THOMAS-ROBERT MALTHUS
Les études des statisticiens et des économistes les plus distingués ont fait connaître l’intérét qui se rattache à une petite nation réunissant avec zèle et avec exactitude les données d’une statistique générale. C’est, en effet, dans des populations limitées et dont on peut sans effort étudier les différentes parties, qu’on a le plus de chances d’obtenir cette précision et cette éloquence des chiffres qui en forment le principal mérite.
En France, les hommes les plus distingués, tels que Laplace, Fourier, Poisson, J. -B. Say (’), Villermé, Benoiston de Chàteauneuf, pour ne parler que de nos prédécesseurs,
(*) Thomas Roberl Hallhus ëlail né à Rookery, près de Dorking, comté de Sorrey, en Aogtelerre, le 14 février 1766; il est mort k Bath, le 99 décembre 1864.
(*) J*avais souvent entendu parler des eilrémes prévenlions de J. -B. Say contre les travaux statistiques^ avant que jacasse l*hooneur de connaître ce savant. Il eilslail chex lui des préventions sans doute, mais c*était contre les nombre» choisis et arrangés avec prédilection pour soutenir iin thème arrêté d*avanceet tel qu'on en voit naître chaque jour sous la plume de nos rêveurs d'idées économiques nouvelles, qui produisent des points d'arréi dans la science plutèt que des moyens d'acheminement : ou bien encore, c'étaient des idées préconçues et jetées en avant avec trop de rapidité, qu'il s'atuebait à combattre. Voici le passage d'une lettre que ce savant distingué m'écrivait depuis à ce sujet : « Il est une considération bien jra|K>rlante pour U durée de la vie humaine cl pour les calculs qu’ou
élaienl pleins de coniîancu à cel égard ; mais ils connaissaient en même temps la prudence avec laquelle il faut avancer. Je n’ai pas trouvé moins de confiance en Angleterre chez de célèbres écrivains, tels queMalthus, Hallam, le professeur Jones, Lubbock, G. -R. Porter, et je pourrais en dire autant de l’Allemagne et des pays habitués à marcher d’un pas ferme dans le vaste champ de la science.
Le hasard me plaça, il y a plus de trente ans, dans la position la plus favorable pour m’éclairer à ce sujet. J’étais arrivé à Cambridge, pour assister à la troisième réunion de l’Association britannique, et je me trouvais hospitalièrement logé chez un des savants anglais dont je faisais le plus de cas et pour sa personne et pour l’étendue de ses connaissances : j’étais reçu chez M. Whewell, recteur du Trinity Collège et recteur de l’Université de Cambridge ('). Je m’étais trouvé avec lui, quelques années auparavant, au congrès scientifique de Heidelberg, et dans la réunion actuelle il voulait bien me céder obligeamment une partie de sa demeure; j’eus le plaisir d’y voir plusieurs des hommes les plus honorables de l’Angleterre. M. Babbage, que je comptais également au nombre de mes anciens amis, amena successivement à nos petites réunions plusieurs savants distingués dans
peut faire au sujet des prohahilitéi de la vie, c>s( le degré approiimatifd'aisance des familles ; car le plus ou le moins d*aisaoce fait, je crois, varier du double au «impie la vitalité; ce qui rend absolument illusoires les calculs des assurances et des rentes. Hais je ne me dissimule pas la diffletillé qu'on trouverait à con> slaler l'importance des fortunes. Il faudrait du moins la signaler, car des per* sonnes cAoisiea, comme celles qui prennent part aui lonlines, sont tout à fait jetées dans l'erreur par nos tables de mortalité dressées sur des masses comme celles que donnent les populations indistinctes. • Ces mots montrent assex que les objections portent sur les abus et non sur le calcul même quand il est fait avec prudence et savoir.
Combien peu de personnes qui s'occupent de statistique .savent qu'elle forme une science, et l'une des plus difficiles, soumise au jugement des hommes appelés à recueillir des fruits de son étude.
(*) La science vient de perdre cet homme distingué; voyex plus haut, page 665.
les sciences politiques qui se trouvaient alors à Cambridge. Je fus heureux d’y retrouver Malthus, dont j’avais déjà fait la connaissance à Londres et dont la modestie me charmait autant que la profonde science, de meme que le savant historien Hallam, l'économiste Jones, MM. Lubbock, Richard Taylor, etc. ; bientôt notre réunion fut aussi nombreuse qu’aucune des sections de l’association britannique (').
J’ai parlé de Malthus, dont on a souvent travesti les pensées et les paroles : on sait les cris que proféraient à l’étranger contre lui des personnes qui ne connaissaient ni son caractère honorable ni ses écrits. Quelques mots lancés peut-être dans un .sens trop absolu et faussement interprétés par ceux qui avaient cru les comprendre, sont parvenus à soulever des orages contre ce savant honorable.
Malthus avait fait scs éludes h Cambridge, dans le Collège de Jésus; il y avait pris ses grades en 1788, et il passa, l’année suivante, dans les ordres ecclésiastiques. Il publia, en 1798, son Essai sur la population, avec des remarques sur les spéculations de Godwin et de Condorcet, \ volume in-8°. Cet ouvrage, qu’il a retouché à dilférenles reprises, a principalement contribué à fonder sa réputation. En 1804, il fut nommé professeur d’histoire et d’économie politique au Collège des employés de la Compagnie des Indes, qualité qu’il conserva jusqu’à la fin de ses jours.
Sans avoir de litre légal dans V Association britannique, pour y traiter de la statistique, le nombre des savants atta-
(*) L'j«socialion com|i(ait alors cinq sections «lifférenles, savoir :
1"see(ton. Sciences mathématiques et |>hjsiques.
3* section. Chimie et minéralogie.
>V section. Géologie et géographie.
4* section. Uisloire naturelle.
5' section. Anatomie et médecine.
La 6^ section fut celle de statistique. Depuis on en a créé «leux nouvelles : 7‘ section. Pour la géographie et l’ethnologie. 8' section. Pour la mécanique.
chés à ce(le screftee finit par croilre à tel point que la demeure de M. Whewell devint trop petite et que cette espèce de section nouvelle de l’Association britannique fut une des plus importantes par le nombre des auditeurs et pat* les sujets qu’on v traita. L’association nouvelle qui se formait appela Malthus à occuper le fauteuil, mais le savant anglais évita, avec prière, l’honneur qu’on voulait lui confier. M. Babbage, pour' éviter tout inconvénient, voulut bien occuper la place qu’on loi offrit et dirigea les débats : de son côté, M. Drinkwaler se chargea obligeamment des fonctions de secrétaire.
La première question qui s’éleva roulait tout naturellement sur la forme h donner aux travaux statistiques pour assurer leur uniformité et leur exactitude, et pour pouvoir en même temps les rendre comparables. La position des questions fit sentir immédiatement la nécessité de les examiner avec soin et de reconnaitre l’avantage qu’auraient les nations à travailler sur un plan uniforme. Je demandai, plus tard , à Malthus de vouloir bien me permettre de communiquer à notre gouvernement les demandes qu’il regardait comme les plus importantes. Peu de pays, par leur position, par la nature de leurs limites et la tenue des registres de l’état civil, méritent autant que le nôtre d’èlre étudiés sous le rapport de la population ('). Les renseignements que je fus à même de présenter à Cambridge, et l’assurance que notre gouvernement se prêterait volontiers à faire toutes
(') Ce qui suit est extrait textuellement du tome VIII, page 15, de ma Cor> respondancê math$matiqu$ , 1835, où, i c8lé des traraux du nouveau comité pour les travaux statistiques, J*al rendu compte des séances de l'Association de Cambridge et spécialement de l'état des travaux sur les étoiles Riantes. On com> mençail alors à s'en occuper avec activité, ainsi que des travaux de sir John Herscbel, de Brewster, de Wheatstone, de Lloyd, d'Airy, de Forhes, de Snow Harris, sur la théorie des marées : les travaux de MX. iVhewell et Lubbock donnèrent lieu i des communications intéressantes, de même que les constantes et la ma> chine i calculer de Babbage.
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les recherches dont la science aurait besoin , pernairenl de croire qn’on pourrait avec succès prendre notre royaume comme offrant les conditions désirables pour servir de sujet d’études.
En conséquence des propositions que Je me crus autorisé à faire, Malthus voulut bien me remettre les questions suivantes, que je me suis empressé de communiquer depuis, en Belgique, à M. le ministre de l’intérieur, qui me promettait de faire réunir les éléments nécessaires pour y répondre d’une manière satisfaisante.
Malthus demandait :
« Le nombre des naissances que produit chaque mariage pendant sa durée;
» Le nombre proportionnel d’enfants qui arrivent jusqu’à l’époque du mariage;
» Le nombre des enfants vivants pour chaque mariage ;
» Les salaires pour les manufactures et l’agriculture dans les différentes provinces, particulièrement le prix d’une journée moyenne de travail pour l’agriculteur:
» La quantité de froment que le prix d’une pareille journée peut produire dans les temps ordinaires;
» Le prix moyen des différentes espèces de grains;
» La nourriture habituelle du journalier ;
» Le nombre proportionnel des mariages stériles;
» Le nombre proportionnel des mariages ayant cinq ou plus d’enfants en vie. »
Le comité exprima aussi le désir de connaître les mesures prises, depuis 1815, par le gouvernement belge, pour la diminution de la mendicité (']. (*)
(*) Toici en quels termes U Société slatlilique de Londres, à ss oaissence, fui recommandée par te comité de rAssociaiion britannique :
» A perioaDeni Committee of this section was appolnietl. Profestor tabbage was reqaested to act as cbairmao, and Driokwater as secrelary.
Le zèle apporté aux travaux de cette partie des sciences politiques sulTit pour réveiller l'attention d'un peuple tel que le peuple anglais, qui, mieux que tout autre, pouvait en apprécier les besoins. Aussi les travaux statistiques furent-ils regardés comme une des branches de l’Association et rangés désormais parmi les travaux les plus utiles dont la nation anglaise eut à s’occuper, mais sous la réserve de ne considérer cette annexion nouvelle qu’eti renfermant la statistique dans les limites de la science.
La création du comité de l’Association britannique fut tion-seulemenl reçue avec faveur, mais on vit se former, immédialcmcnt après, la Société de statistique de Londres, dont les travaux occupent aujourd'hui une place importante dans la science, ainsi que la plupart des autres sociétés statistiques d'Angleterre et d’Europe : peu de pays, en effet, par leurs relations et par leur caractère pratique, présentent autant de chances favorables à ces études. Ce fut encore à la suite de la grande exposition de Londres, ainsi que le rappelait l’honorable prince Albert, dans l’un de ses dis-
*> In a repori since addreised lo lhe coiincil by this commiuee, il is «laled, (hat ihe commitlfe havin^ deemrd it eipedient lo promole lhe formation of a Statislical Sociely in Lonilon, a public mecling was hcM on ihc 15th of Harcb, 1834, al which il was re^olved lo cslablish siich an inslitmion. The Sociely aiready iiictudei more lhan three hiindred nnmhcrtt and hat issued a Kialemenl of ils ohjels and régulations which issiibjoined in lhe appendii.
« The commillee rcmark, thaï t ihoiigh Ibewanl of ttich a Sociely faas been long felt and acknowledged, lhe successful esiahlishme ni of il, afler erery prefioiit atlempl bas failed, hat been due allogctber to ibe impulse given by lhe lail meeting of lhe Associalion. The dislingiiithed foreigner (H. Quelelel) who coniribiiled so maierially lu lhe formalion of lhe slalitlical section, was ailracled lo England principally wilh a view of aiiending ibat meeting ; and lhe commillee bail ihi» as a signal intlance of lhe benefîciat retiills lo he expecled from thaï Personal inlercourse aniong lhe enlightencd men of ail coniries, which it is a IM'incipat ohjeci of lhe Britisb Associalion lo encourage and facililaie. » {Report on the third meetingof the Britith j^ssoeiation for tke advancetnent of tetencef held ad Cambridge in 1853. tendres, chex J. Xiirray, I vol. in-8", pages 483 et 484^ an. 1834.)
cours ('), que se forma, à Bruxelles, la réunion des diverses nations pour la création d’un congrès de statistique générale ; et c’est pendant le quatrième congrès (celui de Londres même) que les nations unies entre elles entreprirent l’essai d’une statistique générale (*), pour préluder aux grands travaux qu’on paraissait en droit d’attendre des délégués des différents pays.
Il est à regretter cependant qu’à la réunion de Cambridge, lors de la création de la section de statistique, la multiplicité des occupations n’ait pas permis aux membres les plus exercés d'entreprendre l’examen d’un des développements de la théorie des probabilités et de faire entendre leur voix sur une question qui les touchait de si près : je veux parler particulièrement des astronomes tels quesir J.Herchel, Airy, Baily, Hamilton, Robinson, etc., qui, retenus par les travaux J’une autre section, auraient pu joindre leur suffrage en faveur d’une science qui appartient autant à l’astronomie qu’à la statistique, et, en général, aux sciences qui comportent, dans les observations, une précision plus ou moins grande qu’il s’agit de savoir apprécier. On reconnaîtra sans peine, en effet, que ce sont surtout les astronomes qui, les premiers, ont porté l’attention sur la précision des documents statistiques et la construction des tables de mortalité et de population.
(*) Le discours prononcé par S. K. R. {e prince Albert, comme président de rAssociation du quatrième congrès de statistique qui eut lieu à Londres, Somersethouse, en juillet 18(K>. (Voyez plus haut, page 27 et suivantes.)
(*) L'arrété royal qui créa la Commission centrale de slatislique de Bruxelles date du 16 mars 1841. On peut voir ce qui concerne cette commission et celle qui fut créée avant cette é|ioque et vers la fln du règne de Guillaume I", à la page 369 de mon ffittoire det mathématiquet, 1864; comme aussi dans ce volume, à Tarlicle Smtdf page 548. Ce fut à la suite du Congrès de statistique de 1.onrlres, en 186f, que fut prise la résolution d'essayer de former une srsTisTiqVB ainiasts et de ramener autant que |H>ssitde à nne même forme la statistique des différents pays éclairés.
Sir John Herschel, dans un article anonyme inséré dans la Revue d’Édimbourg ('), lequel parut sept ans après sous le nom de l’auteur, dans un volume intitulé : Essaye from the Edinburgh and Quarlerly Reviews, in-8", 1857, montra très-explicitement l’utilité de cette science et ne se dissimula pas les dangers auxquels ces recherches pratiques peuvent exposer dans certains cas.
Peut-être trouvera-t-on que, dès l’origine, ceux qui voulurent resserrer la statistique dans sa partie philosophique, ne firent pas assez pour la soutenir. D’un autre cété , on semble avoir fait entièrement divorce avec la science qui, mal appliquée par des praticiens maladroits, n’a que trop souvent fait fausse route et conduit à de malheureux mécomptes. L’association anglaise aurait pu donner à la théorie tout le développement qu’elle méritait de prendre devant une a.ssemblée qui était en position de pouvoir la mettre dans sa véritable route.
On retrouve ici ce que l’histoire nous apprend pour la physique, pour l’astronomie et pour toutes les sciences en général : on s’occupe d’abord d’étudier les faits, on tâche ensuite de les réduire par catégories de faits semblables. La division qu’on établit appartient en quelque sorte à l’art plutôt qu’à la science; et ce n’est qu’en dernier lieu qu’on s’efforce de se rendre compte de l’expérience par la théorie.
(') The Edinburgh Biview, Jnty, 1&50, n* 185, pages 1 i 57, et plus Urd, le même article est reproduit cette fois sous le nom de Tauteur, sir John Herschel, dans les Essaya from the Edinburgh and Quarterly Beviews, pages 805 i 465, 1 vol ii)'8*, Londres, cbei Longraan, 1850. Cet article résume en quelque sorte rappllcalion de la théorie des probabilités dan^ toute son étcodne, au sujet de l'ouvrage Sur Us probabilités, par A. Quelelel, dont il y est rendu compto.
C'est aushi, pendant l'année 1857, que parut, à Edimbourg, dans le cahier n* 918 de la Bevus d*Edimbourg, sans nom d'auteur, un article intéressant snr Vffistoire ds la civilisation en jénglsterre, par Henri Thomas Buckie, ou* vrage irèe-ciirieiii ; publié sur ces sortes de matières, bien que certaines formes laissent parfois à désirer.
et de déduire du calcul les probabilités des phénomènes qu’on a été dans le cas d’observer d’une manière plus ou moins complète.
Dans la marche suivie par la statistique, la théorie a précédé la pratique, contrairement à ce qui est arrivé dans les autres sciences appliquées. Nul doute, du reste, que la statistique ne Unisse par suivre la vraie marche qui lui appartient, quand elle se trouvera assez forte pour parcourir cette route brillante qui lui est ouverte et dans laquelle elle a essayé à peine de tracer quelques pas. C’est à coup sûr une des sciences les plus belles et les plus fécondes: tristement abaissée aujourd’hui, par tous les liens dont la surchargent des mains maladroites, elle saura se relever; mais il ne sera malheureusement donné qu’à nos descendants d’en apprécier tous les avantages.
ANTOINE-REINHAED FALCK (1).
Il est plus (lilTicilc, pour l’humme d’Ëlat, de jouir de l’estime générale que de la mériter; il est surtout rare de savoir se concilier ces deux avantages. C’est une espèce de privilège qui, cependant, s’obtient quelquefois; l’illustre confrère que la mort nous a ravi en est une preuve consolante. Sa supériorité savait se faire jour sans offusquer les autres; et l’envie qui s’attache, comme l’insecte vénimeux, à tout ce qui s’élève avec vigueur, n’a jamais osé l’attaquer, ni même faire contre lui l’essai de ces armes perfides, tant redoutées (les hommes en place et si favorablement accueillies par la jalouse médiocrité. Il est remarquable, en effet, que la presse la plus hostile , celle qui ne frappe que pour rabaisser et détruire, n’ait jamais aiguisé scs armes contre lui, pas même au moment de sa plus grande puissance.
(*) Né le 10 mars 1776, mort k Bruxelles, le 16 mars 1843.
Je «lois k ramifié «le M. Van de Weyer, un grand nombre de notes sur la car» rière potilhiuc de li. Faick, et parliculiéremenl sur son séjour k Londres; elles m*ont été d*auianl plus précieuses, que M. Van de Weyer a pu fort bien apprécier notre confrère, soit comme ministre plénipotentiaire près de la conférence, soit par sesancienoes relations personnelles, soit encore par une similitude de position et d'antécédents.
J’insiste sur cette remarque parce qu'elle doit nous faire mieux comprendre quelles utiles leçons on peut puiser dans l’examen d’une vie aussi bien remplie et en présence d’une estime aussi universellement proclamée.
Antoine Reinhard Faick, issu d’une ancienne famille patricienne, naquit à Utrecht le 19 mars 1776 ('). Ses parents ne négligèrent rien pour développer de bonne heure ses heureuses dispositions naturelles; ils lui firent faire ses études à l’Alhenæum d’Amsterdam. Le jeune Faick y suivit, avec le plus grand succès, les leçons du célèbre professeur Gras, et se montra digne d’un tel maitre.
A l’occasion des épreuves universitaires qu’il subit à l’Université de Leyde, en 1799, il publia une dissertation {De Matrimonio) dans laquelle se décelaient déjà une rare intelligence cl des vues élevées en politique. Il visita ensuite plusieurs universités allemandes et passa quelque temps à celle de Gôltingue, pour suivre un cours de diplomatie. Faick y fit la connaissance du baron Van der Capellen, notre confrère, avec qui il conserva depuis des relations d’une amitié intime.
De retour à Amsterdam, en 1800, il y fut nommé membre rie la municipalité. Faick appartenait, par ses principes et par ses relations, à l’ancien parti patriote ou républicain, qui avait combattu avec ardeur les prétentions de la maison d’Orange. La part active et diverse que plusieurs membres de sa famille avaient prise à ces luttes, le spectacle des révolutions qu’elles amenèrent, avaient mûri son esprit avant l’âge ; il était en quelque sorte homme d’Élat-né. Aussi, son aptitude aux affaires se révéla-t-elle de bonne heure. Aux études classiques qui font le savant, il alliait la connaissance
( ) El non à Amsterdam, comme Tunl r<^|»é(é plusieurs biographes. Il éiall fils (lu direcieur de la Compagnie des Indes, Otlo William Faick et de Eogela Apol* lonia Bei^b, du Cap.
lies hommes, de leurs passions, de leurs inléréis, .qui fait l’homme politique.
Nommé, en 1802, secrétaire de légation à Madrid, pour la république batave, il montra qu’il ne remplirait pas longtemps le rôle de subordonné. Son chef immédiat, ministre faible et médiocre, eut le bon esprit de reconnaître dans le jeune Faick, non un élève qui promettait, mais un maître consommé dans les affaires. Il lui en abandonna sagement la direction^ et jusqu’à la correspondance confidentielle avec le gouvernement. Ses lettres offraient déjà ce mélange d’esprit, de facilité, de simplicité pleine de profondeur, qui en faisaient de véritables modèles. Il frappait les observateurs les plus exercés par la justesse et la promptitude de ses aperçus. Ces dons heureux sont, en politique^ ce qu’est le tact dans le monde, ce qu’est le coup d’œil médical dans l’art de guérir. Avant d’étre chargé d’affaires en titre, Faick en remplissait donc, en réalité, toutes les fonctions.
Lorsque M. Meynders fut rappelé de sa mission en 1805, Faick ne tarda pas à le suivre et rentra dans sa patrie; mais ce fut pour voir ensevelir la liberté batave, sous un trône que l’empereur élevait à son frère, Louis Napoléon. Faick et quelques hommes dévoués à leur patrie, firent, mais inutilement, tous leurs efforts pour prévenir ce malheur. Il abandonna dès lors la carrière politique et s’éloigna de toutes les fonctions qui lui furent offertes à la cour; il accepta cependant celles de secrétaire du département des 'affaires étrangères, sous le ministère de M. Vander Goes; et, en 1808, il passa, avec le même titre, au ministère de la marine et des colonies, poste dans lequel il pouvait servir encore utilement son pays (').
0) F«lck «u(, pour iBCoeMeur ji Madrid, ton ami particulier M. Hugo Van Zuplen Vao Nyevelt, qui, au liout de quelques aunées, témoigna le désir de rentrer dans sa patrie. Il en fui dissuadé par Faick, qui prévoyait déjà Tiasue que
Le roi [>ouis avait su distinguer les qualités éminentes de Faick : il le cite, dans ses mémoires, comme un jeune homme instruit et d’une grande espérance. La suite a bien justifié ce jugement. Après l'abdication de ce bon prince, notre confrère renonça entièrement aux aflaires publiques et reprit le cours de ses paisibles études, consolation ordinaire des âmes fortes au milieu de grands revers.
La réunion de la Hollande à l’empire français, c’est-àdire. la ruine totale de l’indépendance de son pays, fut pour Faick une de ces épreuves qui décident à jamais du caractère d’un homme. Il en sortit pur et fidèle à ses principes. Un fait peu connu et qui honore singulièrement Faick, c’est que, nommé d’abord chevalier, puis commandeur de l'ordre de la Réunion, il ne voulut jamais en porter les insignes. Us étaient à ses yeux des chaînes dorées qui révélaient pluUit qu’elles ne cachaient l’asservissement de sa patrie. L’exemple qu’il donna ne fut pas contagieux : cet acte de courage fut même blâmé par ceux qui ne se sentaient pas la force de l’imiler.
Dés lors, Faick fut traité en suspect, et l’empereur ordonna à sa police d’exercer sur le patriote récalcitrant la plus stricte surveillance. Les princes ne pardonnent pas l’indifTérence aux hommes; ils croient que c’est vouloir se placer au-dessus d’eux, que de refuser leurs faveurs (').
«levaient avoir le« choaes. « lime aernhle, écrivait>il, «|ue vous feriex mieux rie rester sur le théâtre Jns<|U*â ce que la toile tombe, é|>oqiie qui ne peut guère être éloignée, vu qtie le machiniste s'apprête. Cette pauvre Hollande est è la veille de n'avoir plus ni chargés d'alTaires, ni ministres, ni gouvernement â part; je sais bien que telle n'est pas l'opinion de beaucoup de nos compatriotes ; en deux roots, je crois que notre chute est [irochaine, et il ne s'agit plus que de tomber avec grâce. » J'extrais ces détails d'une notice sur Faick, insérée dans le n* 1 du Journal de Vlnetitut des Pays-Bas, pour 1845, notice que Je n'ai réussi â me procurer que quand la mienne était écrite.
(') Il est remarquable que, malgré les missious diplomatiques im|K>rtantes dont Falrk fut chargé et dont il s'acquitta avec tant de distinction, il ne rorùl
Napoléon y vil une prole.slation coupable qu’il eût peutélre punie sévèrement, si Faick n’eût pris le parti de quitter la Hollande.
Pendant ses voyages dans le nord de l’Europe, le haut commerce d'Amsterdam lui confia la défense de ses intérêts à Saint-Pétersbourg et à Stockholm (‘). Cette mission toute particulière l’initia plus profondément encore dans la connaissance des ressorts et des ressources de la prospérité commerciale de son pays; il n’y a pas de petites afl'aires pour les grands esprits.
C’est encore pendant le cours de ces voyages que Faick réunit les éléments tl’un mémoire qu’il présenta à la troisième classe de l’Institut des Pays-Bas, dont il fai.sait partie depuis 1808. Il examine dans cet écrit l’inlluence de la civilisation de la nation hollandaise sur les progrès des peuples du Nord, et y présente des renseignements curieux qui concernent également la Belgique (*).
Son retour en Hollande ouvrit un nouveau champ à son activité et à son patriotisme (1812). Nommé capitaine d’une cohorte de la garde nationale d’Amsterdam, instituée pour le maintien de l’ordre, il remplit ces fonctions de manière à prouver aux amis initiés dans le secret de ses espérances, qu’il saurait un jour en tirer parti contre les oppresseurs de son pays. C’est là qu’il jeta les fondements de celte popularité, de cctlc inDucncc sur les masses qui lui inspirèrent bientôt après le courage de donner la première im|»ulsion
jaiD^ii iraoire décoration que celle de Tonlre dn Lion néerlandais, dont il était grand-eordon ; les puissances vendaient-elles le refus fait à Na]>eléon ou crai-> gnaienl-elles les froideurs du rëpiihlicain ?
(') Il passa d'abord en Allemagne, puis en Danemark et en Suède, avec riiUeoiion de se rendi-eà Saint-Pétersbourg; cci»endanl il ne put réaliser ce dernier projet.
(•) Over dên fnvloed d#r beichaving van de uedtrlnndtehe uatie op de vrrlichling vau unordiche volken, 1813.
au mouvpment insurrecliontipl. Comme i’aigle qui pressent l’orage bien avant qu’il n’éclate, il reconnut d’un œil sûr les signes précurseurs de la chute de l’empire; et, à l’espèce de stupeur dont étaient frappés la plupart des agents du pouvoir, il comprit que, pour assurer l’indépendance de son pays, le moment d’agir était arrivé.
On touchait au mois de novembre 1813; l’empire croulait; .ses appuis cédaient de toutes parts on se détachait avec violence. Tous les regards étaient tourné‘s vers Faick; car c’est dans le danger qu’on vient se rallier autour de l’homme supérieur : l’égoïsme alors fait taire la vanité jalouse. Faick , au milieu de l’agitation croissante et da désordre qui commençait à se manifester, se présenta h l’hô- Icl de ville, à In tête de la garde nationale, et décida par son énergie le conseil municipal à embrasser la cause du pays. Sa modération, dans ces circonstances difliciles, fut égale à son patriotisme, et, en assurant l’indépendance de sa patrie, il sut la préserver de souillures.
Plus tard, c’est-à-dire après le succès, des envieux, et surtout ceux qui étaient restés dans l’inaction, ont voulu lui enlever l’honneur de cette audacieuse initiative; mais l’histoire le lui maintiendra et saura faire reconnaitre en lui l’homme qui, par la hardiesse de ses plans, la sagesse de ses conseils, la décision de son caractère, hâta, de concert avec .M. de Hogendorp, l’affranchissement des Pays-Bas (').
Après avoir rempli les fonctions difficiles de seerétaire du gouvernement provisoire établi à la Haye, la place de Faick, au retour du prince d’Orange, était marquée d’avance dans les conseils du nouveau souverain : il y fut appelé en qualité de secrétaire d’État. Cette élévation soudaine n’ap-
(') \oyez Pouvrage <(e Van der Palm aur la réiolulion île 1815. Cetehüd- en fledekunstig (ietienkschri/'t rmi Aeder/ands /lerste/iing in den jare 1813. 1 vol. in-8*. Amslenlam, 1816.
porta aucun changement dans ses principes, ses habitudes, ses rapports intimes avec les savants et les littérateurs, qui le consultaient encore comme un ami. Le pouvoir, la fortune, les grandeurs, les succès subits ne gâtent que ceux qui étaient gâtés d'avance.
En 1819, il fut envoyé en mission extraordinaire àVienne, pour assister aux négociations définitives concernant la confédération allemande du grand-duché de Luxembourg.
Le roi sentit bientôt après le besoin de lui donner une part plus directe dans l'administration générale du royaume, et il lui confia, en 1820, le ministère du commerce et des colonies , de l'instruction publique , des sciences et des beaux-arts (').
Nous devons laisser à d’autres le soin d’apprécier tout ce qu'il déploya de talent et d’élévation de caractère dans ces fonctions difficiles ; avec quelle sage impartialité il sut concilier les intérêts si divers de deux pays plus ou moins ombrageux, plus ou moins jaloux de leurs avantages réciproques; avec quelle délicatesse il ménageait les préjugés nationaux et religieux, constamment en présence et constamment sur l’olTensive (*). Il inspirait à tous une égale confiance, parce que tous avaient foi dans sa probité et dans ses lumières. Si quelque main avait pu retenir ensemble les différentes parties de l’État prêtes à se disloquer si peu de
(') Faick 8*étail marié peu île lemps aiiparanl; il arail épmiséj le 3 décembre 1817, mademoiselle de Roisin, iisiie d'une ramille noble du Rainant.
(*) Comme homme d'Étal, Il procédait avec une moiléradon eilréme dans ces affaires délicates ; comme simple particulier, il ne se croyait pas obligé de garder les mêmes ménagements avec ses amis. En 1818, au sujet de i|uel«|ues lettres pseudonymes sur la tolérance, insérées dans les j^nnaUt BelgiqueSf il écrivait à M. Cornélissen, i|ui en était, je crois, l'auteur : • La correspondance d'A. C. et de V. L. m'a paru doublement remarquable, d'jliord à cause du talent de l'auteur, et puis à cause de l'eitrémc bonté qu'il a de parler raison à des gens qui n'en veulent pas ci <le s'exposer au désagrément d'étre excommunié à droite et à gauche. S’il fait une nouvelle brochure sur le même objet, je lui conseille d'em-* prunter un litre à Voltaire : SoUiiedet deux parte. >
temps après leur assemblage, celait sans doute la sienne. On a souvent répété, et avec raison, que lui seul eût pu tourner habilement l’écueil sur lequel vint échouer plus lard le vaisseau de l'Ëtat.
Mais, sans anticiper sur l’avenir, portons nos regards sur les premiers temps de son séjour dans nos provinces. Même avant son arrivée, il nous avait donné dos témoignages de sympathie, en usant de tout son crédit auprès du cabinet britannique pour abréger la captivité de prisonniers belges, anciens militaires de l’empire (‘).
Quand il fut parmi nous, cette activité bienfaisante nu lit que s’étendre davantage. Placé près du chef de l’État, dont il avait toute la confiance, il sut noblement user de son influence pour protéger les sciences , les lettres et les arts.
Le nom de Faick se rattache à la création de nos principaux établissements scientifiques et littéraires, et certes ces établissements ne pouvaient s’élever sous de meilleurs auspices. Le 7 mai 1816, Faick contre-signa, en qualité de secrétaire d’Élat, l’arrété royal qui réorganisait l’Académie des sciences et belles-lettres de Bru.xelles, en considération de ses anciens services; et, dans le cours de la même année, parut l’arrêté royal qui créait les trois universités de Gand, de Liège et de Louvain.
Bientôt Faick, comme ministre de l’instruction publique,
(') Je dois ces renseignements à l’obligeance de K.eslelool, qui fut lui> même chargé par Faick «le recueillir les pièces nécessaires pour obtenir du cabinet britannique le renvoi des prisonniers dans leurs foyers. Parmi ces pii* sonniers se trouvait le frère de Al. Gendebicii.
Je liens encore de Keslelool que c’est à Faick que la ville de Gand doit d’avoir été délivrée de l’espèce de régime de terreur que le baron d’Eckslein y avait établi en 1814. Sous ce régime très-peu philosophique, le noble baron, malgré sa philosophie, avait jugé à pro|K>s de susi>endre toutes les libertés et de se |K)ser en duc d'Albc. Dès que Faick put eu fournir les preuves à la Haye, le mal cessa et le baron d'Eckslein dut quitter le pays.
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pul donner une impulsion plus iiniiiédialu ù ces institulions naissantes, qu'il devait regarder comme sa création.
L'Académie royale, par un juste sentiment de reconnaissance, inaugura son second anniversaire en inscrivant le nom de son bienfaiteur parmi ceux de ses membres honoraires : c'était la première nomination qu’elle faisait depuis sa réorganisation ; elle ne pouvait donner ses suffrages à aucun savant qui en fût aussi digne. L'empressement que mit le secrétaire à communiquer cette nomination à celui qui en était l'objet lui fit oublier une formalité du règlement. L’article 6 voulait que l’élection fût soumise à l’agrément de Sa Majesté. Sans doute, le secrétaire pensait que la sanction royale devenait ici une conséquence nécessaire de la nomination académique, et qu’on pouvait fort bien s’en passer pour abréger les formes. Falck ne fut pas de cet avis; il soumit ses doutes à cet égard avec autant de finesse que d’urbanité, dans une lettre où le ministre prenait soin de s’effacer entièrement (').
Pendant que Falck se trouvait à Bruxelles, à la tète du
(*) Voici U lettre adressée à M. Van Hiillhem, alors secrétaire; je Pai trouvée dans les archives de PAcadémie :
« Moasicoa,
« Avant de répondre à la lettre <|iie vous m’avez écrite en votre qualité de secrétaire de PAcadémie royale des sciences et hclles-letlrei de Bruxelles, et par laquelle vous me communiquez que PAcadémie m’a fait Phonnenrde me pUcer aii nombre de ses membres honoraires, je crois devoir vous faire pari, en partiticiitier, du doute qu’a fait naître chez moi la lecture de Part. 0 du règlement de PAcadémie, par rapport à la régularité de l’élection. On pourrait, ce nie semble, expliquer cet article de manière à ce que Pélcclion de tous les académiciens, tant ordinaires qu’honoraires, dût être soumise A l’approbation du roi. Vous pourrez m’éclairer très-facilement sur ce point en me communiquant la man he que l’Académie a suivie, depuis son rélablisseroeoi, dans l’élection de scs membres honoraires, et je vous prie par conséquent de vouloir me donner quelques éciaircissemenis sur cet objet, afin qu’on ne puisse n’accuier d’avoir accepté trop légèrement des honneurs qui ne m’étaient pas régulièrement conférés.
« Je vous prie, etc. »
ministère de l’instruction publique, il aimait à réunir autour de lui ses confrères de l’Académie, et en général les amis des sciences et des lettres, ainsi que les principaux artistes. Il avait l'art de parler à chacun le langage qui lui convenait, s’intéressait à ses travaux, les encourageait avec bienveillance : Vous perdiez de vue le ministre pour ne voir en lui que l’homme instruit qui descendait dans le secret de votre pensée, et si quelque chose pouvait rappeler son rang élevé, c’était celte dignité naturelle qui ne l’abandonnait jamais.
Dans ses soirées, où il savait si bien mettre l’intelligence et la modestie à l’abri des froides contraintes de l’éliquelle, Faick animait les autres par son exemple. Sa conversation vive et spirituelle avait une chaleur enirainante, dans laquelle perçait une légère causticité, tempérée par une extrême hienveillance. Plusieurs d’entre nous se souviendront sans doute encore des attaques qu’il dirigeait, avec autant de tact que de finesse, contre l’érudition bibliographique de M. Van Hulthem, contre les vivacités quelquefois peu académiques du vieux et respectable commandeur de Nieuport, ou contre les boutades spirituelles de M. Garnier, boutades qu’il aimait encore à citer dans les derniers temps de sa vie.
Un poète lui avait dédié quelques vers latins; il avait pris soin, selon l’usage, de latiniser son nom, en lui conservant la signification hollandaise de faucon. « Comment donc, s’écria Faick , vous craignez qu’on ne me prenne pour un aigle ! »
Ses souffrances même ne lui ôtaient pas cette gaieté naturelle (*). Il saisissait rapidement le côté pittoresque des
(') AfKnl ifçii, }>emUnt tine d« ces crnetles atlarjues rie goiille dont il soiiffrail rlcpiiis »a jeunesse, un mémoire scien(iH<|ue t|ue Je lui avais adressé, il sVmpressa de me répondre ; > Merci i>oiir voire second mémoire sur la (empérainre rie la terre. Je jnge d’après le iracé des courbes, i|ue, pour avoir le moins à souffrir des variations rpron tlit si nuisibles aux goutteux, Je ferais bien de m’établir à
choses et rendait toujours avec bonheur le résultat de ses observations. Quelquefois il dirigeait ses attaques contre l’Académie même, et savait en riant donner des conseils pleins de sagesse sur le cercle trop étroit dans lequel elle avait resserré ses travaux, et sur l’e.spèce d’isolement où elle se plaçait. « Ses allures, disait-il, sont celles d'une jeune fille modeste qui craint de faire parler d’elle. »
Vers la fin de 1837, le secrétaire de notre Académie loi rappelait celte saillie, en lui adressant, en Hollande, le recueil de nos nouvelles publications : « Je n'ai pas la moindre souvenance des plaisanteries que j’aurais pu hasarder dans le temps contre l’Académie, répondit-il, et je ne conçois pas même comment des gens qui faisaient quelque chose quoique peu, aient pu les encourir de la part d’un homme qui ne faisait rien du tout. Cependant comme votre mémoire est meilleure que la mienne, je veux bien subir la responsabilité de ce tort, surtout s'il m’est permis de croire que mes plaisanteries, bonnes ou mauvaises, ont été pour vous une espèce de principe moteur, ou du moins un stimulant de plus pour faire prendre à vos collègues cet élan de zèle et d’activité que nous admirons ici sans l’imiter. »
Notre confrère a pu s’accuser avec modestie de n’avoir rien fait pour l’Académie; mais nous ne le jugerons pas avec la même rigueur. On ne devait pas espérer de lui des mémoires littéraires, son temps était trop absorbé par les affaires publiques pour qu’il pût songer à enrichir nos recueils. Mais quelles lumières n’a-t-il pas apportées dans nos discussions! Avec quelle supériorité d’intelligence n’apercevait-il pas, au premier d’abord, le côté véritablement intéressant d’une question ! Combien il se prononçait avec goût et
une profondeur de 7", 80. C*est une précaution que je compte bien recommander dans mon testament à ceux qui auront à diriger mon établissement déünitif. Pauvres fossoyeurs! •
sagacilé sur le fond et sur la forme des ouvrages qu’on lisait à nos séances ! Les rapports qu’il a écrits sur les mémoires soumis à son examen sont des exemples d’une sage critique et portent le cachet d’un savoir profond. Il réunissait véritablement les qualités les plus essentielles que l’on puisse désirer dans un académicien. Aussi, jouissait-il à tel point de l’estime de ses confrères, que lorsque, plus tard, il fut nommé ambassadeur à Londres, l’Académie lui vota des remerciraents unanimes pour tous les services qu’elle en avait reçus, et voulut que ce vole fût consigné dans son procèsverbal (').
Faick parlait et écrivait plusieurs langues avec facilité et même avec élégance (*). Ceux qu’il honorait de sa correspondance et de son amitié ont pu juger avec quel heureux choix d’expressions , avec quel goût il s’énonçait sur les questions les plus graves comme sur les objets en apparence les plus frivoles. Ses lettres particulières, comme nous l’avons fait remarquer déjà, sont dos modèles en ce genre; on y trouve un tact cl une linesse d’esprit qui annoncent quelle aurait été sa supériorité, s’il avait suivi la carrière littéraire, au lieu de s’occuper des alTaires politiques.
Les articles sur la philosophie qu’il inséra dans le Maga-
(*) Séance du 8 mai t834. On lit, dan<i le procès-verhal de la séance du 31 dn même mois :« Son Excellence, dans une entrevue particulière, a prié le secrétaire de manifester è l’Académie combien elle était touchéede ces sentiments (de reconnaissance), et qu’elle ne perdrait jamais ceux qu’elle a voués à la compagnie en général et jt chacun de ses membres en particulier. •
(*) Dans un bat auquel il assistait à Madrid, Faick frétait approché d’une jeune danseuseet avait pris plaisir à causer avec elle. De son côté, la jeune Espagnole avait été frat'pée de >on air distingué, de sa physionomie avantageuse, de ses yeux bleus si expressifs; elle était fort en peine de savoir quel était ce cavalier qui s’exprimait avec tant d’aisance et de grâce. Quand on lui eut dit qu’il était Hollandais, elle crut qu’on s'amusait â ses dépens, bien persuadée qu’un étranger ne pouvait parler l’espagnol d’une manière aussi parfaite. — Ce fait a étérap|K>rtè â l’Académie par M. D'Omalius d’Halloy, â l’appui de ce qui est dit dans la notice.
sin critique {lu professeur Van Hemerl prouvent qu’il n’était pas seulement écrivain habile et bon observateur, mais qu'il savait descendre encore au fond des choses et étudier les liens mystérieux qui les lient entre elles.
La philosophie de Faick n’était pas purement spécidative; elle dominait toutes ses actions, elle traçait sa règle de conduite : aussi tout, dans sa vie, était parfaitement en harmonie; jamais on ne le voyait en désaccord avec lui-ménie. Dans la république batave comme sous l’empire, sous le roi Louis comme sous le roi Guillaume, on trouve toujours et avant tout l’homme dévoué à sa patrie, prêt à se sacrifier pour ses intérêts, mais incapable de renoncer à ses convictions personnelles.
Le roi des Pays-Bas lui avait conféré le titre de baron; mais Faick, fidèle à ses anciens principes, ne voulut point faire lever les lettres de noblesse; il était jaloux de conserver son nom tel qu’il avait réussi à l’anoblir lui-méme. Ces exemples sont rares. Ce n’était certes point par dédain : il appréciait autant que personne les avantages d’un beau nom, quand il est noblement porté, que ce nom d’ailleurs eût été illustré, ou dans la carrière des armes, ou par une intelligence supérieure, ou par des services rendus à l’État; mais il ne croyait pas devoir recourir à une chambre héraldique pour établir la mesure de son estime; il s’en rapportait volontiers pour cela à son propre discernement: peu d’hommes, sous ce rapport, pouvaient lui être comparés.
Ce n’est pas ici le lieu de se livrer à l’examen détaillé des actes de son administration. Son passage au ministère a laissé, en Belgique, dans le cœur de ceux qui ont su apprécier l’homme d’Élat et faire la part des dilllcultés qui l’environnaient, des souvenirs que n’ont effacés ni les luttes d’une opposition devenue nécessaire, ni les déchirements d’une révolution qui en furent la suite. On savait gré à Faick
du bien qui se fyisait et de tout le mal qu’il empéchail.
Celle popularité dont il jouissait, même dans les provinces méridionales du royaume, l’induence qu’il exerçait sur ses collègues, la noble indépendance de caractère et d’esprit qui le portait à vouloir rester véritablement ministre, et non un instrument passif et docile, blessèrent de hautes susceptibilités et amenèrent bientôt un désaccord dans le secret duquel le public ne fut guère initié qu’à demi.
Tandis que, parmi les anciens amis politiques de Faick, les uns désiraient qu’il prit, comme ministre, la direction d’un département (celui delà marine), où, comme secrétaire général, il avait, dans sa jeunesse, donné tant de preuves de capacité , les autres l'e.xhorlaient à appliquer son esprit sage, modéré, conciliant, à l'administration de l’intérieur; son éloignement était décidé par une volonté suprême, habituée à tout trancher en dernier ressort. Cependant celte espèce de disgrâce fut déguisée sous la forme d’un brillant exil à Londres.
Déjà dès le mois de novembre 1823, il était parti pour l’Angleterre en qualité d’envoyé e.xlraordinaire, afin d’y reprendre, conjointement avec l’ambassadeur Henri Fagel, les négociations au sujet des Indes. Après avoir conclu et signé le traité de mars 1824, il était revenu à la Haye; mais il en repartit presque aussitôt après pour Londres, comme successeur de Fagel.
Là, dans un monde où il est si difficile de faire sensation, où l’homme le plus imbu d’une haute opinion de soi-méme devient nécessairement modeste, tant il y rencontre de supériorités qui s’effacent et se cachent sous les dehors les plus simples, Faick fut bientôt remarqué parles hommes distingués de tous les partis. Les maîtres et les habitués de Holland-House ('), ce centre éclairé de tous les esprits d’élite,
(') Nâison de campagne de lord Hoiland.
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ont conservé le plus touchant souvenir des grâces et de l’enjouement de sa conversation, de la sûreté de son commerce, des qualités éminentes de son âme. L’étendue et la variété de ses connaissances, la justesse de ses aperçus politiques, sa manière large et européenne, si l’on peut s’exprimer ainsi, d’envisager les questions, placèrent bientôt ce représentant d’une puissance secondaire au rang des ambassadeurs de premier ordre.
Ganning ('), qui se connaissait en hommes, devint son ami et disait, en résumant son opinion sur quelques membres du corps diplomatique, ces mots remarquables ; «Quand je reçois quelques-uns des ministres étrangers, je parle ; quand je vois M. Falck, j’écoute! » Ces deux hommes d’État avaient entre eux ce trait de ressemblance que, doués tous deux d’une appréciation vive du ridicule, ils maniaient avec succès l’arme de l’ironie et de la plaisanterie, arme dangereuse pour un ministre et qui blesse aussi souvent l’agresseur que la victime.
La réserve diplomatique de b’aick était quelquefois mise à de rudes épreuves, en présence de ces amours-propres robustes, qui, dans l’innocence de leur admiration d’euxmémes, étalaient devant lui leur nullité prétentieuse. Il faut plus que de l’esprit pour faire taire son esprit et lui imposer le régime fortiGant ou adoucissant du silence.
Dans toutes les transactions diplomatiques, et elles sont assez nombreuses, qui eurent lieu entre Falck et Ganning, ce dernier ministre ne négligea aucune occasion de rendre hommage aux vues libérales et élevées de l’ambassadeur hollandais. Le traité conclu entre eux, relativement aux possessions territoriales et au commerce des Indes orientales, termina heureusement des différends qui avaient plus de deux
(*) Il avait négocié avec Falck le traité de commerce cl dVehange conclu, en mars 1834, entre la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.
Digilized by Goqgle
siècles de durée, et qui avaient produit parfois une assez grande irritation entre les deux gouvernements. «Grâce au.x arrangements à la veille d ’étre arrêtés, dit Canning, dans une note remarquable qui précéda la signature du traité, le commerce de deux nations sera florissant; elles préserveront, en Asie non moins qu’en Europe cette amitié inviolable qui a toujours subsisté entre elles depuis d’anciens temps; et elles n’auront plus d’autre rivalité que celle de maintenir plus eflicacement les principes d’une politique libérale qu’elles proclament aujourd’hui à la face du monde. » Les mêmes principes présidèrent aux conventions de commerce et d’amitié conclues, à Londres, par Faick, en 1827 etl829, avec les Etats-Unis du Mexique et la république de Colombie.
Pendant le cours de cette dernière année, Faick profita de quelques mois de congé pour faire un voyage en Italie : il visita Nice et le midi de la France, dans le but apparent de fortifier sa santé. Mais déjà il s’était aperçu avec regret que ses conseils n’étaient plus écoutés; il était convaincu qu’il ne jouissait plus assez de la confiance du roi pour être véritablement utile à Londres.
Les révolutions qui, en 1830, ébranlèrent l’Europe donnèrent à Faick une nouvelle occasion de montrer ce qu’il avait de sagesse, de modération, de prévoyance, dans les moments les plus difficiles.
Dès le jour même qu’éclatèrent, à Bruxelles, les premiers troubles de septembre, Faick ne se fit point illusion sur la portée de ces événements. 11 se connaissait en révolutions; il savait qu’un peuple, un fois lancé hardiment dans cette voie, ne s’arrête qu’aprés la conquête de son indépendance. La séparation parut à ses yeux un fait accompli du jour où, une suspension d’armes étant imposée aux deux partis, les cinq grandes puissances annoncèrent la résolution de re-
manier les traités de 4815 ('). Malgré la protestation officielle qu’il déposa contre cet acte entre les mains de la conférence de Londres, on voit, à chaque ligne de cette pièce remarquable, écrite avec celte mesure et celle dignité qu’il donnait à tout ce qui sortait de sa plume, percer le sentiment profond de la nécessité du démembrement de ce royaume que sa main avait contribué à élever (*).
Il s’imposa dés lors la lâche périlleuse de réconcilier l’esprit de son souverain avec ce sacrifice et de l’amener à perdre la Belgique au meilleur marché possible. Ici éclata, dit-on, entre le monarque et son ministre, un nouveau désaccord, semblable à celui qui lui avait déjà coûté un portefeuille ; et, malgré l’inlluence qu’e.xcrçait l’ambassadeur sur les membres de la conférence, malgré la confiance qu’ils avaient en ses lumières et en sa droiture, son rappel de Londres fut décidé, et son départ fit douter un instant de la possibilité de maintenir la paix en Europe.
Faick quitta son ambassade sans aigreur, sans éclat, et en cherchant même à atténuer l’effet que sa retraite avait
(■) Déjà, (lès le 33 oovemhre 1830, Faick écrivait à son ami Van Zuflen : « Mon ctpur éprouve presque chaque jour le besoin de sVxprinier sur nos intérêts avec un esprit holiamlais et une langue hollandaise. Ce peu de mots vous feronl connaître déjà tpie je m'en liens, autant que personne, à la séparation totale. • {Het Inttituul, page 70, n* 1 : I^Ujn hnrt gevotU $chitr dageUjks de behoefte van zieh over onze belangen in hoUandschen geest en in hotlandecke taaluitteilorten. Deseweinigewoorden zullen n rted$ doen kennen dat ik, zoo zeer als iemand, my houde aan de totale afecheiding.)
(*) Pendant (pie la révolution belge était encore dans toute son activité, Faick oc fut pas médiocrement surpris de recevoir la visite de notre ambassadeur, mais une visite de pure courtoisie. Immédiatement après son arrivée à Londres, M. Van de Weyer céda, en efTel, au besoin d'aller saluer Faick, non comme envofé diplomatique, ou le conçoit facilement, mais comme simple particulier, et de lui eiprimer toute sa reconnaissance pour les témoignages multipliés de bienveillance qu'il en avait reçus à Bruxelles. Celte visite honore à 1a foi> celui qui ta faisait cl celui (pii en était l'objet; Faick en fut vivement louché ; Je tiens celte circonstance de liii-méme ; il en a parlé dans le même sens à M. le barou d'Arnim, ministre plénipotentiaire de Prusse.
produit sur l’opinion; c'est que, dans le iiianieinent des alTaires, il conservait une liberté d’esprit que n’ont jamais ceux qui songent trop à cux-mèmes, à leur fortune et à leur avenir. Il savait que s’oublier est souvent le moyen le plus sûr de réussir, et qu’en tous cas, c’est le plus noble et le seul digne des hommes qui, comme lui, mettent la grandeur morale au-dessus de toutes les grandeurs humaines. « Tôt ou lard, disait-il, on m’aura compris, on me rendra les moyens d’èlre utile à mon pays. » La suite des événements prouva qu’il ne se trompait point ('),
Sa nomination de représentant du roi des Pays-Bas à Bruxelles, après la conclusion du traité de paix délinitif, fut en quelque sorte la réparation éclatante de la faute qui avait été commise en le rappelant de Londres, en même temps que le gage de la réconciliation des deux peuples.
Cette réconciliation ne pouvait être scellée sous de meilleurs auspices! Aucun choix en effet ne pouvait être plus agréable aux Belges, ni plus avantageux aux intérêts de la Hollande. L’arrivée de Faick à Bruxelles fut un événement dont chacun se félicita, mais dont notre Académie eut particulièrement à s’a|)plaiidir.
Immédiatement après son retour, Faick vint reprendre sa place parmi nous (*). 11 fut accueilli avec les mêmes lémoi-
(') En 1838, on lui recommèindA |iour sa santé, les hains iPIsrhl, prèsdeSals> lM>iir^; il y alla passer l*élé; il fil ensuite un voyage en Autriche et en Hongrie, et nr revint que dans le cours de l'année suivante.
(*) Qu'il mo soit permis de reproduire ici le billet par lequel il annonçait sa rentrée ; on y trouvera une nouvelle preuve du tour spirituel qu'il savait donner aux moindres choses :
« Tout est jeune dans cette ambassade, excepté son chef. Ainsi, mon cher Qiie> telel, il vous faudra excuser mes gens, qui n'ont pas su vous engager k attendre, pendant quatre ou cint| minutes, la Tid de mon entretien avec le docteur Setitin ; de mon cdié, je vous pardonne de ne pas savoir soumettre au conirdle que vous exercez sur tant d'étoiles, celle qui préside à notre heureuse rencontre. Nous nous rencontrerons cependant après demain, à midi, car je compte me rendre il la séance de l'Acailémie, à moins que vous ne me fassiez savoir «|uelque chose
gnages d'estime cl d'aiïeclioii, bien qii’après quatorze années (l’absence, il ne retrouvât plus qu’un petit nombre de ses anciens confrères et amis.
Le plaisir de se revoir fut tempéré par de tristes réflexions: nos anciens rangs étaient bien éclaircis, et lui-même portait des traces visibles de douleurs physiques qui n’avaient fait que s’aggraver. Cependant son esprit si supérieur, son moral si ferme n’avaicnl rien souffert de ces rudes atteintes. Il semblait, à l’entendre, qu’il n’eùl point cessé d’assister à nos séances académiques; non-seulement il avait conservé cette même activité d’intelligence, mais il était au courant de tous nos travaux.
Après son retour d’Angleterre, et du fond de sa retraite près de la Haye, il tournait souvent ses regards vers nos provinces, où il avait laissé tant d’amis et de si beaux souvenirs. « Quoique retiré à la campagne, m’écrivait-il, (;l menant une vie d’ermite, je ne me souviens pas moins que j’ai des voisins, et je reste même passablement curieux de savoir ce qui se fait chez eux ('). »
Il ne s’informait pas avec moins d’intérêt du sort des uni-
(|iii me déloiirne de ce projet. Je Tai communiqué au duc D'Ursel dans l’espoir de l'entraîner dans mon orhilCf ou, pour parler avec plus de modestie, afin devons faire apparaître une étoile tloiilde, (|uoii|Uc d’une seule couleur ou à peu près.
* Jeudi toiT. • Mille amitiés,
« Falck. •
(') Retiré dans l’hahitation *( Hui» ter nootj petite campagne près de la Haye, Faick profita de ses loisirs pour reprendre plus activement ses études litlé> raires. Il s'y occupa aussi des sciences et «uirtout de l'astronomie. Il avait invité M. Lohaito à t'aider dans celte dernière élude, qui lui avait toujours présenté un puissant attrait. Plus tard, pendant son séjour à Bruxelles, il continuait à se tenir au courant des travaux astronomiques, et faisait de fréquentes visites il l'oliservatoirc; tandis i|ue, d'une autre part, il se délassait avec l'un de nos confrères, M. Bernard, en relisant les anciens auteurs itrecs, qui avaient fait le charme de toute sa vie. Le études sérieuses, si rares aujourd'hui chez
nos hommes d’Ètat, formait un des traits les plus caractéristiques des grands hommes de l'antiquité.
vprsilés cl de Ictal de notre enseignement en général ('). Il connaissait personnellement les professeurs les plus habiles, les savants et les littérateurs les plus distingués, et il aimait à rester dans la confidence de leurs travaux. S’il est vrai qu’on s’attache aux autres par les services qu’on leur a rendus, on concevra facilement la curiosité que manifestait notre confrère, et on s’expliquera comment il se trouvait en général plus instruit de l’étal et des besoins de nos universités que les ministres mêmes qui lui succédaient dans le poste qu’il avait occupé avec tant de distinction.
Au moment où s’agitait, dans l’ancien royaume des Pays- Bas, la grande question de la réforme de l’enseignement, question délicate qui mit aux prises tant d’opinions, tant de passions et tant d'intérêts divers, Faick, qui avait pris la plus grande part au plan primitif d’organisation, et qui en avait suivi les développements avec une sollicitude vraiment paternelle, ne put rester étranger à la lutte qui s’était engagée. Il y avait lutte en effet, dans une question en apparence purement scientifique, mais à laquelle venaient se rattacher plusieurs difficultés politiques très-irritantes, surtout celle relative à la liberté de l’enseignement. Le gouvernement, avec un empressement louable, quoique peu réfléchi, avait provoqué
(') Falck avail posé la première pierre du magnifique édifice île l'Univer* »ité de Gand. Dans le banquel qui avail suivi cette cérémonie, il s'était écrié en buvant à la ruUirc prospérité du nouvel établissement : Esto perpétua/ Ces vœux seront-ils exaucés? Je sais qiiMI s'imposa une véritable privation en n'assistant pas à la fête jubilaire qui fut célébrée pour la vingt-cinquième année d'existence de l'UniversUé. Son esprit de modération et sa {losition délicate à Bruxelles lui en faisaient tin devoir à cette époque.
C'est encore pendant la fêle de l'inauguration de l'Université, sous le règne de Guillaume l”*, que Faick, pour relever cette solennité et pour donner i la ville un témoignage de bienveillance, dit avec autant de tact que d'à propos : « Je vous annonce que le Roi, protecteur des sciences et des arts, veut aussi encourager l'industrie et créer des expositions publiques, et que la première doit avoir lieu à Gand. > Je tiens ces rrnseignemeiits de )H. Conictissen, que Faick comptait parmi ses ami*.
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une enquête générale sur les vices de l’organisation existante; il avait fait un appel à tout le monde, hormis, semble-t-il, à l’homme qu’il aurait dù consulter le premier. Faick se trouvait alors à Londres ; il donna, encore dans cette circonstance, un exemple d’une rare modération. « Quelle besogne! m’écrivait-il en faisant allusion aux travaux de la commission du haut enseignement, veuillez m’en dire quelque chose, et croyez que, quel que soit le résultat auquel vous aurez concouru, l'ancien ministre de l’instruction publique n’en persévérera pas moins dans les sentiments qu’il vous a depuis longtemps voués (*).
Il est didicile que des établissements prospèrent quand on remet constamment en doute la question de leur existence et la stabilité de chacun dos rouages dont la machine se compose. Les inquiétudes de ceux qui doivent les faire valoir, les changements brusques, les pertes continuelles de forces vives, amènent à la longue la destruction des choses qui avaient le plus de chances de durée.
Ce qui portait tous les cœurs vers Faick, c’était la confiance intime qu’on avait en scs sentiments de justice. Combien de personnes calomniées ou dont la conduite avait été présentée sous un faux jour, ont eu à .s’applaudir d’étre venues se justifier auprès de lui; combien d’autres lui doivent de la reconnaissance pour avoir été tirées de la foule et pour avoir obtenu un rang distingué dans la société. Dés qu’il soupçonnait une injustice, une enquête était ordonnée, et souvent il la faisait lui-même, avec sévérité mais avec bienveillance; dès qu’il entrevoyait un talent naissant, il cherchait à loi faciliter les moyens de se produire; il devenait pour ainsi dire son protecteur naturel.
La protection de bien des personnages en place est un vé-
(’) 10 octobre 1898. Je faisais partie de celle même commission, chargée de revoir les règlements sur renseignement supérieur.
rilable fardeau que l’Iiomme d’honneur ne supporte qu’avee dégoût; la sienne était d’autant plus flatteuse qu’elle était réfléchie et servait ordinairement de premier degré à son affection . Je me trouvais du nombre de ceux qui ont été assez heureux pour en faire l’expérience ; et si j’en parle ici, ce n’est point par un sentiment d’orgueil personnel, qui serait d’ailleurs bien légitime, mais parce que j’ai naturellement l’occasion de montrer jusqu’où allait sa persévérance quand il avait arrêté l’établissement d’une chose utile. J’étais bien jeune lorsque j’eus le bonheur de fixer son attention ; et, sans autre titre, sans avoir jamais vu d’observatoire, j’osai lui parler d’en fonder un à Bruxelles. Mon inexpérience ne me permit pas même d’apprécier ce qu’il y avait de téméraire dans ma demande. Cependant Faick eut la bonté de m’écouter, de se faire expliquer les avantages qui pouvaient résulter d’un pareil établissement pour les sciences en général et pour le pays en particulier, et il m’engagea à venir lui en parler encore.
Peu de temps après, il m’envoya à l’étranger pour me faciliter les moyens de m’initier à la pratique de l’astronomie ; mais j’eus le chagrin d’apprendre à mon retour que j’allais perdre mon seul appui. Je me trompais; je ne connaissais pas encore jusqu’où allait sa bienveillance. Il me fit connaître lui-méme qu’il avait veillé à tout et que son absence n’apporterait aucune entrave aux projets arrêtés ('). Et, en effet, au milieu même de nos cri.ses politiques, scs regards se tournaient encore avec inquiétude vers cet observatoire, objet do tous ses soins, dont les murs à peine élevés étaient menacés de tant de dangers. Si l’observatoire
(') M. Van Ewjck, administrateur de riostruction publique, sous Faick et sous Van Gobbeischrof , son successeur au ministère, contribua puissamment h la construction de l'observatoire et à faire doter l'établissement des instruments les plus prècieiii.
a pu, dès sa naissance, produire quelques fruits utiles, c’est à lui qu’il faut en savoir grc. C’est lui qui en a conçu la pensée, et cette pensée l’occupait encore à ses derniers instants. Peu de jours avant sa mort, il me donna son portrait au bas duquel il avait écrit ces mots ; « Témoignage d’une amitié plus ancienne que l’observatoire.... Je devrais ajouter, et surtout plus solide que l’observatoire,» dit-il en souriant et en faisant allusion à l’état de délabrement dans lequel la ville avait laissé tomber le bâtiment.
Ce fut pour lui une véritable privation, lorsque, dans les derniers temps de sa maladie, ses soulîranccs ne lui permirent plus d’assister à nos séances académiques. Le désir de savoir et d’apprendre ne l’a jamais quitté, pas même dans les instants de sa vie où il semblait le plus chargé de travau.x. Il se tenait au courant de tous les genres de progrès, se faisait rendre compte des découvertes scientifiques et cherchait à en mesurer la portée.
Il était trop observateur pour ne pas sentir les approches de sa fin, et il avait l’esprit trop élevé, trop ferme pour craindre ce dernier instant. Cependant, quel que fût son stoïcisme, la vie n’était pas un bien qu’il dut quitter sans regrets. Sa séparation d’une épouse qui avait répandu tant de charme sur son existence, et de tant d’amis dévoués, pouvait ébranler cette âme si noble et si bienveillante. Aussi ses nuits, me disait-il, étaient-elles agitées par des pensées tristes; mais il avait devant lui, pour se consoler, le tableau d’une vie pure et sans tache; et, prêt ,i franchir le seuil de l’éternité, il pouvait avec orgueil jeter un dernier regard sur cette série non interrompue de belles actions qui ont marqué son passage sur cette terre.
Faick s’éteignit le IG mars 1843, à l’âge de soixante-six ans. Son corps fut transporté à Utrcclit, pour être déposé dans le caveau de sa famille. La translation se fil avec une
solennité qui montrait assez que la Belgique, en honorant le représentant d’une nation amie, voulait témoigner en même temps sa reconnaissance à l’homme d’Étatqui lui appartenait en quelque sorte par tout le bien qu’il lui avait fait. Certes, dans sa patrie, notre illustre confrère n’a pu être l’objet de plus touchants regrets, ni d’une douleur plus universelle.
Faick est en quelque sorte la personnification de toute une grande époque de l’histoire de Hollande. Après avoir le plus contribué à l'afiranchissement de son pays, il sut faire adopter le plan de réunion des deu.x peuples belge et hollandais; dès lors toutes ses actions, toute sa prudence, toute son énergie furent employées à soutenir cet édifice encore frêle et constamment ébranlé par des maladresses, jusqu’au jour où il fut bouleversé de fond en comble, quand la main qui formait son plus ferme appui n’y était plus; et ce qu’il y a de remarquable, c’est que Faick fut appelé à présider au.v arrangements qui suivirent cette grande catastrophe. Il rendit encore ce dernier service à sa patrie et parut n’attendre, pour descendre au tombeau , que la signature du derni(!r acte qui signale cette période remarquable (').
Les services que Faick a rendus peuvent être sentis, mais non appréciés dans toute leur étendue ; cette tâche est réservée à la postérité. Les contemporains sont trop près des événements; ils en connaissent trop peu les ressorts
(') c Quand \e traité du 5 novembre 1843 fut conclu^ il exprima vivcmeni »on désir de le voir accepter par les chambrer législatives. Il écrivit à ses amis en Hollande :« Puissent vos amis et les miens s'en lenir^dans cette circonstance, au » fortiter occupa portum! Mot y du moins, Je ne veux plus me rembarquer sur » rocéan, où nous avons été ballottés déjà depuis tant d'années, et si cela arrive > malheureusement ; O! navis, rtferent m mare te novi fluctutj assignez moi » d'avance le rôle de passager. Aussi bien, je suis trop vieux et trop faible |m>uiles voyages à t’aventure. Qu'on se le dise, adieu. » (Traduit du recueil ffet /natt* tuut, page 70.)
secrets pour être des juges tout à fait compétents. Les hommes d’État sont un peu comme les médailles : ils ne sont estimés et appréciés qu’après avoir passé quelques siècles sous terre.
D.-J. VAN EWYCK VAN OOSBROEK EN DE BILT (1).
Je n’ai poinl à juger ici les cvéneinenls qui amenèrenl la séparation politique de nos provinces d’avec celles de la Hollande; je n’ai à nj’occuper que de nos relations scienlilîques el littéraires et, sous ce rapport, il ne peut exister de dissentiment ni d'antagonisme. J’ai cherché à rappeler précédemment tout ce que nous devons à la bienveillance de Falck et aux vues éclairés de cet homme d’fitat : je chercherai à rappeler aussi les soins avec lesquels Van Ewyck continua à réaliser scs projets, quand ce ministre éclairé quitta la Belgique pour passer à la cour de Londres.
Van Ewyck avait fait de brillantes études à Utrecht, sa ville natale; il y avait acc|uis successivement, en 1809 et en 1810, le titre de arlium liberal ium magüter et pliilosopliiœ doetor, et, de plus, le titre de docteur en droit. Il n’avait que vingt-trois ans, mais cette précocité, qui n’est pas toujours un indice de supériorité, s’alliait chez lui à une grande rectitude de jugement et à une instruction aussi solide que variée. Les dillérents opuscules publiés avant .son (*)
(*) Né à Utrecht) le 15 novembre 1786; il y est mort) le 15 décembre 1858.
eiilree dans radminislralion lénioigneiU en elielde l'allraclion qu'exerçaient sur son esprit les belles-lettres et la philosophie. Il avait été nommé, en 1811, commis greffier au tribunal de première instance d'Utreeht; en 1814, il obtint la place de greffier de la Cour de justice, et, en 1815, il devint secrétaire des curateurs de TUniversité. Il avait été revêtu, en même temps, des fonctions militaires d’adjudant dans l’arme de la schulUrij. Ces changements rapides dans ses fonctions sembleraient annoncer une instabilité de caractère que Van Ewyck était cependant bien loin d’avoir. On le trouve en effet, dans la suite, rigoureusement attaché aux emplois qui lui étaient confiés; cl il semblait fuir^ plutôt que rechercher, des honneurs pour lesquels il marquait un éloignement instinctif.
Dés la fondation du royaume nouveau, rien n’avait été négligé dans nos provinces pour les mettre, sous le rapport des lumières, au même rang que les provinces du Nord. Trois universités avaient été établies, et l’enseignement supérieur avait été organisé sur le mémo pied que dans la partie septentrionale du royaume. Van Ewyck prit une part notable à cette organisation. Notre Académie, supprimée pendant le règne précédent, avait pu reprendre également scs travaux et s’était relevée dés l’année 181(i. Elle était, pour le Midi, ce qu’était dans le Nord l’Institut néerlandais. En même temps, un observatoire nouveau, plus riche et mieux doté pour la science que les observatoires du Nord, s’était élevé dans nos provinces. La Belgique put donc .se mettre d’emblée au niveau de la Hollande pour tout ce qui louchait aux sciences cl aux lettres.
Les premiers commencements de notre Académie laissèrent toutefois beaucoup à désirer : la plupart des membres habitaient les provinces septentrionales; d’autres étaient disséminés dans nos principales villes; mais, privés des
moyens rapides de transport qui existent aujourd’hui , ils ne pouvaient assister régulièrement aux séances. L’activité éclairée de Faick, celle du respectable commandeur de Nieuport et de plusieurs autres membres, firent cependant qu’on reconnut la marche qu’il convenait de suivre. On comprit fort bien qu’il s’agissait moins de travaux particuliers que de l’exécution de grandes entreprises, devant lesquelles pouvait reculer la persévérance d’un seul homme. C’est alors qu’on posa les premiers jalons des routes scientifiques qu’il importait de parcourir et de féconder. L’Académie ne travailla pas avec moins d’activité dans le domaine des lettres, particulièrement pour tout ce qui se rattache à l’histoire du pays et à la publication de nos anciennes archives inédites. Elle se livra avec un dévouement sans égal, et qui ne s’est pas encore ralenti, à exhumer et à publier les documents inédits qui méritaient de fixer l’attention, et à vérifier les points historiques qui pouvaient inspirer quelque doute.
Le gouvernement avait à intervenir dans tous ces travaux, car il avait à pourvoir aux moyens d’en faciliter l’exécution. Chacun des membres de l’.Académie sentait parfaitement les services rendus par Faick, non-seulement comme littérateur éclairé, mais encore comme premier ministre de l’État. On appréciait également les soins de son secrétaire général. Van Ewvck, homme versé à la fois dans la connaissance des lettres et des sciences les plus usuelles. On recourait souvent à lui dans l’intérét de l’Académie et l’on avait toujours à se louer de son intelligent appui.
Van Ewvck avait été appelé, en 1817, au secrétariat général du ministère de l’intérieur par Repelaer Van Driel; l’année suivante, il fut attaché à Faick et continua sous cet homme d’Etat à remplir les mêmes fonctions; enfin, après le départ du ministre pour l'Angleterre, en 1824, il fut nommé administrateur de l’instruction publique.
Scs brillantes études, scs goûts, son activité le désignaient en quelque sorte pour occuper ce nouveau poste; il le remplit avec zèle et s’attacha à aider notre Académie dans toutes ses relations, dans tous ses travaux. Ce corps voulut lui montrer, de son côté, le prix qu’il attachait à ses lumières, et, le 4 février 1826, il lui conféra le titre de membre honoraire de la compagnie.
Van Ewyck prit le plus grand intérêt aux travaux déjà commencés ; il seconda la publication de ceux qui se présentaient encore et qui, par leur importance, étaient véritablement académiques; il facilita l’élaboration de la carte géologique du royaume, en la faisant encourager par le gouvernement; il créa dans chaque province une commission de statistique, en les subordonnant toutes à une commission générale, établie prés du ministère de l’intérieur. L’organisation en était h peu près la même que celle qui fut arrêtée onze ans après par M. Liedts, mais elle n’en avait pas la solidité ('). Il adopta les plans d’une météorologie et d’une physique du globe pour nos provinces, dont l’exécution ne put avoir lieu qu’après la révolution de 1830. C’est alors aussi qu’on vit se former la commission des manuscrits, qui, plus tard, fut resserrée dans ses limites naturelles et rentra dans le sein de l’Académie.
Enlin, comme administrateur du l’enseignement public, il provoqua un travail scientifique de la plus haute importance : le Rapport de la commission chargée de revoir les principaux règlements organiques de l'enseignement supérieur La commission commença ses travaux en 1828
(') Voyez plus haui, pages 89 cl 548.
(•) Rapport der cornmisn'e , bije^rigeroepen door koninglijk besluit ran 13 april 1828 ter raadpleging over sommige punten betreffende het hooger ondencifi, 1 vol. in-fol. 392 pages, à la Haye, imprimerie de PÉlal, 1830. Les membres étaient : Rbell, président, J. Ackersdyck, Ch. de Brouckerc, O. Le Clercq, D’Escury Van Heineooord, Van WickevoorLCromnielin, Donker-Curtius-
et les termina dans le cours de l’année suivante; ils furent imprimés en 1830, pendant l’année même de la révolution belge, de sorte qu’ils ne furent que d’un faible secours.
Le gouvernement, en demandant cet c.xamen, n’avait en vue que le bien ; mais la trop grande publicité qu’il lui donna conduisit les choses plus loin qu’il ne le voulait : chacun crut devoir publier ses idées; plus de quatre-vingts mémoires furent imprimés aux frais de l’Ëtat, et distribués aux membres de la commission. L’attention, qui d’abord ne s’était portée que sur le mode d’enseignement, s’étendit bientôt sur toutes les questions administratives ; et les résultats de cette espèce d’enquête furent loin d’étre favorables au gouvernement.
La commission, nommée par le Roi, fut profondément divisée dès le commencement de ses opérations et se sépara en deux partis : l’un soutenant le système d’isolement, qui mettait l’enseignement entre les mains de l'État, et l’autre, numériquement plus faible, demandant une liberté plus en harmonie avec nos institutions. En dehors de la commission, le parti catholique, que le gouvernement craignait avec excès pour nos provinces, rendit tout accommodement impossible. D’une autre part, le gouvernement avait eu la maladresse de se séparer du parti libéral; quelques procès avaient été intentés et irritaient le peuple. C’est alors que les deux partis belges qui, jusque-là, avaient été opposés l’un à l’autre, finirent par se réunir, sauf à s’expliquer, après avoir renversé un pouvoir qu’ils regardaient comme leur ennemi commun. C’est dans cet état de choses qu’éclata la révolution de 1830 et que plusieurs des libéraux qui, sept ou huit ans plus tôt, s’étaient ralliés au gouvernement, s’en séparèrent entièrement pour lui livrer la guerre la plus rude.
Van Thienhofen, Dotrenge, J.-L.-W. De Gecr, R. -B. De Kevorberg, V.in Pah»l loi Bingorden, A. Quelelet, J.-F.-L. Schroder, A. -G. -A. Van Rapparl, secrétaire.
Il est inutile de rappeler ici les événements de cette ép<H|iie: la révolution en éclatant produisit ses effets politiques, sans pénétrer dans l’intérieur de l'Académie ; les plus ardents comme les plus timides de cette assemblée sentirent qu’ils couvraient de leur honneur ceux qu’ils nommaient leurs confrères. On remplaça temporairement par des correspondants, qui n’avaient point existé jusque-là, les membres absents que la révolution retenait loin de l’Académie; mais ce ne fut qu’en 184o que la compagnie prit une forme nouvelle et que les membres étrangers reçurent le titre de membres honoraires, en conservant les mêmes droits qu’ils avaient précédemment.
Van Ewyck s’était retiré à la suite des événements de 1830; et, après la suppression des administrateurs généraux, il avait reçu, en Hollande, le titre de conseiller aviseur. Ce nouveau poste n’équivalait point à celui qu’il venait de quitter; aussi, en 1832, fut-il chargé du gouvernement de la province de ürenthe. Il passa, huit ans après, en la même qualité dans une province plus importante, celle de la Hollande septentrionale. Cette nomination coïncidait avec l’obtention du litre de conseiller d’État. Van Ewyck remplit honorablement ces importantes fonctions jusqu’en 1835; à celle époque, une maladie dont il fut accablé le força de songer au repos, il demanda sa retraite et l’obtint en même temps que sa nomination de ministre d’Élal, distinction qu’il avait bien méritée par ses longs et honorables services.
Van Ewyck avaitsu mériter d’autres distinctions non moins honorables : il avait été nommé commandeur du Lion néerlandais, grand officier de la Légion d’honneur de France, et grand-croix de l'ordre de la Couronne de chêne. 11 appartenait aussi à la plupart des corps savants de la Belgique et de la Hollande. Jusqu’en 1857, il élail resté curateur de rUniversilé de Leyde; mais, à cette époque, en rentrant dans
sa ville natale, il fut immédialemenl nommé président des curateurs de TUniversité d’Utrecht.
Cet homme de bien mourut presque subitement le 13 décembre 1858; sa mort fut une perte vivement sentie par tous ceux qui l’avaient connu et avaient pu apprécier ses mérites.