Ibidem, iib. V, 36, p
innocence; cueillir le fruit de la vie, c'est monter, par la grâce, jusqu'à la déification. Ce sera la récompense de ceux qui auront vaincu le monde et la chair. Or y l'Enfer consiste à être placé par sa conscience hors du Paradis, bien que toute l'humanité d'ailleurs y soit rassemblée. Tous donc, bons ou méchants , sont réunis dans le Paradis, c'est-à-dire, dans la primitive perfection de l'humaine nature. Seulement , 4es uns sont en pensée dans ce Paradis , ou s'élèvent encore au-dessus, plus près de Dieu; ce sont les élus. Les autres , ce sont les réprouvés ^ en sont loin , par leur pensée mauvaise, impie, chargée des ténèbres de -son ignorance et de ses fautes.^
On trouve la figuré de ce mystère dans la construction mystique du temple de Salomon. Tous y étaient admis, bons ou méchants, hommes on femmes, circoncis ou incirconcis, et de tous les pays du monde, et quel que fut le but qui les amenait, qu'ils y vinssent prier ou faire leurs affaires; seulement il y avait un portique réservé aux prêtres et aux lévites; puis les prêtres, lavés et purifiés dans la mer d'airain, entraient dans la partie extérieure du temple, où étaient les candélabres et les pains de proposition; mais nul ne pouvait s'avancer au delà du voile, dans ce tabernacle où s'élevait l'arche sacro-sainte et l'autel et les deux chérubins, nul n'y pouvait pénétrer, si
1, De divis. nat., Ub, V, Z^, p, 146^/ seq.
OIAPITRE VIII. 481
ce n'est le souveraia pontife. Ce temple^ où tout le mondé a sa place, c'est le Paradis, où l'humanité entière sera rétablie^ tnais où chacun , selon son mérite, sera plus ou moins près de la béatitude : le tabernacle, c'est Dieu lui-même, auprès duquel le Christ tout seul peut pénétrer, le Christ et, à sa suite y les élus qui auront mérité d'être unis à lui et déifiés.1
Il n'y aura donc qu'un seul espace infini pour le monde ressuscité, un seul temple, une seule maison, et le Paradis et l'Enfer, ne seront pas autre chose que la place plus ou moins proche de Dieu , que chacun y occupera par la pensée, //i domo patris mei mansionés multœ sunt , a dit Jésus. Or , ce n'est point par la place que notre corps occupe , que nous sommes près du Christ ou éloignés de lui. Deux hommes placés l'im auprès de Fautre, il y a souvent un abîme qui les sépare. Peu de temps avant la Passion, Judas Iscariote et Sibon Pierre faisaienfl la Cène avec le Christ. Mais combien celui-ci était près de son maître! combien celui-là en était éloigné M'un trahissait Jésus, l'autre le contemplait. L'un , par le baiser de sa bouche, vendait le corps du Christ; l'autre, dans un baiser tout spirituel , adorait son àme divine. '
Repoussons les vaines et grossières imaginations, >■ * I II. I II ■— — — ^^— — *— — ^— ^1— ■— ^