‹ Sciences Mathématiques et Physiques chez les Belges au commencement du XIXe SiècleChapitre 3 sur 41 · MUNICH · texte numérisé non relu

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Les observations de Bruxelles et de Gand sont encore continuées aujourd’hui, et confirment les mêmes différences : les deux appareils employés sont exactement les mêmes L’appareil de Munich était aussi un électromètre de Peltier, mais surmonté d’une petite boule n’ayant qu’un centimètre de diamètre, tandis que les appareils de Gand et de Bruxelles ont des boules d’un diamètre dix fois plus grand. L’appareil de Kew était l’ancien appareil de Saussure (').

Quant aux effets dynamiques, nous ne connaissons pas d’observations imprimées auxquelles nous puissions recourir pour en comparer les résultats avec les nôtres : cependant elles méritent l’attention la plus grande. Nous croyons que, pour les étudier avecfruit.il faut nécessairement deux instruments, l’un qui permette d’observer les petites déviations périodiques pendant la journée, et l’autre qui aide à mesurer les déviations extraordinaires, produites pendant les orages.

(') Avant de se servir de l’électromètre, il est une autre précaution à laquelle il faut prêter l'attention la plus grande, car c'est d'elle que doivent dépendre la comparabilité des instruments, â différentes époques, et la valeur absolue des degrés observés : il faut à un bâton de cire (toujours le même) donner le plus d'électricité possible, puis le mettre pendant un instant en contact avec la boule de l'élcctromitre. Quand l'instrument est en bon étal et suffisamment sec pour fonctionner convenablement, on voit dévier l'aiguille d'une quantité généralement la même. Dans notre appareil, l’aiguille dévie de 82 à 85 degrés : c’est son écart maximum. Il faudrait une force infinie pour écarter l'aiguille jusqu'à 00*. Après avoir acquis ainsi la certitude que tout est dans le même ordre, l'expérience peut être faite avec sûreté. On conçoit sans peine qu'il faut une table spéciale pour chaque électromètre et que les degrés ne sont pas immédiatement comparables entre eux. Quand l’aiguille, par exemple, s’écarte de sa position d'équilibre de 40 degrés, sa charge est plus que double de celle qu'elle aurait dans la positioo où elle n'indiquerait que 20 degrés : la théorie des forces le montre suffisamment. Les degrés réels s'écartent des degrés observés dans un rapport qu'on peut déterminer soit par le calcul, soit par l'expérience. Il faut que chaque observateur ait eu soin de déterminer sa table de réduction, avant de se livrer à de semblables observations. Nous avons donné la description de l’instrument et des différents calculs à faire dans notre ouvrage : Sur U climat de la Belgique , 3* partie, chapitre De V Électricité de l'air , 1" volume, pages 4 et suivantes, in-4*; 1840.

Nous avons déjà fait remarquer que ce n’est, généralement, que pendant les pluies et les orages que l’on observe leleotricité négative; hors de ces causes accidentelles, lelcctricité demeure positive. Pendant que le tonnerre se fait entendre, on voit l’électricité de l’air varier de l’état positif à l’état négatif; et, dans ses ternies extrêmes, l’aiguille, avec la rapidité la plus grande et en moins d'une minute, passe du * point extrême maximum au point extrême minimum ('). Nous sommes loin encore de connaître les causes qui produisent ces grands phénomènes de la physique du globe. Ce que nous avons de mieux à faire, dans l’état actuel des choses, c’est de constater soigneusement les faits, en attendant que nous puissions mieux apprécier les forces qui les font naître.

Si des grands phénomènes de la nature nous descendons à ceux qui se produisent sur une échelle moindre, nous y rencontrons des sujets qui ne sont pas moins dignes de fixer notre admiration. En parlant des êtres microscopiques qui habitent les plantes, l’auteur des Etudes de la Nature a dit : « Une goutte de rosée qui filtre dans les tuyaux capillaires et diaphanes d’une plante, leur présente des milliers de jets d’eau ; fixée en boule à l’extrémité d’un de ses poils, un océan sans rivage ; évaporée dans l’air, une mer aérienne. Ils doivent donc voir les fluides monter au lieu de descendre; se mettre en rond au lieu de se mettre de niveau ; s’élever

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que la nôtre, comme ils ont une autre hydraulique. »

». iwi. C’est cette hydraulique dont M. Plateau est parvenu à rendre sensibles les phénomènes les plus délicats, en les produisant sur une grande échelle. 11 a été conduit à ces résultats remarquables en partant d’une idée aussi simple

(“) Voyez le chapitre 11 <le l'ouvrage : Sur la physique du globe, publié en ISO), pages 61 à 124, in-4»; Bruxelles.

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qu’ingénieuse, li a fait voir qu’il était toujours possible de soustraire une masse liquide à l’action de la pesanteur, et d’opérer sur elle comme si notre globe était anéanti, comme si nous nous trouvions isolés dans les espaces planétaires en présence de la masse liquide soumise à l’expérience. Nous voyons alors cette masse se disposer en globe, ou se mettre en rond, au lieu de se mettre de niveau, pour me servir des expressions de Bernardin de Saint-Pierre. Les phénomènes capillaires subissent à leur tour les transformations les plus curieuses : ce qui n’était appréciable que par le calcul se montre avec toute évidence à l’œil de l’observateur ; et l’expérience vient prêter ainsi à la théorie un appui inespéré jusqu’alors. Combien l’auteur des Etudes de la Nature eut été émerveillé, en voyant des lames liquides s’étendre et s’amincir au gré de l’expérimentateur, se placer sous toutes les inclinaisons, s’entrecouper et donner lieu aux ligures les plus régulières, aux formes les plus inattendues. Tous ces phénomènes si curieux ne sont pas seulement des déductions ingénieuses d’un principe d’hydrostatique dont on n’avait pas tenu compte jusque-là, ce sont encore des expériences du plus haut intérêt pour différentes branches de la physique (').

En parlant des travaux faits en Belgique avant 1830, nous avons eu l’occasion de citer les nombreuses expériences que M. Plateau avait exposées sur les phénomènes lumineux, soit dans les Mémoires et les Bulletins de l’Académie de Belgique, soit dans la Correspondance mathématique et physique de Bruxelles. Ses recherches ingénieuses sur l’optique annonçaient dès lors un des hommes les plus habiles dans cette partie délicate des sciences physiques. Plein de ses idées fé-, condes, il ne s’aperçut malheureusement pas qu’il abusait

(') Page 357 de V Binaire des sciences mathématique! et physique!.

de cet organe précieux, qui prêtait tant de charmes à ses curieuses expériences : il finit par perdre la vue ; mais sa force intellectuelle, sans souffrir de cette perte douloureuse, lui donna en quelque sorte une force nouvelle pour continuer ses travaux : ses recherches ne furent ni moins nombreuses ni moins remarquables. 11 publia successivement différents écrits qui fixèrent sa place parmi les physiciens les plus méritants qui se sont occupés des phénomènes de la vision. Il donna, dans les Mémoires de l’Académie royale de Bruxelles, l’essai d’une théorie générale comprenant l’ensemble des apparences visuelles qui succèdent à la contemplation des objets colorés, et de celles qui accompagnent cette contemplation, c’est-à-dire la persistance des impressions de la rétine, les couleurs accidentelles, l’irradiation, les effets de la juxtaposition des couleurs, les ombres colorées, etc. (t. VIII, 1834), et un mémoire sur l’irradiation (t. XI, 1839), dans lequel il s’est proposé de faire disparaître les incertitudes qui régnent encore aujourd’hui parmi les astronomes et les physiciens sur l'existence même de l’irradiation, et de substituer aux notions vagues que l’on possède maintenant des idées plus précises sur la cause du phénomène, sur l'influence qu’il peut exercer dans les observations astronomiques et sur les lois qui le régissent. Ce qui caractérise surtout les écrits de M. Plateau, indépendamment du mérite de ses travaux scientifiques, c’est cette extrême netteté d’aperçus, cette grande précision de langage qui peuvent servir de modèle à bien des écrivains qui suivent avec plus ou moins de succès la carrière des sciences. Ses écrits sur l’optique, et particulièrement ses idées sur leur théorie, ont rencontré sans doute des opposants parmi les hommes les plus exercés dans les connaissances scientifiques; il suffirait de nommer Arago et Brewsler pour le prouver; mais tous se sont accordés à reconnaître l’élégance et la nou-

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veauté de ses recherches et à citer même ses écrits parmi les plus remarquables qu’ait produits l’optique moderne.

Ce n’est pas seulement dans cette branche intéressante des sciences physiques que M. Plateau s’est placé sur une ligne avancée parmi les physiciens modernes, il ne s’est pas fait moins remarquer par ses ingénieux travaux sur les phénomènes que présente une masse liquide libre et soustraite à l’action de la pesanteur.

Voici principalement le point de vue très-simple d’où l’auteur est parti et d'où il a déduit les résultats remarquables auxquels il est successivement parvenu par plus de vingt années d’études constantes {') : « Les liquides étant doués d’une extrême mobilité moléculaire, ils obéissent avec facilité à l’action des forces qui tendent à modifier leur forme extérieure. Mais parmi ces forces, il en est une qui prédomine tellement sur toutes les autres quelle en masque presque complètement l'action : cette force est la pesanteur. C’est elle qui oblige les liquides à se mouler sur la forme intérieure des vases qui les renferment; c’est elle encore qui rend plane et horizontale la portion de leur surface demeurée libre. A peine peut-on reconnailre, le long du contour de cette surface libre, une légère courbure qui révèle l’action des forces combinées de l’attraction du liquide pour lui-méme et de son adhérence pour la matière solide du vase. Ce n’est qu’en observant des masses liquides très-petites, et sur lesquelles l’action relative de la pesanteur est ainsi atténuée, qu’on peut voir se manifester d’une manière bien prononcée l’influence d’autres forces sur la figure de ces masses : ainsi les goutte-

(') Pendant ce long espace, il n’a cessé de s’occuper d’une série de phénomènes relatifs à la capillarité, et dans une continuité de travaux qui ont donné lieu à sept mémoires, dont cinq sont déjà insérés dans les recueils de l’Académie de Bruxelles, il a présenté une succession d'expériences curieuses sur la capillarité. Voyei tomes XVI, 1843; XXIII, 1849; XXX, 1837 ; XXXI, 1859; XXXIII, 1861 des Mémoires de V Académie.

lettes de liquide posées sur des surfaces qu’elles ne peuvent mouiller, s’arrondissent en sphères plus ou moins parfaites. A part ces qualités minimes, si l’on veut observer des masses liquides qui ont pris librement une figure propre, il faut quitter la terre, ou plutôt considérer le globe terrestre lui-même et les autres planètes comme ayant été primitivement fluides et ayant adapté leur forme extérieure à l’action combinée de l’attraction et de la force centrifuge. Alors la théorie indique que ces masses ont dû prendre la forme de sphéroïdes plus ou moins aplatis dans le sens de leur axe de rotation, et l’observation confirme ces déductions de la théorie. L’observation nous montre aussi, autour de Saturne, un corps de forme annulaire, et la théorie trouve, dans les actions combinées de l’attraction et de la force centrifuge de quoi satisfaire à l’équilibre de cette forme singulière. Mais si nous pouvions, par un moyen quelconque, soustraire à l’action de la pesanteur l’une de ces masses liquides sur lesquelles il nous est donné d’opérer, tout en la laissant libre d’obéir à l’action des autres forces qui tendraient à en modifier la forme, et si notre procédé permettait de donner à cette masse des dimensions assez considérables, ne serait-il pas bien curieux de lui voir prendre une figure déterminée et de voir cette figure varier de mille manières avec les forces dont elle dépend? Or, je suis parvenu, en effet, par un moyen extrêmement simple, à constituer, dans les conditions ci-dessus, une masse liquide considérable. » Dans ce premier travail, l’auteur montre, en effet, le moyen de parvenir, par un mécanisme très-simple, à étudier en grand les phénomènes de capillarité et d’équilibre qu’on n’étudiait avant lui qu’avec des difficultés extrêmes : ses expériences sont aussi simples qu’ingénieuses.

Dans les Mémoires qui ont suivi ce premier ouvrage, l’auteur continue à développer ses idées : il n’a pas rompu

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avec ses premiers travaux : on le voit, chaque fois que ses expériences le lui permettent, rattacher à ses principes les phénomènes curieux de l’optique et de la symétrie des corps. « Dans la deuxième et la quatrième série de ce travail , dit-il en commençant son cinquième mémoire, j’ai appliqué mon procédé de l’immersion d’une masse liquide dans un autre liquide de même densité et avec lequel elle ne peut se mêler, à la réalisation d’une partie des figures d’équilibre en nombre infini qui appartiennent à une masse liquide supposée sans pesanteur et à l’état de repos. Dans la série actuelle, j’indiquerai un procédé tout différent, bien plus simple et plus commode, qui permet d’atteindre le même but, et j’exposerai une partie des nombreuses conséquences que m’ont fournies son emploi et les principes théoriques sur lesquels il repose. » On voit que l’auteur, uniquement occupé de son objet, cherche à donner à ses idées la plus grande clarté possible. Quant à la troisième série des recherches de M. Plateau, elle se rapporte k la théorie des modifications que subissent, sous l’influence des mouvements vibratoires, les veines liquides lancées par des orifices circulaires. C’est donc plus spécialement cette influence qu’il a en vue de reconnaître dans son travail. « En partant, dit-il, d’une idée émise par M. Savart, nous ferons voir comment ces mouvements combinent leurs effets avec ceux des forces figuratrices qui déterminent la transformation graduelle en masses isolées, et dès lors tous les phénomènes dont il s’agit s’expliqueront d’une manière naturelle. »

Nous n’avons pu donner, dans ce qui précède, qu’une idée des principaux travaux de M. Plateau, sans prétendre indiquer les recherches nombreuses auxquelles il s’est livré : nous ne pouvons cependant nous dispenser de dire quelques mots d’un mémoire plus intéressant, peut-être, sous le rap-

port de la curiosité que sous celui de la science ('). Ne serait-il pas possible, s’est-il demandé, de soutenir en l’air une aiguille aimantée, sans aucun point d’appui et dans un état d’équilibre stable, par les actions émanées d’autres aimants convenablement disposés? L’auteur, après avoir examiné attentivement le problème, a compris que la solution était impossible, car il fallait supposer, comme il le fait observer, absolument quelconques le nombre de centres magnétiques agissant sur l'aiguille, leur distribution, enfin l’espèce et l’intensité de leurs magnétismes respectifs; « mais heureusement, ajoute-t-il, la forme des expressions algébriques a fait disparaître la complication, et je suis parvenu à une démonstration générale et relativement simple de l’impossibilité dont il s’agit. »

Au milieu de ses travaux dans lesquels il est aidé par plusieurs de scs collègues et par son jeune (Ils, qui s’est déjà fait connaître par des essais heureux, M. Plateau continue avec une ardeur toute spéciale les recherches délicates qu’il s’est s 1807. imposées. Il trouve surtout un affectueux appui dans M. Duprez, dont le concours intelligent lui est tout naturellement acquis pour ses expériences. M. Duprez, professeur de physique à l’Athénée de Gand, s’est fait connaître, en 1843, par un excellent mémoire sur le magnétisme. L’Académie royale de Bruxelles, dont il est devenu membre, plus tard, avait mis au concours une question par laquelle elle demandait un examen de l’état de nos connaissances sur l’électricité de l’air, et l’indication des moyens employés jusqu a ce jour pour apprécier les phénomènes électriques qui se passent dans l'atmosphère. Le travail qu’il présenta dans cette circonstance fut jugé digne du prix, en 1843, et a été inséré dans le tome XVI des Mémoires couronnés de l’Académie.

(') Sur un problème curieux de magnétiime , par J Plateau ; tome XXXIV des Mémoire» de l’Académie royale de Belgique, in-4*; 1864.

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Depuis celle époque, l'auteur a suivi avec ardeur ce genre de recherches et a produit des renseignements utiles, surtout en publiant un catalogue où il a énuméré le nombre de fois que les paratonnerres ont été atteints par la foudre, et particulièrement en cédant à des défauts de construction (').

Depuis 1838, M. Duprez continue avec ardeur une série de recherches météorologiques, qui est une des plus étendues et des plus précieuses que l’on ait pour les Flandres; non-seulement il s’est attaché à recueillir ces documents, mais il publie encore avec un soin particulier les résultats des observations électriques qu’il a rassemblées lui-mème. Il a eu également en vue de faire, avec l’Observatoire royal de Bruxelles, pour chaque jour et à l’heure de midi précis, au moyen de l’électromètre de Pelticr, des expériences suivies qui présentent un grand intérêt, puisqu’elles tendent à faire voir quelle est l’influence des bâtiments avoisinants sur cet élément météorologique, si important et en apparence si capricieux. Ces recherches font naturellement suite aux travaux intéressants que l’auteur a publiés sur les effets des paratonnerres, et spécialement à son mémoire contenant la Statistique des coups de foudre qui ont frappé des paratonnerres ou des édifices, et des navires armés de ces appareils (*).

On doit encore à M. Duprez deux mémoires, insérés dans les tomes XXVI et XXVIII des Mémoires de l’Académie royale de Belgique, Sur un cas particulier de l’équilibre des liquides. II fait observer que les physiciens se sont peu occupés de la suspension du liquide quand le tube qui le

(') Tout récemment, l'Académie s'est occupée de la construction des paratonnerres. M. Melseos a garni l'hôtel de ville de Bruxelles d'un appareil disposé d'après des vues spéciales qu’il a fait connaître, dans un travail publié à ce sujet.

(•) Voir Mëm. de l'Acad., t. XXXI, 1859.

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renferme est étroit, et de l'écoulement de ce liquide lorsque le tube est large. Ceux qui en ont parlé, dit-il, semblent n’avoir vu dans le phénomène qu’un effet de la pression atmosphérique, pression qui, s’exerçant sur la surface libre et mobile du liquide, en refoulerait toutes les parties de manière à déformer et à diviser celte surface quand elle présente quelque étendue.

M. Ch. Montignv s’est également occupé de recherchas sur la lumière, sur le magnétisme et sur les phénomènes du globe en général. Les Mémoires des savants étrangers à l’Académie, tomes XXIV et XXVI, renferment, pour les années 1852 et 1855, deux écrits qu’il a donnés sur les phénomènes de la persistance des impressions de la lumière sur la rétine, et un essai sur les effets de réfraction et de dispersion produits par l’air atmosphérique. On a du même auteur différentes notices qui ont été insérés dans les Bulletins de l’Académie et qui se rapportent, en général, aux propriétés de la lumière et de la physique du globe.

Au nombre des travaux publiés récemment, nous mentionnerons aussi un traité sur l'électricité de l'air, que M. Gloesener a fait paraître : c’est un sujet dont il s'est toujours occupé avec constance et qu'il a pris particulièrement soin d’appliquer à la télégraphie électrique. Nous citerons encore M. B. Valerius, auteur d’un écrit sur les séries et de différents travaux sur les sciences chimiques et physiques, dans lesquels s’est également fait connaître avec avantage son frère, M. H. Valerius, professeur à l'Université de Gand, qui a publié un ouvrage élémentaire remarquable sur les sciences physiques.

M. Gruver, à qui l’on doit depuis longtemps de nombreux ouvrages sur la philosophie, a porté plus loin ses travaux, et il a spécialement composé un traité dans lequel il s’est attaché a examiner la partie métaphysique des sciences.

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Celte partie est peu cultivée par les physiciens, qui recherchent plutôt le fait en lui-même que les motifs métaphysiques qui peuvent en faire varier les circonstances.

Les mémoires de l’Académie royale de Belgique renferment des recherches assez nombreuses et des catalogues intéressants sur les tremblements de terre que M. Alexis Perrev, professeur à Dijon, lui communique régulièrement depuis plus de vingt ans. Ce savant s’occupe, avec une ardeur et un soin remarquables, de réunir, pour les différents points du globe, les phénomènes de ce genre qui s'v manifestent. Sa patience éclairée a mérité l’attention de tous les physiciens, qui lui transmettent avec activité, non-seulement les observations qu’ils parviennent à recueillir sur tous les points du globe, mais encore les indications des phéuomènes anciens, afin de compléter autant que possible nos connaissances sur ce point important. D'une autre part, on doit savoir gré à l'Académie de Belgique d’avoir toujours réservé une place dans ses' recueils pour des recherches aussi intéressantes : c’est un véritable service rendu aux sciences. Les communications de M. Perrev, ainsi que celles de MM. Bravais et Martins, tiennent surtout à l’accord qu’ils avaient trouvé entre leurs idées, partagées aussi par quelques savants belges, sur la composition du globe et sur l'origine des volcans.

Le savant physicien Bravais , que les sciences ont perdu depuis peu, «'était chargé de résumer les opinions de ses collègues à cet égard, de faire apprécier le peu d’épaisseur de la couche déjà solide de notre globe, et l’étal de fluidité intérieure qui souvent se fait passage par les ouvertures volcaniques : il se proposait d’examiner l’hypothèse d’un double mouvement de rotation dans ces deux parties du globe, qui seraient séparées l’une de l’autre et qui auraient des mouvements de rotation différents. L’étalactucl de la science permettait, nous semble-t-il, l’examen rai-

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sonné d’une hypothèse semblable, et personne ne l’eût soutenue avec plus de mérite que M. Bravais.

Parmi les sociétés qui, dans ce pays, s’occupent de l’étude des sciences exactes, nous devons signaler surtout la Société royale des sciences de Liège. Les différentes publications qu’elle a faites concernent plus particulièrement, il est vrai, les sciences naturelles et physiques; mais elle s’est efforcée de soutenir avec honneur le nom brillant que lui ont laissé ses prédécesseurs, dont plusieurs étaient aussi membres de l’Académie royale.

Quoiqu’il n’entre pas dans nos vues de traiter de l’histoire de la chimie, nous avons eu l’occasion de citer les travaux de Van Mons : plus tard, les recherches de Martens, Stas, Melsens, De Hemptinne, De Koninck, Donny, Marcska, Kesteloot, etc , ont fait connailre que celte belle science a trouvé de dignes soutiens dans nos provinces. Leurs différents écrits prouvent qu’ici encore la Belgique peut marcher avec les autres pays, même les mieux partagés.

A ces travaux nombreux, il convient de joindre les résultats obtenus pour les sciences médicales, qui se développent de la manière la plus heureuse. On peut mentionner spécialement les recherches produites par l’Académie royale de médecine, qui représente cette partie que les Belges ont cultivée à toutes les époques avec une sorte de prédilection, ainsi que les sociétés diverses pour le service sanitaire qui couvrent tout le pays et tendent à multiplier leurs bienfaits dans les provinces. L’art de guérir, qui a toujours eu, chez nous, des représentants de distinction et qui cite avec fierté le nom de Vésale, ne tardera pas à trouver de dignes historiens pour rappeler l’ensemble de ses mérites, comme nous l’avons pu voir déjà par d’heureux essais tentés par des hommes habiles. Nous sommes fiers de proclamer, dès à présent, que les anciens sonve-

nirs recueillis dans le pays s’assemblent avec soin par des écrivains capables qui sauront les mettre sous leur véritable jour.

La théorie des probabilités n’a commencé à fixer l’attention des savants que depuis deux siècles : Pascal en fut un des premiers promoteurs; et cette science nouvelle prit des développements assez rapides pour fixer l’attention des mathématiciens les plus habiles. On a vu, dans ces derniers temps, l.aplaee, Gauss, Fourier, Poisson, Bailv et la plupart des grands mathématiciens faire marcher de front, avec les travaux les plus épineux de l’astronomie, les principes des prohabilités et y chercher des règles pour mesurer les chances des événements et calculer la probabilité de leurs retours (*). Cette théorie mathématique a, par les difficultés qu’elle présente, exercé les esprits les plus profonds : les résultats auxquels ils ont été conduits ont dû modifier les idées sur bien des points. On a compris qu’en étudiant les chances d'un événement, on peut calculer les probabilités de son retour et aborder un problème, lors même que ce retour présente des incertitudes plus ou moins grandes.

Pendant que les savants approfondissaient cette partie difficile du champ des recherches, les hommes d'expérience et en particulier ceux qui s'occupaient pratiquement de la théorie des chances, des jeux, des assurances et de tout ce qui appartient aux probabilités, leur présentaient des problèmes

(•) Nous citerons en particulier un ouvrage intéressant de sir John F. W. Herschel, sur plusieurs des sciences modernes, et intitulé : Fssays from the Edinburgh and quarterly Revietcs, 1 vol. grand in *8°, 1857 : dans un des chapitres, le célèbre auteur anglais a consacré une centaine de pages à examiner l'importance des principes de la théorie des prohabilités sur les sciences en général et en particulier sur l'astronomie. Les idées, développées dans cette partie inlilulée : Quetelet an Probabilités, prennent la question plus haut que leur titre ne semble l'indiquer et exposent, avec une grande clarté, l'importance de la théorie des probabilités, appelée en quelque sorte h devenir la régulatrice des sciences d'ohservation. Celle partie importante ne pouvait être confiée à de meilleures «nains.

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à résoudre et éveillaient leur attention par des questions d’un intérêt pressant. La pratique ici vint après la théorie, dont les conseils lui servirent de guides. On suivit une route à peu près opposée à celle qu’on observe ordinairement. Il se développa alors une vaste science dont les lois mystérieuses sont encore entourées de bien des nuages : la statistique, qui s’était formée sous le patronage des probabilités, prit les développements les plus rapides et finit par croire quelle pourrait se passer du concours de la science qui devait tracer sa marche. La statistique, si brillante et si riche pour l’avenir, crut pouvoir s'appuyer de ses propres forces, et donna parfois prise aux erreurs les plus déplorables , erreurs d’autant plus fâcheuses que souvent elles n'étaient pas comprises par ceux mêmes qui les faisaient. Ces abus, dont les causes n’étaient pas directement connues du public, finirent par retarder les progrès de celte science féconde : ils arrêtèrent ses pas au moment où, pour se développer, elle avait besoin de la plénitude de sa force.

On comprit alors que la science qui explique les faits sociaux et la probabilité de leur retour ne doit pas être confondue avec la simple connaissance de ces faits recueillis d’une manière plus ou moins vague et qui constitue la statistique pratique. Comme on l’entend aujourd'hui, celle-ci est bien différente de la statistique mathématique, qui ne procède que d’après les principes les plus sévères et que l’on peut classer à bon droit parmi les sciences rationnelles les plus utiles, ajoutons en même temps les plus difficiles. En effet, les phénomènes qu’il s'agit de considérer ne dépendent pas seulement de toutes les forces physiques que l'on est habitué de rencontrer dans les phénomènes étudiés jusqu'à présent; il faut encore savoir tenir compte de faits purement personnels et qui semblent dictés par le vouloir capricieux de l'homme. Il intervient ici un ordre spécial do

forces que, jusqu’à présent, l'on n’avait pas eu à considérer. Des esprits éclairés ont entrepris déjà de reconnaître leur influence et ont pu apprécier, malgré les préjugés reçus, que cette nouvelle nature de forces n’était pas dans le cas de devoir opposer un obstacle à l’étude de ces faits intéressants.

Notre pays a pris part à ces pénibles travaux : il n’a pas vu sans intérêt les essais entrepris pour régulariser la marche de l'expérience et en connaître les écarts probables : on s’égare parfois,- il est vrai, dans des théories dont on peut facilement occasionner les abus dès qu'on veut en franchir les limites. Sur bien des choses, il a fallu marcher avec hésitation, parce que les principes sur lesquels on devait se baser échappaient à toute appréciation bien déterminée. Mais les sciences font chaque jour des progrès nouveaux ; il est néanmoins des parties qu’il a fallu abandonner jusqu’ici, parce qu’on ne possède pas encore les moyens de les soumettre à des principes calculables (').

(') Voyez, dans les Mémoires el les Bulletins de l'Académie royale, différents écrits de MM. Vcrbulsl et Quelelct sur le même sujet. Ce dernier a donné aussi les ouvrages suivants :

Sur l’homme et le développement de ses facultés , ou essai de physique sociale: •J vol. in-Ho; 1855, Paris, chez Bachelier.

Théorie des probabilités appliquée aux sciences morales et politiques. 1 vol. grand in-8® ; 1840. Bruxelles, llayez.

Du système social et des lois qui le régissent. 1 vol. in-8°; 1848, Paris, chez Guillaumin et comp.

Sur la statistique morale et les principes qui doivent en former la base , mémoire inséré dans le tome XXI de l'Académie royale, in-4°, 1848, avec les rapports de .MM. I)c Decker el Van Meenen, qui ont traité chacun la même question philosophique sous des vues spéciales différentes.

Ces ouvrages ont été traduits dans plusieurs langues, et spécialement celui Sur Thomme et le développement de ses facultés. Bientôt paraîtra une édition uouvelle de celui-ci, avec des additions nombreuses puisées surtout dans les deux ouvrages suivants. Il sera précédé de l'aperçu remarquable sur ces travaux que sir John Hcrschel a publié dans la Revue d’ Edimbourg , n° 185, pour juillet 1850, el qo'il a produit plus tard dam l'ouvrage Essaye from the Edinbourgh

Sans s’arrêter à celte partie élevée de ia science, difi'crentes personnes, lancées dans les affaires politiques et administratives, ont, de leur côté, tourné leurs pensées vers des recherches purement spéculatives. M. Ch. de Brouckerc, malgré ses occupations nombreuses, comme bourgmestre de Bruxelles, trouvait le temps de diriger la partie administrative et politique de l’Encyclopédie belge et de publier des écrits intéressants sur l’économie politique en général. Cette science a trouvé également de dignes représentants dans MM. le comte Arrivabenc, de Molinari ('),• le Hardy de Beaulieu, F. Laurent, Brasseur, Herry de Cocquiau, et dans plusieurs autres économistes qui ont su faire aimer la science et lui donner, en Belgique, un intérêt toujours croissant.

Nous avons eu l’occasion de parler déjà, dans un autre ouvrage (*), des développements que la statistique avait pris pendant le régne précédent, et de la formation des commissions provinciales de statistique qui avaient été rattachées à la Commission centrale établie auprès du ministère de l’intérieur; nous avons rappelé en même temps que le gou-

and quarterly Hevietcs, du nul me auteur ; in-8% 1 vol., chez Longman, en 1857. On verra sons quel point de vue élevé la science de la statistique a été considérée par cet astronome, l'un des plus remarquables de cette é|x>que.

La statistique mathématique a été traitée par M. Verbulst, dans deux mémoires : Recherche» mathématiques sur la loi d'accroissement de la population. Nous eu parlerons dans le livre suivant.

M. J.-E. Horn a publié un excellent manuel de statistique, pendant son séjour en Belgique : Bevôlkerungs xcissenschaftliche Studien aus Belgien , 1 vol. in-8». Leipzig, chez Brockhaus, 1854. Voyez aussi : Die Gesetzmàssigkeit, etc., par Adolphe Wagner, 1 vol. in-8°. Hambourg, chez Boyes elGeisler, 1864.

On doit aussi à M. Liagrc un traité élémentaire Sur le calcul des probalités et la théorie des erreurs. Bruxelles. 1 vol. in-12, 1852, et à M. Quételet, Des instructions sur le calcul des probabilités. 1 vol.in-18; 1828.

(•) M. de Molinari publie depuis longtemps, avec succès, le journal périodique 1/ Économiste belge, organe désintérêts politiques et économiques des consommateurs, qui parait deux fois par mois; on lui doit aussi un grand nombre d'ouvrages sur l’économie politique, et sou frère, M. E. de Molinari, a publié le premier volume d'une série d'^rmuai res qui paraîtront annuellement sur la même science.

(•) Histoire des sciences math., pages 562 et suivantes. 1 vol. in-8"; 1864.

vernement actuel avait adopté, en 1841, le même système, mais en le modifiant et en y ajoutant des améliorations importantes par les soins de M. Licdts, alors ministre de l’intérieur C’est peut-être ici le lieu de signaler les principaux services que cette organisation nouvelle a pu rendre au pays, soit pour aider les travaux administratifs, soit pour faciliter les travaux scientifiques, car la Commission devait opérer à la fois comme branche administrative et comme corps savant chargé de la publication de documents divers, et de sa mise en relation avec les corps savants de môme nature qui existent dans les divers pays ('). Elle doit être, sous ce rapport, une véritable société savante pour les sciences administratives.

(') Voici, d'après son règlement d'ordre, l'indication de ses attributions principales :

1° Dresser un plan complet de la statistique du pays ;

2° Signaler les lacunes ou les détails superflus que présentent les publications statistiques;

3» Donner son avis sur les modèles des tableaux dans lesquels les renseignements recueillis doivent être classés, qui lui seront remis de la part des différents départements ministériels, et, le cas échéant, de proposer elle-même ces modèles ;

4° Veiller à ce que tout double emploi soit évité dans les demandes de renseiguemenls et dans les publications elles-mêmes;

5° Donner un avis motivé sur les projets de rapports au Roi, relatifs aux travaux statistiques des divers départements, lorsque ces rapports doivent être rendus publics;

6° Diriger les publications de statistique générale au ministère de l'intérieur;

7° Faire toutes les propositions qui lui paraîtraient propres à introduire de l'unité ou des améliorations dans les travaux statistiques.

Le même règlement statue que desmemhres correpondants peuvent être nommés par la Commission centrale avec l'approbation du ministre.

Voici quels furent les membres de la Commission au moment où elle fut organisée, il y a un quart de siècle : MM. L. Veydt, Visschers, Malou, Ed. Ducpétiaux, Sauveur, Ed. Smiis, V. Misson, Quetelet, président ; Schltm, C. Detournay, Perrot, X. Heuscbliog, secrétaire. Généralement, tous les membres ont pris part à la rédaction des Bulletins ; mais plus particulièrement M. Heuscbliog, à qui l'on doit encore plusieurs autres ouvrages statistiques.

La Commission centrale de statistique se compose actuellement de quatorze

Au premier abord, l’organisation nouvelle peut paraître la même que l’organisation ancienne; mais elle est dans le fait bien différente. Ici, tous les travaux principaux se font par la Commission centrale du gouvernement, et les commissions provinciales n’interviennent que pour fournir des renseignements relatifs à leur localité, et très-rarement pour publier des documents spéciaux, qui alors prennent place dans les Bulletins de la Commission centrale. Il a paru successivement dix volumes de ces bulletins, qui, outre les procès-verbaux des séances, renferment les rapports et les actes officiels concernant la statistique, et de plus une série de mémoires et de communications qui forment une partie distincte.

Celte manière de travailler donne un intérêt nouveau aux recherches des membres; mais ce qui a surtout imprimé

membre», en y comprenant son président et son secrétaire. Les commissions provinciale*, présidées par les gouverneurs, ont douze membres, et, de plus, la Commission centrale peut avoir jusqu’à quatre-vingts membre» correspondants parmi les savants étrangers à la Belgique. Ses principales publications sont :

l* Dix volumes in-4°de ses Bulletins, destinés à recevoir: a, les mémoires et communications; 6, les procès-verbaux j c, les rapports; d. les actes officiels; e, la bibliographie de la statistique.

2° Mouvement de l’état civil pendant les années 1841 à 1850 inclusivement, 10 volumes.

3° Recensement général de la population , de l'agriculture, de l'industrie, exécuté en 1846. 6 volumes.

4" Exposé de la situation du royaume |»our la période décennale de 1841 à 1850. 1 volume.

5e Exposé de la situation du royaume pour la période décennale de 1851 à 1800. 3 volumes in-4°; 1804.

0° Recensement général de la population et de l’agriculture exécuté en 1850. 2 volumes.

Dans la Commission précédente, au moment où éclata la révolution de 1830, on n’avait publié que deux volumes très-incomplets de documents statistiques, et l’on venait de faire nu essai assez étendu sur le dénombrement de la population. La partie de ce recensement relative à la Belgique fut publiée par MM. Smiis et Queielel, sous le titre : Recherches sur la reproduction et la mortalité . 1 vol. in-8°; 1839.

une puissante impulsion à leurs travaux, c'est l’espèce de fraternité qui s’est établie entre les délégués de tous les pays civilisés. Le gouvernement de la Belgique, en 1853, eut l’heureuse idée de demander aux différents Étals de réunir leurs statisliciens officiels pour chercher à introduire plus d’ordre et d’unité dans les travaux respectifs de chaque pays. Tous les Étals civilisés sentirent le but utile d’une pareille association, et dès lors se formèrent les congrès statistiques qui se sont successivement réunis à Bruxelles, à Paris, à Vienne, à Londres, à Berlin ('). Bientôt, il faut l’espérer, l’on ira plus loin, et l’on devra aux bienfaits de cette association une uniformité de rédaction entre les travaux officiels de tous les pays éclairés, qui permettra de les comparer immédiatement les uns aux autres et de les juger d’une manière plus sure. La discussion entre les personnes instruites des différents États donnera le moyen de choisir les méthodes les plus rigoureuses, et l’on sentira le besoin de les rendre uniformes, pour pouvoir les comparer immédiatement et pour réunir, sous un format régulier et dans quelques volumes, les résultats statistiques les plus généraux.

Cette idée a été adoptée au congrès de Londres, chez le peuple qui apprécie le mieux peut-être l'économie du temps et la simplicité des administrations. Un plan y fut admis pour l’adoption de mesures communes à tous les pays et pour rendre les documents immédiatement comparables. Tous les Étals de l'Europe et l’Amérique du Nord apprécièrent l'avantage d'un pareil travail; tous s’obligèrent à donner des documents comparables, et tous surent exécuter rigoureusement leurs promesses. Le premier essai a donc été fait relativement à la population : l’expérience prouvera, dans les

('} Voyez plu* haut, page 25.

séances du congrès qui suivront, si ce premier essai, sans doute défectueux encore, peut engager à persister dans la voie où l’association a cru devoir essayer le premier pas (').

Lors du premier congrès qui fut tenu à Bruxelles, les statisticiens s'étaient d’abord joints aux économistes pour traiter ensemble les problèmes de l’ordre social qui semblaient leur appartenir en commun ; mais il fut facile de remarquer, dès la première réunion et malgré le désir de plusieurs savants, que ces deux sciences n’étaient pas encore assez avancées pour pouvoir se prêter un mutuel appui. La séparation eut lieu, en elfet, sans froissement : l'union statistique, formée par les gouvernements, continua librement ses travaux dans une voie plus resserrée que l'économie politique et en demandant à l’observation tous les résultats dont elle pouvait disposer.

L’économie politique, plus hardie, et voyant les choses sous un point de vue plus élevé, mais peut-être moins sur, entreprit de faire route séparément. Elle s’éloigna des gouvernements, dont la statistique, au contraire, sentait le besoin de se rapprocher, pour y trouver l’objet de ses éludes. Il se forma dès lors un congrès spécial, celui des sciences sociales (1861), dont les premières réunions eurent lieu successivement à Bruxelles, à Garni, a Amsterdam et en Suisse. Ce congrès, comme celui de statistique, publie le recueil de ses discussions après chaque session ; mais l'espace d’une session à l’autre ne se trouve pas rempli par les assemblées des commissions spéciales de chaque pays. On conçoit, du reste, l’intérêt que doivent inspirer de pareilles assemblées et l’avantage quelles présentent pour la science. Il est à

(•) Le volume a paru sous le titre : Statistique internationale (population) publiée avec la collaboration des statisticiens officiels de différents États de V Europe et des Etats-Unis de l’Amérique, par A. Quelelei, président, et Xav. llcuschling, secrétaire de la Commission centrale de statistique de Belgique. Bruxelles, in-4", chez Haycz. I vol. in-4°; 1865.

désirer que des sociétés semblables s'établissent dans les différents pays et que, pour arriver à la vérité, elles puissent mettre en œuvre les propositions que la raison et l’expérience leur indiquent, en attendant qu’elles aient fait assez de progrès pour sentir leur véritable force et pouvoir se prêter des secours mutuels.

Ces deux sciences, à la suite de leurs séances générales, ont publié des comptes rendus détaillés sur les objets qui y avaient été traités et sur ce qui tenait à leur formation. Elles ont produit plusieurs ouvrages remarquables, et elles donnent de nouvelles preuves quelles entrent sans peine dans les habitudes d’ordre et d’industrie qui les concernent plus spécialement. Elles ont trouvé néanmoins de la peine à s’ouvrir un passage avant qu’on put bien en comprendre le but et l’utilité. On citait, chez nous, depuis plus d’un siècle, il est vrai, quelques recensements partiels et des essais plus ou moins heureux pour constater les naissances, les mariages et les décès. C’était le clergé qui était spécialement chargé, comme dans la plupart des autres pays, de faire les relevés dans les provinces; mais la marche sévère de ces sciences restait à faire; et les premiers succès qui ont été obtenus prouvent assez que l’on apprécie leurs services et qu’on tiendra compte de leurs efforts heureux.

Les beaux-arts, à leur tour, eurent, en 1863, un congrès solennel à Anvers. Celte assemblée, espèce d’hommage rendu aux arts et à ceux qui les cultivent avec succès, ne paraissait pas avoir eu d’autre but spécial, en la considérant sous le point de vue des lettres. On y parla, il est vrai, des grandes questions qui se rattachent à son domaine, plutôt pour en éclairer quelques points que pour déterminer les mérites des différentes écoles, ou pour indiquer la marche qu’il convient de suivre, en ayant égard à la nature et aux usages des différents pays.

Si nous notions forcé de nous renfermer dans les limites que fixent- les sciences physiques et mathématiques, nous pourrions, outre les trésors des beaux-arts, faire valoir les bienfaits que les lettres doivent à l'ancienne Belgique, et citer particuliérement les écrivains distingués qui font revivre les souvenirs glorieux de leurs pères. Nous mentionnerons cependant les moyens, donnés aux sciences comme aux lettres et aux arts, de marcher avec plus de facilité et de grandeur. Plusieurs édifices scientifiques qui manquaient à la Belgique avaient été créés pendant les dernières années du règne précédent : ainsi, pour ne citer que les établissements de Bruxelles, nous compterons, en premier lieu, l'Académie royale de Belgique et sa Commission spéciale pour l'histoire du pays; le Jardin botanique de Bruxelles; l’Observatoire royal, placé dès sa naissance au nombre des principaux établissements semblables de l’Europe; le Musée royal d’histoire naturelle, le Musée d’armures et d’antiquités du pays, ainsi que le Musée d’industrie. Il en est de même des collections anatomiques et des magnifiques hôpitaux qui rappellent notre illustre Vésalc; le long des boulevards de la capitale, où se trouve la statue de ce grand anatomiste, se sont formés depuis l’un des plus grands hospices du pays et, en face, le magnifique Jardin Botanique de la même ville. De pareils établissements se sont élevés dans le reste du pays, qui jouit maintenant du nombre d’institutions scientifiques le plus considérable que puisse montrer peut-être aucun autre pays dans un espace aussi limité.

Après la révolution de 183Ü se forma, au moyen de l’ancienne bibliothèque des ducs de Bourgogne, ainsi que de la Bibliothèque de Bruxelles et de la riche réunion des livres de Van Hullhem, une bibliothèque nationale, qu’on peut placer aujourd'hui, pour ses richesses littéraires, à côté des plus belles collections modernes. On y trouve parmi ses ma-

nuscrils, une quantité de livres de la valeur la plus grande : nous nous bornerons à mentionner, pour la science, les précieux manuscrits de Grégoire de Saint-Vincent. Nous devons citer aussi le magnifique Jardin Zoologique avec ses collections, dont les fêles sont recherchées avec empressement par la population toujours croissante et par les étrangers nombreux qui affluent dans la capitale. Les arts ne se reproduisent pas avec moins de magnificence : sous un mailre habile, la musique a repris l’ancien rang qu'occupait l'école belge, et il en est de même de la peinture. On voit ces deux arts se replacer au premier rang où ils avaient toujours brillé autrefois.

Nous citerons encore, parmi les institutions consacrées aux sciences, aux lettres et aux arts, l'établissement géographique de Vandermaelen, et la nouvelle université de Bruxelles , dont les bâtiments et les collections n'auront plus aujourd’hui à le céder ni aux établissements de l’État, ni à celui de Louvain ('). Certaines collections de la capitale, il est vrai, auront toujours, par leur but spécial, une importance moins grande : ainsi les collections géologiques, les appareils des usines et tout ce qui concerne l’exploitation du sol et les établissements métallurgiques présenteront plus d’importance et plus de richesse dans les provinces de Liège, de Hainaut et de Namur, qui peuvent lutter pour la magnificence avec les établissements industriels les plus beaux de l’Angleterre; les superbes musées

(•) Nous avons fait connaître, dans V Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les l telges , page 304, qu’en 1827, le gouvernement des I'ays Bas, animé du désir de voir se répandre le goût des sciences, avait organisé des cours publics au Musée de Bruxelles: ces cours fuient suspendus à l'époque de la révolution de 1830, et furent remplacés plus tard par l'Université de Bruxelles. Nous saisissons celle occasion pour réparer une erreur qui s’est glissée au sujet du savant professeur Baron, dont le nom a été omis dans la liste des professeurs du Musée, insérée à la page 304 de V Histoire des sciences mathématiques , et qui a été, plus tard, l'un des fondateurs de la nouvelle Université libre.

- 9fi —

«l’Anvers et les richesses agricoles et manufacturières des deux Flandres, attireront plus spécialement l’attention sur chacune de ces provinces. Noire principale ambition, après deux siècles de malheurs, est de pouvoir marcher avec aplomb et dignité dans la voie où se sont illustrés nos pères, et de pouvoir reparaître avec quelque distinction au milieu des autres nations éclairées de l’Europe.

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