ID^E DB LA PHILOSOPHIE
La première question pour le philosophe est celle qui s'informe de la nature de la science, de ses desseins et de son but , de ce qu elle veut et de ce qu'elle peut faire. Qu^est-ce âonc que traiter de la philosophie? Ce n'est pas autre chose que donner les règles de la vraie religion, laquelle a pour objet d^adorer avec humilité et de rechercher par la pensée la cause souveraine, la cause première de toutes choses, Dieu lui-mèine : d'où il résulte que la vraie philosophie est la vraie religion, et que la vraie religion, à son tour, est la vraie philosophie. ^
Si la vraie philosophie et la vraie religion se confondent, et si toutes deux sont la science de l'infini, pour qu'elles puissent atteindre ce but sublime, il reconnaître chez l'homme une faculté supérieure,
is Scoti Erigenœ De divin, prœdest, apud Mauguin, /. et grat., tome. l/% p. 111.
par laquelle, sortant de lui-même, il monte jusqu'à Dieu; or, c'est la sagesse, la sapience, qui est cette vertu commune à l'homme et à l'ange; c'est elle qui donne à l'esprit la pure contemplation , et lur fait apercevoir l'Éternel , l'Immuable. C'est là la partie la plus haute et comme la cime de la pensée. Au -dessous d'elle il y a la science, faculté très-élevée encore, commune également à l'ange et à l'homme , qui étudie non-seùlement les efiets, la multipliéité , l'infinie variété des phénomènes , mais la nature même des choses créées, soit que cette nature apparaisse réalisée dans le temps et dans l'espace, soit qu'elle demeure encore dans son indivisible simplicité. La science a pour domaine la nature; la sapience se meut éternellement autour du Dieu invisible ^ Physique et théolc^ie, l'àme humaine embrasse ainsi toute la connaissance sur les deux degrés de la spéculation. ^
Sur le degré inférieur par lequel l'homme s'élève à celui d'où il contemple ce qui ne se voit pas, il faut remarquer encore une division; car notre àme possède trois mouvements , qui ont chacun leur fonction propre, et il y a entre ces mouvements une correspondance merveilleuse. D'abord ce sont les sens qui révèlent à l'àme les phénomènes du monde sensible; puis parait la raison qui ramène ces phénom^es