DANGERS DE LA MAGIE
La Magie également peut présenter de sérieux inconvénients pour quelques-uns de ses pratiquants. On ne joue pas toujours impunément avec les forces inconnues... C’est d’ailleurs ce que la plupart des auteurs qui traitent de la magie ont soin de souligner. On ne peut que les en approuver. Obsessions, hallucinations (pouvant devenir permanentes), tendance au suicide, telles sont les principales éventualités fâcheuses qu'ils ne manquent pas, en général, de signaler aux néophytes. |
Fort heureusement, la magie est beaucoup moins répandue que le spiritisme. En effet, les vérilables pratiques magiques, celles qui peuvent être parfois les plus néfastes pour l’équilibre psychique de certains « expérimentateurs », demandent, le plus souvent, des. connaissances spéciales et une préparation minutieuse qui, fréquemment, 6nt le don de rebuter les simples curieux, contrairement à ce qui se passe avec le spiritisme.
Dans son Dogme et Rituel de la Haute Magie (1), EcrpHAs Lévi, le grand Ercrpnas LÉvi à indiqué comment, à la demande d’une dame rencontrée à Londres en 1854, il tenta là-bas l'expérience d’une évocation du fantôme d’APozLoniIus DE TyaAne. La dame en question mit à sa disposition tout ce qu'il pouvait désirer pour réussir dans son entreprise. Mais laissons la parole à Ecrpnas Lévr : « Elle
(1) ELIPHAS LÉVI : Dogme et Rituel de la Haute Magie (Nouvelle édition. Chacornac. Paris. 1930).
me montra une collection de vêtements et d'instruments magiques, me prêta même quelques livres curieux qui me manquaient ; bref, elle me détermina à tenter chez elle l'expérience d’une évocation complète, à laquelle je me préparai pendant vingt et un jours, en observant scrupuleusement les pratiques indiquées au treizième chapitre du Rituel.
« Tout était terminé le 24 juillet, il s'agissait d'évoquer le fantôme du divin AporzLonius et de l’interroger sur deux secrets : l’un qui me concernait moi-même, l’autre qui intéressait cette dame. Elle avait d’abord compté assister à l'évocation avec une personne de confiance : mais, au dernier moment, cette personne ‘eut peur, et, comme le ternaire ou l'unité est rigoureusement requise pour les rites magiques, je fus laissé seul. Le cabinet préparé pour l’évocation était pratiqué dans une tourelle : on y avait disposé quatre miroirs concaves, une sorte d’autel, dont le dessus de marbre blanc était entouré d'une chaîne de fer aimanté. Sur le marbre blanc était gravé et doré le signe du pentagramme, tel qu'il est représenté à la page 105 de cet ouvrage; et le même signe était tracé, en diverses couleurs, sur une peau d'agneau blanche et neuve qui était tendue sous l’autel. Au centre de la table de marbre il y avait un petit réchaud de cuivre avec du charbon de bois d’aulne et de laurier ; un autre réchaud était placé devant moi sur un trépied. J'étais vêtu d’une robe blanche assez semblable aux robes de nos prêtres catholiques, mais plus ample et plus longue, et je portais sur la tête une couronne de feuilles de verveine entrelacées dans une chaîne d'or. D'une main je tenais l'épée neuve et de l’autre le Rituel, J'allumai les deux feux avec les substances requises et préparées, et Je commençai, à voix basse d'abord, puis en élevant la voix par degrés, les invocations du Rituel. La fumée s’étendit, la flamme fit vaciller tous les objets qu'elle éclairait, puis elle s’éteignit. La fumée s'élevait blanche et lente sur l'autel de marbre, il me sembla sentir une secousse de tremblement de terre, les oreilles me tintaient et le cœur me battait avec force. Je remis quelques branches et des parfums sur
les réchauds, et lorsque la flamme s’éleva, je vis distinctement, devant l’autel, une figure d'homme plus grande que nature, qui se décomposait et s’effaçait. Je recommençai les évocations, et je vins me placer dans un cercle que j avais tracé d'avance entre l’autel et le trépied : je vis alors s’éclaireir peu à peu le fond du miroir qui était en face de moi, derrière l'autel, dessina, grandissant et semblant s'approcher peu à peu. J'appelai trois fois AporLonius en fermant les veux; et, lorsque je les rouvris, un homme était devant moi, enveloppé tout entier d’une sorte de linceul, qui me sembla être gris plutôt que blanc ; sa figure était maigre, triste et sans barbe, ce qui ne se rapportait pas précisément à Vidée que je me faisais d’abord d’ArorLonius. J'éprouvai une sensation de froid extraordinaire, et, lorsque j'ouvris Ja bouche pour interpeller le fantôme, il me fut impossible d’articuler un son. Je mis alors la main sur le signe du pentagramme, et je dirigeai vers lui la pointe de l'épée,
et une forme blanchâtre s'y
en lui commandant mentalement, par ce signe, de ne point m'épouvanter et de m'obéir. Alors, la forme devint plus confuse et il disparut tout à coup. Je lui commandai de revenir : alors je sentis passer près de moi comme un souffle, et, quelque chose m'ayant touché la main qui tenait l’épée, j'eus immédiatement le bras engourdi jusqu'à l’épaule. Je crus comprendre que cette épée offensait l’esprit, et je la plantai par Fa pointe dans le cercle auprès de moi. La figure humaine reparut aussitôt ; mais je sentis un si grand affaiblissement dans mes membres et une si prompte défaillance s'emparer de moi, que je fis deux pas pour m'asseoir. Dès que je fus assis, je tombai dans un assoupissement profond et accompagné de rêves, dont il ne me resta, quand je revins à moi, qu’un souvenir confus et vague. J’eus pendant plusieurs jours le bras engourdi et douloureux. La figure ne m'avait point parlé, mais il me sembla que les questions que j'avais à lui faire s'étaient résolues d’elles-mêmes dans mon esprit. Je raconte ici les faits tels qu'ils se sont passés, je ne les ‘impose à la foi de personne. L'effet de cette expérience sur
moi fut quelque chose d'inexplicable. Je n'étais plus le même homme, quelque chose d’un autre monde avait passé ‘en moi ; je n'étais plus ni gai, ni triste, mais j éprouvais un singulier attrait pour la mort, sans être, cependant, aucunement tenté de recourir au suicide. J’analysai soigneusement ce que j'avais éprouvé ; et, malgré une répugnance nerveuse très vivement sentie, je réitérai deux fois, à quelques jours seulement de distance, la même épreuve. Le récit des phénomènes qui se produisirent différerait trop peu de celui-ci pour que je doive l'ajouter à cette narration, déjà peut-être un peu longue... Conclurai-je de ceci que j’ai réellement évoqué, vu et touché le grand APoLLo- NIUS DE TyanE ? Je ne suis ni assez halluciné pour le croire, ni assez peu sérieux pour l’affirmer. L'effet des préparations, des parfums, des miroirs, des pantacles, est une véritable ivresse de l'imagination, qui doit agir vivement sur une personne déjà impressionnable et nerveuse. Je n'explique pas par quelles lois physiologiques j'ai vu et touché; j affirme seulement que j'ai vu et que j'ai touché, que j'ai vu clairement et distinctement, sans rêves, et cela suffit pour croire à l'efficacité réelle des cérémonies magiques. J'en crois d’ailleurs la pratique dangereuse et nuisible : la santé, soit morale, soit physique, ne résisterait pas à de semblables opérations si elles devenaient habituelles. »
Nous avons fait remarquer précédemment qu'à notre époque la magie était heureusement moins répandue que le spiritisme. Mais ce serait cependant une erreur de supposer que, de nos jours, les pratiques relevant de la magie plus on moins... noire sont en passe de disparaître complètement. Entre autres ouvrages ou articles assez récents, le remarquable reportage à travers la France publié par MARCEL SAUVAGE dans L'Intransigeant (x), donne la preuve
(1) MARCEL SAUVAGE : Sous le Masque des Sorciers. (L’'Intransi î g ren 6 cu insigeant du 12 au
du contraire. Nous y renvoyons le lecteur que cette question pourrait intéresser plus particulièrement.
Personnellement, nous pourrions citer un fait qui nous touche de très près. Il s’agit de l’envoûtement de haine dont Papus fut l’objet quelques jours avant sa mort physique, envoûtement dont nous avons fait une description sommaire dans notre brochure, Papus, sa Vie, son Œuvre.
C’est particulièrement dans les campagnes que l’on rencontre encore actuellement la plupart des individus s’adonnant aux pratiques magiques. Bien entendu, la magie dite noire est de beaucoup la plus prisée ! Par bonheur, nombre de ses adeptes ne sont pas à même d'être très redoutables. Tant mieux pour ces chevaliers du fluide noir et pour les. personnes qu'ils ne prisent pas particulièrement ! C’est ce que Papus avait déjà exprimé (au cours de l’une de ses conférences à la salle des Sociétés Savantes) sous forme de la boutade suivante : « Si l’envoûtement et autres pratiques de ce genre étaient toujours aussi simples à exécuter, toujours aussi efficaces que d’aucuns le prétendent, il n’y aurait plus ni belles-mères ni huissiers sous la calotte des Cieux. »
Nos modernes magiciens ou apprentis magiciens sont, en général, des primaires ou des naïfs (mais ce n’est pas toujours le cas) dominés par l’orgueil très souvent, la jalousie ou même la haine quelquefois !... A titre de documentation, nous croyons utile de publier ici quelques courts extraits de lettres qui furent adressées à l’un de nos amis ou à nous-même ces dernières années. Le nom et l’adresse de l'expéditeur sont indiqués sur chacune de ces missives. Il ne s’agit done pas de vagues lettres anonymes. Nous attirons plus spécialement l'attention du lecteur sur le premier de ces extraits ; il y verra combien certains individus peuvent faire peu de cas de la vie de leur prochain !
Je voudrais exécuter les pratiques magiques, surtout l’envoûtement de haine. Je voudrais jeter sur une personne le malheur (la mort) et, pour faire ça, il me faut des litanies, des imprécations et toutes sortes de recettes des grimoires. Voudriez-