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avait du goût pour la littérature, d'écrire tout un livre sur le spiritisme. Elle l’intitula : « Lumière et Vérité ».
Un autre auteur, M. Francis DE MircLaIR, aftire également l'attention sur la crédulité dont on peut faire un reproche à de nombreux spirites :
« Ce qui fait durer le spiritisme c’est la foi préconçue de ceux qui assistent aux séances. Du moment que l'esprit se déclare présent par la bouche du médium, tout est fini de leur prudence ; rien de la vie présente n'existe plus ; ils quittent le sol de notre planète avec une légèreté et une insouciance extraordinaires ; voilà même ce qu'il y a de plus étonnant et de plus merveilleux dans la religion spirite : c’est l’absolue crédulité qui frappe ses adeptes... Les spirites vivent tellement par leurs conceptions en dehors du monde habituel, que rien ne leur paraît extraordinaire. Il suffit d'approcher d’eux avec prudence et de simuler la même croyance, pour faire d’eux ce qu’on veut. Cette absence de contrôle et de méfiance les met à la merci de tous les individus louches, qui cherchent, par tous les moyens, à remplir leur escarcelle..…. Dans ma jeunesse, je me souviens avoir entendu interroger ABp-EL-KADER qu'à tort l’on croyait mort, mais qui n’en répondait pas moins avec beaucoup d’obligeance...…. Ea puissance de lautosuggestion est telle que j'ai entendu une spirite me dire « C’est inimaginable ; dans le salon de Papus, son portrait, à de certains moments, semble vivant, ses lèvres s animent, et ses yeux nous regardent. » (Le Démon Spirite.)
À propos de quelques photographies spiritiques déjà anciennes, photographies jugées par nombre de spirites comme étant des plus iutéressantes, M. le Professeur Crarzes Ricrer Père s'exprime de la façon suivante dans son remarquable Traité de Métapsychique : « ...Maigré toute ma bienveillance, il m'est impossible de considérer comme authentiques la plupart de ces figures. De même, il faudrait être terriblement naïf pour accepter les photographies du Docteur Fr. HauMann, de Washington. Pour presque toutes les photographies qui consistent à montrer des doubles sur
la plaque, il s’agit d’une erreur photographique ou d’un truc, truc très facile. On a souvent invoqué, pour affirmer la réalité de la bilocation, l:s photographies dans lesquelles il y a deux images juxtaposées de la même personne : l’une nette, l’autre floue et vaporeuse. Mais en fait de photographie la supercherie est si facile, si enfantinement facile, qu'on ne peut attacher la moindre importance à ces images doubles. Il faudrait être dépourvu de tout esprit de critique pour croire que, parce qu'il y a une seconde image sur un cliché, il y a eu une apparition matérialisée. »
Dommage que bien des spirites ne fassent pas montre d’une aussi grande réserve que CuarLes Ricner Père dans l'interprétation de ces photographies !
Par ailleurs, dans un article publié dans la Revue Métapsychique de novembre-décembre 1921, CHARLES Ricxer ne cache pas son étonnement en présence de certaines affirmations telles que celles d’un M. HuBerT WALes, par exemple, qui, entre autres détails sur les esprits, précise qu'ils portent des vêtements, prennent des aliments et ne dorment pas. Et CaarLes Ricuer de dire qu'il ne partage point la « robuste foi » de ce correspondant de M. Coxan Dore, « victime d’un anthropomorphisme naïf. »
Frépéric Bourer relate, dans Les Aventuriers du Mystère, une séance de spiritisme organisée rue de Trévise vers la fin du siècle dernier, séance consacrée à un... accouchement astral par l'intermédiaire d’un médium femme, bien entendu ! Le tout se passa dans l'obscurité la plus profonde et les assistants — parmi lesquels se tenait ANATOLE FRANCE — durent se contenter d'entendre les plaintes du médium en proie à ses couches surnaturelles, et les cris perçants puis les sarcasmes ! de « l’enfant-Esprit ! »
C'est avec raison que M. le Professeur J. Grasser rappelle dans l’un de ses ouvrages l’histoire de l’archidiacre Correy. Elle est instructive à plus d’un titre pour ceux qui ne paragent pas la « robuste foi » de certains spirites. Nous écrivons « certains » spirites parce qu'il est équitable de ne pas oublier que nombre de fraudeurs furent démasqués par des spirites moins crédules que d’autres. Ce fut par exemple
le cas de Mrs Wicriams, que notre ami M. Pauz LeymaRiE ceintura bel et bien en pleine séance, permettant ainsi de dévoiler l’imposture.
Mais revenons à l'aventure de l'archidiacre CoLLey, revenons à la citation de M. je Professeur J. GRASSET :
À diverses reprises, écrit J. Grasser, des expérimentateurs soupçonneux ont voulu essayer de saisir à bras-le-corps ie fantôme et de le tenir solidement jusqu'à apparition de la lumière et constatation de son identité. Ces expériences, très rationnelles, n'ont pas été faites aussi souvent qu'il aurait fallu, parce que la doctrine est établie que ces spirit-grabbers font le plus grand mal au médium et risquent même de le tuer. Jusqu'à présent, c'est leur réputation qui a été tuée quand l’expérimentateur a employé ce procédé violent de contrôle.
J'ai déjà raconté l’histoire de Crappock qui fut saisi par le lieutenant-colonel Mark Maynew pendant qu'il faisait le fantôme et l’histoire de Mistress Wiczrams qui faisait l'apparition avec une perruque, une fausse barbe et un maillot noir, en même temps que de la main gauche elle tenait un masque d’où pendait un long voile...
Dans ces cas, le truc du médium a été démasqué par le corps à corps de l’expérimentateur. Parfois le médium échappe . c'est ce qui est arrivé à MonrorGuEiz dans une expérience chez Mac Nas. L'histoire suivante de l’archidiacre CoLLEy est si instructive pour ce genre de cas que je crois devoir citer l’entier passage avec les réflexions de l’auteur
«Ceux qui se permettent de saisir tout à coup une forme matérialisée — les spirit-grabbers — ne comprennent absolument rien à la vérité occulte lorsque, ayant saisi les vêtements d’une forme matérialisée, ils ne trouvent entre leurs mains qu'un drap blanc ou une pièce de mousseline et, dedans, le médium, qui à l’air hébété, fou, et qui, très naturellement, est traité avec peu
de politesse et est désormais proclamé être un fourbe. Une plus profonde connaissance de cette fabrication psychique chimicomatérielle d’un vêtement corrigerait le jugement peu charitable que nous prononçons sur la draperie spirite quand, dans notre ignorance, nous soupçonnons la réalité de ces phénomènes. En effet, dans une séance en plein jour (18 février 1878), nous avions décidé de faire une expérience dangereuse. Je devais saisir l'Egyptien, tout drapé de blanc qu'il était, et essayer de l’empêcher de disparaître dans le corps du médium (qui était sous le contrôle de Samuer à ce moment-là) ; ce qui m'arriva m'a fait, depuis, toujours penser aux paroles de Saint Pau : dans le corps ou hors de corps, je ne puis dire ; Dieu le sait (IL, Cor. x1r, 3). Il me semble qu'une force irrésistible me lévitait alors et immédiatement je fus jeté à une distance d'environ six mètres, c’est-à-dire de la porte de mon salon jusqu'à l'endroit où se tenait, debout, le médium. Subitement, je trouvais dans mes
bras Le médium avec de la mousseline blanche sur sa jaqueile noire ; je le tenais dans les bras comme j'ai cru tenir le Mahedi. La forme matérialisée avait disparu et le vétement psychique, qui s'était dégagé avec lui du côté gauche de mon ami, a dû reprendre le même chemin vers l’invisible avec la rapidité de la pensée. Mais d’où venait cette étoffe qui couvrait maintenant le corps de notre ami ei qui n’y était pas un instant auparavant ?
Le choc de notre collision — car c'était une véritable collision, un écroulement, un ébranlement — nous enlevait le désir de répéter l'expérience, qui avait failli nous tuer. Et le mystère des vélements reste toujours à élucider. » |
On peut dire que la Providence a protégé ce médium qui n’est pas mort de l’expérience et qui a rencontré un expérimentateur chez lequel une foi robuste engendre une charité inépuisable, conclut M. le Professeur J. GRASSET.
Autre exemple : « Je connais, dit MaAxwEeLr, une photographie faite au magnésium dans une séance, le médium ayant une fausse barbe et une serviette blanche autour du cou, imitant une sorte de vêtement. Les personnes qui ont assisté à cette séance ne peuvent admettre qu'elles ont été itrompées. L'une d'elles, un de mes amis, très au courant des choses psychiques, mais trop honnête pour soupçonner la fraude, n’a pas cru à mon jugement sur cette photographie. Il a fallu qu'il fut confirmé par le célèbre Papus. Quant aux attouchements, Dieu sait qu'il est facile de les simuler dans l'obscurité. L'on sait le rôle que les poupées, les déguisements, les compères jouent dans les séances de matérialisation. L’imagination des escrocs est d’une inconcevable fertilité. »
En dehors des « escrocs » il est aussi des médiums dont la bonne foi est évidente mais qui n’en truquent pas moins de temps à autre. Il appartient donc aux assistants de se tenir sur leurs gardes. « J'ai vu, écrit M. Ocnorowicz, dés médiums taper avec leur poing sur la muraille, devant les témoins, tout en prétendant que e’était « l'esprit » qui tapait, »
Un étudiant en droit, médium d'ordre inférieur, s’appliqua en vue de tout le monde, un soufflet dont il était très effrayé, I n'était pas en transe constante et il s’obstinait à nous convaincre que c'était l'esprit de Xanrmpre, la
femme de SoGRATE, qui lui avait infligé cette admoneslation. »
En ce qui concerne certaines interprétations fausses, M. Henri Desoirce rapporte le fait suivant : « Au cours d’une séance, les spectateurs étaient disposés sur deux rangs. Pour mieux voir, l’un d'eux, assis au second rang, se lève, se dresse sur la pointe des pieds, trébuche et dans l’obscurité frôle de sa main le crâne d’un spectateur du premier rang. Ce dernier s’écrie : « Un esprit vient de me toucher ! » Le spectateur du second rang s'excuse et explique que c’est lui-même qui a involontairement touché l’autre. Ce dernier répond : « Allonc donc ! Je suis bien capable de distinguer le frôlement d’un esprit d’un frôlement naturel ! »
Par ailleurs, notre confrère cite un cas prouvant à quel point certains spirites convaincus peuvent s’illusionner « Un de mes maîtres a étudié pendant un an un petit groupe de vieilles dames qui se réunissaient tous les üimanches. Il y avait dans la pièce un piano fermé sur lequel on priait les esprits de venir jouer. Jamais le piano ne s’est fait entendre, mais chaque dimanche les adeptes se quittaient en répétant : « C’est Bien étonnant qu'on n'ait rien entendu aujourd’hui, il a si bien joué dimanche dernier ! »
, Dans l’un des chapitres de son important ouvrage sur L'Automatisme Psychologique, M. Prerre JANET réprouve avec raison les exagérations de certains spirites (ou prétendus tels) par trop zélés. À ce sujet, 1! signale un sieur BeNezer, qui affirmait avoir vu tomber du plafond des dragées encore humides, parce que le diable les avait sucées ! Or, ajoute M. Prerre Janer, « les annales du spiritisme sont remplies de faits de ce genre racontés par des auteurs aussi candides, » Aussi estime-t-il que si l’on examine les phénomènes allégués par les écrivains du spiritisme, il est absolument nécessaire de faire quelques distinctions. « Un auteur intelligent, qui montre son bon sens et ses qualités de critique dans d’autres ouvrages, mérite davantage d’être cru que le premier venu, célèbre seulement par sa naïveté. »
Il existe un certain nombre de publications ou d'ouvrages dits spirites, dont les titres à eux seuls suffisent à étonner grandement le commun des mortels. En voici quelquesuns, au hasard de la plume : « Vie de Jésus éditée par luimême » ; « Jésus dévoilant la vérité sur lui-même » ; « Revue de l'Avenir rédigée par les Esprits Guides de l’Espace » ; Dictées spirites de MARIE-ANTOINETTE » ; « Dialogues entre de grands esprits et un vivant », etc...
Ce dernier livre, riche de quelque 277 pages, permet de passer de joyeux instants à prendre connaissance des questions posées aux « esprits » et des réponses obtenues. C’est à n’y pas croire | Gageons que son auteur n'avait certainement pas envisagé une semblable réaction de la part de ses lecteurs ? Au lieu de favoriser la cause du spiritisme, un tel livre ne peut que le diseréditer gravement auprès de tous ceux qui se basent sur les écrits de ce genre pour se faire une opinion.
Parmi les « entités » évoquées puis interviewées par M. AMÉDÉE Simmons, citons Louis XIV, Moïse, Samnr Louis, MARIE, JEANNE D'ARC, Dupaxroup, JÉSUS, PYTHAGORE, SAINT Pau, Bouppna, César, Mauomer, NÉRoN, NaPpoLÉON, MAL- THUS, KARDEC, ABELARD, FULBERT, HÉLOÏSE, GALILÉE, RABE- LAIS, MOLIÈRE, LoyoLA, LUTRER, VOLTAIRE, J.-J. Rousseau, MozarT, LA FonTainxe, Pre IX, GRÉGoIRE VII, ZOROASTRE, Tiers, ABRAHAM, LAo-TsEU, ALEXANDRE, VIRGILE, etc.
À propos d’un autre ouvrage : Mes expériences avec les Esprits, par M. Henry Lacroix, nous avons trouvé dans le Traité Méthodique de Science Occulte, de Papus, ce bref commentaire : « La lecture de ce livre suffit à éloigner à jamais du spiritisme tous les hommes sensés. »
Nous venons de citer un certain nombre de faits prouvant que la pratique du spiritisme s'accompagne quelquefois d'un sens critique par trop émoussé chez certains adeptes. Mais, entendons-nous bien : il ne s’agit pas de « jeter la pierre » à {ous les spirites, de s’en prendre à tout le spiritisme, M. Henri REGNAULT, par exemple, spirite convaincu
autant que dévoué, s'adresse ainsi à ses lecteurs : « Et sur-
tout, lecteurs, lorsque, après avoir beaucoup lu, vous serez prêts à commencer l'étude pratique et expérimentale du spiritisme, engagez-vous, vis-à-vis de vous-mêmes, à toujours garder votre esprit critique, et à avoir une persévérance inlassable... Appliquez d’une façon implacable la règle que, pour ma part, je me suis tracée : Ne jamais interpréter comme émanant de l’Au-delà un phénomène qui peut être expliqué par l’une quelconque des objections faites aux spirites pour essayer de démontrer l’irréalité du spiritisme. » (x).
Or, M. Henri Recnauzr n'est pas le seul, loin de là, des écrivains spirites qualifiés, à donner de semblables conseils et. à les mettre en pratique.
Quant au spiritisme lui-même, il n’a pas que des défauts, il ne présente pas que des inconvénients. Il est incontestable qu'il a développé, développe et développera chez beaucoup de ses fidèles, une qualité fort précieuse à notre époque de matérialisme, d’égoïsme et d’arrivisme : l'altruisme. Cela, nous nous faisons un devoir de l'écrire. On ne peut donc que regretter encore davantage que la rose soit entourée de si nombreuses épines...
(1) HENRI REGNAULT : Léon Denis et l'expérience spirite. (Paris. 1929.)
C’est à la cohorte des hommes honnêtes et convaincus qui constituent la clierttèle des salons spirites, que le médecin a le devoir de s'adresser et de dire :
“« Gardez-vous de faire germer la folie en croyant semer l'espérance ! ”
Dr Levy-VALENS!I