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SI

Jamais coq ne chanta plus clair Depuis celui de l'Evangile; Franc ou Romain, laïc ou clerc, Jamais coq ne chanta plus clair.

11 fut Evèque, Duc el Pair, Sitôt qu'il eut chanté Vigile ; Jamais coq ne chanta plus ci-iir Depuis celui de l'Evangile.

Sa voi\ avnit un tel élan

Que de Pari^ on put l'enlcndro,

Si bien qu'avant le bout de l'an

— Sa voix avait un tel élan ! —

il devint Evèque de Laon;

Mêiuc à la pourpre il put prétendre.

Sa voix avait un tel élan

Que de Paris on put l'entendre.

Les Picards étaient hasardeux En ces temps de guerre civile ; Trois surtout tirent parler d'eux, Les Picards étaient hasardeux.

Le Coq fait un, Plcquigny, deux El trois, ?iicolas, d'Âbbeville; Les Picards étaient hasardeux En ces temps de guerre civile.

Lu mois après la Chandeleur Lorsque les Etats s'assemblèrent.

Le Co 1 fut j)reinier orateur.

Un mois après la Chandeleur.

Le noble homme el le Chauceleur Tous les deux après lui parleront, U;i n^.ois après la Clinr.delcur Lorsiîue h'> Etals s'assemblèrent.

Ils avaient des amis chrétiens Dans tous l(^s coins de Picardie ; Pour complices et pour soutiens Ils avaient des amis chréîiens, — Témoin le député d'Amiens, Le fameux Robert de Corbie, — Us avaient des amis chrétiens Dans tous les coins de Picardie.

C'étaient des amis chaleureux De Charles, le roi de Navarre ; Ils avaient Marcel avec eux, C'étaient des amis chaleureux.

Le maître était un peu scabreux, Mais leur fidélité fut rare ; C'étaient des amis chaleureux De Charles, le roi de Navarre.

Quoiqueen pensent les historiens.

Le Mauvais fut-il donc si traître?

C'était un fier bourgeois d'Amiens Quoiqueen pensent les historiens.

Dix-sept de nos concitoyens Furent immolés pourleur maître; Quoique en pensent les historiens.

Le Mauvais fut-il donc si traître?

Quiéret paya pour le clergé, Robert sortit de la tempête, Picquigny mourut enragé, Quiéret paya pour le clergé.

Le pauvre Colart fut jugé Et puis on lui coupa la tète, Quiéret paya pour le clergé, Robert sortit de la tempête.

Scr. 35

La forme de !a Morl o'e^l rien, Tous les martyrs ont leur courage; Surtout lorsque l'on est chrétien, La forme de la Mort n'est rien.

Dieu seul sait l'heure et le moyen, Mais il adoucit le passage, La forme de la Mort n'est rien, Tous les martyrs oui leur courage.

Reposez en paix tous les trois, Têtes chaudes et cœurs fidèles ; Bons serviteurs de mauvais rois Reposez en paix tous les trois.

Piètre, grand seigneur et bourgeois. Francs Picards, entêtés rebelles, Reposez en paix tous les trois, Tètes chaudes et cœurs fidèles.

^5 Thomas de CourceII<*

Quel est ce chanoine picard, Sous sa paupière longue et paie Voilant l'éclair de son regard, Torche à Rouen, lumière à Bâle,

Bon esprit, cœur faible ou mauvais, Lâche tout simplement peut-être, Derrière Cauchon, de Beauvais, Reconnaissant l'Anglais pour maître?

— Ce visage double est celui De Maître Thomas de Coiircelle, Bon Français à Bàle aujourd'hui, Hier bourreau de la Pucelle :

Subtilisant, dogmatisant, Attisant quand ou la condamne, Dogmatisant, subtilisant Quand on réhabilite Jeanne.

Brûlant son encens gros et tin Sous le nez du dernier célèbre.

Et de Charles sept mort de faim Fleurissant l'oraison funèbre.

Les politiques et les saints Ont usé pour lui d'indulgence, El Jean Jouvenel des Ursins Semble avec lui d'iotelligence

Pour dissimuler les excès De l'histoire contemporaine Quand, en révisant le procès De Jeanne, la bonne Lorraine,

Il convie aux nouveaux débats Son confrère de Picardie, Et lui laisse chanter tout bas Sa petite palinodie.

Jouvenel protégeait les siens, Il se souvenait sou^ la mîire, Que Thomas cl lui dans Amiens Etaient Chanoines du Chapitre,

Le très savant Pape Enéas,

— Un grand ami de la Pucelle, — Ne parle que des airs béats

Du docte Thomas de Courcelle,

Qui, modeste, baissant les yeu\, Aimable et gardant le silence, Aux hommes cachait de son mieux Tous les trésors de sa science.

Fûtes-vous donc trop généreux, Très-bon Evêque et très-bon Pape, Envers le complaisant peureux, Complice du bourreau qui frappe ?

— Peut-être, — mais du cœur humain Vous connaissiez les défaillances:

Un savant n'est pas un Romain ; On n'a pas toutes les vaillances.

Heureux les purs, heureux les forts, Les saints moins souples que saint Pierre! Mais où sont-ils, vivants et morts, Pour jeter la première pierre?

fr.

ï*as<iuîer Kroët.

15 Août 1835.

Le quinze Août mil cinq cent Irenle-cinq, sept aiuis, Fidèlement venus au rendez-vous promis, Héroïques témoins de leur vertu sincère, De leur serment d'Antan fêtaient l'anniversaire.

Or, voici le serment qui les réunissait.

A Montmartre ils étaient arrivés tous les sept,

Le matin du quinze août mil cinq cent trente-quatre,

Et là, prêts à mourir et surtout à combattre.

Ils s'étaient séparés du monde renié,

Puis ils avaient, ensemble ayant communié,

Chevaliers embrasés d'une céleste flamme.

Pris Dieu pour capitaine et la Vierge pour dame.

L'histoire sait les noms de ces compagnons-là.

C'étaient : IJon Inigo Lopez de Loyola,

Un Cid, — âme d'acier dans la foi retrempée,

Qui pour un froc d'école avait laissé l'épée,

François-Xavier, l'apôtre, — alors simple régent,

Lainez, Romain terrible et casuiste indulgent,

Sahiieron, Hodriguez, Bobadilla, — Le Fèvre,

Un lils de la Savoie, ayant gagné 'a fièvre

De ces ardents chrétiens d'Espagne ; aux sept premiers

Conjurés s'étaient joints trois nouveaux chevaliers,

Lejaij vert rejeton d'un arbre à bout de sève,

Catholique Romain de la libre Genève,

Puis deux Français dont l'un s'appelait Coduret.

Le dernier, le saint Jean de la troupe, assurait Que Calvin de Noyon, à la langue hardie, Etait seul hérétique en noire Picardie.

Loyola l'appelait « l'ange » parrai les siens.

Celait Pasquier Broët, picard, prêtre d'Amiens.

l.e» Deux SylvîuÉ

A Levilly, dans l'Âraiénois, Les Sijlvius ont pris naissance {Sylvius veut dire Dubois En latin de la Renaissance).

An monde l'un ou l'autre vint, — En trouve qui peut le quanlièrao, Vers quatorze cent quatre vingt, Sous le fin roi Louis onzième.

L'aîné, voyant Pierre Versé Honoré parmi les Evêques, S'était de bonne heure exercé A hanter les hibliothèques.

Dans Amiens Versé fut l'appui, L'Apollon des Muses sacrées, Quant à Nolre-Damedu-Puy Il donna chez lui ses entrées.

Dubois l'aîné se dit : le temps Du barbarisme est éphémère, Les verbes reprennent leurs Temps, L'avenir est à la grammaire.

Ce qui lit que Dubois l'aîné Pédantisa dès son enfance.

Puis au collège de Tournai Devint professeur d'éloquence.

— « La parole n'est que du vent, » — Dit à par lui Dubois le jeune,

— « Mou frère esit bien maigre, souvent La bourse du professeur jeûne.

» Il est un bien meilleur métier Que l'étude latine ou grecque, C'est celui de Jacques Coycl'ter, L'oncle de Monseigneur l'Eveque.

De ses écoliers un régent A peine tire cuivre ou bronze ; A son médecin que d'argent A donné le roi Louis onze?

Souvent dans des nuages d'or

La vocation se dessine ; ,

C'est ainsi, Sylvius Minor,

Que l'apparut la médecine.

On prétend que tu l'exerçais Comme Hippocrate le conseille.

Mais qu'aux présents d'Artaxercès Tu n'aurais pas fermé l'oreille.

Tu gardais, pareil au dragon, Les pommes de tes Hespérides, Et les historiens d'Harpagon, T'ont mis dans leurs Ephémérides.

C'est toi qui, dit-on, le premier A ta chair tendant des embûches, L'Eté, tout en haut du gronier, Monta i< les faizots c\ les bûches.

Tu résistais aux premiers froids En frottant ta nuiio roiijic et nup, El jmis en soiilHanl d.ins les do'glâ ; Mais quand la bise était venue,

Qiian i !u n'y pouvais plu> tenir, Q.iand il gelait à pierre feiidrr, Pour le chnuiïer en souvenir Tu remuais ta vieille cendre,

Puis tu montais à ton prenior ; lirognaot. pous-.mi dfS plaintes sourdes. Tu remplissais un vieux |);nîier Avec les bûclics les plus lourdes;

Tu tVchauH'jiis à les porter, Tu iVchaullais à les di-scen^lre, T ecliauiïais à les remonter, Quand le froid venait le surprendre.

Pendant soixa(ili>di\-Si'pl ans, Sans dépenser i:nc alluiU'tte, Tu changeas l'hiver en printemps.

Suive qui voudra la recette.

Si l'on conuail les deux Dubois C'est pourtant grâce à l'avarice ; Grand lalenl surnage paifois.

Mais moins souvent que pelit vice.

Quel est l'érudil acharné Aux éplurhures de l'histoire.

Qui de François l>ubois l'aîné A lu L'EXEUCiCI:; OUATOIUE ?

Scr. 16

Et quel esprit n moitié faio, Qiiel'c cervelle inoccupée De Sijlrias, le nn'(it'cii) Affronle la PAaRMaCOPÉE?

Le livre du Grammairien N'a d'autre attrait que d'être rare, Celui du Médecin n'est rien, Mais on se souvient de i'Avare.

Qctobro-Novcmbre 1868.

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