‹ Sciences mathématiques et physiques chez les Belges, au commencement du 19e siècleChapitre 21 sur 48 · I.es mairies avaient été organisées en 1800, et Liévin · texte numérisé non relu

I.es mairies avaient été organisées en 1800, et Liévin

(') « M. Van Toer» psi mon celle nuil... C’élaic le plus ancien ami que j'eusse à Garni; car ré|>04|iie à I.iqtiellc ttc rallachc mon amitié date de la prison du Temple, à Pari» (1798-17UO), où il siiltissail avec quarante ou cinquante autres lialMlanls de Gand, la tiéloyale application de la loi draconienne dite des otages. Ce fut lui Mirlout qui m’engagea à me filer à Gand. * (Lettre du 9 février 1841.) C'est à la même époque qu*il fit la connaissance de Van llulthcm, également l'un des détenus au Temple. Voyei plus haut la notice sur Van HuUbeio^ pour ce «pii rnneerne celle captivité.

Baiiwens, à qui l’on doit l’introduction des premières lilalures sur le continent, avait été nommé maire de la ville de Gand. Sur l’invitation de ce magistrat, Cornelissen accepta la place de chef de bureau de la police administrative, qui comprenait dans ses attributions l’instruction publique et les beaux-arts. En septembre 1802, De Nayer, successeur de Liévin Bauwens, nomma Cornelissen secrétaire adjoint de la mairie , fonctions que notre confrère conserva jusqu’en 1811.

Par la variété de ses connaissances, par son caractère franc et ouvert, Cornelissen sut bientôt se faire des amis nombreux. Il avait le rare privilège de pouvoir fréquenter tous les rangs de la société sans se faire remarquer : il était tout aussi recherché dans les classes élevées, qu’il charmait par la tournure orginale de son esprit, que dans les derniers rangs do peuple, qu’il savait captiver par ses conseils éclairés et par ses sentiments de bienveillance. Souvent au sortir d’un salon, il allait tout simplement s’attabler dans le pins modeste estaminet et prendre part aux conversations qu’il relevait par ses saillies et par sa gaieté communicative. Sa popularité devint extrême : il était l’homme indispensable de toutes les réunions , l’âme nécessaire de toutes les fêtes publiques. Un peu de brusquerie, quelquefois même un peu de causticité qu’il plaçait à propos, le préservaient des inconvénients d’une familiarité trop grande. Il sut habilement tirer parti de cette position pour arriver à des résultats utiles , dont nous aurons bientôt l’occasion de parler.

Cependant cette position même lui imposait de nombreux sacriGces , des pertes de temps considérables. Il lui est arrivé plus d’une fois de composer officieusement tous les discours d’apparat qui étaient lus dans une même solennité; sa modestie était si accommodante que, pour mieux

s’effacer, il cherchait à mettre en relief le genre d’esprit et jusqu’aux connaissances supposées de chaque orateur. Il était cependant un magistrat dont il écrivait habituellement les discours et qui lui causait un chagrin extrême : malgré toutes les précautions que prenait notre confrère pour éviter les rencontres fâcheuses de voyelles, le malheureux orateur trouvait toujours occasion de blesser à la fois l’oreille et la grammaire ('). Cornelissen ne refusait pas sa plume même pour les plus humbles services; parfois encore lorsqu’il avait fait quelque composition à laquelle il ne désirait pas attacher son nom , il y mettait celui de knaep Fan Dale. Or, « ce knaep Van Dale, écrit-il quelque part, était le concierge de la Société de botanique. C’était un bon homme, une espèce d'idiot qui ne savait ni lire ni écrire; je me suis souvent égayé à ses dépens. Au renouvellement de chaque année, il pouvait compter sur quelque morceau de poésie, qu’il distribuait aux membres de la société pour en obtenir des étrennes (*). »

Lorsque Bonaparte, premier consul, vint à Gand, au mois de juillet 1803, la réception fut magnidquc ; et c’est beaucoup dire pour une ville qui a toujours excellé par la magnificence de ses fêtes. Les inscriptions se lisaient en abon-

(*) Dans les recueils de ses discours de circonslance, recueils quM a formés pour sesamis, lia placé des noies maouscrlles parfois lrès>ciirieuses, mais qu'il ne nous est pas permis de livrer k la malice publique. Parmi ces discours, il en est quatre qu'il avait composés |K)iir !H. Van de Woeslyne, président de la Société botanique deGand. » Je me nomme sans scrupule l'auteur de ces discours, écrit Cornelissen, d'autant plus que le digne président, en s'adressant à ses auditeurs, avait |H)ur invariable usage de répéter avant de prononcer ses allocutions : « Mes amis, je vais vous lire un discours que M. Cornelissen m'a préparé. »

Quelquefois même des hommes de mérite n'unl pas dédaigné d'employer sa plume. Ainsi, dans le recueil que je liens de lui, il a écrit en marge d'un discours prononcé par Hetlebaut, k l'occasion d'une distribution de pria ; « M. Hellebaut écrivait mieux que moi, et aurait pu écrire des discours bien meilleurs que les miens. Il n'avait qu'un défaut, c'est qu'il n'écrivait pas. • Mitcellanea D.

(*) MiseeUauta C., volume de M. de Stasiart.

(lance; elles (ilaienl composées en français, (lamand , latin et même en italien. Gornelissen avait été largement mis à contribution ; il avait fait des inscriptions pour tout le monde. Dans (juelques-unes perçait, sons une apparente simplicité, cet esprit malin et frondeur qui ne le quittait jamais, pas même dans les circonstances les plus solennelles. On lui avait demandé une inscription pour un immense transparent destiné a orner le portail de la Petite Boucherie (‘); il conseilla d’y inscrire tout bonnement, disait-il, ces mots :

Le* petit* boucher* de Gand à IVapoléon le grand.

Ainsi fut fait, mais le transparent fut aussitôt supprimé par ordre.

Des emblèmes et des inscriptions tirées des auteurs latins paraient la façade de l’hôtel de la préfecture. Quelques-unes (le ces inscriptions étaient fort ingénieuses; elles ont été recueillies dans une brochure de Van Hulthem, devenue très-rare aujourd’hui par une circonstance particulière qui mérite d’étre rappelée.

Dans un des emblèmes , on voyait le débarquement de Bonaparte à Fréjus. Un vaisseau arrivait dans le port; un guerrier en descendait et courait embrasser sur le rivage une femme qui lui tendait les bras et dont les attributs désignaient la République française. On lisait, au bas, ces vers du VF livre de l’Énéidc :

Qua* ego te in terraSf et quanta per aequora vectum j^ecipio/ quanti* ereptum, gnate, perielit/

(^uaot metui ne quid Libgae tibi régna noeerent/

La brochure imprimée. Van Hulthem se disposait à l’offrir

(') Par opiiosiiion avec la Grande Boucherie, qui se trouve entre le marché aux légumes et celui aux iioisions.

au consul, mais on lui fit remarquer une incorrection qui pouvait paraître une sanglante épigramme : les mots per œquora vectuni se trouvaient remplacés par ceux perœquora victum. Van Hulthem s’avisa de corriger a la plume l'erreur qui n'en devint que plus saillante. On refusa de remettre la brochure; le bon Van Hulthem insista et s’adressa à M“** Bonaparte, chez laquelle il avait toujours trouvé un facile accès, mais il ne fut pas plus heureux, et en désespoir de cause, il jeta au feu tous les e.\emplaires , à l’exception d’une douzaine qu’il avait déjà distribués (' j.

Le premier consul visita tous les établissements de la ville; il retrouva à l’Ëcole centrale Cornelissen et son ami l’avocat Hellcbaut, qui tous deux venaient d’y être nommés professeurs (*). Il prit plaisir à causer avec eux, quoiqu’il pût s’étonner peut-être de la manière dont ils pratiquaient avec lui les principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Dans un moment où la conversation était assez animée, Bonaparte ouvrit sa tabatière, y puisa copicusemeut et s’apprêtait à la refermer, quand l’avocat Hellebaut y plongea brusquement les doigts à son tour et , en achevant une phrase , huma

(') Nous cslrayoQS ces détails d'une note écrite à la main |iar H. Cornelissen lui- même sur un des rares eiem|)laircs échap|>és à l'incendie. On y lit que M"* Bonaparte refusa de se rendre aux désirs qui lui élaienl exprimés, par un « A R donc, M. Van llullhem, ti donc; c'est trop |»eu coquet: vous vous croyca tou- » jours rue Chantereine. •• Il est vrai, du reste, que la notice est horritdemenl imprimée, et qu'elle ne fait pas plus honneur aux imprimeurs et aux papetiers qu'aux correcteurs gantois.

Bien que très-difTérents d'humeur et de caractère. Van Hulthem cl Cornelissen étaient liés d'amitié ; autant l'un était grave, lent cl circonspect, autant l'autre était enjoué, mobile cl sans réserve dans ses accès de gaieté. Cornelissen, dans ces dernières circonstances, ne ménageait pas même son ami dont il imitait, avec une vérité saisissante, les petits ridicules devenus à peu près classiques; ce qui ne l'empéchail cependant pas de rendre le plus éclatant hommage à ses excellentes qualités personaetles.

(*) Le jury del'instruclion publique avait désigné Cornelissen, lell avril 1805, pour la place de professeur d'histoire k l'École ceoirale. La nomination et l'installation suivirent de près la proimsition qui avait été faite.

bruyamment la poudre précieuse qu’il en avait retirée. Le vainqueur des Pyramides parut un instant stu|)éfait, puis il referma tranquillement sa tabatière.

Il s’était formé à Gand une petite réunion d’amis, convives joyeux qui se délassaient de leurs travaux par le commerce des lettres et des beaux-arts ('). Il y était souvent

(') C’élaieiU Cornelisseu, Hellehaut, Ph. Leibroussart, Wallei, Rluyikens, Cannaert, Rotier, etc.

Depuis la lecture de cette notice à PAcidémie, notre confrère et ami M. Ph. Lesbroussart a bien voulu me communiquer les notes suivantes :

• Jamais homme, avec iin esprit et un savoir aussi distingués, ne fut plii> simple que Corneiissen, ne At de meilleure grâce les honneurs de sa iiertonne, et ne se montra aussi naturellement enclin à se moquer de Itii-méme. Dan» une du nos assemblées périodiques, nous reçûmes une pièce de vers sans signature, relative aux membres mêmes de la réunion et â leurs divers travaux. Cette satire, asst-z iDodérée pour la plupart d*entre eux, n’était violente qu’i l’égard de Corneiissen, «|ui s'y trouvait dépeint de la manière suivante :

Cet cscogriflTe renommé Qui, sous sa verdâtre douillette Ou !»ous un vieux surtout, par les rats entamé,

D'un maigre cynique affamé Vient nous présenter le squelette.

Qui se croit Diogène et n'en est que le chien i

Qui, dans de longs discours secs et froids comme lui,

Distillant goutte à goutte un éternel ennui.

Croit faire image, et crie à ronomalopée

«• L’indignation des assistants empêcha le lecteur de continuer et se transforma en hilarité, quand l'objet de tant d'invectives nous eut révélé en confidence que ces vers étaient de lut, en ajoutant que t'élaieol les mieux pensés qu’il eût jamais écrits.

c .... Sa joyeuse philosophie et son insouciance, plus apparente que réelle, ne le mettaient pas â l'abri de sentiments sérieux et même profonds, que ceux dont il n'était pas intimement connu n'auraienl jamais soupçonnés sous cette enveloppe rabelaisienne. En 1809, il était épris d’une personne dont les agréments extérieurs et intellectuels justifiaient pleinement, au re»le, cette passion, qui n'avait d’étrange que l'anlitbàse qu’elle formait avec les habitudes bien connues du disciple de Momus et de Cornus. Un soir, le voyant pensif et taciturne au milieu de notre réunion, que d’ordinaire il animait par ses saillies : • Allons, dit l’un des nôtres, eu lui versant un verre de bourgogne, il faut noyer cet amour-là dans le vin. — Ah! répondit le philosophe en soupirant, le |»elit drôle sait nager. •

« Il s'occupait avec succès de botanique, et se plaiiait surtout à observer la oa-

qucslion des querelles archéologiques de l’historien Dieriekx et du chanoine DebasI , des étymologies du conseiller De Grave et de ses Champs Elysées , transportés au beau milieu des Flandres.

Une discussion avait pris naissance au sujet d’un concours ouvert par l’Académie de Gand, pour le buste de Jean Van Eyck, inventeur de la peinture à l’huile. On n’était pas d’accord sur le véritable portrait du peintre brugeois; Cornelissen écrivit à ce sujet une brochure intitulée : Factum ou mémoire qui était tiestiné à être prononcé dans une af faire contentieuse où il s'agissait de deux têtes, l'une en plâtre et l'autre en marbre (').

L’auteur s’y amuse surtout aux dépens des antiquaires et des fabricatcurs d’étymologies. Nous aurions tort de nous arrêter à cet écrit, dont les plaisanteries ne sont pas toujours de bon goût; l’auteur, d’ailleurs, en fait Ini-méme justice dans un des volumes de ses œuvres, qu’il a déposés dans la bibliothèque de l’Âcadémie (’j.

turc d«in» set hizarreries. Un Jour, il mil par distraction uue pomme de terre dans la iK>che de sa redingote, où il roiihlia. Ce vêtement, dé|H)sé dans une armoire, y resta tout Phiver. t Au retour du printemps, ajoutait gravement le naturaliste, Je fus étonné de voir sortir par la serrure du meuble un long jet végétal, d'une admirable fraîcheur. Alimenté, sans doute, par la poussière qui s'amasse communément au fond des poches, le tubercule avait germé.

» Il était membre, ou même haut dignitaire, de presque toutes les sociétés lit téraires, scientifiques ou artistiques de la ville de Gand. Un soir, au sortir de la séance publique qui avait eu lieu dans l*une des principales associations de ce genre, il vint, suivant son usage, retrouver le |>etil cercle d'amis qu'il cultivait particulièrement. Interrogé sur ce qui s'était passé dans cette occasion : c On a fait des discours, ré|H>ndit-il du ton d’un homme épuisé de fatigue. — En quelle langue? — En latin, en français, en hollandais et en flamand. Mais quel afTrenx latin ! et quel horrible français ! et quel eiécrahle hollandais ! et quel épouvantable flamand! »

(') Brumaire an XI (novembre 1809), brochure in-19 de 05 pages.

(•) Il a été écrit en tête de l'opuscule les mots suivants :

•• Véritable salmigondis, rapsodie, et que l'auteur rougirait d'avoir écrit, si on ne donnait pas quelque indulgence aux juoentlia. Cette honte que Je devrais avoir ne sc reporte cependant pasi l'ouvrage même, ni aux intentions que l'auteur

Il faisait, avons-nous dit, une rude guerre aux archéologues, non qu’il dédaignât l’archéologie, dont lui-même s’était occupé, mais parce qu’il blâmait l’abus qu’il en voyait faire. Nous lui avons entendu raconter fort gaiement, dans une de nos séances académiques, quelques supercheries qu’il s’était permises dans sa jeunesse pour mettre en défaut de graves savants trop confiants dans leur mérite.

Naturellement sceptique et presque constamment en relation avec quelques joyeux sectateurs de Rabelais, il ne s’était pas complètement préservé de leurs habitudes. On sait, du reste, qu’à l’époque de l’empire, les mystifications avaient une certaine vogue, même dans les classes élevées de la société. Cette débauche d’esprit peut avoir son côté amusant, mais elle ne tourne pas toujours à l’avantage de ceux qui se la permettent. C’est ce que Cornelissen put reconnaître dans une circonstance que je mentionnerai, parce qu’elle montre en même temps le prestige qu’un simple paysan avait réussi à exercer, vers le commencement de ce siècle, dans les campagnes de la Flandre et même dans les villes.

Il n’était question que des guérisons miraculeuses et des prodiges qu’il opérait : on le nommait boereken Buysen. C’étaient des pèlerinages continuels qui affluaient vers lui : l’autorité dut s’en mêler, non sans exciter des murmures chez ceux qui voulaient être guéris par notre Ësculape. Quelques rieurs assayèrent de mettre sa science en défaut; et, comme il se donnait pour versé dans les connaissances astronomiques, Cornelissen, sous le nom de Lalande, se chargea de soutenir une argumentation contre lui. La discussion roula sur la valeur de la semaine et sur celle de la décade républicaine. « Tout est subordonné aux nombres,

a eiie« en s'amusanl aux dépens d'un sculpteur désappointé et i ceux de Schric> kiiis,deGoropiii4 Becamis, de M. le conseiller de Grave et de ses Champt-Elytéet, qui n'avaient pas encore paru, etc. •>

disait rhomme aux miracles ; et, malgré votre décade, la semaine subsistera tant que le nombre sept restera supérieur au nombre dix ; tant qu’il y aura sept péchés capitaux et non dix; tant qu’il y aura sept planètes et non dix... Arrêtez! répliqua le prétendu Lalande ; on vient de découvrir trois planètes nouvelles, et il disait vrai; mais, par malheur, ni ses compères, ni son antagoniste n’avaient ouï parler de la découverte. A ces mots planètes nouvelles, le paysan partit d’un éclat de rire inextinguible. Ce rire homérique se communiqua aux compagnons de Cornelissen, et, cette fois, le mystificateur fut mystifié, bien qu’il eût la raison de son côté. Cornelissen aimait à raconter cette petite anecdote, qui venait merveilleusement corroborer ses doutes sur la prétendue valeur de nos connaissances.

Puisque j’ai commencé à parler de ce sujet si futile en luiméme, qu’on me permette une seconde anecdote; elle achèvera de représenter la tournure des esprits à cette époque et de faire connaitre des tendances qui ne se sont pas encore entièrement effacées de nos jours.

On doit à notre confrère une invention dont il ne lirait point vanité : il en rougissait, au contraire, à cause des abus qu’il en voyait faire; je veux parler de ce qu’on est convenu de nommer un canard, mot nouveau dont le Dictionnaire de l'Académie française n’a pas encore consacré l’usage, mais qui s’applique, comme on sait, à une nouvelle plus ou moins absurde, à laquelle on donne cours, en lui prêtant une forme vraisemblable. Voici, du reste, l’étymologie du mot. Pour renchérir sur les nouvelles ridicules que les journaux lui apportaient tous les matins, Cornelissen avait fait annoncer dans les colonnes d’une de ces feuilles, qu’on venait de faire une expérience intéressante, bien propre à constater l’étonnante voracité des canards. On avait réuni vingt de ces volatiles ; l’un d’eux avait été haché menu avec ses plumes et

servi aux dix-neuf autres qui en avaient avalé gloutonnement les débris. L’un de ces derniers, à sou tour, avait servi immédiatement de pâture aux dix-huit survivants, et ainsi de suite jusqu’au dernier qui se trouvait, par le fait, avoir dévoré ses dix-neuf confrères dans un temps déterminé très-court. Tout cela spirituellement raconté, obtint un succès que l’auteur était loin d’attendre. Cette petite histoire fut répétée de proche en proche par tous les journaux et lit le tour de l’Europe; elle était à peu près oubliée depuis une vingtaine d’années, lorsqu’elle nous revint d’Amérique avec des développements qu’elle n'avait point dans son origine et avec une espèce de procès-verbal de l’autopsie du dernier survivant, auquel on prétendait avoir trouvé des lésions graves dans l’œsophage. On finit par rire de l’histoire du canard, mais le mot resta.

Les véritables titres de Cornelissen à l’estime de scs compatriotes et à la reconnaissance de l’Académie résident, comme je l’ai rappelé déjà, dans les soins incessants qu’il mit à faire revivre, chez nous, le goût des arts et des lettres, dont le culte se trouvait à peu près abandonné en Belgique. Gand donna la première impulsion, et ce fut par son intermédiaire.

Cette ville, dès l’année 1792, avait fait l’essai d’une première exposition de tableaux; cet essai fut renouvelé en 1802. Cornelissen lui donna cette fois plus de consistance et transforma désormais les expositions d’objets d’art en une institution durable et nécessaire ; il en prouva l’utilité par différents écrits, et spécialement par celui publié souo le titre A’ Hommage au salon de Gand. Au moyen de ce recueil, qui servait en même temps de catalogue aux expo- .sitions, il stimula le zèle des artistes et des amis des arts, et montra que notre pays avait tout à gagner en reconquérant ses anciens titres de gloire. Plus d’un artiste, plus d’un sa-

vaut doit à ses premiers encouragements la persévérance avec laquelle il a continué sa carrière et marché vers le but qu’il se proposait d’atteindre (*).

Ce. qu’il avait tenté pour les beaux-arts, il le fit aussi pour la botanique, et les Flandres lui doivent en grande partie le goût éclairé pour les (leurs qui forme aujourd’hui une des bases les plus solides de leur renommée ; c’est surtout par la création de la Société d’agriculture et de botanique qu’il parvint à obtenir ces résultats.

Voici la modeste origine de cette société : Deux maisons de campagne , occupée l’une par M”' la comtesse Vilain Xllll, l’autre par M. Hopsomere, à Wetteren, près de Gand, contenaient de vastes jardins. On y cultivait un grand nombre de plantes rares à cette époque cl qu’on nommait plantes de bruyère , à cause de l’espèce de terre qui leur était nécessaire. Plusieurs de ces plantes étaient journellement introduites à Gand, cl s'y multipliaient. Une trentaine de jardiniers, qui se réunissaient habituellement dans un estaminet, prirent la résolution de s’enlre-communiquer leurs richesses florales et leurs succès de culture, d'abord une seule fois par an, ensuite deux fois ; de là une exposition d’hiver, qui comprenait les plantes forcées artificiellement par la chaleur, et une exposition d’été.

Telles furent les expositions mères, comme les appelait (]ornelissen , auxquelles tant d’autres ont dû leur nais-

(■) L'auleur de celle notice en particulier i*e$t toujoiiri rap|>elé avec recon* naissance que c*est i Cornclisien qu’il a dû les premiers encouragements, reçus dans ta Jeunesse, A propos d'un dessin exposé au 5*0/011 de 181i. Il y fut d'autant plut sensible que son éloge te trouvait associé à celui de son |>ére, qu'il avait eu le malheur de perdre i l'Âge de six ans ; • Fils d'un père officier municipal, était-il dit, i|ui, dans des temps difficiles, a rendu, avec probité et avec désintéresserarni, des servicei que l’administration n'a pas oubliés. » (ffommage au tahn de Gandf 1813, 3' article, page 4.) Cette manière d'encourager un jeune homme annonce de la délicatesse et du tact, qualités que Cornelissen possédait à un haut degré, malgré scs formes un peu brusques.

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sance , non-seulement en Europe, mais en Asie et dans les deux Amériques. Ces expositions n’ont rien de commun avec celles qui avaient lieu il y a cent et même deux cents ans; ces dernières devaient leur origine à un usage ancien d’une confrérie religieuse; elles se faisaient par les jardiniers , au commencement de février, pour honorer, dans l’église, leur patronne sainte Dorothée. La société, telle qu’elle fut organisée à (land, en 1808 , a eu pour but fondamental d’encourager l’introduction et la culture des plantes , comme aussi l’art de forcer les fleurs, c’est-à-dire de faire porter aux plantes des feuilles et des (leurs à des époques anormarles (').

(') Ces détails, exiraiu des noies manuscrites laissées par Cornelissen, ont paru de quelque intérêt pour rhisloire des planter en Belgique; c*est par ce motif que notes les compléterons, en y joignant ses notes sur les catalogues des exposi» lions de la Société d'agriculture et de botanique :

9 Le salon d'hiver de 1815 est le premier. Le prix est donué à la plante exotique, plul6l jugée la plus rare que la plus belle.

1816. La Société s'agrandit; elle propose des prix pour la collection d'un herbier départemental. On remarque que tous les fonctionnaires supérieurs s'honoreut de faire partie de ses membres.

1817. Le roi des Pays-Bas prend la Société sons sa protection. Le séjour des ministres américains pendant le congrès de Gand (pour la paix avec l'Angleterre), ouvre nos premiers débouchés avec les liotanograpbes des États-Unis.

La Société introiluit Pusage bonoriAque d'exi>oser des plantes au nom de» étrangers. Les Individus le font également pour leurs corres|H>ndanls et leurs amis.

1818. La Société ennoblit l'iiiage d'exposer des fleurs )»our les étrangers et les régnicoles, illustrés par un grand nom dans la science ou par des bienfaits au Jardin botanique ou à la Société de Gand.

La Société, en 180U, avait exposé 37 plantes; elle en expose, en 1818, 690.

L'usage d'exposer des cyprès funéraires se formule par des inscriptions raisonnées.

1819. La section d'agriculture continue à donner quelques signes de vie. (Les commissions d'agriculture instituées dans les provinces avaient à peu près annulé celte section.)

1830. Culture des abeilles.

M. Audoor présente quelques bouteilles de vin de son cru de Wesemael. La Société, (rès-sérieiisement, prend acte de cette présentation; et, le soir, elle fait

Il est inutile d’ajouter, je pense , que cette société eut , pour premier secrétaire, son principal promoteur. Il eu fut de meme de la Société des beaux-arls et de littérature de Gand, qui fut fondée pendant le cours de la même année

la d^^uitation du liquide à son banquet. A l'exception du res|>eeuble prétidenl, Van ilullbem, tous les dt^^uslanls le trouvent déleslalilc.

1831. L'administration de la Société prend la résolution de désigner noniinali* vement le^ juges.

1833. La Société commence à donner des prix aux collections des planUs 6fO* tiques les plus rares.

1834. La Société choisit, pour quelques-uns de ses concours, des juges étrangers i la ville, et la plupart ré|>ondent à cet appel.

.... Plus tard, la Société ne se borne plus à décerner des prix isolés i telle ou telle plante; mais elle propose ces prix tantôt pour des collections entières de fleurs, |>mir les plus rares, pour celles qui ont été le plus récemment introduites à Gand et sur le continent, |H>ur des plantes sans floraison, |H>ur des plantes en floraison, etc.; les médailles qu'elle distribue sont d'or, d'argeut, de vermeil, de bronze du même moilule; mais, au mojren d'un bord plus ou moins pesant, on en double, s'il y a lieu, la valeur.

Au champ de la médaille, œuvre très-belle du graveur Braeml de Gand, il y a la tête de Flore, la légende désigne la Société ; le revers, qui est chaque fois gravé au burin, nomme le vainqueur, désigne |>our(iuoi il a le prix et indique le millésime, époque d'hiver ou d'été.

Par une fiction rationnelle, c'est à la fleur qu'est censé être décerné le prix. Odui qui a introduit la plante ou qui l'a cultivée, la représente : le mot être propriétaire d'une plante, n'est pas admis.

1834. La Société célèbre son jubilé de la 50* exposition. Des Juges étrangers au pays assistent au concours.

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