FLEURS D'HIVER
Les arbres ont perdu leur verdure brillante, On ne voit plus de fleurs dans le jardin désert ) Les nids abandonnés n'ont plus do voix qui chante, La nature frissonne au souffle de l'hiver.
J'ai, sur un guéridon, tout près de ma fenêtre, Un petit rosier blanc qui s'entrouvre à demi, Pauvre fleur solitaire, en qui je vois renaître, Dans un lointain vermeil le printemps endormi.
Ainsi, quand vient pour nous l'automne de la vie Une seule vertu suffit pour l'embellir Et prêter son parfum à l'âme endolorie, En attendant l'Avril qui ne doit pas finir.
Napoléon Legendre,
UNE DES "PETITES CHRONIQUES'3* DE M. ARTHUR BUIES f
" On tient notre province de Québec, ou, tout au moins, notre gouvernement local en fort haute estime auprès de certains
* «'Petites Chroniques pour 1877", par Arthur Buies. 1 vol. in-8. (Imprimerie Darvcau. Québec, 1878).
f Né le 24 janvier 1840, à la Côte des Neiges, près de Montréal, il est une des meilleures plumes frar.ç ises du Canada. Il débuta par des articles dans le Pays, journal libéral dont il devint en 1868 le rédacteur en chef. A la même époque il fournissait des articles à la ÏÏevueLïb craie de Paris. Dans l'automne de 1878, ilfondait
gouvernements étrangers, comme vous allez le voir.
" L'hiver dernier, deux de nos ministres, la session locale étant évanouie, conjurèrent de s'enfuir vers des cieux moins sévères, — de se sauver de nos frimas pour dire juste, — et laissèrent le vaisseau de l'état abandonné de son pilote et de son second, quoique le capitaine, homme peu vagrant (vagabond; de sa nature, restât toujours au timon. Le capitaine, ou, si l'on
LaLantern e, journal hebdomadaire humoristique, libéral avancé, qui n'eut que sept mois d'existence. En 1870, M. Buies commerça une nouvelle feuille. I* Indépendant, dévouée à la cause de l'annexion du Canada aux Etats-Unis. Ce papier qui avait paru d'abord, en Mai 1870, à Montréal, vint terminer sa courte carrière à Québec, au mois de Décembre, malgré le talent de l'auteur; ce qui prouve le peu d'écho que trouvaient dans le pays les idées dont il s'était fait le champion. En 1871, il se mit. à rédiger des chroniques humoristiques pour le Pays, et lorsque cette feuille eut ressuscité sous le nom de National, il continua à y écrire des articles du même genre. M. Buies ayant réuni tous ceux qu'il avait successivement fait paraître, en fit un volume intitulé : " Chroniques, Humeurs et Caprices, " publié en 1873 (Imprimerie Darveau, Québec). En 1874, tout en alimentant le National de sa plume féconde, il donna plusieurs conférences sur la presse Canadienne-française ; sur Québec, ancien et futur, etc., etc. La même année, il fit à San-Fran-
veut, le chef du cabinet, est un homme qui prend au sérieux la qualité de local propre à son gouvernement, et il trouve que c'est localiser fort peu un gouvernement que de le faire voyager de Québec aux Antilles, même durant les durs mois de janvier, de février et de mars. Mais qu'importe ! nos deux ministres avaient pris, un beau jour, le train de New-York
cisco un voyage qu'il raconta au retour dans an deuxième volume, publ.é par son imprimeur habituel et intitulé : " Chroniques et Voyages" et qui renferme en outre diverses fantaisies. En 1875, M. Buies donna deux conférences. En Mai 1876, il faisait paraître à Québec Le L'éveil, feuille hebdomadaire, qui allait, après sept mois et demi d'une existence agitée, expirer à Montréal, où son fondateur l'avait transportée. Au commencement de 1878, M. Buies dont, les livres sont toujours bien accueillis par le public, donnait sous le titre de « Petites Chroniques pour 1877," un volume précédé d'un aperçu fort remarquable ^ur la littérature canadienne et la langue française au Canada. En 1879, envoyé par le gouvernement de la province de Québec, pour étudier sur les lieux mêmes la région du Saguenay et du lac Saint- Jean, il donna à son retour sur ce sujet trois conférences qui eurent beaucoup de succès. 11 se propose, en y ajoutant des renseignements complémentaires, d'en former une monographie complète à tous les ] oints de vue de cette partie du pays, monographie qui ne tardera pas à voir le jour.
J. Kl C ukP-II.
et, de là, le paquebot qui devait les conduire à la Havane, en ayant eu soin au préalable de se munir de lettres de présentation fort aimables que leur avait données le consul-général d'Espagne à Québec. *
" Arrivés à Cuba, après avoir fait connaître leurs qualités et remettre les lettres qui allaient faire ouvrir toutes les portes devant eux, quelle ne fut pas leur extrême surprise de voir le capitaine-général de Cuba venir leur faire visite lui-même à leur hôtel, mettre ses voitures à leur dis-
Je dois ici établir deux faits :
1° Le banquet dont M. Buies parle plus loin eut lieu sept ou huit mois av.ant que j'eusse donné ces lettres de recommandation.
20 Quand j'ai donné à ces messieurs les dite^ lettres qui les recommandaient ti es chaudement, j'avais naturellement été informé par mon Vice-Consul de ce qui s'était passé au banquet en question.
J'ai donc, en connaissance de cause, rendu le bien pour le mal.
Malheureusement le bon exemple de Sou Excellence le Gouverneur Général de Cuba n'a pas eu tous les résultats désirables.
J. El C dk P-K.
position et les inviter à dîner avant même qu'ils eussent le loisir de lui rendre sa visite ! Il alla en outre jusqu'à passer une revue en leur honneur et se comporta envers eux absolument comme s'ils étaient les premiers personnages d'une grande puissance. Remarquons que le capitainegénéral de Cuba* est le représentant direct du souverain d'Espagne et qu'il a des
# Lo gouverneur-général de Pile de Cuba était alors un des hommes qui, par leurs talents et leurs vertus, honorent le plus, non seulement l'Espagne, mais encore le monde. Avant d'être gouverneur-général et capitaine-général de Cuba, il avait été président du conseil des ministres du royaume. 11 est maréchal de l'armée espagnole, sénateur, etc., etc.
Je profiterai de l'occasion pour lui adresser ici l'exprepsion de ma profonde reconnaissance pour toutesl es bontés qu'il m'a témoignées. Il a su m'inspirer une affection vraiment filiale. L'illustre général est une des rares personnes sur la surface de la terre qui me comprennent. En outre, quand des désappointements, des contrariétés et des chagrins complètement immérités ont mis ma patience à l'épreuve, et après que la mort m'eut enlevé mon père et presque tontes les autres personnes qui m'étaient chères au monde (sans qu'il eût, cependant, connu, je crois, ces derniers détails) il a toujours, par l'affabilité de ces procédés, posé un baume bienfaisant sur les piaies de mon âme et m'a fait voir qu'il est des hommes chez lesquels le? délicatesses les plus fines du cœur sont alliées aux plus hautes qualités de l'intelligence. j. ElCdkP-R.
pouvoirs joliment plus étendus encore que ceux que possède le gouverneur de toute la confédération canadienne. Nos ministres, certainement, ne pouvaient s'attendre à des témoignages aussi magnifiques de sa part, puisqu'ils ne représentaient rien absolument, qu'ils n'allaient pas à Cuba en mission ou en qualité officielle, qu'ils n'étaient pas les ministres d'un état reconnu par les autres et que, par conséquent, ils ne pouvaient espérer qu'on fît les moindre frais officiels en leur honneur. Toutes les politesses qu'ils reçurent du capitaine-général de Cuba étaient donc à titre de simple courtoisie et tout-à-fait indépendantes des usages diplomatiques; ce qui n'en était que plus flatteur, tellement flatteur que les deux personnages canadiens en étaient littéralement embarrassés et confus.
u Ces hommages spontanés, offerts à
deux de nos ministres provinciaux par le chef militaire et civil de la plus belle colonie espagnole, sont pour nous un légitime sujet d'orgueil et nous avons droit d'en être fiers, mais ils portent aussi une leçon dont il faut que nous tirions profit. Au printemps de Tannée dernière (1876), à un banquet offert par la ville de Québec à lord Dufiferin, le consul de France et le vice-consul d'Espagne *, au lieu d'être placés à la table d'honneur, avaient été mis, sans aucun égard à leur qualité, parmi les souscripteurs ordinaires du banquet f ; ils protestèrent dès le lendemain contre un pro-
* Le consul-général, son chef, était dans ce moment là en Europe.
f A ce qu'il parait, ils avaient à leur droite un commis d'épicerie et à leur gauche le patron d'une goélette de 50 ou 60 tonneaux faisant Le cabotage, lequel patron ne mangeait pas des plus proprement et ajoutait des arabesques fantastiques aux broderies officielles de ces messieurs.
A la fin du célèbre opéra-bouffe canadien " II. M. S. Parliament " qui vient d'être joué avec tantde succès dans ce pays par le spirituel MeDoweli et sa troupe, se trouvent les vers suivants qui s'appliquent
cédé qui n'avait ni raison ni excuse * : on ne leur fit pas justice, et, depuis lors, ils
parfaitement à la position dans laquelle on avait mis ces deux malheureux officiers consulaires :
11 He is a Ci-vii-i-an;
For lie m:ght hâve been a Draper,
A Grocer, or a Baker,
Or perhaps a Pub-li-cnn."
11 est vrai que le comte de Dufferin, avec ses délicats et nombreux procédés de fine courtoisie fit oublier à ces messieurs la conduite des organisateurs du fameux banquet ; mais
J'imagine, Dieu me pardonne, que si Lord Dufferin avait été un peu plus égoïste, il aurait pu se faire élire roi à l'unanimité par le Canada tout entier.
J. El C dk P-R.
* Je le pense bien, car le consul de France et le vice-oonsul d'Espagne dont il est question sont tous deux des hommes d'un oaractère très digne. Le premier vient d'être promu consul-gémral de France au Canada et le second consul d'Espagne à un des postes les plus importants des Etats-Unis, où nonobstant les idées démocratiques très avancées du pays, il recevra toutes les attentions convenables, tous les honneurs ou toutes les courtoisies dignes de la nation auprès de laquelle il est accrédité, et de celle qu'il représente.
Toutes les nations une fois arrivées à l'apogée de leur grandeur commettent beaucoup de fautes. La Grande-Bretagne n'a paséchappé non plus à cette loi. De toutes ses erreurs, la plus grave sans contredit, et une de celles qu'elle regrettera le plus un jour, c'est le mépris qu'elle ressent (et manifeste, plus ou moins ouvertement,/ pour les étrangers.
Les organisateurs du banquet de Québec n'ont pu qu'être encouragés dans leur manque d'égards par les procédés de la môrepatrie; car il est un fait bien certain, c'est que l'Angleterre n'a
se sont trouvés dans la position de ne pouvoir plus assister à aucune démonstration ou célébration officielle quelconque.
Cependant, le consul de France et le vice-consul, gérant par intérim le consulat-général d'Espagne, sont les représentants de deux grandes nations*, et nous ne leur accordons aucuns égards comme tels, pendant qu'un capitaine-général de
rendu qu'à la dernière extrémité, môme aux ambassadeurs, quelques-uns des honneurs qui leur étaient accordés par les autres nations civilisées. (Voir entr'autres : " The Book ol' the Court, by William J. Thoms, dedicated by express permission to lier Most Gracious Majesty.— London : Richard Bentley, publiée r in ordinary to lier Maie^ty. 1838 " ),
* Lesquelles ne se sont pas encore décidées malheureusement (attendu que l'Angleterre exige autant pour ses propres agents consulaires qu'elle donne peu à ceux des autres nations) à traiter les représentants du Royaume-Uni en France, en Espagne et dans leur3 colonies sur le même pied que les agents français et espagnols sont, traités dans la grande Bretagne et ses possessions d'outre-mer. Cette mesure est si nécessaire et si urgente qu'on finira par ne trouver dans aucun pays indépendant un homme digne et respectable qui voudra accepter les fonctions d 'officier-consulaire (envoyé) en Angleterre ou dans les possessions britanniques.
J. El C de P R.
Cuba rend à de simples ministres de province, à des hommes qui ne peuvent être reconnus diplomatiquement, des hommages presque royaux. Si nos ministres locaux n'ont qu'à se présenter pour qu'on se précipite devant eux, et que, de notre côté, nous ne fassions rien pour reconnaître, même par pure politesse, la position et la qualité de représentants de grandes puissances, il faut croire que la province de Québec est tellement au-dessus de tous les pays du monde, même les plus élevés, qu'il n'y a plus de lois pour elle et qu'elle ne doit rien à personne, tandis que tout lui est dû de la part des autres. Il ne serait pas bon cependant de trop s'enfoncer dans cette idée-là.