‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 101 sur 157 · OBJET ET PLAN DES CONSIDÉRATIONS CRITIQUES DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

OBJET ET PLAN DES CONSIDÉRATIONS CRITIQUES DE L'AUTEUR

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L'avant-propos mis à la lête de ces Considérations annonce suffisamment nos vues. Dans un siècle où le libertinage d'esprit est poussé a des excès sans bornes, nous ne saurions trop revenir sur les vesliges sacrés de nos pères , ni trop rappeler les principes certains el incontestables qui ont guidé leurs pas dans la connaissance el la science de la vérité.

Nos travaux, fussent-ils sans succès, réclament du moins contre l'erreur el pour la vérité outragée dans une foule d'écrits de mensonges et de ténèbres. C'est à cette lin que nous avons consacré la première partie de notre discours préliminaire. Il esl v ai que iious n'y avons fait qu'ébaucher le tableau si connu des principes primordiaux delà religion; en renvoyant toutefois de temps en temps à de bons ouvrages où ces mêmes vérités sont savamment approfondies, nous avons suppléé en quelque façon au vide presque immense qae laisse un sujet de tant d'intérêt et traité si rapidement.

Il nous reste une tâche non moins importante â remplir; c'est de défendre l'intégrité el la pureté des sainls oracles contre les hypothèses d'une critique contenlieuse el téméraire.

Rien sans doute n'intéresse autant la religion que le dépôt inviolable du corps entier des divines Écritures. L'intégrité des textes primitifs grec et hébreu a une liaison intime avec les vérités révélées sous l'une et l'autre dispensaiion. Sans le secours des livres du Nouveau Testament, une infinité de passages de la loi el des prophètes demeureraient dans une obscurité impénétrable; A l'aide des livres évangéliques, lout devient clair et intelligible. En un m<!t, les écrits des deux alliances se prêtent une lumière réciproque, parce qu'il y a enire les uns el les aunes un rapport essentiel.

Mais si le dépôt des livres saints du Nouveau Testament était nécessaire, parce que le Dieu de vérité a su les défendre contre les entreprises des hommes, U

même sagesse éternelle n'a pas été moins attentive à la conservation des écrits de l'ancienne alliance, sur laquelle portent entièrement ceux de la nouvelle. Il est incontestable qu'il y a eu de vrais oracles émanés de Dieu annoncés au genre humain; ne craignons donc point que les efforts de la malice des hommes aient jamais été capables de donner la moindre atteinte aux monuments primordiaux de notre culte.

Comme L'incrédulité se couvre du manteau de la critique pour détruire L'autorité et la vérité des oracles de l'Ancien Testament, et qu'elle ose s'autoriser des systèmes de nos plus habiles littérateurs touchant "l'état actuel d'intégrité et de pureté de notre texte primitif hébreu, nous avons cru devoir ramener toutes nos considérations à un objet d'une si grande importance.

Persuadés que les diversités de leçons bien appréciées deviennent elles-mêmes un argument invincible de l'intégrité de nos Ecritures de l'Ancien Testament, nous partons d'abord de la nécessité de ne point perdre de vue le projet de la nouvelle édition , annoncé dans le litre de notre ouvrage.

De l'inspection de notre texte hébreu imprimé, conféré avec les manuscrits hébreux connus et avec les anciennes versions grecques, latines et orientales, il doit résulter un fait très-intéressant pour la religion : c'est d'assurer, par des monuments d'une autorité irréfragable, à nos divines Ecritures de l'Ancien Testament leur intégrité el leur pureté essentielles contre les vaines attaques de l'incrédulité el les téméraires assertions des faux critiques.

Celle considération nous mène naturellement à donner à M. Benjamin Kennicoit, savant anglais, les éloges qu'il a si bien mérités par ses travaux et ses recherches sur les manuscrits hébreux ; mais nous nous élevons avec force contre tous ces ouvrages libertins que l'incrédulité ne cesse d'enfanter pour anéantir l'autorité et la vérité des livres sacrés. Nous n'épargnons point aussi ceux des critiques hardis et présomptueux, lesquels, à force de vouloir tout analyser, tout discuter, tout sonder, ont tenté d'obscurcir, d'ébranler, d'anéantir même des vérités importantes, en répandant des doutes licencieux sur l'authenticité et l'intégrité de plusieurs endroits remarquables du texte primitif des divines Écritures.

Pour remplir tome l'étendue de notre plan, nous divisons l'ouvrage en quatre grandes époques , qui forment autant de mémoires distincts.

Dans le premier mémoire, nous nous occupons d'abord de quelques considérations générales dont la vérité soil généralement reconnue, alin de prévenir une foule d'objections qui ont donné lieu à différentes hypothèses embrassées par quelques prétendus critiques. De là nous passons à montrer que le texte hébreu s'est conserve dans toute son intégrité, du moins essentielle, sous l'économie mosaïque.

Le second mémoire roule sur le même sujet depuis la venue de Jésus-Christ jusqu'au temps d'Origène. Jamais matière n'ouvrit un plus vaste champ à la crï-

PÏIELIMINÀIRE. M*

tique sacrée que ce qui fait l'objet de ce volume. « est terminé par une lettre de M. Jacques Jouas lijorr.stahl, savant Suédois, de l'académie royale d'Upsal, correspondant de celle des inscriptions el belles-lettres de Paris , touchant la version arabe des cinq livres de Moïse, et qui se trouve dans le Pentateuqua tritaple samaritain , manuscrit de la bibliothèque Barberini, à l'auteur de ces Considérations sur l'intégrité du texte hébreu.

La troisième époque, où troisième mémoire, corn prend la période des temps qui se sont écoulés depuis Origène jusqu'au seizième siècle de l'Église. Nous y suivons les travaux des chrétiens sur les textes origw naux de nos livres saints. Ces travaux forment tttre chaîne de tradition, laquelle remonte jusqu'aux lem, s des apôtres, embrasse aussi cette même suite de siècles qui font l'objet de nos recherches, et présente la vérité hébraïque toujours respectée par tout ce qu'il y eut de savants et de grands hommes dans PÉgïisa de Jésus-Christ.

Nous venons ensuite aux avantages que la religion et les bonnes études ont retirés de tous ces travaux. Les siècles mêmes les plus obscurs nous fournissent des preuves lumineuses pour constater la pureté et l'intégrité du texte primitif hébreu. Comme nous n'avions traité que rapidement ce qui concerne les Juifs pendant les premier, deuxième et troisième siècles de l'ère chrétienne, nous employons une longue section à cet article. Nous nous arrêtons ici pour justifier l'intégrité et la pureté des Ecritures hébraïques par les travaux des Juifs depuis l'époque de la ruine de Jérusalem jusqu'à notre temps. Nous suivons cette infortunée nation dans ses malheurs comme dans ses éludes; tout nous offre des preuves non équivoques de la fidélité et du zèle de ce peuple à conserver le dépôt de ses litres dans son intégrité; enfin, nous ne négligeons rien ici de ce qui lient à la philologie iiébr.tïque el de tout ce qui peut répandre quelque trait de lumière sur notre sujet.

Nous reprenons sous noire quatrième ëprjque les travaux des chrétiens. Nous passons ensuite aux disputes littéraires qui sont survenues touchant le même objet parmi les principaux critiques des dix septième et dix-huilième siècles. Dans ce quatrième mémoire* nous apprécions les travaux des modernes ; nous montrons en même temps les avantages que la religion et les lettres en ont retirés ; nous faisons voir aussi, et c'est sur quoi nous ne manquons pas d'insister fortement , que tous ces travaux , comme les disputes qu'ils ont occasionnées, concourent évidemment à constater l'intégrité ainsi que l'authenticité de nos titres primitifs de la révélation, quels qu'aient été d'ailleurs les écarts des critiques.

Nous montrons de plus que l'incrédule et ïe libertin ne sauraient profiter de ces sortes de disputes pour appuyer leurs doutes sur la pureté et la vérité de nos écrits saerés.

Toute celte discussion critique sert comme de préambule pour en venir à la nouvelle édition anuôn-

niscotus

*ée dans le litrede l'ouvrage, el pour mieux appiécier ks recherches de M. Benjamin KenuicoiL Nous comblons d'élnges les vues de ce littérateur anglais; nous le suivons dans son plan; nous n'en déguisons ni les avantages ni les défauis, el nous faisons envisager ce projet toujours dépendamment de ce que la religion cl les letires peuvent s'en promettre.

De quelque manière même que la nouvelle édition que le savant 11. Kennicott nous prépare du texte hébreu soil exécutée, nous montrons que la vérité hébraïque n'a rien à craindre ; au contraire, nous jugeons absolument, nécessaire, pour l'honneur de la religion et l'intérêt des letires, qu'une collection de eelte nature se fasse bientôt. Il ne s'ag;l que de vérifier un fait par la collation des manuscrits hébreux connus, entreprise dont l'exécution va mettre le dernier scean d'autheuiic'ué cl d'intégrité aux titres primordiaux de la révélation.

Quelle époque même plus glorieuse aux lettres qu'une telle édition ! Qu'on nous permette de répéter ici ce que nous avons déjà dit à ce sujet dans notre quatrième mémoire. Oui , tous ces trésors littéraires qui ont heureusement échappé au laps des siècles ; tous ces manuscrits hébreux, semblables à ces feuille, légères que le temps emporte et dévore, que l'ignorance foule aux pieds, que la négligence abandonne aux vers et à la poussière; tous ces tiésors peuvent périr désormais, s'il est permis de le dire. Celle perle, toute grainle qu'elle serait, se trouverait réparée par l'édition qu'on vient d'annoncer. En produisant au grand jour des richesses que la typogra phie rendrait à jamais durables et stables, la nouvelle édition suppléerait à la perte qui les attend tôt ou tard; elle les mettrait à l'abri des injures du temps et du caprice des hommes.

Nous terminons nos Considérations p;ir quelques restas au sujet des variantes ; règles qu'on ne doil jamais perdre de vue, quand on traite une maiièrc dont l'objet est de la dernière importance : elles sont corn me le résultat de nos différentes remarques répandue.! dans nos mémoires.

En avançant dans la carrière, nous avons senti toute la difliculiéde l'entreprise, et combien elle élait au-dessus de nos forces ; mais le sert en était jeté. Dans un sujet si varié et même si vaste, où il nous a f Un annoncer des travaux de tome espèce, relatifs aux livres saints et à la conservation de ces litres primitifs de la révélation , ramènera ce hul ptincipal une infinité de questions concernant la critique sacrée, il ne serait pas surprenant que nos Considérations se ressentissent de la l.iblesse humaine.

Ce qui lient aux anciennes versions grecque, la line et orientale, ce qui concerne l.i partie des variantes et les travaux entrepris en divers temps par h>s Juifs et les chrétiens sur le texte primitif des divines Ecritures ; loul cela, dis je, n'est aussi qu'une espèce de plan un peu développé, qui demanderait une plus ample exécution.

loul abondantes que sont encore nos notes el »,os

ci talions, relativement à ces divers objets, ainsi qu'à bien d'autres, il s'en faul bien que ces notes épuisent la matière, el que ces citations renferment tous ceux des ailleurs qui l'ont approfondie avec plus ou moins d'étendue (1). En nous bornant mémeaux principaux

(i) Qu'il nous soil permis de donner deux ou trois exemples de ces omissions que nous n';ivons pu prévoir, finie d'avoir eu lous les secours nécessaires à notre entreprise.

Puisque noire objet est de répandre plus de jour sur les matières disculées dans nos notes, et de venger, lorsque l'occasion s'en présente, quelques pas*;*- £e< de l'Ecriture contre les vaines attaques de l'im iér dulilé, ajoutez ans auteurs que nous avons cités au sujet de la fertilité de la terre de la Pa» lesline, David Mdlius Dissertalio de terra Chanaanr § 6(5, seqq. inter ejosd. Disserta liones selecias, varia saerarum lilier'aruni et anliquitalis orienlalis c; pila exponenies cl illustrantes, cutis secundis novis usserlalionibns, oraliouibus, et miscellaneis orientalibus auclœ Lugduni Balav. 1743. Disseit. H, pag. 174. seqq.

Il est un point important touchant les prétendus mémoires dont on a supposé que Moïse s'était servi pour composer la Genèse; cette hypothèse, que nous coinliallons avec force dans un aulre endroit, peut avoir de dangereuses < on équenees. Le savant M. B ornsiahl, qui nous honore de son amitié, nous a communiqué la première partie de la di scrlaiion? qu'il a publiée là-dessus, et dans laquelle il monlresolidement loule la futilité de celle hypoil è e Animadversiones in conjecturas anonumi de transcriptis a M ose commenlariis, pari. I... A 1701. UpSilis, in-*°, pagj 28. Voyez au-si la Dissertation sur la Genèse, où Ton examine s'il et vrai qu'elle ne soil qu'une compilation de mémoires plus anciens que Moï>e, connue quelques uns le prétendent, insérée dans la nouvelle édition de la sainle Bible, Avignon, 17G8, loin. I, pag. 28(3-550.

Ce qui concerne la version des LXX interprètes, cl en particulier l'origine des diversnés de I çons entre cette ancienne traduction el le uxle hébreu, est un autre objel essentiel, dont imus nous occupons beaucoup dans no: re deuxième mémoire. Nous avons l'ail mention dans les notes de cet ouvrage, de quelques auteurs qui ont cru que les LXX avaient traduit leur Penlaleuque sur le texte hébreu samaritain. M. Il isseucamp, savant Allemand, qui a attaqué les Démarques critiques de M. Kennicott sur 1 Samuel, cliap. VI, vers. 19, a suivi la même hypothèse dans une aulre dissertation. Mais ce sentiment me paraît absolument dénué de preuves suffisantes. Au reste, ce savant explique le verset en question du 1" livre des Dois, par : Et peveussit quinium exmilleWVXl

*j!?KD au lieu de sptf DWBTI, quinquaginla millia, comme porte notre texte hébreu imprin é ; de sorte que les Beihsamiles punis de mort à cette occasion pour avoir regardé l'arche du Seigneur avec trop de curiosité n'auraient écé qu'au nombre de soixantedix, ainsi qu'il suit dans le lexte. Celte explication est ingénieuse ; il règne même beaucoup d'érudition dans le livre de M. Hassencamp contre M. Kennicott; elle suppose toutefois que nuire lexie imprimé est fautif.

le docte Bocbail ( Uierozoicon, p::rl. I. ib. Il, cap. 5G, oper. loin. Il, edii. Londin. i712, cvl. 570, seq.) avait déjà expliqué ce passage de la mémo iaçon , mais avec cette différence qu'il conserva le texte hébreu tel qu'il est, en y ajoutant simplement la particule de. Sa manière de rendre ce passage, loin d'èlre aussi bizarre que le dit M. Kennicott (loc. cit., pag. 1 1 ), esl conforme au génie de la langue hébraïque. Bociiarl ne fait ici, comme l'observe un habile commentateur, aue ce que foui unanimement

PRÊUMIN'AIKE.

auteurs, nous nous sommes aperçus après l'impression de noire ouvrage, que nous en avons passé sous

tous les interprètes dans un grand nombre de passages. Confiiez, parexemp'e, fcuorf., XIX. J2î*J5JJ« 8 19 54 55; Josué, X, 13; W Livre des Rois.WWu Si- iv'//tTerfes Rois, XVII, 24. Il est vrai qui I renverse Tordre des paroles dn texte, en disant soixante et dix hommes ; savoir cinquante de nulle, au lieu de lire cinquante mille, soixante et dix. Mais il prouve fort bien, d'après S Jérôme, que les Hébreux commencent toujours par le plus pelii nombre quand ils expriment une somme totale. Voyez M. Chars sur cet endroit de Samuel , tonu V, première parue de (a sainte Bible, avec un commentaire littéral, etc., pag.

Le commun des interprètes juifs rendent raison de ce passage d'une manière qui sauve entteremeitl la leçon reçue. Ils pensent que pendant lont le temps de la guerre que les Hébreux eurent à soutenir contre les Philistins, il mourut en tout cinquante mille et soixante-dix hommes, v compris ceux de Rethsamès, que le Seigneur cbàtia alors par un juste jugement.

Nous produisons ces sortes d'explications uniquement pour faire voir que, sans recourir à celle qu'en a donnée M. Kennieolt {Loc. loc. ), toute digne qu'elle «st de l'attention des savants , nous ne sommes point embarrassés pour trouver de bonnes réponses aux railleries indécentes que las incrédules ioni de ce passage.

M. Fischer, professeur à Leipsick, connu par quelques ouvrages d'érudition , analogues aux anciennes versions grecques et à d'autres Matières philologiques, (it imprimer l'année dernière une dissertation qUi a pour titre De Versiouibus gracis Vetcris Teslamenti , litterarum hebraicarum magislris, f/t-8*. Il y a iieuf années qu'il avait publié les <leux premières parues de colle dissertation qu'on trouve annoncée dans une gazelle littéraire, imprimée eu allemand, à keipsiek, et où il y eu a une analyse datée du 5 de juin 1771, num. 44, pag. 548 et siiiv.

L'auteur présente d'abord quelques vues sur l'usage qu'on peut faire de ces versions relativement à l'état actuel où se trouve notre texte hébreu , et dans celle troisième partie de sa dissertation, qui est une espèce de discours prononcé à Leipsick, le 18 avril 1771, il montre leur utilité toujours dépendantment du même objet. Il parle de fa nature de ces versions sans en déguiser les défauts ; il pose des règles pour en apprécier les béons, et en produit des exemples qu'.l rapproche de la leçon de noue lexte primitif hébreu. [Nous sommes • fâchés de n'avoir connu que trop tard l'analyse de celle pièce pleine d'érudition ; nous n'aurions pas manqué d'en faire usage. De la manière que M. Fischer traite son sujet, on voit qu'il entre, à plusieurs égards , dans les vues de M. Kennieolt.

Forcés de nous borner, nous indiquerons simplement quelques autres travaux venus à notre connaissance.

Dans la même gazette, num. 19, pag. 145 et suiv., il y a eneore nue a morue d'un ouvrage que nous aurions souhaité d'avoir sous nos yeux pour être en état d'en sentir le mérite : Comment mio evitica sistens duorum codicum nmnusciipturum biblia //«-.braicaconiinentium, qui Regiomonli Bovussorum asservantur prœslanlissimorum notiuam cnm prœcipuurum variantium leclionum ex utroque codice excerptarum tylloge. Auciore I). Theod. Christ. Lilieulhai, sac. iheolotf. in acad. Kegio.noul. proies, ord,, etc., in-8%

Ce que le journali le dit de cet ouvrage prévient beaucoup en faveur des recherches, de M. Lilieulhai. Ce savant croit ses deux manuscrits assez anciens cl d'un grand prix ; il les décrit d'une manière qui peut servir de modèle à ceux des littérateurs qui cou-

silence quelques-uns qui se sont distingués dans ce genre de littérature ; mais un écrivain ne peut ni tout

sacrent leurs travaux à ce genre d'étude Tel est l'objet de la première partie de son ouvrage; dans la deuxième, il produit des diversités de leçons tirées» des deux manuscrits hébreux ; il ne s'anèie pas à ci donner une simple liste , il Les collaiionne de plus avec les anciennes versions, et lâche de fixer 1» valeur de ces variantes. Cet ouvrage rentre encore dan* les vues de M. Kennieolt.

Voici un autre ouvrage que je ne connais que pr>r une simple annonce ; De cura quam prwtens textia kebrœi conditio requirit dissertalio, auciore G Iffried Less, sac. theol. prof. pub. extraord. in gymna.sm genavensi, in-8°, pag. 112. Voyez l{slralto délia lelteratnra enropea per l'anno 1770. Vverdan, loin. I, iNovelle l.'llerarie <li llalla, pag. 219.

Venons à d'autres savants «le ce siècle qui ont donné quelque chose sur le même sujet, et desquels nous n'avons pu parler dans notre quatrième mémoire.

1° Feu M. Merrick, Anglais, a inséré dans son Commentaire sur les Psaumes plusieurs variantes que lui avait communiquées M. Kennicot. 2° Il y en a quel ques-unes dans la seconde édition de l'ouvrage lain de Robert Lowth, évoque d'Oxford, sur la poésie sacrée des Hébreux. ô° A la (in d <s dissertations do M. Kennieolt sur l'état du texte hébreu, traduites en laiin par M. Teller, il y en a d'autres tirées des manuscrits que M. Vogel consulta à llelmst ad', ville du duché de Brunswick. Ce même savant a entrepris de fker la valeur de ces variantes dans quelques dissertations qu'il a données ensuite au public. 4° M. Kurkcr-felder en avait publié quelques unes, d'après \\u manuscrit de Deventer, ville des Pays Bas. 5° M Michaëlisfail beaucoup de cas d'un manuscrit do Cassel, qu'il a collaiionne , et dont il parle souvent dans ses notes critiques sur les psaumes XVI, XL et CX, de même que dans sa traduction allemande de l'Ancien Testament. 0° M.|Nagel. savant d'Altorf en Suisse, qui a écrit deux dissertations s.ir les manuscrits hébreux conservés à Nuremberg , parle avantageusement des diversités de leçons qu'il y a trouvées. M. son lils en a lire d'autres d'un vieux parchemin qui servait de couverture à un livre 7° M. Tychseu, autre savant de lîutzaw en Basse Saxe, en a publ.é aussi d'après un ancien manuscrit contenant les corn menlaires de H. Salomon Jarehi. M. Hahrdl, (pie l'on dit s'occuper d'un autre ouvrage sur la même matière, a beaucoup contribué à augmenter ce recueil de M. Tychsen. Celui ci csi le même savant qui a écrit contre les variantes proposées par M. Kennieolt et auquel M. Bruns a répondu dans une gazelle littéraire imprimée à léna. 8° M. Selmlze en appelle souvent aux manuscrits conservés à B i lin, dam» quelques diversités de leçons dont il a fait pari au pu blic, et qu'il avait trouvées dans la bible hébraïque, imprimée à Brescc en Uî)i. 9° M. Oberlin, bibliothé Caire à Strasbourg, a inséré dans ses Misceïlanea litteiaria, maximum partent argenlinensia , un petit essai de variantes lirées des manuscrits de la même ville, et qu'il a envoyées en Angle;crre. 10° M. Slorke en a donné encore dans sa Syll ge disserlationum critica rum. 11° M. Kennieolt a entre ses mains d'autres variâmes prises des manuscrits d'LrlnMi , desquels Jean Henri Michaélis s'é ail servi pour son édition de la bible hébraï pie, dont nous avons pulé dans notre quatrième mémoire; xariames que lYlichaëhs jugea peu dignes d'occuper une place dans la même édition. 12° Jamais édil on n'avait renfermé pins de variantes que celle de la bible hébraïque imprimée à Manoue en 1742-1744, en 2 vol. de gros format in 4°. aVee un commentaire sous le litre de W ITOD , Obluù* Munerisi dont feu Jedidia Schelomo Minorzi est an leur. Ce Juif, qui consulta toutes les éditions, ainsi

DISCOURS

lire ni tout voir par lui-même ; et quelques recherches qu'il fasse, combien d'ouvrages n'échappent pas à sa connaissance , qui lui auraient fourni d'importantes remarques?

Nous présentons souvent des preuves auxquelles nous ne nous arrêtons qu'en passant, pour ne point trop nous appesantir. Comme nous avons senti que plusieurs de ces preuves devenaient faibles si elles n'étaient d'ailleurs élayéis par d'autres secondaires, nous avons renvoyé celles-ci dans des notes, où Ton prouvera plus de développement.

Nos recherches offrent certains points de critique, discutés dans les notes, et qu'on regardera d'abord comme des hors-d'œuvre : ces sortes de remarques embrassent môme une partie considérable de nos mémoires. Celle par exemple que nous faisons au sujet de quelques anciens livres religieux , paraîtra isolée en quelque façon ; cependant elle lient étroitement à nos preuves, puisqu'elle les fortifie, et la conséquence à laquelle celte remarque nous mène en est le déuoûjnenu

Par la même raison, on trouvera bien des questions intéressantes, qui auraient trop coupé la suite du discours s'il eût fallu les discuter dans le texte, où elles venaient naturellement. Peut-être par là fatiguons nous plus l'attention du lecteur que nous ne l'aidons; mais nous avons prévu aussi qu'en adoptant une tout autre méthode, nous aurions laissé un vide presque impossible à remplir dans l'ordre de nos preuves.

Un objet qui nous a paru mériter noire attention , c'est de ciler exactement les auteurs qui ont donné des vues sur les différentes matières qui nous occupent, ou qui les ont traitées avec quelque étendue. Une telle méthode abrège bien du cbemin à quiconque veut aller aux sources. N'est-ce pas une chose intolérable, comme un savant père de l'Eglise le reprochait (1) à Ruflin , que d'employer des citations vagues? Celte méthode est sans doute commode; mais elle est plus propre à dépayser qu'à instruire.

Nous nous servons souvent du lerme d'essentiel, en parlant de l'intégrité et de la pureté du texte primitif hébreu ; parce que les diversités de leçons qu'on pourrait puiser, soit dans les manuscrits hébreux pu dans les anciennes versions , soit dans les écrits des Juifs ou dans nos Bibles imprimées, se réduisent à un petit nombre, lorsqu'on les apprécie (2) suivant les

que tous les manuscrits qu'il put déterrer, y discute fort au long un grand nombre de diversités de leçons qui ne roulent la plupart du temps que sur des minuties grammaticales, telles entre autres que les lettres qujcscenies, pleines et défectives. Ce commentaire, <ù est très diffus, est, à mon avis, un nouvel argument invincible de rinlégrité essentielle du texte héi>reu imprimé.

(1) Ne me initias ad sexmUlia librorum.... sed ipsa luca nomma : nec hoc mihi sufjicict, njsi eadem dicta ad letbnm proîuleri$. S. ïlieronymus, lil>. H, Apolog. in, 'iuSùium, oper. lom. IV, col. 403 et 405.

(2) Outre ies exemples que j'ai donnés de ces di- ' .'asiles du leçons . jî> crois devoir en produire un

règles d'une sévère critique. Comme ces variantes ne tiennent ni à la foi , ni aux mœurs , ni à la suite de

attire. On ne saurait croire combien il importe de faire un bon choix de ces sortes de variantes , alin de ne s'en point laisser imposer ni par l'autorité des manuscrits ni par le suffrage des anciennes versions. Dans un de nos manuscrits hébreux de la bibliothèque de Casanale {in CC.) ,on lii aux llaphtaroih ( ou parmi les leçons tirées des livres des prophètes el à l'usage des synagogues), Isaïe, LXlïl, 6 : D"DUM ^"0"Q. et je les foulerai dans ma colère . — et conculcabo ou confringam eos in ira mea. Celle leçon se trouve même appuyée de la version syriaque ainsi traduite : . . , , et conculcabo eos in ira mea. La paraphrase chaldaïque a rendu la même idée par : ïnOlÈ pSWWTnkt Les LXX interprètes ont sauté ces deux mots. Parmi les anciennes versions de nos polyglottes, il n'y a que l'arabe et noire Vnlgaiequi ont retenu la leçon du texte hébreu commun qni porte : JnarD D"OTN1, et je les enivrerai dans mu colère. Et inebriabo eos in ira mea.

Un compilateur de variantes, qui prend pêle-mêfe tout ce qu'il rencontre sous ses pas , ne manquera point de saisir avec empressement cette leçon t\{i Ms. 11 l'opposera au texte reçu; du moins tàcher.t-t il p;>r là de le rendre douteux. Ce n'est cependant qu'une misérable faute du copiste, qoi a confondu un cnpk 2 avec un beth 3., el qui a lu "DU concukuvit, conf'reyit, conlerit, pour 13117 inebriavil. Si Ton remonte même â l'origine de la leçon du syriaque, je ne doute point que l'on ne s'apeiçoive d'une pareille méprise du copiste qui aura mis un dolatfi au lieu d'un risch comme portail probablement son Ms. (Ici le P. I abricy cite un mot syriaque qui, par ce seul changement d'un risch en un dolalh, prend la signification de, inebriabo, au lieu de, concuicavi. M.)

En vain nous opposerait on le texte chaldaïque de Jonathan , fils d'Uziel : nous répondrions que , toute respectable qu'est cette paraphrase, son autorité est infiniment au dessous de Li vérité hébraïque. L'on sait d'ailleurs que ce paraphraste en ldé -n rend souvent son texte original d'une manière très-libre, sans même avoir égard aux hébraïsmes. Telle est en général la nature des versions chaldéennes : DTOsVt

pub tin vh*\ qoti pub rvtton ?,S3 piDsn icurtn ;-qS© rvman p hb% nran *èu rvfaa xjpà-rflnpDn

id est : Etenimnonnunquamversum reddiderunt , quanta est idiomatis clialdaici congruenlia ; nu lia vero habita ratione loquendi modi Scriptural —Imo sunt diaiones quas penilus non sunt interprétait, sed sensum tantum. Elias levila, prœfutio ad Methurglieman, sive Lexicon chaldaicum , circa fin. Aucun éeriv.iin n'a mieux caractérisé les paraphrases chaldéennes que ce savant Juif dans cette même préface.

Mais ce qui prouve invinciblement qu'on ne doit guère compter sur la leçon de noire iVls. . c'est que outre le témoignage de Théodoiionet deSymmaque, qui ont conservé la leçon du texte hébreu : Kai !/*s- 0u?a aurais gy 0u/aw /xoy, et inebriabo eos in furore meot la nalnre même du contexte du prophète en garantit l'aulhentici é.

Tout critique qui ignore le style prophétique fera bien des faux pas dans cette sorte de travail. Or quoi de plus conforme au style des prophètes que la leçon en question, que tous les bons Mss. ainsi que toutes les éditions ont retenue? Pour rendre son langage plus animé et plus expressif, Isaïe ne se contente pas de prédire aux nations que le Seigneur le3 détruira , qu'il les foulera aux pieds dans sa fureur, comme il le dit au ver.-et '6 du même chapitre; mais en reprenant la même image au verset U, il met bien plus de vivacité , d'énergie el de force dans ses paroles »

l'histoire sacrée,

PRELIMINAIRE

nous concluons avec fondement que la vérité hébraïque est essentiellement pure et intègre en quelque édition qu'on la prenne.

si

lorsqu'il dit : Je les enivrerai (du vin) de ma colère. Ce comme si le prophète eût dit : Je leur ferai boire tout le calice de mon indignation jusqu'à la he^T\)ZT\ D13 HN calicem furoris met. Expressions analogues 1 une a faune, consacrées dans le langage del'Eeriuire, pour signifier tous les malheurs, toutes les disgrâces imaginables, toute sorte d'outrages, d'insultes eto"affronts. (Voyez Isaïe , LI, 12, 17, 2-2 ; Ezéchicl , XXM, 33, 31 ; Jéremie, XXIII, 15; XLIX, 2 ; 1 bien IV, 21; psaume , LXX1V . 9 ; Malth. , XX , 22 27 ; Jean , XVIII, U; Apocalypse, XIV, 8, 10, et ailleurs.)

bisons un mol touchant notre manuscrit, qui lorme un petit in fol. sur parchemin, et contient le Pentaleuque, les llaphtaroih avec les iMéghdloih . ou cinq petits volumes ; savoir : Esiher, le Cantique des Cantiques , Ruth , les Lamentations et rfccdesiaste. Les caractères se ressentent d'une main allemande. Lu efl'ei le copiste , qui est nommé deux f i> à la fin du Pëmaleuuue et du livre de fEcdésiaste, y ebi appelé

TOtf NH pbsDÏÏ vfcn "CTH, le scribe, Levi Zemplyn,

allemand. L'âge du manuscrit, qui est tout ponctué et avecdesaccents,esllrès-incerlainX)n trouve cependant

à la On du volume une note en hébreu de Rabbin, < ù il est dit qu'Aaron, surnommé Ventura de Velelri, a vendu ledit exemplaire aux frères Abraham , Saloinoii et Elle de Ponz'tnbonzi (ou plutôt Poggibonzi , village situé dans le territoire de Sienne). L'année de la vente est du 22 janvier 5GG *D yv Yfcsn SD.

Si celle daie est suivant le calcul ordinaire des Juifs, elle serait de l'an 1GQ(>; si elle indique noire ère vulgaire, il faudrait mettre celle vente à l'an 1566. Quoi qu'il en soil, le manuscrit ne me paraît point anlérieur au XIVe siècle. Il a cela de particulier que le livre d'Esther est à la tète des Méghilloih.

La matière nous oblige à ne point absolument passer sous silence la brochure que le savant M. Bruns vient de publier tout récemment : De libello contra Bcnjaminum Kennicotl, sac. iheol. doct., etc., c jusque coilaiioncm Mss. hebraicorum nuper gallice edito epislola ad amicum. De anglico ver lit suasque ad eumdem Benjaminum Kennicotl adjecit Paulus Jacobus Bruns lubecensis. Romœ , 1772 , lypis Generosi S a loin oui , in -8, pag. 61.

Nous voudrions bien pouvoir nous dispenser de dire ce que nous pensons de ces deux lettres ; mais la manière avec laquelle on y entreprend de venger M. Kennicotl ne nous permet point de déguiser no- Ire sentiment, quelque estime que nous fassions d'ailleurs du savoir de M. Bruns.

A une critique près, bien fondée, de quelques inadvertances de l'ex-professeur en hébreu, méprises qui au fond sont très-étrangères à l'état principal de la quesiion , et que nous avons même relevées en piriie dans une de nos notes, ces deux lettres offrent bien des côtés faibles; aussi peut-on les attaquer victorieusement. C'est unetâche que nous laissons à remplir à RI. D. M. et aux dignes élèws de l'illustre abbé de Villelroy , si peu ménagés dans celte brochure. Réservons ce triomphe à nos savants hébraïsants de Paris et surtoulà M. D.M. , occupé d'un autre ouvrage contre M. Kennicotl, ainsi que cet ex-professeur l'écrivait à M. Bjurnsiahl, le 26 février 1771.

Une chose qui nous a frappé, c'est de voir reproduire dans la lettre de M. Bruns certaines variantes qui assurément ne l'ont point honneur à un critique aussi versé qu'il s'annonce dans la lilléralure hébraïque. Telle est entre autres [Pag. 51) la leçon qu'il nous donne ( Exod. XXXII, 26 ) : El sielit Aloses in porta casirorum ei dicebatur ( noniine Mosis ) qui Je-

Qu'une fausse idée de richesses littéraires ne vienne pas nous éblouir. Ce n'est pas dans la pluralité des variantes, purement numérale , que consiste le vc-

hovœ ad illum (Mosem) sese congreget, et çongregnbantur ad illum omnes filii Lcvi.

C'e.>t ain^i que pour sauver une misérable variante que M. Kenuicoit a trouvée dans un de ses Mss. où il a lu "PjN, ad illum, au lieu de ^N, ad me ; M Bruns vient nous paraphraser un passage des plus clairs dans le texte hébreu reçu et clans noire Yulgate. Quoi ! le mot hébreu "Otfi vaiiomer, et dixit , d il il se prendre ici comme si c'était un verbe passif? Tout le contexte s'oppose évidemment à celte chimère. Tant il est vrai que pour excuser des erreurs manifestes d'un copiste ignorant, et que pour donner û\\ crédit à ces sortes de bévues , l'on se voit forcé de méconnaître les règles les plus triviales de grammaire, de substituer une nouvelle ponctuation à la seule vraie , de nous donner enfin une traduction toute louche, lotit embarrassée et démentie par la nature du passage.

Que cette version est simple dans noire Vulgaie ! Quelle simplicité encore et quelle clarté dans le texte de Rloï-e ! Or il (Moïse) se tint à la porte du camp , et il dit : Qui est pour le Seigneur (s'unisse ) a moi ; et aussitôt tous les enfants de Lévi se joignirent à lui. "TD3P1

ibn isDKn ^n nrtfï na iûtfn rqndn n^ua mn

Voici une autre leçon qui ne mérite pas plus d'égard que la précédente. Au II* livre de Samuel , oh. XXIII , 4 , notre texte hébreu imprimé porte TINvI

:yw2 Nizn tobq raa rvay ià Tpa ucurnïP ipa

Sicut lux aurorœ oriente sole , mane absque nubi bus rutilai, et sicut vluviis germinal herba de terra. Passage obscur et difficile au premier abord, parce qu'il est rempli d'hébraïsmes, mais que S. Jérôme ne pouvait traduire avec plus d'élégance ni avec plus de nelle:é. Jamais image ne fut ni plus vraie, ni plus magnifique que celle que nous présente ce îexle dont le S. docteur a conservé tome l'énergie : Comme la lumière de ls aurore , au lever du soleil, brille sans aucun nuage , et comme la pluie fait pousser C herbe delà terre.

David, pénétré de reconnaissance pour les bontés du Seigneur, compare ici l'éclat de son règne et le bonheur de sa maison à un soleil du malin sans nuages, à ces herbes des champs qui poussent échauffées par la chaleur et arrosées de la pluie. Cet homme de Dieu, senlant son propre néant , s'écrie aussitôt après : Muis ma maison (sans doute) n'était point telle devant Dieu qu'il dût faire une alliance étemelle , une alliance ferme et entièrement inébranlable, etc.

Tout est lié et suivi , comme on le voit , dans ce contexte. Mais , si nous admettons la variante que M. Kennicotl a puisée dans un manuscrit , et que M. Bruns préfère mal à propos à la leçon reçue, il faut absolument faire disparaître la belle image «pie nous présente l'écrivain sacré. Le Ms. de M. Kennicotl porte à la lettre : Exorietur Jeliova sol, etc. :

fol WW nVT> mT> De sorte que toute la différence

consiste dans le mot m.T, introduit dans ce passage. L'anonyme de Paris s'éiait avec rai-on élevé contre celte variante (Lettre \\,pag, 81). Peu nous importe que le docte Jean David Michaëlis de Goltingue ait fait grand cas de cette nouvelle leçon, tout à fait inconnue aux anciennes versions : il s'agit de savoir si elle est bonne. Or que fait M. Bruns pour la justifier: il montre d'abord que le mot de lever peut s'appliquer à Dieu : il cite en conséquence un passage d'isaïa où il est dit que le Seigneur se lèvera sur vous. Il veut nous prouver que la majesté du Très-Haut peut se coAiparer à l'astre qui nous éclaire. Qui est ce ({v* le

èftft DES T1TIŒS

niable prix des manuscrits hébreux : celte abondance ne serait bonne qu'à remplir les porte-feuilles d'un Compilateur maladroit et sans goût. Le vrai critique ne fait cas de la quantité des diversités de leçons que par celle de leurs valeurs.

Il se présenterait ici plus d'une remarque à faire sur quelques endroits de nos mémoires où nous avons touché celte importante matière; mais nous y pourrons revenir, lorsque le savanl M. Kennicoll aura publié sa grande collection. Nous avertirons seulement qu'en parlant surtout des travaux des modernes, nous

nie? Enfin il traduit : Exorietur (lanquam) sol Jeliova. Mais M. Bruns, qui, à l'exemple de M. Kennicoll, s'inscrira sans doute en faux contre les règles de syntaxe posées par l'anonyme de Paris , et qui dira qu'elles n'ont élé inventées que pour pallier des barbarismes et «les fuites de copistes, ne sentira -t il pas qu'il est forcé d'admetire ici ces sortes de règles. Ce lanquam sol ne suppose-t il pas qu'il faudrait dans le lexte hébreu XTGWd. 11 recourt donc à la particule D ; et ÙQ peu plus haut [pag. 50, suiv ] , peu s'en faut qu'il n'admette une énallage d'aflixe, un féminin pour un masculin [Lévil. IV, 55], où il introduit nTIN, qu'il rend par illum; antre variante dont je pourrais monlrer facilement l'inutilité. Par celle méthode il n'y a pas de leçon ridicule qu'on ne puisse, en quelque façon, justifier dans les manuscrits hébreux les plus incorrects.

Finissons par une remarque dépendante du sujet. M. Bruns aurait dû ne rien laisser en arrière , ni passer rapidement sur ce qui concerne l'autre anonyme anglais qui a attaqué M. Kennicoll , dans la Gazelle hebdomadaire de lialdwing, imprimée à Londres, samedi, 48 janvier 1772, num. 55b. [Buldwin Weekly journal, salurday, \Sjan.y elc.].

Ce qui a encore fort étonné, c'est la critique trèspeu mesurée qu'il fait de l'article de nos savants journalisies romains [tiffemeridi lelterarie di lloma, num. 5, il primo febraio 1772, pag. 54, seq.\, qui ont porté un jugement si rassis des travaux de M. Ken; icoll ei des lettres de l'ex- professeur en hébreu. Elail-il nécessaire que ces habiles gens eussent entre les mains

avons lâché de ne jamais perdre de vue les règles da critique auxquelles le consentement unanime des plus habiles littérateurs «emble avoir donné une espèce d'autorité irréfragable. Persuadés que tout écrivain qui s'ingère en critique de nos lexles primitifs ne saurait être trop circonspect , nous avons élé con» linuellement sur nos gardes, en nous défiant toujours de nos faibles lumières. Dans ces sortes de matières qui intéressent de si près les titres primitifs de la religion sainte, le moindre faux pas n'est jamais sans conséquence.

les Dissertations de M. Kennîcott pour apprécier toute la valeur des objections et des remarques de l'anonyme de Paris ? Quoi ! les illustres auteurs de ces Fphéméridcs de Borne ignorent- ils ce que Ions les journaux littéraires , toutes les nouvelles publiques ont répété cent fois, et ce qu<j M Kennicott lui-même ne cesse d'inculquer depuis dix à doua» années dans tout ce qu'il a écrit de relatif à sa grande collection de variâmes'' Ce docte Anglais n'a-t il pas en vue de réformer notre texte hébreu imprimé d'après les manuscrits? N'esi-ce pas à quoi tendent tous ses tra-r vaux? Ne regarde t-il pas par conséquent nos éditions hébraï mes , sans en excepter même aucune, comme très-fautives, comme ayant été faites sur des manuscrits as ez récents el de i eu d'autorité: Autrement que lui serviraii-il de eollali«»nner tant de manuscrits, s'il croyait que nos premières éditions, celles entre autres de Compîule, du cardinal Ximenès et de Venise, fussent très-correctes. L'anonyme de Paris a donc dit vrai, et les journalistes de Rome ne se sont pas trompés; cela est clair et démontré. Renvoyons M. Eh uns à notre IVe mémoire ei surtout à une de nos notes suivantes, dans laquelle nous donnons une analyse des lettres de l'ex-piolcsseur ; note que les journalistes romains avaient sous les yeux quand ils travaillaient à leur article. Que M. Bruns, dont nous ne pouvons trop respecter la personne et les ta'enls, nous permette de le dire : C'est faire une véritable querelle d'Allemand que d'allouer de la sorte des savants si bien instruits de l'objet de l'entreprise de M. liennicoH,.

DE LA REVELATION

pU CONSIDÉRATIONS CRITIQUES SUR LA PURETÉ ET L'INTÉGRITÉ DU TEXTE ORIGINAL DES LIVRES SAINTS DE L'ANCIEN TESTAMENT ; DANS LESQUELLES ON MONTRE LES AVANTAGES QUE LA RELIGION ET LES LETTRES PEUVENT RETIRER DUNE NOUVELLE ÉDITION PROJETÉE DE CE TEXTE COMPARÉ AVEC LES MANUSCRITS HÉBREUX ET AVEC LES ANCIENNES VERSIONS GRECQUES, |>AT1NES ET ORIENTALES.

2iv<xnP$ï<>p0$.

Les projets littéraires des savants sont rcsiés plus fj'nne fois des siècles entiers sans qu'on les ait vu f lécuter. Des difficultés qui en sont presque toujours

inséparables, des circon>tances souvent peu heureuses n'en ont relardé que trop le succès. Te! a élé le so*-» <Ju projet qui va nous occuper, e4

DE LA REVELATION

qui a donné lieu à nos Considérations sur l'intégrité et la pureté du texte hébreu. Mais sous quelque aspect qu'on envisage ce projet , l'exécution n'en peut être qu'utile à la religion comme aux lettres, et non moins glorieuse pour son premier auteur que pour le savant qui le remplira dans toute son étendue et suivant les règles d'une sage et exacte critique.

Il y a bien deux cents ans que nos disputes de religion nous ont forcés à étudier les langues orientales, pt à en approfondir le génie pour en faire Implication à la langue des anciens Hébreux. Cette étude , plus importante qu'on ne le pense ordinairement, a répandu des traits de lumière sur une infinité de passages de nos divines Ecritures, et n'a pas peu servi à l'affermissement de nos dogmes.

S'il a été un temps qui exigeât que nous profilassions des découvertes de nos pères et des richesses littéraires que renferment nos nombreuses bibliothèques , le siècle où nous vivons , aussi éclairé qu'il l'est, le méritait par mille titres. Des motifs encore plus pressants demandaient que l'on ne perdît pas davantage de vue un projet qui, bien rempli, pourra jeter du jour sur plus d'un endroit de l'Ancien comme du Nouveau Testament ; mais ce qui doit surtout nous intéresser, c'est qu'il prêtera infailliblement à la religion des armes fortes pour confondre une erreur fondamentale de l'impie et du libertin louchant l'étal actuel où se trouve notre original hébreu.

De l'inspection des manuscrits hébreux, comparés avec notre texte commun et avec les versions de la hante antiquité, il doit résulter un l'ait intéressant qui assure à nos divines Ecritures loule leur intégrité essentielle : on ne peut donner une meilleure démonstration contre l'hypothèse de ceux d'entre nos prétendus philosophes modernes qui se refusent à l'autorité des livres saints sur le faux prétexte que les originaux de l'Ecriture ont élé essentiellement corrompus, et se trouvent encore de nos jours dans une confusion et un désordre extremis.

Ce n'est pas que nous soyons absolument dépourrvus d'excellents ouvrages où l'on a montré tout le faux de ce système, et que l'on n'ait déjà fait valoir les grands principes qui doivent servir de base au projet de l'édition que nous avons en vue.

Tant que l'impiété et le libertinage n'osèrent se montrera découvert, et que la religion fui respectée, la simplicité des mœurs des fidèles, toujours éclairée p>r les enseignements des minisires du Seigneur , suppléait abondamment à tout. II n'y avait point à craindre le mélange du bon grain avec l'ivraie : le dépôt des livres saints se trouvait à l'abri de cette philosophie hautaine et licencieuse qui, sous prétexte de ne combattre que l'ignorance el la superstition , ose porter des mains sacrilèges jusque sur le sanctuaire, ne connaît plus aucune borne, et s'efforce de rompre les sacrés liens qui unissent l'homme à la société el à l'auteur de son être. •*»

Pour ne rien dire des anciens temps , lorsque les Spinosa, les Ilobbes, les Blount , les Woolslon, les

Tyndall, les Morgan, les Collins. les Vanini, les Bayle, les Toland, les la Mcllrie, les Boindin, les Boullan ger, les Fréret même, et les <ie Voltaire cemine tant d'autres, non moins promoteurs de l'irréligion qu'ennemis déclarés de nos saintes Ecritures (1), ont eu la hardiesse de braver la foi , de s'iuscriie eu faux contre l'authenticité el l'intégrité des livres sacrés, de parer l'indécence , d'embellir le vice , d'amuseï aux dépens de la vertu , des écrivains célèbres et religieux ont repoussé avec force les impuissantes attaques de tous ces licencieux auteurs. Le libertin a cru pouvoir impunément attaquer les points capitaux de toute religion, ôter à l'homme sa liberté el à Dieu sa providence, en venir même jusqu'à défendre l'athéisme; mais notre siècle el le précédent entre autres, qui ont été témoins des excès d'une philosophie si déréglée, ont vu paraître de savants apologistes delà religion sainte, si honteusement outragée dans ce qu'elle a de plussacié. Tels ont été les lluot, les Ahbadie, les Pascal, les Cud\vorth,IrsCIaike,le.sBossuet,les Addisson, les Slackhouse, les Buddée, les Jaquelot, les Warburlon, les le François : tels aussi les Touron, les Ansaldi, les Valsecchi, les Pluchetet les Bergier, sans parler d'une foule d'aulres assez connus (2) qui ont fait el font encore l'ornement et la gloire de la république des lettres.

Si l'incrédulité renouvelle, même de nos jours, tous ses efforts pour détruire l'autorité de nos saints livres et la sainteté de nos dogmes , convenons aussi que la religion tant naturelle que révélée ne trouva jamais plus de défenseurs qu'elle n'en a aujourd'hui. On ne saurait trop multiplier ces sortes d'ouvrages; ils arrêtent tôt ou tard le malheureux progrès de tant de productions affreuses, dans lesquelles l'indécence et la grossièreté marchent souvent à côté de l'irréligion la plus marquée.

Scripta

Jnfclicibus uslulanda lignis.

Plcni ruris el inficeliarum Annales Volusii, ele (3).

Des critiques hardis et présomptueux , à force de vouloir tout analyser, tout discuter et tout sonder, tentèrent-ils d'obscurcir, d'ébranler, d'anéantir même des vérités importantes : leurs innovations dangereuses sur le dogme île la création, la naissance «les sociétés civiles et religieuses, l'origine des lois et des cérémonies judaïques, leurs erreurs sur une partie de canon tant de l'Ancien que du Nouveau Testament , leurs entreprises presque continuelles sur quelques

(1) Vovez Joan. Georg. Walehius, Miscellanea sacra, exere. VI, de Antiscriplurariis, edit. Amstelcd. 17i£, pay. 143 seqq.

(2) Voy. Joan. Alberlus Fabricius, Delectns arfcumemorum et Syllabus scripîorum qui veritatem religions Christian:» adversus epicureos, ele. , lucubrationibus suis asseruerunt. Hmnburgi 1725, passim.

(5) Catullus in annales Volusii, carmen 36 , opee, ad usum DeMiiu. edil. Vain. 1683, pug. bû, $eq. .,

endroits particuliers de la Bible; leurs doutes aussi licencieux que mal fondés sur les p\us saints monuments de l'antiquité sacrée , en un mot, ces sort» s d'assertions téméraires et autres pareilles ne furent pour ces faux critiques qu'on vain triomphe qui dut les couvrir de home et de confusion.

L'impie, comme le faux critique, a pu combattre , conlinuera-t-il même d'à l laquer notre religion sainte et ce qu'elle a de pins respectable , mais il ne saurait la vaincre (1). Grâce à Dieu , s'écrie un savant ecclésiastique (2) , la religion a été mise à toute épreuve ; elle ne craint que de n'être pas connue. Les mépris qu'elle essuie, dit encore un habile moderne (3), viennent en partie de ce qu'elle est ignorée ou défigurée par les calomnies de ses adversaires.

Tel est notre aveuglement et le grand fonds de notre propre misère , qne nons n'épargnons ni veilles, ni fatigues, pour parvenir à la connaissance d'un pelit nombre de vérités souvent s:ériles ; que nous fermons même volontairement les yeux à celle lumière salutaire, qni seule peut guider nos pas, fixer notre raison presque toujours cbance'ante , et nous éclairer utilement dans la voie de la vérité.

Nos écrits sacrés et nos dogmes, si souvent combattus, sont sortis cependant et sortiront toujours victorieux de tous ces assauts qu'on leur a livrés. L'Eglise a même reiiié de grands avantages de ces sortes d'attaques. La vérité s'est montrée avec un nouvel éclat par le triomphe qu'elle a remporté sur l'erreur. La foi du vrai fidèle a été plus affermie. La divinité et l'intégrité de nos Ecritures se sont trouvées établies sur des principes irès-Iumineux et les mieux assurés. Les savants écrits occasionnés par les différents combats auxquels la religion a élé exposée dans tous les temps, ont pleinement démontré que celte religion sainte a pour appui des fondements inébranlables ; que, toujours la même, son fonds ne change ni ne diminue. La république littéraire s'est vue enrichie d'une infinité d'excellentes productions dont elle eût probablement manqué (4) sans ces dis-

(1) Oppugnare possunl, sed expngnare non possunt , S. Augustin, de Civitate Dei, lib. X, cap. 52, tperum edil. Paris. 1679, lom. VII, col. 272.

(2) M. l'abbé Fleury , prélace à son premier tome de l'Histoire ecclésiastique.

(3) Préservatif pour les fidèles contre les sophismes et les impiétés des incrédules , Paris, 1764 , pag. 1.

(4) Plus d'un écrivain moderne a dit que nos disputes de religion ont élé très-nuisibles aux véritables progrès de la bonne littérature. Mais ces sortes de paradoxes ne nous viennent que de la part de ceux des auteurs qni sont peu instruits ou qui ne respectent pas trop la religion dans leurs écrits. C'est le reproche que nous- a fait , entre autres, le chevalier Temple dans ses Œuvres posthumes, ou deuxième parlie de ses œuvres diverses. Premier Essai, du savoir des anciens et des modernes- L'étal des sciences dans le siècle passé et dans le nôtre, pour ne rien dire des temps antérieurs, prouve cependant tout le contraire de «•elle assertion. Nonobstant toutes nos disputes llieojogkmes et nos écrits contre les ennemis de la religion , Mutais les belics-leltrcs n'ont été mieux cultivées

putes ; et les études solides ont fut die plus en plug de nouveaux progrès. Quel triomphe pour lu religion !

qu'on les a vues depuis plus d'un bon siècle. Ce n'est donc point parce que nous nous sommes trop occupés de semblables écrits que les lettres ont quelquefois souffert. Elles ont été sujettes à des alternatives de grandeur, de médiocrité cl de bassesse ; mais n'en cherchons d'autre cause que notre négligence à nous nourrir de la lecture des anciens. Nous méprisons trop l'antiquité* ecclésiastique et profane, où tout nous offre d'excellents modèles à imiter. Les bons ouvrages de littérature, toujours utiles à la société, sont rarement sortis de la plume des écrivains peu religieux. Si nous ne recourions de nos jo'irs qui à certains auteurs modernes , à ces ailleurs d'Essais sur C Histoire universelle, de Philosophie de l'histoire, de Dictionnaire philosophique, à cette multitude d'abrégés, à celle infinité de brochures qui inondent la république littéraire, où l'on ne l'ail sur plusieurs points qu'ajouter l'erreur à l'ignorance, où l'on parle de tous le> arts et de toutes les sciences sans en approfondir aucune, nous retomberions bientôt dans la barbarie que nous reprochons aux siècles de ténèbres. M Guillaume Woton a très-bien prouvé contre le chevalier Temple, dans un ouvrage anglais (pie je vais citer, que nos disputes de religion ont servi utilement la vraie littérature que je regarde comme inséparable des bonnes éludes. Voyez ll< ficelions upon ancient and modem lenrninq, ou Hé flexions svr le savoir des anciens et des modernes, ch. 2(J, paq 545. Autonii DlackuaUii de prœsi anlia classicorum anctoruinConimentatio, Lipsicc 1755, cap. 1, §5, pag. 15, not.

Mais si ces sortes de disputes ont tant influé à mettre nos écrits sacrés à l'abri des insultes de nos incrédules, à approfondir les grandes vérités de la religion, à discuter une infinité de points d'antiquité sacrée et profane, qu'il a fallu établir contre des critiques superficiels et irréligieux , parce qu'ils étaient intimement liés aux principes de celte religion sainte ; de quel œil le vrai philosophe dut-il envisager l'assertion d'un Irop fameux auteur de notre siècle : Qiio le progrès des sciences el des arts n'a rien ajouté à notre véritable félicité et a corrompu nos mœurs. C'est pourtant ce que l'on vit soutenir dans le Dis cours qui a remporté le prix à l'académie de Dijon ei> 1750, sur cette question proposée par la même académie : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs. Par M. Rousseau, Genevois. A Genève, chez Barriltot el fils, m-8° de 55 pages.

La république des lettres dut sans doute è*re surprise qu'une académie aussi éclairée couronnât un pareil discours. Que l'écrivain de Genève se soit applaudi de ce paradoxe ; qu'en heurtant ainsi de front tous les sentiments reçus et l'expérience de tous les siècles, de tous les pays, il ail encore osé se glorifier de l'approbation de quelques prétendus sages , cela n'étonne point d;.ns les écrits d'un auteur toujours en contradiction avec lui-même. Peut-être ne voulut-il, par ce paradoxe, qu'amuser le public. Quoi qu'il en soit, ce ne sont ni nos disputes de religion, ni l'avancement des sciences et des arts qu'elles ont procure , qui ont causé tant de maux parmi le genre humain. C'est l'abus du savoir et le malheureux progrès d une fausse philosophie : c'est l'ivresse de l'esprit , des I réjugés el des passions , qui cnlanta de tout temps les schismes, les hérésies ; et l'ignorance, la mere de tous les vices, vint toujours à leur appuw Voyez à e« sujet la réponse qu'un anonyme lit en 1751 au discours précédent de M. Housseau. Elle n'est qu une petite brochure de 24 pages in-12, dans laquelle 1 au, leur combat solidement l'écrivain genevois par soi principes et le vainc par ses propres armes. A pi ça avoir observé, entre autres choses, que la religion u j

505 DE LA HÉV

C'est ainsi que la divine Providence, qui dirige toul à une bonne fin, a lire du plus grand des maux un bien infiniment précieux à l'humanité, la conservation dos vérités qui font la base, le soutien de la religion, et qu'on trouve consignées dans nos saintes Ecritures,

Nonobstant tous ces bons ouvrages qui ont si bien vengé la sainteté de nos dogmes, l'intégrité et la pure-é de nos livres sacrés, il semble qu'il nous manquait encore sur l'original de l'Ancien Testament une collection qui donnai pins de poids aux raisonnements des défenseurs de nos Ecritures , cl qui nous mît en étal de mieux apprécier le vrai caractère de notre texte hébreu. Oserions-nous dire que nous avons plus senti notre propre misère , s'il est permis de parler ainsi, que nous n'avons cherché à profiter effectivement des découvertes ou des vues de ceux qui nous ont devancés? 11 serait donc réservé à notre 6iècle d'aller même au delà de tant de recherches de nos savants et religieux critiques sur les écrits originaux du Vieux Testament.

La solution de ce problème , qui doit être absolument étrangère aux vérités dogmatiques et morales, déposées dans notre original hébreu, même imprimé, dépend d'un fait qu'il n'est pas impossible de vérifier. Des manuscrits hébreux sont échappés à l'injure

besoin que d'être approfondie pour se faire respecter, l'anonyme a raison de s'écrier (pag. U) : « Quoi ! l'ignorance enlèverait à la religion et à la vertu dès lumières si {<ures, des appuis si puissions, et ce sera à Mie qu'un docteur de Genève enseignera hautement »fon doit la régularité des mœurs ! La religion étudiée est pour tous les hommes la règle infaillible des bonnes mœurs. > Ce judicieux auteur ne pouvait mieux conclure son discours , qu'en disant ; < Le vrai savant, qui ne perd jamais de vue le flambeau delà révélation, qui suit toujours le guide infaillible de l'autorité légitime, procède avec sùrelé, marche avec confiance , avance à grands pas dans la carrière des sciences, se rend utile à la société, honore sa pairie, fournit sa course dans l'innocence et la termine avec gloire. » Voyez Recueil de toutes les pièces qui ont été publiées à l'occasion du discours de J.-J. Kousseau, , etc., sur cette question proposée par l'académie de Dijon, etc., Si le rétablissement des sciences el des arts a contribué à épurer les mœurs. A Gollja, 1753, t. H, in-12. Nouvelle bibliothèque germanique juillet' etc. 1753, art. 15, pag. 215-21'j' Jac. Yerne't. O.atio acad. adversus libellum gallicum, quo conlenditur per ailes et scienlias, in Europa anle duo secula restaurâtes, ingénia moroque. hominum non fuisse perpoliiossed corrupios poiius.Musaei holvelici part. XXIII edit. Turici 1752, p. 340-553.

ÊLATION. 505

des siècles pour le bonheur des lettres et de la religion. Nos anciennes versions grecques, latines et orientales, subsistent la plupart dans nos bibliothèques. L'antiquité ecclésiastique nous offre d'autres secours en abondance. Que ne pouvons-nous pas avec de si grandes richesses !

L'exécution du projet d'une nouvelle édition de notre texte hébreu, telle que nous l'avons d'abord annoncée, et que semble nous la promettre M. Benjamin Kennicolt, savant d'Angleterre, déjà connu Irôs-avantagouscmenl dans la république des lettres, résoudra bientôt cette espèce de problème qui, dans le siècle passé, donna naissance à lant de dissensions littéraires.

Mais avant de fixer notre attention sur la nature de ce projet el sur les avantages qui peuvent en résulter pour le bien des lettres cl de la religion, arrêlOîis-nous. Tâchons de discuter une matière d'autant plus intéressante, qu'elle est intimement liée à ce même projet. N'allons pas nous imaginer que dans les premiers âges de l'Eglise, et même aupai avant , l'on ait, faute de bons manuscrits, manqué de ce qu'il fallait pour être à portée de saisir l'harmonie de nos écrivains sacrés du Vieux Testament, en un mot, de sentir l'excellence et loute la valeur de l'original hébreu.

Laissons aux faux critiques, que rien n'est capable d'arrêter , ces paradoxes révoltants, que noire texte hébreu se trouvait déjà fort corrompu du temps même de JésuS'Chrisl; que depuis lors il a éîé exposé à d'autres dépravations essentielles ; qu'il ne nous en est parvenu que des fragments très-imparfaits, ou tout au plus, de simples abrégés de plus longs mémoires dépo-és anciennement dans les archives de la république des Hébreux ; qu'enfin ces sortes d'abrégés ont encore éprouvé les mêmes malheurs, et ont couru le même sort que le reste des livres de l'antiquité profane. Tous les anciens monuments des Juifs et des chrétiens déposent contre ces dangereuses assertions qui ne nous laisseraient qu'un lexle très-douteux de la parole de Dieu.

Essayons d'établir d'autres principes moins affligeants pour la religion et plus conformes à celle cri» licpie sage el judicieuse, que l'on ne doit jamais perdre de vue dans l'édition projetée de notre original hébreu, conféré avec les manuscrits de ce texte et avec les anciennes versions.

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