rociiire préventive est interdite; la répression des délits n'est a réglée que par la loi.

* L'instruction publique donnée aux frais de l'État est également réglée par ■ la lot, *

(') Projet d$ ht de Pemeignement puldie en Belgique, etc., publié par le ministre de l'intérieur. Bruxelles^ chez Rerojr, 1839, 1 vol. in>8*, SOé pages.

(In temps par un nouvel examen des deux opinions divergentes.

Cependant au milieu de scs occupations administratives, Belpairc n’abandonnait pas l'étude des sciences; il employait même ses instants de loisir à en faciliter l’accès aux autres. Ainsi, en 1834, sur la demande de M. Teichmann, son ancien condisciple à l’École polytechnique de France et alors gouverneur de la province d’Anvers, il donna un cours de géométrie descriptive à l’Académie de dessin, et il fut en même temps nommé membre de la direction administrative de cette institution ('). 11 revenait cependant toujours avec une prédilection marquée à scs premiers travaux et à l’étude de nos côtes et des modifications qu’elles ont subies.

En 1833, il avait présenté à notre Académie une notice historique Sur la ville et le port d'Ostmde ; elle a été in- .sérée depuis, avec quelques changements, dans le tome X des Mémoires de ce corps savant.

Des travaux dirigés avec tant de persévérance et vers un but si utile avaient depuis longtemps fixé l'attention de la classe d’histoire de notre Académie, qui, dans la séance du 7 mars 1835, l’appela au nombre de ses membres, et plusieurs autres sociétés savantes, nationales et étrangères, imitèrent cet exemple. Notre confrère assistait assez régulièrement à nos séances ; il était toujours prêt à seconder nos travaux, soit en nous communiquant les résultats de scs recherches et de scs observations recueillies dans les Flandres et la province d’Anvers, soit en prenant part à l’examen des ouvrages soumis au jugement de l’Académie. Il savait apprécier, en homme judicieux tous les avantages que la Belgique, dans son état actuel, peut retirer des associations

(') Pa^ arrélé minislëriel du 14 décembre 18S5 ; il fui aussi nommé membre ilii conseil d'adcninUiralion de l'École de navigation établie à Anvers.

scicntinqucs, surtout pour les recherches locales; il fut l’un (les fondateurs de la Socielii royale des sciences, lettres et arts d'Anvers, qui le nomma président du comité des lettres et des sciences. Il eût été intéressant, pour répondre au but de son institution, que cette société eût pu donner sur la province d’Anvers les recherches qu’elle était à même de recueillir et qui nous manquent encore : ainsi, nous ne connaissons à peu près rien sur la météorologie de celte province, qui semble e.xercer une action si directe sur la mortalité de ses habitants ('); et l’Académie a vainement proposé au concours, pendant plusieurs années, une question concernant la description géologique de cette même partie du pays. C’est par des travau.\ de cette nature que les sociétés provinciales se recommandent surtout à l’estime des savants.

Dans les derniers temps de sa vie^ notre confrère s’occupait de terminer la traduction d’un traité de droit anglais sur les lettres de change, et, toujours conséquent avec luiméme, il sacrifiait ainsi son amour-propre et ses loisirs à l’espoir de. se rendre utile. Il avait aussi été l’on des rédacteurs d’une revue judiciaire publiée à Bruxelles, sous le litre d’ Archives de droit et de législation.

Ce grand nombre d’occupations accessoires ne l’empécha pas de remplir, avec le plus grand soin, les fonctions qu’il exerçait au tribunal de commerce d’Anvers, ni de se livrer à l’étude approfondie des différentes questions de droit que soulevaient les causes portées devant ce tribunal. Bien plus, il trouvait encore le temps de rendre de nombreux services au commerce d’Anvers, en acceptant tous les arbitrages qui (*)

(*) Les reoseignemeDU météorologiques manquent encore compléiemeot; mais les travaux de fortiAcation, faits dans ces derniers (em|»s, ont donné lieu aux découvertes |>aléontologiques les plus importantes : un grand nombre en ont été publiées par l'Académie royale de Bruxelles.

lui étaient déférés et que son esprit calme et conciliateur réussissait presque toujours à terminer à la satisfaction des parties qui lui soumettaient leurs différends.

« Mon père n’a jamais été d’une santé robuste, nous écrivait son (ils; il se plaignait depuis fort longtemps de maux d’estomac et de douleurs dans les intestins. Cependant son élal ne présenta de caractère sérieux que depuis un an environ.... Il eut toujours un goût ardent pour le travail; sa maladie même ne l’empècha pas de s’y livrer. Trois semaines avant sa mort, lorsqu’il n’était presque plus en état de quitter sa chambre, il se faisait encore traîner à la commission de navigation de l’Escaut, pour assister aux di.scussions de cette assemblée. Ce furent ses derniers travaux ('). Mon père conserva, jusqu’à la fin, la plénitude de ses facultés intellectuelles. Il passa les deux dernières semaines de sa vie à s'entretenir avec nous sur les questions religieuses les plus relevées; il mourut dans la nuit du 13 au 14 décembre (1839).»

(*) Un arrêté royal du 30 Juin 1839 Tavait nommé membre de celte commis^ sion, iostiluée à Anvers par le ^ Ode Tari. 9 du traité de paix du 19 avril précécédent.

JEAN KICKX (l).

Jean Kickx élail l’un des plus anciens membres de l’Académie; il avait été nommé, un an apres la réorganisation de ce corps, le 26 avril 1817. Fils d’un pharmacien, il dirigeait lui-mème ù cette époque une pharmacie à Bruxelles : il avait su, depuis longtemps, mériter la conliance publique par ses connaissances approfondies dans les sciences naturelles et dans l’art pharmaceutique. Depuis 1805, il avait été appelé à faire partie du jury médical du département de la Dyle, et il en exerçait les fonctions avec assez de zèle pour être réélu par le nouveau gouvernement en 1814. 11 devint même à cette époque secrétaire de ce meme jury, qui avait pris le nom de Commission du Brabant méridional, par suite des changements de noms qu’on croyait devoir introduire partout pour désigner les memes choses.

Ce savant botaniste était d’un caractère fort austère et d’une probité parfaite : il assistait régulièrement aux séances de l’Académie; et, quoique le personnel fût peu nombreux,

(') Il éiaU né le 9 mar» 1775 ; el il esi moii le 37 man 1851.

il prenait rarement la parole. Quand il jugeait à propos de le faire, il s’énonçait sans ménagement pour les expressions; ses sorties brusques et mordantes produisaient parfois un effet assez inattendu sur scs collègues, parmi lesquels siégeaient d’ordinaire deux ou trois ministres. On connaissait le fond de sa pensée, on appréciait sa droiture, et tout en rendant justice à sa sincérité, on ne lui faisait point un crime delà verdeur et quelquefois de l’âpreté de ses observations sur ses collègues présents et souvent même sur les plus haut placés.

Il avait publié, dés l’année 1812, une Flore de Bruxelles qui contenait le résultat de toutes scs recherches faites dans le Brabant. Cet ouvrage pouvait alors exciter l’attention an milieu du silence qui régnait généralement dans nos provinces sur tout ce qui concernait les sciences. Kickx cependant avait des relations assez nombreuses avec son collègue VanMons, qui dirigeait également une pharmacie à Bruxelles et qui jouissait alors de la réputation la plus grande en Europe. Leurs demeures étaient peu éloignées ; ils se voyaient même assez fréquemment et avaient l’un pour l’autre de l’affection, quoiqu’ils eussent les habitudes et les tempéraments les plus différents. Autant Van Mons avait le caractère vif, actif et tout à fait méridional, autant son collègue était froid, réservé et quelquefois violent, quand il dépassait ses limites ordinaires. Le contraste si fort qui existait entre ces deux savants n’a cependant jamais nui à leurs relations affectueuses, bien que ni l’un ni l’autre ne fit mystère des écarts que son ami se permettait parfois.

Kickx, avons nous dit, avait été nommé membre de l'Académie royale vers l’époque de la réorganisation, et sa nomination avait été faite à l’unanimité. Dès son entrée dans ses nouvelles fonctions, il eut occasion de prendre la part la plus active aux travaux qu’exigeaient les rapports nombreux qui

élaientà faire, el, dans la séance du 20 avril 1818, il donna lecture d’un précis Sur l'extraction el la purification du salpêtre, sur l'établissement de salpétrières artificielles et le moyen de perfectionner nos poudres. La rédaction de ce mémoire se faisait d’après la demande du Roi, qui avait exprimé le désir de recevoir un précis clair et détaillé pour expliquer la manière la plus aisée et la plus avantageuse d’extraire le salpêtre dans le royaume, d’établir avec succès des salpétrières artiHcielles, de purifier le nitre et de donner aux poudres la perfection dont elles sont susceptibles ('). C’était ce grand problème qui occupait alors les savants et que Chaptal a traité d’une manière si heureuse.

Un autre mémoire Sur la découverte du gypse sélénilc ou sulfate de chaux cristallisé et d’une argile plastique inconnue jusqu’ici dans le voisinage de Bruxelles, fut présenté à l’Académie, dans la séance du 7 septembre 181 8. Un rapport, lu au commencement de 1819 sur ce travail, concluait à l’impression dans les Mémoires; on invitait en même temps Kickx à suivre les travaux que le propriétaire du terrain, où la découverte avait été faite, se proposait d’y exécuter et à communiquer de nouveau les résultats de scs observations. Mais il ne parait pas que ces recherches aient été continuées avec succès.

Les deux travaux précédents ne furent point publiés, mais on trouve dans le tome II des Mémoires de l’Académie, qui parut en 1822, deux écrits de notre auteur, l’un Sur les traps stratiformes et l’autre contenant des Extraits des observations météorologiques faites à Bruxelles pendant le premier semestre de l’an 1822 (’).

(*) Le gouvernement témoigna set remerclmenlt \*oar le travail, dans la séance du 7 septembre tiiivant.

(*) L*aiileur continua à publier le relevé de set observations météorologiques, dans le tome III des Mémoires de VJeadémie royale de Bruxelles.

Déjà deux ans auparavant (en i820), Kickx publiait son Tentamen mineralogicutn, ouvrage dans lequel il essayait de ramener aux minéraux la méthode que Linné avait appliquée avec tant de succès au règne végétal.

Vers la même époque, l’Académie avait reçu différentes lettres sur les découvertes que l'on venait de faire dans la grotte de Han et sur le passage qu’on avait trouvé à travers la montagne qui borde le village, parcouru par le courant de la Lesse : on sait que cette petite rivière, après avoir traversé la montagne, va se jeter ensuite dans la Meuse du côté de Dinant. Les bruits qu’on répandait sur le cours de cette petite rivière et sur la beauté des excavations que présente la montagne, traversée sur une étendue de plus d’un quart de lieue, déterminèrent l’Académie à y envoyer deux de ses membres : Kikx fut chargé de donner la description botanique et paléontologique de la partie extérieure de la montagne, et M. Quetelet fut chargé de faire le relevé de la grotte et d’en présenter le plan intérieur, en indiquant les principales conformations géologiques. L’excursion demandée eut lieu pendant le mois d’août 1822; plusieurs personnes instruites désiraient faire partie de cette petite expédition scientifique, à laquelle assistait aussi le fils de Kickx, qui n’avait alors que dix-neuf ans, mais qui donna, dans cette circonstance, des preuves nombreuses de ses connaissances comme botaniste et de son ardent désir de s’instruire. Il fallut à peu près huit jours pour prendre une connaissance un peu exacte de l’extérieur de la montagne, et surtout pour mesurer les cavités intérieures, qui présentaient parfois les difficultés les plus grandes, soit parleur rétrécissement, soit par leurs dimensions colossales : l’une d’elles, en effet, pouvait être assimilée par sa grandeur à l’intérieur d’une église élevée : plus de vingt personnes, munies de flambeaux, s’y tenaient facilement sans en éclairer les limites. Aussi, après

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son retour, l’un des deux visiteurs, peu satisfait des renseignements qu’il avait recueillis, et particuliérement sur le cours des eaux dans l’intérieur de la montagne, crut-il devoir y retourner et chercher à déterminer les passages qui pouvaient avoir échappé à un premier examen. Le tout fut imprimé dans le tome II des Mémoires de l’Académie de Bruxelles, avec quatre planches et un plan de la grotte (').

En 1823, le conseil d’administration de l’École de médecine dcBruxclles confia au professeur Kickx les cours de botanique et de minéralogie, et, trois ans apres, la même école se réorganisa et le chargea de l’enseignement des cours de pharm<acic, de botanique et de minéralogie.

Ce fut en 1827 que le gouvernement prit le parti de former à Bruxelles les différents cours libres du Musée, en les entourant de quelque prestige, plutôt pour les gens du monde que pour l’enseignement ordinaire. M. Van Ewyck, directeur général de l'enseignement de l'Etat, lit connaître à l’Académie les intentions bienveillantes du roi, et il invita plusieurs des membres de la compagnie à faire partie des professeurs de ces cours, nouveaux pour la capitale. MM. Dewez, Vanderlinden, Kickx ctQuetelet acceptèrent sans peine, et à eux ne tardèrent pas à se joindre MM. Baron (’), Vande VVeyer, Lesbroussart, Drapiez, Roget et Lauts. L’ouverture des cours se fit avec une certaine solennité , et l’on ne tarda pas à s’apercevoir que l’idée de cet enseignement libre avait été favorablement accueillie. Des personnes peu au cou-

(') Une nouvelle édition de la Betation d*un voyage à ia grotte de Han parut, l'année suivanlc, sous formai in-8*, chez P. -J. Ue Mal, imprimeur i Bruielle^, avec la deicriplion des grottes de Frryr, de Remoiicbant, de la montagne de Saint-Pierre près de Maestricht, etc.

(*) Une erreur de transcription a fait omettre le nom de Baron parmi les professeurs du nouveau Musée (page 564 de VHistoire dee eeiencee malhématiquei et phytiquei chet tes Belges, par A. Quelelet. 1 vol. in-S«, chez Hayez, 1864). C'cit Baron qui fut chargé aussi de prononcer le discours d'introduction.

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rant des événements qui nous louchaient cependant de très-prés, s’étonneront peut-être de l’accord qui régnait encore à celte époque entre le gouvernement et plusieurs des hommes qui ont marqué le plus pendant notre révolution de <830.

Dans l’année qui suivit l’ouverture des cours publics du Musée, Kickx fit paraître, pour la facilité de son enseignement, un Rpsumé de botanique et de minéralogie, qui fut imprimé à Bruxelles. On peut remarquer que les efforts de notre modeste savant tendaient constamment à étendre les connaissances et les avantages de ses élèves qui lui témoignaient la plus grande déférence malgré son apparente rigueur (').

Les événements de 1830 lui portèrent un coup fatal. Quoique étranger à toutes les agitations politiques, quoique formé en quelque sorte au milieu des bouleversements de la révolution brabançonne et de la révolution française, Kick.x sentit avec chagrin les changements nouveau.x qui se faisaient, non qu’il y prit une part active, car il demeura étranger au.x mouvemenUs politiques qui s’opéraient; mais il ne survécut point à ces déchirements qui se faisaient autour

(*) Nous donnons ici un aperçu sur quelques «lécouverles failes par Rickxj nous les empruntons à une notice insérée par M. Marchai père, page 4 des Notice* nécrologiques sur Kickx et Fanderlinden, qiron trouve dans le tome VII des Mémoire* de V/ieadémie de Bruxelles, in -4*, 1832. Elles concernent c une nou^ velle esjièce de f'erbaseum qu*il trouva au bord du Ruppel près d'Uejrndonck j line nouvelle es|>èce d'^égaric, trouvée par lui dans le bois de Soigne et qu'il appela jégarieus revo/utui; la découverte qu'il lil du plâtre sélénite, aux environs de cette ville. Il publia aussi une notice sur VÀrabi* albida et alpina, imprimée dans les ÀnnaU* de la Société Linnéenne de Paris.

« Plusieurs plantes portent son nom, entre autres le Ferbaseum Kickxium, ainsi nommé par M. Dumortier,en témoignage de la découverte qu’il en avaitfaitc. M. Dumorlier At aussi un genre distinct des ..ynlAirrinum .fpyrt'umetftol^ne de la Flore de Bruxelles, et leur donna le nom de Kickx; une apocinée de Java est appelée Kickxia arborea par le docteur Blume; cnAn, un genre A^icikxta fut créé par M. Reichenbacb, botaniste saxon. «

de lui : il mourut pendant l'année même qui suivit notre révolution, en laissant un nom cher à la science ainsi qu’aux gens de bien.

Kickx était père de cinq enfants et il eut le malheur d’en perdre successivement quatre. L’aiiié, qui lui survécut, portait le même prénom que lui et avait hérité de sa probité et de ses connaissances scientifiques ('). La douceur de son caractère et son goût extrême pour le travail lui avaient concilié l’amitié et l’estime de tous ceux qui étaient à même de le connaître. Il avait fait ses premières études à l’Athénée de Bruxelles et obtenu ensuite le titre de docteur. Il avait su mériter, en faisant ses études, pendant quatre années consécutives, les prix que l’Université de Louvain attachait à la solution des questions proposées pour les concours annuels (*). Après cette carrière brillante comme étudiant de la faculté des sciences, le jeune Kickx publia, selon les

(*) Jean Ricki fliséuil né i Bruxellei, le 17 jan?ier 1805; il mourtu siibUereeiu dans la même ville, le l'' lepletnhre 1864. Son OU, Jean-Jose|ih Kickx, docteur en sciences et connu déjà par des ouvrages de mérite, est attaché, comme rélail son i>ère, i TUnirersilé de Gand, où il soutiendra, nous n'en doutons pas, l’estime qu'ont méritée dans les sciences son aïeul et son père.

(’) Voici quels étaient les énoncés de ces questions ; il suffira de les indiquer : on pourra voir les réponses aui (rois premières questions dans les j4nnalet de l*Univertilé de Loutain. La publication du quatrième mémoire couronné a été suspendue, par suite des événements |K>litiques qui aneoèreni la révolution de 1830 :

l^* question : Detiir acciirata deicriptio planiarum officinaliiim et venenatarum in agro iovanteosi s|»ont6 crescentium, additi earum historii, etc.

^ question : Describantiir plants et animalia è qtiomin parlibns vel produclis spirilus ardentes estrabi soient, etc.

S* question : Comparetur organisatio generalis animalium cum vegetabtiium organisatione,etdoceatur qiisnam classincatio tum animalium, tum vegetahilium e ratione et natura organisationis institiii |M>sset.

4* question : Enumerentur et sfstematicè describanlur mineralia in maleriâ medicè rccepla, etc.

usages du temps, pour l’obtention du grade de docteur, la dissertation latine Specitnen inaugurale exhibens synopsin molluseorum Brahapliœ Auêtraliindigenorum. Cet écrit, comme le fait observer le savant auteur de sa notice nécrologique, est un des premiers ouvrages de malacologie qui ait paru en Belgique. Après avoir déterminé, dans la préface de son mémoire, les limites qu’il a assignées au Brabant, l’état de l’atmosphère, la température moyenne, les températures maxima et minima, la direction générale des vents, l’auteur passe à la description minutieuse des espèces, au nombre de cent di.x, que toutes il a observées lui-même dans cette province. Le caractère, la synonymie et l’habitat y sont décrits avec un soin tel, que cet ouvrage offre à la fois un mérite réel pour l’époque à laquelle il a été publié, et constitue encore de nos jours un excellent guide pour ceux qui s’occupent de la détermination des mollusques fluviatiles de la Belgique.

J. Kickx venait d’étre promu au grade de docteur en sciences naturelles quand éclata la révolution de 1830. Âdelman , son ancien professeur dans les sciences naturelles, s’était réfugié en Allemagne : son titre fut offert à notre jeune compatriote, qui crut ne pouvoir l’accepter par un motif de délicatesse. Il vint s’établir à Bruxelles, et, en 1831, le collège des bourgmestre et échevins de celte ville se Ht un plaisir de le mettre à la place que son père, qui venait d’expirer, avait si honorablement remplie.

Les résultats de son enseignement et les avantages qu’il sut acquérir dans la carrière des sciences prouvèrent suffisamment que la régence de Bruxelles ne s’était pas trompée sur la valeur des connaissances de son jeune protégé. J. Kickx continua son enseignement à Bruxelles jusqu’en novembre 1834, époque de la suppression de l’école ; mais il passa en même temps, comme professeur de botanique et de mi-

nêralogic, à l’IIniversité de Bruxelles. L’année suivante, la loi du 25 septembre 1835 réorganisa le haut enseignement en Belgique, et J. Kiekx fut attaché à l’Université de Gand, comme professeur extraordinaire pour l'enseignement de la botanique, de la physiologie des plantes et de l’anatomie végétale.

Ce fut pendant la même année qu’il publia sa Flore cryptogamique des environs de Louvain. Celte publication mérite d’étre remarquée, car il n’existait k celle époque aucun ouvrage spécialement consacré à la flore cryptogamique du pays. Ce genre de recherches l’occupa depuis d’une manière toute spéciale; il sut en répandre le goût dans nos provinces; il forma même, en 1856, une société d’amateurs qui avait principalement pour but l’exploration de la flore cryptogamique des Flandres.

C’est pendant l’année 1836 que l’Académie royale des sciences et des lettres de Belgique admit J. Kiekx au nombre de ses correspondants, et, l’année suivante, elle lui donna le litre de membre titulaire. Le litre de correspondant n’avait été créé qu’en 1834, pour remplacer, sans les éliminer, les membres hollandais absents que l’étal de guerre ne permettait pas d’assister aux séances. Cet état exceptionnel aurait dû cesser en 1838, lors de la séparation légale et définitive des deux pays, mais la majorité préféra conserver celle distinction. En 1841, le litre qui avait été accordé à notre jeune naturaliste fut changé en celui de professeur ordinaire, et, par suite de cette nouvelle nomination, il fut appelé à la direction du Jardin botanique, qui, aujourd'hui, grâce k ses bons soins, peut passer pour l’un des plus beaux et des plus riches du pays.

Kiekx fut d’un puissant secours pour l’élude de la feuillaison, de la floraison, de la fructification et de la chute des feuilles qui s’était développée en Belgique : scs nombreux

travaux ne lui permettaient pas de suivre attentivement et d’annoter les époque périodiques de ces phénomènes; mais il avait en l’obligeance d’engager plusieurs de ses amis à y prendre une part active par leurs propres travaux, qu’il avait soin de transmettre exactement ; il se faisait ensuite un véritable plaisir de pouvoir mettre scs connaissances à la disposition des personnes qui s’occupaient plus spécialement de ces travaux, et de les aider de ses bons conseils.

Notre savant compatriote s’occupait particulièrement des études de la flore cryptogamique des Flandres : il avait même déjà publié, dans les recueils de l’Académie, cinq centuries préliminaires de l’œuvre immense qu’il se proposait de mettre au jour et qui devait « comprendre un aperçu organograpbiquc de chaque famille et la description étendue de plus de deux mille espèces, sans compter plusieurs centaines de celles qui, admises jusqu’à ce jour, ont dû, par suite des découvertes de Tulasne et d’autres cryplogamisles, être ramenées à des types dont elles ont été reconnues n’étre que des états préformatifs. » Il avait terminé un ouvrage considérable sur ce sujet curieux et important : u II venait de mettre le couronnement à tant d’œuvres justement estimées, en achevant son grand travail sur la flore cryptogamique, quand, par une coïncidence fatale, la mort l’atteignit au moment même où il venait de conclure, avec un éditeur, en présence d'un de ses plus anciens amis, les arrangements pour la publication de ce monument scientifique. Un tel travail ne sera, sans doute, pas perdu; il ne restera point ignoré; des mains fidèles le mettront pieusement au jour... (') »

{') J. Kicki se trouTait alors à Bruxelles pour assister à des examens noiver* siUires; il parla à un ancien ami des ditAcultés quMI avait éprouvées chez un des principaux éditeurs de Bruxelles, pour l'impression de son ouvrage, qui formait en quelque sorte l'œuvre de toute sa vie. Cet ami lui proposa d'aller terminer avec

Indépendammcnl de scs recherches consciencieuses qui l’avaicnl si (idèlcmenl conduit pendant tout le cours de sa vie, J. Kickx se plaisait à réunir des notes biographiques sur les hommes les plus distingués de son pays qui s’étaient spécialement occupés de scs études favorites. Il donna dans scs loisirs des notices sur Jean de Laet, Van Sterbeeck, Auger-Gislain de Busbeck, Boecc de Boodt, etc. Quand l’Académie royale de Belgique songea, plus tard, à réunir les noms de scs hommes les plus distingués et à en présenter le tableau, de manière à réunir tous scs titres de gloire, J. Kickx fut naturellement appelé à faire partie des quinze membres de l’Académie désignés pour s’occuper du soin de la rédaction. Il s’agissait, avant tout, de savoir s’il fallait composer simplement un dictionnaire biographique des hommes qui avaient marqué dans l’histoire du pays, ou s’il fallait, à pou près comme le demandait De ReifTenberg en 1846, « considérer le travail comme un tableau historique, ou un résumé dans l’ordre chronologique, des faits et gestes de tous les hommes qui ont contribué à rehausser la gloire du nom belge, tant sous le rapport artistique, scientifique et littéraire que sous d’autres également dignes d’étre signalés. » Il proposait donc de rédiger séparément l’histoire littéraire, l’histoire scientifique, l’histoire artistique, l’histoire politique et militaire, etc. La question fut résolue en faveur de la biographie par dix voix contre cinq; et Kickx, qui s’était beaucoup occupé de l’histoire scientifique, se rangea dans le parti vaincu (').

Parmi les témoignages d’estime accordés à notre collègue

Tédileur c«Ue affaire purement commerciale. Les diffleuités, en effely furent aplanies : J. Kickx rit réditeur^ mais le lendemain il avait cessé d*exisler.

(') Les cinq membres de la commission académique qui teoaieot à préseoter le tableau historique de la Belgique au lieu de la biographie des Belges, étaient MH. Félis i>érc, le baron Kervyn de Lettenhove, J. Kickx, Van Hasselt et Quetelel.

par différcnls botanistes, il convient de citer les plantes nombreuses qui ont été chargées, en quelque sorte, de transmettre son nom et ses services à la postérité (*). Onze plantes portent son nom, et dilférentes sociétés savantes, en appelant à elles le botaniste distingué, lui ont donné des témoignages de leur estime. Peu de personnes jouissent d’une considération aussi complète que celle qu’il avait méritée, et comme homme et comme savant; on peut dire qu’il a véritablement honoré la science par sa modestie et par ses belles qualités qui commandaient l’estime générale.

J. Kickx mourut à Bruxelles, dans la nuit du septembre 1864 : rien ne pouvait annoncer une mort aussi subite. Son corps fut transporté à Gand, et ses obsèques eurent lieu, au milieu de la douleur générale, le lendemain de l’enterrement de Timmermans , son collègue dans la faculté des sciences, autre perte douloureuse que les sciences firent simultanément.

(0 Ces planlet sool : Zamia Kkkxiif Moq. — Po^fpona Üekxianut, Lev. — Hÿpoxylon Kickxiif Wesl. — StHbotpora A'teJkxtï, WeM. — Terebratula Aickxiif Galleol. — Pholat Kickxinna^ De Ryckb. — Paludina Kickxiif Wesl. . — Attarlê Kickxii, Nyst. — />erira/ium Kickxiif Nysl. — Trochui Kickxii, Nysl. — f 'enut Kickxii, Nyst.

Od pourra voir avec plus de détails, uneooiice de M. Poelman sur J. Kicki, dans TAonuairede rAcadémie (>oiir 1865.

])ANIEL-JOSKPH-BENOIT MARESKA (1).

C’est une douce consolation pour l'honnètc homme de s’élever des rangs inférieurs de la société et de parvenir^ par ses talents et son caractère, à prendre une position distinguée et à jouir de l’estime de tout ce qui l'environne. Mareska avait rencontré, dans le cours de ses premières années, bien des dillicultés; mais il sut les vaincre dès ses études universitaires, et son excellente conduite fixa bientôt l’attention des hommes qui pouvaient exercer de l’influence sur son avenir. La nature semblait l’avoir traité d’une manière privilégiée, car il joignait un physique avantageux à des qualités morales et spirituelles très-remarquables.

Ses premiers débuts à l'IIniversité de Gand furent signalés par différents succès qu’il obtint dans les concours. En 1824, il remporta le prix de l’Université de Liège, par un mémoire sur la théorie des limites. Ses prédilections, dans sa première jeunesse, le dirigeaient plus spécialement vers les sciences mathématiques, et il semblait en effet avoir dos dispositions particulières pour les cultiver avec supériorité. Deux ans après, il remporta une distinction semblable dans

(') Né A Gantt, le 9 septembre 1803; mon dans la même ville, le 51 mars 1858.

l’univorsilti de sa ville natale, par un mémoire sur In théorie des caustiques par réflexion et par réfraction (‘j. Ce sujet occupait alors non-seulement les mathématiciens belges, mais encore beaucoup d’hommes remarquables des pays avoisinants, qui cherchaient à simplifier cette théorie et à la ramener à sa plus simple expression.

C’est à cette époque aussi qu’à l’occasion de sa promotion au grade de docteur en sciences, il écrivit son mémoire sur les lois de l’électricité dynamique. Immédiatement après (1827), il fut nommé à la chaire des sciences mathématiques de l'Athénée royal de Gand. Il fut en même temps appelé comme professeur de chimie à l'école industrielle, qui était annexée à l’université de la mémo ville. La première de ces places était devenue en quelque sorte une espèce de récompense pour les étudiants les plus distingués de l'université.

Lors de l'organisation de l’Athénée deGand, en 1814, l’université n’existait pas encore; elle ne fut créée que deux ans après. M. Quetelet y était chargé de l’enseignement des mathématiques, mais il n’eut pas de peine à faire comprendre son insuflisance pour développer, seul, les sciences mathématiques et physiques, dans un athénée royal qui tenait à se placer en première ligne. On nomma successivement MM. Le Maire, Mareska, Lefrançois, Duprez, qui succé- «lèrent les uns aux autres et qui éveillèrent une émulation utile parmi les jeunes gens.

Mareska sentit cependant que la place de professeur de mathématiques à l’Athénée serait insudisante pour le mettre à même de poursuivre toutes les études qui l’occupaient : il prit, en 1829, le diplôme de docteur en médecine, comme

(') Jotepki Mareska Gandavensit retpontio ad quaestionem .* In invesUga^ iiones mere matkematieas de causticis per reflexionem et refractionemy etc., ) vol. in>4”, 50 liages el â |il<in€hes, Garni, 1896.

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inaugurant la nouvelle carrière qu’il se disposait à suivre. Son attention s’était, depuis longtemps, portée vers les sciences d’observation et particulièrement vers les sciences médicales. A la suite de la révolution de 1830, la suppression des facultés de philosophie fut décrétée; il se forma des facultés /i6res pour l'enseignement de ces mêmes sciences, et Mareska fut chargé de l'enseignement de la chimie. Il occupa ces fonctions jusqu’à l’époque de la réorganisation de l’enseignement supérieur, et devint alors professeur e.xtraordinaire de ce cours, qu’il continua d’enseigner jusqu’à la fin de sa vie. Il échangea toutefois ce titre contre celui, plus élevé et plus productif, de professeur ordinaire.

En 1830, il publia, avec M. Donny, une lettre à M. Dumas sur la suspension de l’allinité par le froid, lettre qui a paru dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences de Paris (séance du 7 mars 184o). Cet écrit était assez remarquable pour que Berzélius, dans son rapport sur les progrès de la chimie, appréciât les recherches qui y sont contenues. « Ce sont là, dit-il, des e.vpéricnces de la plus haute importance pour la chimie théorique. » L'appréciation d’un homme aussi célèbre doit e.xercer quelque influence sur l’esprit des juges en pareille matière.

Dans le cours de la mémo année, l’Académie royale de Belgique fil paraître, dans le tome XII de ses Bulletins , l’e.vtrait d’une lettre que les mêmes savants avaient adri^sséc à son secrétaire perpétuel, sur les modifications que présentent certains corps dans leurs propriétés chimiques, quand ils sont portés à une température e.\ccssivement basse. Ce travail avait principalement pour but de montrer que les e.xpériences faites à Gand avaient précédé celles faites sur le meme sujet par de Schrolter à Vienne, et que les auteurs avaient reconnu que l’aflinilc entre plusieurs corps se trouve diminuée par l’influence du froid.

Maroska s elait occupé de ces recherches avec M. Donny, qui lui servait d’aide à l’Université de Gand. L’Académie a inséré dans ses recueils plusieurs autres ouvrages dus à la même collaboration. On trouve, dans le tome XVllI de ses Mémoires, un écrit sur un appareil de Thilorier modifié, concernant les propriétés de l’acide carbonique liquide et solide, et, dans le tome XXVI, des Recliei-ches sur l'extraction du potassium.

Le tome XIV des Bulletins renferme aussi des travaux de Mareska qui ont pour objet les sophistications des farines et du pain : l’attention de notre confrère s’est toujours portée d’une manière particulière vers tout ce qui concerne les aliments et l’état des produits qui servent à la consommation. Ainsi, il composa avec notre confrère J. Kick.x son rapport sur l’épidémie des pommes de terre, et il fit avec M. Hyman une enquête sur le travail et la condition physique et morale des ouvriers employés dans les manufactures de colon.

Il écrivit, plus tard, avec M. Valerius, actuellement professeur de physique à l’Université de Gand, le cours de chimie organique et inorganique qui parut pendant l'année 1848. Cet ouvrage, traduit de l’allemand, avait pour but de faciliter l’enseignement.

Nous devons mentionner encore la part qu’il prit à la composition de la Pharmacopée , ouvrage dont le Gouvernement désirait vivement la publication et dont l’utilité n’a pas besoin d’ètre démontrée. Il était ainsi toujours prêt au travail et ne refusait jamais scs soins dés qu’il s’agissait d’une œuvre utile.

Mareska avait été décoré de l’ordre de Léopold pour les nombreux services qu’il avait rendus aux sciences par ses travaux et par le concours qu’il avait prélé à toutes les recherches demandées par le gouvernement.

L’année 1830, comme nous l’avons vu, avait changé totalement sa position ; elle lui avait fourni en même temps une occasion favorable pour augmenter, par une observation active, ce qu’il possédait de connaissances théoriques. Il fut nommé médecin de la maison centrale de détention, l’une des prisons les plus considérables du royaume ; plus lard, il fit partie de la Commission médicale provinciale et fut revêtu d’autres fonctions, qui, jointes à son enseignement, lui causèrent, pour se tenir au niveau des progrès de la science, des fatigues incessantes qui finirent par ruiner graduellement sa robuste santé.

Mareska était l’un des fondateurs de la Société de Médecine de Gand, qui l’a choisi, quelques années avant sa mort, comme un de ses présidents. 11 a pris une part très-active aux travaux de cette association : c’est ce que montrent les nombreuses communications sur les .sciences qu’il a insérées dans ses différents Bulletins.

L’Académie royale de médecine, à laquelle il fut également attaché en 1848, reçut différents articles de sa composition et d’intéressants rapports sur des travaux qui avaient été soumis à son examen.

Le savoir, l’impartialité, ladoilure de caractère qui distinguaient Mareska, avaient souvent engagé le Gouvernement à recourir à son expérience pour les renseignements qu’il désirait recevoir. Ses appréciations inspiraient, avec raison, la plus grande confiance; et le Ministre de la justice crut devoir publier les rapports qu’il lui avait adressés sur l’étal sanitaire des détenus correctionnels à Hemixem.

« Pendant ses dernières années, quand il avait à lutter d’une manière incessante contre la maladie qui l’a conduit au tombeau, m’écrivait un de scs collègues, je l’ai entendu maintes fois gémir sur l’impossibilité où il se trouvait de donner régulièrement ses leçons. A peine convalescent, nous

l’avons vu souvenl se faire conduire jusqu’à l’université, et quand il se trouvait dans l’impossibilité d’arriver jusqu’à son amphithéâtre, il demandait à l'un de ses collègues de lui céder une salle au rez-de-chaussée. »

« Mareska est mort le 31 mars 1858, à la suite d'une hydropéricarde; et jusqu’au dernier instant, il a conservé toute la sérénité de son caractère. Il a vécu et il est mort en bon chrétien. Il a réclamé lui- même les secours de la religion, au moment qu’il a senti scs jours sérieusement menacés. »

L’enterrement eut lieu le 2 avril 1858. Les représentants des principales institutions auxquelles Mareska avait appartenu vinrent successivement rendre un dernier hommage à sa mémoire, à ses rares qualités, et exprimer des regrets partagés par toute la population gantoise.

Peu (Je jeunes gens préludèrent d’une manière plus heureuse à leur carrière scientifique, peu y apportèrent des qualités plus aimables et plus bienveillantes que le savant dont j’essayerai de retracer la courte existence. Plein d’ardeur pour l’étude, plein du désir de s’y livrer avec énergie, il vint échouer devant un mal qui amortit ce feu créateur, et la fortune lui sourit si peu qu'elle comprima les dons naturels par lesquels il se distinguait le plus.

Henri-Guillaume Galeotti était d’origine italienne : son père était de Milan; lui -même était né à Paris, au milieu des événements militaires qui répandirent le deuil autour de son berceau ('). Il suivit, bientôt après cette époque, son père en Belgique, et, dès qu’on put le remarquer, il se plaça, par ses facultés intellectuelles, dans un rang élevé. Galeotti (*)

(*) Il était né le 10 se|ilemhre 1814 (c«lte date est eitraite des actes de naissance du 5"' arrondissement de Paris). « Il avait été eni^e^istré devant M. Maiivaye, maire, le 13 septembre 1814, comme ftls de dame Estber-Agathe-Chrislinc Kraus, sous le nom de Henri-Guillaume. •

Galeotti avait été naturalisé Belge par arrêté royal du 38 Tévricr 1843. Il e»t mort le 14 mars 1858, pendant le même mois <|ue Mareska, avec qui il avait d’ailleurs tant de rapports.

n’avait que vingt et un ans lorsqu’il se lit connaître de l'Académie royale de Bruxelles par le prix qu’il y remporta pour son Mémoire sur la constitution géognostique de la province de Brabant (').

Cet écrit assez étendu nécessitait des recherches nombreuses sur la nature des terrains de la province, et exigeait la connaissance des différents ouvrages modernes de minéralogie et de paléontologie. L’auteur le rédigea avec une simplicité pleine de modestie, mais im homme qui se sentait la force nécessaire pour se livrer à des études sérieuses. On doit s’étonner toutefois que, préparant ce travail dans un âge aussi peu avancé, il pût parler déjà des voyages scientiliques qu’il avait accomplis. « Depuis plusieurs années, dit-il dans sa préface, l’Académie des sciences de Bruxelles avait proposé au concours la description géologique du Brabant; personne n’avait encore traité cette question, lorsque, revenu de longs voyages que je fis en Saxe, en Bohême, au llarz, etc., dans le but d’approfondir les sciences géologiques auxquelles je me vouais depuis plusieurs années, je me hasardai de répondre àeetappel. Mes faibles talents et mon jeune âge me faisaient peut-être un devoir de ne point entreprendre une si rude tâche ; mais le désir orgueilleux de Tnarcher sur les traces frayées par tant de succès divers des d’Omalius d’Halloy, des Cauchy, des Dumont, des Sauveur, des Schnierling et d’autres, qui honorent la Belgique par leurs travaux géologiques, et l’exemple que m’offraient ces savants, ont fait naitre en moi l’idée présomptueuse que je pourrais soumettre une description géognostique du Brabant à leur approbation (*). »

(*) Tome XII îles Mémoirti couronnés de V Académie royale de Belgique, io-4*; 1857.

(*) Préface du Afétuoire sur la constitution géognostique, page 30) lome X(1 lies JVémoires couronnés de l'Académie.

C’esl surloul par les recherches paléonlologiqucs que celle descriplion se fail remarquer elqu’ellesul mérilcr des éloges. Non-seulemenl Galeolli reinporla le prix du concours, mais l'Académie voulul donner à l’auleur un lémoignage de confiance. Elle avail demandé, dans ses programmes des recherches sur la géologie de nos principales provinces; elle crul que l’inslanl éiail venu de proc’éder à un travail général eide demander la carte géologique de tout le royaume.

Le 2 juillel 1830 (') parut un arrêté royal qui portait qu’une carte géologique de la Belgique serait exécutée aux frais du gouvernement, sous les auspices de l’Académie royale de Bruxelles, et que l’élude des terrains et le tracé de leurs limites seraient remis dans le terme de trois ans. Cet arreté stipulait de plus que le sieur Dumont, professeur à l’Université de Liège et membre correspondant de l’Académie royale, serait chargé de l’exécution de la carte comprenant les provinces de Liège, de Namur, de Hainaut et de Lu.xembourg, et que le gouvernement se réservait de désigner ultérieurement la personne chargée d’exécuter les études relatives aux provinces de Brabant, d’Anvers, des Flandres et de Limbourg.

Le savant que concernait cet arrêté , sans cependant le désigner encore, était, conformément au désir exprimé par l’Académie, le jeune Galeotti. Mais, par suite de l’absence prolongée de ce naturaliste, le gouvernement dut confier tout le travail à Dumont, qui s’acquitta, du reste, de la manière la plus digne de cette mission importante. On ne peut que regretter de voir ces deux savants, en qui l’Académie avail mis de si nobles espérances, terminer tous deux leur carrière dans un âge peu avancé et à si peu de temps d’intervalle.

(') BuUetim de t^j^eadémie, (orne llî, page 934, 183C. N. Galeoui était paru «le Haml)ourg au inots de septembre de Tannée précédente, et s'était rendu à Vera-Crui.

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Pendant son séjour en Amérique, Galeotli fut loin d’oublier l’Académie; il la tint au courant de ses principales excursions et lui communiqua la plupart de ses travaux. Nos bulletins témoignent de ses sentiments d’attachement pour le corps qui avait récompensé sa première œuvre et qui avait voulu l’associer à une de scs entreprises les plus importantes. Dans ses diHércnts voyages en Amérique, et particuliérement dans le Mexique, on le voit toujours tourner ses regards vers sa patrie adoptive, prendre plaisir à lui parler de ses études et s’efforcer de lui montrer qu’il n’est pas indigne des sympathies du premier corps scientilique de l'État (').

(') Nous rap|>rlleroot ici, avec plus de délails, les renseignemenii que Galeolli parait avoir communiqués lui-méme à M. La Sègiic et que celui*ci a publiés à Paris, dans un recueil scieniinqiie ;

< Parti de Hambourg en septembre 1835, il arrive à Vera>Criia en décembre, à répo<|ue où la végétation est t»our ainsi dire stationnaire^ une herborisation de quelques jours lui amène cependant la découverte de quelques espèces nouvelles. Il visite ensuite la région fertile et tempéi'écde Xalapa, ville située à vingt-cinq lieues (le Vera-Cruz. Un séjour de six mois lui permet de récolter une foule de plantes vivantes (surtout des orchidées) et d’échantillons desséchés. De Xalapa, U. Ga> leotti {toursuit sa roule vers las Vigas, régions froides et boisées de la Cordillère, que l'on quitte (loiir entrer dans la région froide des plaines de Perotc. Il observe toute la contrée de plaines depuis Perote et au delà de Puebla jusqu'au pied de la chaîne volcanique de riztaccihuall et la chaîne <|ui sépare les plaines de Piiehia de celles de Mexico. A trois difTérentes époques, en 183D, 1837, 1838, il herborise dans la plaine de Mexico, près d'Ayolla, de Chalco,' de San Augustin, de Tisayuca, etc., jusqu'à Pachuca. Eu juillet 1830, il se rend aux montagnes de Real- Monie; accompagné de M. Ch. Ehrenberg de Berlin, il herborise, pendant deux à trois mois dans celle intéressante région. Il visite quelques pics élevés, tels que le Sumaie et le Cerro del Aguila, Régla, près de Real-Mooie, le ravin du Rio-Grande de Mexiillan, à 1 ,000 pieds plus bas que Régla, les montagnes cscar- |>ée.s de la Cordillère de San-Jose-del-Oro, au nord de Zimapan, etc.

» A la lin de 1835, M. Galeotli pan de Mexico pour visiter la Cordillère occidentale du Mexique, en passant par $an-Juan>del-Rio, les plaines de Zelaya, Salamanca et Léon. Il visite Guadataxara et les rives du lac de Chapala, à treize lieues de celte ville. Une course rapide le transporte ensuite à San-Blas, au bord de l'océan Pacifique.

• A son retour de la côte, en 1837, il se rend à Guanaxuato, à la Sierra de Saoia-Rosa, etc. Au mois de juin, il part de Mexico ponr visiter le haut volcan de Popocatcpell et en rapimrte un herbier recueilli pendant un campement de trois

Il revint en Belgique vers la lin de l'année 1840, el dés la première séance d’élection qui suivit son retour, il obtint les sulTrag(‘S de l’Académie, qui le nomma au nombre de ses correspondants (le 7 mai 1841).

M. Galeotti rapportait une riche moisson d’objets d’histoire naturelle. Sa modestie et les limites du temps dont il pouvait disposer ne lui permirent pas de s’occuper seul à mettre le public dans la confidence do tout ce qu’il avait réuni dans scs voyages; il en communiqua cependant une série à l’Académie royale de Bru.xelles, avec laquelle, comme nous venons de le dire, il avait toujours entretenu des rela-

jours, |très tics limiies lie la végétation, à 10,500 pieds; il repart en juillet poulies riches régions de Miclioacan, après avoir visité et escaladé le sommet du Cam* panario (clocher) de Nevado de Tohica, situé à près de 15,000 pictts de hauteur abtioliie, et les rives du lac (|ui remplit en partie U cavité de Tancien cratère. Il ctpiore successivement Nordia (Valladolid de Michoacan) cl ses environs, Jesus< dd-Moiite, Sania-Maria, laripeo (à 5,000 pieds), Paizenaro, le volcan de Jorullo, L’ruapao. De ce dernier endroit, il traverse toiiic une région de montagnes el arrive à Guadalaxara. En décembre 1837, il se dirige vers le nord sur Agiias- Calieiiles et sur San-Luis-Polosi, ville située près du iropique el à plus de 0,000 pieds aii-<lessus du niveau de TOréan. De retour à ^Mexico, en avril 1838, après un voyage de i|ualre à cim| mille lieues, il revient à Xalapa el à Vera-Critz, et va éialdir sa station l>olani<{iie à la colonie allemande de Mirador el de Eaeiiapan. Au mois d'auùl, en compagnie de ses trois amis, les naturalistes MM. Fiinck, Ghies* hreght et Lindon, il visite le pic élevé d'Orizaba. Établi penilant onze jours avec ses compagnons dans une caverne située à environ 11,000 pieds, il recueille, entre 9,000 el 12,800 pieds de hauteur absolue, 3 à 400 espèces de plantes.

» En avril 1830, M. Galeotti part pour Tehiiacan, dans l'Élal do Piiebla, par Cordova, Orizaba el Aculizingo; visite Oaxac.i el le t>rro de San-Felipe, au non! de la ville, Yavezia, (^slrasana, etc., dans la Cordillère orientale d'Oaxaca et Ia Cbinanila, vaste réunion de ravins et de montagnes. Son voyage à la Cordillère, au sud d'Oaxaca el à la cèle PaciOque, est mari|ué par des stations importantes : la plaine d'Oaxaca, Sola, Juqiiila, prèx de la côte, à 4,000 pieds d'élévation dans la Cordillère et près du mont de la Vierge, et ou se li*ouve la flore la plus riche, la plus variée et la moins connue du Mexique. De retour i Oaxaca à la fin de 1839, il parcourt ta Misteca-Alta, Penoles, laltepeque, Nitsinu, etc., retourne à Vera- Cruz par Tehiiacan, Hualiisco et U colonie de Mirador, el <ltnlle le Mexique en juin 1840, elTectuanl son retour par la Havane el l'Anglelerre. » (Extrait du ;Vusé« boiantqtif de .1/. Benjamin Pclessert, par A. La Sègue; Paris, 1845, in-8*, pages 209 cl suivantes.)

lions; le surplus de son butin scienlilique enrichit successivement düTérents recueils.. « L’herbier qu’il avait formé était composé de 7 à 8,000 espèces, dont un grand nombre étaient nouvelles ; mais une partie seulement d’entre elles a été décrite, soit par Galeotti, soit en collaboration avec d’autres botanistes : les fougères et une bonne partie des phanérogames par Marlens; les orchidées par Ach. Richard; les graminées par Trinius, etc. (').

Le travail sur les fougères méritait un examen tout particulier ; l’attention que Martens et Galeotti ont portée sur ces plantes s’explique facilement, si l’on considère que le Mexique est, peut-être, l’un des pays du monde entier qui en est le plus richement doté. Sur 160 espèces qui proviennent de ce territoire, il s’en trouvait plusieurs encore inconnues jusqu’alors : des planches nombreuses en présentent la configuration, qui est décrite, du reste, dans un texte faisant l’objet d’un mémoire assez considérable (^).

M. Galeotti était plein d’ardeur pour les sciences; ce qu’il possédait n’était rien à scs yeux : sa fortune, son existence, tout leur était consacré. Il forma, dès son retour, un grand établissement horticole, et il en proportionna l’importance bien plus aux idées qu’il avait conçues qu’à ses ressources pécuniaires. Mais il sentit bientôt que le commerce a d’autres exigences que celles qui résultent du savoir, et qu'en voulant y réussir, il ne sullit plus de connaissances étendues ni de pensées généreuses. Il dut céder à des préoccupations toutes différentes de celles qui l’avaient dominé jusqu’alors : il se sentit transporté dans un monde nouveau, dont il ne connaissait ni les expédients, ni les écueils.

(') Notiu néerülogi<iue sur H. GaleolU par M. Eit. Morren.

(*) Mémoires sur les foii((ères <lu Mexique, et considérations sur la géographie botanique de celle contrée, par Marleus et H. Galeotti, tome XV des ;Vémotrrs de V^cadémie de ^ruxe//ei^ année

Ce retour l’alfecla vivement cl eut la plus fàclieuse inlluence sur son organisation. Peu à peu il s’éloigna, par discrétion, des hommes avec lesquels il avait autrefois du plaisir à se trouver. L’Académie ne le vil plus prendre part à ses séances : il semblait que le sort qui le poursuivait fût en même temps une barrière entre lui et les hommes qui l’estimaient le plus.

Par l’intermédiaire de quelques confrères de l'Académie, Galeolti put entrer, au mois de mai 1853, comme directeur au Jardin d’Horticulture de Bruxelles, cl s’y livrer entièrement à ses éludes de prédilection. Celle tranquille position lui donna plus de calme; il retourna à scs travaux chéris et jouit de rcxislencc paisible dont il avait tant besoin. Mais le coup qui devait nous le ravir était porté depuis longtemps : sa santé, trop rudement éprouvée, ne put se rétablir, malgré les conditions plus heureuses dans lesquelles il se retrouvait.

Galcotti , depuis son retour d'Amérique, s’était marié, mais il n’eut qu’un seul enfant, un fils , et ce fut sans doute une cause d’allégement pour son esprit, que de ne pas être chargé d’une nombreuse famille au milieu des luttes pénibles qu’il eut à soutenir. Le travail fut son grand consolateur, et le besoin d’étude le porta à s’occuper de la rédaction du Journal d'horticulture pratique , dont la publication augmentait encore les avantages de sa nouvelle position.

C’est le 14 mars 1858 que se termina sa douloureuse existence, minée par une longue et pénible maladie. La plupart de ses anciens collègues de l’Académie et scs nombreux amis voulurent lui payer un dernier témoignage d’affection, et accompagnèrent ses restes jusqu’au cimetière de l'église de Schaerbeek, où ils furent déposés.

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