LITTÉRATEURS ET ARTISTES BELGES
CHARLES-JOSEPH-EMMANUEL VAN HULTHEM (i).
Ch. -J. -E. Van Hnlthem descendait d’une de ces anciennes familles belges qu’à Bruxelles et à Louvain, on comprenait assez généralement sous le nom de patriciennes, mais qu’à Gand, par une dénomination spéciale, on nommait la poorterye. C’était, en général, une classe de propriétaires qui, déjà dès les xme et xive siècles, concouraient, avec les cinquante-trois métiers, à former la magistrature de la ville. Cette famille, au xviic siècle, était arrivée à un haut degré de considération. Elle fut anoblie par Philippe IV, en 1659; mais Van Hulthem en tirait si peu de vanité que les généalogistes seuls connaissaient celte circonstance.
(•) Em. Van llullhem naquit à Garni, le 4 avril 1764, et il mourut dans la même ville, le 16 décembre 1833. Voyez aussi les notices qui ont été écrites par MM. Cornelissen et De Reiffenberg.
11 était très-jeune encore quand, immédiatement après la suppression de l’ordre des jésuites, il commença le cours de ses humanités au collège des Augustins. Dès lors, il aimait les livres : son père lui avait laissé une bibliothèque peu considérable, qu’il se plaisait à augmenter de ses épargnes. 11 se lit inscrire à Louvain dans la faculté de jurisprudence, qu’il suivit sous les professeurs Van Gobbelschroy et Lambrechls, avec qui, pendant tout le cours de leur longue existence, il conserva des relations d’amitié et de reconnaissance. Il prit, en 1787, ses grades de licencié en droit, non dans l’intention de pratiquer, mais dans la vue d’ètre promu à des fonctions honoraires dans la magistrature. Malgré sa jeunesse, il fut nommé échevin de sa ville natale.
La révolution belge éclata en 1789, et l'on peut conclure par la conduite de Van Hulthem qu’il marcha dans le sens de l’insurrection; mais en homme éclairé et cherchant toujours à se rendre utile à sa patrie. Lors de la seconde invasion française, il se vit enlever avec cinquante-neuf autres citoyens et trainé comme otage au fort de laScarpe à Douai. Cependant les événements du 9 thermidor apportèrent quelque adoucissement au sort des détenus, et il fut permis à quelques-uns d’entre eux de passer leur temps d’épreuve à Paris. Van Hulthem fut de ce nombre; il profita de son séjour dans la capitale pour établir des relations avec un grand nombre de savants et de gens de lettres. Quand il put retourner dans sa patrie, tous ses soins se portèrent vers la conservation des objets d’art, des livres et de tout ce qui tient aux lettres et aux sciences. Plusieurs monastères possédaient des plantes très-rares : l’abbaye d’Eename avait des palmiers qui lui avaient été donnés par les archiducs Albert et Isabelle, en 1500. Ces vénérables centenaires du règne végétal trouvèrent un refuge dans le jardin potager de l’abbaye de Baudcloo de Gand, qui, par ce faible com-
mencement, préludait déjà aux belles destinées que la fondation de l’Université devait accomplir.
Van Hulthen put ajouter encore à ses heureuses prévisions pour sa ville natale, lorsque, en 1797, chaque département de la France eut son école centrale. Son ingénieux esprit de conservation, qui l’inspirait toujours, lui fit indiquer encore, comme local le plus convenable, les bâtiments de l’abbaye de Baudeloo, où déjà, avec quelques amis des lettres, il avait commencé à. organiser une bibliothèque publique.
Les élections de l’an Vie désignèrent comme un des représentants du département de l’Escautau conseil des cinq cents. Dans ce nouveau poste, il se fit moins remarquer par son éloquence que par sa droiture et par les services nombreux qu’il fut à même de rendre à ses concitoyens. L’estime dont il jouissait l’avait fait nommer directeur de l’Académie de droit de Bruxelles, mais cette place fut supprimée par suite de l’entrée des alliés en 181 4. VanHulthem n était pas contraire au nouvel ordre de choses qui venait de s’établir. Il s'était fait connaitre en Hollande par son amour pour les lettres, pour l’histoire, pour les arts et spécialement pour les livres. Déjà, en 1808, époque de la création de l’Institut de Hollande, sous le roi Louis, Van Hulthem avait été nommé membre associé de celte institution, dans la classe d’histoire nationale.
Lors de la formation du royaume des Pays-Bas, il fut nommé greffier de la Chambre des députés, poste qui, du temps de l’ancien sladhoudérat, avait été d’une grande importance, mais dont l’influence actuelle était diminuée de beaucoup. Quelque temps après, l’Académie de Bruxelles fut réorganisée, et Van Hulthem, par l’arrêté de nomination, en date du 3 juillet 1816, fut désigné comme son secrétaire provisoire, place qui fut changée, l’année suivante, en celle de secrétaire perpétuel.
On venait aussi de réorganiser l’Université de Louvain,
on même temps qu’on créait les deux Universités nouvelles de Gand et de Liège. Van Hulthem fut encore nommé curateur de la première; mais celle nomination fut loin de le satisfaire : tous ses vœux, toutes ses affections étaient pour sa ville natale, et c’est surtout des intérêts de l’Université de Gand qu’il désirait avoir à s’occuper. Ce désir fut satisfait plus tard, et ses concitoyens eurent lieu de s’en applaudir.
Cependant des occupations aussi nombreuses, aussi variées, s’accordaient peu avec les goûts de Van Ilulthem, qui semblaient presque entièrement concentrés dans les recherches bibliographiques. Ses fonctions devaient nécessairement en souffrir, surtout pendant les voyages qu’il avait à faire successivement à la Haye, comme greffier de la seconde chambre. Aussi renonça-t-il, vers la fin de 1817, à ces dernières fonctions pour celles de secrétaire perpétuel de l’Académie, qu’il abandonna également quelques années après. Van Hulthem était un homme d’un profond savoir, d’une obligeance extrême et toujours prêt à aider les personnes qu’il aimait; mais il était à peu près impossible d’ob- , tenir de lui un travail achevé ou même un simple rapport sur les objets soumis à son avis. 11 différait beaucoup, sur ce dernier point, de son collègue, le commandeur de Nieu port, qui était alors directeur de l’Académie : il s’élevait quelquefois entre ce dernier savant, malgré son grand âge, et le secrétaire perpétuel, les contestations les plus vives. C’est à la suite d’une discussion pareille concernant l’impression trop longtemps suspendue du premier volume des Mémoires de l’Académie, que Van Hulthem, pressé dans ses derniers retranchements, parla du projet de renoncer à ses fonctions de secrétaire. Malgré l’estime portée à l’honorable démissionnaire, c’était le désir des membres de marcher désormais avec plus de régularité. La démission présentée au gouvernement ne fut, du reste, acceptée qu’au commen-
cernent «le 1821, et Dewez fut nommé en sa place. Le prince de Gavre fut en même temps nommé président de l’Académie, en place du baron de Feltz, qui venait de mourir dans un âge très-avancé.
Van Hulthem avait réuni; à grand frais, une bibliothèque immense, composée d'ouvrages rares et de manuscrits, mais qu’il ne s’occupa jamais de mettre en ordre. Sa mémoire était un trésor d’érudition et de faits ignorés, dont la critique en général, mais surtout en matière d’événements historiques plus ou moins controversés, était saine et raisonnée. Il paraissait éprouver une grande répugnance à écrire , môme sur les sujets qu’il connaissait le mieux; aussi n’a-t-on conservé de lui que des fragments et des discours prononcés dans des cérémonies publiques, mais qui tous prouvent en faveur de l’étendue de ses connaissances ('). Il était toujours prêta venir en aide aux lettres et aux arts, et surtout pour sa ville natale, qui lui doit en grande partie son beau Jardin botanique, sa Bibliothèque et son Académie de dessin. Il usait avec générosité des moyens que la fortune avait mis à sa disposition ; mais c’est surtout dans les derniers temps de sa vie qu’il en donna des preuves éclatantes. Par suite delà révolution et des sacrifices que dut faire la ville de Gand , une forte somme manquait pour faire honneur aux engagements pris par l’Académie de dessin et de pein-
(') Il était curieux de te voir, au milieu d’une réunion d’hommes, plus spécialement occupés des lettres ou des arts. M. Falck, alors ministre de l’intérieur, avait quelquefois des réunions littéraires dont Van Hulthem aimait à faire les principaux frais. Un soir, notre bon compatriote avait déposé, dans un cabinet voisin du salon de réunion, une quantité de livres au moyen desquels il prétendait défendre Alosl pour l’invention de l'imprimerie et montrer sa prééminence sur Harlem. S’il ne porta pas la conviction dans son auditoire, la force de ses arguments, et l’on peut dire sa science, porta un grand trouble dans l’assemblée. Ce succès, on le voyait, formait une véritable victoire pour notre bon compatriote, qui demeura plus que jamais convaincu de l’énergie et de la vérité de ses arguments.
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lure envers les jeunes arlisles qui, confiants dans les promesses faites en 1829, avaient répondu aux conditions du programme : Van Hulthem prit sur lui de combler le déficit que présentait la caisse, et contribua ainsi à soutenir une institution à laquelle nous devons plusieurs de nos principaux artistes. Il était d'un caractère doux et paisible. Sa maison , quoique assez spacieuse pour un célibataire , était couverte de livres, les uns étalés sur des rayons, les autres empilés dans les coins de ses chambres ou même soigneusement renfermés dans des malles qui paraissaient n’avoir jamais été ouvertes I1). On pouvait se demander où
(*) Il faillit perdre une partie de ses trésors pendant la révolution de 1830. Voici le récit des dangers auxquels fut soumise sa bibliothèque pendant celte époque, comme on peut le voir pages xlii et suivantes «le la Notice placée en télé du 1" volume de la Bibiotheca Hullhemiana, par M. Voisin : Gand, 1830. « Tandis que Yan Hulthem songeait ainsi à ses dernières volontés, il était sans doute bien éloigné de penser que sa riche et paisible bibliothèque de Bruxelles était destinée à occuper une page dans l'histoire île la révolution belge, qu'elle allait devenir le quartier général des volontaires belges et le point de mire de la mitraille des troupes royales.
b Sa maison en cette ville formait l'angle droit de la montagne du Parc. Le troisième jour de la bataille, elle devint le centre d’opérations des insurgés, qui s'appujaient d'un côté sur la barricade du Treurenbcrg et de l'autre sur Vhôtel de Belle-Vue et du café de l’sfmitié : car l’escalier de la rue d'Isabelle était occupé par les grenadiers de la garde royale.
a On se baltait avec acharnement. Joseph, son fidèle domestique, était resté dans la maison de sou maître, déjà criblée de boulets et de hiscaïens,afin de sauver tout ce qu'il pourrait. On savait que les volontaires, pour se rendre d'un endroit à l'autre du combat, perçaient les murs des greniers, tandis que les soldats se trouvaient souvent aux divers étages des habitations. Le jeudi 23, à huit heures du malin, une cinquantaine de volontaires bruxellois et liégeois ayant enli’oiivert de celte manière les murs de séparation, occupèrent tout à coup la maison. Quelques-uns d’entre eux commencèrent à l’instant le feu contre le Parc, tandis que leurs camarades construisaient une barricade avec des caisses «le livres et garnissaient toutes les fenêtres de volumes in-folio, imprimés et manuscrits. L'attaque contre la maison devint alors plus vive, une quinzaine de volontaires furent tués par la mitraille, et le chef de la troupe força enfin Joseph b abandonner, avec sa femme, sn fille et un enfant de deux mois, la maison <|ui pouvait être, disait- il, abîmée avant une demi -heure. Ce jeune homme, plein d’humanité et de courage, et une douzaine de ses hommes pleins de bonne volonté firent à celle mallini-
il prenait ses repas, si des assiettes glissées derrière quelques livres u’avaicnt été là pour dévoiler imprudemment le mystère. Du reste, celte manière de vivre n’était certes pas le résultat d'une lésinerie , car Van Hullhem était d'une générosité rare, surtout pour les jeunes gens qui se livraient aux études; souvent même il prenait plaisir à les enrichir des ouvrages les plus précieux.
C’est donc plus particulièrement par les matériaux nombreux qu'il avait recueillis pour les arts, les lettres et les sciences, par la magnilîque collection de ses livres, qui est devenue la base de la Bibliothèque royale de Bruxelles autour de laquelle on a réuni l’ancienne bibliothèque de la ville et la précieuse bibliothèque des manuscrits de Bruxelles, que notre zélé compatriote s’est surtout distingué. Il faut ajouter encore que s’il craignait de se faire connaître publiquement comme auteur, il se faisait un devoir cependant de réunir, dans sa belle collection, une série de notes importantes qui peuvent offrir la plus grande utilité pour les lettres; et il était toujours prêt à aider l’écrivain par les nombreux matériaux qu’il avait réussi à recueillir en y employant un temps considérable et une grande fortune
mue famille un rempart île leurs corps et île leurs armes, jusqu'à ce qu'on l'eût hissée au-dessus de la barricade. Les livres volaient de toute part dans la rue, emportés par la mitraille, et l'on en trouvait jusqu'au bas de la montagne.
» Le médailler et la bibliothèque de M. Van Hultlicm, dit une narration contemporaine, furent complètement abîmés et détruits : ce fut une perte irréparable, évaluée à plus de 60,000 florins. Le lendemain malin, dimanche 96 septembre, jour ou le combat fut le plus sanglant, le général don Juan Van Halen, suivi du détachement de Fleurns, commandé par le capitaine Bouchez, vint établir son quartier général chez M. Van Hulthem, oii l’on s'était déjà battu la veille, et plaça ses hommes, au nombre d’environ soixante, aux croisées de cet hôtel... Van Hullliem éprouva surtout un vif chagrin de la perte de son médailler, pour lequel, depuis nombre d'années, il avait fait de fortes dépenses, et aussitôt que les barricades, qui empêchaient la circulation dans les rues de Bruxelles, eurent disparu, il flt transporterà Garni les débris de sa bibliothèque de la Montagne du Parc. ■
presque uniquement consacrée à ses collections. Souvent ces qualités précieuses sont plus utiles pour la république des lettres qu’un savoir douteux, qui tend à envahir sans résultat utile les rayons des bibliothèques.
On n’a de lui que quelques brochures qu'il publia dans des circonstances tout à fait spéciales. Le baron De Reiffenberg, qui était l’un des hommes à qui il portait le plus d’amitié et qu’il aimait à doter, ainsi que quelques autres jeunes gens, de ses présents littéraires , cite particulièrement trois de ses écrits. Ce sont : 1° Discours prononce dans une réunion d'artistes belges habitants de Paris, le 8 septembre 1806 , en remettant a M. Ferdinand-Marie Delvaux le grand prix de peinture du concours de Gand. 2" Discours prononcé dans une réunion d'artistes belges, habitants de Paris, le 8 octobre 1807, en remettant une marque de satisfaction, au nom de la patrie reconnaissante, à trois jeunes compatriotes, pour la manière honorable dont ils s’étaient distingués au concours général de sculpture et de musique. Ce morceau, dit le baron De Reiffenberg, renferme des détails curieux sur l’origine de la peinture à l’huile, sur les sculpteurs et les musiciens belges. L’auditoire comptait parmi les célébrités belges, Grétry, Bassenge, de Neny fils, Van Brée, Van Prael, Van Spaendonck, Vandael , Redouté, Ducq, Solvyns , Kinson, De Meulemeester, etc., ainsi que les trois lauréats Caloigne , Suys et Paelinck. 3° Discours sur les progrès de l'agriculture et de la botanique. Ce discours est rempli de renseignements curieux et inédits; il a été souvent cité, et Bory de Saint-Vincent en a fait pour ainsi dire le sujet de l’introduction aux Annales des sciences physiques qu’il rédigea plus lard avec Van Mons et Drapiez.
Van Hullhem mourut à Gand, le 16 décembre 1833, frappé, à ce qu’il parait, d’un coup d'apoplexie , auquel il lie survécut que quelques heures.
LOUIS- DÉODAT DEWEZ fl).
A près avoir terminé ses premières études avec distinction, Dewez se sentit entraîné par un goût bien prononcé vers les recherches historiques et la littérature ancienne. Une chaire de rhétorique qu'il occupa pendant dix ans, au Collège de Nivelles, lui donna les moyens de préparer dans la retraite les matériaux de plusieurs grands ouvrages qu’il a publiés depuis. Quand arriva la révolution française, qui bouleversa tant de fortunes, qui changea tant de carrières, Dewez se tourna vers les fonctions administratives, où il ne se rendit pas moins utile par sa sévère intégrité et par son esprit naturellement bon et conciliant, que par l’étendue de ses connaissances. Dans les fonctions de sous-préfet (*), qu’il remplit, à Saint-Hubert jusqu’aux événements de 1814, il sut mériter l'affection et l'estime de ses administrés, comme il parvint à se faire aimer de tous les membres du corps enseignant avec lesquels il fut eu relation, quand le gouverne-
(•) L.-l). Dewcr na<|iiil à Natnur, le 4 janvier 1760, et il est morl à Bruxelles, le 26 octobre 1834.
(') Il a d'abord été commissaire du directoire exécutif près le tribunal correctionnel de Nivelles, puis substitut du commissaire du directoire exécutif près les tribunaux civils et criminels du département de Sambre-et-Xeuse.
ment des Pays-Bas l’appela, plus lard, aux fonctions difficiles d’inspecteur des études.
Combien, dans ces postes délicats, il mettait de conscience à remplir ses devoirs et d’activité à faire redresser des torts ou des injustices quand il croyait les remarquer. Je ne pense pas qu’il y ail une seule personne ayant eu le bonheur de le connaître qui n'ait à citer de lui quelque acte de bonté. 11 était le protecteur naturel, le père de tous ceux qui souffraient, et, par suite de mutations, le nombre en était malheureusement grand dans les rangs inférieurs du corps enseignant.
En s’établissant à Bruxelles, Dewez se trouva sur un théâtre plus favorable à ses travaux littéraires; aussi revint-il avec plus d’activité que jamais à toutes les recherches qui avaient pour objet la connaissance de sa patrie. Il avait publié déjà son Histoire générale de la Belgique , travail immense qui manquait encore et auquel VHistoire particulière des provinces belgiqucs servit, pour ainsi dire, de complément : « L’amour de mon pays m’avait inspiré, dès ma jeunesse, le désir d’en étudier l’histoire, disait Devez avec une candeur qui formait le fond de son caractère, et consultant bien plutôt mon zèle que mes faibles moyens, j’ai entrepris de l'écrire. Cette histoire manquait ; si mon entreprise a été téméraire, parce quelle excédait mes forces, j'oserai dire du moins que si je n’ai pas fait preuve de talent comme écrivain, j'ai comme citoyen fait preuve de zèle patriotique, et si je suis loin d’avoir atteint le but, j’ai peut-être l’honneur d’avoir montré la routé qui y conduit ('). » Cette extrême modestie méritait des juges moins sévères que ceux dont il a parfois subi les critiques. Aujourd’hui que l'on accorde tant à la forme et à l’élégance du style, le mérite de
(') Tome II des Nouveaux Mémoires rie l’Académie, page lu du Rapport sur l’état des travaux de V Académie .
noire savant devait nécessairement être moins bien apprécié; cependant ses longs et pénibles travaux, entrepris et exécutés avec tant de savoir, avec tant de conscience, auraient dû mettre sa vieillesse à l’abri de toute attaque hostile et lui assurer la reconnaissance générale. Dewcz essaya de répondre à ses détracteurs, comme il convient au talent de le faire, c’est-à-dire en améliorant scs écrits. Il revit et corrigea avec la plus grande sévérité son Histoire générale de la Belgique (1826), qui peut être considérée, dans son état actuel, comme le travail qui lui fait le plus d’honneur (').
Le Dictionnaire géographique des Pays-Bas et la Géographie ancienne du département de Sambre-et- Meuse donnent de nouvelles preuves de l’ardeur avec laquelle Dewez cherchait à répandre les connaissances relatives à notre pays et à ses annales. L’Histoire du pays de Liège servit aussi de développement à l’une des parties les plus intéressantes de son Histoire générale. Il serait difficile de donner l’aperçu de tous les ouvrages que l’on doit à la plume de notre infatigable et consciencieux historien; il suffira deciter ici tous les mémoires qu'il a donnés dans les recueils de l’Académie royale de Bruxelles (*) dont il était un des membres les plus actifs.
Dès la réorganisation de ce corps savant, en 1816, Dewez fut appelé à prendre part à ses travaux, et ses qualités
(') Dewez avait été nommé membre de l'Académie royale, depuis la fondation •le ce corps. A la suite de la démission de Van llullhem, en 1891, il l’avait remplacé comme secrétaire perpétuel de la compagnie, et il remplissait scrupuleusement ces délicates fonctions. Il voyait fréquemment ses divers collègues, dont il avait l'estime générale, et surtout le vieux commandeur de Niciiporl, qui lui témoignait une amitié toute particulière.
(*) Voici les titres des écrits de Dewez qui ont été publiés dan» les recueils de l'Académie.