‹ Sciences mathématiques et physiques chez les Belges, au commencement du 19e siècleChapitre 20 sur 48 · Histoire du Pays de Liège. Bnixelles, 1833, 3 vol. in · texte numérisé non relu

Histoire du Pays de Liège. Bnixelles, 1833, 3 vol. in

9. Abrégé de l*histoire de la province de Dfamur, par demandes et par réiwnses. Bruxelles, 1833, ln-13.

10. Abrégé de l'histoire du f/ainaut et du 7'ournatjis, par demandes et par ré|>onses, Mons, 1'*’ édit, 1833; 3*^ édit. 1837, in-13.

11. Abrégé de l'histoire du duché de Brabant, du marquisat d'Anvers et de la seigneurie de jValines, par demandes et par réponses, lm) français cl en hollandais. Bruxelles, 1834, iD'13.

13. Cours d'histoire belgique, conlenanl les leçons publiques données an Musée des lettres et des sciences de Bruxelles, par Devez, et rédigées par lui* même. Brotelles, 1833, 3 vol. îo-8'’.

■ajuste récompense de ses travaux ('). Cette décoration loi était due sous tous les rapports : sans doute, une couleur plus heureuse l'aurait remplacée après la révolution, quand serait venue l’heure de donner des distinctions aux talents qui honorent leur pays etqui, pour jeter moins d’éclatque les talents militaires, ne lui assurent pas une considération moins (grande. Mais ces distinctions, Dewez ne les ambitionnait pas : habitué à une vie retirée et à des études tranquilles, il fuyait, au contraire, tout ce qui tenait à l'ostentation ; il était surtout jaloux de l’estime de ses concitoyens et désireux qu’on eût pour lui les égards qu’il eut toujours pour les autres. Malheureusement, il faut bien le dire, par suite de ces mutations qui accompagnent inévitablement toutes les révolutions politiques, il vit successivement remettre en doute la conservation de chacune des places qu’il avait acquises par ses talents et par de longs services. Ce déni de justice, celle espèce de déliance en ses capacités qui lui annonçait d’une manière dure qu’il était au bout de sa carrière, avait porté de rudes atteintes à son moral. Plus d’une fois, dans son irilimité, il s’en est plaint avec douceur, car des paroles aigres n’ont jamais pris part à ses discours. Mais aucune perte ne pouvait lui être plus sensible que celle de ses deux lilles qui faisaient le charme de sa vieillesse. Pour une àmc aussi aimante, et dans un âge aussi avancé, ces deux coups devaient être mortels; aussi ce malheureux père n’a-l-il pas survécu longtemps à ses enfants chéris. Il sentait que désormais sa place était marquée à côté d’elles et que cette place ne pouvait rester longtemps vacante.

(') l,a tiolict*, qtie Ton Irouve ici a été lue sur le lomheaii «le Üewez : on a cru devoir la conserver telle (|u*elle a été présentée alors.

ÉGIDE-XOUBEUT CORNELISSEN (1).

Il est (lifTérenti'â manières Je se Jislingucr dans la carrière des lellres. Les uns, sans sortir d’une sphère étroite, s’occupent uniquement de leurs écrits, et parfois ils obtiennent d’autant plus d’estime, qu’ils s’adressent h un plus petit nombre d’adeptes. D’autres, au contraire, moins portés à manier la plume qu'à agir directement sur les masses, se rendent utiles par l'influence qu’ils exercent, par la lumière et la vie qu’ils répandent sur tout ce qui les entoure: peu préoccupés d’eux-mémes et du renom qu’ils pourraient acquérir par leur savoir, ils font généreusement le sacrifice de leur avenir en faveur des autres hommes.

D’où vient, cependant, que le public, qui leur doit plus qu’aux premiers, soit moins juste à leur égard ? Est-ce parce qu’habitué à matérialiser tout, il n’estime le talent qu’en raison du nombre de volumes qui sont produits, ou bien parce qu’il se lasse même de scs bienfaiteurs, quand il se trouve constamment en contact avec eux?

(') Né à Anver», le 13Juillel 1769, mort à Gaod, le 31 juillet 1649.

Le suvanl (lotit il sera question dans cette notice appartenait à cette classe d’hommes giimlTeux auxquels je viens de faire allusion ; pendant prtts d’un demi-siècle, il a été l’âme d’une de nos principales cités; sa biographie, en effet, se confond en quelque sorte avec l’histoire littéraire de la ville de Gand. Sous ce rajiport, elle ne sera peut-être pas sans intérêt : il est toujours curieux de rechercher par quels moyens on parvient à exercer de l’induence sur une po|)ulation et comment on la détermine à créer des institutions utiles ou à consolider celles qu’elle possédait déjà.

Égide-Norbert Cornelissen fit ses premières études dans une école de la Campinc (‘) : c’était, à cette époque, le rendez-vous des jeunes gens qui , par la connaissance du latin, se préparaient à entrer à l’ancienne Université de Louvain. L’étal de fortune de ses parents lui permettait de faire d('s éludes régulières; ses premières classes terminées, il se transporta donc dans celle dernière ville et commença son cours de philosophie.

Il vêlait à peine qu’il entendit les premiers appels faits à la révolution de 1789. Le jeune Norbert s’y montra plus sensible qu’aux appels de ses professeurs : il s’empressa de

(') C'esl lui -même qui nous l'apprend, dans une nolicespiriliielie sur les iriilTcs, intitulée : Sur tei tdiera det anciem, et insérée dans les AnnakM Belgiques. Voici comment il s'exprime: « Si ma mémoire me retrace fidèlement ce que j'ai appris dans ma première jeunesse, je crois me ressouvenir que mon professeur de syntaxe, lorsqu'il rencontrait le mot tubera dans un auteur ancien, le traduisait par aerdappel ou pomme de terre f et il en concluait gravement que ces tubercules étaient connus des Romains. Les élèves, à une é|H)que où la ciui/isaffon n'étail pas aussi avancée qu'elle l'est aujourd'hui dansqiiciques collèges, n'avaient pas encore contracté l'habitude de contredire leurs maîtres sur les bancs de l'école; j'aurais donc lrès>pieusemenl juré, in verba magiitrif que le fuber de la Rome des Cé:»ars était ce que je mangeais deux fois chaque jour de l'année dans la Campine brabançonne, contrée riche en bonnes volailles, mais où le non plui ultra de la science culinaire était une dinde farcie de châtaignes; la véritable tnifTe, de nom et de fait, était inconnue dans la Campine : les prélats même de Tongerloo etü'Everbode n'en avaient jamais entendu parler. ■

quitter les bancs ilc l’école et île retourner dans sa ville natale (' ).

L’imagination encore exaltée par les principes d’égalité qu’il avait puisés dans les auteurs grecs et romains, il devint un des apôtres les plus fervents des idées républicaines. Il ne s’en tint pas à des paroles ni à des chants patriotiques ; il prit une part active à la révolution brabançonne et se rendit à l’armée; il fut attaché successivement aux généraux Vandermersch elScbônfeld, et il parait même qu’il fut fait prisonnier à Nassogne.

Cependant le gouvernement autrichien avait été rétabli, et le dictateur Vandernoot était en fuite. Notre jeune compatriote abandonna ses idées belliqueuses; et, vers la lin de 1790, il entra modestement, comme teneur de livres, dans line maison de commerce. Jamais profession n’avait été plus mal choisie; aussi fut-elle bientôt délaissée. Cornelissen alors tourna ses regards vers l’Italie; et, au mois d’avril 1792, il |irit le chemin de la ville éternelle où l’appelaient depuis longtemps ses goûts et ses études.

Ce voyage eut toutefois une malheureuse issue. Cornelissen se trouvait à Rome au moment de l’assassinat de Basseville, dontle célèbre Monti a tour à tour maudit et glorifié la fin tragique (*). Notre compatriote lui-même y courut les dangers les plus grands : il se hâta de gagner le nord de l’Italie, et, après avoir été expulsé de Gènes, il rentra en Belgique.

Je dois à rohligeance de N. Vranckeo p^re, médecin à Anvers et parenl de Cornelissen, de nombreux renseignements tlontj*ai fait usage dans celte notice: les dates ont été généralement tirées de pièces authentiques trouvées parmi les papiers du défunt.

(*) Cet assassinat eut lieu le 13 janvier 1793. Basseville était secrétaire de léga* (ion à Naples pour la Convention ; on l'accusait, à Rome, d'avoir voulu soulever le peuple : il fut assailli dans une émeute et reçut un coup de rasoir dont il mourut pou «le jours après.

La bataille de Fleurus (1794) venait de livrer ce dernier pays à la France; on créait une administration générale à Bruxelles. Cornclisscn y fut appelé en qualité de traducteur dans la division de l’instruction publique. Vers la (in de la même année, il fut proposé, conjointement avec Rouppe, depuis bourgmestre de Bruxelles, et Van Meenen, qui fut plus tard un des présidents de notre cour de cassation, pour être envoyé comme représentant des élèves de la province de Brabant, à la nouvelle École normale de Paris.

Notre jeune compatriote ne resta que six mois dans celle dernière ville. En f795, il reprit le chemin de la Belgique, et fut nommé chef de la division à laquelle il avait appartenu. Cependant ses voyages et les dangers qu’il avait courus en Italie ne l’avaient point calmé; sa fièvre républicaine s’exhalait dans les journaux, et, au mois de mars 1796, il fut cité devant le tribunal civil et criminel d’Anvers comme rédacteur du Républicain du /Vorrf, journal très-exalté qui SC publiait à Bruxelles (').

Après la nouvelle organisation des provinces belges en départements, Cornelissen devint secrétaire général du département de la Dyle; et, le 9 vendémiaire an VI (30 septembre 1797), le Directoire le nomma commissaire dn pouvoir exécutif près du canton de Tirlemont. Il venait de

(') Ce joui-njl quotidien, «oiis format in-4'* de 4 pages, publié chez Tulol, a paru depuis le 15 novembre 1795 jusqu’au 18 juin 1798; il fat rédigé d*abord par N. Cornelissen, qui, le 9M mars 1797, j consigna cette déclaration : • Je remercie le propriétaire de cette feuille de m'en avoir confié la rédaction pendant dii-buil mois; il «ail si jamais j'ai considéré son entreprise tous les rap|»orts d'un autre intérêt que celui de la République. > Ré(H)ndanl à celte lettre, l'éditeur (L. Tiitot) ajoute : • Sentant toute l'obligation qu'il doit aux soins parfaitement désintéressés que le citoyen Cornelissen a donnés jusqu'ici à la rédaction, il souhaite et espère les voir continuer. Ëais comme la loi exige une res|ion»abililé et que le rédacteur connu retire la sienne, l'imprimeur s'en charge dorénavant |iour les articles non signés, s Cornelisfen continua toutefois à prendre pari à la rédaction du journal, Voypz à CO sujet le Vetiager de (innd pour 1844, pages 317 ot suivantes.

recevoir les inslruclions nécessaires pour se rendre à son poste, quand M. Lambrechls , ancien professeur de droit canon à l’Université de Louvain, fut appelé, en France, au ministère de Injustice. Ce haut fonctionnaire, qui avait pu apprécier les talents de son compatriote, l’invita à le suivre en qualité de secrétaire particulier.

Les habitudes régulières des bureau.x et les formes administratives se conciliaient mai avec l’esprit d’indépendance qui caractérisait notre confrère. Il avait en horreur tout ce qui re.ssemblait à de la contrainte; et qui l’a connu a pu s’expliquer l’étrange fâcherie de Jean-Jacques Rousseau repoussant le bras du jeune Gréiry qui voulait l’aider à passer au-dessus d’un tas de pierres ('). Cet esprit d’indépendance ne l’a point abandonné jusqu’à son dernier instant, bien que ses idées sur beaucoup d’autres points, et spécialement sur le républicanisme, eussent subi les modifications les plus prononcées. On conçoit donc qu’il renonça

i*) Grëtry <iil^ en rendant compte d’une représentation de La Fauiu magie : c Je ne quittai pas Rousseau pendant le S|>ectacle : il me serra deux ou trois fois la main |tendaut La Fauste magie ; nous sortîmes enscmlde ; j’étais loin de |>enscr 4|iie c’était la première et la dernière fois que Je lui parlais! En passant par la rue Française, il voulut franchir des pierres que les paveurs avaient laissées dans la rue; je pris son bras et lui dis : « Prenez l^arcle, M. Rousseau; — il le retira hriisquemenl, en disant : Laissez-moi me servir de mes propres forces. — Je fus anéanti par ces paroles; les voilures nous séparèrtrnt; il prit son chemin, moi le mien, et jamais depuis Je ne lui ai parlé. » {Estait iiir la musique, tome page 271].

Quand Cornelissen assistait aux séances de l’Académie, il venail onlinairemenl finir la journée i l’Obscrvaloirc, quelquefois il y passait la nuit; mais, sur ce point, il ne fallait jamais l’interroger d’avance, ni s’occuper de lui qiianil il était üi table; c’edl été le moyen de le mettre de mauvaise humeur et de l’éloigner. Quand, vers la fin de sa vie, sa vue était déjà considérablement afTaiblie, on devait, vers te soir, recourir à des subterfuges pour le faire accompagner et pour veiller à ce qu’il ne lui arrivât pas d’accident. Le malin vieillard s'apercevait parfois de cette petite ruse, mais, tout en se défendant contre celle manpic d’atlenlion, il s’y montrait cependant très-sensible, bien différent en cela de J. -J. Rousseau, pour qui la reconnaissance, même dans les plus petites choses, fut toujours un r.trdeau insiippnrlahle

il ses Ibnctions de commissaire du pouvoir exécutif pour se rendre aux désirs du ministre.

Celte nouvelle position convenait parfaitement à ses goûts. M. Lambrechts recevait une société choisie et composée en partie de savants et de 'gens de lettres; par suite, le jeune (mrnelissen put passer successivement en revue tout ce que la capitale renfermait d’hommes éminents. D’une autre part, il s'était mis en relation avec ceux de ses compatriotes qu’on avait renfermés dans la prison du Temple à titre d’otages. Parmi les captifs se trouvait l’avocat Van Toers ('), avec lequel il se lia d'une étroite amitié et qui le détermina à venir se fixer à Gand, lorsqu’en 1799, cessèrent les fonctions du ministre belge.

A son arrivée, Cornelissen fut attaché comme secrétaire il M. Van Wambeke, commissaire du pouvoir exécutif près du département de l’Escaut. C’est à dater de cette époque que commence une série non interrompue de bons services rendus à sa nouvelle patrie adoptive. Il s’occupa d’abord, avec le magistrat auquel il était attaché, de faire modifier les listes des émigrés et de faire redresser des injustices nombreuses. 11 tourna en même temps son attention vers les institutions scientifiques et littéraires que renfermait la ville, et chercha à leur donner de la vie et de l’activité : les nouvelles fonctions dont il fut revêtu lui en facilitèrent les moyens.

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