CHAPITRE V. '^É
tudel quelle mâle et saine vigueur! quelle irirëprodiable beauté de langage et de peosée ! et quand on a trayerséy quoique rapidement, la flottante histoire de ces théories , comme on se sent bien assuré sur ce ferme terrain! Je voudrais qu'on revint à ces ouvn^^ si peu connus, à ces admirables monuments phitèsophiques. Il n'y a point de meilleure nourriture pour la pensée, et contre les périlleuses spéculations de ce mysticisme germanique, aujourd'hui renouvelées dans la philosophie même de ce pays , il n'y a point de rempart plus solide. Lisez r Instruction sur les états ^oraison, la Tradition des nouveaux mystiques, la Pt^ace sur l'instruction pastorale de M. de Cambray: tout le mysticisme des siècles passionnés qui précèdent y est examiné, discuté, jugé avec l'autorité sou- Yeraine de la raison moderne. Oui , s'il m'est permis de le dire, ce n'est pas seulement au nom du christianisme que Bossuet est si puissant : déjà lin grand eclprit, eelui qu'on appelait le docteur très-chrétien, déjà Gerson ^vait essayé de soumettre les doctrines die8 contemplatifs à une critique exacte, et on sait qu'il ne traça pas toujours d'une main sûre la limite du vrai et du faux. Si le christianisme est si ferme au dix-septième siècle, il le doit à cette mâle discipliné de la^ philosophie de Descartes, qui fortifia et développa dans l'esprit français ce sens droit , cette pensée profonde et nette , toutes ces rares qualités qui lui sont propres. Ce n'est pas seulement devant l'autorité de
rÉglîâe que comparatt ici tout le moyen âgé mystique, jugé par l'évéque de Meaux; c'est aussi , c'est surtout devant le dix-septième siècle français, c'est-à-dire, devant la vraie philosophie moderne, devant cette immortelle philosophie, si précise dans son spiritualisme, si ferme dans son élévation. Tauler , Ruysbrock, Suson, sont interrogés, tour à tour, par ce juge redoutable. Comme il les domine par la supériorité du génie, et qu'il est en même temps un maître incomparable dans l'art d'écrire, il excelle à juger à la fois et la pensée et l'expression ; sous l'entraînement des paroles , il sait si la pensée est acceptable encore, et si la langue srale a trahi Técrivain ; il marque d'une main sûre l'endroit où l'amour finit et où c'est le délire qui commene^ 11 va chercher jusque dans S. Denys l'Aréopagite l'ongine de ce langage hyperbolique, de. ces élévatiooi extraordinaires qui ont enivré tant d'esprits aunn^en âge, que Gerson lui-même n'a pas évitées, et qui ont été exagérées encore par les faux mysitiques qu'il combat * . Mais l'Aréopagite et les Pères alexandrins ne vont jamais jusqu'à perdre l'homme au sein de .Dieu ^; ce sont les Allemands qui ont enseigné ce. panthéisme mystique; c'est Maître Eckajrt, c'est Ruysforock, lorsquHl affirme que l'âme est changée, transformée, absorbée dans l'Être divïn, et qu'aucune onéature ne