‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 180 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

maîtres des différentes directions qui se partageaient alors la philosophie. Voici ce passage : «Toute la t sainte Ecriture nous enseigne trois choses : Jésust Christ engendré de toute éternité au sein de Dieu et t iait homme sur la terre y la règle que nous deyons «suiyre dans la vie, et l'union de l'àme avec la Divi- « ni(é. Le premier point regarde la foi , le second la c morale , et le troisième ce qui est la fin de l'une et « de l'autre. Le premier doit occuper les docteurs y le t second les prédicateurs , le troisième les contempla- « tifs. Dans la première de ces études , c'est Augustin « surtout qui est le yéritable guide , dans la seconde c c'est Gr^oire, et Denys dans la troisième. Augustin « est suivi par Anselme , Gr^oire par Bernard y et «Richard a suivi Denys; car Anselme s'occupe de «doctrine, Bernard de prédication, et Richard de « contemplation. Quant à Hugues , il suit toutes ces « études et tous ces maîtres. ^ * Ainsi le maître des doc--

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1. ^yVnde tota sacra scriptura hœc tria docet, sciUcet Christi œtemam generationem et incarnatianem , vwendi ordinem, et Dei et animœ nnionem, Pnmum respicit fidem, secundum mores, ter^ tùan Jinem utriusgue, drca primum insudare débet studium doC" torum, circa setundum studium prœdicatorum, circa tertium studium coniemplatiçorum, Primum maxime docet Augustinus, secundum maxime docet Gregorius, tertium vero docet Dionysius, Anselmus seguîiur Augastinum, Bemardus sequitur Gregorium, Richardus teifukur Dionysium. Quia Anselmus in ratiocinatione , Bemardus m prcedieatione , Richardus in coAtempkttiùne, Hugo vero omma hœc , id est, omnes sequitur. ^^ S. Bomayent. , De reductione artium %d theologiam, opp, , tom, VI, p. 2, éd. Mogunt., 1609.

leurs c'est S. Augustin, le maître des prédicateurs c'est le pape S. Grégoire, le mattre des mystiques c'est S. Denys l'Aréopagite, et S. Augustin, S. Grégoire ^ S. Denys sont continués par S. Anselme, S. Bernard et Richard de Saint -Victor; quant à Hugues de Saint-Victor, il unit à la fois toutes ces directions. Voilà ce que les docteurs du treizième siècle ont pensé * de leurs maîtres ; il n'est pas dit un mot de Scot Engène. Comment expliquer ce silence?

Je l'explique tout naturellement par la renommé suspecte de Jean Scot. Nous l'ayons déjà yu , les singularités , les nouyeautés étranges de sa doctrine ayaient proyoqué la défiance de l'Église et rejeté dans l'ombre les beautés yéritables qu'elle renferme. Ce n'est pas tout encore : telle fut la singulière destinée de Jean Scot, que, repoussé par l'Eglise à cause de ses hardiesses , il fut adopté pour cela même par toute ^ une école de panthéistes qui, défigurant la partie^ irréprochable de sa philosophie, firent de lui le chef et le maître de leur doctrine grossière; et cet homme, qui ayait ouyert la route si glorieusement suiyie par • S. Bernard et les chanoines de Saint-Victor, devint le représentant de je ne sais quelle philosophie occulte, mélange de panthéisme et de manichéisme, qui , après ayoir traversé obscurément le moyen &ge , se produisit ouvertement au treizième siècle dans rëvangile étemel de l'abbé Joachim et l'hérésie des Albigeois.

Parmi ces disciples indignes qui se sont emparés

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