CHAPITRE III
^^QQoe sur tous ces hommes qui forment à trayers le n^oyeu âge uae si riche et si nombreuse famille , et lUe l'on Toit tous monter , comme ils disent , vers les ^tumets de la contemplation?
Parlons un peu de ce mysticisme : d'où est-il né? ^ quelle occasion s'est -il surtout manifesté? Quand la scholastique se perdait avec une solennité puérile dans les inextricables embarras de ses questions , de ses subtilités y de sa dialectique barbare , ne serait-ce pas la sécheresse même de cette science qui provoquait des âmes tendres , profondes , avides, à chercher plus haut une nourriture meilleure? et comme le mysticisme suit dans tout le moyen âge le développement de la scholastique 9 comme ces deux directions sont souvent mêlées l'une à l'autre , ne peut-on pas dire que les mystiques fécondaient sans cesse la scholastique, et que leurs aspirations, leur enthou-» siasme, leurs ardeurs idéalistes, jetaient comme de nouvelles semences dans les sillons épuisés de l'école? Je crois distinguer deux familles très-rëconnaissables parmi les mystiques du moyen âge : les uns, plus r^uliers, plus prudents, plus méthodiques, fondent leur mysticisme sur l'étude psychologique, sur l'expé* rience, sur l'observation des phénomènes de l'àme; leur plus grand représentant, celui qui a constitué scientifiquement leur théorie , c'est Richard de Su Victor. Les autres, singulièrement profonds et hardis, ont créé un mysticisme spéculatif, métaphysique, plein
d'éclairs de géaie, plein d^audacés extraordinaires, mais périlleux, et qui , succombant aux dangers qa'il provoque, ya se perdre dans le panthéisme. Ds ont pour chef le dominicain Eckart. Les premiers qui correspondent aux temps primitifs de la scholastique, aux époques où la philosophie n'était encore que h servante de la théolc^e , sont soumis et r^ulien. A mesure que l'esprit philosophicpie gagne du temâii, le mysticisme , suivant la même marche , s'élève à des hardiesses inouïes. Maître Eckart appartient au quatorzième siècle y tandis que Richard de S. Victor est contemporain et ami de S. Bernard. Or, avant de te ^parer ainsi dans le moyen âge, l'esprit de la scholas* tique et celui du mysticisme s'étaient rencontrés diei cet homme extraordinaire que l'on trouve partout au commencement de cette époque , chez Jean Soot Erigène.
Ainsi ces écrivains se rattachent tous à l'auteur du De divisione naturœ : mais, malgré l'opinion assez répandue qui lui attribue toutes les erreurs du pan* théisme, ce sont surtout les écrits des premiers qui ont avec les siens de curieuses analogies; les seconds, les auteurs du grand mouvement du quatorzième siècle , introduisent dans le mysticisme des idées toutes nouvelles et lui impriment un caractère jusque-là inconnu.
Suivons rapidemeut cette marche des doctrines .mystiques.