‹ Scrap-bookChapitre 23 sur 29 · MIETTES DE L'HISTOIRE D'AMIENS · texte numérisé non relu

MIETTES DE L'HISTOIRE D'AMIENS

Non nugse, sed noces.

J'ui I*j que, dans les temps unciens, Lorsque les Espagnols, — on sait par quels moyens, - Eurent pris la ville d'Amiens,

Ils jetèrent au vent leurs rustiques simarres.

Et, tout harnachés de chamarres, Ils poussèrent au Bloc en sonnant des fanfares.

Ce n'étaient qu'habils éclatants, Que crinières au vent de coursiers haletants, Panaches et tambours battants ;

Mais pendant le tumulte, à la porte Saint-Pierre,

Les noix, complices de la guerre, Près des sacs éventrés roulaient dans la poussière.

Un pauvre diable d'Amiénois, Laissant les Espagnols piatfer sous leur harnois, Se mit à ramasser les noix.

Je comprends, disait-il, qu'on vous laisse par terre ;

Nos échevins, armés en guerre, Et tous nos bons bourgeois ont autre chose à faire ;

Mais, moi, chétif et sans honneurs, Qui ne saurais me battre avec les grands seigneurs, Je glane après les moissonneurs.

Les Espagnols hautains sont les faits de l'histoire,

Qui s'imposent à la mémoire Par le son haut et clair du clairon de leur gloire.

Les anecdotes sont les noix ; Je suis cet attardé, cet écolier sournois, Qui les ramasse en tapinois.

Je les casse gaiement d'un coup de dent gourmande

Et, sans que personne en demande, J'invite mes voisins à partager l'amande.

Si vous avez, bons Amiénois, Conservé pour ce fruit votre goût d'autrefois Vous voudrez tâter de mes noix.

Sur la place du Parvis*

L'hiver nous arrive à souhait ; La neige vole comme cendre, Il gèle, il gèle à pierre fendre Sur la ville qui s'enrouait.

La bise grogne comme un rouet ; Un saint tout neuf en pierre tendre Eclate et craque ; on croit entendre Claquer un petit coup de fouet.

Son nez, chef-d'œuvre de sculpture, Bondit de moulure en moulure Avec un cliquetis moqueur.

Les vieux saints et les vieux apôtres, Sans s'émouvoir disent en chœur :

Ah ! nous en avons vu bien d'autres I

Janvier 1867.

Dans la Cathédrale*

- Le 18 Juillet 1585, Charles VI épooM en lii Cathédrale la fameuse Isabean de Bavière. »

Ms. Ach. MachabT'

Un soir, je méditais après une prière, Les yeux dans le passé, les pieds sur un tombeau, L'Ange du souvenir, secouant son flambeau , Ressuscitait les morts dormant dans la poussière.

J'en vis deux, à genoux sur les degrés de pierre; Belle à damner un saint, la princesse Isabeau A son doigt constellé sentait glisser l'anneau Qui mariait le sang de France et de Bavière.

Pendant que les époux échangent leurs serments, Dérobant son regard sous le front qui s'incline, Claude amoureusement contemple Messaline.

Noir fantôme attardé dans la forêt du Mans, Charle épouse Isabeau ! Que ne sors-tu de terre, Pour jeter la folie entre eux et l'adultère !

8 mai 1549.

Deux autres. Celte fois, dans le milieu du chœur, Brilleut les écussons d'Angleterre et de France; Boulogne vient ouïr sceller sa délivrance Sans avoir à fêter les lauriers du vainqueur.

Le prêtre est à l'autel. — Agneau de Dieu, Sauveur, Octroyez-nous la paix. — Il se fait un silence. Edouard tend les bras et vers Henri s'avance. Henri se lève et presse Edouard sur son cœur.

— La paix soit avec vous, — dit le roi d'Angleterre, La paix, — répond Henri, — soit avec vous, mon frère. Et le peuple répond : La paix soit avec nous 1

Est-il un Te Deum, chanté pendant la guerre,

Qui vaille aux yeux de Dieu ces quatre mots si doux :

La paix soit avec nous ; la paix soit avec vous.

Paseim.

Ici naquit Vincent Voiture.

C'était autrefois dans la rue Des Crignons, au numéro huit, (Sous la tablette disparue Le mur a perdu son enduit), Le touriste qui, d'aventure, Passe par là , ne peut plus voir Eu lettres d'or sur marbre noir :

Ici naquit Vincent Voiture.

La tablette n'est pas perdue, Par ordre de Monsieur D*****, Elle est maintenant dans la rue Saint-Germain, numéro vingt-trois ; La porte est de bonne structure Deux degrés, un encadrement, Puis au-dessus pour ornement :

Ici naquit Vincent Voiture.

Je vois tous les jours par la ville Sur des papiers battus des vents :

Un tel chancje de domicile.

C'est le droit de tous les vivants.

Mais quelle inconstante nature I Depuis deux cents ans au tombeau.

Voiture change de berceau.

Quel volage que ce Voiture !

Rue de MetZ'l'Kvèque.

Dans !e jardin de l'Evêché Buckingham vit-il la reine Anne ?

Ebauchèrenl-ils un péché Dans le jardin de l'Evêché ?

Quelqu'un le leur a reproché, Mais quelqu'un peut bien être un âne.

Dans le jardin de l'Evêché Buckingham vit-il la reine Anne?

Pour mon compte je n'en crois rien, . Le roman n'est pas de l'histoire; La reine était femme de bien, Pour mon compte je n'en crois rien; Mais la reine peut-être bien Souffrait que l'on parût y croire.

Pour mon compte je n'en crois rien, Le roman n'est pas de l'histoire.

Voiture y fit allusion, Il savait ce qu'il fallait dire ; On sait en quelle occasion Voiture y fit allusion ; La reine, sans confusion, Doucement se mit à sourire.

Voiture y fit allusion 11 savait ce qu'il fallait dire, Scr, 87

Vincent Voilure était d'Amiens, Il évoquait bien des fantômes !

On a' est li'ahi que par les siens, Vincent Voiture était d'Amiens.

Mais les fleurs des printemps anciens Exhalent de vagues arômes !

Vincent Voiture était d'Amiens, Il évoquait bien des fantômes.

De ses charmes évanouis

La femme un instant fut heureuse ;

La reine eut les yeux éblouis

De ses charmes évanouis.

L'épouse du chaste Louis

Se laissa "traiter d'amoureuse!

De ses charmes évanouis

La femme un instant fut heureuse.

On se plaît à l'arrière-goût

Des pommes qu'on n'a pas mordues.

On recule devant le goût,

Mais on aime l'arrière-goût.

C'est le remords qui gâte tout ;

En fait de choses défendues.

On se plaît à l'arrière-goût

Des pommes qu'on n'a pas mordues.

18fi8.

L>a Bullaile df <GiuiIlut (l'A.iiiieu»*

<' Ce l'ut fait en beau cabaret, assez

retirant ;i celui de Guillot, eu Amiens. »

Rabelais Pantagruel. Liv. IV. i;h. 51.

« Le 23 septembre 1515 , 69 sols ,

20 deniers sont pa>és à Guillaume Aithus,

dit Guillot, patichier.... »

Gb. Dubois. Entrées royales, pag. 34.

Bombance! on voit au fond des bouges, D'où sortent des parfums sublils, Des vieilles aux pommettes rouges Souffler les charbons sous les grils ; Il monte des rôtisseries Des fumets, Rabelaisiens Dans les narines aguerries....

Et je pense à Guillot d'Amiens.

Chevalier de la table ronde, Il s'appelait Guillaume Arlhus, Ses ragoûts embaumaient le monde Du haut parfum de leurs vertus ; Du royaume de goinfrerie Ambassadeurs grands et moyens, Descendaient à l'hôtellerie Du « patichier » Guillot d'Amiens.

En septembre quinze cent treize, — Le fait ne paraît pas douteux, — Tristement cloué sur sa chaise, Louis douze, le roi goutteux,

Maugea de ses pâtisseries.

O fourchelles des lenips anciens, Ombres aux irognes défleuries, Où demeurait Guillot d'Amiens ?

Les effluves de ses cuisines Sans doute allèrent chatouiller Au Logis du Roy les narines, Du fin gourmet François premier ; Au temps de la chevalerie Et du culte des dieux payens.

Chez Guillol la Gastrolâtrie Avait un culte dans Amiens.

Son architecture ventrue

Nasardail la soif et la faim,

Son enseigne était dans la rue

Des Chaudronniers : au grand dauphin ;

Sur le seuil de sa bergerie

Le pâtre, à ses concitoyens.

Disait : entrez, je vous en prie.

C'est moi qui suis Guillot d'Amiens.

On y venait du voisinage,

Et Jean Calvin, le Grec de Claix,

Peut-être y fit pèlerinage, *

Accompagné de Rabelais.

Dans leurs « propos de beuveries »

C'étaient deux forts mauvais chrétiens

Qui le payaient en singeries.

Que pensait d'eux Guillot d'Amiens ?

Dans notre Ile des Alliances (*), Au bruit provoquant des glouglous, Ils échangeaient leurs confidences Dans la cité des Lonps-cjarous (*).

(*) Ue des Alliances, — Picardie. Loiip-garou, — Amiens, dans Rabelais.

Plus lard survint la brouillerie...

S'il entendit leurs entretiens, C'est à Calvin, je le parie, Que donnait tort Guillot d'Amiens.

Ce grand homme, je conjecture, Fut un peu plus que le voisin De l'aïeul de notre Voiture, Dont le père vendait du vin ; Par souvenir de goinfrerie, Les vieux Académiciens Admirent dans leur confrérie Le cousin de Guillot d'Amiens.

Au lieu de l'auberge abattue

Au grand désespoir des savants,

Serait-ce trop d'une statue?

— Non, — répondront les bons vivants,

Des buveurs d'eau la pruderie

En élève à des Grammairiens...

Pensez, Messieurs de la Mairie,

Ah ! pensez à Guillot d'Amiens.

Et moi, passant, je me hasarde A formuler un simple vœu, Princes de la cité Picarde, A ce Guillot songez un peu ; Puisqu'aujourd'hui notre patrie Récompense ainsi tous les siens.

Ah ! donnez sans lésinerie Une rue à Guillot d'Amiens.

|:if:^ piCARD^ AU ^Aï-0]M de 1868.

Le lundi 11 mai 1868, à huit heures et demie du malin, — jour et heure doublement réservés, les portes comme on sait, n'étant ouvertes au public le lundi qu'à midi, — j'entrais au salon par la porte n° 1, tenant à la main la carte de critique que l'administration délivre annuellement à l'humble Salonnier de la Picardie, comme aux juges les plus compétents et les plus autorisés.

Derrière moi et par la même porte, s'engouffrait comme un ouragan, un grand diable de six pieds de haut, habillé, gileté, culotté, cravaté, coiffé, chaussé à l'aventure, barbu jusqu'au bout des ongles, chevelu comme le roi Clodion, agité et éventé sans motif apparent comme une statue du Bernin.

L'ange de la tempête m'effleura en passant du bout de son aile, et une voiv de baryton métallique, que je pris pour la trompette du jugement dernier, nie jeta distinctement mon propre nom dans les oreilles.

— C'est toi petit? Toujours critique?

— Toujours... à mes heures et à la place qu'on me donne. Et toi, toujours peintre?

— Toujours rapin, mon bon; tous les ans, accroché au pilori, au milieu d'un tas de larrons, mes confrères, qui se croient tous le christ.

— Et qu'as-tu exposé cette année ? Je n'ai pas encore ouvert le livret.

— Pas n'est besoin de carte, comme disait Balzac chez Véry, je fais toujours le même tableau; je ne donne pas dans les Mérovingiens, ni dans les anecdotes littéraires du grand roi, l'histoire

(le France commence à sainl Louis et linil à Henri IV. Les pourpoints, les dagues de Tolède, les armures et les panoplies, tu verras comme je connais à fond cette quincaillerie et cette friperie-la. Mon idéal, vois-tu, c'est toujours Mélingue dans Buridan, quelle ciânerie et quel beau costume ! pas de seconde ni de troisième manière. Soyons fidèles à la vieille. De la Jeunesse des Mousquetaires, data la vieillesse de Dumas... tiens, petit, je suis bien aise de te dire tout cela, je l'ai déjà répété cent fois à d'autres qui ne m'écoutent plus. Quelle chance pour un vieux curé qui n'a qu'un sermon rabattu et usé jusqu'à la corde, de se trouver tout d'un coup à même de faire son prône dans une tribu de sauvages ! Je suis le curé et toi, comme Léandre dans les Plaideurs, tu fais à toi tout seul l'assemblée. Dis donc, petit, une idée !... si je faisais ton feuilleton !

— Y penses-tu ? tu n'es guères assez bien habillé pour que je te présente à mes bourgeois, plus choisis que nombreux du reste. Tu ne voudrais pas faire ta barbe, je suppose ?

— Jamais ! tiens, pour toi, et par égard pour la société polie à laquelle tu vas me présenter, j'en couperai le petit bout rouge avec des ciseaux ; suis-je gentil, hein ?

— C'est-à-dire que tu as une terrible démangeaison d'être imprimé tout vif. Moi aussi, j'ai une idée ; je t'accepte comme collaborateur.

— A correction ? — jamais, sim ut sum, aut non sim. On connaît ses classiques.

— A correction contradictoire; tu diras ton sentiment, moi le mien ; nous allons faire ensemble notre tour de manège, tu seras le cheval et moi le cavalier, oh ! je te rendrai la bride, sois tranquille. Mais il faut te conformer à mon programme.

— Il y a un programme ?

— Oui, mon fougueux bucéphale, nous devons suivre une piste restreinte. Mon petit manège s'appelle la Picardie, je m'occupe spécialement des artistes nés dans ce pays-là, je parcours le

livret, je les trie sur le volet et je ferme les yeux sur les étrangers, quand ils m'ont servi de points de comparaison.

— C'est un travail d'éplucheuse de lentilles que tu fais là • eh bien? je mettrai tout de même les doigts dans ta petite soupe, mais encore est-il qu'il faut que je connaisse les légumes qui doivent entrer dans sa composition.

— Je vais faire ma liste, cherche de ton côté, fais tes remarques, prépare ta langue, sans trop l'affiler ; veux-tu prendre rendezvous pour demain?

— A demain, soit, à la même heure.

Mon vieil ami Pipe-en-terre est le meilleur fils du monde; c'est une sorte d'artiste de vingt-cinquième année, fidèle à ses préjugés, comme à un drapeau; avec du talent, des connaissances premières, une grande verve et un amour moyen du travail, il a toujours, ainsi qu'il le dit lui-même, recommencé le même tableau; il obtint si je ne me trompe le grand prix de Rome vers i840, et donna du premier coup la meilleure note. Plus littérateur qu'artiste, il a admiré Ingres, Flandrin plus encore, il s'est battu pour Delacroix, ne voit Corot que dans une apothéose, juge Daubigny avec le respect dû à un demi-dieu, aborde Courbet avec crainte, ne sachant s'il va marcher sur une ordure ou sur un bijou, apprécie le style, raffole de la couleur, et, par tempérament, monte sur toutes les barricades avec le drapeau révolutionnaire du jour ; avec tout cela, il est resté médiocre par indépendance, trouvant bien ce qui est bien, mais estimant que l'imitation de l'or et des diamants est l'œuvre d'un faussaire ou d'un charlatan. Il a une fougue de langue et une intempérance de pensée que ne dénote pas la modération de son pinceau, hésitant timidement entre la ligne et la couleur; pour n'imiter personne, il reste dans les régions tempérées, bornées au nord par M. Robert-Fleury père, et au sud par M. Claudius Jacquand.

Pipe-en-lerre est un des types les plus curieux de notre époque,

stérile en grands hommes, mais prodigieusemenl féconde en petites originalités.

Le mardi 12 mai, il était fidèle au rendez-vous ; je le trouvai au milieu du jardin de sculpture, qui aspirait à pleins poumons l'air matinal, et agitait les pans de son paletot comme un coq qui bat des ailes avant de s'élancer au combat.

11 s'affermit sur ses ergots, redressa sa crête avec la main, empoigna le livret rose comme un bouclier et me dit lièrement :

— Je suis prêt.

Je voulus commencer tout de suite mon rôle de modérateur, et je laissai tomber cette goutte d'eau froide dans le lait bouillant.

— Mon ami, si tu veux, de peur de nous tromper et de commettre des oublis, nous allons travailler comme des commissairespriseurs , marchant devant nous et inventoriant ; nous nous arrêterons aux n°' qui nous intéressent, et notre examen fait, nous passerons aux suivants.

— Comme tu voudras ; si la méthode est un peu niaise, elle est claire. La puérilité ne messied pas à l'analyse.

— Commençons-nous par la sculpture?

— Pourquoi monter pour redescendre? faisons la sculpture, nous déjeunerons en devisant, à la fortune du buffet, et nous monterons à la peinture, frais et dispos comme Roland et Olivier après leur première passe d'armes.

Pipe-en-terre avait des idées générales sur la sculpture, et comme la synthèse ne perd jamais ses droits, il trouva moyen d'en placer une partie, chemin faisant.

— Un art qui s'en va, la sculpture ! une branche de commerce perdue! Les tailleurs de pierres et les tailleurs d'habits sont rongés par le même insecte, ce myriapode qu'on appelle la confection. Les Dusautoy sont rares et les praticiens hors de prix. Plus rares encore, les Anglais et les Mécènes qui se font prendre mesure, sont difficiles sur la coupe et ne marchandent pas sur la note. Il V a deux espèces de sculpture. La seconde, dont je parle

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d'abord, parce qu'il en reste encore quelques vestiges et qu'elle est la plus malade, à raison même de ses prétentions à la vie, la sculpture monumentale et décorative a eu ses splendeurs et ses décadences. Les iconoclastes de la réforme et les néo-grecs du jansénisme, n'ont abattu et mutilé que des chefs-d'œuvres. Le moyen-âge avait ses magots, la renaissance, ses vilains joujoux. Les naïfs qui ont cr;i au goût impeccable de nos anciens, ont provoqué dans leur élan irréfléchi cette renaissance effrénée de la statuaire de place publique et de niche officielle, sacrée ou profane, qui a peuplé les rues, les portails, les acrolères et les consoles. Rien de mieux au début, et certaines statues au porche de nos églises, sur leurs piédestaux de bronze ou de granit, valent ce que nous a légué le moyen-âge. Mais combien d'autres attendent, au nom de l'art et du goût qu'un vent populaire les balaie comme les cinq cents effigies de Démétrius Poliorcètes! La confection, petit, la confection! les pauvres églises ne veulent pas rester pauvres, elles ont honte de leur sainte et décente nudité, il n'y a plus de paysannes, il n'y a plus que des contrefaçons de faubouriennes. A la place du chaste bavolet blanc, vite un bonnet en gazillon, avec fleurs caracolantes et perles sonnantes ! Une crinoline sous la tiretaine et des fanfreluches aux sabots ! On vous habille de pied en cap pour 6 francs, on vous meuble pour le prix d'une image. Il y a des saints à tout prix suivant la taille, et si le patron demandé manque dans le commerce, on change la tête ou l'étiquette. Si le sacré dégénère, le profane est bien autrement vulgarisé et avili. Chaque maison de bourgeois enrichis est un musée, et quel musée ! Surraoulages immondes, faïences raccommodées, panoplies en plâtre plombé, bronzes en zinc, chromolithographies et photographies, vieux chêne en poirier barbouillé, etc., etc.; à force de satisfaire l'appétit des bourgeois, la confection, j'allais dire l'infection gagne les délicats, C'est si commode ! c'est tout fait, pas cher, et remplaçable à la minute en cas d'accident. .

G Normand préposé à la louange des Picards, tu devrais

eulonner la Irorapelle héroïque en l'honneur des quatre frères qui viennent d'orner leur maison de la rue du Pont-Neuf, des quatre statues de leurs patrons et d'un bas-relief allégorique. Ceux-là n'ont pas pris au hasard dans le las. Ils se sont adressés à un véritable artiste, ton compatriote Leharivel-Durocher qui a fait ses preuves à Sainte-CIotilde, à Saint-Leu, dans la cour du Louvre, au foyer du Théâtre-Français ou ailleurs. Ne juge pas de l'œuvre parle bas-re!ief, couleur de pestiféré, que tu vois ici. Le bronze neuf trahit l'œuvre naïve et de tout point charmante en vérité; la patine lui rendra toute sa grâce. Deux des statues de la rue du Pont-Neuf, le saint Charles et le saint François sont des œuvres hors ligne. Honneur à MM. Saint, de Flixecourt, qui ont donné le noble et trop rare exemple d'un sentiment véritablement artistique. Toutes les aristocraties ont péri ou périront. L'amour des arts peut seul octroyer d'impérissables lettres de noblesse. Si les hommes sont partagés en deux classes, nous sommes incontestablement de la première; tous les artistes sont gentilshommes.

Moi. — Ainsi-soit-il.

Lui. — Et la grande sculpture, l'art grec, l'art pur, la sculpture qui commence à Phidias, et ne finit pas tout-à-fait à Michel-Ange! de celle-ci ne parlons pas, notre nu est malpropre, notre habillé est indécent. Notre nouvelle mythologie a commencé à Pradier, et elle est finie, bien finie heureusement. Regarde ce qu'elle fait aujourd'hui ; je ne me trompe pas, c'est un des tiens.

N° 2725. Le premier bain, groupe en plâtre, par M. Lévcque, d'Abbeville.

Coustou, Clodion, Pradier, on retrouve ici toutes les manières et toutes les mièvreries, chignon en l'air, col allongé, pose indécise. Rien de personnel qui signe avant qu'on ait vu le livret.

Le buste est meilleur.

Moi. — J'ai critiqué souvent moi-même M. Lévêque. C'est évidemment un statuaire de la décadence, et de la décadence du

nu, plus propre h copier la Yénn? de Gnide qu'à corapiéter la Vénus de Milo. J'ai dit mon sentiment des trivialités de chair que l'on remarque dans les statues de cet artiste données au Musée d'Amiens. Mais je complais, et je maintiens mon dire, lui faire aujourd'hui mon compliment sur la noblesse relative de sa jeune mère, dont le déshabillé n'a rien de lascif et dont l'élégance cherchée est à moitié trouvée ; s'il y a des réminiscences, elles sont vagues et rappellent plutôt un genre qu'un maître. Pour moi, M. Levêque est en progrès ; permets que j'applique mon compliment sur ta satire.

Lui. — A ton aise, mais que diras-tu de ces deux grotesques lîermès, l'âge d'or masculin et l'âge d'or féminin, n°' 5419 et 5420, auteur M. Léon Bertaux, un des liens encore, je crois? est-ce antique ? est-ce moderne? cela se recommande-t-il parle style ? où par la pensée ? cela exprime-t-il ce qu'indique le livret et quel rapport l'âge d'or a-t-il avec ces deux profils maniérés, dont l'un appartient à un faune et l'autre à une grisette.

Moi. — Tout doux, notre ami, si lu continue?, tu vas nous dévorer tout crus et je n'oserai plus entrer dans ta cage! Tu commences par formuler ta critique à coups de poing cl lu finis par la forger à coups de marteau sur une enclume. Si je ne savais pas que tu ne penses que la moitié de ce que tu dis, et que tes monstres doivent être regardés par le pclit hou! delà lorgnette, je te dirais d'être plus indulgent pour deux bustes de jardin sans prétention, agréables après tout et qui ne méritent pas la foudre. Tiens, donne toi carrière, nous voici devant un enfant gâté du succès, une médaille d'honneur, M. Carrier-Belleuse. Que dis-tu du monument de Masséna ?

Lui. — Tête populaire, sans marcchalcrie et sans plumet à plumes frisées, cheveux nature, pas d'emphase, pas de boulets, pas de drapeau , pas de piaB'e, pas d'académie , — bon cela. Masséna n'était qu'un homme, et Carrier-Belleuse est son sculpteur.

Excellents bas-reliefs, de la vigueur, du mouvement, deux esquisses tourmentées, fouillées, capricieuses et cuites à point,

La statue de la Victoire? drôle d'idée que d'avoir fourré de la mythologie à côté de ce Masséna-Ià. Le réalisme en haut, sans auféole, le spiritualisme en bas, — dissonnance. Après cela, Ingres a bien peint la muse de la musique bénissant le père Chérubini, et le plus sylphe des deux est l'homme. Delacroix a lancé la déesse de la liberté sur une barricade, à côté d'un défenseur de la charte, encore plus débraillé et plus humain que ce Masséna. C'est égal, cette Vicloirc-là fait un peu tort à son enfant chéri. Du reste elle est gentille, qu'en dis-tu ?

Moi. — Gentille, non, elle a même une malheureuse pose et une inflexion forcée de dos qui font grimacer vilainement les attaches de l'omoplate. Mais la pose est des plus heureuses et littérairement parlant, je trouve l'idée de la Victoire réduite au rôle de Calliope burinant, une idée neuve, hardie, à sa place et bien rendue. Cette Victoire-là fera le succès du Masséna, de M. Carrier-Belleuse, d'ailleurs un peu lâché et décousu dans l'ensemble. Si l'effigie du maréchal était ce que tu la vois, rien de mieux. Pas plus que toi je ne me soucie des diamants de Céliraène quand j'écoute le Misanthrope, des décorations, des sabres et des plumets qui n'ajoutent rien à la valeur de l'homme , et peuvent rendre grotesque son image inanimée, mais un peu de noblesse ici ne messiérait pas. La trivialité n'est jamais vraie, elle n'est que la partie basse de l'habitude et il y faut l'élément pittoresque, c'est-à-dire la distinction, pour qu'elle puisse s'allier au commandement et se faire obéir. Ou n'obéit qu'à son supérieur, et jamais à son égal ; l'héroïsme ne saurait être trivial ni dans sa pose, ni dans son langage.

Lui. — Allons donc ! et Carabronnc ?

Moi. — Grand enfant ! tu crois encore à celte niaiserie scatologique d'un chauvin en belle humeur ! Cambronne n'a rien dit. S'il eût agi ou parlé au moment suprême, il eut jeté sou sabre

en iiiourani, h la face des Anglais, comme le grand Condc son bàlon de maréchal dans la tranchée. Cambronne a peul-être broyé un juron entre ses dents , en croyant mâcher une cartouche. Mais Cambronne mourant est tombé silencieusement sur un las de morts,

Lui. — Diantre ! comme tu y vas. Et le fameux chapitre des Misérables'i Cambronne a parlé, le maître l'a dit, que fais-tu de ce chapitre ?

Moi. — Je le supprime avec le mot de la harangue, comme je voudrais pouvoir supprimer la vaine emphase, l'enthousiasme de clairon et les notes fausses qui détonnent à grand orchestre, et se croient la musique de l'avenir, parce qu'elles font du bruit.

Lui. — Amen, avec des réserves. Puisque tu portes cette haine salutaire au parti pris, à la réminiscence, à la convention, comment justifieras-tu ces deux petites statues inscrites sous les n°^ 3392 et oo93, la Chasse et la Nuit, par M. de Forceville- Duvetle, un Picard du cœur de la Picardie.

Mythologie tempérée, la Chasse ! Ce n'est pas Diane, ce n'est pas Méléagre, c'est la Chasse, sous les traits d'un homme, apparemment un des sept Riches de la Grèce, si j'en juge par son arc d'or. Qui donc s'avise de prendre un pareil sujet, quand il n'est pas apprenti lauréat de l'Institut ? Et puis quel âge à ce chasseur? Tète d'adulte, fière, bien posée, sur un col d'Empereur Romain, torse grêle, à muscles indécis, jambes molles, jolis détails, mais pas d'ensemble.

La Nuit!.... pourquoi /a A^«i/ .''.... pas celle de Michel-Ange, je suppose? Nul en voyant celte Nuit-là, ne sentirait jaillir de son cœur le fameux sonnet, et pourtant les patriotes lyriques ne manquent pas d'occasions de monter leurs lyres ; c'est une nuit bien tranquille, tout est d'accord chez elle, excepté peut-être les jambes. Toujours le morceau passable, finement fait même,.... mais l'ensemble!.... je ne crois pas qu'une même nature ail pu

donner tous ces membres là. C'est de la poésie, un souvenir gracieux de l'anthologie grecque, mais disjecti membra poetœ.

Moi. — Mon ami, rentre au fourreau tes hémistiches cinglants et tes armes dcmi-courtoises ; M. de Forceville n'est point un artiste comme toi, enfaut de la palette dont le soleil se lève avec l'ouverture du salon, merle parisien, né siifleur, nourri de moelle et de blague, et dont le bec et les ongles sont plus longs que solides. C'est un amateur ou plutôt un possédé du noble amour des arts, qui, sa fortune faite, s'est éperdûment et résoliiment jeté au cou de son idéal, — la forme sculptée. — Sans guide sur, sans conseils suivis, il s'est fait ce qu'il est et il a trouvé en luimême ce qu'il a fait. On ne connaîtra jamais, sans les avoir éprouvées soi-même, les difficultés inouïes qu'il faut surmonter pour arriver en province, dans ces conditions là, à mettre seulement uue figure debout, sans autres points de comparaison que les statues des monuments publics, quelques sèches gravures et, si l'on veut consulter la nature, un bout de modèle informe, copié par surprise. Pendant que vous jetez résolument votre bonnet de coton par dessus les moulins, vos voisins enfoncent les leurs par delà les yeux. On ne travaille qu'à Paris, et encore faut-il être toujours dans la fournaise. Amiens, diras-tu, est un faubourg de Paris et le chemin de fer va vite.... Que dirais-tu d'un Rouennais auquel on aurait conseillé les bains de nier, et qui irait de temps en temps en prendre un au Havre? Penses-tu que le traitement fût bien efficace? Regarde les qualités de l'homme que tu critiques, elles sont siennes ; sois indulgent pour les défauts , ce sont ceux de sa position; en la rappelant, ils l'honorent. Pas d'ensemble? — tu viens d'apprendre pourquoi. De la mollesse? — la mollesse, mon ami, est le cachet des sculpteurs du nord; es tu allé en Belgique? non, un parisien comme toi ne connaît que les antiques et les modernes du Louvre. Revenu de Rome, il n'v retourne plus ; si tu avais étudié les sculpteurs flamands, lu saurais qu'à l'inverse des peintres du

même pays, leur commua défaut est la mollesse. Rubens est gras, Jordaëns obèse, mais tous deux sont fermes et solides. Si tu conoais Duquesnoy de réputation, tu n'as peut-être jamais entendu parler de Blasset. Et pourtant l'Enfant pleureur de la cathédrale d'Amiens, balance au moins la réputation du Manneken-Piss de. Bruxelles. Blasset était un Amiénois, comme M. de Forceville et son ancêtre direct pour la mollesse du ciseau. Pour en revenir à celui-ci, ne chicanons pas la main qui tâtonne faute d'une éducation professionnelle qui ue se refait pas. Louons la main qui cherche, et tenons large compte à l'artiste de sa bonne volonté, de sa tête et de son cœur.

Lui. — Ainsi soit-il, et vive Paris, la grand'ville !

Moi. — Si j'ai tout-à-l'heure laissé passer sans réplique ta tirade contre la confection, c'est que j'en approuvais l'esprit et la lettre; mais de la présence de cet abus je tire une conclusion différente de la tienne, c'est qu'il faut traiter avec une grande indulgence tous les vrais artistes qui se condamnent à un labeur ingrat et à la pauvreté en taillant la pierre, le marbre ou le bois. La mécanique, en fait d'art, ne peut-être que la contrefaçon de la main, le singe de l'homme ; mais il faut honorer les hommes qui protestent contre les singes, il faut applaudir aux vaillants et encourager les modestes ; la modestie n'exclut pas la force, et elle est un signe de caractère. L'astérique surtout m'attire et me remplit presque d'admiration. Travailler à son compte et à ses frais pour exposer sa pensée et non le résultat d'une commande, as-tu bien songé à ce que cela demande de courage, de désintéressement et de noble amour de l'indépendance. Si le caractère seul ne donne pas le talent, il y mène tôt ou tard et donne la force de parcourir le chemin.

Aussi , crois-moi , encourageons de notre petit coin , avec entêtement et persévérance aussi, l'auteur des n"" 5729 et 3750, M. Louis, de Saint-Omer, dont j'ai déjà signalé seul les œuvres aux expositions précédentes. Son David et son Aiglon, sont deux

bonnes choses, ils portent tous deux rasténque à la boutonnière. C'est une croix d'honneur comme une autre.

Encourageons aussi les amateurs des arts dont je n'ai point à refaire l'éloge. Je le vois bien hocher la tète devant le bull, que M. du Passage nous montre en arrêt devant une ratière, je parie que ton imagination galope au pays des fantaisies littéraires, et que tu songes à Hamlet, l'épée à la main, qu'esl-ce donc ? — Un Rat. Nous sommes ici en plein réalisme ; si le chien est trop gras pour un chien monumental, les bulls Anglais sont ainsi râblés et charnus d'encolure; la ratière est un ustensile d'une forme malheureuse, qui se contente d'être utile sans être agréable; c'est encore la nature qui la donne ainsi. Animaux dégénérés, choses disgracieuses, que me voulez-vous? et si vous n'avez pas de formes, que venez-vous faire dans le royaume de la forme? — sans doute, mais chacun choisit son sujet à sa guise, et si l'on peut chicaner l'exécution, discuter le choix même, l'extrême liberté de l'art veut que l'on excuse la tentative. Tu vois que je ne suis pas si encroûté que tu le supposes.

Lui. — Je le crois bien ; depuis une heure que tu es à mon bras, tu as déjà gagné la fièvre ; seulement tu es trop sentimental, le cœur est bon partout et on ne peut rien sans lui , mais il ne peut rien tout seul; n'est-ce pas toi, qui as dit jadis, petit poëie :

La prière est sœur du baiser Il y faut le cœur et les lèvres.

Et tu avais très gentiment raison. En fait d'art, vois-tu, il faut l'esprit et la lettre; celle-ci est la traduction de celui-là, et fait seule comprendre l'original. L'artiste est un ouvrier, comme le poëte et l'orateur. Ici, rien n'existe, s'il n'a pris corps. De tout temps nous en avons donné un aux purs esprits, les génies et les anges ; les ailes que la tradition leur a mises, et dont se scandalisent les réalistes à courte vue, ajoutent de la matière pour Scr. 29

spiritiialiscr. — Te resle-t-il beaucoup de sculpteurs Picards à signaler et à examiner?

Moi. — Un nom nouveau, je crois, M. Destable, de Bouconville, (Aisne), — un buste en plâtre bronzé, — portrait d'homme.

M. Evrard, d'Aire, [Pas-de-Calais). — Deux bustes en bronze. — M. Lormier, de Saint-Oraer, deux bustes, terre cuite, et plâtre. — Et M. Yast, d'Albert {^omme), qui a sculpté un coffret en collaboration avec M. G. Deloye.

Lui, — L'examen de ces œuvres n'appelant pas de critique d'art particulière, allons déjeuner.

Moi. — Un moment, et devrais-tu m'accuser de faire encore du sentiment, je t'avouerai ma tendresse pour les petits. Mais ici, ce n'est que justice, un professeur doit corriger tous les devoirs avant de donner les places, sous peine de légèreté et de mensonge. Nous n'avons ici que des bustes; mais un buste n'est-il pas une œuvre d'art complexe, qui suffit parfois à la réputation d'un homme? que serait Cafficri sans ses bustes? et, aujourd'hui, certains bustes de Carpeaux, de Crauk, d'Oliva, ne sont-ils pas des chefs-d'œuvres ? je sais bien que la sculpture de physionomie n'est pas à proprement parler de la sculpture; mais c'est de l'art. Les bustes, cette année, sont fort bons en général et ceux de MM. Destable, Evrard et Lormier figurent avec honneur parmi les autres. M. Yast, auquel je ne reprocherai qu'une collaboration qui donne à l'ensemble de son coffret une sorte d'incertitude de style, a habilement modelé la victoire à cheval qui le surmonte.

Maintenant, je suis à ta disposition. La fourchette est la baïonnelle de la paix, et la satisfaction de l'estomac est la compagne de l'indulgence.

De l'indulgence, pas trop n'en faut, grommelait Pipe-en-terre en grimpant quatre h quatre après un frugal déjeuner, les marches de l'escalier qui conduit aux salons de peinture. Le manteau bleu sied aux philantropes, mais il est ridicule sur le dos des

prophètes et des critiques ; de l'indulgeDce naît l'indiflérence, cl l'iudifférence est la mort. Raisonnons, déraisonnons, ferraillons à droite et à gauche, mais battons-nous, morbleu ! et ne laissons pas rouiller notre bonne lame de Tolède ; de la passion, de la partialité, de la toquade, soit, mais pas d'indulgence, pas de tolérance surtout, et sus aux Philistins ! Mâchoire d'âne qui frappe est plus utile en cette guerre que mâchoire de lion qui baille. Moi. — Nous voici dans le salon carré.

Loi. — Autrefois le salon d'honneur , maintenant le salon officiel, batailles et portraits ! cavalerie et infanterie ! clergé et magistrature ! Toutefois , moins de têtes couronnées que de coutume; je ne vois guères eu grandeur naturelle que la reine d'Espagne entourée de son étal major, sur un superbe andalou blanc, étrillé, peigné et posé pour la circonstance, s'encapuchonnanl au repos. Plaignons l'homme d'esprit et de talent qui a accepté une pareille tâche. Velazquez n'eîil pas été de trop pour les surmonter, encore en eut-il éludé une bonne partie. Je pardonne du reste beaucoup à l'auteur de cette toile en faveur de cette bonne figure caduque de vieux général, si expressive, qui occupe le fond du tableau à gauche ; je n'ai que faire de connaître l'original du portrait, ressemblant ou non, pour moi il ressemble ; il est à sa place dans la toile avec une physionomie harmonieuse, originale et complète. C'est plus qu'un portrait, c'est une élude et le fard de l'officiel ne fait point tache sur ce visage. Mes compliments au peintre.

Moi. — C'est justice, mon ami, d'autant plus que tes remarques ne sont pas perdues. Le peintre de la reine d'Espagne est M. Porion, d'Amiens, dont je préfère de beaucoup le n° 2042, un portrait de femme en pied, placé dans la salle à côté. Sans une ombre malheureuse qui entoure les yeux d'un cercle noir quasi solide, ce serait un des meilleurs portraits du salon.

Lui. — Amiens î tu me fais penser à un tableau qui est là devant nous, et à un peintre dont il faut que je te raconte l'his-

loirc. Que penses- lu du d" 1157, l'Impératrice visitant les cholériques à l'Hôtel- Dieu d'Amiens ?

Moi. — A te vrai dire, c'est une mise en scène assez mesquine d'un souvenir héroïque : Féragu avait beaucoup mieux fait quecela l'an dernier; au moins ses portraits ofticiclels étaient-ils ressemblants. Ici, excepté le docteur Tavernier dont la physionomie si caractéristique est heureusement rendue, grâce peut-être au sacrifice du naturel et de la dignité de la pose, les autres assistants sont méconnaissables. L'évêque et le procureur général sont des caricatures, et puis pourquoi ces tuyaux de poêle et celte salle d'hôpital ? si on voulait absolument prendre la scène sur le fait, il fallait s'en tenir à l'esquisse de M. Hippolyle Fauvel, et la faire exécuter en peinture.

Lui. — Tout ce que tu voudras, M. Guérie; l'auteur de ce tableau, a du talent; et, pour t'en convaincre va tout de suile dans les catacombes du salon des exilés, côté Est, voir son portrait du fondateur des frères ignorantins ; d'ailleurs, c'est un nom nouveau, sans précisément être un débutant en peinture, voici comme.

Il n'y a pas que les romanciers qui signent les enfants des autres, il paraît que certains peintres se livrent aussi à la traite des blancs. Un négrier que je ne veux pas nommer, peintre quasi à la mode qu'on ne vit jamais la brosse à la main, huma dit-on pendant plusieurs années un encens qu'il devait à la peine d'un autre, et la fraude découverte, on aurait exhorté le geai à garder son propre plumage et à laisser voler le petit paon de ses propres ailes; laissons celles-ci, longtemps contenues, se. dégourdir, et attendons pour le juger une autre exposition.

Âs-lu parmi tes Picards quelque peintre de bataille ?

Moi. — Un fort distingué même, M. de Neuville, de Saint-Oraer.

Lui. — N" 1859, La Uort du générnl Espinasse, trop rouge ! le feu du combat n'est pas si écarlate que cela, et la fumée du canon est plus épaisse. Du mouvement, de l'abandon, pas trop de

Ihéàtre, et pourlanl c'est froid. Toutes ces batailles sont bien difficiles à juger, la mêlée est impossible à rendre et personne ne tente de le faire ; il y faudrait le nu, alors nous tomberions .dans les poses académiques. Personne ne se souvient de Salvator, encore moins de Rubens. Personne ne songe même au Bourguignon. Nous avons nos poncifs, bâtards de ceux de Le Brun et de Van der Meulen, Il y a l'Echiquier du général Lejeune; il y avait les machines d'Horace Vernet, paiy)rama Langlois que les fougues d'Ivon et les raideurs de Pils ont fait regretter. 11 y a l'anecdote de Bellangé et l'anecdote de Protais, — réussies parfois toutes deux. 11 y a aussi l'anecdote de Meissounier, qui laisse tous les autres feuilletonistes de la peinture derrière lui, quand il le veut, même le spirituel Gérôme; et à ce propos, sais-tu que la meilleure petite toile anecdotique militaire du salon est due à un tout jeune homme, élève de Meissonnier, Edouard Détaille, la Halte, n» 774. Si lu n'as pas fait vœu à sainte Colette de ne pas regarder par dessus le mur de ta Picardie, va voir cela, pour reposer tes yeux quand ils commenceront à s'agacer.

En attendant, à l'ouvrage et commençons notre A B C ; connais-tu les tiens?

Moi. — 97, Bailly , de Saint-Omer, Le Jour de la paie, 98, Sybille.

Lui. — Sybille ! — Le titre n'est pas long, mais il est diablement prétentieux pour être mis sous le portrait de celle femme en noir, maigre et côtoyant la trentaine, agréable de visage du reste et de main droite, mais disgracieuse de main gauche. Je me souviens que Th. de Banville, il y a quelques années, sacrifiant à la rime riche, annonçait en ces termes une célèbre tireuse de cartes.

Ou la nomme Lacombo Son savoir est profond comme une calacombe.

Est-ce là son portrait? ou celui de la sorcière en a, qui fut, il y a deux mois, à la mode pendant huit jours? Rien de Michel- Ange en tout ça.

Le Jour de la paie. — Vulgarité tempérée. Ni réalisme, ni style, vaudeville dans rancieune manière des frères Coignard, plus particulièrement du répertoire des Folies dramatiques, interprêté par Palaiseau, Blum, Patonelle et Dumoulin. Yoilà la femme des Deux Divorces et le faubourien noceur ; ce n'est peutêtre pas d'excellente peinture, mais je salue avec un certain plaisir d'anciennes connaissances.

Moi. — Ah ! je t'y prends à faire du sentiment et je te tire par l'oreille. Chacun son tour.

M. Bailly, de Saint-Omer, est un des peintres les plus insaisissables et les plus inégaux que je connaisse. Graveur excellent, comme tu peux t'en convaincre en jetant les yeux sur certains portraits de conventionnels dans le Livre rouge ; j'ai vu de lui des œuvres distinguées et des choses médiocres. Sa Sybille est relativement une bonne chose. Moi aussi, quand il le faut, je fais bon marché du sujet; appelle-là Mademoiselle Lenormand, si tu veux, et juge-là de ce point de vue, elle te plaira. .

N°^ 107 et 108. Ballin, de Saint-Omer, Vues du Havre. Que dis-tu de cette manière sèche et exacte, lumineuse sans doute, mais trop froide, de comprendre la nature? Pour ma part, j'y voudrais un peu plus de laisser aller et de vie, et toi ?

Ldi. — Je ne me connais pas en marines.

Moi. — Attends, mon bonhomme, je te rattrapperai tout-àl'heure.

N° 112. De Bar, de Monlreuil-sur-Mer. Vue près de Lans-k- Bourg (Savoie). Elève de Fontenay.

Lui. — A la bonne heure ! en voilà un élève qui sent son maître ! vert sur vert, rehaussé de vert et glacé de vert ! double absinthe suisse ! après cela la nature peut donner de ces tons-là, brrr ! il ne doit pas faire chaud dans cette acre verdure ; du reste, auprès des Bidault et des Berlin de nos pères, celte peinture-là est une révolution et un chef-d'œuvre.

Moi. — Console-loi, je vais te réchauffer.

N" 180. Belly, de Saint-Omer, Canal du Mahmoudiecl, à Alexandrie.

NMSl. —Le Soir (Egypte).

A mon sens, mon vieux complice, voici les deux plus remarquables paysages de l'Exposition ; le premier surtout, qui n'a pas une tache, pas une faute. Nous ne connaissons pas celte nature là, mais nous la voyous et nous humons de confiance toute cette poussière, toute celte brume, et tout ce soleil; regarde ce canal de Mahmoudied et enivre toi. C'est fini, et cela laisse à deviner. C'est une perle que bien des plongeurs ont ramassée avant moi, et que de plus habiles joailliers ont sertie. Mais je t'assure que je l'avais devinée.

J'aime moins la grande toile, quoique la partie droite soit admirable, et malgré le rutilant effet du soleil couchant ; peut-être fait-il trop de tapage pour moi, et puis, l'eau est bien morne et bien épaisse.

En somme , les parties les moins réussies valent certains Decamps ; la partie droite du grand paysage surpasse tous les Marilhat du monde.

Lm."^ Tout beau, Caton de Basse-Normandie. On dirait que l'enthousiasme vous gagne; prenezgarde, Corot et Daubigny sont dans la salle voisine et vous entendent; vous prodiguez aux demidieux l'encens qui n'est dû qu'aux olympiens.

Moi. — Je n'excepte personne. J'ai hasardé un œil par dessus le mur dont tu me parlais tantôt, et je ne renie pas mes dieux qui sont les tiens, mais je n'excepte personne dans ma louange absolue. Le Soir, de Corot, est une reproduction moins magistrale, d'un effet déjà traité par lui d'une manière supérieure. Et le iUa/m, malgré son galant négligé, trop négligé peut-être, est à cent pieds au-d >sous des Femmes à la toilette ou du Saint Sébastien. Quant aux Daubigny, j'aime assez son Clair de lune^

malgré la brutalité de l'effet, les bons hommes de son printemps qui sont comme un bouquet de fleurs, me choquent peutêtre outre mesure; mais le fait est qu'ils m'ennuient, et qu'à tout prendre, s'il me fallait choisir, hé bien ! le petit paysage de Belly....

Lm. — Dieux puissants ! enchaînez sa langue. II va blasphémer.

Moi. —Je ne crains pas la foudre; d'ailleurs, voici qui va calmer l'orage.

N°' 182 et 183. Bénapd, de Boulogne-sur-Mer. Marines.

Tu ne te connais pas en marines. Pour moi, un peu sec, exact et soigné.

N° 192. M'"^ Benoît, née Zertaut. Esden (Pas-de-Calais). Portrait de l'Intendant général, W....

Portrait soigné, que l'on a, je ne sais pourquoi, relégué dans les limbes du salon Est.

N° 206. Berne-Bellecourl, Boulogne-sur-Mer. Grande chaleur.

N° 207. Vues sur les côtes de Normandie.

Lm. — 11 doit faire chaud, puisque le peintre ledit et que tous ces braves gens dorment à l'unisson. Toutefois il y en a un qui tient le journal à la main, et cela seul expliquerait son somme. Petite peinture. Tout cela est bourgeois. Il ne fait d'ailleurs pas si chaud que le peintre veut bien le dire, et il nous refroidit singulièrement avec sa robe de soie verte du premier plan. Il faisait autrement chaud que cela tout-à-rheure, en Egypte, avec Belly. Moi, le vert m'agace et me donne le frisson, il me semble toujours que je mâche de l'oseille.

Moi. — Certes. Il n'y a là qu'un tableau de genre, une demi plaisanterie, une série de portraits, peut-être, le souvenir d'un jour de chaleur exceptionnel dans nos climats glacés. Mais souviens-toi des anecdoliers en peinture, ne te retourne pas pour voir la décadence de M. Biard, c'est bien assez de se souvenir de son bon temps, et compare. La petite scène est sans prétention,

bien posée. Il fait chaud.... pour les gens de Boulogne; où l'Ethiopien grelotte, le Groëulaûdais étouffe. Voilà tout.

Je ne t'arrête pas devant le n° 207, trop peu important pour soulever une discussion.

N° 277. Bonnefoy, de Boulogne-sur-Mer, élève de Cogniet. Paysage.

Loi. — En voilà un qui a beau faire, il tient à l'ancienne école française par le cordon ombilical de la routine. Elève de Cogniet! le paysagiste, sans doute ; du reste les deux sont éclectiques. L'éclectisme, mon ami, est une hérésie double, puisqu'il est le résultat d'un double choix personne! après jugement particulier. Soyez froid , soyez chaud , linéaire ou vaporeux , soyez franchement mauvais, si vous le voulez, mais soyez franchement quelque chose; je ne dis pas qu'il faille battre la caisse pour attirer les badauds sur le tambour de l'excentricité ; mais si vous êtes excentrique sans le savoir, et chacun l'est toujours ainsi par quelque coin, marchez hardiment dans votre chemin, et n'usez pas votre intelligence à perfectionner le macadam de la route commune.

Moi. — D'accord, — et avec des réserves, comme tu le disais tantôt. Le tambour de l'exentricité a du bon, il fait du bruit à la porte et remplace le boniment ; une fois le public entré, il s'agit seulement de lui montrer ce que l'on sait faire, le vrai Courbet est dans la baraque. Il y a peut-être un vrai Manet derrière la toile, et l'élégance du gentlemen crève la souquenille du clown de M. Lambron.

Laissons les habiles gymnastes marcher sur les toits, mais ne méprisons pas trop ceux qui restent prudemment sur le plancher des vaches.

M. Bonnefoy ne suit pas Corot dans la rosée du matin,

ni Daubigny au clair de la lune, il ne s'est point enrôlé sous la

rude et vaillante bannière féodale que Paul Huet lient seul depuis

si longtemps dans sa robuste main, il ne s'attarde pas à peigner

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les arbres avec Hanoleau, ou à les écheveler avec NazoD; il ignore la maestria du glorieux Courbet, et le négligé campagnard du modeste Ilarpignies. Cbacun son goût ; et, plus libéral que toi, je vais jusqu'à respecter la liberté de l'éclectisme. Je pardonne à M. Bonnefoy, sa sécheresse, sa clarté dure, et tous les défauts du genre, en faveur de ses qualités, et surtout de son groupe d'arbres à gauche, en faveur aussi de cos deux aquarelles qui complètent son exposition de peinture.

Ldi. — Allons ! un bon point à l'élève Bonnefoy ! Mais souviensloi que de concessions eu concessions, Louis XYI est monté à l'échafaud. Modéré, va !

Moi. — N" 351. Boyenval, d'Arras. Le marchand d'oiseaux.

Lui. — Fuit houio quidam are.aîoricus nomine Hamon, pictor, manu prœdilus arlibns idoueâ et acuto iugenio ; nec omninô velerum, nec omninô recenlium vesligia sequebatur ; Graeci Gallum dicebant ; Galli, Graecura. Lacet mel oleo, futile dulci miscebat, ità ut vir placuerit mulieribus ; mulier, viris.

Hamon autem genuit Boyenvallem cui, si dî volis faveant, non eruat fratres; haud patris indignus unigenilus, sed ubi pater volitat, tilius calcat humum, et, sublime nescio quid, quod nunquam palri deesl, hic desiderari videtur. Dixi !

Moi. — Elegantissimè locutus es, domine, sed vulgari utere linguâ, si judices honesta. Bien dit, seigneur, mais parlez français, si la pudeur vous le permet ; vous n'êtes pas déjà trop clair dans votre langue naturelle.

N° o4ô. Breton, Emile, de Courrières (Pas-de-Calais). Une source.

N° 344. La neige.

Loi. — Breton le petit ! Brilo minor. Petit Breton deviendra grand, pourvu qu'il fasse meilleur que celle année. L'Exposition universelle nous a complètement gâté notre salon de 1868. Nous n'avons que les épluchures, les raclures de palette, des mirotons

réchauffés, ou des ébauches mises au monde avant terme. Emile Breton nous a habitués à mieux que celte source ; je vois bien du feuillage sur le premier pian, beaucoup de feuillage même, du soleil dans le fond, derrière le rideau; où on met le soleil, il faut bien qu'il reluise, et à ce propos, je te recommande un certain soleil de Picardie qui lire un feu d'artifice dans le salon des exilés, côté ouest, les bords de l'Oise à Anvers, par M. Véron. — Je vois bien ici le soleil, et il ne fait pas de pyrotechnie. En revanche, il n'éclaire pas le tableau, qui manque de lumière.

Et cet effet de neige!... je vois bien ce que l'auteur a voulu éviter, —le souvenir glacial des Leprince et des Malbranchc; — il a bien fait, et il eût menti à son sang, s'il se fût amusé à mouler cette gelée classique. Mais étail-il bien besoin d'employer la toile et l'huile pour parfaire une étude que l'encre et le papier auraient aussi bien mises à son point ?

Et vous, Brito major, Brelon le grand, médaillé et rappelé de toutes les classes, officier de la Légion d'honneur, troisième membre élu du jury de peinture, vous qu'on a justement appelé leLenain moderne, est-ce que les lauriers de Millet vous empêchent de dormir? affermissez-vous sur vos talons, au lieu d'essayer timidement de grimper l'escalier de TAcadémie. C'est un escalier solennel qu'on ne monte qu'à pied, à petits pas, appuyé sur un jonc à pomme d'or ; un peu de goutte ne messied pas au candidat, et, il faut laisser ses ailes au vestiaire. Laissez ici plutôt votre canne et gardez vos ailes. Vous avez bien posé dans la récolle de pommes de terre, la femme qui verse sa marchandise de la manne dans le sac ; il y a là une nuque éclairée par un rayon furtif qui ferait la gloire d'un peintre ordinaire. Mais que fait" la main qui travaille? où est l'effort? Avez-vous cherché la mignardise cl le convenu dans une action vulgaire? — Tant pis pour vous et Millet prendra la corde. — Et puis la femme qui lient le sac est bien indifférente; je sais que le mesurage des pommes de terre n'éveille pas d'idées bien distinctes, mais, si votre ouvrière fait son ouvrage

avecdislraclion, on le regardera sans plaisir. Revenez à la nature et continuez à la poétiser avec votre propre idéal ; si vous cherchez à vous élever avec l'idéal des autres, vous resterez à moitié chemiu, comme un ballon captif; pas de seconde manière, quand la première est si bonne.

Votre petit tableau de V Héliotrope est gentil ; mais vous ne tenez pas, je suppose, à être jugé sur uo madrigal ou un bouquet àChloris.

Moi. — Quel carambolage ! et par la blanche encore ! de Breton cadet à Breton aîné, efl'et de recul, pan ! pan ! double baiser sec de bille sur bille ! Je te passe celui-ci qui n'eflleurera pas même rivoire solide (pie tu bouscules, mais je te préviens que si lu manques le prochain, tu me donneras du jeu.

N° 349. Brigot, de Neuilly-Saint-Front (Aisne), élève de Gleyre et de Courbet. Retour de chasse.

Lui. — Elève de la glace et du feu, de la régie et du désordre, de la sobriété et de l'intempérance. Le feu a fondu toute la glace, et je ne m'en plains pas. Mais,

Quand sur une personue on prétend se régler, C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler.

0 religion du maître ! penchant irrésistible du disciple à s'assimiler les gros défauts, à mettre crûment le masque, au lieu 'de chercher à pénétrer le visage, je vous explique, mais je ne vous excuse pas.

Est-il assez mauvais cette année, notre grand Courbet? son mendiant est-il assez terreux, faux de couleur, dégingandé de dessin, froid de pose? La femme et le groupe de gauche sont-ils assez lâchés et assez impossibles?

Son chevreuil est-il assez maladroit sur ses trois pattes avec la quatrième en écharpe? son bois semble avoir été jicint d'une brosse ensommeillée dans un moment de défaillance. Mais,

malgré tout cela, le maître est !e maître. Il y a toujours dans l'Attila de Pierre Corneille des vers qui ne pourraient pas facilement être d'un autre. Quel horizon plaisant, clair, lumineux et dégagé dans \e Mendiant, cl quelle charmante binette de Gavroche! Mais dans la Chasse de M. Brigot, quelles sont les qualités qui éclatent au milieu des défauts? l'ensemble est terne, le chasseur vêtu avec plus de bizarrerie que de naïveté, a des jambes assez bien dessinées et fièrement campées dans ses bottes. Mais c'est tout, l'horizon est lourd, les arbres sont indécis et cherchent maladroitement dans leur branchage le fameux angle droit du maître Et le chien? — Ce chien là est fait pour garder les vaches des demoiselles de campagne. Qu'en dis-tu ?

Moi. — Je te laisse abattre bois et bourgeons, et bâtonner sur le dos de son élève, le maître peinlre dont les défauts sont des poutres et les qualités des rayons. Si j'avais vu son exposition particulière de cette année, je te répondrais. Mais ne sortons pas de notre sujet, un peu d'indulgence pour le pauvre élève qui a renié le dieu de la ligne et du compas. J'ai moi-même encouragé M. Brigot, l'auteur d'un gué de Chouy, exposé, \\ y a quelques années; sans nier tout ce que tu as dit, je trouve la chasse suffisante pour ce qu'elle veut être problablemcnt, — un panneau décoratif.

Je te fais grâce d'un temps d'arrêt prolongé devant la peinture de MM. Caudron père et fils, d'Abbeville, qui ne fait point tapage et ne demande qu'une mention honorable. M. Caudron fils, qui expose, je crois, pour la première fois, a un tableautin qu'il appelle nature morte, bien que je sache pas qu'un verre et un pot aient jamais vécu. C'est agréablement peint* mais cela ne dénote aucun genre particulier et n'appelle pas la critique.

Passons au n» 507. Chifflard, de Saint-Omer. Portrait de Y. Hugo.

Lui. — Je le connais de longtemps, ce portrait héroïque et lyrique. Bonne, solide et crâne peinture, académique dans l'ancienne limite du modèle.

A ce propos, on m'a fait hier au soir un cadeau que je dépose sur l'autel mitoyen de la communauté. Tu te souviens de ce pauvre Ferdinand que nous avions surnommé Rime-à-l'œil, à cause de sa façon de dépenser gratis sa verve et de n'en être jamais payé ; je lui ai rendu le service d'accepter son dernier ««onnet que je signe pour lui et que tu signeras pour nous deux.

Devant le o07 de l'Exposition de Peintdre.

Très fini, sous l'aspect magistral d'une ébauche.

L'œil commande et caresse, — un œil d'aigle et de coq.

Une barbe solide et des cheveux en bloc,

Tout blancs, — le Temps, hélas ! flétrit ce qu'il ne fauche.

Féminine, effilée et charmante main gauche; C'est la main du toucher, la droite est pour le choc. Un front sourcilleux, blanc et poli comme un roc; La tempête y passa, mais jamais la débauche.

Rien, au premier aspect, ne sent l'au-to-da-fé Chez le bourgeois, vêtu de cet habit café Au lait, — couleur indécise et qui passe ;

Rien — l'habit semble môme à sa guise taillé, Mais par le trou béant du gilet débraillé. Regardez tous, voila l'homme rouge nui tasse !

Ma main droite signera ce qu'à reçu ma maiu gauche. Sed paulô minora canamus.

Voici M. Colin, d'Arras, dont les n^' 5o'i et S55, rentrée du port de Pasages, et une rue de Fontarnbie, ne femblent guère de la même main. Le paysage est assez bon, un peu sec, mais en tout cas supérieur à la Wne. Celle-ci a un cITet papillotant que contribuent à produire les étoiles polychromes et les bons hommes de môme couleur et de mèinc valeur, qui pavoisent les maisons et peuplent le pavé.

Voici encore M. Colette d'Arras, que ses expositions précédentes

semblaient obliger à mieux que celte Méditation de saint Jérôme. Rien du Dominicain et certes, je n'en fais pas un reproche à l'auteur de ce vieillard lisant, mais ce n'est point sous les traits de ce bonhomme apprenant une leçon que les lecteurs de la vie de saillie Paule, ou même des études d'Amédée Thierry, se représentent le rude ascète, le vaillant docteur, le lion rugissant qui s'appelait saint Jérôme. Même quand saint Jérôme médite, on doit sentir qu'il combat.

Le portrait vaudrait mieux, si le buste répondait à la tète, et si la couleur était moins terreuse.

En as-tu d'autres?

Moi. — A te donner à manger? — Non pas. S'il faut absolument que tu dévores les gens, ne pourrais-tu pas faire en les croquant, un peu moins de bruit avec tes mâchoires?

Les n°^ suivants contiennent l'œuvre d'une dame.

N» 652. M'"^ Dallemagne, de Beauvais. La Vierge au Roseau.

N» 655. Ophélia.

N" 2794. Portrait (dessin).

Je conviens que le titre d'Ophélia, avec les souvenirs du crayon de Delacroix el de la mise en scène de M"" Nilsonn, sont un peu écrasants pour celle tête renversée, isolée dans un cadre étroit, mais s'il faut imiter les gens par leurs beaux côtés, il faut les juger par leurs aptitudes, et M'"^ Dallemagne, par ses dessins el ses aquarelles.

I! faut savoir gré à M. Dehaussy, de Péronne, de la simplicité et du goût avec lesquels il a rendu la tête de sa jeune fille. Ses dessins sont charmants, et l'on a peine à distinguer les dessins de M""* Dehaussy de ceux de son mari.

Mais nous voici devant les ânes de M. Delattre, de Saint- Omer.

Pas de chance, M. Delatlre, d'exposer des ânes à l'abreuvoir, l'année où M. Schenck rassemble le public aw/owr de l'auge ; et

pourtant ceux-là valent bien les autres. Enfin ! les ânes attirent toujours les quolibets et les apologues.

Qu'ils soient un, deux, trois ou quatre Ce sont des ânes, — c'est clair, — Qu'envoya de Saint-Omer Le peintre Henri Delatlre.

Sont-ils deux, trois, quatre ou cinq ?

— Ce sont, — fussent-ils quarante, — Des ânes que représente Le tableau de Monsieur Schenck.

Des ânes de la prairie.

Non des bomnies. Dieu merci.

N'allez pas chercher ici La plus mince allégorie.

Sans grimace et résolus.

Ils ont éraillé leurs lèvres.

Suspendus comme des chèvres Le long des maigres talus.

Les forts n'ont pas pris aux faibles Los chardons gris, — doux manger, — Pour les envoyer ronger L'acre pousse des Yèbles.

Mais, voici la fin du jour ; Maintenant toute la troupe Va boire h la même coupe.

Où chacun aura son tour.

Sans souci du voisinage,

Les élus plongent leur nez

Dans l'onde, et, comme étonnés, ,

Semblent rire a leur image. :

Sans jurer par B. ou F, '

Ciiacun, au coin qu'il préfère.

Met son nuiflc dans le verre, j

Et chacun boit à sa soif.

2Zil

On n'enlend braire a la gloire Aucun larynx déchiré ; Quand l'âne est désaltéré On ne l'a jamais vu boire.

Ces buveurs s'en vont le soir D'un pas lent et pacifique ; Il ne manque pas de brique Aux rebords de l'abreuvoir.

0 petits Arislopbanes, Ne cherchez point vos portraits Dans les buveurs a longs traits, Ces ânes-là sont des ânes.

Loi. — Tant mieux, morbleu; pourquoi caricaturer les animaux pour en faire des hommes ?

Au-dessous de Monsieur Schenck,

— Lune au rayon d'une étoile, — ,

Regarde un peu celte toile

D'un ton gris, couleur de zinc.

^ L'auteur est un fabuliste ;

Même, "a son esprit pointu, Je le soupçonne, vois-tu.

D'être un peu vaudevilliste.

Les ânes représentés En ce tableau qui nous raille, Devant un spectre de paille Se sauvent épouvantés.

L'un avec son camarade, Pris de mâle peur, s'enfuit, I/autre veut faire du bruit, Et lance une pétarade.

Ces ânes-la font semblant De rentrer a l'écurie.

Et c'est une allégorie Cousue avec du fil blanc.

Scr. ol

Les ânes pour des fantômes

Ne font point tant d'embarras.

A bas les masques ! A bas !

— Baudets, vous êtes des hommes.

Moi. — Je vous rappellerais tous deux à l'ordre, et à la Picardie, si le baudet n'était le plus fidèle, le plus commun, le plus utile et le plus iatéressanl de ses animaux domestiques. Mais rentrons au cœur de notre sujet et dans la salle des D. par le chien de garde de M. Delattre. Ce bon gros chien est un peu de lecole du chien de M. du Passage.

Loi. — Tel qu'il est, j'aimerais mieux faire son portrait que ceux des chiens de l'Empereur ; c'est une rude tâche qu'à entreprise un de tes picards, M. Parquet, de Beauvais. Je m'imagine que ces animaux officiels doivent être joliment difficiles sur la ressemblance.

Moi. — Il nous faut aller jusqu'au salon des exilés comme tu les appelles, côté Est, pour trouver le Garde suisse de M Demory, d'Arras, qui ne nous apprend pas grand chose sur la manière de l'auteur ; j'ai vainement cherché le Prinlemps de M. Dieudonné, d'Ourscamp. En revanche, voici les Fleurs de MM. Desavary, d'Arras, et Diart, deBerry-au-Bac; je préfère le Bouquet champêtre du premier aux fleur.^ du second.

Lui. — A ton aise ; pour moi, j'enrôle volontiers la nature morte dans la marine, cl je me dispense de passer la revue.

Moi. — Patience ; en attendant nous voici devant deux paysagistes, MM. Desjardins, d'Amiens, et Dubois de Fleurbaix (Pasde-Calais).

Lui. — Ton Amiénois a du talent ; le n" 7G3 est une étude sans tapage, bien faite, lumineuse et tranquille comme doit les faire dans le Limousin, et comme devrait les faire en Italie ou en Grèce un homme du Nord à l'œil tempéré, qui voit la nature d'un regard humide. L'auteur , sans marcher sur les toits et

chercher l'impossible en chevauchant sur le dos du caprice, me paraît avoir le grand sens du paysage moderne.

Mais le picard Desjardins est moins osé que l'artésien Dubois. Celui-ci est un vrai paysagiste, plutôt de la race de Daubigny que de celle de» Corot. Rien de Paul Huet. Le n" 838, un Calvaire, est une œuvre excellente d'aspect général et d'exécution. C'est du ïïarpignies très-fort. Le n" 839 vise plus à l'effet et en produit moins. C'est du Daubigny fils, solide, à la troisième puissance.

Moi. — Il paraît que lu te connais mieux en paysage qu'en nature morte.

Lui. — Au moins ai-je ici une opinion qui est mienne, cl, si je n'ai pas le sens commun, j'ai mon sens.

Moi. — Aussi passé-je rapidement sur les Natures mortes de M. Duchesue, de Wailly (Aisne), et sur les tableaux de genre de M. Farachon, de Boulogne. Mais je te prie de jeter un coup-d'œil sur les deux petites Corbeilles de fruits de M. Dufaïs, de Béthune, n°* 862 et 863. N'est-ce pas que c'est l'antipode de la sécheresse et de la banalité, commune en de pareils sujets? au lieu d'un couplet de vaudeville chevrollant et maniéré, noiis avons ici une leste et joyeuse chanson d'opérette. Qu'en penses-tu ?

Loi. — Tout ce que tu voudras. Laisse-moi regarder la Sabina, de M. Auguste Fauvel, de Bapaume.

Quelqu'un a-l-il connu dona Sabine Quelqu'un d'ici ?

Avant la peinture de M. Fauvel, quelques savantissimes gardaient, je suppose, ce nom ignoré dans un tiroir à secret de leur, mémoire. Les touristes savaient exactement la hauteur du clocher de Strasbourg, les gourmands absorbaient la bière de la ville pour faire passer ses pâtés, mais rien de Sabina, ([ui sculptait avec son père au siècle (iualorzième.

Je ne crois pas que M. Auguste Fauvel la tire de son obscurité.

Uli

La peinture anecdotique a besoin d'être relevée par des hardiesses ou sauvée par des finesses. Ingres y mettait de l'archaïsme et du dessin, avec un grain de ce sens caricatural qui était son sel propre, Delaroche y semait de la couleur ; Gérôme n'y fait pas tant de façons, mais il connaît la recelte des maîlres ; Comte la connaît aussi et sert les délicats suivant leur goiît, bien qu'il raffine un peu trop la sauce ; il y en a qui vont aux antipodes et battent les buissons. Les uns sérieux, comme Aima Tadema et les belges. Les autres grotesques, comme Zamacois, Casse-cou ! M. Pille, d'Essômes, un autre de les picards en sait quelque chose. Sa Sybille de Clèves à l'air de la dame de pique haranguant les figures d'un jeu de cartes, armées en guerre avec des cuirasses de fer blanc, et quel singulier héritier présomptif ! tout cela avec du talent. Le dessin à la plume de M. Pille en dénote et les têtes de ses étranges chevaliers sont expressives.

Ici pas d'extravagance, pas de parti pris. Mais quand on marche dans le chemin de Robert Fleury père, M. Fauvel, il faut lâcher d'arriver jusqu'à lui et de ne pas rester en deçà de M. Claudius Jacquand.

Moi. — Ouf! quelle tirade! Reposons-nous un peu avec MM. Ilippolyte Fauvel et Féragu dont nous avons déjà parlé. La grande Marine de Capri du premier ne nous apprend rien de nouveau sur le compte du paysagiste Amiénois que j'avais appelé à la succession de Thuillier, et que Desjardins et Dubois pourraient bien laisser derrière eux. La Tête d'Etudes du second est une bonne chose ; mais son Porlrait du P. Guidée est son morceau capital, un excellent porlrait.

N° 97o. M. Fillyon, de Compiègne. La Lecture, tête d'étude ?ans importance.

N" 1055. M. GelîVoy. llijlas.

Lui. — Geffroy !

Si c'est un calembourg, il est bien maladroit, disait, si je ne me

trompe, Lepeintre jeune à Arnal daus Cornaro, iyran pas doux, parodie d'Angelo. C'était le bon temps, le temps des enthousiasmes littéraires et des batailles. Victor Hugo ébranlait comme Samson les colonnes du vieux temple de Melpomène, et écrasait sous ses débris les Philistins ahuris. Alfred de Vigny se battait avec la routine, à l'épée, en vrai gentilhomme ; la blessure qu'il faisait à son ennemi ne paraissait pas, tant la lame était fine, mais le coup était mortel. Tout le monde s'en mêlait et suivait à la rescousse ; Casimir Delavigne lui-même éperonnait son cheval poussif pour tâcher de le faire galopper. Une fois dans sa vie, et à force de chevaucher dans toutes les Espagnes il ramenait en croupe un Philippe II, dans la tournure historique du temps. Le Don Juan de Casimir Delavigne passa pour une œuvre romantique, surtout grâce à ce Philippe II dans lequel s'était incarné un vaillant comédien, mêlé à toutes ces luttes, au premier rang dans tous les combats, qui mettait alors sa jeunesse et sa passion au service de Chatterton et d'Angelo, — c'était Geffroy, l'artiste dévoué qui devait plus tard accepter sans nausée, au nom de l'art, la corvée de représenter le Marat de Charlotte Corday, dont l'expérience et la maturité ont tant contribué aux succès de nos derniers inventeurs, et qui a failli pour dernier exploit, faire fondre la glace de Galilée. En ce temps-là, le comédien était tout feu et flamme, et la calembredaine de Cornaro ne pouvait s'appliquer qu'au peintre, froid, compassé, timide et classique élève du styliste Amaury-Duval. Geffroy tenait au répertoire clas.«ique par là, il jouait encore de temps en temps la tragédie, et le Gladiateur, d'Alexandre Soumet, fut, je crois, son dernier rôle de jeune premier à cothurnes. Mais c'était au salon de peinture où il faisait du reste de rares apparitions qu'il jouait vraiment la tragédie tempérée. Son tableau le plus célèbre, le Foyei- de la Comédie française, est de la comédie habillée.

Pour moi, le tableau de cette année est une des meilleures choses de l'auteur. C'est sobre et contenu, sans timidité. Suffisamment de style, ni sécheresse, ni roideur, ni froideur, et

surtout, — surtout ! pas de manière, ni de sons-enlendu, et pas de mythologie de la belle Hélène, comme les uns en font avec préméditation, — ce qui est triste, — et les autres, sans le savoir, — ce qui est plus triste encore.

Moi. — Abrège, abrège, ou envoie ton feuilleton au Journal des Débals.

Si tu n'as rien à dire de neuf sur M.M= Guillemer, de Senlis, paysagiste coloriste, dont le n» 1177, reflète un ton général étrange de panne ou de velours anglais, qui, ne peut-être qu'un accident dans la nature.

Gênai lie, de Monceau-iès-Leups, dont la Scène de Famille, un peu lâchée dans l'ensemble est de la grasse et plaisante peinture, plus accentuée et plus agréable dans les Quatre Saisons, et dont l'Exposition est complétée par un dessin de Pifferari,

Hamlet-Griffiths, de Creil, paysagiste, et Housselin, de Saint- Inglebert, peintre de portraits, qui n'a qu'un échau tillon insuffisant pour qu'on puisse juger sa manière,

Un petit compliment en passant à M. Hédouin, qui a fait plus grand, plus tapageur, plus important que son Café de Consiantine, mais qui n'a jamais fait plus joli,

El une halle devant la Provence, reproduite par la brosse, si particulièrement septentrionale de M. Jeanron.

Lui. — Tu as dit le mot ; devant ce paysage, il nous vient à l'esprit je ne sais quelle réminiscence de Joseph Vernet, et puis tout d'un coup vous sentez au visage une boufl'ee d'air frais, qui tient peut-être la place du Mistral, mais qui le remplace agréablement. Il y avait certainement plus d'harmonie locale dans le Port d'Amhleteuse, mais j'aime celte Provence-là, S'il y fait chaud, c'est comme dans le tableau de M. Bcrne-Bellecourt, Mais son compatriote Jeanron s'est bien gardé de le dire, et les habitants de la zone tempérée lui en sauront toujours gré.

Tu as oublié une petite toile de M. Henriet, de Château- Thierrv.

Trop peu fait, feuillage lourd, mais tentative d'un homme de talent, qui entre carrément dans la voie du paysage moderne.

Moi. — Jetons en passant un coup-d'œil sur le Portrait de femme de M. Labouret, de Laon, et sur les petites scènes d'Italie, de M. Lebel, d'Amiens, un peu plus importantes que celles qu'il a coutume d'exposer annuellement, et dénotant un progrès véritable ; arrèlous-nous devant la Femme couchée et le Portrait, de M. Lefèvre, enfant adoptif et pensionnaire de la ville d'Amiens.

SlA, VIATOR. PiCTOREM JUDICAS.

Hanc nudam effigiem raulieris pinxit Artifex, nec Italico, nec Iberico, nec extranea?, cujusdam artis sigillo signalas. Galli Magistri discipulus, etiam Rorase Gallus remansit. Imaginem feminae finxit omninô velis nudatam ; Non tamen ut nonnulli, qui in sevo proximè elapso et quidam alii, nobis contemporales, — proh, pudor ! — lubricum iter tentant, Libidiui induisit. Impudentem tinxil Imaginem, non Impudicam ; nec Eva innocens se nudam nesciens, nec Aphrodite nuditatis eldivinitatis conscia hic palet; filia hominum, Pudoris nescia, hominibus, — non viris, — llores carnis suaî porrigit. Non merelicem, feminam aspicis. Haud equidem imago hsec salis casta visu, ut omnium anle oculos ostendi debeatur. Si infirmorum scandalo irrideo, furpe delectamentum limeo et horreo puberum, quorum mens cùm oculis deflorescit.

His dictis, opus formosum laudemus. Mirari liceat lumen per colla et peclus splendide sparsum, lalus simpliciter expressum ; hic, epidermis juvenililer iloret; nec lineamenti siccitas, nec coloris ebrietas, oculos offendit aristarchorum. Ilarmonici recumbentis infixi Iccto panni carnis augent. splendorein. Sed hoc formosum corpus mihi videlur non habere caput, aut poliùs capul habere corpori setate dissimilem et habilu. Dixi.

Lui. — Si la pudeur le fait parler latin devant cette femme-là, j'en connais qui te feraient parler grec, il y a ici telle ligure

médiocrement décolletée, plus indécente que celle-ci. Quoiqu'il eu soit, ton picard est un homme qu'on peut louer dans toutes les langues. Entre nous, son Portrait est le meilleur du salon, et les Cabanel sont bons cette année.

I! y a l'étoffe d'un peintre chez M. Lefèvre. C'est une étoile qui se lève et qui brillera du côté du firmament, opposé à celui de M. Michel, dont la composition, VExilé de là patrie céleste, ne me paraît pas cette année être à la hauteur de V Eucharistie, ou de la Conversion intérieure. C'est toujours solide, franc, clair dans sa mysticité, mais il manque ici un petit grain de la distinction, inséparable de l'essai de reproduction d'une chose surnaturelle.

Moi. — Laisse M. Michel ; nous avons mieux que nous sur son compts; voici ce qu'en disait à propos de l'Exposition universelle, un critique éminent que tu ne connais pas et qui mérite d'être connu ;

« M. Michel (Charles-Henri). Autre rareté, plus grande encore, à ce qu'il semble, de la peinture vraiment religieuse. Non-seulement pleine de foi, mais de piété, d'onction jaillissant manifestement d'un cœur « qui aime Dieu par dessus tous les arts, » mais qui aime sincèrement l'Art. Art élevé, expressif, intime, donnant un corps sensible et une belle figure aux aspirations les plus hautes et les plus tendres de {'Imitation de Jésus-Christ.

» Le Renoncement, la Conversion intérieure, Jésus-Christ source de vie, la Sainte Communion. — Toute la théologie mystique défiant naturellement le pinceau, a rencontré dans M. Michel une expression claire, douce, sereine, pénétrante. Ce fils de Lesueur trouve de belles inventions pour rendre avec éloquence les mystérieuses profondeurs de l'union de l'àme avec Dieu.

» J'ai vu pour la première fois la photographie de l'une de ses peintures, la Conversion intérieure, dans la cellule d'un saint moine de la grande Chartreuse, la série des tableaux de l'artiste serait aussi bien à sa place sur les murs de ce monastère, que les fresques de fra Angelico de riésole dans les corridors et les

cellules du couvent de Santa- Annunziata, à Florence; il n'est pas un seul de ses tableaux qui ne respire un parfum exquis de pureté monastique.

» Etudions dans celui d'entr'eux qui nous a paru le plus complet, la Sainte Communion, la pensée et l'exécution du peintre.

» Un moine à genoux à terre, se précipite dans les bras du Christ debout, sa tête se perd dans les vêlements, et ses lèvres cherchent le cœur de Jésus, comme à la cène la lele et les lèvres de saint Jean, le diviu maître, tenant le calice et l'hostie, s'incline légèrement avec une condescendance amoureuse, les mouvements sont beaux, expressifs, neufs. Une sorte d'ardeur ascensionnelle de toutes les lignes de ce grand vêtement des religieux, enveloppées dans le personnage et le manteau du christ, répond, par des procédés spéciaux à la peinture, à l'idée exprimée. La conception est à la fois d'une àme supérieure et d'une imagination de peintre.

» L'esprit plastique et figuratif appliqué à la révélation de tout cet intérieur des âmes, est un don rare dans l'histoire de l'art. Les peintres Espagnols, en celte voie, procèdent avec une réalité choquante, les peintres primitifs Italiens abordent en général (Fra Da Fiésole est une exception angélique) l'art religieux par un autre côté plus grandiose, moins individuel. Grecs de nature, ils séjournent à peine, d'ailleurs, dans la fleur d'une première impression absolument religieuse; les Flamands y apportent une bonhomie familière et domestique que nous ne comprenons plus. Combiner avec cette souplesse actuelle et vive, la réalité et l'esprit, donner à l'invincible cette forme visible acceptable, simple, naturelle et attrayante. C'est une faculté très spéciale d'artiste que Lesueur, mêlant les apparitions augéliques aux prières des saints, a seul montré à la France, avant M. Michel, sous la nuance de goût appelée discréUon, dans les livres de spiritualité, qui est bien propre à notre pays.

» Au point de vue de l'inspiration, il y a plus d'homme et plus d'àme dans la Communion, que dans des centaines de toiles de l'Exposition.

Scr. 32

» Inférieur à Flantlrin par la science el la perception linéaire, comme par le goùl des formes, M. Michel lui est supérieur par la poésie intrinsèque el purement chrétienne de ses inventions,

» II a le haut sentiment de l'harmonie, de la concordance spéciale d'un groupe, cet clément si considérable du grand dessin, mais dans le détail il manque d'originalité. On ne saurait parler de sa couleur, puisqu'il n'est pas coloriste ; il faut convenir toutefois que la coloration de son tableau, vulgaire et vo\ante, est en contradiction avec la délicale>se intime et secrète des pensées (ju'il exprime.

» Interprété pour le dessin el la couleur par André del Sarto, dont le sentiment el la passion contenue me semblent le mieux convenir à l'invention, son tableau resterait célèbre dans l'histoire de la peinture.

» On a souvent gémi, bien qu'on ne l'ait pas assez fait, sur l'infériorité, l'obscurité, la basse mysticité d'une certaine imagerie religieuse. Je voudrais que les photographies des belles conceptions de M. Michel, fussent répandues à des milliers d'exemplaires à titre de compensation à ce déluge nauséabond. »

Lui. — Est-ce la Revue des Deux Mondes que tu lis-là ?

Moi. — Non, c'est la Revue de Toulouse, ïï° de janvier 1868.

Lui. — Aussi je disais : c'est bien la lettre, mais l'esprit est diiïérenl. Le nom de ce docteur chrétien qui evangélise en si bons termes les Languedociens ?

Moi. — Jules Buisson.

Lui. — Noire ancien aqua-forliste, qui faisait des ébauches si colorées, el qui volontiers eût traité Delacroix de modéré ?

Moi. — Lui-même.

Lui. — Quel contraste entre le i)inceau el la plume! bonne plume du reste, taillée droit, el ne se grisant pas dans l'encrier ; mais elle n'a pas les fougues du piuceau; qui fui, du reste, plus

didactique que le maître? les leçons écrites d'Eugène Delacroix ressemblent à la philosophie d'Àristote.

Moi. — L'esprit a beau faire, mon ami, toujours par quelque coin le cœur éclate ; je te donnerai à lire le dithyrambe de notre ami, l'apothéose de Corot, et tu verras comment encense un enfant de chœur bien appris ; quel encens et quelles fleurs ! et comme tout cela sent bon.

Lui. — A la question, mon cher, à la question. Revenons à nos moulons. Aussi bien se pressent-ils drus sur notre petit livret.

D'abord M. Lhermitte, de Monl-Saint-Pierre (Aisne), avec s{»n petit tableau : La Yendange, placé très haut, sans importance d'ailleurs, et ses deux dessins au fusain : la Bécolle de pommes de terre et le Tourneur, dessins soignés, un peu plus importants que la peinture.

Puis M. Midy, de Saint-Quentin, Henri 111 et Bernard Palissy à la Bastille, tout petit tableau anecdotique d'après lequel on ne peut guères juger la manière de l'auteur.

N° 1796. M. de Monnecove, de Sainl-Oraer. Troupeau sorlant de l'étable.

N» 1860. M"» Nicolas, de Villcrs-Colterels. Si j'étais riche ! N» 1899. M. Oudry, de Compiègne. La Source.

N° 1900. Les Marchands de chevaux.

N" 2229. M"^ Salanson , d'Albert. Portrait de femme , peint d'une manière assez naïve, de ressemblance ingénue.

N" 2242. M. Sautai, d'Amiens. La Santa ScaJa, intérieur.

N° 2265. M. Schmidt, de Roupy (Aisne). Un bélier.

N° 2264. Une paysanne.

Pour le coup, c'est bien à nos moutons que je le ramène. Mais de tous les animaux, le mouton est le plus ingrat à reproduire par le pinceau. Passe encore pour un groupe ou un troupeau, on

a la poussière, le berger et le paysage, mais un bélier seul dans sa bergerie, comme celui de M. Schiiiidt, d'ailleurs solidement el correclemenl peint, n'aurait jamais tenté ma palette. Une bête innocente ennuie, une bète comique intéresse. C'est peut-être toute la différence qu'il y a du mouton à l'âne.

N° 2279. M. Scribe, d'Albert. Vorlrait.

Très singulier, naïf, sans modelé, sans relief, sans prétention. Recherche d'une ressemblance fugitive et superficielle , la physionomie d'une impression plutôt que l'expression d'un caractère.

N°2288. M. Seigneurgens, d'Amiens. Le bord de l'eau.

Un rivage et un quai de fantaisie, peints dans un ton de convention. Couleur trumeau impossible, rappelant certaines faïences de Nancy. Beflet rougeàtre et lointain des Johannot el des Dévéria. — Rose d'Anlan démodée, agréablement composé el désagréablement peint.

N° 2508. M. Sinet, de Péronne. Le Premier-né.

iV 2509. Porlrait.

Agréable, mou, grassement modelé ! bon eflet de lumière sur le sein de la femme et la tête de l'onfant.

N° 2510. M. Sirouy, de Beauvais. Le Èliroir, peinture à l'huile.

iV 2511. Portrait d'homme, peinture à l'huile.

N° 5316. Portrait de S. M. l'Impératrice, dessin.

N° 3317. Por/rfli7 rfé ili"« B C, dessin.

N" 4208. Alhal'ie, d'après le tableau de Sigalon, lithographie.

Les dessins et les lithographies de M. Sirouy, rentraient plus dans la nature de son talent que la peinture à l'huile. Le Miroir est mou, demi-monde; le portrait est meilleur, quoique un peu lâché.

C'est à dessein que j'ai passé dans l'ordre alphabétique le nom

de M. Saintin, de Lemée (Aisne), pour le joindre à celui de M. Sirouy, non pas que ces deux peintres se rcssemblenl autrement que par certaines analogies de sujets traites. Les Pastels de M. Saintin, lui ont fait une juste réputation, cl les portraits de M"*^ Jouassain et Dubois ne démentent pas leurs aînés. Je ne sais si VAnnucia est un portrait, mais je n'y saurais voir qu'un mauvais Landelle. Quand les Pifferari mâles et femelles n'auraient d'autre inconvénient que de fournir ces modèles malsains qui tentent notre décadence, ce serait une bonne œuvre que de débarrasser Paris de cette vermine étrangère.

Le Deuil de cour vaut mieux, mais dans ce genre là, on s'affermil la main, ou on raffine ; quand on s'afl'ermit la main, on arrive à Marcbal, et c'est déjà bien; (voyez la Pénélope et la Prync) quand on raffine, par une toute petite allée, sablée fin, ralissée de frais, on aboutit à Toulmoucbe, après lequel il n'y a plus rien dans le genre précieux. 11 y a bien Stevcns au carrefour des deux routes; s'y arrête qui voudra, ce ne sera pas moi, la marcbandise est trop mê^ée, d'ailleurs je préfère le vin d'Argcnteuil au faro de Bruxelles.

Moi. — Tu as fait un bien autre oubli, par haine de la Marine, sans doute ; retourne un peu sur les pas et fais une halle d'un instant, là où je l'attendais depuis longlem[)s, devant les bords du Golfe Juan et le Cap d'Anlibes, de M. Masure, de Braisne (Aisne).

Lui. — Je t'ai dit que je ne me connaissais pas en marines. La vérile esl que j'ai eu autrefois une indigestion pour avoir trop mangé des malelolles deGudinetdes bouillabaisses de ses élèves. Je ne sais si c'est ce souvenir ou la vue du sujet, mais je ne puis voir une marine sans avoir le mal de mer.

Moi. — Rassure-toi; ici les Ilots sont calmes. C'est le printemps des flots, dignement interprété par le meilleur élève du peintre des printemps. Quelle pureté ! quelle limpidité ! quelle simplicité et quel charme !

Au premier aspect, le Cap d'Antibes est un peu complexe et la jetée couverte d'arbres qui remplit la partie droite du tableau, distrait l'œil, sans l'offeoser toutefois, mais en l'inquiétant un peu. On se réfugie dans la simplicité du Gol;e Juan, et l'œil s'habitue vile à la ligne bleue d'horizon, moins intense d'ailleurs que dans certaines natures. Les côtes de la Méditerranée compensent certaines splendeurs par de bien plus grandes violences, et il faut cet œil humide du nord dont nous parlions tantôt pour tamiser cette lumière d'or et ces ombres d'azur.

En revenant au Cap d' Anlihes, l'œil s'habitue à la diversion, et peu à peu, il trouve le lien, l'harmonie est établie, et on finit par préférer cette toile à l'autre.

J'en conclus qu'elles sont toutes deux excellentes et qu'elles se valent.

Loi. — Drôle de garçon, va, qui trouves moyen de mettre du sentiment dans la critique d'une étude de marine.

Permets moi de te ramener à terre avec M. Taurcl deMaignelay, (Oise).

Sa Marne aux environs de Paris (n^ 2550), est une étude habilement faite, avec une bonne partie lumineuse à droite, malgré la grande sécheresse de la partie gauche, mais son adresse de main est inférieure à celle de

iM. Thépaut, d'Arras, dont la Mare à ;)m (n» 2361), dénote un pinceau sec, mais exact et singulièrement exercé.

Je n'ai pu jusqu'ici trouver le paysage de M. Tissoron, de Bélhune, la Seine an bas Meudon (n° 2ô86). Mais en revanche, voici M. Thierrée de Beauvais, dont l'étude, Ptuisseaa dans un 6oi5 (n° 2363), me fait l'cIYel d'une excellente ébauche, malheureusement ramenée aux règles de la syntaxe, quelque chose comme un Courbet, revu et corrig'> par un maître d'études. Voilà de les coups, ô raison déraisonnante, mère Rabat-joie qui t'obstines à gronder tes servantes et qui trottines en grognant, une férule h la main, les ciseaux de la commère au côté, au bruit

harmonieux du trousseau de clefs qui bat les maigres cuisses ; fais ton pensum toute seule, et regardes de travers les écoliers qui s'amusent pendant la récréation.

Moi. — Cetle petite fusée en l'honneur du caprice pourrait passer pour le bouquet de ton feu darlilice; aussi bien, nous voilà à la tin de notre tâche. La Léda et le Portrait de M. Villeneuve, de Saint-Onier, ne méritent qu'une mention ; mais le tableau de religion de M. Vély, du Ronssoy, a de la valeur et de l'importance. Sa Mater dolorosa n'est point agencée d'une façon neuve, mais elle ne sent en rien non plus l'école et la manière. C'est un bon tableau d'église, à elTet, qui ne frappe pas comme une œuvre de maître, mais qui ne sent pas non plus l'ccolior. Cela vaut mieux que la plupart des choses du même genre, que la munificence oflicielle distribue à nos églises, et c'est suffisamment original.

Restent les aquarelles, dessins, gravures, dessins d'architecture et lithographies des artistes appartenant à nos départements, qui se sont bornés à ces spécialités, Ce sera l'objet d'une simple nomenclature.

Je suis l'ordre du livret.

N° 2889. M"* Bouvaist, d'Abbeville, Roses, aquarelle pour éventail.

N" 2690. Fleurs, porcelaine.

N° 2730. M. Caron, Victor, de Fontaine-Bonneleau (Oise), la Prédication, d'après E. Le Sueur, dessin.

N" 2751. Portrait de M"^" B., dessin.

N» 2756. M. Cesson, de Coincy (Aisne), Psyché, d'après Amaury- Duval, fusain.

N" 281Ô. M. Delmotte, de Senlis (Oise), Portrait de M. D., dessin.

N° 5002. M. Joly, d'Amiens, Portrait d'homme, pastel.

N" û05o. M. Leveau, de Saint-Quentin, le Christ, consolation

des a fflifjés, cavion d'\inQ peinture murale exécutée dans l'église de Douchy (Aisne).

N° 327:2. M. Robida, de Compiègne, Porlrait de femme, pastel.

N" 3281. M. Rousseaux, d'Abbeviile, Portrail d'homme, d'après FraDçia, dessin.

N» 3i92. M"' Saint-Aubin, de la Fère (Aisne), les Poissons et le Berger, d'après Oudiy, faïence.

N" 3295. Les Bulles de savon, d'après Chaplin, faïence.

N° 3294. M. Sainl-François, de Clermont (Oise), la Roche au loup, dessin.

N" 3295. Forêt de sapins, dessin.

N" 5311. M. Sévrclte, de Clermont, Vue prise sur le chemin de Honquerolles, aquarelle.

Gi'avure sui* niécîaîlles.

N' 5889. M. Borrel, de Monlataire (Oise), Médaillon el médailles, S. M. le duc de Morny

j^rcliîtecture.

N» 5923. M. Corroyer, d'Amiens, Projet de maître autel pour l'église de X.

N° 5924. Projet de restauration pour l'église de N.-D. de Hnm.

N" 5936. M. Dulhoil, d'Aniieus, Restauration de l'église de Roquetaillade, 11 dessins.

N" 3957. Architecture pittoresque de la Turquie, 5 dessins à la pluiiic.

N» 3938. M Du val, de Beauvais, Projet de centralisation administrative pour chacun des arrondissements de Paris.

es Bravai re.

N° 4081. M. Lcfèvre, d'Arras, Souvenir des Alpes, eau forte.

Liîthographie.

N* 4209. M. Soulange-Tessier, d'Amiens, S. M. l'Empereur^ d'après Cabanel.

J'avais déjà constaté les années précédentes le mouvement qui entraînait les touristes et les peintres vers le nord, l'heureux délaissement de l'Italie et de la Suisse pour la France, l'abandon définitif de la fabrique surannée que remplacent avec avantage la vraie métairie et la ferme authentique. Le mouvement continue, et les pauvres plaines de la Picardie ont leurs peintres ordinaires ; les nymphes de ses eaux, dirait M. Prud'homme, ne sont plus délaissées comme jadis, et ses plus humbles motifs sont reproduits comme autrefois, les plus tapageurs et les plus renommés. Fontainebleau partage avec Compiègne.

N" 51. M. Armand a peint un Calvaire au bourg d'Ault (Somme).

N° 175. M. Bellet, une Scierie sur la rivière du Sillet, à Berthecourt (Oise).

N" 427. M. Carrier, une Entrée de la forêt de Compiègne.

N" 537. M. Cocquerel, le Parc de Sainte-Hélène près Beauvais.

N° 663. M. Davis, d'origine anglaise et fixé à Boulogne-surmer, un Lever de lune.

N° 1185. M. Guillot, une Vue d'Abbeville.

N" 1408. M. Lambert, digne élève de Corot et de Daubigny, les Coteaux de Mér y-sur -Oise.

N" 1436. M. Lapito, la Somme à Abbemlle.

N" 1465. M. Laurent, une Falaise à Saint-Valery-sur-Somme.

N" 15''i0. M. Lemaire, un Moulin à Cayeux.

N» 1805. M. Moreau, une Vue prise à la Tournelle (Aisne). Scr. 33

â58 N" 1957. M. Perret, un Lever de soleil sur l'Oise.

N° 2026. M. Poirier, les Environs d'Amiens. Petit tableau extrêmement curieux, en ce qu'il s'attaque avec résolution à un motif cherché au milieu de la campagne la plus ingrate, et surtout en ce qu'il est la contre partie des Provences et des Ilalies, interprêtées par les hommes du nord. M. Poirier, qui est de Valence, a peint le nord en homme du midi.

Enfin, M. Vély a intitulé les Bords de l'Oise, à Auvers (soleil couchant) le magnifique feu d'artifice dont il a été question et qui porte le n° 2482.

Et avec tant d'artistes indigènes, en présence de tant d'étrangers qui viennent faire son portrait, la Picardie s'inquiéterait des moyens de peupler le musée de sa capitale ! orner les murs du splendide musée d'Amiens, ou du moins remplir exclusivement une de ses vastes salles des œuvres de ses enfants petits ou grands, tapageurs ou modestes, célèbres ou obscurs est une idée dont je réclame la priorité et que je soutiens bonne,— patriotique surtout.

Lui. — Elle n'a pas le sens commun, ton idée.

iMoi. — Pourquoi cela ?

Lui. — levais te le dire, bouillant Achille; parce que nul n'est prophète dans son pays, et que ta salle de produits du crii renfermât-elle les échantillons les plus irréprochables et les plus sérieux, on aimera mieux les niaiseries exotiques. Le beau venez-y-voir, pour attirer un Amiénois, que de lui promettre la vue d'une peinture d'Amiénois ! Dis-moi, mange-t-on beaucoup de pâtés de canards à Amiens?

Moi. — Mais....

Lui. — Je suis sîir que non ; de Strasbourg, toujours, cela se conçoit, la truffe est un diamant noir qui éclipse les simples

bijoux, mais porte à Amiens des pâtés de Chartres ou des pâtés de Pilhiviers, ils y seront grandement fêtés, et pourtant les pâtés de canards sont meilleurs.

Avons-nous fini ?

Moi. — Complètement, je crois.

Loi. — Adiusias, moun pichoun.

Mo(. — Finissons comme nous avons commencé, — en vrais picards : — Adé ch'guiot.

EMORTUALE.

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