‹ Sciences mathématiques et physiques chez les Belges, au commencement du 19e siècleChapitre 8 sur 48 · CHARLES-FBANÇOIS LE PRUD’HOMME D’HAILLY, VICOMTE DE NIEUPORT · texte numérisé non relu

CHARLES-FBANÇOIS LE PRUD’HOMME D’HAILLY, VICOMTE DE NIEUPORT

« L’éloge d’un homme de lettres doit être le récit de ses travaux; mais, ajoute d’ÂIembert, il peut être utile aussi de faire connaître ce qu’il a été, et de peindre l’homme en même temps que l’écrivain ('). » Et en effet, ne rappeler que les travaux par lesquels il a servi la science, c’est le montrer d'une manière incomplète, le dépouiller de son individualité et ne satisfaire qu’imparfaitement la curiosité du lecteur.

En général, ce qui nous intéresse dans une biographie, c’est de nous sentir plus prés de celui qui en est l’objet; d’ètre en quelque sorte initié dans le secret de sa pensée; et, s’il s’est distingué par un talent supérieur, de reconnaître, par les détails de sa vie privée, qu’il appartenait à notre nature.

Ces détails, d’ailleurs, ne sont pas sans intérêt pour l’histoire générale des sciences et des lettres. Si l’on veut juger des progrès qu’un écrivain a fait faire, il faut nécessairement

(') RéfUxion» sur In 1.11, t. Il <i«*s Œuvrrs de d\4lembertf é<li-

tioii de Paris, I8il.

tenir compte des circonstances dans lesquelles il s’est trouvé et des obstacles qu’il avait à vaincre. C’est surtout à ceux qui ont vécu dans son intimité qu’il appartient de recueillir impartialement les éléments d’appréciation qui manquent presque toujours quand arrive l'instant d’en faire usage. Par suite de cette conviction et à défaut d’autre mérite, je me suis attaché, dans les différentes notices des savants belges que la mort a frappés d’être véridique avant tout, mais non cependant au point de me permettre d’entrer dans tous les détails de leur vie privée, surtout en présence de tombeaux quelquefois à peine fermés. « Le but des éloges littéraires, dit encore d’Alembert, est de rendre les lettres res|)ectables, et non de les avilir ('). »

Le vicomte de Nieuport était issu d’une ancienne famille de la Flandre. Il avait reçu le jour à Paris, le 13 janvier 1746, pendant que sa maison paternelle, à Gand, était occupée militairement par le maréchal de Saxe.

Dès le berceau, il avait été reçu dans l'ordre de Malle, et, plus tard, il entra au collège de Louis le Grand, où il acheva brillamment ses éludes. Au sortir du collège, il passa au .service de l’Autriche, sous le règne de Marie-Thérèse, et fut nommé lieutenant au corps du génie. Quelque temps après, il obtint un congé, cl alla faire ses caravanes à Malte. Il fut chargé, à l’âge de quarante ans, des affaires de son ordre, auprès de la cour des Pays-Bas ; il rentra alors dans sa patrie, et, décidé à s’y fixer, il échangea une commanderie qu’il avait obtenue dans la Brie contre celle de Vaillamponl près de Nivelles ('').

(*) Réftexiom sur les éloges^ page 151, t. U. Pour élie plus silir de rester dans le vrai, j*ai souvent empnint<î, mais dans une jii.sie mesure, à la corres|>ondance intime des auteurs dont j*avais à retracer la vie, les particularités qui pouvaient le mieux les caractériser.

(*) Celte qualification de commandeur s^attacba lelIcnieDt à sa |>crsonne qu*elle le désignait mieux que te nom qu'il tenait «le sa famille. Il était né acrùlentel-

Ici, comme il avait l’habitude de le dire, commence véritablement sa carrière scientifique. Ses goûts et son e.xtrème vivacité le portaient, au milieu de ses travau.v, à faire de fréquentes absences et à revoir les lieux où il était né. Il fut souvent ramené à Paris, on se trouvaient des savants illustres (|ui pouvaient répondre à ses besoins intellectuels, et il obtenait d'eux des secours qu’il était liors d’état de rencontrer en Belgique. Ces goûts passionnés pour les sciences l’avaient mis en relation avec d'.Vlembert, Condorcet, Bossut et la plul>art des savants illustres de cette époque.

Quand, plus tard, éclatèrent les troubles révolutionnaires, le commandeur conserva ses anciennes traditions de famille et suivit le sort du parti vaincu. Il parlait souvent de ces temps dilliciles et de la manière dont il avait pu échapper aux dangers nombreu.x qui le |ioursuivaient; mais il le faisait .sans humeur, et comme le soldat, quand la paix est rétablie, parle des dangers qu’il a su braver.

Bientôt après, les commanderies furent supprimées. De Nieuport perdit la sienne sans obtenir aucune indemnité. Il supporta avec fermeté cette perte qui le laissait sans fortune, et chercha, dans le silence de la retraite, un noble soulagement à ses revers. Nous avons fait connaître les travaux que l’on doit à ce mathématicien distingue que l’Institut de France, ainsi que plusieurs autres sociétés savantes de l’étranger comptaient au nombre de leurs correspondanLs ('). Lors de l’érection du royaume des Pay.s-Pas, en 1815, il fut appelé à la seconde chambre des états généraux ; il rentra en même

lement k Poris; mnis, l(* commandeur aimait à témoigner, en parlant le flamand purement gaulois, <|ii*it appartenait à la capitale des Flandre*. Sa maison paternelle était rhdiel voisin de la grand*garde de la place d'Armes.

(*) //istoirf des sciences mathématiques et physiques chez les Belges f pages 354 et suivantes. 1 vol. in-8^; Bniiellcs, 1804. Il se trouve dans le même ouvrage quel*|ues details que je reproduis ici ; mais je n'ai pas cru devoir revenir sur l'énumération des travaux du commandeur.

temps il rAcadérilic royale de Bruxelles, qui venait d ctn; réorganisée, et fut nommé membre de l'Institut des Pays- Bas.

Il vit successivement son sort s’améliorer par les bienfaits du roi; et, avec le titre de chambellan, il reçut la croix du Lion belgique; mais, fidèle aux statuts de l’ordre de Malte, il ne porta point cette marque distinctive. « Nous devons chercher à les mériter toutes, mais notre devoir est de n’en porter aucune, » disait-il, bien différent en cela de beaucoup de gens qui aimeraient mieux les porter toutes que de chercher à en mériter une seule.

Pour témoignage de sa reconnaissance, il dédia au roi son dernier ouvrage intitulé ; Un Peu de Tout, ou /Amusements d’un Sexagénaire, depuis 1807 jusqu’en 1816 ('). Ce sont des entretiens sur la théorie des probabilités, des observations sur la littérature, la philosophie et les langues. On y trouve aussi des poésies grecques et latines de l’auteur. On aurait tort de traiter ces délassements d’un vieillard avec trop de sévérité ou d’y attacher plus d’importance qu’il ne le faisait lui-même. < Mon unique hut, disait-il, est de laisser, avant mon départ, un petit souvenir à mes amis et à mes connaissances. Si, cependant, quelques exemplaires parviennent entre les mains des personnes dont je n’ai pas l’avantage d’être connu, j’espère qu’elles y trouveront partout l’homme bon, juste et honnête : et c’est à quoi se borne mon ambition. » Ce sont des qualités qu’on ne lui refusera certainement pas après avoir lu ses opuscules, et si l’on n’y trouve pas le cachet d’un talent littéraire, du moins on doit être surpris de la grande variété de connaissances dont il faisait preuve.

Je ne retracerai point ici tous les événements de la vie du

(') A Bnixelle^, chez P. -J. Dr Hat, in-8“; 1818.

commandeur De Nicuport; ces êvcncrncnls ont trop peu d’importance, surtout ceux qui se rattachent <à ses premières années. Il répétait lui-mème que sa carrière octogénaire avait été partagée en deux parties, dont la première avait été consacrée à l’oisiveté et l’autre au travail. Ce singulier partage est justement ce que la vie de notre compatriote offre de plus remarquable; et c’est dans la connaissance de sa personne qu’il faut en chercher les causes. Peut-être les détails que je vais présenter pourront-ils conduire à cette connais- •sance; on voudra bien m’excuser si je me trouve parfois dans le cas de citer des faits qui me sont personnels; j’écris de souvenir, et j’ai cru ne devoir mentionner autant que possible que ce que j’avais vu ou entendu moimème.

M. De Nieuporl avait au delà de soixante-treize ans lorsque je le vis pour la première fois; je venais d’étre appelé à Bruxelles pour occuper une chaire de mathématiques; mon premier soin fut de courir à la demeure de celui qui, depuis si longtemps, était pour ainsi dire le seul représentant des sciences exactes dans nos provinces méridionales. Je trouvai un beau vieillard, d’une taille élevée, d’un parler brusque, mais plein de franchise et de bienveillance. Il me reçut avec bonté : ma jeunesse et mon goût pour sa science de prédilection l’inléressèrcnt en ma faveur; il avait commencé par me recevoir en père, et, peu à peu en causant de sciences, il finit par se mettre à mon niveau et à me parler en véritable ami des divers objets de mes éludes. Dans son âge avancé, il avait conservé toute l’ardeur, toute la vivacité de la jeunesse; quand la conversation s’animait, on s’apercevait facilement h ses mouvements d’impatience, au tremblement de ses mains, à l’agitation de toute sa personne, que sa langue ne suffisait plus à rendre toutes les pensées qui se présentaient presque en même temps à son esprit. Son parler était vif.

coupé, plein d’images; j’ai connu peu tl’hornnics qui cussenl un langage plus pittoresque. Sa ligure, dont les traits n’étaient pas sans noblesse, et dont la teinte brunie par les feux du midi contrastait avec la blancheur de ses cheveux, avait une expression animée; ses yeux étaient petits et bleus, mais pleins de vivacité. Quand la discussion s’échauffait, son geste même avait de l’éloquence, et il ne fallait jamais attendre sa réplique pour connaître le fond de sa pensée.

Il occupait une petite habitation qui lui avait servi de retraite pendant ses revers ; un fidèle serviteur lui était demeuré attaché dans toutes les circonstances de sa vie. Le rétablissement d’une partie de sa fortune ne paraissait avoir apporté aucun changement dans son intérieur.

Il se tenait habituellement dans sa bibliothèque, qui était a.sscz peu fournie, mais qui sullisait amplement à scs besoins; car il lisait peu de livres, mais il usait ordinairement ceux qu’il lisait, à peu près comme Euler, qui, dit-on, renouvelait annuellement ses tables de logarithmes et sa Bible. Un cabinet voisin de la bibliothèque renfermait un lit sur lequel le commandeur se reposait d’ordinaire tout habillé.» Je fais ma toilette le soir, disait-il, je puis de cette manière me mettre au travail à toute heure delà nuit; en un instant je suis sur pied. » Cette habitude contractée dans scs caravanes avait été reprise pendant la révolution, époque à laquelle il fut contraint de se tenircaché : il l’avait conservée ensuite comme utile à son genre d’études. «Je vois mieux pendant la nuit, continuait-il; ma lanterne magique se déroule mieux sur un fond noir. » Il avait aussi l’habitude de travailler en se promenant; et il ne faisait guère dans son cabinet que les développements de calculs qui nécessitent des écritures. C’était sur une ardoise qu’il faisait ses premières recherches; puis il consignait ses résultats sur le papier avec un soin vraiment minutieux. Du reste, on concevra cette précaution, si l’on

songe à quels désagrémenls expose quelquefois, en mathématiques, un seul caractère mal indiqué.

M. De N ieuport portait loin l’amour de l’exactitude, et particulièrement dans tout ce qui était nombre. Je le trouvai un jour très-mécontent d’un article biographique qui venait de paraître et qui le concernait: c’était à une époque où les passions étaient encore vivement agitées. Il s’était toujours fortement exprimé contre la révolution qui lui avait été si funeste, et il avait cru voir une tendance aux mémos excès dans le libéralisme, dont le mot alors était nouveau pour lui: je m’imaginai d’abord qu’on avait rudement froissé scs opinions. Je parcourus rapidement l’article, sans deviner le motif de son humeur. « Voici bien nos faiseurs, dit-il, ils m’ont fait naître le 14 au lieu du 13; et puis ça se répète: et puis c’est de l’histoire. Faire de l’histoire, répétait-il souvent, c’est faire des livres avec des livres. » Et il ne faut pas en conclure que ce fut chez lui faute de discernement. Peu d’hommes, avons-nous dit, lisaient moins de livres i|uc le commandeur; et il parait que, dans ses études historiques, il avait eu le malheur de n’employer que des compilations mal faites : son jugement ne portait donc que sur ces derniers ouvrages. Ses amis lui reprochaient doucement ses préventions; et, sur leurs instances réitérées, il se mit à lire quelques-uns des ouvrages modernes où l’histoire est considérée sous un point de vue jihilosophique; il avoua dès lors ingénument qu’il s’était trompé. Mais il ne revint guère sur le compte des ouvrages d’érudition, quoique lui-méme se fût livré à ce genre de travail, en étudiant les œuvres de Platon. C’est faire des livres avec des livres, était toujours son dernier mot. Il ne niait pas l’utilité de ces ouvrages, mais il les estimait peu. « Ce ne sont pas là des auteurs, disait-il; vous me donnez des manœuvres pour des architectes. »

Le mot libéralisme l’effarouchait, et ceci tenait plutôt

à la nonvcaulo du mot qu’à la chose en elle-même. « Je ne sais vraiment ce qu’ils veulent, disait-il; de mon temps, libéral était synonyme de généreux, qui donne beaucoup. » Comme il n’avait pas l'habitude de dire sa pensée à huis clos, et que son humeur se manifestait toujours d’une manière âpre et souvent mordante, il s’attira, de la part des journaux, des articles qui n’étaient guère de nature à le calmer. Peut-être l’aurait-on mieux persuadé de l’idée qu’oii doit attacher au mot libéralisme en montrant un peu plus de tolé'rance envers un vieillard d'une réputation intacte, d’un savoir profond et qui, dépouillé de tous ses biens, s’était montré ferme dans l’adversité; qui avait refusé les bienfaits de l’empire, mais sans jactance et seulement parce qu’il ne croyait pas devoir les accepter. Ces attaques contre sa personne et ses ouvrages littéraires produisirent sur son esprit une fàcbcuse impression qui ne s’effaça jamais entièrement. Il s’aperçut que, sans modifier ses principes et sa règle (le conduite, il pouvait fort bien s’entendre avec les bnmmesaux yeux desquels le mot libéralisme était quelque chose de mieux qu’un signe de ralliement pour les |>artis et les passions; mais il marqua toujours de la répugnance à SC rapprocher de ceux qu’il croyait avoir eus pour ennemis.

Une chose étonnera sans doute, c’est son changement d’opinion à l’égard d’un homme qui tint longtemps dans scs mains les destinées de l’Europe. Pendant la toute-puissance (le Napoléon, il avait constamment refusé ses bienfaits; après sa ebute, il paya un tribut d’admiration à ce qu’il avait fait de grand. Je l’avais méconnu, disait-il pendant les dernières années de sa vie; et on le concevra facilement en considérant l’isolement dans lequel il vivait et les plaies récentes que la révolution lui avait laissées. A coup sûr, ces aveux n’étaient pas intéressés ; jamais savant n’est convenu

(le scs torts avec plus de candeur dès qu’il avait cru les reconnaître.

Comme tous les hommes qui ont une imagination vive cl un cœur aimant, M. De Nieuport avait une grande susceptibilité; il se prévenait souvent pour ou contre une personne; mais ses retours avaient quelque chose de touchant; et la manière aflectueusc dont il cherchait à faire oublier scs torts aurait presque fait regretter qu’il en eût été exempt.

On veut que l’homme dont l’imagination est ardente demeure constamment impassible; mais comment conserver toujours le calme nécessaire et ne point s’affecter en voyant juger avec légèreté ce qui a souvent été l’objet de longues veilles, ou présenter sous un faux jour les intentions les meilleures, surtout si l’on se sent froissé au milieu des partis et si l’on veut s’exprimer hautement et selon sa conscience? La vérité n’a de charmes pour le commun des hommes qu’autant qu’elle flatte leurs passions; elle se trouve honteusement répudiée, si elle ne peut s’accommoder à leurs caprices. I.’honnètc homme, témoin de ces viles transactions, se replie sur lui-meme et finit bien souvent par s’isoler : il trouve du moins dans sa retraite scs premières illusions. Peut-être le commandeur ne conservait-il pas toujours cette modération si désirable. L’impétuosité de son caractère lui arrachait quelquefois des mots durs et d’autant moins pardonnes qu’ils étaient presque toujours spirituels. « Ne m’en parlez pas », disait-il d’un pharmacien qui avait l’habitude de se vanter de ses connaissances en physique, « ne m’en parlez pas, c’est un homme dont les id(>es sont rétrécies; il voit toujours la nature à travers la canule de sa seringue. »« Quel homme, disait-il d’un autre, il vous désespère par sa lenteur; ses phrases, sans en avoir le tranchant, sont comme l’épée de Charlemagne, longues, larges et plates. »

lOS —

Il est juste (l’ajouter cependant que ces re|)arlies ne devenaient vives qu’aulant qu’il se sentait blessé lui-méme. 11 était surtout bienveillant pour l(!S jeunes gens qui abordaient la carrière des sciences. S’il parvenait à b'S animer, à les mettre à l’unisson avec lui, on le voyait radieux, et le cadeau de scs ouvrages était le résultat ordinaire de leur visite. S’il se trouvait, au contraire, frustré dans son attente, on s’apercevait facilement qu’il éprouvait un sentiment pénible. « Ça ne va pas, disait-il, je l’ai essayé, mais il n’a pas mordu. »

Vers la fin de sa vie, M. De Nieiiport avait entièrement cessé de s’occuper de mathématiques, non qu’il eût cessé d’aimer cette science, mais il ne se sentait plus ni l’énergie ni la force de tète nécessaires pour se livrer à de nouvelles rcchercbes. « L’appétit n’y est plus, disait-il, c’est un signe (le désorganisation. » Il regrettait surtout de n’avoir pu suivre les recherches de la géométrie moderne.

Il craignait l’oisiveté comme le plus grand fléau : aussi les études littéraires, qui exigent en général moins d’attention que les sciences, roccu|)èrent jusqu’au dernier instant. Il relisait ,s(xs livres favoris, y faisait des annotations, ou s’amusait à composer des vers que lui suggérait l’un ou l’autre passage ('). L’idée de la gloire qu’il pouvait acquérir par ses propres ouvrages semblait subordonnée chez lui à celle du plaisir qu’il retirait de leur composition, aussi passait-il facilement des sciences aux lettres et à la |»biloso|)hie; mais il paraissait toujours cultiver les lettres et lu philosophie comme une application des sciences mathématiques.

Depuis quelque temps, M. De Nieuport éprouvait des maux de poitrine et une gène continuelle dont il se plaignait

(') En mniirani,il laissa pliisinirs ouvrages à la liibliolhèqtie «le TAcatlémie, elenlre autres un hcl riemplaire de Plalon, cuiivert d'annotations de sa main.

fn;quommont; ses facultés intellectuelles avaient cependant conservé toute, leur force, et le physique n’avait pas éprouvé d’altération bien sensible. Quand je le vis pour la dernière fois, c’était la veille de sa mort: j’étais sur le point de partir |)Our l’Angleterre; j'allais lui faire nies adieu.x, j’étais loin de prévoir qu'ils dussent être éternels. Je le trouvai assis à la même place et dans le même fauteuil où je l’avais vu lors de ma première visite : j'étais avec Dandelin, qui devait m’accompagner dans mon voyage. Le bon vieillard parut beureu.v de se retrouver avec nous; il nous tendit affectueusement la main, et nous parla de notre séparation, de l’objet de notre voyage, de nos éludes. Il reprit bientôt sa vivacité naturelle ; puis, comme nous lui demandions quelle était la nature de son mal, « Que sais-je, dit-il gaiement, il n’y a (|u’une manière de sc porter bien, et il y en mille d’être malade. C’est toujours la même oppression; c’est mon diable ipii me tient là.... » et il montrait sa poitrine. Le lendemain, vers la nuit, je retournai avec mon ami à la demeure ilu commandeur pour avoir des nouvelles de sa santé, dont on venait de nous parler d'une manière alarmante. Une faible lumière brillait dans la bibliothèque où il se tenait habituellement; nous nous arrêtâmes quelques temps, évitant de sonner de peur de troubler peut-être son sommeil : c'était l’heure, hélas! à laquelle il venait de rendre le dernier soupir. Il fut sur pied jusqu’au dernier instant : ■son agonie fut courte. Le jour de sa mort il cul quelques accès de délire. Vers di.x heures du soir (20 août 1827), son mal habituel parut agir avec plus de violence : il fut saisi d’un vomissement subit et expira au même instant.

JEAN-BAFriSTE VAN MONS.

Les hommes supérieurs sont comme les monuments : on ne peut bien les Juger qu’en les voyant en place ; ils s’harmonisent avec les lieux et les climats qui les ont vus nailre; si l’on vient à supprimer tous les rapports qui existent entre eux et leurs alentours pour les isoler et ne les considérer que d’une manière abstraite, les idées qu’on pourra s’en former seront nécessairement incomplètes, et les jugements qu’on en portera seront faux. Il faut tenir compte aux hommes des diflicultés qu’ils ont eu à vaincre pour s’élever à une certaine hauteur, où peut-être ils auraient été naturellement portés sans efforts, s’ils étaient nés dans d’autres temps ou d’autres lieux. Si de pareilles considérations s'effacent aux yeux de l’historien qui retrace la marche progressive des sciences, elles doivent nécessairement occuper l’écrivain impartial qui veut apprécier le savant et vérifier ses droits à l’estime publique, droits que l’on peut regarder comme ses titres de noblesse.

Jean-Baptiste Vau Mons naquit à Bruxelles, le 11 novembre 17()5 ('), époque où commençait à se manifester en

(') Son |»ère, Fenl.-P. Van üons, r«ceveiir du. grand béguinage de Bruxelles, avait encore deux autres (Ils et une Bile, femme d*un grand mérite, qui fut mariée, tard, au docteur Ciirtel.

- tll —

Belgique le mouvemenl intellectuel, qui bientôt après donna naissance à la Société littéraire, et trois ans après à l'Académie impériale et royale de Bruxelles. En même temps s’opérait dans l’enseignement une réforme salutaire qui acheva de réveiller la Belgique et de la faire sortir de l’état de torpeur où elle était plongée depuis longtemps ('). Ces sortes de secousses ont rarement lieu sans agir d’une manière puissante sur de jeunes intelligences, et les premières années d’organisation produisent presque toujours les meilleurs résultats.

Van Mons devait tout à lui-méme. Il avait appris dans un collège de la Campine le peu de latin qu’on enseignait alors, et il acheva de se former dans la modeste oflicinc d’un pharmacien. Ses nombreux ouvrages font foi des connaissances variées qu’il parvint à acquérir; on peut voir, par sa volumineuse correspondance avec les hommes les plus distingués de son époque, qu’il possédait à peu près toutes les langues vivantes de l’Europe.

En 1785, il publia son premier ouvrage (*) : c’était un essai sur les principes de la chimie antiphlogistique, et, deux ans après, désirant exercer la pharmacie, il subit avec distinction les épreuves de la maîtrise (’j.

(') Les principales réformes furent introduites en 1777. C'est i cette ép04|iir <|iie remonte aussi rétablissement des écoles thérésiennes.

(') Galerie historique det eontemporainSf édit, de Brux., art. Van Hons.

(^) Nous lisons ce qui suit dans une notice inédite snr Van Mons, par M. le professeur Hensmans : « Les progrès que fit le jeune apprenti dans Fart pharmaceutique furent tels que, lorsqu'il se présenta pour subir les épreuves de la maîtrise, le chef de la cor|>oralion des pharmaciens, étonné qu'il osât se soumettre i ces épreuves dans un âge si peu avancé, lui fit observer qu'il se trompait sans doute, et qu'au lieu d'une inscription |H>iir subir ses examens, c'était probablement celle l»oiir son entrée en apprentissage qu'il venait solliciter, s Le diplôme que nous avons entre les mains |»oiie la date du 3 septembre 1787 j Van Mons avait donc à cette époque vingt-deux ans. L'étonnement du chef de la corporation des pharmaciens prouverait que nos pères étaient moins pressés que nous d'entrer dans les carrières scientifiques.

La vivacité toute méridionale de son tempérament et de son imagination doit faire comprendre assez qu’il ne resta pas étranger au mouvement révolutionnaire qui tendait à renverser l’ancien ordre des choses. Dès l’origine de l’insurrection brabançonne. Van Mons s’était jeté dans le parti vonkiste avec une activité qui faillit lui devenir fatale : peu après l’arrestation du général Vandermersch, il fut incarcéré lui-même à la porte de Hal , comme fauteur de sociétés secrètes et coupable du crime de lèse-majesté ou de lèscnalion. Le procureur général insista pour réduire cette affaire aux formes les plus simples et les plus expéditives : il fallait des exemples, disait-il ('). L’accusé demandait une défense qu’on persistait à lui refuser : cependant sa jeunesse l)arlait en sa faveur, et, malgré l’irritation contre le parti auquel il appartenait, il échappa à ce premier danger.

La bataille de Jemmapes avait ouvert la Belgique aux armées françaises (6 novembre 4792). En mémo temps s’organisait l’assemblée des représentants du peuple; Van

(') Le passage suivant^qiic nous extrayons lextuellemenl de Tacte d'accusation du procureur général du Brabant |»eu( donner une idée de la manière dont la jus* tice s'administrait alors : t En outre, |>our ce qui concerne la demande d'un procureur et d'un avocat, l'accusateur fait remarquer que les faits imputés au détenu sont évidents et qu'ils établissent que le détenu est impliqué dans une conspiration contre le gouvernement par lequel le pays est régi; que ce méfait est un crime de lèse-maJesté ou de lèse-naiion, crime qu'il im|»orte de réprimer le plus promptement possible, autant pour le rei>os public, qui ne peut souffrir aucun rctardemenl, que pour servir d'exemple à ceux qui seraient (entés de l'imiter. En conséquence, le demandeur pense que, dans les circonstances actuelles, le détenu ne peut être admis i plaider par avocat et procureur, attendu que ces moyens iellenl de la perturbation dans les délil>éralioDS de la justice et entravent grandement sa marche. Par suite de l'article 14 de l'ordonnance criminelle du 0 juillet 1570, et vu les dispositions qu'elle l'enferme, le demandeur conclut à ce que la demande du détenu tendante à pouvoir se servir de procureur et avocat , lui soit refusée, persistant de plus à ce que le détenu lui fasse connaître s'il a quelques moyens à faire valoir pour sa défense, et qu'il ait en outre à s'expliquer sur les faits que l'accusation vient encore d’imputer à sa charge dans le présent procès-verbal, etc. > Cette pièce est datée du 15 septerntirc 1700. Le premier acte d'accusation est du 3 août.

Mons fut désigné pour en faire partie, quoiqu’il n’eût alors que vingt-sept ans ('). Scs relations avec la France prirent une nouvelle activité: qu’on ne croie cependant pas qu’en subissant rinflucnce de la fièvre révolutionnaire, Van Mons ait pu s’associer en aucune façon aux excès de cette époque; sa correspondance prouve, au contraire, que le crédit immense dont il jouissait à Paris était entièrement employé en faveur de ses compatriotes. Aucune époque de sa vie ne met mieux en relief la bonté de son cœur et la générosité de ses sentiments.

La bataille de Nerwinde (18 mars 1793) avait rendu, pour un instant, la Belgique à la maison d’Autriebe ; mais notre pays lui échappa entièrement par la défaite de Fleurus (2G juin 1794). C’est à cette dernière bataille que la science fil un premier essai de l’emploi des ballons pour observer les positions ennemies. A la suite de leur victoire, les Français transportèrent dans le parc de Bruxelles le ballon qui leur avait servi d’observatoire; et les savants chargés du soin de le diriger se mirent d’abord en relation avec notre célèbre compatriote (*).

Le vainqueur, dès lors, s’occupa sérieusement de partager sa conquête en départements français. Van Mons trouvait dans celte fusion des deux peuples de nouvelles facilités pour ses études; ses relations avec Paris s’accrurent de plus en plus, et les affaires politiques n’y demeurèrent point étrangères. Robcrjol venait d’ètre envoyé en Belgique. A |)eine ce représentant du peuple fut-il à Bruxelles (7 jan-

(') M. Bosc lui écrivait de Paris à ce sujet (34 novembre^ 4 frimaire au I de U ré|>uhlique) : c Vous êtes représentant du peuple! je vous en félicite, mon cher, et j*cn félicite vos concitoyens. Il faut actuellement agir, et agir vigoureusement. Du moment actuel, du moins en partie, dépend de vous le sort futur d*un peuple nombreux pour la suite des siècles, etc. n

(*) Je tiens ros détails de IV. Hachette, qui sc trouvait à la bataille de Fleurus et qui faisait partie de la compagnie chargée de la manœuvre du ballon.

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vier 1795) qu’il s’empressa de s’adresser à notre concitoyen pour obtenir ses conseils sur divers objets d’utilité publique ('). Peu de jours après (le 22 janvier), Roberjot prit un arrêté par lequel il chargeait Van Mons de faire des recherches sur les mines de la Belgique, et de donner les résultats de ses opérations pour en eonnaitre la nature et les richesses. Les considérants de cet arreté sont très-honorables pour notre compatriote : ils donnent une nouvelle preuve de l’estime dont il jouissait auprès des savants français (*). Roberjot se lia de plus en plus intimement avec lui. Les opinions sur le caractère de ce représentant s’accordent généralement à lui être favorables; sa correspondance avec Van Mons prouve en effet en faveur de ses connaissances et de son intégrité; on y voit que, pendant qu’il occupait les fonctions les plus éminentes, il était forcé de faire en petit le commerce des vins pour subsister; il s’élève avec force contre les malversations et contre les intrigants qui affluaient alors à Paris. A la veille de succomber sous

(*) Voki lextueliemeni leiire :

c Bruxellfs, 18 Divdie ao III de U rép. une et iod. (7 Janvier 1795.)

» Le citoyen Lamétberie,auteurdu/ouma/ dt phytique, m'a prévenu, citoyen, par une lettre que j*ai reçue de lui, qu*à Tamour de la révolution française vous ioignex des connaissances très-étendues sur la chimie et rhlsloire naturelle.

» Empressé de conférer avec vous sur plusieurs objets d’uliiUé publique, Je vous prie de venir demain auprès de moi, à six heures du matin, pour obtenir de vous des éclaircissements nécessaires à rendre ma mission fructueuse. Veuillex quitter un moment vos occupations pour causer avec moi; Je le désire trèsardemment.

• Sal. et frai.

• Roimjot, rrprésenlanf du peuple. »

(*) L'un des considérants porte :

t Informé que le citoyen Van Hons, pharmacien de Bruxelles, déjà connu par ses mémoires et ouvrages sur différeoles parties de la chimie, est en état de procurer ces renseignemeuts, et que ce citoyen s'est déjà rendu utile en communiquant au comité de salut public des procédés pour obtenir à moindres frais une quantité considérable de imiasse, etc. »

un odieux attentai ('), il écrivit encore à Van Mons des paroles d’amitié. Je trouve dans la même lettre le passage suivant, qui, aujourd’hui même, peut encore présenter quelque intérêt, si l’on considère quelle main l'a tracé : « Ici, nous sommes à attendre la volonté de l’empereur d’aulriche : il veut la guerre h tout prix ; il ne répond à aucune de mes notes et se prépare toujours, avec la plus grande activité, à nous attaquer. Je crois que toutes ces têtes privilégiées sont en démence. Rompre un traité comme celui de Campo, ruiner ses Étals, épuiser son crédit et ses finances, courir la chance de faire un bel acte d’abdication, tel est le plan qui se prépare pour l’Empereur. La diète imite son chef, pour l’indécision et les lenteurs, et nous ne savons quand elle répondra ni ce qu’elle répondra. Nous avons pris pour •système de temporiser; il faut établir qu’on ne traite pas de plus mauvaise foi que ces gens-là, etc. »

Cependant la question de l’indépendance de la Belgique venait d’être jugée à Paris, et l’on avait décrété que les neuf départements qui partageaient le pays seraient réunis à la France. On sait que cette réunion se fil particulièrement sur les notes et le rapport de ce même Roberjot, qui avait fait une élude spéciale de la Belgique et avait eu soin de préparer les esprits à un événement bien médité d’avance, mais auquel la Convention était charmée de donner tous les caractères de la légalité (*). Dès que son plan fut accompli,

(') On sailque Roberjol fut assassiné avec Bonnier, à ia suite du congrès de Rastaüt, le 98 aoûl 1799. Le troisième envoyé français, Jean de Brie, parvint à s'échapper. Après avoir séjourné longtemps en Belgique, il rentra en France à ré|)oque de la révolution de 1830, et y mourut le 6 janvier 1831, à l'âge de soixante-quatorze ans.

Nous avons donné i la suite de notre première notice, dans le Trésornational^ difTérenles lettres de Roberjot qui se rapporteut à l'histoire de celle époque et particulièrement aux événements qui se passaient alors en Belgique.

(*) Qu'on me permette de citer encore deux lettres qui se rattachent à ce grand

Roberjot s’allacha à remonter l’enseignement en Belgique, et il s’adressa encore à son ami pour obtenir des conseils à ce sujet. « Faites-moi l’amitié, écrivait-il, de me faire passer, par le prochain courrier, une liste des personnes que vous connaîtrez s’adonner aux sciences, aux études de tout genre et qui ont acquis une réputation ; ce choix doit être fait nonseulement à Bruxelles, mais dans toutes les villes et communes des neuf départements réunis. Vous voudrez bien désigner leurs noms, la partie qu’elles suivent et les ou-

éféoemeot hiilorique. Elles sont surtout curieuses par les circonstances dans lesquelles elles furent écrites :

I Paris, 98 thermidor an III de la rép. fr.

a Je vous adresse, mon cher Van lions, un exemplaire du rapport que j'ai fait à la convention sur le pays que j'ai parcouru dans l'exercice de ma mission : vous verrea que je soutieus, de toutes mes forces, l'opinion delà réunion complète jusqu'au Rhin. J'ai appuyé mon système de raisons assex fortes, pour me persuader qu'il présentera beaucoup de facilité et beaucoup d'avantage dans son exécution. Je l'ai fait distribuer aujourd'hui. Plusieurs de mes collègues se rendent aux raisons que j'ai développées...

I Adieu, conservex-moi votre bonne amitié; Je suis tout i vous et aux bons habitants de la Belgique. Ne m'oubliez pas au ressouvenir de vos dames.

» Salut et frai.

» Roizuot. ■

c Paris, 10 vendémiaire de l'an IV.

t Bonne nouvelle, vous êtes Français, mon cher Van Mons : la Convention nationale a décrété hier votre réunion, i l'acclamation générale et aux cris de Vivent les Belges, vive la liberté, vive la réunion !

• La discussion a duré deux jours, et les séances ont été prolongées jusqii'J six heures du soir. Plusieurs orateurs ont défendu votre cause; deux seulement ont parlé contre la réunion. Hais leurs discours étaient si mal faits; ils étaient lelroent contraires aux vérités et aux principes de la liberté, qu'ils n’ont pas fait fortune.

• J'ai fait part à la Convention de mes observations; j'ai combattu ceux qui demandaient l'indépendance; Je vous ferai passer mon discours dont la Convention a décrété l'impression.

• Ainsi, mon ami, ft la première entrevue, je vous embrasserai comme frère, en nous jurant amitié éternelle et fraternité. Donnei cette bonne nouvelle J vos amis, et veuillez me rappeler au souvenir de vos concitoyens.

» Salut et frat.

• RoICISOT. n

vrages qui les auraient fait distinguer. Grégoire, membre de l’Institut national, m’a demandé cette liste; j’attends de vous ces renseignements pour les lui fournir, etc. »

Van Mons s’empressa de répondre à ces demandes, et les résultats firent voir qu’on n’avait point eu tort de recourir k ses lumières. Notre compatriote reçut, dans cette circonstance, une preuve éclatante de l’estime de l’Institut de France, dont il venait d’être nommé membre associé (le 22 mars 1796) (’). M. Lacépède, l’un des secrétaires, lui écrivit : « C’est avec une vive satisfaction que l’Institut a appris que vous ne négligez rien pour la prompte et entière organisation de l’instruction publique dans votre département ; vous connaissez le grand intérêt qu’il prend au progrès des lumières, et l’on ne peut que féliciter vos concitoyens de trouver en vous d’une manière aussi utile et le précepte et l’exemple. » Car Van Mons avait été nommé lui-mème professeur de chimie et de physique expérimentale à l’École centrale du département de la Dyle, le H avril 1797 (’).

(') Celle Domioation fut comiminiquée à Van Mons par plusieurs savants et entre antres par Berlhollet : * Dans la dernière séance de Plnstilul, écrivail it, il s'csl occupé de Téleclion de six associés domiciliés dans la république, pour la section de chimie; et vous avez été nommé. •

(*) Nous voyons figurer ici le nom d'an autre compatriote qui, dans un rang fort élevé, soutenait les intérêts scientifiques de son pays. Lambrecbts, d*alK>rd commissaire tlu pouvoir exécutif près le département de la Dyle, puis ministre de la justice, s'était mis en relation avec Van Hoos et lui écrivait ce qui suit au sujet du Musée de Bruxelles :

• J'espère, citoyen, que vous aures remis une lettre è mon ami Van Hulthem, et qu'il vous aura mis sur la voie pour obtenir tout ce qui |>«ut être utile à noire École centrale. Vous savez qu’on nous a enlevé beaucoup de livres et d'instru' ments de physique, il est bien juste qu'on nous dédommage...

« Bruxelles, le 38 fructidor an V (14 sept. 1797). *

• J*esi>ère que vous continuez i soutenir l'École centrale avec courage. Le ministre des finances m'a promis qu'il mettrait bientôt le corps législatif à même de statuer sur remplacement de la ci-devant cour. Aurons-nous de bonnes élec-

A la meme époque, il recevait un témoignage d’estime non moins flatteur de la part des chimistes les plus distingués de France, qui l’invitaient à prendre parta la rédaction des Annales de chimie (*). Nous verrons bientôt avec quel zèle, avec quelle immense activité. Van Mons répondit à cet appel. On sait que, pendant longtemps, les communications entre l’Allemagne, l’Angleterre et la France étaient devenues très-difllciles, pour ne pas dire impossibles (*). Par sa connaissance des langues vivantes et par la position de la Belgique, Van Mons communiqua à l’Allemagne et à l’Angleterre les travaux des chimistes français, de même qu’à ces derniers, il faisait part des observations et des découvertes faites à l’étranger (*). Pendant longtemps, il inséra dans les

lions? Les vrais palriotes se serreront-ils? Cboiiironl-ils des bofomes sages, pnrs, inslruils, amants sincères de la liberté ? — Saint et amitié.

» Paris, le 50 ventôse an VI (20 mars 1798). >

(>) « Paris 27 nivôse an V (10 janvier 1707),

• Les auteurs des Annales de Chimie d leur confrère f'an }fons,

* Assemblés aujoiirtPhui |>our nous occuper des Jnnales, nous arrêtons de vous inviter à être notre coopérateur et à permettre que votre nom paraisse à la télé du premier numéro du 21* volume. Ré|K>nde2-nous sur-le-champ si cela vous convient comme à nous.

• Agréea rexpression de tous nos sentiments.

k FooacaoT, Pellctiek, L.-B. Goytoü, Vadqveliü, C.-A. PaiEim. ■>

La lettre est écrite de la main de foureroy.

(*) Voici ce que H. de Uumboldl lui écrivit en date du SO avril 1797 (extrait des /innales de Chimie, I. XXII, page 04) :

« J*ai adressé récemment plusieurs lettres à MM. Dolomie» et Foureroy, à Paris,

> Je vois, par celles que le premier m*a écrites qu’elles se sont égarées. Per-

• mettez, Monsieur, que je prenne la liberté de m’adresser à vous. Par votre

• organe, Je pourrai peut-être faire parvenir à Paris quelques éclaircissements

• sur des faits qui, à ce que Je sais, occupent Plnstitut national. Agréez en même f) temps l’assurancede la haute considération qiiedepuis longtemps m’ont inspirée

• votre zèle et vos découvertes chimiques. Les naturalistes de l’Europe ne de- « vraient former qu’nne seule famille : on se rapproche facilement quand on suit

> le même but, etc. «

(^) « Tâchez donc de nous envoyer quelques extraits ou quelques nouvelles en

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Annales de chimie la Iraduclion des mémoires que contenaienl les journaux allemands (Ann. von Crel), les journaux anglais, italiens (/frupna<e//t), les journaux hollandais (tourna/ de Casleleyn], Dés qu’une découverte était faite, le monde savant en était instruit par l’intermédiaire de Van Mons. « C’était une véritable sentinelle avancée, me disait un savant anglais: il criait aux armes des qu’il voyait apparaître quelque chose. • Loin de se refroidir, son ardeur ne fit que s’accroître, et II proposa à ses collaborateurs de donner, chaque mois, aux Annales de chimie, un cahier supplémentaire. Comme cette proposition ne put être accueillie, il prit la résolution de publier lui-même un recueil scientifique à Bruxelles. Ses confrères lui donnèrent, dans cette occasion, une nouvelle preuve d’affection, et témoignèrent leurs regrets d’apprendre qu’il renonçait à être un de leurs collaborateurs. La lettre datée du 19 brumaire an X (10 novembre 1801) est signée par Vauquelin, Fourcroy, Chaptal, Parmentier, Deyeux, Bouillon-Lagrange, Guyton, Berthollet et Hassenfratz.

chimie, pour oolre journal de pharmacie, lui écrivait Bouillon-Lagrange en 1799. Votre correspoudance, outre qu'elle me flatte iofiniment, nous est très-utile pour nous mettre au courant de ce qui se passe chez vous, v « Nous avons ?>esoin que vous veniez un peu i notre secours pour les Annales de chimie, lui écrivait de son côté M. Adet, notre feuille commence k se vider. » Il lui demandait en même temps des renseignements sur les diiïérenls systèmes adoptés par les phlogisticiens d'Allemagne, pour les faire entrer dans sa réi>oose aux observations de Priestley, sur le phlogistiqtie et la décomposition de l'eau, et il ajoutait : • Personne n'est plus au courant que vous de leurs opinions; personne ne connaît mieux l'état de la chimie allemande et personne ne sait mieux qne vous me rendre le service que je vous demande. » Non-seulement on avait recours k ses lumières mais on montrait encore la plus grande déférence pour ses avis et ses critiques, t Ce que vous me dites du dernier numéro du Journal de pharmacie, écrivait Fourcroy, ne me surprend pas; j'ai trop d'affaires pressantes et on me seconde trop peu, pour que je puisse faire mieux pour le moment; mais j'espère prendre hientèt des moyens d'avoir des matériaux meilleurs et plus nombreux. Je compte aussi beaucoup sur vous, parce qne je connais et votre zèle pour le progrès de la science et votre facilité dans le travail. »

lio —

Van Mous fil servir dès lors sa vaste correspondanee à alimenter son recueil périodique et à l’enrichir des découvertes qu’on lui communiquait de toutes parts. C’est à la pensée à la fois noble et généreuse de faire tourner au profit de ses concitoyens la réputation qu’il s’était acquise à l’étranger, que l’on fut redevable de la création de son Journal de chimie et de physique, dont le premier numéro parut le 15 vendémiaire an X (7 octobre 1801).

Nous ne parlerons pas de l’heureuse influence que ce recueil a dû c.xerccr, non-seulement en Belgique et en France, mais encore en Allemagne et en Angleterre. 11 a puissamment contribué à répandre le goût des sciences physiques cl chimiques, et à en entretenir le culte au milieu des trophées militaires qui préoccupaient alors tous les esprits.

Si Van Mons n’a fourni qu’un faible contingent à son propre recueil, en revanche il l’a enrichi des travaux qui ont immortalisé les Volta, les Vauquelin, les Fourcroy, les Chenevix, les Brugnalelli ('), les Bucholz, les Trommsdorlf, et tant d’autres ; scs relations avec ces hommes célèbres lui per-

(') On )U dans VExpoiition dei principalet découvertet, etc., par Figuier, 4' édition,!. II, p. 257 :«Brugnatelli, élérc et collaborateur de Volta, avait réussi, dès Tannée 1801, à dorer l'argent au moyen de la pile, en conservant à Tor tout son brillant métallique. Mais le résultat obtenu par Brugnalelli n'avait i cette épo<|ue aucune importance scientifique, et Tintérél que la galvanoplastie inspire de nos jours a pu seul conduire i chercher dans la poudre des recueils scienti-

Hqiics de Tllalie les traces de celle tentative oubliée

•* Le recueil publié à Bruxelles par Van Mons, sous le titre de Journal de Chimie et de Phytique, tome V, page 80, an. 1803, avait consacré (piclques lignes au fait signalé par Brugnalelli : « La méthode la plus ex|»édilive, dit Brugnalelli, de réduire à t'aide de la pile les oxides métalliqucsdissous, est de se servir, à cet effet, de leurs ammoniiires : c'est ainsi qiTen faisant plonger les extrémités de deux nis conducteurs de platine dans Tammoniurc de mercure, on voit en peu de minutes te fil du pOle négatif sc couvrir de goulteleltes de ce métal : de cobalt, si Ton opère avec du cobalt ; d'arsenic, si Ton opère avec de Tarsenic, etc. Je me servis «le fils d'or pour réduire de celte manière Tammoniurede platine, «pie J'ai dernièrement obtenu et examiné. Le platine ainsi réduit sur Tor a une couleur qui tourne vers le noir ; mais étant frotté entre deux morceaux de papier, il prend

mcUaienl de communiquer à ses compatriotes leurs découvertes les plus importantes, souvent même avant qu’elles fussent connues ou publiées dans les lieux où elles se faisaient.

On doit regretter qu’un recueil aussi utile ait été suspendu après deux années d’existence, et que l’heureuse pensée h laquelle il devait sa création ait été étouffée par des circonstances majeures et indépendantes de la volonté de l’auteur. Peut-être a-t-on trop perdu de vue aujourd’hui plusieurs des écrits remarquables qu’il renferme. On pourrait y trouver encore des observations neuves pour la science. Certainement, lorsque M. De la Rive s’occupait de dorer au moyen d’un courant électrique, il n’avait pas sous les yeux la lettre que Brugnatelli adressait à son ami Van Mons; il aurait été frappé par la lecture de ce passage : « J’ai dernièrement doré, d’une manière parfaite, deux grandes médailles d’argent en les faisant communiquer, à l’aide d’un fil d’acier, avec le pôle négatif d’une pile de Voila, et en les tenant l’une après l’autre, plongées dans des ammoniures d’or nouvellement fait et bien saturé ('). »

Pour se livrer plus exclusivement à ses éludes favorites. Van Mons avait renoncé à l’exercice de la pharmacie, et, en

IVclal de Tacier. Je fl$ usage de fils d*argeiU |>our réduire Tor, ce qui réussit promptement. >

« On trouve, dans une autre livraison du même recueil, le passage suivant, qui fait partie d’une lettre adressée par Brugnatelli à Van Mons :

> Voila travaille toujours sur Télectricité; il a dernièrement construit dîfTérentes piles com|M)sées de seules substances salines de différentes matières, avec les solutions desquelles il imprégnait des disques d’or. Lorsqu’il aura terminé son travail, je vous le communiquerai.

• J’ai dernièrement doré d'une manière parfaite deux grandes médailles d’argent en les faisant communiquer, à l’aide d’un fil d’acier, avec le pdle négatif de la pile de Volta, et en les tenant Ttine aprè.s l’autre plongées dans des ammoniures d’or nouvellement faits et bien saturés. •

(') Ce passage est aussi rappelé par M. BoquiMon, dans sa lettre à M. Quesne* ville, sur Véleclrolypte (JRevu^ scientifique et industrieite).

1807, il sctail fait recevoir docteur à la faculté de Paris. Presque en même temps l’üniversité de Helmstad lui offrait spontanément le diplôme de docteur en médecine. Une pareille distinction lui avait déjà été accordée à Gœttingue. En prenant ce titre h Paris, Van Mons avait suivi les conseils de son ami Fourcroy, qui lui écrivait : « Votre dernière lettre contient une question sur laquelle voici mon avis. Le titre de docteur en médecine de Gœttingue, quoique prouvant votre savoir pour les hommes instruits, n’a rien de légal en France; ce n’est qu’une valeur confidentielle à défaut de possibilité d’obtenir un titre en France. Mais les lois une fois rétablies sur les réceptions, comme j’espère qu’elles le seront incessamment, il faudra vous faire recevoir chez nous. » Déjà, depuis longtemps, Van Mons faisait marcher de front l’art de guérir avec les soins de sa pharmacie. La tourmente révolutionnaire durait encore, qu’on le voyait passer tour à tour avec la plus grande facilité des affaires politiques à celles de la science: c’était encore là un des résultats remarquables de son heureuse organisation. L’intérieur de sa maison, sous ce rapport, méritait aussi bien l’attention de l’observateur que celle du peintre : on le voyait recevoir dans la même chambre, ses amis et ses malades, mêler des causeries scientifiques à des consultations médicales , et dicter en même temps plusieurs lettres, quelquefois même en langues différentes. Il savait, pour ainsi dire, se multiplier et imprimer partout l’action puissante qui l’animait.

Il est consolant pour l’humanité de trouver des idées d’ordre et d’organisation au milieu des grands bouleversements politiques. C’est du sein même des ruines qui couvraient la France qu’on vit surgir la plupart de ses grandes institutions scientifiques. Notre pays aussi suivit cette impulsion organisatrice. La Société de médecine, chirurgie et pharmacie de Bruxelles se forma en 1795, sous la devise

Ægrol(tnlibus,el linl sa première séance le 30 septembre ('). Elle nomma dans son sein une commission chargée de lui présenler un projet de règlement pour son régime intérieur et extérieur, et Van Mons fut l’un des quatre membres qui In composèrent; il fut en même temps nommé secrétaire de la société. L’on peut voir, par la liste des ouvrages qui furent lus dans les séances, qu’il paya très-généreusement son tribut. Quelques-uns de ses écrits furent même imprimés dans le recueil des mémoires. Cependant la discorde qui se glisse partout vint s’asseoir aussi dans l’intérieur de cette modeste réunion. La société se réorganisa, le 3 juillet 1804, sous le titre de Sociêlé de médecine de Bruxelles, mais Van Mons n’en faisait plus partie (^). Toutefois il ne lui garda point rancune; car, dans le tome III des Actes de la société (1810), on trouve un mémoire de lui qui répondait à la question suivante, proposée au concours : « Quels sont les effets que produisent les orages sur l’homme et sur les animaux? de quelle manière ces effets ont-ils lieu? quels sont les moyens de s’en garantir et de remédier aux désordres qu’ils occasionnent? U 11 n’est point dit quelle distinction fut décernée à ce travail, qui obtint au moins celle d’être imprimé le premier des trois mémoires que publia la société.

(') « Bruxelles avait possédé une académie dislinguée dans le monde savant: elle fut la première ville de Tempire qui fonda une académie de médecine, etc. » Di»eour$ d’tnf . au 1. 1 des AcUi d$ la Soc. de méd. Bruxelles, p. vi, an. 1806.

(*) Il parait que ranimosilé fut d*alK>rd assez grande et qu’elle eut du retentissement au dehors. M. Sédillot, secrétaire général de la Société de médecine de Paris, écrivait à Van Mons, le SI aoAl 1804 : « J*ai reçu votre circulaire en date du 1^' thermidor (90 juillet); j’y ai vu arec peine qu’il s’était fait une scission dans votre Société de médecine de Bruxelles. J’ai reçu, depuis, des lettres de la division de la société dont M. Fournier est secrétaire, plus le tableau des membres de cette société; permeltcz*moi, monsieur, de vous exprimer mon vœu de voir cesser la cause de ces divisions pour l’honneur de l'art cl de ceux qui le cultivent. La juste réputation dont vous jouissez dans le monde savant, et qui m’a toujours fait attacher un grand prix à votre correspondance, donne un grand i>oids au vœu que je forme et que je ne formerai peut-être pas inutilement. »

Vers celle époque, Van Mons s’occupait assez aclivemenl des phénomènes de l’éleclricilé ordinaire. « Les physiciensgéoraèlres embrassenl presque généralemenl l’hypolhése des deux fluides ; les physiciens-chimistes donnent la préférence à l’hypothèse de Francklin ; avec quelques légères modilications. L’éleclricité positive prend le non d’électricité condensée, et l’électricité négative celui d’électricité raréfiée. Dans ses Principes d’électricité, M. Van Mons lâche de fortifier l’hypothèse de Francklin, il fait plus, il attaque celle de ces deux fluides avec des armes maniées avec adresse, et qui seraient très-puissantes contre ceux qui admettraient la réalité de ces fluides» ('). Cet ouvrage n’est pas un de ceux qui font le moins d’honneur à notre savant chimiste.

Un des faits qui honorent le plus Van Mons dans sa carrière médicale, c’est qu’il fut le premier introducteur de la vaccine en Belgique; et il était si persuadé de l’efficacité de ce préservatif contre un de nos plus cruels fléaux, qu’il en fit la première application à son fils ainé.

Depuis son enfance, il s’était livré avec ardeur à la culture des fruits; il y avait apporté un esprit de pénétration qui devait le conduire aux plus brillantes découvertes. En 1795, Berlhollet le remerciait, au nom de la Commission d’agriculture et des arts, pour ses importantes communications. Plus tard, la Société d’agriculture du département de la Seine, sous la présidence du ministre de l’intérieur, lui décerna, en séance publique, une médaille d’or, « pour reconnaître le zèle et le succès avec lesquels il s’était occupé de la mul- , tiplicalion des variétés d’arbres fruitiers. » De pareilles marques d’estime lui étaient décernées dans plusieurs autres

{') A. Lihes, ffittoire philotophique des progrès de ta phytiquef lome IV, |i9ge 173. Paris, chez Courcicr, 1813.

pays, et scs ouvrages étaient traduits dans les düTérentcs langues.

Lui-même, dans l’intérêt des sciences, avait souvent traduit les ouvrages des autres: c’était un témoignage d’estime qu’il avait donné à Brugnatelli, à Swediaur, à Davy, etc. ; et, en général, il enrichissait les ouvrages originaux de notes et d’observations dont les auteurs le remerciaient. Ce ne fut cependant pas ce qui arriva, parait-il, au sujet de la traduction des Eléments de philosophie chimique de Davy, qui fut publiée en 1813. L’illustre chimiste anglais supportait fort impatiemment les contradictions, et Van Mons s’en était permis dans scs notes. Du reste, Davy n’avait pu revoir la traduction du premier volume, qui se fit sur une première édition; il en exprima ses regrets à notre confrère, et lui fit l’offre de lui envoyer des rectifications; il lui adressait en même temps un exemplaire de ses Eléments de chimie aÿnco/e, corrigés pour une seconde édition.

Van Mons reçut un accueil plus favorable au sujet de sa Lettre à Bucholz sur la formation des métaux qu’il avait adressée à l’illustre Berzélius. Le chimiste suédois lui répondit dans les termes les plus affectueux (').

Le voyage que fit en Belgique, pendant l’année 1813, le comte François de Neufehâteau, fut une ovation continuelle pour le savant littérateur, qui cependant, au milieu des

(') « J*ai reçu avec bien du plaisir le I*' volume de voire Lettre d Bucholz sur les métaux, etc.; e( je vous en ai de grandes obligations. Les nouvelles découvertes chimiques demandenl une réforme de la (béorie de cette belle science, ou, pour m'exprimer plus juste, nous forcent à nous introduire dans des régions plus reculées, oii nos prédécesseurs n’ont pu pénétrer, et aux frontières desquelles rilltislre auteur de la théorie île l’oxydation a cru devoir s’arrêter. L’électricité a commencé à jouer un rôle chimique, qui, chaque Jour, nous révèle de plus en plus sa haute im|>orlance, et qui nous oblige à y porter, dans nos discussions théoriques, toute l’attention qu’elle mérite. Chaque essai pour gagner plus de lumière, dans une matière si difficile à pénétrer et si délicate, mérite une attention particulière des chimistes. L'essai que nous décrit votre lettre i Bucholz est peut-être le premier et le plus étendu, etc. » (Stockholm, 36 mars 1813.)

fûtes dont on le fatiguait, sentait le besoin de se rapprocher de notre confrère et de mettre à profit son expérience. Il lui demanda d’abord une entrevue; puis il lui proposa d’aller diner à la campagne pour causer plus librement; et, en partant, il le remercia encore do ses bons conseils ('). Mais Yan Mons avait aussi une demande à faire à son puissant ami, qui ne pouvait rien lui refuser. « Vous aurez du bitume de Tessel^ avec une prière officielle de vous en occuper, lui écrivait le savant français. Peut-être trouverai-je, chemin faisant, d’autres produits à examiner par la chimie, et cris mihi magnus Àpollo. » On voit que si le noble voyageur savait distinguer les talents, il connaissait aussi l’art d’en tirer parti. On aura pu remarquer encore que presque toutes les missions en Belgique avaient implicitement pour but de faire produire au pays le plus possible à l’avantage de la république ou de l’empire.

Lorsqu’aprés les événements de 1815, le roi Guillaume rétablit l’Académie royale des sciences et belles- lettres de Bruxelles, détruite par l’invasion française, le nom de Van Monsfut compris dansla première nomination (2 juillet 181 fi);

(') « Monsieur et cher confrère, il me peine beaucoup d*é(re déjà depuis deux ou trois jours à Bruxelles et de n'avoir pu encore aller vous chercher. Vous ne nauriea douter de l'empressement «jue j'ai de vous voir, de visiter votre pépinière et lie conférer avec sous sur les moyens de mettre en valeur les bruyères do la Campine, ce qui est le principal objet de mon voyage. Nous causerons aussi des parmentitr» ou pommes de terre, etc. je vais ce malin à une cérémonie de la faculté de droit; je dîne en ville, malgré moi et au préjudice de mon régime. Demain, vendretli, je serai à votre dis|>ositioii ; mandca-rooi à quelle heure vous serez libre. — A Bruxelles, 10 juin 1813. »

< Ne pourrions nous pas, demain mardi, nous dérober ensemble et faire un pique-nique dans i|uclquc guinguette rustique hors de la ville? ce serait la meil» Icurc manière d'employer une agréable soirée, à la vue de la campagne, objet constant de mes méditations, et dont la prospérité est la seule passion qui me reste; vous me ferez dire ce que vous en pensez; et demain dans la matinée, jo vous recevrai avec plaisir pour prendre nos mesures, convenir de l'heure et du lieu du rendez-vous.... — Ce lundi.

• Le sénateur comte Faajiçois db Nbufciateau. *

et il avait, sous tous les rapports, les plus grands titres à cette distinction. Le collaborateur des Lavoisier, des Fourcroy, des Volta, des Berlhollet et de tant d'hommes illustres qui caractérisent cette époque à jamais mémorable, ne pouvait être oublié lorsque la patrie réunissait ses sommités scientifiques. On devait naturellement se rappeler la part qu’il avait prise aux grandes découvertes qui avaient marqué le renouvellement de la chimie, soit par ses propres travaux, soit par son immense activité. On se souvenait de ses relations avec Brugnatelli et Volta, et de ce qu’il avait fait pour propager et défendre la théorie de la pile. Son heureuse organisation lui qvait fait deviner, pour ainsi dire, tout ce qu’il y avait d’avenir dans les nouvelles doctrines dont on venait de jeter les bases. Aussi, lorsque Pfaff vint montrer aux savants ses nouvelles expériences sur l’électricité, Volta l’invita à passer par Bruxelles, pour les répéter sous les yeux de notre célébré compatriote; c’est encore à lui que furent adressés la plupart des résultats obtenus en Hollande par Van Marum, Paets Van Troostwyck et les autres savants dont les travaux donnèrent une juste célébrité au musée Télérien.

L’organisation des universités suivit de près celle de l’Académie royale; Van Mons fut un des premiers professeurs désignés pour y occuper une place importante; le gouvernement lui confia la chaire de chimie et d’agronomie à l’université de Louvain (1817) ('). Dans toute autre circonstance. Van Mons aurait sans doute refusé la place qui lui était offerte, car comment se résigner à quitter sa pépinière, résultat de tant d’années de travaux et d’expérience ? Mais il venait d’étre frappé successivement de deux coups cruels, dont le souvenir encore récent devait le porter à s’éloigner de Bruxelles.

(') Van Mons fui aussi compris, par le gourernemeni, an nombre des saranls appelés à composer l'Académie royale de médecine de Belgique.

Van Mons avait cpousù, en 179S, M"* Diellcn, fille d’un médecin respectable de Bruxelles, et il en avait eu successivement quatre fils ('). 11 eut le chagrin de perdre le plus jeune en 1815, et |)resque immédiatement après, son épouse chérie, par un accident aussi déplorable qu’imprévu. Ce double mallicur le plongea dans le désespoir, et changea même totalement ses habitudes. Van Mons pouvait passer pour un des plus beaux hommes de son époque ; sa taille élevée et bien prise, sa physionomie spirituelle et franche, ses yeux noirs et pleins de feu, le rendaient véritablement remarquable. Lui-même prenait soin de faire valoir ces avantages naturels par une mise toujours recherchée. Mais, après la double perle dont nous venons de parler, il s’isola, se négligea entièrement; et, vers la fin de sa vie, il avait même porté cotte négligence à un point tel que ses parents et ses amis s’en aflligeaient.

On conçoit que les nouvelles fonctions qui l’appelaient à Louvain firent une lieureusc diversion à ses chagrins; on conçoit encore comment il put se résoudre à quitter sa pépinière, objet de ses constantes études. 11 y comptait alors plus de 80,000 arbres; la majeure partie en poiriers provenus de ses semis. Le voisinage de Louvain cl son activité extraordinaire lui permettaient de concilier ses fonctions nouvelles avec les soins qu’il devait à ses arbres chéris, « quand, on 1819, ex abrupto, le terrain que contenait la pépinière de la Fidélité fut jugé indispensable à être distribué en rues et partagé en lots pour être couverts de bâtiments. Van Mons fut sommé de le vider dans le bref délai de deux mois,

(') Louii-Ferdinand, gén^<ral dans Tarrnt^e belge, morl; Charles, médecin dNine grande espérance, qui fnl enlevé par le (jrphtis, en 1837 ; Tbédore, président de la haute cour militaire, et Auguste, qui mourut en 1815, à Tâgc de trois ans. Jean-Baptiste Van Mont avait é^tousé en premières noces mademoiselle Coekell>erg, qu'il pertiit peu de temps après son mariage, en même temps qu'une fille qu'il en avait eue.

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SOUS peine de voir lous scs arbres coupés et jetés au feu. Une telle injonction eût été mortelle pour d’autres ; Van Mons en fut vivement affecté, mais non abattu. Professeur a l’Université de Louvain, il résolut de transporter sa pépinière dans cette ville, afin de l’avoir sous les yeux sans quitter l’université; mais l’époque assignée pour vider le lieu était malheureusement celle du fort de l’hiver (l'’'' novembre au 25 décembre). Van Mons n’avait de disponible qu’une partie du samedi et le dimanche de chaque semaiqc pour se rendre à Bruxelles. Cueillir des greffes, marquer les arbres les plus précieux et donner ses ordres pour le reste, fut tout ce qu’il put faire lui-mème.... Il put à peine sauver le vingtième de ce qu’il possédait, et encore ce vingtième consistait en bourgeons à greffer. Le restant fut vendu ou donné à qui en voulait. Après une telle catastrophe. Van Mons aurait dû prendre des mesures pour n’ètre plus jamais exposé à en subir de la même nature; mais, incapable de méfiance, il loue, à Louvain, un terrain, appartenant malheureusement à la ville, pour y déposer les débris de sa pépinière de Bruxelles et y continuer ses semis et ses expériences. » Ici commence unesourcede nouveaux chagrins. L’autorité, qui aurait dû préserver ses jardins, comme l’étaient ceux des Hespérides, fut la première à les abandonner à un véritable pillage. Mais nous laisserons parler l’ami de Van Mons, le savant M. Poiteau, à qui nous avons déjà emprunté les détails précédents ('). : «L’utilité publique avait juré d’empoisonner ses vieux jours. En 1831 , nous allâmes faire le siège de la citadelle d’Anvers, et quoique la pépinière de Van Mons fût éloignée de l’armée, les ingénieurs n’eurent pu trouver un endroit plus commode que cette pépinière pour cuire le pain de nos soldats. En conséquence, une grande

(•) d2ins V fforticulUur btlge^ tome II, page 90t et suivantes, sa notice

sur les «irlires fruitiers et la théorie Yao nous.

partie (les arbres fut détruite; on construisit à leur place des fours pour la nourriture de l’armée; quant aux fruits, ils furent exposés au gaspillage des allants et des venants. La philosophie de Van Mons le soutint encore dans cette dévastation inattendue: il loua dcu.x nouveaux terrains plus grands l’un que l’autre, pour repiquer scs jeunes plantes des 7', 8® et 9*' générations sans interruption de mère en fds. Il se consolait même, parce qu’il eut le temps de cueillir, quoiqu’en çté, des greffes sur les arbres sacrifiés pour faire place à la construction des fours; mais l’utilité publique n’avait pas encore épuisé toutes scs rigueurs contre lui. Il n’y avait malheureusement pas deChaptal dans le conseil du prince, et les ingénieurs n’y voyant goutte, décidèrent encore, en 1834, au nom de l’utilité publique, que la pépinière de Yan Mons, fût-elle aux antipodes, était le seul et unique point du globe propre à l’établissement d’une fabrique de gaz d’éclairage. Fasse le ciel que ces messieurs y voient plus clair par la suite. Mais il ne sera plus en leur pouvoir d’cmpccher que les véritables amis des lumières et de la prospérité publique ne regardent leur décision comme un acte d’ignorance et du plus grossier vandalisme. » Ce jugement est sévère, mais nous ne pouvons qu’y souscrire, en voyant surtout avec quelle incroyable légèreté l’on traite parfois les établissements scientifiques. Il est bon que les vandales des temps modernes sachent qu’il existe un tribunal de l’opinion et que l’hisloirc inflexible est là pour y dénoncer leurs noms et leurs actes.

On a déjà pu voir que, malgré ces rigueurs. Van Mons poursuivait avec une incroyable persévérance le but qu’il voulait atteindre. Dans l’année même où on lui enjoignait de vider sa première pépinière, pour utilité publique, il entreprenait, avec Bory de Saint-Vincent et Drapiez, la rédaction des Annales générales des sciences physiques. Il inséra dans ce recueil, qui ne parut malheureusement que pendant deux

années, un grand nombre d’articles, et particulièrement sur la culture des fruits, en y joignant les dessins des variétés nouvelles qu’il avait obtenues.

Dans le cours de. l’année 1825, se trouvant retenu au lit par une blessure grave à la jambe, il profita de ce repos obligé pour publier un catalogue de fruits, dans lequel on trouve mentionnées environ 200 variétés. Il fit connaître en même temps le principe de sa théorie, plusieurs de ses procédés de culture et sa manière de faire scs expéditions.

Van Mons exerça, à Louvain, l’influence qu’exerce partout l’homme supérieur, celle de répandre autour de lui la vie dont il est animé, et de former dos élèves qui marchent fermement dans la carrière où il a guidé leurs premiers pas. Ce n’est pas toujours dans la chaire qu’il faut juger le professeur; il faut voir comment il sait allumer le feu sacré dans ceux qui l'entourent habituellement, mériter leur confiance et leur inspirer le goût de l’étude et le désir de se distinguer. Ainsi, quoique Van Mons laissât peut-être à désirer, dansson enseignement, du côté de l’ordre et de la clarté, cependantles jeunes gens qui suivaient ses cours s’attachaient à lui ; ils aimaient à recourir à ses conseils; ils lui portaient une véritable affection qu’ils lui conservaient bien au delà du terme de leurs études ( ' ).

La révolution de 1830, à ses débuts, se montra peu favo-

(') Aprèf \i mort de Van Mons, pluileon de sei anciens élèves se sont réunis el ont fait un appel à leurs anciens camarades d*éludes |>oiir réfection d'un mo< miment funéraire à la mémoire de celui (|ni fut leur matire. Nous extrayons les mots suivants du prospectus qui a été imprimé : « Nous autres Belges, ses élèves, (|iii, dans nos relations intimes, avons été témoins de son inallérahle sérénité, au milieu des entraves que la malveillante médiocrité suscite toujours au génie, nous ne pouvions être inférieurs en gratitude aux peuples étrangers? h&tons>nous de le dire, Técole fondée par Van Hong, cette école dont tou.s les membres ont été constamment Tobjcl de sa sollicitude, à la nouvelle de sa mort, lui a voté spontanément un monument sur le lieu de sa sépulture, oii seront gravés sur la pierre les nom.sde ses élèves reconnaissants, etc. *

rableaux universités de l’Étal: dans l’altenlc d’une réforme, elle leur fil subir une mutilation préalable; l’Université de Louvain finit même par être légalement supprimée, et fil place à l’Université catholique. Van Mons, par suite de ce changement, fut nommé professeur à Gand; mais son âge avancé, scs habitudes et l’impossibilité do transporter scs riches pépinières l’empêchèrent de se rendre à son poste. Le gouvernement sentit tous les droits que ce vétéran de la science avait si légitimement acquis à sa bienveillance, cl il lui accorda, avec l’éméritat, le maximum de la pension de retraite. Bientôt après, le roi lui conféra la décoration de son ordre. J’ignore si notre confrère la porta jamais, non à cause de scs vieilles habitudes républicaines, mais parce qu’il ne paraissait plus en public. Il fallait même être de ses proches parents ou de ses amis intimes pour avoir accès auprès de lui. En i837, il perdit le second de ses fils, et la douleur qu’il en éprouva rendit plus sévère encore l’espèce d’isolement qu’il s’imposa.

La volumineuse correspondance de Van Mons avec les hommes les plus savants et les plus influents de l’empire, celle particulièrement qu’il entretint avec le comte de Lacépède, chancelier de l’ordre de la Légion d’honneur, prouve assez qu’il se trouvait à la source de toutes les faveurs et qu’il ne cherchait point à en user pour lui-même. A deux reprises différentes, le comte de Lacépède lui avait offert, de la part de l’empereur, soit l’étoile de la Légion d’honneur, soit de se rendre à' Paris pour y occuper des fonctions lucratives. « J’aime trop mon indépendance, lui disait Van Mons, pour accepter vos offres : celle indépendance, d’ailleurs, par suite des services que j’ai rendus à la France, me donne le droit de solliciter des faveurs pour mes compatriotes. »

Cette correspondance est pleine de détails intéressants

pour l'histoire des sciences et pour la connaissance de l'homme; il serait peut-être à désirer qu’elle fût soigneusement examinée; il y aurait, certes, plus d’utilité à en recueillir que de bien des publications volumineuses que l'on extrait à grands frais de la poudre des bibliothèques ('). Jus-

(>) On a souvent parlé de Tinlérél que prenait le vainqueur d'Arcole aux travaux de riostitiil; il est curieux de savoir comment il assistait aux séances et de l'ap* prendre par Guyton Morveau, Tuii des membres les plus distingués de ce cor|ts savant :

< Nous avons eu une séance brillante, où le général Buonaparte a assisté : il n'en a pas manqué une particulière depuis sa réception. Il y arrive avec tant de soin, que la moitié des membres présents ne savent que le lendemain qu'il y était. 11 me rappela, avant>bier, très*bonnétement qu'il était venu à mes cours à Dijon, étant alors ofllcier d'artillerie au régiment de la Fére, en garnison à Anxonne, qui est à six lieues de Dijon. J'ai eu, en effel, souvent des ofDciers de cette garnison qui obtenaient des congés |>our cela. J'en al eu dix>huil l'année que Berlbollel découvrit l'argent fulminant, cl les rendis témoins de ce phéno> mène, à la séance qui suivit l'arrivée de celle nouvelle en quatre lignes dans le journal de Paris.

> 6 janvier 1798. • • L. B. Guttox.

Malgré le souvenir akcclueux de Buonaparte, il parait que la position de l'illustre cliimiste ne fut point améliorée, du moins pendant les années qui suivirent; il écrivait, en effet, en date du 38 mars 1800, le passage suivant, qui peut servir de consolation i plus d'un savant réduit, comme Guyton Morveau, à corriger des épreuves par des lésineries parfois très-mal entendues de ceux qui croient diriger les sciences et les lettres :

« J'ai près de vingt-cinq tableaux pour mes cours, que je livre aux élèves depuis plusieurs années et qu'on me presse de donner k l'impression; j'en ai déjà communiqué une partie à rinsliliil ; mais le temps me manque, et je dirais bientôt les forces, car elles s'épuisent à me traîner tous les jours à l'École polylechoique, à la Monnaie, à l'Institut; et je n'ai pas de quoi me faire aider par d'autres jambes que les miennes. J'ai monté un laboratoire cbex moi, et je ne trouve pas en quioze jours un quart d'heure à y donner ; j'ai quatre mémoires im|M>riants commencés, une suite d'expériences |>oiir terminer mon travail sur le carbone, iM)ur réduire en pratique les vues que je présente, ma découverte du principe colorant du lapis lazuli, que j'ai lue, U y a deux mois, à l'Inttilut; je ne puis y |>enser que pour déplorer l'imiiossibilité de m'en occuper. N'avais-Je pas lieu d'espérer, après quaraole aos de services en tous genres, une autre part dans les nouvelles promotions? Je me rappelle quelquefois ce qu'Arlbur Young a dit dans son voyage en France, qu'il regrettait le temps que j'employais à corriger les épreuves. Que dirait-il en me voyaut aujourd'hui, n'ayant pas même un copiste, et réduit à courir d’une fonction à une autre dans les boues de Paris! > L.-B. Gdttob. ■

Voici deux autres exemples semblables à celui que nous venons de citer.

qu'au dernier instant de sa vie, Van Mons continua à s’occuper de scs études, à se tenir au courant de tout ce qui se faisait de nouveau dans les sciences, à écrire et à imprimer les résultats de scs observations (‘ ). Un mois avant sa mort,

Puissent'Ms exercer quelque bon cfTel sur ceux qui distribuent les faveurs lilté> raires et scientifiques, ainsi que sur les hommes de talent qu'on oublie cl qui auraient besoin qu'on leur rappelât leur dignité ;

■ Les circonstances m'ont forcé d'interrompre, depuis quatre mois, mon dictionnaire étymologique et complet de la langue française, six vol. in-fol., et je vous avoue que c'est un des chagrius de ma vie. Je l'ai commencé en 1776, cl j'y ai dépensé quarante mille livres et fait trois mille lieues de voyage pour re> cueillir tous les matériaux dont J'avais besoin. La Commission exécutive d'instruction publique o'a rieu fait i>our moi, malgré des promesses réitérées : j'ai pris le parti de quitter les lettres |K>ur (rois ans et de faire le commerce de la librairie. J’ai mieux aimé me résoudre à ce sacrlRce que de demander justice deux fois.

> Sâ thermidor an III. Poccess. »

« Je vous remercie des démarches que vous avez faites pour moi, je n'ai rien et espère peu. Je vais probablement me jeter dans l'instructioa publique qu'on va moilider cl où il y aura des places à donner. Je complais aussi sur François, j'ignore s'il m'a servi, lorsque je me suis mis sur les rangs au Corps législatif, car lui qui m'accueillait si bien lorsqu'il était ministre et que Reveillière était directeur, m'a constamment fermé sa porte, et n'a répondu à aucune de mes lettres. J’en trouve beaucoup comme cela, mon cher, et mon cœur en souffre encore plus par raison de moralité que par raison d'inlérél personnel. U.ins quelle situation nous sommes tombés! que J'aurais de choses à vous dire!

• 50 novembre 1800. Buse. »

« On peut en croire ce savant sur parole, car c'est lui qui, dans iin noble dévouement pour madame Roland, suivit jusqu'au pied de l'échafaud la charrette qui la traînait au supplice, et les derniers regards de cette noble victime des tyrans révolutionnaires pureut, avant de s'éteindre pour jamais, se Hier sur l’ami courageux qui semblait en quelque sorte vouloir s'associer â sa mort. *(Biographie des contemporains.)

(') Près de mourir, il écrivait les mots suivants ;

« Je recommande i mes Als de faire réunir sous leurs yeux par Ferdinand (son domestique), et chacun è part, les manuscrits des deux autres volumes de mon ouvrage des Ethers, du troisième volume de ma Pomonomie et du sixième de mon Abrégé de chimie... Ils trouveront dans mes papiers le manuscrit du mémoire de VoUa sur la pile galvanique. C'est un in-folio italien, écrit en longues lettres espagnoles : il renferme la découverte la plus utile qui ait jamais été faite. L'auteur envoya le manuscrit à un Belge, pour être inséré dans son Journal de Chimie et de Physique, deux ans avant de le faire connaître par sa présentation à la Société royale de Londres... Déposez ce document, écrit de la main de l'auteur, aux archives de l'Académie.... i Ml. Yan Moos ont satisfait au désir de leur père.

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il voulut revenir à Bruxelles, se rapprocher des deux fils qui lui restaient, et des tombeaux de ceux qu’il n’avait cessé de pleurer; mais bientôt la force de l’habitude l’emporta, et il retourna subitement à Louvain, pour se renfermer de nouveau au milieu de scs papiers : c’est là que la mort vint le surprendre, le 6 septembre 1842. Selon scs désirs, son corps fut transporté à Bruxelles et déposé au cimetière do Molenbeck, dans la même tombe qui s’était rouverte, quelques années auparavant, pour recevoir le second de ses (ils.

Je n’ai point encore parlé des qualités personnelles de Van Mons: elles étaient telles, qu’il était difficile de le connaître sans l’aimer. Il était d’une bonté et d’une générosité à toute épreuve, d’un désintéressement dont on trouverait peu d’exemples, et toujours prêt à exalter les mérites des autres. Un seul trait, dont nous avons eu connaissance, non par lui, mais par la correspondance qu’il a laissée, prouvera de quelle estime il jouissait sous le rapport de l’honneur et de la probité. A l’époque de la déportation de Pichegru, une personne qui avait été attachée à ce général et qui se trouvait alors détenue au Temple, voulut mettre en sûreté un dépôt d’une valeur considérable qu’elle avait été forcée, avant son arrestation, de cacher en terre dans les environs de Bruxelles: c’était une valise contenant deux mille doubles louis et une collection de diamants. Dans sa détresse, le malheureux prisonnier ne savait à qui s'adresser pour assurer la conservation de ce dépôt: c’est sur Van Mons qu’il jeta les yeux, sur Van Mons qu’il ne connaissait pas, mais qui lui avait été désigné comme l’homme méritant le mieux une si haute marque de confiance (').

La vivacité de son imagination ne lui permettait pas toujours de se resserrer dans les inflexibles limites du positif;

(') Nous avons reproduit cette lettre dans une note spéciale que nous avons consacrée i la mémoire de Van Mons.

Cl, en donnant carrière à celte faculté, qui était prodigieusement développée chez lui, il savait imprimer à ses récits une tournure piquante et originale. Ceux qui ne le connaissaient pas ont pu l’en blâmer; pour les autres, il leur eût étédiflicile de ne pas lui passer les exagérations auxquelles il se livrait parfois, on pourrait dire avec une bonhomie qui jetait un nouveau charme sur sa convcrsalion.

Sans insister sur le mérite des ouvrages de Van Mons et sur les services qu’ils ont rendus à la science, nous nous contenterons de reproduire ici quelques-uns des jugements portés sur les travaux de notre célèbre compatriote. «... Le nom de Van Mons, notre grand propagateur de bons fruits, dit Charles Morren, est aussi populaire aux États- Unis qu’en Belgique, et les bonnes espèces de poires ou de pommes que ce Nestor de notre jardinage a produites dans les plantations de Louvain tombent plus vile dans le commerce de l’horticulture américaine que dans celui de l’horliculturc belge. Nous vouons, me disait un Américain, la plus vive reconnaissance à Van Mons, car c’est grâces aux ()rocédés qu’il emploie pour produire de bons fruits cl pour en propager les greffes, que nos tables, aux États-Unis, offrent des desserts délicieux et que nos jardiniers exercent un art lucratif. Croirait-on, en effet, qu’au printemps de 1834, plus de trois cents variétés choisies de poires belges, ou, comme les appellent les habitants de l’Union, des poires flamandes, ont été introduites à Boston? » {De l’influence de la Belgique sur l’industrie horticole des États-Unis.)

M. Mandel, chargé par la Société d’horticulture de Nancy de jeter quelques fleurs sur la tombe de celui qu’il nomme le prince des horticulteurs contemporains, termine ainsi son éloge : « Plus lard, la Belgique aura-t-elle à reprocher, à l’égard du célèbre Van Mons, la faute énorme commise par la France envers Parmentier? oubliera-t-elle de lui élever

une statue? on doit le craindre! car les hommes sont ainsi faits : ils déifient, ils immortalisent les héros cl jusqu’aux tyrans qui les ruinent et les égorgent, et ils laissent tomber dans l’oubli les seuls grands hommes qui les instruisent et les nourrissent!... » •

Enfin M. Poiteau, qui a pris soin de réunir les principales vues de notre célèbre compatriote et de présenter sous une forme claire et précise les moyens employés par lui pour améliorer les fruits (*), dit à son tour : « Aujourd’hui j’appelle le principe de ces moyens Théorie Van Mons, cl mon but est d’en indiquer l’origine, de la développer, de l’appuyer par des raisonnements, par des faits, de tâcher d’en démontrer la solidité, de la faire admettre parmi nous, et de la présenter comme l’une des plus .savantes et des plus utiles découvertes que le génie et le raisonnement aient faites vers la fin du XVIII'’ siècle! «

Que pcul-on ajouter à de pareils éloges? Ces paroles, sous une plume étrangère, prouveront du moins que notre pays s’est associé au grand mouvement intellectuel qui a marqué la fin du dernier siècle, et c’est particulièrement à Van Mons que nous en sommes redevables.

(') HortieuHeur belgt, tome 11, pa^es 301 et 350, cl Ic5 Annalet de la Soeiélé d* horticulture de Parii^ tome XXXI, page 388.

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