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Il existe un certain nombre d'observations cliniques se rapportant à des cas de troubles psychiques constatés chez des adeptes des sciences occultes. Nous en publierons d’ailleurs quelques-unes. Mais toutes les observations classiques ne sont pas bonnes à retenir pour illustrer cette thèse. En effet, certains auteurs ont eu quelquefois le tort, à notre avis, de ne pas faire de différenciation suffisante entre les déséquilibrés authentiques s’adonnant secondairement aux sciences occultes, et les spirites ou les occultistes devenant ultérieurement des déséquilibrés, ce qui est le cas de certains prédisposés.
Il est incontestable que de grands déséquilibrés sont parfois attirés par les sciences occultes... On devine aisément la suite ! Mais alors, on ne peut, raisonnablement, tenir lesdites sciences pour entièrement responsables des troubles graves présentés par les intéressés.
D'autre part, en plus des déséquilibrés confirmés, il y a malheureusement des prédisposés qui se passionnent plus spécialement pour l'Occulte et son mystère, et qui en sont victimes... Au premier abord, rien n'empêche de supposer qu'ils auraient pu délirer tout autant à la suite d’occupations relevant d’un autre ordre d'idée ? C’est ce que l’on fait habituèllement remarquer... N'y a-t-il pas lieu cependant de se demander si les pratiques chères à certains spirites ou occultistes ne sont pas, plus que d’autres, propres à troubler un cerveau déjà déficient ? Nous croyons, quant à nous, qu'elles sont plus dangereuses et que, de ce fait,
elles doivent être déconseillées les premières aux inaptes.
Nous avons eu l’occasion d'assister à de nombreuses réunions spirites ordinaires. Eh bien ! chaque fois, nous avons constaté qu'il régnait là une ambiance susceptible d'impressionner très fortement les débutants crédules et les « âmes sensibles ».
Voici d’ailleurs un extrait du récit que nous avons publié dans L’Intransigeant du 28 avril 1929, relatant l’une des séances auxquelles nous avons assisté : ...…. Il est 21 heures. Dix personnes sont réunies dans le salon. Dans un angle de la pièce, se trouve le cabinet médiumnique, formé de draperie noire recouvrant les murs, masquant une porte verrouillée dont nous vérifions soigneusement la fermeture, et séparant le médium de l'assistance. À côté, dans une corbeille, des fleurs dont le parfum délicat se mêle aux vapeurs d’encens. Et tandis que le médium s’endort, l'hôte dispose sur le tapis plusieurs plaquettes de bois enduites d’une substance phosphorescente. Ua phonographe fait entendre en sourdine une mélodie. On éteint la lumière... nous voici en plein mystère...
Quelques minutes d'attente ; de petits craquements ; un écran se soulève, retombe, s'élève à nouveau très lentement, müû par un invisible levier. Sa luminosité nous permet ensuite de distinguer un voile recouvrant une main. Chacun des assistants peut la saisir et constater sa « parfaite matérialisation ! » D'autres « entités » se manifestèrent, nous faisant toucher différentes parties de leur corps ! Il v en eut même qui effleurèrent d’un baiser le front ou la main des spectateurs émerveillés. À notre demande, un « fantôme » eut l’amabilité d'allumer l'électricité (une ampoule ordinaire voilée de rouge) ; nous pümes le distinguer nettement jusqu'à sa disparition à l'intérieur du rideau HOT (T) 2
Truquage ou non (personnellement nous croyons à un truquage), avouez qu'il y a là de quoi... émouvoir un
(1) Philippe ENCAUSSE : Un voyage de trois heures au pays de l'au-delà. (L'Intransigeant. Dimanche 28 avril 1999.)
prédisposé beaucoup. plus fâcheusement que ne pourrait le faire, en général, une expérience de physique par exemple ?
La réunion en question dura quelque trois heures pendant une grande partie desquelles la tension nerveuse des néophytes fut portée à son paroxysme. Ce fut pour eux un véritable soulagement quand la lumière réapparut.. L'un d’entre eux ne fut rien moins que rassuré quand il revint chez lui : l'obscurité lui faisait peur ; il croyait, nous dit-il par la suite, sentir autour de lui la présence d'êtres invisibles. Et cela dura plusieurs jours !
Il est un écrivain, M. Pauc Heuzé, que nous n’approuvons pas toujours dans certaines de ses conclusions ou de ses affirmations... Mais nous sommes en complet accord avec lui en ce qui concerne le passage suivant de son livre Les morts vivent-ils ? :
Parmi les spectateurs de ces scènes étranges qui, je Le répète, se reproduisent actuellement, avec mille variantes, dans tous les coins de Paris et de la France, il se forme presque toujours trois camps. Les uns jugent, tout en s'étant abstenus, par politesse, de « ricaner », qu'ils sont mystifiés par des fraudeurs, d’ailleurs souvent inconscients : de ces sages indifférents nous ne nous occuperons pas ici. D’autres se disent qu'il y a, au milieu de farces, des faits réels et déconcertants, ne nécessitant point peut-être l'intervention des esprits, mais qu'il doit être intéressant d'étudier scientifiquement. D’autres enfin, pour leur malheur, se frappent, s’emballent, s’affolent, croient à tout. Et voici le revers de la médaille :
Cet homme, — ou cette femme, — (il ne s’agit nullement de « cerveau faible », mais d’un homme ou d’une femme quelconque, n'ayant point de préparation scientifique), — cet homme, dis-je, rentre chez lui, après une séance de ce genre. Il se couche ; il éteint la lumière. Alors, àl a peur.
Ses yeux scrutent la nuit, il écoute, il retient son souffle... Un meuble craque : un frisson glacial pince sa chair. Il n'ose plus bouger. Si quelque fantôme était 1à !.. Il ne peut plus dormir et il n'ose se lever... Quel est ce nouveau bruit ?... Quelque chose à bougé là... on marche... on glisse... Et cette lusur, dans le coin de l'armoire ? Oui, il y à une lueur, qui monte et descend... Mon Dieu ! c’est à devenir fou !... Seul, le sommeil viendra emporter toute cette lugubre fantasmagorie.
Le lendemain, cet homme recommence. Du salon d’amateur, il passe bientôt dans l’officine du professionnel, où des spectres étranges dictent des « messages »... C’est fini : le voilà lancé, sans armes, dans un domaine où tout va contribuer à lui faire perdre le sens de la réalité.
Est-ce que j'exagère ? Nullement hélas ! J'ai vu plus d’un de ces Cas ; je connais — nous connaissons tous, — de pauvres gens qui en seront bientôt là.
C'est qu'il y à, dans toutes ces séances, un élément redoutable : précisément. c’est l’obscurité, l’obscurité créatrice, qu'on le veuille ou non, de cette terreur nerveuse. Quand on se sent en frôlement, dans le noir, avec le mystère, quel qu'il soit, on est profondément impressionné : et cela est vrai pour le cerveau Île plus solide, je crois. Un soir, il y a de cela une dizaine d'années, j'assistais à une séance chez les de L. H.. (les gens au courant verront de qui je veux parler), lorsqu” un fantôme ou une partie de fantôme apparut, que je ne vis pas, mais que voyait certainement et décrivait la jeune fille de Ja maison, remarquable médium. C'était, si je ne me trompe, la matérialisation de sainte Radegonde (pourquoi, diable, sainte Radegonde fréquentait-elle régulièrement chez les de L. H... ?). Ce fantôme invisible pour moi, ayant, dans l’obscurité complète bien entendu, exécuté plusieurs déplacements d'objets, m’ayant giflé assez violemment et ayant dénoué et Ôôté la cravate d’un des assistants, je me plaçai au milieu du cercle, je croisai les bras, et jé priai le fantôme de venir m'’enléver mon portefeuille J’attendis. Cela dura dix bonnes minutes. Eh bien! je le proclame ici : je n'élais pas du tout rassuré ! et je pense que personne ne m ’en mésestimera. J'ai fait quatre ans de guerre ; j'ai connu la vraie peur ; mais je n’ai pas éprouvé alors celle espèce d’horrible angoisse que m'avait donnée l'inconnu. J'ajoute, pour être véridique, que, ce soir-là, mon portefeuille ne sortit pas de ma poche.
Le R. P. GEaron a tracé (x) un bon tableau de ce que sont parfois certaines réunions spirites, et des réactions qu'elles provoquent en général chez le spectateur assistant pour la première fois à une séance de ce genre :
Dans ces réunions, l'atmosphère elle-même fait songer aux fantômes ; les intervalles de silence font naître une crainte secrète et de vagues anticipations. Vos voisins sont, comme vous, dans l'attente. La tension est intolérable. Quoi que vous fassiez, vous n’échapperez pas à cette dangereuse sensation d'attente qui semble se transmettre de voisin à voisin.
La présence de spectateurs qui croient au spiritisme annihile votre faculté d'observation, car vous ne pouvez vous soustraire à la contagion. En dépit de tout scepticisme professionnel, vous commencez à vous sentir mal à l'aise. Sous la clarté du soleil la superstition peut paraître puérile, mais lorsque nous nous sentons entourés de gens crédules dans les
(1) R. P. GEARON : Le Spiritisme : sa faillite. (Lethielleux, Paris. 1932.)
ténèbres ou dans une demi-obscurité, nous devenons de petits enfants, tout prêts à accepter le mystère.
Dans une salle où règne la nuit ou une demi-obscurité, tout peut se passer, car vous ne pouvez vous fier à personne. Il est difficile de se défendre contre la tentation de vouloir que quelque chose arrive, n'importe quoi, un mouvement quelconque, un rien qui, du moins, fasse cesser cet état d'attente et accélère le pouls...
Voici la salle dans une demi-obscurité, une mélodie se fait entendre, douce et lente; puis un chant s'élève, qui doit apprendre à vos chers disparus, présents derrière le voile, que vous êtes là, prêt à les recevoir ! Et tous les spectateurs de reprendre le refrain
Plus près, mon Dieu, plus près de Vous, Plus:près de’ Vous...
Les traits du médium se modifient ; l'expression de son visage n'est plus la même : les lèvres s’entr'ouvrent, la respiration se fait régulière — visage d’une personne endormie, plongée dans des pensées profondes, absorbantes, — le repliement sur soi-même.
Et le chant va se prolongeant et vous mêlez votre voix aux autres voix, tout en vous efforçant de ne point laisser s'endormir, au fond de votre cerveau, ce qui vous reste encore de sens critique.
La musique cesse. Silence absolu. Vous vous sentez baigné dans une atmosphère d’inexprimable horreur, et cette impression est si vive que voire sang-froid et l'appel à votre raison ont peine à repousser le frisson qui gagne votre corps. La contagion de cette « aura » de crédulité est telle que, malgré voire scepticisme, malgré vos railleries, vous éprouvez la sensalion d’un monde des esprits descendant vers vous, tout autour de vous.
Le silence est de courte durée et l'hymne se fait entendre de nouveau, — vagues musicales qui vont gagnant de proche en proche
Plus près, mon Dieu, plus près de Vous, Plus près de Vous...
Silence, une fois encore, silence pesant, intolérable ; puis, une fois encore, cette musique qui paralyse le cerveau, musique hypnotique. Vous voulez lutter ! Mais, contre cette obscurité, contre ces mélodies qui deviennent des gémissements, que pouvez-vous ? Les doigts de vos voisins s’accrochant à vos doigts sant les seuls liens qui vous maintiennent en communication avec le monde tangible. :
Enfin, le chant, la musique cessent. De nouveau, un silence mortel. Et alors un coup ! un coup! très net. Impossible de Sy tromper. Le médium parle : « Les esprits se pressent autour de moi! » Dans un souffle, il murmure une question. Vos voisins se penchent en avant, tendent l'oreille. Quelqu'un, tout
bas, vous dit que votre mère est là et qu’elle désire vous parler. Quelque chose frôle légèrement votre joue. Une voix |! mais
sourde, sans caractère, sans sexe pour ainsi dire : « Je-suisvotre-mère. Je-suis-heureuse-là-où-je-suis. » La voix va s’affaiblissant encore ; elle s'éteint — silence
accablant. Vous retenez un cri. Les mains de vos voisins serrent plus étroitement les vôtres...
La séance est terminée. La salle est inondée de clarté. Grincement des sièges, sur le parquet. Frou-frou des toilettes. On respire à pleins poumons ; c’est un soulagement. Chacun met assez convenablement ordre à ses impressions. La tête du médium s’est inclinée en arrière ; la bouche s'ouvre ; ce n'est plus une respiration, c’est un ronflement, son aide s’empresse de réchauffer ses mains et lui bassine la figure à l’eau fraîche, en s’écriant : « Les esprits étaient trop forts pour elle. »
Vous avez reconnu la voix de votre mère, mais la suggestion y a singulièrement aidé. Vous rentrez chez vous. Vous rêvez d’esprits, de tables tournantes et parlantes. Vous sortez de votre sommeil avec le désir de voir cette journée nouvelle s’écouler rapidement afin de pouvoir assister à une autre séance.
Ce n’est pas être partial que d'affirmer, comme nous Île faisons dans cette étude, que de telles expérimentations sont plus dangereuses que d'autres pour « les cerveaux qu'il n'aurait jamais fallu baigner que d’eau claire », selon une expression chère à FERNAND DivoiRe.
Dans son ouvrage Le spiritisme dans ses rapports avec la folie, M. le Docteur MARCEL VIoLLET insisté avec raison sur l’influence néfaste, pour certains, de l'ambiance habituelle aux réunions spirites en général.
Signalons également la tendance qu'ont malheureusement les néophytes à se « replonger » le lendemain et les jours suivants, dans cette atmosphère où ils sont fréquemment étreints par la crainte, la peur et l’angoisse ! L’attrait du mystère est si puissant ! Vous devinez tout de suite les conséquences qu'une telle assiduité peut déterminer “hez un prédisposé.….
Il est un fait acquis, prouvé, confirmé, c'est que le « terrain », la prédisposition jouent un grand rôle dans la genèse des troubles constatés parfois chez des pratiquants du spiritisme. Mais il n’en est pas moins vrai que si ces malheureux s'étaient abstenus de se livrer à ces occupations,
à ces recherches plus pernieieuses que d’autres, s’ils avaient pu être guidés, avertis, conseillés en temps voulu, ils n'auraient pas donné à la névrose l’occasion de se déclancher aussi facilement...
Il y aurait donc pour tous ceux qui se rendent compte du danger et qui jouissent d'une certaine influence, un devoir à remplir, une belle action à faire : empêcher ces prédisposés, ces pauvres gens qui n’attendent qu'une occasion de se perdre dans le pays des chimères, de s’aller intoxiquer. | PAR
C’est pourquoi nous déplorons que n'importe qui puisse expérimenter n'importe quand et n'importe comment en ce domaine. C’est pourquoi le spiritisme, tel qu'il est c9mpris et pratiqué en général par la masse, nous semble plus particulièrement sujet à caution. Chaque année, il s'enrichit de milliers d’adeptes ; comment voulez-vous que parmi tous ces enthousiastes, il ne s’en trouve pas un certain nombre dont l’équilibre psychique, déjà mal en point antérieurement, ne se ressente de ces expérimentations... troublaates c’est le cas de le dire ?
Le spiritisme prédispose, et cela est grave, à un certain automatisme mental, à une dissociation des centres psychiques, ainsi qu'il arrive de le constater à plus ou moins brève échéance chez quelques médiums. Cette désagrégation a des conséquences redoutables car, du jour où elle est devénue permanente, quand elle se fait malgré le médium, « l’hallucination, origine du délire, est constituée » (Lévy- VaLENsi). Or, le « délire spirite » existe bel et bien ; nous en ferons ultérieurement la description.
Le spiritisme développe parfois une excitation maladive et contagieuse dont un cerveau faible peut avoir sévèrement à pâtir. Enfin, il s'accompagne trop souvent, chez beaucoup de ses fidèles, d’une excessive crédulité. Il est vrai qu'il n'y à pas que le spiritisme pour offrir quelquefois des exemples d’une excilation de ce genre où d’une crédulité un tantinet exagérée... C’est ce que n’a pas manqué de laire judicieusement remarquer M. HENRI Azam dans la
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brochure (1) qu'il a publiée en « réponse à M. Henri Des- SOILLE ».
Mais cela n'empêche qu'une crédulité abusive est manifeste chez de trop nombreux spirites. En voici un exemple : deux spirites de nos amis, grands amateurs de vins mousseux, en ont toujours quelques bouteilles dans leur cave. Or, une nuit, ils entendirent cinq bruits sourds... Le matin, descendant à la cave, ils constatèrent que cinq bouteilles avaient éclaté. Au lieu d'attribuer les cinq bruits sourds aux explosions, ils nous affirmèrent avec force qu'il s’agissait de cinq coups frappés (un pour chaque bouteille) par leurs esprits protecteurs pour les avertir du dommage (1).
La crédulité habituelle à certains spirites est plus parti-
culièrement déplorable en ce sens que, venant à l'encontre d'une saine réflexion, d’un jugement pondéré, d’un esprit équilibré, elle facilite les conceptions les plus étranges, les déductions les plus extravagantes ; elle est contraire à une expérimentation irréprochable, n’en déplaise aux légions de spirites se réclamant de la science (!) ; elle est parfois à l’origine de certaines interprétations fausses puis... déli- HOTTES COTON.
Il est juste de reconnaître que nombre de spirites sont les premiers à condamner ces excès, ne l’oublions pas. Il ne faudrait pas, en effet, se figurer que tous les adeptes du spiritisme sans exception, sont coutumiers de semblables errements ou de pareils défis portés à dame logique. Généraliser serait donc faire montre de parti pris. Regrettons simplement que l’on ne puisse toujours avoir affaire à des spirites ayant conservé tout leur sens critique.
Nous allons maintenant publier ici quelques remarques de différents auteurs, remarques concernant lesdits excès ; nous eiterons également des exemples caractéristiques.
Deux des écrivains spirites les plus réputés, MM. Gagrigr DeLzanne et Léon Denis, n’ont pas manqué de condamner les exagérations propres à certains... enthousiastés : « Une des causes du discrédit du spiritisme dans certains milieux
(1) HENRI AZAM : La Pratique des Sciences occultes peut-elle conduiré au déséquilibre mental ? (Paris. 1930.)
est que, trop souvent, les communications spirites sont signées de noms ronflants, bien faits pour ébahir les ignorants ou attirer la considération des badauds. Il est malheureusement exact que, dans certains centres spirites, Napo- LÉON [* voisine avec MARIE STUART ; SEMIRAMIS, ZOROASTRE, SocrATE, Jésus, défilent à tour de rôle en dictant des platitudes navrantes ; chez d’autres, ce sont les orateurs de la Révolution clamant par la voix de vieilles dames des radotages séniles ; chez d’autres enfin, des savants comme Lavol- SIER Où BERTHOLLET, LAPLACE ou MeEsmer, formulent des systèmes qui feraient sourire de pitié le plus piètre des cancres de collège.
« Il faut soigneusement réagir contre cette facilité à croire aux signatures. » (GABRIEL DELANNE : Le phénomène spirite.)
« Dans certains groupes spirites on est trop porté à tout accepter comme émanant des Esprits, et l’on ne fait pas assez la part des phénomènes douteux. » (Léon Denis L'Au-Delà et la survivance de l'Etre.)
De son côté, Papus a souventes fois critiqué les abus susceptibles d’être particulièrement nuisibles, entre autres ceux qui concernent l'interprétation donnée parfois à la doctrine de la réincarnation :
Dans les réunions spirites, on voit très peu d'assassins, d'ivrognes, ou d'anciens marchands de légumes ou valets de chambre (professions en somme honorables) réincarnés : c’est toujours : NapoLÉON, une grande princesse, Louis XIV, le Grand Frépéric, quelques Pharaons célèbres, réincarnés dans la peau de très braves gens qui arrivent à se figurer avoir été ces grands personnages qu'ils imaginent. Cette tendance est tellement humaine, que déjà les disciples de Pythagore, lorsqu'ils apprenaient ce mystère, imaginaient qu'ils avaient tous été un grand tyran ou un roi célèbre, avant de revenir sur terre, et quand ils demandaient au Maitre ce qu'il était, lui, à cette époque où eux croyaient avoir régné, Pythagore répondait en souriant « Pendant que vous étiez si puissants et que les hommes trem blaient sous votre autorité, moi j'étais coq. »
Cette haute leçon de philosophie, qui montrait aux élèves que Pythagore pensait à l'évolution des corps pendant que les autres se perdaient dans les recherches inutiles concernant l’évolution des esprits, n’a eu qu'un tort : c’est d’être totalement incomprise des philosophes classiques qui ont transformé la boutade de Pythagore en une doctrine philosophique, et con-
fondu de ce fait la mélempsycose avec la réincarnation, la réincarnation du corps avec celle de l'esprit,
On n’a pas idée du tort que font à la doctrine de la réincarnation ces prétendus esprits supérieurs réincarnés dans de pauvres êtres prétentieux et inintelligents..…..
Nous citerons une histoire typique qui indique bien la mentalité de tous ces réincarnés de salons : un mondain, noble, intelligent, et susceptible de tenir une place très honorable dans la haute société, s'était laissé tourner la tête par cette doctrine de la réincarnation. Après avoir hésité entre plusieurs personnages que sen esprit aurait animés antérieurement, il a choisi Henri IV. Il déclarait donc froidement, dans toutes les conversations mondaines, qu'il était Henr: IV réincarné.
Un autre mondain, très spirituel, et assistant à cette conversation, lui répond aussi froidement : « Alors, pourquoi ne m'embrassez-vous pas ? » L'autre, ahuri, le regarde, et l’homme d'esprit lui dit : « En effet, si vous êtes Henri IV réincarné, moi je suis la belle GaBriezLe. » (La Réincarnation.)
Si nous n'hésitons pas à dévoiler les erreurs commises par certains fanatiques, c’est que ces erreurs nuisent à une cause que nous croyons juste et bonne, et que nous sommes désolé de voir exploiter de cette façon. Il ne faut pas que les travailleurs consciencieux subissent les conséquences de certaines théories outrées qui inspirent tout de suite une juste méfiance à tous les gens raisonnables. (Trailé Méthodique de Science
Occulte.)
Personnellement, nous connaissons une spirite, M°° A. L., qui se figure présentement être la réincarnation Ge JEANNE p'Arc, sous prétexte qu'elle vient d'être « poursuivie » par un huissier dont le clerc principal à nom CocHONNEAU, paraît-il... Elle affirme que le sieur COcHoNNEAU n'est autre que la réincarnation de Mgr Pierre CAuUcHOoN, évêque de Beauvais, président du tribunal ecclésiastique qui jugea la « Pucelle d'Orléans ».
Citons également le cas de ces deux veuves, voisines de palier, M R... et M” M... qui, en dehors de quelques pratiques de magie noire, « faisaient la table » presque tous les soirs. Or, un beau soir, ladite table leur affirma qu'elles étaient respectivement Louis XIV et Louis XV réincarnés ; quant à Zizi, leur petit chien, il n’était autre que Louis XI ! Pauvre Louis XI !
M"° R... et M°° M... ne doutèrent pas une minute de la véracité de cette révélation. Elles en furent transportées d’aise. Mais le plus heureux de tous fut certainement le
petit chien Zizi car, dès le lendemain, ses maîtresses n'achetèrent plus pour sa nourriture que des morceaux de roi tels que côtelettes premières, gigots, poulets, etc. |
Dans un petit ouvrage : Magnétisme et Spiritisme, publié l'an dernier par M. le Docteur O. BELIARD, nous avons relevé un passage concernant justement quelques-uns des excès que nous avons déjà eu l’occasion de vous signaler :
C'est que les instituts de recherches, quoiqu'ils ne soient pas à l'abri des fraudeurs, s’entourent de garanties qui font s’évanouir une foule de faits allégués et intimident les gens trop prompts à l'affirmation. Il n’en est évidemment pas de même de toutes les compagnies spirites où s'établit, entre des personnes dont la plupart n’ont pas de culture scientifique et dont les plus instruites sont peut-être insuffisamment vaccinées contre les contagions sentimentales, une sorte de réceptivité moyenne pour le fait prodigieux, attendu avec foi, accueilli avec enthousiasme. Là, le prodige est de tous les jours. Un contrôle réellement effectif est considéré comme une opposition vaguement injurieuse et quiconque marque une disposition à la critique risque d’être traité en impie. L’atmosphère y est telle que nous confessons avoir nous-même, dans des réunions où nous fûmes admis, signé par timidité des procès-verbaux de séances où la description des faits les grossissait sans mesure.
Nous ne prétendons d’ailleurs pas qu'il ne se passe rien d’étrange/là où sont réunis les spirites autour d'une table agitée où tout autre part près d’un évocateur d’Esprits. Nous n'’attribuons pas a priori ce qui s’y passe à des fraudes conscientes ou inconscientes. Nous trouvons &énéralement flagrante la bonne foi de tant d’honnèêtes gens, et leur foi tout court. Mais ils changent aisément de signification des faits dont nous ne sommes pas du tout frappé et qui se produisent dans de telles conditions que le moins qu’on puisse faire est de les négliger. Les moindres soubresauts d'une table sur laquelle ils ont les mains leur annoncent un Esprit, et il n’est pas rare, si cette table, frappant du pied, commence à épeler un mot : « J... E... À... », qu'on en entende s’écrier avec conviction : « Ah ! c’es JEANNE D'ARG, je reconnais sa façon de frapper. Elle vient tous les soirs... »
Nous ne craignons pas d'affirmer que telle est la physionomie de l'immense majorité des séances d'amateurs, et ce qui nous stupéfie, c’est qu'ils y trouvent de suffisants motifs pour croire, un intérêt suffisant pour persévérer. Nous avons connu une dame âgée, d’ailleurs exquise amie, qui jamais ne fut témoin d'autres phénomènes que de coups frappés par le pied d’un guéridon et qui entretenait des conversations d’ailleurs fort banales avec ce meuble prétendument animé par feu son mari. La pauvreté de ces expériences n’empêcha pas cette dame, qui