‹ Scier dans la Gaule romane du sud et de l'estChapitre 8 sur 11 · VIII. — Conclusions · texte numérisé non relu

VIII. — Conclusions

I . Les faits si divers, si multiples, incohérents en apparence, que nous présentait la carte I se sont peu à peu ordonnés sous notre effort, coordonnés et subordonnés ; le désordre actuel s'est transformé en une série organisée : et cette cohérence historique retrouvée est un puissant indice de vérité. Mais la solution du problème, du complexus de problèmes que nous avons abordé est dans l'existence et les vicissitudes de la faucille dentelée : c'est l'objet réel d'oùpartent les impulsions linguistiques dont la trace se prolonge et se perpétue, même quand l'objet réel a disparu. C'est par elle que s'explique le procès du Nord et de l'Ouest ; c'est par elle, par son conflit avec la faucille lisse, et grâce à la

chronologie, que s'expliquent tous les procès de l'aire serrare à partir du conflit entre les deux se(r)rare.

2. Le tableau qui se retrace sous nos yeux est un véritable drame linguistique.

Une guerre entre deux mots (sera re, serrare), une guerre qui dure depuis près de deux mille ans. Les deux camps ennemis sont encore sur le terrain, fortement amoindris tous les deux, leurs avant-postes quelquefois encore aux prises — ou, si l'on veut, provisoirement conciliés. Autour de ces deux camps, de vastes territoires où la lutte s'est terminée par la mort des deux.

Le champion qui succède à la mort du premier des scier (resecare à serrare) sort métaphoriquement , pendant près de quinze cents ans du môme modus rural, de l'identité d'image qui lie la faucille et la scie. H ne succombera que lorsque ce modus disparaîtra : à ses défaillances formelles, qui le rendent à tout jamais étranger à l'image d'où il est sorti, succède immédiatement ou la revivification formelle avec resecare ou la résurrection de l'image avec sect-are. Il ne succombe même pas lorsqu'une de ses parties constitutives (re-), autrefois si vivante, presque prépondérante (rçsecare), travaillée en tous sens par la multiplicité de ses emplois et évoluant selon sa destinée propre, tombe comme une addition inintelligible et se détache de lui (resecare >> secare).

3. Là où la science phonétique abandonnée à ses ressources n'atteint qu'un sol et croit avoir touché le sol latin, la géologie linguistique retrouve deux sous-sols latins. Elle nous dit par exemple que :

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