‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 171 sur 224 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

*^Uvent, comme à S. Anselme ^ de provoquer les lé- S^tioies attaques du nominalisme , en créant de faux ^^Yersaux, c'est-à-dire, en réalisant des abstractions. V^nd il parle des causes premières et que, d après la théorie néoplatonicienne de TAréopagite, il énumère toutes les idées, la Bonté, la Sagesse, la Vie, la Perfection, etc il eût été forcé d'expliquer sa pensée,

et peut-être une discussion pressante lui eût-elle fait reconnaître qu'il multipliait inutilement les premiers principes, et qu'en attribuant à la Sagesse, à la Perfection, à mille qualités secondaires, une existence indépendante des idées suprêmes du Beau , du Bien , du Vrai, il donnait à de pures abstractions une réalité illégitime. Je remarque pouitant qu'il n'est pas tombé dans l'erreur commise par S. Anselme, lequel reproche à Roscelin de ne savoir pas distinguer la couleur d'avec le corps où cette couleur est visible : « colorent c non aliud queunl intelligere quant corpus. ' * Jean Scot dit très-bien que la couleur n'est ni corporelle, ni incorporelle : elle n'est pas corporelle , car elle n'est qu'une modification du corps, et non le corps luimême, circa corpora ; elle n'est pas incorporelle, car eu dehors du corps elle n'existe pas.

Mais le réalisme de Jean Scot se révèle surtout avec une .physionomie singulière et une véritable audace, lorsque, parlant de l'humanité et de son retour eu

X» Cousin, Fragments pliilosophiques, tome 1)1, p. 149.

214 TROISIÈME PÂHTIE.

Dieu , il affirme qu'elle y reviendra tout entière , par cette raison que la nature humaine est une , simple, indivisible , et qu'il est impossible de faire deux parts en elle 9 d'un côté les élus, de l'autre les maudits. Sous ces bizarreries théologiques on aperçoit ici le réalisme dans toute sa rigueur. Chose singulière, cette théorie de Jean Scot semble d'abord-justifier à la lettre l'argumentation d'Abélard contre l'école réaliste. Abélard nie qu'il puisse y avoir quelque chose d'universel dans l'individu; car sans cela, «si le genre est l'es- « sence de l'individu et s'il est tout entier dans chaque « individu , de sorte que la substance entière de Soft crate est en même temps la substance entière de «Platon, il s'ensuit que, quand Platon est à Rope « et Socrate à Athènes, la substance de l'un et de l'autre «est en même temps à Rome et à Athènes, et par « conséquent en deux lieux à la fois. ^ * Il semble d'abord que Jean Scot s'appuie précisément sur une argumentation pareille pour démontrer le retour de l'humanité tout entière au sein du Créateur; mais, on l'a remarque , tout l'argument d'Abélard repose sur la confusion du genre et de l'individu , de l'universel et du particulier dans Socrate. Or, si cette confusion est recueil dans lequel pourrait en effet tomber l'école

réaliste, Scot Erigène, qui en semble si près ici, finit cependant par l'éviter; car, après avoir exigé le retour

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