‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 172 sur 224 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

^^ toute rhumanité en Dieu, après avoir démontré ^U*il est impossible qu'elle soit divisée en deux parts, '^ proclame très-clairement la distinction de Tuniversel ^ du particulier, du genre et de Tindividu, de Thu- ^suiilé et de Thomme; il reconnaît des peines pour ^^s fliéchants et des récompenses pour les justes , bien S^c d'ailleurs chez les uns et chez les autres l'universel ^€ souffre pas, n'éprouve ni joie ni douleur, et de- ^^Koeure parfaitement immuable. Jean Scot était là sur la pente rapide de toutes les extravagances du réalisme exagéré, c'est-à-dire, qu'il pouvait être entraîné vers ses conséquences monstrueuses, le panthéisme, l'impeccabilité de la nature humaine et l'impossibilité absolue de piinir le mal et de récompenser le bien. Mais il échappe à tous ces dangers et reste dans les limites du réalisme de Guillaume de Champeaux. Il y a dans l'homtne quelque chose d'universel , quelque chose qui est commun à tous les hommes, qui est un, simple, indécomposable; mais ce quelque chose d'universel ne se confond pas avec l'individu de manière à abolir toute distinction de personne au sein de la substance unique : voilà la doctrine qui résulte de sa résurrection du monde en Dieu. On a vu les conséquences hardies, les nouveautés théologiques qu'il en a fait sortir, l'abolition de l'enfer, la destruction future du mal , le triomphe définitif de la bont^ divine sur la misère et la mort. Le réalisme qui est au fond de ces théories est irréprochable ; c'est celui

que, trois siècles plus tard, Guillaume de Champeai dëyeloppa sous une forme plus nette à l'école de Notre-Dame, ayaat les concessions qui liii fùrexit arrachées par l'enseignement victorieux d'Abélard.

Arrêtons-nous ici. Scot Érigène, je le répète, n'appartient pas précisément à la discussion du réaliBme et du nominalisme. L'historien de cette lutte câèbre peut omettre son nom. M. Cousin ne le cite pas. Mais si l'on recherche quelle a été sa doctrine sur ce suj^, on le Toit professant un réalisme très-prononcé-, tandis que la philosophie de son temps , malgré son indécision, semble incliner vers la solution contraire, imposée par Boëce ; on le voit attaquant cette opinioR adverse avec beaucoup de dédain , et il semble qu'il devance déjà le réalisme si ferme de Guillaume de Champeaux et surtout le platonisme de Bernard de Chartres, avec lequel il a, pour l'imagination et l'ardeur poétique de la pensée, plus d'une frappante ressemblance.

Page 1