‹ Sciences mathématiques et physiques chez les Belges, au commencement du 19e siècleChapitre 37 sur 48 · LE BARON DE KEVERBERO DE KESSEL · texte numérisé non relu

LE BARON DE KEVERBERO DE KESSEL

Le baron Charles-Louis-Guillaume-Joseph de Keverbcrg était né en 17()3, au château d’Aldengoor, commune de Halen, fai.sant partie de la principauté de Liège et aujourd’hui partie intégrante du duché de Limbourg (*). Ses premières années, livrées à des études plus sérieuses que celles qui occupaient alors les Jeunes gens de son rang, n’offrent cependant rien de remarquable. Quand il parvint à l’âge où l’on abandonne les livres pour s’informer un peu de ce qui se passe autour de soi, le jeune baron eut la curiosité de parcourir la Belgique, et, pour la visiter avec fruit, il ne crut pouvoir mieux faire que de voyager sous les auspices d’un homme de sens et d’expérience. Il s’adressa donc à notre confrère, le conseiller de Burtin ; mais ils eurent à peine commencé à faire route ensemble, que plusieurs scènes plus ou moins fâcheuses firent faire à notre jeune voyageur de sérieuses réflexions sur les bizarreries du Mentor qu’il s’était choisi ; et ces réflexions eurent pour résultat leur séparation immédiate.

Les goûts et les études du baron deKeverberg le portaient

(') l.e haroii <le Keverherg moui-iM à Ia Haye, le 30 novembre 1M1.

(le préftTence vers les affaires publiques. En 1790, au sortir (le l’université, il prit part à l’administration de la Gueldre, et, plus tard, il fut successivement nommé membre du conseil général du ci-devant département de la Mcusc-lnférieurc, avec les fonctions par intérim de maire de la commune de Halen ; puis sous-préfet de l’arrondissement de Cléves, poste qu’il occupa pendant sept ans; puis enfin, préfet du département anséatique de l'Ems-Supérieur, dont Osnabrück était le chef-lieu (18H à 1813) (').

Il se trouvait évidemment en bonne voie, et tout semblait lui annoncer un brillant avenir, quand eurent lieu les désastres de 1814 et la chute du grand empire qui ensevelit tant de fortunes sous ses débris. Cependant le baron de Keverberg n’eut pas à se plaindre des suites de ce grand revers, qui le laissa au même degré de l’échelle administrative. Après l’organisation du royaume des Pays-Bas, il fut en effet nommé, en 1815, gouverneur de la province d’Anvers (*j; puis, en 1817, gouverneur de la Flandre orientale.

Ces deu.x nominations successives dans deux de nos provinces, où l’on s’occupe avec le plus d’ardeur de la culture des lettres et des beaux-arts, convenaient parfaitement aux goûts de notre confrère, qui aimait à se délasser par le commerce des Muses. Déjà, dés l’organisation de l’.Académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles, il avait été compris, par l’arrété royal du 3 juillet 1816, au nombre de ses membres honoraires, et il n’était pas des moins assidus à ses séances. Il avait été nommé également, à cette époque, curateur de l’Université de Gand, titre alors très-recherché et qui était

(') La pinparl des daies citées ici se trouvent dans Pouvrage Du royaume dei Pays-Bai, etc. f et iur le revers d*un portrait que le baron de Keverberg a distribué à ses amis en 1840.

(*) li s'était fait connaître, en 1815, par des observations sur le projet de loi fondamentale, qui (itèrent dés lors sur lui l'attention du gouvernement.

Digilized by Googic

Il II nouvel hommage rendu à son goût éclairé pour les sciences et les lettres.

C’est pendant son gouvernement de la Flandre orientale que le baron de Keverberg publia son Essai sur l’indigence dans cette province, ouvrage devenu rare et qui reçut alors un accueil justement mérité. L’auteur y fait preuve d’un esprit judicieu.x , et en mémo temps d’une philanthropie éclairée n’ayant rien de commun avec celle qui est à l’ordre du jour et qui, par un zèle outré, tend le plus souvent à jeter dans la société des perturbations plus grandes que celles auxquelles elle voudrait remédier. « Diminuer le nombre des indigents en les mettant, autant que possible, dans la position de pouvoir et de devoir subvenir à leurs propres besoins, » telle était l’idée qu’il s’agissait de réaliser. En traitant cette question , l’auteur était véritablement sur son terrain.

Il fut peut-être moins bien inspiré dans la composition de son roman historique intitulé : Ursula, princesse britannique. Cet ouvrage, écrit d’après une ancienne légende, avait surtout pour objet la description, ou, comme on est convenu de le dire aujourd’hui, l'illustration de la fameuse châsse de sainte Ursule, chef-d’œuvre de Hemling, que l’on conserve à l’hôpital de Bruges et pour lequel l’artiste l’avait, dit-on, exécutée en témoignage de reconnaissance et à la suite d’une longue maladie.

Les travaux administratifs et les recherches d’économie politique rentraient mieux dans les connaissances et les habitudes du baron de Keverberg que les ouvrages purement littéraires. C’est encore pendant son gouvernement de la Flandre orientale, qu’il chercha à réunir les éléments d’une statistique détaillée sur cette province intéressante. Afin de s'entourer du plus de lumières possible, il créa une commission locale de statistique qui se subdivisait en plusieurs

seclions. Le plan qu’il avait conçu était trop vaste pour pouvoir être exécuté avantageusement ; il exigeait le concours d'un trop grand nombre d’hommes pour qu’ils pussent être également à la hauteur de leur mission. C’est ordinairement là l’écueil des commissions administratives. Il semble que le zèle et le désir de bien faire soient en raison inverse du nombre des individus qui sont appelés à exécuter un grand travail. Chacun fait porter sur son voisin le peu de responsabilité dont il est chargé, et il se trouve, en définitive, que la charge ne porte sur rien. Du reste, il ne parait pas que la nouvelle commission statistique eût même commencé ses travaux, lorsqu’on 1819, le baron deKeverberg fut appelé au conseil d’Ëtat, et se vit ainsi dans la nécessité d’abandonner la province pour suivre alternativement le gouvernement à Bruxelles et à la Haye. Peut-être est-ce à cette circonstance qu’il fait allusion, lorsqu’on parlant de sa nomination au conseil d’Ëlat, il dit, dans son ouvrage Du Royaume des Pays-Bas (') : « Les personnes qui ont été à la tête d’une grande administration savent ce que c’est que de quitter un ressort d'action au moment où, après l’avoir étudié, on est parvenu à le connaitre, où des relations de confiance réciproque viennent seulement de s’établir entre le fonctionnaire et ses administrés, où, après avoir longtemps voulu le bien, on se sent enfin à même de le faire. »

La question des colonies pour la répression de la mendicité occupait alors les économistes, cl les établissements de cette nature, créés dans le royaume, étaient visités avec toute cette activité, avec toute cette ardeur que l’on a reportées depuis sur les prisons. Us avaient fait naître, surtout à l’étranger, de nombreux écrits, où les erreurs les plus grossières n’étaient pas épargnées. Notre confrère crut qu’il

(') Noie de 11 (iréfice, |>age v.

pouvait être utile de rectifier les idées sur leur véritable nature et sur l’esprit qui avait présidé à leur formation.

Il préparait donc un ouvrage sur ce sujet, quand il eut connaissance que le général Van den Bosch, l’un des fondateurs de la Société de bienfaisance et l’auteur du projet de colonisation , venait d’achever un mémoire sur la colonie de Frédériks-Oord. Ce mémoire écrit en hollandais était encore en manuscrit, et il fut obligeamment communiqué au baron de Keverberg, qui le traduisit en français et le publia en 1821 ('), en y ajoutant une préface intéressante qui forme à peu prés la moitié de l’ouvrage (*).

Notre confrère eut, dans le conseil d’État, des occasions nombreuses de porter ses vues philanthropiques sur plusieurs questions de l’économie sociale. Ses recherches, qu’il avait toujours soin de baser sur des documents statistiques, le portèrent à rédiger, pour son usage, des écrits qui étaient

(') De la Colonie de Fridérik$-Oortf in-S**, chez Houilin, à Gand.

(') C'esI <lzn$ les termes suivants qu’il rend compte des efTorU faits par les membres de la Société de bienfaisance et des résultats obtenus en 1891 : • Leur but n’est |>oint d'appliquer des palliatifs au mal qu'ils se proposent de corn* battre. Ils ne visent à rien moins qu'à l'eilirper radicalement du sein de leur pays natal. Les moyens qu’ils ont choisis, à cet effet, consistent dans les richesses que la terre recèle dans ses entrailles et dans les ressources que la main de l’homme sait tirer en quelque sorte du néant. Beaucoup de trésors soniencorc enfouis dans nos immenses bruyères, il ne s’agit que de les exploiter. La société en a mis une partie à la portée de l'indigence et lui en a assuré la possession. Dans son système, la culture de nos terres vagues et vaincs est destinée à occuper et à nourrir les hommes valides et vigoureux qui n'ont pas de moyens de subsistance. Mais les , femmes et les enfants, auxquels la nature a départi une moindre portion de forces, ont les mêmes droits à conserver leur existence. Ils doivent à leur tour les faire valoir eux>roémcs en se dévouant à un travail productif. La société leur en fournil les moyens. Elle les appelle à hier et à lisser le lin et la laine.

• C’est ainsi que, par ses soins, tix tente arpente (de 85 ‘/, ares) de landes stériles ont été défrichés en moins de deux ans, et que, dans le mémo espace de temps, deux tente maisons commodes et solidement bâties se sont élevées comme par enchanlement dans un désert. Près de quinee tente individuef jadis faible» ment secourus dans leur profonde misère par la charité publique, y trouvèrent ensuite des asiles, un étal laborieux mais productif, une existence honnête et indé|iendanic. »

(les espèces de traités sur la matière. Il fut conduit ainsi à s’occuper successivement de la question des enfants trouvés, des établissements de bienfaisance, des détenus dans les dépôts de mendicité et dans les prisons, etc. Ce sont ces différents documents manuscrits qu’il a bien voulu me confler pour la rédaction de mes Recherches sur la population, les naissances, les décès, les prisons, etc., dans le royaume des Pays-Bas ('); et il enrichit cet écrit des notes qu’il y ajouta : c’est le seul travail que ses occupations administratives lui aient permis d’insérer dans les recueils de notre Académie.

Il a résumé lui-même, de la manière suivante, ses idées sur la''protection que le gouvernement doit aux classes souffrantes de la société :

« La charité est une vertu religieuse, humaine, mais surtout sociale.

» La société est essentiellement intéressée au bien-être de tous les membres dont elle se compose. Sous ce rapport, elle a des obligations particulières à remplir envers les malheureux; il serait barbare et impolitique d’y manquer.

» La charité, considérée comme vertu sociale, a cependant ses bornes, que le gouvernement doit bien se garder d’outre-passer. Il ne doit à l’homme qui, par ses propres soins, peut se procurer des moyens de subsistance, que la part qui lui revient de droit à la Justice commune et à la protection universelle. Son devoir envers l’humanité souffrante semble pouvoir être résumé en quatre règles ; 1° procurer du travail à la population ouvrière, lorsque, d’ailleurs, elle est dans l’impossibilité d’en trouver; ouvrir des asiles à l’enfance, à la vieillesse, aux infirmités, lorsqu’il n’est

(') Voyei (üme IV îles Mémoint de Vj4cadémie des $eienee$ et heUe$-lettre$ de Bruxellet. Ces recherches ont élé publiées avec des additions, sous format en 1838, chez Tarlier, à Bruxelles.

pas suffisamment pourvu à leurs besoins ; 3" protéger et surveiller les fondations pieuses consacrées par les communes et les particuliers au soulagement de la misère; enfin 4“ diriger, autant que possible, la bienfaisance publique, de manière it ce qu’elle .tourne à l’amélioration morale de ceux qui y participent ('). »

En 1828, un arreté royal créa une commission spéciale chargée de la révision des arrêtés sur l’enseignement supérieur. Cette commission , réunie sous la présidence de M. Rücll, ministre d’Etat, se composait en partie de conseillers d’Élat, de députés et de professeurs (*). En même temps un appel fut fait aux divers conseils académiques, aux professeurs individuellement et en général à toutes les personnes éclairées, en les invitant à émettre leur avis sur les questions importantes qui étaient soumises à l’examen de la commission. J’ai dit importantes, puisqu’on remettait en doute l’existence des six universités du royaume, et qu’il s’agissait d’aborder, entre autres questions, celle de la liberté de l’enseignement, qui était si grave que la Belgique, plus tard, en fit la matière d’un de scs principaux griefs.

Le baron de Keverberg porta, dans les discussions de celte assemblée, comme dans ses rapports au conseil d’Ëlat, une grande indépendance de caractère et des vues éclairées. Il faisait partie du petit nombre de membres qui auraient voulu voir donner plus de liberté à l’enseignement, sans désirer cependant qu’on pût en dire comme Pascal de l’infini, que son centre est partout et sa circonférence nulle part (*). Il

(*) Du Royaumedet Payt-BaSy tome I, 1'* liv., p. 315.

(*) Voyez pliii haut, page 730.

(*) Nous le laisserons parler lui>méme : a Le principe de Pémancipation de renseignement avait trouvé peu de défenseurs dans une commission que le roi avait nommée, en 1838, pour la révision du régime de Tinstruction supérieure. J'eus rhonneur de faire partie de celte commission. Des treize membres dont elle se com|M>sait, neuf se déclarèrent formellement contre ce principe, et la faible

soutinl avec ardeur l’utilité de l’emploi des langues modernes dans l’enseignement supérieur, à l'exclusion de la langue latine, dont on se servait généralement dans les leçons. 11 était aussi partisan déclaré de l’enseignement industriel dans les écoles moyennes, et voulait que les jeunes gens pussent y trouver les facilités nécessaires pour acquérir les notions immédiatement appliquables à leurs besoins. Enfin, il partageait l’opinion de plusieurs de ses collègues des provinces méridionales ('), au sujet du nombre des universités qu’il aurait désiré de voir restreindre (’), pour former, du moins dans nos provinces, une seule et grande université qui pût rivaliser de splendeur avec les plus beaux établissements de ce genre que nous présentent nos voisins (’).

J’ai insisté sur la part prise par M. le baron de Keverberg aux travaux de la commission d’enseignement supérieur, pour qu’on pût se faire une idée plus juste de sa position au moment où éclata la révolution de 1830. Il était sincèrement attaché au roi, et quand il n’adoptait pas ses vues, ce n’était point par le désir de faire de l’opposition, mais par le besoin de remplir un devoir et de soutenir ce qu’il regardait comme juste.

L’extrait suivant d’une lettre que je reçus de notre confrère (21 décembre 1831) va nous apprendre ce que devint

minorilé, qui en jitgeail dilTéi emincnt, minorité dont je fis |tarlie, n’osa cepen* dant pas en proposer Tadoplion sans restriction ni réserve. » (Pu Royaume des Pays-Bas, pièces jusUfieatives, p. 371). Je faisais parlieavecHM.Ch.de Broiickerc et Donker-Curlius, de celle faihio minorité dont parle rauteur^ et je crois encore aujourd'hui que nous nous étions renfermés dans les justes limites de ce qu*il convenait do faire.

(') Voyez Examen de quelques questions relatives à renseignement iupe> rieur, etc., par Ch. de Brouckere, membre de la commission. 1839, Liège, chez H.-C. Leheau-Ouwerz.

(■) Du Royaume des Pays-Bas, tome I", 1" liv., p. 307.

(^) La même opinion a été émise par la seconde commission, créée par arrêté du 30 août 1831 cl chargée de la rédaction d*un projet de loi pourVenseignemeni publie en Belgique (in^S**, Bruxelles, Remy, 1833), commission dont j'avais rbonneur d'être rapporteur.

— ni -

sa position apres la séparation violente des deux parties du royaume des Pays-Bas : « Vous savez peut-être que le roi a pris, l’année passée, un arrêté qui disperue provisoirement de tout service effectif les fonctionnaires nés ailleurs que dans les anciennes Provinccs-Unies. Je tombe dans cette catégorie, et quoique j’eusse bien eu quelques titres à former exception (dont, au reste, il n’y a que deux ou trois exemples), je suis soumis à la règle. Cette fois-ci cependant le régime exceptionnel ne m’aurait paru ni injuste, ni vexatoire. Mais ce n’est pas pour ne point en user que j’ai cultivé la philosophie depuis que j’ai commencé à penser. Cette divinité tutélaire me récompense avec usure des sacrifices que j’ai portés à ses autels, et quoique la fortune me ravisse, au moins provisoirement, de 5 à 6,000 florins par an, je n’en vis pas moins avec sérénité, jouissant du bien qui me reste et ne regrettant qu’avec mesure et sans me livrer au chagrin, celui qui m’abandonne. Je m’occupe de différents projets que je caresse tout en les ajournant. Vous voyez que je ne me défends pas de ÏJIomo sum. Je mettrai cependant prochainement la main à l’œuvre : le plan que je me suis tracé est vaste. Je me propose de traiter dans un ensemble complet toutes les grandes doctrines sociales, en cherchant à les puiser dans l’essence même de ce qui en constitue le sujet et Vobjet. Comme je n’écrirai pas pour plaire à qui que ce soit, mon travail aura au moins llntérét d’une inllexible franchise. »

On peut juger par ce qui précède combien la philosophie de notre confrère était résignée et sincère. Ces paroles écrites à un ami peignent parfaitement le fond do son âme; on n’y trouve pas la moindre trace d’aigreur ni de récrimination contre une mesure qui le frappait cependant d’une manière assez rude, à une époque de la vie où l’on retranche dilhcilemenl de l’aisance dans laquelle on a vécu.

Il parait que, plus tard, il abandonna son Iravail sur les doctrines sociales, pour s’occuper exclusivement des interèls politiques qui divisaient encore les deux parties de l’ancien royaume. Il publia, en 1834, son ouvrage intitulé : Du Royaume des Pays-Bas ('), espèce d’apologie du gouvernement du roi Guillaume, servant en meme temps de réponse à l’ouvrage de M. Nothomb sur la révolution belge (*). Quelles que soient scs opinions politiques, on ne peut disconvenir, je crois, que cet ouvrage ne porte le caractère d’une entière conviction de l’auteur.

M. de Keverberg a, du reste, fort bien apprécié lui-mème les diilicultés de sa position et les défiances qu’il devait exciter; il avoue qu’il ne peut dire avec l’Iiistorien romain milii Galba, Olho, Fitellius, nee beneficio nec itijuriâ coi;nitt,ctii invite ses lecteurs à so défier de lui, jusqu’à ce que, par un examen réfléchi de scs écrits^ ils sc soient formé une opinion indépendante de la sienne (^). En s’attaquant spécialement à l’ouvrage d’un autre de nos confrères, à l’Essai historique de M. Nothomb, sur la révolution belge, il puise ses motifs de préférence dans des considérations que l’on doit regarder comme honorables pour son adversaire. L’Académie ne peut que s’applaudir de ce que deux de scs membres aient présenté les deux plaidoyers les plus remarquables pour et contre la révolution de 1830 et qu’ils nese soient pas écartés, dans ces graves débats, des principes de modération et de décence dont elle a toujours cherché elle-même à donner l’exemple dans les circonstances les plus difficiles.

Notre confrère revint en Belgique pendant le cours de l’année 1840, pour revoir ses anciens amis, et il leur laissa,

(') li en a paru un rolume en deux parties avec un vnlume de pièces juslincalives; in-8**. La Haye, chez Th. Lejeune, 1834.

(•) Eisai hiitoriqui et critique sur ta révolution belge, Bruxelles, 1833. Il en a paru plusieurs édilions et des traductions.

(*) Du Royaume des Pays-Bas, préfacej page vu.

comme souvenir, son portrait exécute à Bruxelles, d'après le tableau du peintre Kruseman. Il ne devait plus les revoir: c’étaient ses derniers adieux qu’il leur laissait en partant. Il est peu d’écrivains, je crois, de qui l’on ait pu dire avec plus de vérité : le style c'est t homme. Ce qui dominait avant tout chez lui, c’était une extrême bienveillance, qualité rare, surtout chez les personnes dont une partie de l’existence a été consacrée à des travaux d’administration. Sa philosophie était très-douce, et quand il se trouvait au milieu de scs amis, il était facile de voir qu’il avait moins de penchant pour le Portique que pour l’école d’Épicurc. Les beaux-arts et la poésie occupaient encore ses loisirs pendant les derniers temps de sa vie : il leur sacrifiait avec autant de ferveur qu’aux plus beaux jours de sa jeunesse. Il aimait à réunir autour de sa table un petit groupe d’amis et d’hommes remarquables par leurs connaissances. Ceux qui ont fréquenté ces réunions ont pu y voir successivement les hommes les plus distingués, soit par leur position élevée, soit par leurs talents.

Le gouvernement dont il avait suivi avec constance toutes les phases depuis 1815, avait fini par lui appliquer ces mesures exceptionnelles qu’il appelait depuis longtemps de tons ses vœux, et il l’avait réintégré dans ses fonctions de conseiller elTcctif. Déjà depuis longtemps, le roi Guillaume L'' l’avait nommé commandeur de son ordre du Lion belgique.

Pendant son gouvernement de la Flandre orientale, le baron de Keverberg s’était marié à Gand {'), et il n’avait eu qu’un fils de cette union. Il mourut à la Haye, le 30 novembre 1841.

(*) Il avait épousé, le SO mars 1818, miss Mary Lo<}ge, jeune dame anglaise.

Page 1