CHEVREUIL (L
Il n’y a aucun danger à étudier l'Occultisme ; mais que faut-1l entendre par : la pratique des sciences occultes ? La pratique (dite magique) suppose tout simplement une connaissance encore inconnue du vulgaire ; elle vaut ce que vaut l'opérateur. S'il a la science et la bonne intention, il ne court aucun risque. Le danger serait pour celui qui, sans étude spéciale, se laisserait tenter par la curiosité et n'aurait d’autres mobiles que l'intérêt. Celui-là peut subir l'attrait du merveilleux et sa raison peut sombrer. Mais ce danger n'est pas spécial à l’occultisme. ‘out enseignement mal interprété peut donner lieu à des élucubrations folles. Voyez par exemple les cérémonies cultuelles qui se pratiquent à l'Eglise : chants, prières, encens, cierges, eau bénite, aspersions, consécrations sont, sans que le prêtre s'en doute, des opérations magiques ; elles sont excellentes, on ne peui pas nier leur influence bénéfique et cependant nous pouvons constater assez souvent un déséquilibre bien caractérisé dans la folie mystique. « La crainte du diable et de l’enfer, a écrit Bière pe Boismonr, est à l’origine de bien des cas de folie. » Il en avait un certain nombre dans sa seule clinique... Le spiritisme est une branche de l’ocultisme : mais on ne pratique pas le spiritisme, il vient à nous. Il y a des naïfs, mais la crédulité n'est pas un déséquilibre mental. Il n’y a de déséquilibre que dans les pauvres cervelles. (3) à ;
(1) Extrait d'une lettre adressée à l'auteur.
(2) Extrait d'une lettre adressée à l'auteur. (3) Extrait d'une lettre adressée à l'auteur.
CEAUDE (Prof. H.).
L'étude des sciences occultes et à plus forte raison la pratique de celles-ci m'a paru d’un effet désastreux sur la plupart des sujets mal équilibrés ou ayant certaines propensions délirantes vaguement ébauchées. En général, j'ai observé une recrudescence de tendances latentes où même l'explosion à l'occasion de certains troubles physiques où moraux, de conceptions délrantes en frapport avec cette pratique.
Du point de vue de l'hygiène mentale, je considère donc qu'il devrait être absolument interdit aux individus dont la constitution n’est pas absolument normale de faire des investigations du côté des sciences occultes (1).
CLAVELLE.
L'expression « sciences occultes $ qui sert à désigner, d’une façon d’ailleurs fort équivoque, les vestiges des sciences traditionnelles de l'Occident, englobe des connaissances et des pratiques trop différentes pour qu'on puisse appliquer à toutes un jugement identique.
Il me paraît certain, par exemple, que la pratique de l’astrologie judiciaire, rangée communément parmi lies « sciences occultes » ne présente guère de danger, sauf le cas où une prédiction agit sur l'intéressé à la manière d’une suggestion et le pousse à faire précisément ce qu’on lui a prédit, ou ce qu'il a prédit lui-même qu'il ferait. Cet inconvénient existe dans tous les arts divinatoires.
Mais je pense que ce n’est point l’astrologie que vous avez en vue, non plus que la sorte de dangers dont je viens de parler. Vous pensez surtout, sans doute, à la magie, cette autre « science occulte » qui exerce un si puissant attrait sur un certain nombre de nos contemporains. Ici, je n’ai aucune hésitation à vous répondre : la pratique de la magie présente très certainement de graves dangers pour celui qui s’y livre... et aussi, parfois, pour les autres... ; mais ceci est un autre aspect de la question.
La nature et l'existence de ces dangers s'expliquent fort aisément : la magie a pour domaine la manifestation subtile, le monde intermédiaire entre le monde corporel et le monde spirituel et que les occultistes appellent, assez exactement, le «& plan ‘astral ». Il est bien évident que l’homme ne peut agir dans ce domaine qu’au moyen de ce qui, en lui, est du même ordre, c’est-à-dire les divers « véhicules » qui constituent sa « forme subtile ». Cette forme subtile, qui est en quelque sorte le siège de la vitalité, est en rapport avec la forme corporelle, d’une part par les nerfs, de l’autre par le sang. Or, dans une opération magique telle qu'une évocation, par exemple, le magicien ne fait que prêter à la force qu’il à captée (la tradition
(1) Extrait d’une lettre adressée à l'auteur, si
Ne se
extrême-orientale dirait : à l'influence errante) une sorte de conscience, reflet ou prolongement de la sienne propre, et en même temps une partie de sa vitalité ; c’est cela qui constitue à l’ «influence » en question une sorte d’individualité temporaire. On conçoit aisément que de semblables « dépenses » vitales et mentales puissent amener des troubles graves dans l’économie du système nerveux et dans l’appareil circulatoire. Ceci, sans préjudice des dangers subits qui peuvent résulter d’une « fausse manœuvre » susceptible de mettre l'opérateur à la merci d’une de ces forces psychiques qu'il prétend utiliser.
Ecrpnas Lévi, dont je suis fort éloigné de partager toutes les idées, mais qui possédait une connaissance à la fois théorique et pratique de la magie, affirme que les opérations magiques peuvent conduire à la folie, surexciter le système nerveux, produire l’évanouissement et même la mort par congestion cérébrale ; il me semble que les explications qui précèdent peuvent aider à comprendre que l'avertissement d'ÉLremas Lévr n’est pas de la vaine littérature. Il est certain que le danger est d’ autant plus grand que le magicien connaît moins bien le domaine dans lequel il s’aventure ; c’est pourquoi ceux qui font de la magie sans le savoir, comme les spirites, sont assurément les plus exposés puisqu'ils ignorent les plus élémentaires des précautions dont s’entoure un magicien qui sait ce qu'il fait.
Tout ceci ne concerne que la pratique de la magie. L'étude théorique de cette science naturelle et expérimentale ne présente évidemment plus les mêmes dangers ; l’inconvénient est alors de se laisser absorber par cette étude somme toute inférieure, au détriment de la connaissance purement spirituelle qui est la seule chose vraiment importante. Cette dernière considération sera sans doute de peu de poids aux yeux du plus grand nombre ; pour moi elle est tout à fait capitale (x).
CORNILLIER. (PIERRE).
L'étude approfondie des sciences occultes, — impliquant l'expérimentation et l'application pratique, — exige des qualités de jugement et de sang-froid, un désintéressement ei un esprit de sacrifice, des aspirations ‘élevées, qui ne sont pas courants.
Pour ceux qui possèdent ces aptitudes, non seulemenet ladite étude ne conduit pas au déséquilibre mental, mais au contrare elle doit accroître considérablement les forces mentales morales et la sérénilé rayonnante du pratiquant.
Quant aux autres — ceux qui n'ont pas une constitution nerveuse et cérébrale suffisamment solide, ou qui ne cherchent dans ces études qu'une acquisition de pouvoirs personnels, ou encore une satisfaction de curiosité, — pour les autres, il y à évidemment des risques et un danger réel.
Mais toutes les différentes études, toutes les voies que peuvent
(1) Extrait d'une lettre adressée à l’auteur.
prendre les activités humaines donneraient lieu à la même remarque... Dans le passé, l’initialion progressive permettait de juger des forces du postulant et.…, d’écarter les inaptes, de classer les novices suivant leurs facultés.
Maintenant, la licence détermine une sélection de conséquence parfois fâcheuse, mais après tout effective.
Les méfaits de l’occultisme sont inexistants comparés à ceux de l'alcoolisme, des abus sexuels, et à tous ceux générés par le développement elfréné de nos passions égoïstes (x).