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CROQUIS A LA PLUME

PATS AGE.

Pluie.

Aujourd'hui vingl-qnalro novembre, Huit lu'iirosfiii malin. Il pleut.

Le s:igo qui pirdc l;i cicmibre Resle :iu lit le plus lard qu'il peut.

Je vais seul à travers la plaine, Humant la rosée et rêvant, Sur une route assez vilaine Pieds dans la boue ei nez au vent.

(D'ôlre vrai partout je me pique, Le vrai seul est original, Roireest ici par iroj) épique, Ce n'est (jn'un chemin vxina!).

Devant, derrièr?, ù droite, h gauche, Sur mi ti''ie. le. temps est pîis; L'horizon lait une débauche De nionolonie et de gris.

Toul le long de i'immcnsc; courbe L'Aulomîîc semble à pleines nuWns Semer de !a cendre de tourbe Sur les cluimps cl sur les chemins.

II est pâle, — le rouge Automne, Il est bien iriale ce malin Dyns sa toilette monolore, Sous son ciel de cendre et d'clain.

Devant ton chevalet, ô peintre, Ton œil, ô poète, pourquoi Faire poser ce triste cintre?

Ces hiideurs ne sont rien pour toi.

Pus un coin de ciel bleu qui troue Le munie linceul sans conb ur, Partout de l'encre et de la boue, Pas un lierre, pas une flt^ur,

Pas d'herbe verte, jaune on rousse.

De brujèic aux tons violets ; Buis>ons, talus et brii s de uîousse Sont tous uiiirurmémcnt laids;

S..lis, estompés parla [Itiie, Tuus'ejtonsfioids, eh. uds,doux oucrus Di rrière une coueh .• de suie Semblent Tondus ou disparus.

Devant un pareil paysage Le prince des audaci»iis, Courbet, s'enfuirait comme un sage >!t Corot fermerait les yeux.

Lorsque réaliste on fantasque A la nature fait la cour, I! allond qu'elle se démasque Pour lui souhaiter le bonjour ;

Mais le vrai campagnard persiste A contempler les bruns labours; En loul temps la [ilaiue est moins triste Que la ville aux sales fiiubourgs.

Dans les champs la boue est plus propre Que sur le pavé délabre.

— Si vous trouvez le mot impropre, Rem()Iac£Z-le par un plus vrai.

L'eau qui des gonllières ruisselle Est bien plus suie assurémmil El plus [jéiiélraiite que celle Qui vient tout droit du firmament :

iMioux vaut l'eau claire que la brume.

Le fléluge que le défioiii, L';.rbrt! nu que le loit (jui funie; Le ruisseau fait houle à l'égoût.

Dans certains hameaux, la chaumière Est humide et l'unu' à lout veut, Elle eat sans air cl sans luuiière ; Une cour iulecie est devant ;

L'aire est inégale el boueuse, Et parmi b'S menblt^s épars S'ébat nue troupe hargneuse D'infants nus, morveux et criards;

On ne s'y lave qu'au dimanche, On y senl de vngues odeurs, Le pain noir moisil sur la flanche, BL'cqneié des poulets rôdeurs ;

On y gcinl ; parfois la grand'mère Se plaint painii les nouveau-nés ; Mais qu'est celle iiicidie misère, Auprès de celle des damnés,

Qui grouiilont, toussent et croassent, Humant les odeurs de charniers De leurs guenilles (jui s'entassent Dans les caves et les greniers?

Fange, rebuts, ordure, aux villes Jetés par tas et par flocons Exhalent des miasmes siéri'cs, — Ici les fumiers sont féconds.

Certe, ils n'ont pas l'odeur des vôtres Acres, morlels et froids poisons; Le laboureur senl dans les noires Un avant-goût des floraisons.

L'hiver au printemps nous convie.

C'est le I éveil après la mort.

Noire glèbe couve la vie, Dans vos liaillous la pesle dort.

Aussi malgré l'eiiu qui traverse Mon parapluie et mon manteau, Les pieds mouillés, «-t sous l'averse.

J'esquisse en révuut mon L.blcau.

Pour égïiycr les aspects iristes J'ai des lessources, que n'ont pas Les phoiograplies léiili-les £l les manieurs de compas.

Mon miroir n'est pns une loile Uiie machine à refléter, El je puis soulever le voile Qu'ils sont forces de respecter.

1! couvre, ô nature divine, Ton visage dans le tombeau ; Moi, je me souviens, je devine.

Je compare, et le trouve beau.

On le croit morte, on t'abandonne, Ton cadavre à certains fait peur ; Aux impuissants, mère, pardonne ; Moi je mets la main sur ton cœur,

Je le sens battre, ô bonne mère, Et, près de toi resté tout s^ul.

Je travaille et m'amuse à faire Des langes avec ton linceul.

Plaioi; de Ri, 24 novembre 1863.

Apr^s. la lecture d'un fragment de Sermon <le •laequcs de Lienda, frère mineur.

« xVu Diahlo, pêcheur subtil,

Que faui-il Pour [iicndre l'homme, sa proie?

Il eniploie Tour à tour, quand il lui plaît.

L'hameçon et le tilct.

Mais le plus fouvent de nasse

11 se passe, El happe le genre humain

A la main Enlre ledoigl et le pouce, Comme un braconnier d'eau douce.

La main du pêcheur narquois

A cinq doijils D'une souplesse inlinie :

Siinonifi, BrigamJaije, Usure^ Dol ; Le petit doigta nom : Vol.

De là vient la convoitise

Dan.-^ l'Eglise, De là vient que les soudards

Sont pillards.

Que le bouigi'ois fait l'usure, Que le marchand mal mesure,

Et que le pauvre affamé, Mal famé,

Fait gros dos sous sa besace

Oiî s'iMilassii Le pain qu'il quête et celui Qu'il dérobe cbez autrui.

Nngez droit (Jan> vos rivière*,

Mes chers frères, Car, de la main du pêcheur

Le pécheur Ne fait, — cela va sans dire, — Qu'un saiit dans la poêle à frire.

Â.U subtil et rancunier

Braconnier Dieu répond : C'est nous qui sommes

Pécheur d'hoiiiines.

Le Seigneur nous prend aussi Âveccin."] doigts. Les voici :

Le premier est Patience ,

Puis Science,

MISÉRICOUDE DE DIEU

Au milieu, Justice fait quatre, et Force^ Cinquième et dernière amorce.

Quand le M ntre fort cl doux

Met sur nous Sa man de juge et de père

Eu colère, Toiijoiirs le doigt du milieu Est le plus long doigt de Dieu, w

Ainsi sous Charles huitième,

En carême, Parla Ji«c(|ues de Lenda

Qui plaida Si bien la cau-e bénie De la clémence infinie. '".' ;

Scr, 57

Cestprrihlps Cordelicrs

Famireis Etaient-ils si ri<'irules ?

Leur? émules Aujourd'hui prrchml-ils mieux Que ne prêchaient leurs. aiVux ?

Du Ch'r^ô. la simonie

E-l bannie.

Mais le Diahîe Iro'jve bien

Le moyen Par constance ou par surprise De Dietlre un doigt dans l'église.

Quant aux poissons séculiers,

Par milliers Le malin les prend sans peine

A main pleine, En conservani à ses doigts La même glu qu'autrefois.

Juge mh6, père auguste,

0 Dieu juste, Il nous mot à bon marché

En péché, Considérez, je vous prie, Notre grande étourderie..

Lorsque sur le genre humain

Voire main Puissante, terrible et tendre,

Veut s'étendre, Fermez les doigts, ô mon Dieu, Hormis celui du milieu.

Janvier 1869.

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