‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 103 sur 157 · DE · texte numérisé non relu

DE

religieuse qu'on en vil chez les Juifs, afin de les contenir dans le culie du vrai Dieu. Touies leurs observances légales ne tendaient qu'à rendre un hommage continuel au souverain domaine de la Divinité sur la crélure

Celte singulière nation, qu'on ne peut Irop étudier, conservait religieusement des écritures qui sont un témoignage perpétuel de tout ce qne le Seigneur avait fait pour elle dés le moment qu'il s'en était formé un peuple uniquement cousacié à son service Ses écrits, qu'elle a toujours considérés comme dictés par la Divinité, déclaraient au»si que Dieu lui avait manifesté sa puissance par des signes les plus éclata.il< ; qu'il l'avait délivrée de l'esclavage de l'Egypte, cl l'avait établie avec un bras puissant et une main forte dans une terre qui découlait de lait et de miel(\), comme

(i) : «am nSn rm yiN Exod. m, 8, 17 ; xm, 5 ;

XXXÎH, 3; Levitic. XX, 24; Numer. XIII, 28; XVI,

14 ; Deuteronom. VI, 3, et alibi.

Nos prétendus philosophes modernes, qui ne manquent aucune occasio i de s'inscrire en faux contre l'autorité des livres saints, ne cessent de déclamer contre la feriililé qu'avait anciennement la Palestine. A les entendre, elle n'a été d <ns tous les âges qu'une terre ingrate', stérile, incapable de nourrir ses propres habitants. Voltaire, pour ne rien dire de quelques autres écrivains peu religieux , l'a ré, éié plus d'une fois dans ses ouvrages, et cela par un dessein bien réfléchi de démentir ce qu'en disent nos divines Ecritures. Voyez son Abrégé de l'histoire universelle depuis Charlemagne jusqu'à Charles-Quint , de l'édit. de la Haye, etc., 1754, lom. Il, pag. b2, suiv. Moins d'aversion pour la religion sainte que nous avons le bonheur de professer, plus de droiture dans le cœur, plus d'amour pour la vérité, devraient faire revenir nos incrédules de leurs préjugés. Qu'ils consultent les anciens avec un sens plus rassis, leurs doutes si mal fondés se dissiperont sur ce point d'histoire, comme sur bien d'autres relatifs à l'Ecriture, qui tous sont les mieux appuyés. Qu'à l'autorité de nos Ecritures l'on joigne celle d'Aristée, ancien écrivain ciié par Josèphe et Euscbe; que l'on prenne ce qu'en ont dit Tacite, Polybe et Ammian Marcellin, mais sans oublier un plus ancien auteur, contemporain d'Alexandre et attaché à l'un des premiers Piolémées , je veux dire llécatée d'Ahdère , dont il nous reste encore de précieux fragments, que nous ont conservés Josèphe(lib. I ad vers. A pion-, § 22, ex edil. H a ver camp ) et Eusèbe (De Prœparai. evangel., lib. IX, cap. 4), fragments dont les plus grands hommes du siècle passé, comme ceux de nos jours, ont fait tant de cas, et que le savant Zornius a accompagnés d'un excellent commentaire. Après toutes ces autorités, oserons-nous ensuite nous rendre les apologistes de l'inexactitude de Strabon, car c'est le seul ancien auteur que je sache qu'on puisse en quelque faç >n nous opposer. A l'exemple du trop fameux Toland et de Spencer, préférerons-nous sou témoignage à celui de Moi e? On ne peut ignorer que cet ancien géographe, quelque estimable qu'il soit d'ailleurs , a commis des erreurs grossières sur ce qu'il nous a laissé, entre autres, au sujet du législateur des Hébreux et louchant les Juifs eux-mêmes N'appuyons pas davantage sur la vérité d'un fait déjà savamment discuté par d'habiles critiques. Voye*. piiucipalemenl Joan. Nicolai ISoiœ in Pelr. Cunœi libros de liepublica Uebrœor., lib. 1, cap. 2. Adriani Uelandi Palastina sucra, lib. I, cap. 57. Apud lîlasii Ugoîin. Thesaur. anliquil. sacr., Venet., 1745, etc., vol. Ml, col. 497 ; v»>l. VI, col. 557, seqq. Campegritt Vilringa, Commentât, in Jsaiam, lom. I, pag. 11W. Jacques iiasnage, Ilist. des Juifs, liv. I, eh. 14,

tit:œs primitifs m

s'exprime l'Écriture. Tout j liait devant la naiion, tant qu'elle était soumise à son Dieu: mais, rebelle à te qu'elle avait juré à ce même Dieu, et indocile à la voii de celle foule de prophètes qui lui étaient envoyés de temps en temps, elle se vit enfin arrachée à sa patrie, pour être l'esclave d'un peuple idolâtre, devenir la risée des nations et la raillerie de ses anciens voisins.

Mais Dieu n'oublia point les grandes promesses qu'il avait faites à Abraham, à Jacob, à Isaac. L'Être suprême ne voulait que punir les Israélites du crime de leur idolâtrie, châtiment qu'avaient prédit Moïse, David, Isaïe, Osée et tous les prophètes antérieurs a la captivité d'Assyrie et de Babylone.

Ce n'est là qu'une esquisse bien faible de ce qui concerne l'ancien peuple hébreu dans les divers états par où il a passé jusqu'à l'époque de son retour dans les terres de ses pères. Mais plus on approfondit la nature des écrits qui nous constaient ces événements, plus on étudie encore les mœurs et le caractère dislinctif de celle naiion que Dieu s'était choisie pour perpétuer la véritable religion au milieu d'un monde loul païen, avant la publication de l'Évangile , plus l'on sent aussi que nul dépôt ne dut autant intéresser les Hébreux que la conservation de leurs propres anua-

§ 9, pag. 556. M. Fleury, les Mœurs des Israélites , chap. 7, édil. de Bruxelles, 1753, pag. 55, suiv.; Hei.rictis Nortsius, d ssert. V de Anno et Fpochis, Syro Macedonum , pag. 470, et une foule d'autres qu'on trouvera cités la plupart dans Hecatœi Abderilœ, philosophi et historici bis mille abhinc annis longe celeberrfffif, Kclogœ sive Fragmenta integri olim libride llistoria et Antiquitalibus saeris veterum Hcbrœorum, grœce et latine , cum nous Josephi Scatigeri et commenlurio perprtuo Pétri Zormi. Alloua, 1730, pag. 58, seq., 62, seq., 76, seq.

La Palestine a donc élé telle que nous la décrivent les auteurs sacrés, aussi fertile que le législateur des Hébreux l'avait promise à ceux de son peuple qui eu prirent possession sous la conduite de Josué; aussi abondante qu'elle le fut encore sous les autres juges, sous les rois de Juda et d'Israël, sous les princes enfin qu'elle eut après la captivité de Babyloue jusqu'à sa dévastation pir les armées romaines. Il n'y a donc rien d'incroyable dans ce que Moïse nous dil de la Palestine, lorsqu'il l'appelle un pays qui décatie de lait et de miel : expression ligurée, niais non moins conforme à la vérité du fait. L'est un langage qu'uni employé les meilleurs auteurs de la Grèce et de Rome. Un p-èle latin disait de son siècle d'or :

Fluminajam lactis. jam flumina nectaris ibant,

Fluvaque de viridi slillabanl ilice mella.

Ovidics, Melamorphos lib. I, oper. lom. Il, ad nsum delph., edil. Lugdun., 1G85, pag. 9,

La belle image qu'Euripide nous a dénuée, dans une de ses pièces, d'une terre riche en vignobles, en pâturages et en parfums, ne pouvait être plus expressive. L'on dùail presque qu'il avaii eu vue le pays des Israélites , si l'on ne savait d'ailleurs à quoi le poète faii allusion.

F luit vero lacté terra , Fluil etium vino, finit et apum Nictare, ryriaci vero tanquam Thuris lamas inde spiral.

Euripides, Bacchœ , tragœdiar. part. H. studio Jowie Barnes, edil. Cantabrig., 1691, vers- 142, suiv., pag.

DE t\ flEV

les. Ils n'y voyaient qu'une suite de prodiges en leur faveur, et dans ces mêmes annales étaient consignés leurs titres, leurs lois, leurs usages, en un mol» toute leur constitution civile et religieuse

Au temps prescrit à la captivité d'Israël , le Seigneur, qui lient les cœurs des rois entre ses mains, suscite un prince dont la naissance avait été annoncée par les prophètes (1) , près de deux siècles auparavant. Cyrus, devenu maître de tout l'Orient, donne un édit (2) qui rend à lous les Israélites de son empire la liberté de retourner dans leur patrie. Bientôt ils repeuplent la Judée et y rebâtissent Jérusalem, où le cnlie du vrai Dieu reprend peu à peu son ancienne splendeur dans le nouveau temple qu'ils élèvent à la gloire du Très-Haut. Rétablie dans les terres de ses ancêtres, la nation juive ne montra jamais plus de zèle pour la religion et ses écrits sacrés , ni autant d'aversion pour l'idolâtrie et les coutumes des Gcnliîs qu'elle le fil alors. Rien n'eût manqué aux Juifs depuis leur délivrance jusqu'à la ruine totale de leur république par les Romains , s'ils eussent bien connu le véritable objet des magnifiques promesses qui étaient attachés à cetie religion sainte.

Tel a été le peuple que Dieu s'était choisi dans les desseins impénétrables de sa sagesse infinie ; telle est en abrégé l'idée «pie nous donnent des anciens Juifs les écrits sacrés qu'ils conservaient avec lanl de respect lorsque Jé>us-Christ se manifesta aux hommes.

Tout était figure dans l'ancien peuple d'Israël (3). En même temps qu'il préparait les voies à la ruine totale de l'idolâtrie et du polythéisme, son histoire était comme un tableau qui représentait de loin tout ce qui devail servir à nous conduire au royaume de la véritable justice. Dans tous ses états, ce peuple avait é é comme un grand prophète ct« règne promis (lu Désiré des nations et des choses étonnantes qui devaient se passer dans l'établissement et la durée de l'Église chrétienne. Ses écritures n'ont point d'autre objet. N'élail-il pas de l'intérêt de culte même Église que la Providence lui ménageai des moyens assurés pour transmettre dans toute sa pureté el son intégrité essentielles , jusqu'aux siècles les plus éloignés , un livre uniquement fait pour annoncer d'importantes vérités , et qui esi un fonds inépuisable d'instruction^ (i)?

La même Providence qui combla la nation juive de tant de bienfaits, preleiableme.il aux autres peuples,

(1) Qui dico Cyrn : Paslor meus es, el omnem vn- NHilatem meam complehis; qui dico Jérusalem : /Edificahcris;el lemplo : Fundaberis.— Ipse a-dificaliit civitaiem meam, el captivitalem meam diiuittcl. hai. XLIV,28;\LV, 15.

(2) Esdras, hb. I, cap. I, vers. 1, seq. ; cap. VI, vers. 5; Joscphus, Antiquitatum jndaicar. hb. Xi, cap. J, edit. Amstelodam., elc., an.'472G, cura Sigisbcrt. liavercampi, loin. 1, pag. 547, seq.

(ù) ILec autem omnia in iigura contingebani illis. I r,(t LonntluosX, \\.

(4) Qmccumque enim scripta sunt, ad noslram doe'.-man. scripta sunt : ut per patientiam et cons< lalionem bcrjpturar^i spem habeamus. Ad Iiom. XV 4.

ÉLA110N, M*

ne l'avait mise en réserve que pour cette tace future de bénédiction , ce peuple nouveau dont le Messie a été le chef el le sauveur. Tout esi pour Jésus-Christ et ses élus; aussi le Seigneur fit-il les Juifs dépositaires de ses lois , de son culte cl de ses promesses. 11 n'est rien dans nos divines Ecritures qui ne se rapporte à ce grand dessein. Vuvanl âge des Juifs ctt grand en toutes les manières, disait l'Apôtre , en ce que les oracles de Dieu leur oui été confiés (Rom. III, 2).

Le corps entier des Ecritures hébraïques devait donc exister au temps de Jésus Christ , telles qu'on les conservait dans les archives de l'Eglise d'1 racl pour l'instruction de ses enfants ; telles encore qu'elles étaient soi lies des mains de leurs auteurs sacrés. C'est de la synagogue que les premiers chrétiens reçurent ce précieux dépôt en qualité de Testament de leur père célesle. C'est de ces mêmes sources qu'ils tirèrent les vérités de ce salut dans la connaissance duquel les prophètes avaient désiré de pénétrer (1). Jésus-Chiisl lui même ne cesse de renvoyer le^ Juifs à l'élude de ces saints livres (2), pour y trouver les preuves de sa mission et celle vie éternelle qu'il leur annonçait. Partout notre divin Suiveur les suppose tels qu'on les lisait communément dans le lem, le de Jérusalem et dans les synagogues de la Judée. Les différents discours qu'il adivsse à ses disciples et aux Juifs ne décèlent rien qui puisse nous laiie soupçonner que ces écrits eussent souffert de la malice des hommes, et qu'il s'en fût perdu par leur négligence la moindre chose capable d'intéresser le dogme et la morale, en un mol, de déroger à leur intégrité essentielle. Tout nous y annonce au contraire que ces écrits étaient les mêmes que ceux qu'on attribuait aux auteurs sacrés.

Le fréquent usage que les apôtres faisaient de l'Ecriture pour confondre l'inci éduli é des Juifs montre combien ceux-ci eu étaient instruits , et combien ils en étaient jaloux. Tant les uns el les autres, persuadés de l'excellence de ces divins écrits , devaient les regarder comme très-intègres. Il e»l aisé de s'en convaincre en parcourant les seuls Actes des apôtres et les Epitrcs de saini Paul, celle, entre autres, que le docteur des Gentils écrit aux Hébreux : on y voit f ire une perpétuelle allusion aux livres de l'Ancien Tcslament. La nature de la mission des apôtres l'exigeait ainsi, parce que la nouvelle alliance porte toule sur ^'ancienne : les Ecritures de l'une ne sont que le développement de l'autre.

Qu'cùt-il servi à ces premiers fondateurs de l'Eglise chrétienne , s'ils n'eussent appuyé leur doctrine que sur des éerils imparfaits, sujets même à des allé* rations toujours prcjudiciaLles a la sainleté des

(1) De (pia salule exquisierunt alque scrulaii simf prophel;e, qui de fuiura in vobis gratia prophetaruni. 1 Epi st. Pétri, I, 10.

(•i) Scrutamini Scripluras, quia vos puiaiis in ipsii vilam itlernam habere , et 3!se sunt qui leslimonmm perhibent de me. Joann. V, S'J ; ibid., 46, 47. JLuâ* XVI, 1ô et 29 ; id.t XXJYj iî; seqc, , t:c.

dogmes qu'ils établissaient contre les Juifs par l'autorité de leurs propres livres ? Que n'eussent ils pas objecté à ces mêmes Juifs, si leurs écrits eussent été alors tels que les critiques peu circonspects ont osé le soutenir? Mais n'insistons pas trop sur celte remarque ; elle pourra revenir dans le cours de nos Considérali ons.

Dans l'entretien que Jésus-Christ eut avec la Samaritaine, il lui dit qu'elle adorait ce quelle ne connaissait pas ; pour nous, ajoute le Sauveur, nous adorons ce que nous connaissons (l). Jésus-Christ ne dédaigne point de se mettre ici du côté des Juifs ; c'est qu'il respectait infiniment la chaire de Moïse , celle conssrvalrice des écrits sacrés, et l'arbitre des différends qui pouvaient survenir en matière de religion. D'où vient toutefois ce reproche du Sauveur contre les habitants de Samarie? Les Samaritains admettaient le même Pcniateuque que les Juifs de Jérusalem : ils adoraient le même Dieu , le créateur du ciel et de la terre; ils pratiquaient extérieurement les mêmes exercices de religion, et prétendaient avoirdespromesscs(2) semblables à celles qui faisaient l'espérance d'Israël.

Mais leschi>me des Samaritains était trop notoire : ils méconnaissaient l'origine de la véritable alliance ; ils avaient renoncé à la suite du peuple de Dieu, où s'était perpétuée la religion depuis l'origine du monde ; car la religion date de la même époque. Ainsi ce n'était point chez eux qu'il fallait aller chercher le vrai dépôt des Ecritures, de même que la véritable Eglise ne va point le prendre parmi ceux qui par leur schisme ou leurs hérésies se sont séparés d'elle. En vain les Samaritains réclamaient-ils le nom du Dieu d'Abraham , dlsaac et de Jacob, le Seigneur ne les reconnaissait plus pour son peuple. Leur espérance élail vaine et illusoire, parce qu'ils n'étaient point unis à la nation sainte, à celte chaire de Moïse sur laquelle

(1) Joannisl\yn.

(2) Quelle que fût l'idée que les Samaritains se formaient d'un rédempteur , il est constant qu'ils vivaient dans cette espérance, comme on le voit par la 1 épouse que la Samaritaine fit à Jésus-Christ, « Je i sais, lui dit-elle (Joann. IV, 25), que le Messie (c'est- < à dire le Christ) doit venir en ce temps ci ; lors i donc qu'il sera venu , il nous annoncera toutes « choses, i A peine cette femme eût quitté Jésus- Ciirist, qui l'avait assurée qu'il était lui même ce Messie, qu'elle s'en retourna à Sunarie pour annoncer ce qu'elle avait vu et entendu, t Venez, leur dit-elle (Ibid., i 28, suiv.)t voir cet homme qui m'a dit tout ce que j'ai c jamais l'ait; ne serait-ce poml le Christ? Ils sorti- « rent donc de la ville pour aller le trouver. >

D'où pouvait donc venir aux Samaritains celle attente si assurée qu'ils avaient d'un Messie , eux «fui n'admettaient cependant que le Penlaleuque où cette promesse n'était point annoncée avec autant de clarté qu'on la trouve développée dans les prophètes. C'est une réflexion que nous fournit saint Jean Chrysostome flans sa 52e homélie sur saint Jean, ch. IV. «Onde SamariSani Chiisti advenlum expeciabant , cùiu so- « lum Moysem recipereut. > Quelques savants ont prétendu prouver de là qu'il n'est pas bien sûr que ies Samaritains rejetassent absolument tout le reste des Ecritures. M. Prideaux observe même dans son Histoire des Juifs, tom. Il, part. I, liv. VI, pag. 503,

étaient assis les prêlres légitimes successeurs d'A:« ron ; et qu'ils ne tenaient plus à la tige sacrée, comma à la source (l)de la religion et des grâces, selon l'expression d'un saint Père*

Avant l'établissement de la nouvelle alliance que le Messie , l'envoyé de Dieu , Dieu lui-même, daigna

suiv., que celte preuve n'est pas tout à Tait sans fondement, c Peut-être en effet, d.t-il , quoiqu'ils ne « lussent que le Penlaleuque dans leurs synagogues, c conservaient-ils quelque dé'érence pour les au- < très écrits saciés, quelque opinion qu'ils en aient « de nos jours. > Mais sans recourir à cette conjecture, il suffit , ce me semble , de faire attention que de tout temps il y avait eu des Israélites mêlés avec le peuple de Samarie. C'est une observation que nous devons au savant bénédictin , auteur des NoUveauà éclair ornements sur le Penlaleuque samaritain , ch. 1, § 17, pag. 25, suiv. En effet il n'est point probable que lorsque Salmanasar transporta les dix tribus eu Assyrie, il dépeupla tellement le pays, qu'il n'y restât aucune famille d'Israélites parmi les nouveaux colons qu'Es* arhadon y envoya alors. Mais ce mélange s'accrut considérablement, surtout du temps de Mariasses frère de Jaddus , grand prêtre (les Juils , lorsqu'il se retira à Samarie , et qu'il y obtint la souveraine sa-» criucature du nouveau temple que Sanaballat , sou beau-père, y fit bâtir sur le mont Garizim, à l'imitation du temple de Jérusalem. On vil alors une foule de Juifs apostats suivre le mauvais exemple de Ma* nasse-.; au^si Samarie devint-elle bientôt le refuge et l'asile de tous les mécontents de la Judée. Ce concours de mauvais Juifs, de prêtres même et de lévites, qui, souillés de mariages illicites et d'autres inobservances légales, se réfugiaient à Samarie pour y vivre impunément, ne finit point à la mort de Sanaballat ni à celle d'Alexandre le Grand, qui lui survécut ; mais il continua quelque temps après , suivant le témoignage de Jo>èphe , Anliquill. lib. XI, cap. 8, oper. loin. I, pag. 582. Ainsi les Samaritains, comme l'observe le savant auteur de l'ouvrage que j'ai déjà cilé , étant devenus de celte sorte un composé de Juifs et de peuples étrangers , eurent quelqu* fondement de se croire, dans la suite , de véritables Israélites descendants de Jacob, d'isaac et de Joseph. Quoique les docteurs juifs traitent partout les Samaritains d'idolâtres, ils reconnaissent cependant qu'ils devinrent dès lors très-rigides observateurs de la loi. Voyez Maimonidis commenlar. in iraclatum Misclinicuiu , sive de Benedicliombus , cap. 8 , § 8, ex recensione Guillehni Surhenusii , edil. Amsterdam., 161)8, loin. 1, pari. 1, pag. 51. Obadias Barténora soutient même qu'ils observaient la loi plus exactement que les Juifs. Voyez son Commentaire sur le même traité de la Mischne, ch. 7 , § 1, loc. cit., pag. 24. 11 est vrai qu'ils n'admettaient dans leur canon que les cinq livres de Moïse ; mais ils ne prétendaient pas aux mêmes promesses qui faisaient l'attente du peuple juif. La haine irréconciliable qu'M y avait al rs et même depuis longtemps entre ces deux peuples, inimitié qui subsiste encore de nos jours, fut cause que les premiers ne voulurent jamais rien céder aux derniers sur ce point fondamental de leur religion. La tradition qu'ils avaient d'un Messie qui devait venir, jointe aux lumières qu'ils pouvaient en puiser dans le Penlaleuque, se fortilia de plus en plus par le commerce de tous ces Israélites apostats, qui n'ignoraient point eux-mêmes quelles étaient les espérances d'Israël. Il n'esl donc poinl surprenant que les Samaritains affectassent d'avoir les mêmes promesses.

(I) Tola enim promissio iribni Judœ Christus fuit t ut scirent (Samarilani) Uierosolymis esse et sacerdoies et templum et matricem et foutent, non puteum salulis, j'erlullianus, advenus Marcionem, lib. IV, cap. 55 , operum edil. lulet. Paris., 1676, pag. 462.

DE LA RÉVÉLATION

contracter avec 1*3 hommes , la nation juive jouissait de toutes les prérogatives qui en faisaient un peuple choisi parla Divinité- Quand môme les Samaritains auraient admis tout le canôfi des Ecritures , Je >us- Christ ne les eût pas moins traités de rebelles et d'insensés (1). Ils eussent possédé un trésor de vérités saintes, qui ne leur appartenaient point. Ce n'est pas aux registres du temple de Samarie que notre Sauveur en eût appelé pour vérifier les oracles qui annonçaient son avènement et attestaient la divinité de sa mission ; mais ii renvoie simplement à Jérusalem, à la ville choisie de Dieu , à ce sacerdoce établi depuis Aaron, et qui possédait lui seul légitimement tous les litres primitifs de la religion dans les livres qu'il révérait comme divins. C'était dans ce seul sanctuaire si respecté par toute la nation , le centre de l'unité, qu'étaient déposées les vraies annales et toute la suite des écrits sacrés du peuple de Dieu. II n'y avait à attendre de salut que des Juifs (2), parce qu'à eux seuls il était réservé de conserver les promesses , le culte, le sacerdoce jusqu'à la venue de celui qui, par sa mort et sa résurrection, devait être l'attente des peuples (3) et mettre fin à l'économie mosaïque.

A la venue du Messie il s'était écoulé au delà de quatre cents ans que les Juifs n'avaient plus de prophètes. Celte longue suspension de la prophétie avait introduit du désordre dans la foi et dans les mœurs. Cependant on ne vit jamais ce peuple plus occupé qu'il ne l'était alors de l'attente d'un rédempteur, ni moins soigneux de sonder ses propres Ecritures, d'y chercher la vraie justice à laquelle le gros de la nation ne pouvait toutefois parvenir à cause de son incrédulité (4).

La religion ayant toujours été la tradition la plus sacrée chez tous les peuples policés , elle s'est transmise plus soigneusement à la postérité. Les écrits sur lesquels a porté la religion, ou qui lui étaient en quelque manière relatifs (5) , ont dû par conséquent se

(1) Stultus populus qui habitat in Sichimis. Eccli. L, 28. Cou fer. 1 Esdr. IV, 1.

(2) Sains ex Judieis est. Joann. IV, 22.

(3) Gènes. XLIX,10.

(4) Quodqmerebai Israël, hoc non est assecutus : Eleclio au le m consecuta est : cxleri vero excajeati sunt. Ad Roman. XI, 7.

(5) Je pourrais porter ici pour exemple les poésies d'Homère. L'Iliade ei l'Odyssée, que rien n'égale dans l'antiquité profane , renferment la plus ancienne histoire que nous connaissions des coutumes, des usages Cl de la religion des différentes contrées des peuples de l'ancienne Grèce : ds nous offrent aussi le tableau le plus vrai des mœurs antiques. La célébrité de ces deux poèmes , jointe à l'intérêt que la religion des Grecs y prit dans tous les temps , les ont vengés de l'injure des siècles. J'en puis d.re autant des di Ile renies cosmogonies des anciens, qui sont parvenues jusqu'à nous, de la théogonie, entre autres, d'Hésiode, où l'un voit des vestiges bien marqués d'un système religieux, principalement, sur l'origine des choses. On nous a encore conservé d'autres monuments de la théologie des Grecs et des Latins.

Les fameux fragments de Sanchoniaton n'appuieraient pas peu notre observation ; mais comme les , savants sont fort divisés louchant leur authenticité,

conserver avec une singulière exactitude , surtout dans un peuple qui n'a cessé de regarder ses livres

nous ne nous arrêterons pas sur celle sorte d'écrit at tribuéàcetancien auteur phénicien. Il y a quelque chose de moins incertain dans ce qui nous reste aujourd'hui de YEdda des anciens Islandais : le peu de fragments que nous en avons nous présentent des caractères de la plus grande antiquité. L'Edda est le nom d'un livre «le l'ancienne mythologie des peuples du Nord ^ et l'on y trouve leur système sur les dieux, la création de l'univers , l'état de l'homme après la mort, la conflagration du momie, etc.; mais lotit cela y cèl fort mêlé de fables et de fictions. Ces fragments do YEdda sont décrits en vieille langue rhunique. S.cmund Sigfusson , savant islandais , né en 1057, en forma d'abord une collection sur les monuments antiques qui existaient de son temps, et sur une tradition nationale. Environ cent vingt ans après, on eu vil paraître une autre collection moi iS volumineuse , que nous devons aux soins de Snorro Slurleson, rié eu 1179. Cei Islandais la donna en sa propre langue. Résénius publia ensuite l'une et l'autre , traduites et illustrées par différents auteurs , jusqu'à Bérouius, professeur d'Upsal , qui, en 1755 , communiqua à la république des lettres son livre De Eddis islundicis. Voyez la Dissertation sur les oracles des sibylles avant et après rétablissement du christianisme, par M. G. Soigneux de Correvon , à la suite du Traité de la Heligion chrétienne, traduit de l'anglais de M. Addisson, par le même savant, loin. Il, pag. 185, suiv. Jae. Brutker , llistor. critica philosoplaœ, tom. 1, lib. II, cap 9, pag. 5*25 , seqq. Il ne paraît pas qu'il nous reste bien des choses à désirer sur celte matière, après ce que M. Mallet, professeur royal des bcllcsletlres françaises à Copenhague , très-connu par ses travaux sur l'histoire de Danemark, en a donné en notre langue, dans ses Monuments de la mythologie el de la poésie des Celtes, etc. Copenhague, 1756, in-4°. Dans l'histoire de l'idolâtrie nous puiserions également plus d'un trail anal: gue à notre objet; mais renfermons-nous dans des sujets moins disputes dèsi savants. Kien n'esl plus connu que les ouvrages de inorale de Confucius, célèbre philosophe chinois , et dont le P. Couplet et autres jésuites ont fait imprimer les trois premiers livres dans leur Confucius, Siuarum philosophas , sive scientia sineusis latine exposita , etc., Pansus, 1G&7, fol. L'on nous assure que cet ouvrage et quelques autres du même philosophe, que les Chinois oui encore de nos jours, existent en Chine depuis plus de deux mille ans ; car Confucius, qui en est rauteur, mourut eu 479 avant .l.-C , selon le P. Couplet. Ces livres ont échappé aux ravages des siècles , parce qu'ils sonl relatifs à la morale et à la religion d'un peuple attaché de temps immémorial aux traditions de ses ancêtres. | Les Parsis modernes répandus dans l'Inde, et surtout dans le Kir m an, province de la Perse, nous of-i friraieni pareillement un exemple bien remarquable de l'une et que prennent les peuples a conserver avec soin les livres qui concernent leur religion, s'il était vrai que ceux que les C! ébres conservent fussent aussi anciens que-des savants les supposent. Il serait ici fort inutiledediscutersi ces mêmes livres, qui renferment viugl-un différents traités, tous compris sou* le titre général â\i Zend Avesta, sont effectivement d& cet ancien Zerdusht, que les Parsis ou Parses, selon d'autres, considèrent comme leur législateur. Plusieurs savants ne doutent piu^ de leur authenticité* ainsi quedeleur véritable auteur, qu'ils ne distinguent point du fameux Zoroaslre des Crées. Il y aurait à la vérilé pL*o d'une question à faire sur le temps, le lieu de la naissance el les ouvrages de ce philosophe, comme sur plusieurs personnages qui anciennement portèrent le même nom. ii a'esl pas bien constaté, pour le dire en passant, qu'il n'y ait eu en effet qu'un

nir,

DES TITRES PÎMÎIÎÎFS

sacrés de l'œil ls plus jaloux, comme le fondement de ses lois civiles el religieuses.

6eul Zoroaslre , le même que Zerriusht, comme l'ont, avancé, entre autres, Thon as Hyde, De relicjione veterum Persurnm, cap. 21, pag. 508 ; M. de Beausobre, Histoire du manichéisme , toni.I, liv. 1, cliap. 1 pag. l'io ; cl ibid., chap. G, pag. 515; les auteurs de [Histoire uhivel selle, traduite de l'anglais p;>r nue société de g<ns de lettres, loin. VI, liv. 1, cliap. Il , sect. 5, pag. 51; enfin le docteur Prideaux, Histoire des Juifs et des peu pli s voisins, loin 1, part. I, liv. IV, pag 5b3,suiv., rie l'édit. d'Aïusicrdam, 1722, <] ni parait toutefois se rétracter dans ses additions insérées à l.i fin du cinquième lome, pag. 524; François Buddé, llisior. vet. Test, period. 1 al» Adam, ad ftfos. , scel. 5, § 22, edil. 2 liai .«• Magdeburg., 1710 , pag. 4-58 , n'est pas fort éloigné de n'admettre qu'un Zoroasire; mais Jaques Brucker, loc. cit., loin. I , lib. II, cap. 9, p;ig- 122 a montré (pie celte opinion est trèsincertaine. Il ne nie point qu'il n'y ait eu un Zoroaslre Persc-.Méde qui llonssail au temps de Darius, lils d'Ilystaspe , el qui réforma la religion des anciens mages , auquel on attribue même des ouvrages <|ui passent sous son nom. Il observe néanmoins ( pag. 125 ) que s'il y a eu un autre personnage du même nom qui a été comme le père de la science astronomique chez les anciens Chaldéens, ainsi que toute l'antiquité profane nous l'atlesle, il voudrait qu'on eu fil remonter l'existence jusqu'aux premiers âges de la monarchie de Babylone. Mais je doute fort que celle époque de temps, à laquelle Brucker nous renvoie l'ancien Zoroastre, sans en être bien convaincu lui-méuie, paraisse fort assurée à quiconque aura lu la suite du Truite historique de la religion des Perses par l'abbé toucher ; premier mémoire sur la personne de Zoroaslre ; Mémoires de iutérulure de l'académie des inscriptions et belles lettres , tom. XXVII, pag. 255, suiv., «dit. de Paris. Cel babil»; académicien fixe l'âge de Zoroaslre au temps de Ciaxare 1, roi des Mèdes ( piuj. 27-i ).

11 est vrai que celle date que nous donne ici l'abbé Foucber de l'ancien législateur persan est peut-être un peu trop récente ; le témoignage de Xantus, dont ce. savant académicien ne lait pas grand cas , et qui a tant embarrassé Prideaux, mériterait qu'on y eût plus d'égard. Mais laissons cel ancien Zoroaslre, comme quelques autres , au sujet desquels il est si difficile de concilier entre eux tous ceux des auteurs qui en ont parlé ( voyez Juan. Alb. Fabiieii Biblioili. yrœc, vol* 1, lib. 1, cap. 50, pag. 245, seqq. ). Après les recherches que d'habiles gens ont laites louchant les livres du Zend-Avesia , il semble (pie l'on ne puisse guère meure en doute leur antiquité , ni même leur authenticité. Cela appuierait fortement ce qui fait l'objet de notre remarque. Le docteur llyde, si versé dans celte matière, s'était engagé à publier ces mêmes livres en latin : damait rempli sa promesse si on l'eût aioé pour le» frais de l'impression. Faute d'un tel secours, ce dessein expira avec lui au piéjinliee de la république des lettres, et même de la religion. Je dis de ia religion, parce que le Zend-Auesta nous offre des preuves manifestes de la ira di ion des vérités saintes, conliées au seul peuple hébreu, que l'auteur de ce livre n'a puisées que dans nos Lcritures, comme nous l'observerons bientôt. Le docteur llyde se contenta de traduire le Sud der, qui, selon lui, n'e»l qu'un simple abrégé du Zend-Avesia, el une espèce de poème qu'un prêtre de la secte des Parsis, irès-inslruil dans l'ancien langage et dans les \ieux caractères de Perse, avait lait deux siècles auparavant ( vers l'an 1500 ) en langue persane vulgaire. Un trouve ce même abrégé à la lin de l'histoire de la religion des anciens Perses , que nous devuns aux soins de ce savant Anglais.

t)ue l'on ne soit point étonné de me voir insister

L'état uc la religion chez les Juifs eût-il donc pu* être compatible avec un curps d'écritures lout mutilé,

sur l'aniiquilé de ces livres, dont l'objet paraît m'é.oigner des vues que je dois uniquement me proposer dans mes Considérations : leur existence ne peut que donner du poids à ce qui m'occupe dans celte noie'; ils ont des traces si sensibles de judaïsme, qu'ils me* nient que nous n'y passions pus trop rapidement. La fixai ion de leur daie serl encore à constater la grande antiquité, je dis même l'authenticité de nos Ecrit» sacrés* Car s'il est une fois bien prouvé que l'auteur du Zend-Avesia a puisé dans nos livres s;iinls, comme les llyde, les Pocock, les Prideaux et quelques autres fort versés dans la littérature orientale, l'ont remarqué, il s'ensuit que nos Ecritures existaient né* cess uremenl lorsque ces livres furenl écrits par le nouveau Zerdushi. De plus il résulte de là que les Juifs répandus dans l'empire de Babylone et d'Assyrie, du temps de Darius lilsd'llyslaspe, durent avoir leurs Lcritures hébraïques , el les conserver avec le plus grand soin. Poursuivons donc nos remarques au sujet de ces mêmes livres, et ne déguisons pas ce que d'habiles critiques ont opposé contre ladite que nous leur avons supposée jusqu'à présent; ce petit détail inséparable de la discussion nous ramènera à noue objet principal.

M. Brucker (loc. cil , cap. 5, pag. 455, suiv.) a dit que le Zend-Avesia n'était point antérieur au temps d'Kuschc. Quoique l'illustre Huei crût que ces livres fussent beaucoup plus aucuns il ne les tenait pas moins pour suspects; ils étajÉnl, selon lui, le fruit de l'imposture. Ce savant prétendait même que Zoroaslre n'a\ait jamais exisié; mais le docie prélat f ainsi que l'observe l'abbé Foucber ( second mémoire sur les écrits de Zoroastre, loc. cit., pag. 298, nu. ), avait entrepris d'enlever à toutes les nations les héros qu'elles se glorifient d'avoir produits, el de concentrer dans le peuple hébreu tous les grands hommes de la haute ami ,uité. L'histoire des temps héroïques, dil encore le savant académicien, n'était aux yeti* de lluel que l'Histoire sain edéligurée par des laides. Le docte Briuker s'accorde en quelque façon avec l'é»èque d'Avi anches. 11 soutient néanmoins que si ces écrits ont jamais existé , ils oui été anéantis |ar les Sarrasins, el que ceux que les Ghèbres conservent oui été substitués aux anciens. 11 veul enfin que les mages les aient composés à dessein dans l'ancien langage el les vieux caractères de Perse pour en impo* ser plus facilement aux juifs et aux chrétiens , peutêtre encore, dit-il i aux niahoniétans, el pour donner quelque appui à leur secte déjà chancelante, que toul menaçait d'une chute prochaine.

Ces objections , comme ctlles de liuet, sont plausibles ; c'est encore une remarque de l'aiibé Fouclier ( loc. cil., pag. 500), qui les croit cependant avoir plus d'apparence que de solidité. Il faut avouer que cet académicien ne pouvait mieux venger l'authenticité de ces livres qu'il l'a fait dans son savant mémoire que je viens de citer. Les preuves qu'il y donne concourent toutes à nous persuader que le second Zoroaslre ou Zerdiishi qu'd place ( premier mémoire, loc. cil., pag. 284 ) sous Darius, lits d'îly.-taspe, a laissé des écrits qui subsistaient encore dans le IV* siècle, et qui sans doute ne périrent pas ni avant ni après l'invasion des Sarrasins. Il prouve avec lorce dans le reste de ce second mémoire ( p.'g. 519, suiv.) que ces écrits subsistent encore de nos jours , et réfute victorieusement l'hypothèse du docie Brucker. Quoiqu'il ne prétende pas (pag. 329) que lotit ce quo le Zend-Avesia renlermesoil la production du second Zoioastre , cela n'empêche pus qu'il n'attribue le gros de l'ouvrage à ce fameux réformateur de la religion des anciens Perses. Comme des savants, tels qu<ï Hyde (De lldig. vet. Pers. , cap. 29, seq.), PococH (Spécimen lùsior. arab., pag. 147 ) el Prideaux ( loc,

tout corrompu? Qnoi! Dieu aurait permis un si grand

malheur en Israël, que l'Eglise chrétienne qu'il venait

cit., pag. 385, 380, suiv., et 407) ont déjà assuré que le Zend-Avesta , ou Zundavestoun , ainsi que le prononcent ceux du pays , forme un recueil dans lequel on trouve une conformité bien marquée avec l'histoire et les lois de Moïse, avec les Psaumes et d'autres endroits de l'Ecriture, M. l'abbé Foucher a raison d'eu conclure que ces traits décèlent un juif instruit : ils confirment aussi la tradition constante de la plupart des auteurs persans et arabes , qui donnent la même origine à Zerdushl. Quelques-uns d'entre eux prétendent toutefois qu'il passa du moins sa première jeunesse en Judée en qualité de serviteur de quelque prophète. (Voy. Uist. universelle, traduite de l'anglais, ioc. cit. , tom. IV, pag. 53. ) Mais celte opinion ne peut subsister avec les preuves de M. l'abbé Foucher. < Un étranger, dil-il(pag. 290), aurait-il pu se procurer les livres de l'Ancien Testament ? On sait avec (piel soin les docteurs juifs les soustrayaient à la vue des infidèles. Et quand quelqu'un de ceux-ci aurait pu en acquérir un exemplaire, est-il probable qu'il les eût bien entendus pouren faire autant qu'en fait l'auteur du Zend-Avesta! î Ces observations fondées sur les caractères internes dece recueil, conduisent notre savant académicien à nous faire remarquer (pag. 292) que Zerdushl, dont le nom juif est absolument inconnu, dut s'attacher dans sa jeunesse à Daniel, ou à quelque autre des illustres Hébreux que le roi de Babylone avait élevés à des emplois importants. Zerdushl dut profiler du séjour de cette ville pour y acquérir les connaissances capables de lui procurer de la considération. Les écoles de B ibylone avaient é é pernicieuses à plusieurs Juifs qui, dégoûtés de l'auguste simplicité de leur religion . s'étaient familiarisés avec des sectes établies dans celte capitale. Les uns en public, les autres en secret avaient embrassé des religions étrangères. Ceux qui se sentirent plus d eévaimn dans l'esprit se perdirent dans la recherche des principes de l'univers, dans les abîmes de la création et de l'origine du mal , et se trouvèrent disposés, lors de la prise de Babylone, à condescendre au culte de la nation victorieuse. Ce scandale, observe M. l'abbé Foucher, avait été prévu par le prophète Ezéchiel(ch.\lll), lorsque Dieu lui fil voir dans une vision ( rapportée dans son premier mémoire ) vingtcinq Hébreux qui tournaient le dos au sanctuaire du temple, et qui prosternés en terre adoraient le soleil levant. Noire Zerdushl fut un de ces déserteurs ; mais, habile comme il l'était , il sul placer son apostasie dans des conjonctures favorables à sa fortune. Pour rendre ses lois plus vénérables , le nouveau Zerdushl s'appropria plusieurs de celles de Moïse : il copia plusieurs endroits des livres saints , en emprunta de belles prières, et puisa dans celle source les principes d'une saine morale, que les anciens el les modernes ont beaucoup vantée. Mais il faul avouer, ajoute notre savant académicien, qu'il eu déshonora la pureié d'une manière étrange , en autorisant les incestes les plus monstrueux. Des auteurs l'ont cependant justifié sur cet article. Quoi qu'il en soit, ce que M. l'abbé Foucher dit dans la suile de son mémoire touchant la personne de ce nouveau législateur, présente quelque chose de plus qu'une simple probabilité.

Les nouveaux travaux de M. AnqueliUurles livres du Zend-Avesta, dont il nous annonça la traduction française en 1 7t>5, donneront encore plus de poids aux preuves de M. l'abbé Foucher, et éelaiicirontdepluscn plus tout ce qu'il nous a communiqué dans ses différents luémoires concernant le système de Zoroastre sur la naiure de Dieu, la formation de l'univers, l'origine du mal , et la religion des Perses. En nous menant encore plus en état de prononcer sur ce qu'on a reproché à la morale de Zerdushl, dont quelques savants ont entrepris l'apologie f celle même traduction

S. S. XXVII

DE I A RÉVÉLATION. 518

de fonder, qui eurau clans ions tes droits de la synagogue, et en recevait beaucoup d'autres infiniment précieux, n'eût pu avoir des mains des Juifs qu'un recueil très-imparfait des livres sacrés, rempli niêmt d'altérations essentielles.

L'Ecriture de l'Ancien Testament, observe judicieu-

sement un grand écrivain , était comme enceinte de Jésus-Christ; serait-elle avortée avant le terme? Elle était le guide qui devait conduire les véritables Juifs au Seigneur ; les aurait-elle fait égarer? Elle était toute pour Jésus-Christ, elle y portait, elle y conduisait; serait il possible qu'elle eût éié corrompue en chemin , et qu'elle n'eût point atteint sa tin et sou terme? Finis legis Cliristus (1).

Avouons que si jamais nos Ecritures hébraïques ont dû exister dans leur intégrité elleur pureté, elles ne pouvaient que l'être au temps de Jésus-Christ. C'eût élé une chose bien étrange que le Désiré des nations eût tant de fois rappelé les Juifs aux propres témoignages de leurs écrits sacrés , si ces mêmes livres avaient élé déjà exposés aux défauts notables qu'on ose leur attribuer. Disons plus : Jésus-Christ , les év.mgélistes, les apôtres reconnurent dans le texte hébreu un caractère de vérité et d'autorité qu'aucune version , qu'aucune glose de leur temps ne pouvait leur faire perdre. Que reste t-il à conclure, sinon que l'on considéra alors cet original comme revêtu de toute son authenticité, bien loin qu'il fût aussi mutilé et dépravé que des critiques peu circonspects l'ont soutenu sans des principes solides.

De quelque manière qu'on envisage encore celte

nous fera mieux apprécier la véritable antiquité de celle espèce de code religieux des Parsis modernes Voy. le Journal de Verdun , du mus de juin 17G5, pag. 4ii, suiv., où l'on trouve un extrait du discours qui doit servir de préface à la traduction des livres que les Parses de Kirman el de l'Inde attribuent à Zoroastre , lu à la dernière rentrée publique de l'académie royale des belles-lettres par M. Anquetil.A quoi on peut ajouier les Rechn'ches de cet habile académicien sur les anciennes langues de la Perse ; Mémoires de la même académie , loin. XXXI, pag. 339, suiv. Dans le volume suivant, que je n'ai pu me procurer, il doit y avoir d'autres recherches sur le même objet. L'authenticilé du Zend-Avesta nous fournil donc une forte preuve de l'attachement des peuples aux traditions de leurs ancêtres et à ce qu'il y avaii de plus respectable dans leur religion.

Je laisse à dessein d'autres monuments religieux, conservés avec le plus grand soin par des peuples assez connus. L'Alcoran , fruit de l'imposture ei de l;i superstition , subsiste encore dans toute son intégrité depuis plus de mille el cent années ; il est regarde de l'œil le plus jaloux par les sectateurs de Mahomet. Concluons donc : si des nations entières , privées des lumières delà foi, qui sont >ans. promesses , et n'o.it que des espérances illusoire», se montrent si zélées à conserver leurs prétendus livres sacrés, que ne durent point faire à cet égard les Juifs eux-mêmes, que Dieu desiinailà nous instruire, et auxquels était confié le dépôt de la révélation.

(1) Conférences ecclésiastiques, ou Dissenations sul les auteurs, les conciles et la discipline des premiers siècles de l'Eglise, par M. l'abbé Duguet; Colt>« gne, 1742, disserl. 15, sur l'étal où est à présent pj

S. Ecriture, p;ig. 253.

[Dix-sept.)

i!9" DES TITRE

prétendue dépravation arrivée anciennement à noire texte hébreu, on ne voit pas mémo comment elle a pu se faire. Ni les juifs ni les chrétiens ne l'ont corrompu à dessein. Mais, sans anticiper sur ce point que nous aurons occasion de toucher dans nos Considérations, bornons nous à dire qu'il faut chercher la cause d'une pareille corruption partout ailleurs que dans un dessein sérieux et réfléchi d'avoir commis un tel attentai. L'Ëglise juive comme l'Église de Jésus-Christ était également intéressée à ce qu'on ne violât jamais impunément le sacré dépôt des divins originaux . Les Juifs d'aujourd'hui, qui ne sont pas moins nos ennemis que le furent ceux des premiers siècles du christianisme, tout disper.- es qu'ils sont dans les différentes parties de l'u nivers,nous servent de témoins irréprochables de l'authenticité, de l'intégrité, de la pureté de ces écrits sacrés. Nous sommes encore divisés d'intérêts , de mœurs , de religion ; et nous avons toujours eu une unanimité de sentiments sur ce grand principe, la base Je notre croyance. Ce consentement unanime pendant l'espace de plus de dix-sept siècles , forme la plus foi te des démonslraiions en faveur de la sincérité de ces mêmes Ecritures : il prouve d'u ,.e manière invincible que nos écrits s;ic;és n'ont pu être essentiellement corrompus. La diversité même des manuscrits hébreux, quelque grande qu'on veuille la supposer, ainsi que nous l'observerons ailleurs , ne présenie pas une preuve moins solide t qui nous assure l'intégrité essentielle de cet original des Ecritures du Vieux Testament. A ces considérations générales , qui devraient suffire pour faire sentir toute la faiblesse d'une hypothèse enfantée dans le sein de l'ignorance ou de la prévention, ajoutons-en une autre qui me paraît être de quelque poids.

Dans le temps même que Jésus-Christ établit son Église, il lui promet qu'il l'assistera jusqu'à la consommation des siècles. Notre divin Rédempteur est le seul qui ait construit sur la terre un édifice immortel, contre lequel il promet aussi que les puissances de 1 ange de ténèbres ne prévaudront jamais (1) : Toute puissance lui a été donnée dans le ciel et sur la terre (2). Tel est le fondement immuable de la parole de Jésus- Christ , qu'il n'abandonnera point celte nouvelle société de fidèles, assemblée par son propre sang, et affermie par ses promesses.

Noire-Seigneur ne pouvait donner en moins de paroles un témoignage plus fut de la protection invincible de Dieu. Tout est grand, tout est magnifique dans la promesse du Sauveur. Cette môme Église qu'il vient de fonder ne cessera d'avoir des suints sous le régime de ses pasteurs établis de Dieu. La charité et la vérité n'y mourront point. Elle verra naître des hérésies et des schismes qui seront toujours exterminés au milieu d'elle. Ses écrits sacrés seront exposés à la raillerie du libertin, mais il sera confondu. Cette Eglise, dit un saint Père, sera battue par les va-

(1) Et nortrê inferi non prœvalebunl ad versus cam Hlalih XM, 18.

(2) ibul., XXV11I, 13.

gnes des cupidités du siècle , mais elle ne sera pan renversée. Elle sera frappée, mais elle ne sera pas unnée. Elle aura toujours des moyens à sa portée pour réprimer , pour calmer l'agitation des flots et le soulèvement des passions des hommes. Elle sera témoin du naufrage des au res, mais elle en sera exemple et hors de péril; toujours certaine d'être éclairée par Jésus-Christ, et de trouver la consolation el la joie dans la lumière qiïtlle en reçoit (1). L'enseignement des ministres du Seigneur y sera visible et perpétuel. Le dépôt de m s Ecritures dont elle doit répondre, parce qu'elles renferment les titres primordiaux de noire religion, n'y sera jamais violé. Dieu lui suscitera continuellement des docteurs zéiés el éclairés qui veilleront à la garde de ce dé, ôt sacré. Jésus-Christ a donné à cette Église, qui est la maison de Dieu, la adonne, l'appui de ta vérité (2), un prompt remède à toutes les erreurs et à tous les désordres : Je suis tous les jours uvec elle jusqu'à la fin des siècles (5).

Quelle que soit donc la négligence des hommes, jusqu'à quel point qu'ils osent porter leurs iniquités et leur impiété , la promesse du Sauveur ne peut manquer ; elle met nos Ecritures à l'abri de toute alléa'ion préjudiciable à la foi et aux mœurs. Le dépôt de ces saints livres sera toujours sacré el inviolable, parce que l'Église a été Chargée de le conserver dans tonte sa pureté el d'.en perpétuer la garde tant qu'il y aura des fidèles sur la terre.

Je sens que la promesse de Jésus-Christ s'étendait sur tout le corps de nos livres sacrés vu quelque langue qu'ils pussent être, une fois que l'Église, à qui le Samt-Espril n éfé promis (Joannis XIV , 1G , 26 et alibi) et donné (Ibid., XX, 2-2; MaÙh. XXVSU, 2), jugerait à propos de choisir telle ou telle version pour l'instruction des fidèles. Mais la promesse du Sauveur n'était pas moins una garantie qui nous cautionne l'authenticité , la pureté el l'intégrité de ce même original que les Juifs avaient enlre les mains, à l'époque de l'établissement de l'Église chrétienne. Les promesses du Sauveur sont donc incompatibles avec l'état de corruption auquel on supposeque notre texte hébreu se trouvait exposé de son temps.

Pour donner quelque couleur de vraisemblance à l'hypothèse que nous combattons et contre laquelle on ne peut trop s'élever, il faudrait supposer que le texte original des Ecritures ou Vieux Testament eût contracté ces sortes de taches avant la venue de Jésus-Christ ; ou l'on doit dire qu'une telle corruption

(1) Ecclcs'ui tundi'ur secular'mm curarum flnetibus , sed non subrtiitnr : ca'dilnr, sed non labefaclalar, coui* motioncs flucluum et insurreetwnes passionum corpma> lium facile premere ac mitigare. Spécial alwrnni naufrutjia , ipsa itnmunis el exsor» periculi , purala sempft ut illucescat sibi Christus , nique vjus illumination e jucundilalem acquiral sibi. S. Ambrosius , de Abraham , lih. Il, cap. 5, n. 11, Opcr. loin. 1, edil. Paris., 168G cl. 518.

(2) Columna et firm unenium vcritalis. 1 ad 7'imolli III, l&

(3) Eeee vobiscum sum omnibus diebus usque ad ceiisummalh.nein secuii. Munit. XXV il! , 20

DE LA IlEVÉLATION.

Kî,a

avait eu lieu quelque temps après ; qu'il ne nous reste par conséquent de nos jours qu'an texte bien dilïérenl de celui dont se servirent Jésus-Christ, les npô- 1res et les premiers docteurs de l'Église. Il est aisé de s'apercevoir où nous mèneraient ces suppositions absolument dénuées de preuves, comme nous le montrerons plus bas. Il suffit de faire remarquer présentement que Dieu aurait manqué à son Église en ne lui laissant qu'un texte très-douteux de ses Écritures. Toutes nos anciennes versions, sans même en excepter notre Vulgate, dont l'autorité est si bien établie, seraient parties d'un texte eniièrement défectueux. Quoi de plus contraire aux desseins de Dieu !

C'est donc une erreur de prétendre que notre orig'wial hébreu a été corrompu avant la venue du Sauveur, et qu'il était sujet aux mêmes vices à l'avénenient du Messie. Ce n'est pas moins une erreur de dire qu'une telle dépravation a augmenté de plus en plus depuis le siècle de Jésus-Christ et le temps des apôtres ; comme si la garde du dépôt des litres aussi sacrés que le sont ceux de nos dogmes , de notre morale et de tout ce que les auteurs diviniment inspirés nous ont laissé pour notre instruction (1) , n'eût, dans aucun 'emps, intéressé les ministres du Seigneur, à être attentifs à le conserver avec une scrupuleuse exactitude. Loin de nous des paradoxes aussi étranges qu'ils sont injurieux à la sainteté de la religion !

Continuons à poser i\e> principes toujours plus analogues à la pureté du corps de nos écrits sacrés. Il éiait dans l'ordre de la Providence que le Seigneur veillât à la conservation de nos Ecritures ; qu'il ne permît poi;il que ces saints livres contractassent le moindre vice préjudiciable à leur intégrité, quant aux vérités dogmatiques et morales. Toute assertion qui s éloigne de ce grand principe si digue de la bonté de Dieu, si conforme à sa sagesse, n'a plus rien de fixe ni rien d'assuré ; elle nous laisserait flotter au vent des opinions dans une matière de la dernière importance pour la religion sainte.

La même Providence qui entretient dans l'Église de Jésus-Christ une succession toujours suivie d'apôtres, de ministres du Seigneur, pour écarter toute ivraie du bon grain, pour veiller à la sainteté de la doctrine et à l'intégrité du corps des Ecriture-, fil paraître sous l'économie mosaïque une suite non interrompue de prophètes , de prêlres, de docteurs de la loi, qui ne furent pas moins jaloux des éerils sacrés, où ils trouvaient un monument domestique de leur foi, et dans lesquels nous puisons les mêmes principes de notre religion.

Pour rendre cette vérité plus sensible , qu'on me permette de développer un autre principe qui me paraît devoir y répandre quelque iumière. Dans cent endroits de nos livres saints Dieu prend à témoin l'ancien peuple hébreu qu'il ne lui a jamais manqué, pas même à l'extérieur. Non coulent de lui avoir

(î) Oinnis Scriptura divin'tus înspimta ntilis est ad lioeendum, eic. Il ad Timoth. !ii, 1G1 ; l Pétri I, 21.

donné la loi , d'avoir fait divers règlements par le ministère du législateur des Juifs , afin que le livra où elle était décrite ne fût jamais exposé à la moindre altération et se trouvât toujours présent à leur es} ri!, le Seigneur leur suscita un ministère de prophètes, sans cesse occupés à leur inculquer le souvenir des grandes vérités de la religion. Depuis le temps que vos pères sont sortis de tÉgtjple jusqu'aujourd'hui , dit Jérémie, je vous ai envoyé tous mes serviteurs et mes prophètes de jour en jour. Je me suis hâté de les envoyer. J'ai conjuré vos pères par tes instances les pius pressantes; je lésai prévenus en toutes manières , et leur ai dit : Écoutez ma voix (1). Il est vrai , comme l'ajoute le môme prophète , que Dieu leur reproche qu'ils ne lui ont point obéi (2). Dieu néanmoins, ainsi que l'observe un grand écrivain (3) , se compare ici à un maître vigilant, ou, si l'on veut, à cette femme des Proverbes (XXXI, 15, 18), qui se relève la nuit, sans laisser éteindre sa lampe , pour mettre à la main de chacun de ses domesiiquesen particulier, et par un soin manifeste, ta nourriture convenable.

Insistons un peu sur la conduite de Dieu à regard de son peuple : celte remarque nous conduira à quelque chose d'intéressant. A ce ministère prophétique, quoi. ;ue extraordinaire, mais non moins continu jusqu'à Malachie, le dernier des prophètes, Dieu joignit, sans interruption, le ministère ordinaire du sacerdoce établi *par Moïse. Le Seigneur avait dit à Phinéès, fils d'Eléazar, fils d'Aaron , que le sacerdoce lui serait rassuré à lui et à sa race par une alliance éternelle {Numeror.WV, 11, 13). On sent que cette éternité devait être telle qu'elle pût s'accorder avec la nature d'un culte qui n'avait été établi que pour un temps, parce qu'il n'avait en vue que le seul peuple d'Israël* La loi de Moïse renfermait un grand nombre de cérémonies dont une bonne partie ne pouvait avoir lieu que dans le pays de Chanaan ; elle ne pouvait <îire par conséquent une loi générale pour tous les hommes. On doit plutôt la considérer comme une simple dispensalion de la Providence, qui servait à la grande fin que Dieu s'élait toujours proposée, et qui tendait uniquement à délivrer le genre humain des maux auxquels il avait été assujetti par la chute du premier homme (4). La promesse du Seigneur que nous avons en vue était donc nécessairement limitée. Aussi n'eul-elle lieu qu'autant que dura l'économie mosaïque. Le sacerdoce étant alors transféré, dit l'Apôtre, il fallait que la loi le fût aussi (5). Dieu cependant ne se montra pas moins fidèle à au*-

(1) Jérem. Ml , 25 ; XI, 7; XXV, 4; XXVI, 51 XXIX, 19; XXXV, 14, 15.

(2) Ibid.

(5) M. Bossuet, evêque de Meaux , seconde lustra* ction pastorale sur les promesses de Jésus-Christ à soit Église, ch. 22, Paris, 1701 , pagj 56.

(4) Voyez De l'usage et des fins de la Prophétie, paf M. bhcrlock, evéque de Londres, traduit de l'anglais, par M. Abrah. le Maine. Paris, 1754, loin. 1, discoure V . pag- 200.

(5) Ad UcbrœosMl, 12; Vlll, 8, 9S seqq.

compjîr l'alliance qu'il avait contracté dans la personne de Phi nées. Le ministère public et sacerdotal ne défaillit jamais , quelles que lussent les prévarications du peuple, des rois, des lévites , des piètres mêmes.

Je sais que les nromcsses que le Seigneur a daigné faire à son Église ont été différentes sous la Loi et sous l'Évangile; mal» leur principal objet a dû être le même dans tous les temps. C'est dans l'ordre des prêtres, légitimes successeurs d'Aaron, qu'il y eut toujours un tribunal révéré de toute la nation, où la religion, dit encore le grand Bossnel (1), prévalait après les règnes les plus impies. Suivons ce même principe : il ne peut que jeter des traits de lumière sur l'état où ont dû se trouver nos Ecritures hébraïques sous l'ancienne dispensalion.

« Les prêtres de la tribu de Lévi et de la race de Sadoc, qui ont observé (id élément les cérémonies de mon saint temple pendant les erreurs des enfants d'I raël, s'approcheront de moi pour me servir et m'offriront la graisse et le sang des victimes, dit le Seigneur notre Dieu (Ezech. XLIV, 15). J'ai l'ait avec Lévi, dit encore le Seigneur, une alliance de vie et de paix. La loi de la vérité a été dans sa bouche , et l'iniquité ne s'est point trouvée sur ses lèvres; il a marché avec moi dans la paix et dans l'équité, et il a détourné plusieurs personnes de l'iniquité (Malach. II, 5,6).» L'effet suivit la promesse : l'Église judaïque eut tous Jps caractères de visibilité; le sacerdoce n'y eut point d'interruption ; l'erreur n'y passa jamais en dogme. Dans les temps du plus grand des obscurcissements, celle Église eut un sacerdoce public, des prophètes susciés de Dieu pour s'opposer au torrent des crimes et de l'impiété qui inondaient la nation ; elle eut un grand nombre de serviteurs de Dieu qui n'avaient point fléchi le genou devant Baal (2) et qui ne Cuvaient point adoré. Pendant qu'Achab et Jézabel comblaient de faveurs les prophètes de Baal, qu'ils persécutaient à mort ceux du Seigneur et qu'ils ajoutaient l'injustice à l'impiété, Abdias, ce zélé serviteur de Dieu et intendant de la maison du roi, trouva le moyen de soustraire à la fureur de Jézabel cent prophètes qu'il fil cacher dans des cavernes, où il eut soin de les nourrir de pain et d'eau (III /%.,XVïII,4).Sous Achnz, prince impie, on voit paraître un Isaïe. Ezéchiel, Jérémie, Baruch el Daniel exercent leur ministère dans les circonstances les plus défavorables à la religion, comme les plus critiques pour la république. Les Juifs, à la vérité, étaient venus à un tel excès, du temps d'Ézéchiel, (pie ce prophète leur reprochait que les peuples idolâtres rougis>aient de leur conduite; aussi Dieu leur déclar.:t— il, par la bouche de son prophète, qu'il les livrerait à la haine des filles des Philistins (Ezechiel. XVI, 27). Ce nVst pas que toute la nation fût telle: le Seigneur s'était réservé, dans des lemps si fâcheux , plus d'un Israélite qui gémissa.l des iniquités du reste du peuple

(1) Looe H lato, chap. 23, page 63.

(2) Derelinquam mi lu in Israël septem millia virorum quorum genua non sunt ineurvala aille Baal. lil Règn/ji XlliX, 18.

DES TITBES PRIMITIFS si*

avec Israël (Ezech. IX. 4). Ces israéîites, pénéirésde respect pour la Divinité, recueillaient avec soin les paroles et les écritsde ces saints hommes que l'esprit de Dieu animait dans l'exercice de leur ministère. Ainsi leSeigneurne manqua jamais de vrais adorateurs dans Israël tant que dura l'économie mosaïque ; la vérité et l'autorité de la religion y subsistèrent, sans jamais défaillir, jusqu'à la chute qui devait arriver à la synagogue, selon les oracles des prophètes. On y vit constamment une Église enseignante et subsistante, qui avait le droit de mettre dans son canon des Ecritures et déclarer divins ceux des livres qu'il plut à Dieu d'inspirer pendant tout le lemps de cette dispensalion. « Parmi les Hébreux, dit un ancien, ce n'était point au peuple do juger de ceux qui étaient inspirés ni de rien décider au sujet de leurs ouvrages divins. Cet emploi, continue Eusèoe, n'était réservé qu'à un pelil nombre de personnes assistées elles-mêmes du Saint-Esprit puir prononcer sur cela , ainsi que sur leurs auteurs, qui avaient une inspiration spéciale pour mettre ces oracles par écrit. Eux seuls avaient l'autorité de consacrer les livres mêmes des prophètes el de rejeter les autres comme faux et suppo es (1). »

Tels furent, sous celte économie, les juges de l'authenticité el de la divinité des Ecritures. Il n'appartenait qu'au grand prêtre et à ceux qui composaient le conseil ecclésiastique de prononcer sur une matière aussi importante. L'assistance de l'Esprit saint ne leur manquait point, parce que, chargés qu'ils étaient du dépôt des écrits sacrés, ils avaient eux seuls le droit d'en juger, de les proposer aux fidèles comme dicié* parla Divinité elle même Quiconque d'entre les Israélites eût osé mépriser les décisions de ce corps respectable était frappé d'analhème et encourait l'indignation du Très-Haut : c'est le Seigneur lui-même qui le

déclare (2) par la bouche du législateur des Hébreux. Quel doit être le résultat de ces réflexions, sinon

(1) Non infime quondam apud Ilebraios mullitmlinis erat, aul de ils qui lauquam divino Spirilu alfl iti producerenlur, aut de divinis ipsis carinuiibus sialueie; sed pauci. erani divino Spirilu, cujus propria ilh describemli vis est, afllaii ipsi quoqnc, qmbus etiam unis ea de re slatuere, ipsosque adeo proplielarum libros consecrare, c;cieros veto lanquam adulterinos, ac spurios abjudicarc lieeret. Eusehius , de Prœparal. evamjel lib. XII, cap 22, edit. Paris. 1628, pag. 597. On pourrait traduire plus litlém tentent ce passade d'Eu^cbe qu'il ne l'est dans la version de François Vigier: Apud llcbncos antiqniius non muliitudinis erat judicare, qui divino Spirilu ducerentnr, quaoque divina carmina forent; sed erant pauci ac rari, participes ipsi quoque divini Spirilus, cujus est de diclis discernere, quilms solisque judicare licebat, atque adeo consecrare prophclarmn libros ; eos aulem qui non essenl hujusmoili ahjulieare.

(2) Si difficile el ambiguum apud le judicium esse perspexeris,... veuiesque ad sacerdoies levitiei generis... Et faciès quodeumque dixerinlqui pncsunlloco quem elegerit Dominus, et docuerinl le... Juxta legem ejus, seqùerisque senlentiam eorum, nec declinabis ad dexteram neque ad sinistrain... Qui aulem superbieril, nolens obedire sacerdotis imperio qui eo lempore minislral Deo tuo, et decrelo judicis , morielur homo ille, et auferes malum ex Israël. Deuteronom, XVil. 8-12.

525 DE LA KÉV

que l'Église judaïque, toujours exempte d'erreurs (1), parce que dans tous les temps elle fut conduite par l'Esprit de Dieu, dut nécessairement conserver avec une religieuse exactitude des livres qui, non seulement étaient à la fois relatifs à sa politique et à sa religion, mais qui étaient encore principalement destinés à notre usage.

Si Jésus-Christ lui-même conserva enfin à ce tribunal, toujours existant dans l'Église d'Israël, tous les caractères d'autorité et de vérité, oserions-nous dire que la Providence eût abandonné à la négligence cl à la malice des hommes des écrits qui étaient le livre de vie, l'alliance du Très-Haut et la connaissance de la vérité ("2).

Remontons jusqu'à ces âges qui ont devancé la caplivilé de Babylone; allons môme jusqu'aux premiers temps delà république d'Israël; suivons ce peuple dans les différents étals où il se trouva depuis qu'il eut reçu des mains de son législateur le livre de la loi; dans quelque point de temps qu'on considère celte nation, il ne serait pas difficile de montrer que les mémoires originaux des écrits sacrés, toujours composés par des auteurs contemporains, furent confiés à des prophètes (3) et à des prêtres établis par l'ordre de Dieu, qui veillèrent continuellement à la conservalif n de ces saints livres.

Avant que Salomon élevât au Très-Haut ce superl î édifice dont les auteurs sacrés nous décrivent la gloire et la magnificence, lorsque *2 peuple hébreu n'avait encore que la tente du témoignage duSeigneur , dans un lieu où tous les Israélites allaient offrir leurs sacrifices et faire leurs principaux actes de religion, on conserva constamment à cô é de l'arche, qui é:ait dans le saint des saints, le plus s icré des dépôts, l'autographe même de la loi; l'ordre qu'en avait donné Moïse (4) était des plus précis. Ce n'était pas sans un dessein bien réfléchi que ce saint livre avait été mis en réserve dans un lieu si respectable : le législateur des Hébreux voulut, par ce règlement, donner un témoignage, toujours subsistant, au milieu d'Israël de l'alliance que ce peuple avait contractée avec le Seigneur son Dieu, et perpétuer la conservation d'un écrit qui contenait tous

(1) On trouvera les principes qui servent de fondement à cette vérité très-bien développés dans l'excellente Instruction pastorale de M. Bossuel sur les promesses de l'Église, ebap. 17 et suiv.

(2) Ecclesiaslk. XXIV. 32.

(3) Voy. Joan. Gotilob Carpzov. lvtroducl. Biblic. Vet. Test., p-irt. II, cap- 3, § 5, pag. 106, seq , et cap. 4, §4, pag. 174. Ejusd. Crilic.\Sacr. Vet. Test., part. I, cap. 1, pag. 54, seq.

(4) ïollite librum logis isfms, et ponite eum in laiere arcaï fœdeiis Domini Dei vestri, ut sit ibi contra le in lesiimonium. Deuteron. XXXI , 26. La paraphrase chalduï pie de Jonathan , lils d'Uziel, nie paraît avoir bien saisi le sens de Fauteur sacré en le rendant de la manière suivante : Reponite librum legis hune, et reponiie eum in capsa ad lalus dexlerum arca» fœderis Domiui Dei vestri, et sit illic intor vos in leslimonium. Ad latus rend parfaitement le mot du texte hébreu, TSQ, sur lequel les philologues ont pris différents partis. Onkelos n'est pas m. ins exact.

ÊLAtîON.

les litres de la constitution ciwle cl religieuse de la nation sainte.

Moïse fit plus : il écrivit lui même cette loi de sa propre main; il en donna une copie aux prêtres, enfants de Lévi et à tous les anciens d'Israël (1). Il leur com manda d'en faire la lecture au peuple tous les sept mis, lorsque Canné»: de la remise serait venue et à la fête des Tabernacles (2). Jamais les Lycurgue, les Solon, les Ch;irondas ni autres législateurs n'insistèrent autant sur la manutention et la conservation de leurs lois, et ne prirent plus de précautions pour en inculquer le souvenir et en transmettre la mémoire jusqu'à la postérité la plus reculée, que le fit Moïse, cet envoyé de la Divinité. Le roi lui même devait transcrire cette loi (3) en présence des prêlres de lévi (4), afin qu'elle lui servît de règle de conduite dans les différentes cire nstances de la vie. Pouvons-nous douer qu'à l'exemple du prince les grands el plusieurs d'entre le peuple n'en eussent des copies? Ignorons-noos encore qu'on lisait régulièrement celte même loi tous les jouis de fêies, chaîne samedi de la semaine, et que tons les sept ans l'on devait en faire la lecture entière devant l'assemblée du peuple (5)?

Mais ce n'est point encore assez. Pour préserver ce livre de toule corruption dangereuse, Moïse avait, par ordre du Seigneur, inséré dans la loi même u- e défense expresse et rigide d'y rien ajouter ou d'en retrancher la moindre chose ; il avait mis son peuple dans l'obligation constante el indispensable de lier celte loi, pour ainsi dire, sur les mains, et de la porter sur la front, entre les yeux, de récrire sur le seuil et sur les poteaux des portes des maisons (6). Tout cela, remarque un savant anglais (7), ne pouvait manquer de rendre les Juifs juges compétents sur cette matière el de les mettre en état de s'apercevoir du moindre changement ou de la plus petite innovation qu'on aurait, en quelque lemps que ce soit, entrepris d'insérer dans leur loi. Tant il e^t vrai que le législateur des Hébreux avait tout prévu pour qu'un livre aussi essentiel ne fût jamais exposé à être perdu de vue, d;sns quelque situation que se trouvassent les Juifs. Ce que nous venons de dire touchant le volume de là Loi, si religieusement conservé, doit également

(1) Denteronom. XXXI, 9 et suiv. Voy. la République d s Hébreux, traduite du latin de Cuneus, par RI. Goérée , Amsterd. 1705, loin. II, chap. 8, p;ig. 137 el suiv.

(2) Deuleronom., loc. cit., 10.

(3) Describet sibi [rex] Deuteronomium legis lmjus in volumine, etc. Deuteranom. XVII, 18. Vitf. Wlilhelm. Schi< kardus, de Jure regio, cap. 2, Theorema 5 , § 4 ; In Blasii Ugolini Thesaur. Antiquil. Sacrar., vol. XXIV, col. 477 ; notas Joan. Benedict.Carpzoxii , ibid., col. 400; Joan Goltîob. Carpzovins, Introduct. ad Libroscanonicos Uiblior. Vet. Test., edit. 2 Lipsiens. 1731 , p:irt. I , cap. 2, § 1 , png. 21 ; ejusd. Crilica sacra, part. I, cap. 1, § 7, edit. 2 Lip$., 1748, pag.

(4) Deuteranom., loc. cit.

(5) Ibid., XXXI, 10.

(6) Ibid., VI, 8 9.

(7) Thomas Slackhouse, Traité complet de théologie loin. I, secl. 2, édil. de Lausanne, 1759, pag 117.

s'entendre de la garde des autres livres de l'Écriture, car loul se déposait dans le temple (1), et, depuis les premiers temps de sa fondation, c'était un usage reçu chez les anciens Hébreux de conserver dans un lieu facré des exemplaires des écrits de tous ceux des auteurs inspirés que le Seigneur suscitait à ce peuple, pour l'instruire de ses devoirs et lui annoncer les «racles du Très-Haut. Les Juifs d'après la captivité se conformèrent au même usage (2). Depuis la chute de leur république jusqu'à nos jours, on a vu , dans tous les lieux de leur dispersion , et ils ont encore dans leur synagogue une espèce d'armoire qui n'est destinée qu'à la garde des livres sacrés (3), du volume entre autres de la Loi (4) , pour lequel ils ont une singulière vénération.

C'était à ces mômes écrits, conservés dans le temple, et dont le dépôt uniquement conlié aux piètres, aux lévites, était inviolable chez les anciens Hébreux, que l'on recourait au besoin , parce qu'ils étaient les seuls exemplaires consacrés par l'autorité publique. Ils devaient servir de règle pour réformer les autres copies qu'on en faisait, dans le cas qu'elles eussent contracté quelques taches, par la négligence de ceux qui étaient chargés de les transcrire ; et un tel emploi n'était point confié indifféremment à des particuliers sans autorité, comme nous le remarquerons plus bas. Pouvait-on avoir un plus grand soin de maintenir les textes originaux dans leur intégrité et dans leur pu- Veté primitives, que n'en marquèrent les anciens Juifs par celle sorte d'attention ?

Du temps de Josias, la religion se ressentait encore des désordres causés pur l'impiété des deux lègues précédents, de Manassé et d'Ammon. Mais la piété de ce prince, comme celle du grand prêlre Helcias , remédia bientôt à ces malheurs (5). Josias fil répan-

(1) A>î>oï Se h tw Upû ocvxxït/xsvvj ypc.pri déclarant sacrie lilterai in templo r'ej;osiue. j,;spphus, Antiquil. jmlaic. (lib.. III , cap. i , t. 1 , pag. 122). Vid. et nui. jielandi in hune locum ; llenric. Majus, Disserlationes seleclîc de Scriplura sacra (Disseri. 2, de libris canonicis in arca fœderis reconduis , cap. 2, § 5, pag. 65, seq.)\ Joan. Francise. Buddci Hisl. erçj. Vet. Test., period. Il, sect. 4 ), a tenipio Salom. exlruclo ad cap. Babylon. (pag. 558, seq. et p#.592).

(2) Plusieurs passages des Pères font allusion à cet usage. Cène armoire ne renfermait que ceux des livres sacrés qui étaient reçus dans le canon des Juifs. Voy. Terlullianus, de Habitu mulier. (cap. 3) : Epiphanius, de Ponderib. et Mensuris (cap. 4); Augus., de Civit. Dei (lib. XV , cap. 23); Pamascen. , de Fide orthodoxa [lib. \\,cap. 18]; Daniel Huetius, Demonstralio evangelica [prop. IV , § 8, pag. 474, seq.].

[31 Voy. Joan. Buxlorfius,Synagoga judaiea [cap. 10 et 14], in Blas. Ugolini Thesauro antiquil. sacr. [/. IV, col. 854 et 908] ; Richard Simon , Critique de la ïiiblioihèque des auteurs ecclés. et des prolégomènes de la Bible, publiés par M. Elies du Pin [t. 5 , Paris, 1750, pag. 9, suiv.].

[i] IV lib. Regum, XXIII, 2, seq.; Paralipomen.lib. JI, XXXIV, 2, seq.

[5] Voyez les endroits des livres des Rois et des t'araîipomènes que je cite dans la noie précédente , coiéc a° 4, C'est Par une inadvertance que le lecteur

dre quantité de copies de l'original de la Loi , qu'on avait trouvé dans un certain endroit du temple : il ordonna que l'on cherchât dans les écoles des prophètes et ailleurs les autres parties des émis sacrés et qu'on en multipliât les exemplaires parmi le peuple. Celle conduite de Josias répond parfaitement à l'idée avantageuse que l'Écriture nous donne de sa religion.

Nonobstant la destruction du temple et de la ville de Jérusalem, quel que fût l'étal du peuple hébreu (1) transporté à Babyloue , des exemplaires de la Loi et desautres livres sacrés durent nécessairement exister entre les mains des captifs dispersés dans ce lieu de leur exil et dans les terres d'Assyrie. Ce que nous avons déjà observé (2) dans une de nos noies, au sujet des livres des Parsis modernes et de leur nouveau Zer-< du ht , en fournil une preuve sans réplique ; s'il esi

aura h bonté d'excuser, que cette note se trouve ; insi déplacée. Il faut la renvoyer ici.

(1) Quelque triste que doive être la situation iVun peuple arraché de foret* à sa chère pairie, pour aller subir le joug du vainqueur dans une terre étrangère, il paraît toutefois que la condition des Juifs iran:> é~ rés en Assyrie et en Babylone y dut être assez supportable ; qu'ils n'y furent point traités comme autant d'esclaves ; qu'ils eurent même quelque liberté d'y vivre selon leur religion. Du moins on ne peut douter que la pîupnrt n'y conservassent le culte du vrai Dieu, sans participer à l'idolâirie des nations parmi lesquelles ils étaient disper-és. Nous savons que Nabnchodonosor assigna à toute celle multitude de captifs qu'il avait f iil enlever à la Judée des terres dansdes endroits très commodes de la Babylonic, ainsi que nous l'apprenons par un fragment de Bérose que nous a conservé Josèphe. [Voyez Joseph. Scaliger , veierum Fragmenta Gra;corum ; in exlrenso eju>d. opère de Emendaiione lemporum (pag 3, et vol. in ead., pag. 12) ; J. Marsham, chronicus Canon. j^Egypt. Ebraie. Gra?c., cdil. Londin., 1072, secul. XVIII pag. 545 ). Nous lisons de plus dans Jérémie (XXIX. 4, suiv.], que le Seigneur ordonna à tous ces captifs de bâtir des maisons dans les terres de leur exil, de les habiter , de planter des jardins, de se nourrir de leurs fruits , de faire en sorte que leur race se multipliât, etc. Si tous ces Juifs y eussent gémi dans le plus dur esclavage , on les aurait vus Suifs doute profiler, comme à l'envi, des divers édits que les rois de Perse donnèrent en leur faveur. Ces princes leur permirent de retourner dans leur patrie; il y en euL cependant un très-grand nombre qui aimèrent mieux demeurer dans la Chaldée, dans l'Assyrie et dans les autres provinces orientales où on les avait placés, et d'où ils ne revinrent jamais. Par exemple, de vingt-quatre classes des entants d'Aaron qui se trouvaient parmi les captifs il n'en retourna que quatre Il arriva de là que pendant tout le temps du second temple el plusieurs années après les Juifs s'accrurent si fort dans la Chaldée, dans l'Assyrie et dans la Perse, qu'ils passaient pour y être beaucoup plus nombreux que les Juifs de la Palestine, lor> même que la Judée était la plus peuplée. Voyez M. Prideaux, Hisl. des Juif, (lit. H, part I, t. 1, pag. 259- 246); Herman. Wiisius, Miscellanea sacra [/. ll,exercil. Il, § 15, pag. 286]; Cainpcgîus Vitringa, comment, in Isaiam (mm. 1, pag. 427, el innï. il, pag. 527) ; Geoigius EricnsPhalelranus, de Ablatione sceptri judaici (cap. 9, seq.); Pelrns Zornius, JSotœin ilecatœi Abderitœ eclogas sive fragmenta (pag. 42 , seq.).

(2) Y-'jy. ci dessus, dans les notes.

529 f>£ L\ UÊV

bien assuré , ainsi que M. l'abbé Fouciier Pa connue démontré après d'autres savants , que ce législateur des anciens Perses ne fut qu'un apôtre de la religion judaïque. Mais, sans vouloir trop insister sur ce genre de preuve externe qui mérite cependant toute notre attention , contenions - nous de dire que dans les temps de malheurs les hommes rentrent ordinairement en eux mêmes, et se tournent du côté de la religion : elle seule peut les consoler efficacement de leurs disgrâces. On ne peut lire, par exemple, rien de plus touchant que la belle réponse (1) que les Juifs de Bab\ loue firent à la lettre de ces restes de Juifs qui se trouvaient dans la Pales'ine. Ces captifs ne furent point sans piètres ni sans ministres du Seigneur, ni sans aucun exercice de religion , pendant qu'ils habitèrent dans la Chaldée , dans la Perse et ailleurs (2). Je croirais fort avec quelques savants (5) qu'ils y avaient même des synagogues où ils faisaient leurs prières et la lecture de l'Écriture. L'on y vil même d'illustres prophètes, de saints prêtres qui se chargaient du soin important de la garde des écrits sacrés, et qui s'acquittaient scrupuleusement de ce devoir essentiel de leur ministère (4). Une chose qu'on ne peut trop ob-erver, c'est celle-ci : si les Juifs luirent dans ces terres de leur exil des registres exacts de leurs généalogies, ainsi que des villes de Juda auxquelles chacun d'eux avait appartenu (5) ; quel empressement n'y durent-ils pas témoigner pour la conservation des divines Écritures qui les intéressaient bien davantage ?

Daniel, qui a écrit ses prophéties pendant la captivité de Babylone quoi (ju'en ait dit Spinosa(C), cite les livres saints (7) qu'il avait trouvés entre les mains

(l)Yoy. Baruch. I, 10, suiv. ; 17, suiv.; Il, 2, suiv.; 15, suiv.; 24, suiv.

(2) Est pop'.ilus peromnes provincias règni lui dis- \ ersus et a se muluo separaïus , novis ulens legibus et ccri'inoniis, Esiher 111, 8.

(3) Voy. entre autres Carol. Sigonies, de llepubl. lirbrœor., lih. 11, cap. 8, cum notis Joan. Nicolai in Bas. Ugidini. Thesaur. cit., col. 291,294, seq.

(4) Voy. Joan. Fnkius, de Cura Ecclesiœ veteris circa Cihioncm sacrœ Scriptwœ, et conservandam codicuni imitaient, Commentatio théologien, Ulnue, 17w28, cap. i : Journal des savants, mois de novembre 1721), pag. 504, édit. de Hollande ; Thomas Slackhouse, loc. cit., ton). I, seet. 2, pag. 10.

(5) Esdvœ. hb. 1, cap. 11, 1, seq ; VIII, 1, sej ; lib. Il, cap. VII, 7, etc. Il est remarqué au verset 64 du même chapitre que les enfants tl'ilabia, d'Accos cl de Berzellai furent exclus du sacerdoce, faille d'avoir conservé l'éeril de leur, généalogies, quoiqu'ils lussent de l'ordre des prêtres. On en ti: autant à tous ceux qui ne purent prouver leur descendance d'Aaroii.

(6) Tractatus theologico-poHlicus, cap, 10. Spinosa y pie end que les prophéties de Daniel ne furent publiées que longtemps api.ès que l'on eut vu le cuite rétabli dans le temple par Judas Machabée. Le savant liuel a réfuté sol dément ce paradoxe. Deuwnstrut. hvangel., edit. Àmstelod., 1080, propos. 4, § 15, mg. 415, seqq.

(7) inlellexi in libris. Daniel. IX, 2. Quoique le »rophèle paraisse faire ici allusion aux oracles de Jéiémie (ehap, XXV, 11 ; XXlX, 10) où il est parlé des luisante cl dix aimées que devait durer la Captivité

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