sect-are est un nouveau venu dans resecare qui
est un nouveau venu dans serrare 965. resecare est un nouveau venu dans resecare qui
est un nouveau venu dans serrare.
680. secare est un nouveau venu dans resecare qui est un nouveau venu dans serrare.
Et elle met en pleine lumière le danger couru par l'étymologiste appuyé sur la phonétique pure : celui d'interpréter comme le produit d'une évolution autochthone régulière et en partant du latin, une forme qui ne s'est implantée sur un point qu'au milieu du xix= siècle peut-être, une forme d'une romanité tertiaire ou quaternaire^ immatriculée par les patois et revêtue par eux d'un aspect auquel les variations de lèUr vitalité phonétique nous défendent d'accorder la moindre confiance.
4. La géographie linguistique par la forcé avec laquelle elle subordonne chronologiquement tel fliit à tel autre fait révèle à l'étymologiste toute l'étendue du danger, en même temps qu'elle s'irnpose comme le moyen exclusif de le prévenir. Mais la simple réflexion ne faisait-elle pas éclater à l'esprit la légèreté aventureuse, la témérité anti-
scientifique des spéculations d'étymologie pure qui encombrent certains dictionnaires ? Quelle conception intolérable que d'admettre dans la Gaule romane à l'époque de sa latinisation une réceptivité égale, ou à peu près égale, sur tous les points, alors que cette réceptivité était subordonnée à la diversité infinie des besoins, des états sociaux, des mille manières de sentir et d'agir ? Tous les individus du lexique latin devaient-ils rencontrer partout un droit égal, et un droit également durable à la vie ? Autant admettre qu'une pluie qui tomberait avec la même abondance sur toute la France pénétrerait le sol à une profondeur égale, quelle que soit la nature du sol. Un mot latin pouvait ne prendre que sur un point qui seul avait la chose ou l'idée, et c'est ce point qui l'a fourni aux autres quand ils ont eu la chose ou l'idée. — Folie encore de croire que le matériel latin, à travers toutes les péripéties que peut endurer pendant plus de quinze cents ans la vie d'une commune de France, s'y soit conservé à peu près constant. La vie étant toute l'activité économique et morale de l'homme, il n'y a pas un mot qui ne puisse être atteint, il n'y a pas un mot qui ne puisse se ranger parmi les Culturwôrter, — qui ne soit, qui n'ait été, en acte ou en puissance, un mot voyageur.
5. Comment croire — bien que le mot nouveau se présente naturellement — que les aires (resecare, sectare) qui recouvrent l'ancienne aireserrare soient dues à une élaboration individuelle de chacun des points qui les constituent, qu'il y ait chaque fois dérivation autochthone d'un type latin ? Est-il moins absurde d'admettre, pour sauvegarder l'autonomie phonétique, que chacun des mots ait été simultanément construit à l'intérieur de chaque patois local et au moyen de ses matériaux propres ? Il est clair que l'uniformité lexicale présente d'une aire comme resecare ou sectare est un aboutissant, qu'elle est non pas unité mais uniformisation. Lente a été la corrodation de serrare, lente l'infiltration des nouveaux venus que nous voyons encore à l'œuvre. C'est donc, alors, que la majorité, l'immense majorité, la presque totalité des points compris dans ces aires ont reçu le mot d'ordre de formation, la secousse inspiratrice, voire même la forme d'un lieu voisin qui lui-même subissait peut-être la répercussion d'autres lieux. Mais il suffit que nous admettions r inégalité chronologique dans l'introduction du mot nouveau pour admettre par là même l'inégalité dans les états vitaux des patois qui vont se le donner, et notamment dans la vitalité phonétique. Le fils bâtard peut ressembler à un fils naturel : mais il peut aussi tout en gardant l'empreinte méconnaissable de sa bâtardise apparaître un jour comme le fils naturel. Toute la question est h. Frononcer sans examen géographique que tel patois de l'aire serrare par exemple a tiré régulièrement du mot latin *resecare sa forme actuelle resega, c'est s'exposer cent fois à commettre une erreur capitale pour n'avoir qu'une fois la chance de rencontrer la vérité.
6. Quand on étudie de près un patois, on s'aperçoit très vite que la plupart des
mots du vocabulaire courant sont d'origine exotique, notamment française. Un noyau lexical représentant une tradition phonétique s'assimile les apports de tous les âges avec un sentiment des équivalences qui varie naturellement à l'infini selon les patois et le moment de ces patois. L'œuvre de l'assimilation se fait par des étapes, des intermédiaires qui la facilitent, lui ôtent tout ce qui semblerait appeler un effort trop conscient du patois. Le patois x reçoit le mot, non de Paris, mais de Limoges, et dès lors il peut l'incorporer au moyen d'une retouche phonétique légère et qui est à peine sensible pour lui. —Ce travail produit des résultats plus ou moins heureux, c'est-à-dire plus ou moins conformes à ce qu'on a considéré comme la phonétique locale ou régionale.
Mais dans ce noyau qui paraît constituer Vâme même du patois, des informations éparses ' font apparaître quelquefois des formes vieillies par où se révèle un substratum phonétique qui n'a pas laissé de trace et qui est en désaccord avec ce qu'on est tenté de définir comme la tradition phonétique locale. Nous assistons même à des retours en arrière, à des phonétisations rétrogrades qui répondent à un appel venu du dehors, à des méprises engendrées par une similitude accidentelle :
clavem flagellum
klé fié
kyé fyé
Çyé çyé
klé (produit actuel à côté de flamme, fleur, etc.)
Nulle part nous n'avons la certitude de saisir une tradition phonétique fidèle : nous entrevoyons une série de traditions phonétiques brisées, remplacées par d'autres qui se brisent à leur tour, quelquefois contradictoires, quelquefois concordantes, et ce mouvement du latin initial s'échelonne sur un espace de 1500 ans. Dira-t-on, dans le patois normand qui dit klé pour fléau que fl- latin > kl- ? Ce patois où clavlm est actuellement représenté par klé, lequel est peut-être déjà redescendu à kyé, ment chronologiquement. Nous croyons être en face de la tradition phonétique; nous n'étreignons qu'un simulacre qui reproduit par hasard un état déjà traversé, qui pourrait mille fois ne pas le reproduire. Et ce mensonge chronologique suppose nécessairement un mensonge géographique : soit qu'il y ait eu substitution pure et simple de langage, soit que le mot qui perd alors sa pureté locale ait seulement obéi à une impulsion exotique. A tout
I. Éparses et rares, parce que M. Edmont ne devait pas les provoquer, parce que, dans son enquête, il avait a photographier le réel, et non à satisfaire des curiosités de philologue.
moment nous nous heurtons à de fliux indigènes qui sont des acclimatés, à des mots qui, dans quelque ordre que ce soit — lexicologique, phonétique, sémantique — et à quelque degré que ce soit, ont emprunté ou leur vie tout entière ou une partie de leur vie. Les patois individuels sont le perpétuel mensonge chronologique et géographique : la géographie seule, par ses aspects et l'interprétation inéluctable de cts aspects, est capable de circonscrire autour du mot les limites de temps et d'espace qu'il ne doit pas dépasser.
7. La réflexion et les faits s'accordent pour détruire cette fausse unité linguistique dénommée patois, cette conception d'une commune ou même d'un groupe qui serait resté le dépositaire fidèle d'un patrimoine latin. Si le hasard avait voulu qu'un patois échappât à toutes les vicissitudes que nous venons de décrire et répondît à cette définition, le fait serait absolument indémontrable. Force nous est donc de repousser le patois comme base d'opération scientifique. Aucune recherche de dialectologie ne partira de cette unité artificielle, impure et suspecte : et à l'étude du patois nous opposerons l'étude du mot. Dans cette étude la phonétique conservera toujours un rôle capital. Mais, sans parler de la sémantique à laquelle toute recherche de linguistique doit des comptes, il nous paraît désormais impossible qu'elle puisse se passer des avertissements et des directions de la géographie linguistique dont l'intervention au moment opportun commande toute la discussion.