‹ Scot Érigène et la philosophie scholastiqueChapitre 181 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

[lu nom de Jean Scot, je ne parle pas^ bien entendu, [le Bérenger. Ce fougueux hérétique n'avait renouvelé l'opinion de Scot Érigène que sur une question parliculièrëy sur le dogme de l'Eucharistie. C'est surtout après Bërenger que se déclare contre Jean Scot cette diéfianGe de l'Église qui le fait repousser par les esprits •àg^ et rechercher avidement par les sectaires aventureux. Au temps de Bérenger , Jean Scot était encore en grand honneur. Le pape l'avait poursuivi auprès de Charles le Chauve, mais assez timidement, et sans insister beaucoup, à ce qu'il semble, sur le désir qu'il manifestait de le voir éloigné des écoles de Paris ; et pendant ce4emps-là, sous les yeux même du pape, à la cour de Rome, le bibliothécaire Anastase avait hautement rendu hommage non-seulement à l'étendue de son érudition, mais à la sainteté sans reproche de sa vie. Les différents condles où il fut condamné n'avaient fidt qu'attaquer plusieurs points particuliers de sa théologie; on n'avait pas repoussé sa philosophie tout entière. Cette philosophie restait donc intacte et prot^ée par l'autorité dont lui-même avait joui si longtemps auprès de Charles le Chauve. Mais quand ce souvenir se fut effacé peu à peu, et que, deux siècles après, un hérétique ardent, opiniâtre, reproduisit avec éclat une des opinions de Jean Scot, et condamné maintes fois, mais résistant toujours , fut enfin obligé de brûler de sa main son livre et celui de son maître , on comprend que Scot Erigène dût être désormais

repoussé des traditioas de l'Eglise. Nous avons uo6 lettre de Béreager à LaofraDc, qui atteste que Jean Scot était encore, au onzième siècle,, un maître qu'on osait suiyre : s'il eût été frappé dès lors de cette suspicion qui l'atteignit plus tard, Bérenger eût- il pu écrire à Lanfranc ces hardies paroles, quand eifi^ condamna l'opinion de Jean Scot sur r£uch«|iÉÉ| « Si çeh est, mon frère, tu as fait une chose inwgltf « du grand génie que Dieu t'a donné. ... Si Jeaa est « pour toi un hérétique , il faut que tu déclares aussi «que S. Ambroise est un hérétique, et S. Jérôme et a S. Augustin , pour ne rien dire des autres. ^ *

Je n'ai pas à parler id de Bérenger; on sait ayec quelle énergie indomptable cet âpre génie défeudil l'hérésie de Jean Scot , qui était deyenue la sienne. Ou sait ses résistances , ses luttes , ses concessions momentanées , suivies de retours plus ardents yers sa doctrine; on sait que de conciles il occupa, que d'excommunications le frappèrent; on sait les noms glorieux de ses adversaires, Lanfranc, Albéric, Gr^oire VII, tous réunis pour l'abattre^. Ce qu'il importe de re* marquer seulement, c'est que, daas cette lutte déses* pérée , en s'appuyant sans cesse sur l'autorité de son maître Scot Érigène, il l'entraîna avec lui dans sa ruine, et que le jour où il brûla son traité de l'Eu-

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