SPIRITISME ET OCCULTISME
Avant de conimencer l'étude des rapports existant parfois entre le spiritisme ou l’occultisme et... le déséquilibre mental, il y a lieu de consacrer quelques pages à ce que l’on est convenu, en général, de désigner sous ces noms de spiritisme et d’occultisme.
En effet, ainsi que nous le faisions remarquer dans une précédente publication (x), le grand public a une certaine tendance à confondre l’occultisme avec le’spiritisme. Quand on prononce le mot d’ « occultisme » devant un profane, celui-ci réplique habituellement : « Ah ! oui... je sais... les tables tournantes ? » tandis qu’un sourire plutôt ironique éclaire son visage. Eh bien ! c’est commettre une erreur que de raisonner ainsi car il existe un certain nombre de distinctions entre le « spiritisme contemporain » et l’occultisme. Il convient donc de ne les point confondre absolument l’un avec l’autre.
C’est pour avoir fait cette confusion que M. le Professeur J. GRASSET S'’attira force critiques de la part des spirites et des occultistes, quand il publia son Spirilisme devant la science. C’est d’ailleurs ce qu'il rappelle au début de son livre : L'Occultisme Hier et Aujourd’hui
« Pour n'avoir pas précisé ces distinctions dans mon Spiritisme devant la science, j'ai été fortement houspillé de divers côtés.
« Nous regrettons, a dit Becker, que M. le D' Grasser, pour parler du spiritisme, ait cru devoir prendre les rensei-
(1) PHILLIPPE ENCAUSSE : Papus, sa Vie, son Œuvre. (Paris, 1932).
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gnements, non chez les spirites, mais dans l'ouvrage de Papus intitulé l’Occultisme et le Spiritualisme. IL est vraiment étrange de constater qu’un professeur se trompe à ce point ; car enfin les théories spirites ne sont point celles des occultistes, et il est déplorable de voir une semblable confusion s'établir presque officiellement. » (x).
Et Parus : « Dès le début de son travail, GRAsser commet une confusion qui se retrouvera dans toute son étude ; c’est la classification erronée des écoles spiritualistes. Faute de patience pour se reconnaître dans un domaine, nouveau pour lui, le professeur va mêler les occultistes, ies spirites et même les catholiques psychistes comme Gasron MÉry.….. J'entends déjà les récriminations que va s’attirer l’auteur pour avoir donné un de nos ouvrages comme exposé de la doctrine spirite ! » (2).
En effet, spirites et occultistes ne sont pas toujours d'accord... En ce qui concerne, par exemple, l'exercice de la médiumnité, Papus souligne que si « les Ecoles spirites cherchent à développer la médiumnité », l’occultisme lui, « invite ses élèves à ne jamais devenir des instruments passifs. » (Traité élémentaire de Science Occulte.) En l’occurrence, on ne peut que donner entièrement raison aux occultistes.
Autre distinction : l'interprétation donnée à certains « phénomènes spirites » : « Les occultstes se différencient justement de la majorité des spirites par la difficulté avec laquelle ils admettent les communications véritables entre les vivants et les Esprits eux-mêmes des défunts. » (Papus : Qu'est-ce que l'Occultisme ?) « L'occultisme ne nie pas, n'a jamais nié la possibilité de communiquer avec les êtres défunts ; mais il restreint considérablement le nombre des communications réelles. La plupart du temps, il s'agit de faits d'auto-suggestion où d'hypnotisme transcendant, faits dans lesquels les forces des médiums et des assistants interviennent seules. » (Papus : La Science des Mages.)
Voilà une remarque que ne désavoueront certainement pas
(1) BECKER : Revue scientifique et morale du spiritisme. (Juin 1903 (2) Parus : L'Initiation. (Mars 1903.) : us 4
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les métapsychistes. Déjà, dans son Traité Méthodique de Science Occulte (ouvrage de 1.092 pages, publié en 1891), Papus avait signalé cette interprétation chère aux occultistes.
Autre caractère distinctif entre les deux Ecoles : l’importance donnée à l’expérimentation : « L’Occultisme tend à faire des critiques plus que des expérimentateurs ou des médiums. » (Papus : La Science des Mages.) « Le spiritisme et l’occultisme sont deux choses bien différentes, écrit (x) le spirite Rouxez, et c'est bien à tort que l’on confond l’un avec l’autre... Nous voulons bien croire, pour le moment, que de précieux secrets sont possédés par les occultistes. Mais nous devons constater que, cela étant, l’occultisme n’a rien de commun avec le spirilisme qui n'admet que la méthode expérimentale... Le spiritisme est expérimental, l’occultisme est magistral. »
D'une façon générale, les occultistes n’attachent pas du tout la même importance aux phénomènes habituels aux réunions spirites que la plupart des disciples d’ALLAN Kar- DEC. « Ce qu’assez pertinemment, bien qu’en un sens trop restreint, les spirites dénomment phénomène n'intéresse l’occultiste qu’à titre exceptionnel et en un mode très indirect. » (STANISLAS DE GUAïTA : La Clef de la Magie Noire.) Les occultistes ne sont pas partisans — et nous les en approuvons pleinement — des séances et des évocations telles qu’elles sont pratiquées par de nombreux spirites... C’est ce qui explique certaines remarques de STANISLAS DE Guarra, remarques que d’aucuns jugeront peut-être trop sévères pour la doctrine spirite qui est qualifiée de « subversive » par le grand occultiste. De même, dans son excellent Pourquoi je crois à l'Occultisme (2), le poète Fer- NAND Divorre a-t-il eu soin de consacrer un chapitre aux écueils et aux dangers présentés par la façon d’ « expérimenter » de certains spirites…
Citons encore, entre autres, une distinction signalée par différents auteurs : Dans ses déductions, dans ses enseigne-
(1) ROUXEL : Spirilisme et Occultisme. (Paris, 1892). (2) FERNAND DIVOIRE : Pourquoi je crois à l’Occultisme. (Paris, 1928).
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ments, etc., l’occultisme — « qui est un système philosophique complet » (1), « une triple discipline (une science, un art, une philosophie) et qui réclame l’activité de toute une vie » (2) — est souvent beaucoup plus abstrait que le spiritisme.
« Dans la plupart des esprits, occultisme et spiritisme sont synonymes, écrit Fernann Divorre. C’est un peu comme si l’on pensait qu’un garçon de réfectoire de l’Ecole Polytechnique fait des mathématiques supérieures. »
(1) PAPuSs.
(2) Dr LÉO GAUBERT.