ÊL\T10N
de ses concitoyens transportés à Babylone. Ce prophète n'avait pu les lire dans les terres de la Palestine ; il en était sorti trop jeune pour qu'il lui eût été possible de les consulter dans un âge si tendre. Il dit aii Seigneur dans une prière qu'il lui adresse : Nous n'avons pas obéi aux prophètes qui ont parlé en votre nom (1). Ce langage nous apprend que les ouvrages des prophètes n'étaient poinl inconnus alors. Dans 1ô même chapitre de Daniel, il est encore fait mention de la loi de Moïse , et , entre autres , des oracles de Jérémie(2). Si nous ouvrons les livres d'Esdras, tint s'y trouve réglé selon les ordonnances du législateur des Hébreux : on y voit les prê:res et les lévites chacun dans leur rang , pour vaquer à l'œuvre do Seigneur, selon qu'il était écrit dans le livre de Moïse (7>); et le peuple demande un exemplaire de celte loi dont on lui fait la leclure[4].
Mais pourquoi insister sur l'antiquité d'un livre de celte nalure, après tant d'excellcnls écrits qui l'o: t si bien vengé des insultes d'une fausse philosophie. S'il est un ouvrage dont l'authenticité et l'intégrité soient bien constatées ; s'il en est quelqu'un qui ail échappé aux laps du temps et qu'on ail été jaloux de transmettre à la postérité dans sa plus grande conservation , c'est assurément le livre deMwïse. Le tissu tout entier de l'histoire sacrée en est une preuve continuelle.
Par une chaîne non interrompue (5) d'une tradition sûre, parvenue de siècle en siècle jusqu'à nous,
des Juifs à Babylone, on peut cependant Irès-bien appliquer ce passage aux livres sacrés même> que Da:;icl avait lus, et dans l'inlelligence desquels il s'élail formé.
(I) lbid.,Q.
(9 /ft/rf.,2, 10, H, seq.
(5) Lib. I£sdr.,cap. VI, 18.
(4) lbid., lib. II, cap. VIII, 2, 3, 8.
(5) « Lex quœ est in manibus nostris , ipsa Iraditio ;e successiva a patribus ad filios derivala, eadeni est quae data est Moysi in Sinai sine ulla omnino mutatioue. Etenim lempore domus priime cum essenl sacerdoles et doclores legis in templo, lexque esset in omnium ore publiée, corruplionem conlrahere non poierat : nam elsi apud eos essenl reges qui idola celèrent ; nihilominus lamen erant cum iis prnpheia; loto illo lempore usque ad excidium , qui populuni exhorlabantur ad observandam legem , etc.
< llidemcnmin Babyloniamdeporlati sunt,non potuit ( lex ) depravari ; quippe inilio caplivilatis Joakimanle excidium templi, deportaii sunl artifices, et fabri ferrarii, magnatesque et sapienles Israël, inter quos eral Daniel, et erat etiam ibi Ezeohiel propheta Dieit enim Scriptura [Ezechid. XXXÏ1I , 21], Vemi ad me quidam qui evaserat de Jérusalem , dicendo : Percussa est civitas. Tum omnes ciplivi Israël, qui erant dispersi per universani terrain Assyriorum, habebani in manibus suis exemplar scriptum legis, cum i psi e lia m Cuth;ei quos rex Assyriae in urbibus Samari* consiiluerat, legem haberenl : ita ut, cum destructumesi lemplmn, jam esset lex dispersa per Babyloniain , uleoque non poierat illi inl'erri depravatio oh excidium templi. Cum aulein ascendit E&dias e Babylonia, non ascenderunt cum eo nisi pauei : mag n al es vero Israd, sapienles et nobilcs omnes reniau serunt in Babylonia, etc.
c Qu:e cum ila sint, cum ibi remansissent omnes magnâtes et legisperiti, non noterai [Lsdrasjmuïaru
KM DES TiTRES
Il ml Irès-aisé de remonter à Sa première origine de Tauleur de ce livre, le législateur des Hébreux. De lemps immémorial nous trouvons le Pentaleuque entre les mains des Juifs de tous les âges, de tous les pays. Avant les captivités d'Assyrie et de Babylone , pendant que le peuple hébreu gémissait sous l'esclavage des nations, iprôs toutes ces tristes époques et depuis la venue de Jésus Christ jusqu'à nos jours, les Juifs répandus en Orient, en Occident et même sur toute la (ace de l'univers, ont constamment conservé le texte original de leur loi, sans jamais l'altérer ni le corrompre dans la moindre parole. Ce mur de séparation, cette loi d'inimilié qui , comme s'exprime saint Paul dans une de ses Epîtres (Ad Ephcs. Il, 14), rendait le peuple juif irréconciliable avec le gentil ; loi qui subsiste également entre le juif et le chrétien, et qui subsistera autant que les descendants de l'ancien Israël resteront, par l'opiniâtreté la plus marquée, éloignés de notre croyance ; ce mur, dis je, de division a été et est un des moyens infaillibles dont la Providence se sert pour perpétuer sans altération l'existence d'un écrit si intéressant. Celle preuve ne saurait être d'un plus grand poids ; mais n'en oublions point une autre non moins forte.
C'est un fait démontré (1) que les Samaritains, qui ne cessèrent jamais d'être les ennemis jurés des Juifs, avaient un exemplaire de la loi plusieurs années avant la captivité de Babylone. Cet exemplaire, qu'ils ont toujours conservé avec tant de soin, ne diffère même de celui que les Juifs ont encore de nos jours que dans des endroits de peu d'importance. D'une lelle conformité il résulte évidemment que notre Pentateuque n'a reçu aucune altération, du moins essen-
quidquam in lege; alioquin non fuissetlex ejusconsona legi aliorum omnium, qui in Babylonia remanserant, et qui versabanlur in eivitalibus Samariae, et in terra Assyrne, aliisque locis, qui cum Esdra ascendfre noluerant, etc.
«Quod si reperitur le\ inter alias nationes diversa ab exemplari, quod est in manibus nosiris, aut cum mutalione aliquorum verborum ; certe isla mulalio incidil ab iis qui transcripserunl eam illis populis qui non erant excreitaii in ea. Al Jiukei diligenler at seduloatlendunt legem et lilleras ejus, plenas eldefeclivas voees; et glorianlur sescirenumerum singularnm lilterarum , versuum, et aceentuum ; ila ut eliam illud serinant in marginibus librorum suorum, vocanlque illud Masorelh : quod a nulla alia natione ficlum est. Hinc eliam dicunl : Quarescribac ipsorum nuncupantur sopherim ? Quia nimirum numerant omnes lilleras quse sunt in lege : quod certum iudicium est eam in mambus ipsorum conservalam esse, sient ipsi Moysi data est absque ulla mutalione. limo constat eam eliamuum hodie exlare m manibus omnium Israelilarurn dispersorum per universum nnindum ab exiremitaleOrientis usque ad tinem Oecidenlis, juxla exemplar unum sine ulla mutalione. » R. Joseph Albo D^OT 1DQ , hoc est, Liber Fundamentorum, tract. 111, cap. 22, edit. Veuct, an. cotiipt min. 281, Christ. 1521, chart. 50, seq.
(1) Voyez entre autres les Nouveaux Eclaircissements sur l'Origine et le Pentaleuque des Samaritains, par un rehgiciu de la congrégation de 5. Maur . Taris, 1760, eh. 5 el suiv., pag. 30 et suiv.
PHIMÎT1FS 532
lielle, depuis plus de deux mille quatre cents armées L'incrédule ne peut rejeter ce livre sans se perdre dans des abîmes d'absurdités d'où il ne sortira jamais, quelques efforts qu'il fasse. En vain luttera-t-il conire les preuves que Ton a déjà données des caractères de divinité qui y régnent, comme dans tous les autres livres de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Il est inutile que je m'arrêle à ceux des Juifs qui restèrent dans les p >ys de la dispersion, où ils eurent un plein exercice de la religion de leurs ancêtres. Peut-on s'imaginer qu'ils n'y conservassent en môme lemps tout ic corps des Ecritures qu'ils avaient sans doute apportées avec eux des terres de Juda, ainsi que nous l'avons déjà observé? Bornons-nous simplement aux Juifs de la Palestine.
Lorsqu'après la captivité de Babylone la maison de Dieu fut ré ablie et qu'on y vit renaître toute la magnificence du culie lévilique, il ne paraît pas qu'on y eût l'autographe même de la loi (1). Mais il serait inouï de supposer que les prêtres et les lévites n'eussent point pensé à s'en procurer un exemplaire de la plus grande correction et qui devait servir au même usage que celui du législateur des hébreux. Pour^ quoi n'en dirions-nous pas aulanl des autres écrits qui étaient alors admis dans le Canon des Juifs,
(1) Il est rapporté dans le second livre des Mâchabées, ch. II, vers. 4, que Jérémie, par un ordre particulier qu'il reçut de Dieu, lit emporter avec lui le tabernacle, l'arche et l'autel des parfums, et qu'il cacha le toui dans un lieu inconnu de la montagne sur laquelle avait été Moïse. Quoiqu'il n'y soit point parlé du livre de la loi , qui était à côté de l'arcl e dans le sanctuaire , avant que le temple <ûl été détruit par les Chaldéens, il est très-vraisemblable que Jérémie, prêtre et prophète, ne négligea point d'en retirer un monument si précieux, puisqu'il avait toute la permission de le faire, eu égard au grand crédit doni il jouissait auprès de Nabuchodonosor et de Nabuzardan, général des troupes de ce prince, quelles que fussent alors les disgrâces de sa nation ( Voyez Jerem. XXXIX, 11, 12 ). Il n'est pas même à douter qu'il ne délivrât de l'incendie qui consuma le temple les autres écrits sacrés qui y étaient en dépôt. Notre savant père Alexandre a conjecturé qu'on retrouva après la captivité tout ce que Jérémie avait caché sur cette montagne ; il s'appuie sur un oracle de ce prophète qu'on lit au même livre des Mâcha bées ( ch. Il , vers. 7): Quod ignolus eril locus , donec congreget Deus congregalionem populi, e! propilius fiai, el lune Dominus ostendet hœc. Si celte conjecture a lieu, peui-êire aura l-on découvert en même temps l'aulographe delà loi qui était dans l'ancien temple (Natal. Alexander, Selecta Hist. eccles. Vet. Testant., VI mundi œtat., cap. 1 , art. 2, edit. in-fol. Paris, 1699, tom II, pag. 235). Il est sans doute très-difficile de pouvoir assurer là-dessus quelque chose de positif, parce qu'il n'est aucun ancien monument qui nous certifie si loul ce que Jérémie avait sauvé de l'incendie du temple y lut remis lorsqu'on le rebâtit. Il sérail toutefois ridicule de supposer qu'on eût manqué, dans le second temple, d'excellents exemplaires de la loi, des prophètes et des aulres écrits sacrés. Voyez Blas. Ugolin. Annot. in R. Chijœ addilamenta ad codicem de die Expiationum , cap. 2, Thesaur. Antiauit. sacr. ejusd. Ugolini vol. I, col. 77, seq. ; Joan. Buxloruus, Hislor. arcœ fœderis cap. 21 , seq. ; Ibid., vol. VIII, col. 507, se<jq., et not. ejusd. Uçutinf, col. 323.
comme il conste par le témoignage de Josèphe, que nous avons déjà ciié(l) ?
Zorobabel, Esdras et Néhémie réformèrent les abus, firent cesser bien des prévarications , et furent très-zélés pour l'observance des constitutions mosaïques. Comment eussent ils négligé des écrits qui tenaient de si près aux principes fondamentaux d'une religion dont ils avaient été les restaurateurs? Esdras lui-même, ce savant prêtre, si versé (2) dans la connaissance de la loi du Seigneur, donna à son peuple l'édition la p!us complète des écrits sacrés qui existaient de son temps. Mais il ne les composa point de nouveau , par une inspiration particulière de l'Esprit saint ; comme si tous les livres sacrés eussent absolument péri dans l'incendie de Jérusalem et du temple, ou pendant la captivité de Babylone. Cette assertion est dénuée de preuves (3) : elle répugne à l'état des choses; quoi qu'en aient dit S. Irénée (4) et S. Clément d'Alexandrie (5), dont les témoignages sont d'ailleurs susceptibles d'un sens bien différent [6| de celui que des auteurs y ont donné. Quel qu'ait été même le sentiment de quelques autres Pères [7] sur ce sujet, nous osons les abandonner, parce qu'ils ne paraissent avoir eu pour garant (8) de leur opinion que l'autorité d'un livre apocryphe qui, la plupart du temps , entasse fables sur fables. Encore moins devons-nous rergarder le travail d'Esdras comme un
(1) Supra in not.
(2) Scriha velox [hoc est, eruditus] in lcge Moysi. 1 Esdr. VII, 6. Eusèbe l'appelle dans sa Chronique : Scriba et legum sacrarum insignis magisler.
(3) Voy.'M. Elies du Pin, Dissertation prélimin, ou Prolégomènes sur la Bible, livre I, cli. 4, § 3, pag. 145 édit. (TAmsterd. 1701.
(4) Contra liœreses, lib. III, cap. 21,Oper. edit. paris, 1710, pag. 216.
(5) Stromalum lib. I edit. oxoniens. 1715, pag. 392 et 410.
(6) Voy. Joan. Franc. Bnddeus, Hist. Vel. Testant. , period. II, a captiv. babyl. ad principaium Maclia-
*J>aeorum , pag. 1025; doin Bernard Maréchal, Concordance des Pères grecs et latins, Paris, 1759, pag. 265; Elies du Pin, loc. cit., pag. 144, not.
(7) Yoy. Buddeus, loc. cit., png. 1023; Daniel Huelius, Démonstral. Evangel., propos. IV, pag. 469, et les auteurs que nous venons de citer dans la noie précédente.
(8) 11 est rapporté au quatrième livre d'Esdras , verset 21 et suivants, que la loi de Dieu ayant élé brûlée, Esdras prit avec lui cinq écrivains auxquels il dicta, pendant quarante jours, deux cent quatre volumes par l'inspiration de Dieu. C'est de là, probablement, que quelques Pères auront pris occasion d'assurer que tous les livres saints avaient élé perdus pendant la captivité de Babylone ou dans l'incendie du temple et de Jérusalem : en conséquence ils auront avancé qu'Esdras les avait rétablis par mémoire, quoique divinement inspiré. De savants modernes ont montré tout le fabuleux de la narration de l'écrivain apocryphe. Voyez principalement Robert Bellarmin., de Verbo Dei, lib. II, cap. 5 ; Lhsputationes de conlroversiis christ, fidei, tom. I edit. venet. 1721, pag. 54; Huelius, loc. cit., pag. 470; du Pin, loc. cit., pag. 144, seq.; Natalis Alexander, Hist. Eccles.Vet.Test. œtate mundi VI, disserl. IV, tom. Il, pag. 559, seq.'ttuddeus, loc. cit. , pag. 1026, cl alii upud eumdem!
ELATÎON. 534
simple abrégé des mémoires beaucoup plus détaillés dans les anciens écrits originaux des auteurs sacrés , auxquels il ajouta , diminua et changea ce qu'il ju« geait être nécessaire. Un trop fameux critique a en beau tempérer tout l'odieux de celte hypothèse , en disant qu'Esdras n'a pu composer ce corps d'Ecriture avec de tels changements qu'en qualité de prophète ou d'écrivain public (1),
(1) M. Richard Simon , Histoire critique du Vieux Testament, /iu.J, du 1 de Cédit. d'Amsterdam, 1688, page 4.
Le système favori de cet auteur est tel , qu'il suppose dans tous nos livres de l'Ancien Testament quantité d'additions et de changements considérables. Pour en rendre raison, il part de certains principes arbitraires. Il prétend d'abord que, chez les anciens Juifs , il y avail une espèce de prophètes ou de scribes publics, députés par la synagogue ou le conseil ecclésiastique de la nation. Ce sont ceux mêmes qu'il dit avoir élé les auteurs de pareilles additions. Notre critique ne s'en tient point là : il souiient de plus que l'emploi de ces sortes d'écrivains publics était de faire des extraits et des abrégés des anciens livres des auteurs inspirés qui avaient même vécu longtemps auparavant. D'où il résulte que les livres qui nous restent présentement de l'Ecriture ne sont que des abrégés de ces anciens actes qui étaient beaucoup plus étendus dans les archives de la république des Hébreux; car, selon notre critique, ces prétendus prophètes n'en avaient seulement compilé que ce qu'ils en avaient jugé nécessaire pour l'instruction des fidèles. Il s'en fallut bien que M. Simon s'inscrivît en faux contre celte conséquence : il n'oublia rien pour l'établir, et il y revinl même assez souvent dans cet ouvrage comme ailleurs. (Voyez surtout sa Réponse à la lettre de M. Spanhcim, ibid., pag. 629.) Il esi vrai qu'il s'aperçut lui-même (ibid.) qu'il donnait trop de pouvoir à ces mêmes scribes ou prophèies, en leur laissant la liberté d'ajouter ou de diminuer aux actes sacrés qui se trouvaient dans les archives de la république juive; mais il n'en soutint pas moins la même hypothèse, loute contraire qu'elle était aux principes que nous devons tenir touchant les véritables auteurs de nos livres saints. Une foule d'écrivains de mérite, soit catholiques, soit protestants, que nous citerons plus bas, lorsque nous parlerons plus particulièrement de cet ouvrage de M. Simon , s'élevèrent avec force contre des principes si révoltants ; ils ne sont, au fond , que trop analogues à ceux d'un Peyrère et d'un Spinosa, quoique l'auteur s'en soit défendu. Ou eut beau reprocher à M. Simon que de pareils principes détruisaient absolument l'inlégrilé de nos Ecritures; que toutes les autorités des anciens, sur lesquelles il prétendait s'appuyer, lui étaient absolument contraires, notre auteur ne manqua pas de répondre à ses adversaires ; mais il ne chercha qu'à donner continuellement le change, en faisant toujours perdre de vue le vrai état de la question. C'est ce qu'on lui a objecté : c'est aussi ce qu'on ne voit que trop, lorsqu'on lit ses différentes réponses, et qu'on les rapproche de son hypothèse sur les auteurs des livres sacrés. On ne lui disputa point qu'il n'y eût anciennement, chez les Juifs, des scribes qui étaient chargés d'écrire les actes publics et de les conserver. Il y en eut sans doute, comme dans les gouvernements fixes et policés. Mais ce qui mérita à M. Si* mon l'animadvcrsion des savants, c'est d'avoir donné à ces scribes une aussi grande autorité. On lui démontra que tout ce qu'il dit touchant ces écrivains publics ou prophètes n'a pour appui aucune preuve solide : en effet l'Ecriture garde là-dessus un profond silence. Consultez ce qu'a répondu sur ce sujet Joan. Gotîlob Carpzov.j Annotât, in Tkomœ Uoodwini Mosen
533 DES TiTïiLS
Disons mieux • Es d ras ne fit que recueillir te plus grand nombre d'exemplaires des livres sacres qu'il put trouver. Aidé des principaux des anciens, des piètres entre autres , des lévites, qui étaient avec lui à la tête des affaires de l'état et de la religion, il conféra exactement quantité de manuscrits, et forma, au moyen de celle collation , un corps d'Ecriture trèscerrect. Ne doutons pas aussi que dans une telle révision Esdras n'eût une spéciale assistance de la Divinité elle-même, lui que nous considérons comme un écrivain inspiré dans tout ce qu'il nous a laissé de l'histoire de son temps. Tout exigeait qu'Esdras s'occupât de cette importante collection de nos livres saints. L'état civil et religieux des Juifs était comme naissant : il fallait donner à ce même état une nouvelle consistance; dès lors les écrits sacrés devenaient l'intérêt public : la religion et le repos du peuple en dépendaient.
Ainsi le Dieu d'Iracl pourvut à tout. Il laissa aux Juifs, par le ministère d'Esdias, un recueil très-exact de nos Ecritures, des instructions qui opérèrent b*en du changement dans les mœurs et produisirent un grand effet dans l'exercice du culte public. Le Seigneur daigna encore susciter aux Juifs des prophètes dans les personnes d'Aggée, de Zacharie et de Malachie. Ces saints hommes, toujours conduits par l'Esprit de Dieu et de conc< ri avec le tribunal ecclésiastique (1), révérés de toute la nation, durent concourt* Aaronem , lib. I , cap. 6, pag. 134 , scq. ; ejusd. lnlroduclio ad libros biblicos Vet. Test., part. 111, cap. 1, § 14, pag. 43, seq. ; ejusd. Criiica sucra, part. I, cap. 1, § 5, pag. 46, seqq. edit. Lips., 1748. Voyez encore les différentes Remarques du P. Souciet, qui accompagnent la Critique que M. Simon (il de la Bibliothèque des auteurs eccles. et des Prolégomènes de la Bible, publiés par M. du Pin, loin. III, édil. de Paris, 1750. Ce savant jésuite y prouve bien solidement que l'opinion de notre auîeur louchant ces scribes qui , selon lui , ne nous ont laissé que des extraits et des abrégés des auteurs originaux, quoique inspirés , est un système mal assorti et qui se détruit de luimême. Ce qu'il y avait de singulier dans la manière «le raisonner de M. Simon, c'est que d'une supposition qui n'est rien moins qu'assurée il tirait des conséquences certaines et positives; il voulait établir un point de la dernière importance pour la religion, savoir, l'autorité de nos livres saints, sur une simple bypothè>e qui n'a aucune solidité. Il en est de tout ce que M. Simon a dit à l'occasion de ces écrivains publics ou prophètes, et de ces prétendus abrégés, comme de ce qu'il a encore osé avancer touchant la manière dont on écrivait autrefois les livres sacrés. Il n'est pas douteux qu'anciennement on écrivît sur de simples feuilles qu'on roulait les unes sur les autres ; c'est de là qu'est venu le nom de rouleau ou de volume. Mais l'application que M. Simon fait de cet 'ancien usage aux livres de l'Ecriture est une véritable chimère. Il devait montrer, par des exemples convaincants, que ces» rouleaux ont souvent causé des transpositions . n aevaiî appliquer celte conjecture aux exemples de l'Ecriture qu'il allègue. C'est ce qu'on l'a défié de faire, et ce qu'il n'a osé entreprendre. 11 fc'esi contenté de dire en général que cela pouvait cire, comme l'a 1res- bien remarqué M. du Pin dans sa dissertation préliminaire sur les Prolégomènes de la Bible, liv. I, cap. 3, pag. 71, i.oi. /'. (î) Je crois qu'il ne sera point hors de propos de
PtttMITIFS 5"6
rir au maintien de l'intégrité des textes de l'Ecriture; car dans tous les âges de la république jusqu'à l'épo-
dire ici un mot louchant ce célèbre tribunal, pour lequel le peuple juii eut de tout temps la plus grande vénération : j'en suppose l'existence, parce que je la trouve appuyée sur la nature de l'économie mosaïque et sur des passages formels de l'Ecriture. (Voyez Exod. XVII, 22; lM,nn. XI, 16; Dealer. V, 23; Jmw, XXliï, Z;Judk. XXI, 16 seqq.; lib. III Reg \\\\ \> lib. II Parai. XXXli, 3; Ezech. Vill , H, XL1V, 25J seq.; Jerem. XIX, 1 ; Jsai. I. 26 ; I Esdrœ x! 8 ; I Machab. XII, 6; lbïU., lib. II, cap. 1, 10; XI, 27 et alibi). Chez le peuple hébreu, toul était relatif à la religion, ionise réglait aussi suivant les lois de Moïse. Pour maintenir celle même religion et ce qu'elle avait de plus respectable, le légis'ateur des Hébreux avait établi, par ordre de Dieu, une espèce de tribunal souverain, dans lequel ou devait terminer en dernier ressort tous les différends qui couvaient survenir touchant les matières ecclésiastiques ei politiques. Ce grand conseil était composé de prêtres, de lévites et des principaux d'entre les anciens du peuple, selon l'ordonnance de Moïse ( beuteron. XVII, 8, 9 ). Peut-être (pie ce qui concerne celte grande assommée de la nation n'a point été lel que nous l'ont écrit les auteurs juifs ; il paraît pourtant qu'elle n'a pas moins existé du temps même de Moïse, sous les rois et sous les pontifes qui gouvernèrent la nation après la captivité de Babylone, Il est probable que l'exercice de l'autoriié de ceux qui tenaient à ce conseil fut quelquefois interrompu, principalement dans les grandes révolutions de l'Etal, mais cela n'empêcha pas que ce tribunal ne reprît son autorité et ne la fît sentir, surtout lorsque le bien de la religion le requérait, et que la nation se trouvait moins vexée par ses voisins. Si le peuple hébreu fui exposé plus d'une fois à de grands troubles, il eui aussi ses temps de paix où la religion rentrait dans ses anciens droits. Le règlement du législateur des Hébreux était trop précis pour croire que la nation l'ait constamment violé, ou pour que l'on puisse tout au pins ne rejeter la date d'un tel établissement qu'aux lemps des Machabées, comme l'ont fait quelques écrivains. ( Voyez Hennannus Conringius, de Republ. Jlebr., exercitat. § 37 , in fasciculo 2 opuscul. qu;e ad Jiistor. et philolog. spectant, pag. :ï£$, seu,.; Joan. Nicolai notœ in Petr. Cunœi Remp. IJebr., lib. I,cap. 12; Blas. Ugol. Thesaur. anliguil. sacr. vol 111 , col. 575; Joan. Franc. Budd;eus, uii supra, pag. y85,seq.; M. Chais, La sainte Bible ou l'Ancien Testament, avec un commentaire littéral, composé de noies choisies et tirées de divers auteurs anglais, tom. III, part. II; Dealer. XVII, 9, pag. 147). Nous voyons même que pendant la captivité d'Assyrie et de Babylone les Juifs vivaient selon leurs lois et leurs usages, car jamais peuple n'en fut plus jaloux, surtout dans ses temps de disgrâce. C'est donc sans de bonnes preuves que plus d'un philologue s'est inscrit contre la durée de ce règlement de Moïse, comme si tout ce que les auteurs juifs nous ont dit de ce grand conseil qu'ils appellent grand sanhédrin ne portail absolument que sur le faux, ainsi que l'a avancé M. Le Clerc dans ses Sentiments de quelques théologiens de H ollande sur C histoire critigue de CAnc. Test, composée par te P. R. Simon, Amst. 1685, dixième lettre, pag. 206, suiv. L'histoire de l'Evangile et les Actes des apôtres justifient abondamment la tradition constante que les Juifs nous ont conservée de l'existence de ce tribunal si respecté par toute la nation, et si analogue à la nature de l'économie mosaïque. Voyez Annales B<:ronii;u\ Minum Clirisii 51, seq., num. 10, seq., tom. 1, pag. 67, 94 éd. lucensis an. 1738; Jouîmes Scklenus, de Synedriis el prœfecturis juridicis veterum Uebrœorum, Amslelaulami ÎG7Î), lib. I, cap. I, pag. 1, seq.; cap. 16, pag. 3i7, seq»; lib- II, cap. 4. nag. 74, seqq.; cap. 15,'
que île temps 411e nous envisageons, ce fut une des
fonctions les p\us sacrées du ministère prophétique,
pag. 3G5, seqq.; IU>. III, cap 4, pag. 71, seqq.; cap. 15, pag. 36G, seqq.; Joseph de Voisin, Observationes adproœmiumfuleiRuymtindi Martini, § 6; Adrianus Lelandus, Aniiqu'uale* sacrœ, pari. 1, cap. 7; Bonav. Cornel. Bertramus, de Rep. Ue.br., cap. 6 ; Pelrus Cmia'us de. Rep. Hebr., lit). 1, cap. 12; Gamins Sigonius, de Rep. Hebr., lib. VI, cap. 5 et 7 ; Wiilelm. Sehickardus, de Jure regio, cap, 1, theorem. 2; c iij*. Blas. Ugolini Tliesaur. untiq. sacrar vol. I, col. 25, *eqq.; vol. II, col. 630, seoq.; 688, seqq., vol. III, col. 569, seq.; vol. IV, col. 639. seq.; 655 seqq.; vol. XX:V,c 1. 391, senq., 400, ?e.;q.; Jcmn. Gotlloh Cai pîçovnis, Annol. adîhomœ Codwini Mosen et Aaronem, lib. V, cap. 1, pag. 551, seq. et 554 ; Claud. Saliiu»sius in Apparatu ad librum dePrimaiu papœ, pag 302, et alii.
Il me paraît encore que l'on ne doit point confondre ce grand sanhédrin avec une autre célèbre assemblée connue sous le nom de grande synagogue, à laquelle Esdras présida, suivant l'opinion la plus commune des auteurs soit juifs, soit chrétiens, et que l'on dit s'être tenue de son temps. Je ne nie pas que les docteurs juifs n'aient avancé bien des chimères au sujet de celte grande synagogue; mais laissons le fabuleux et prenons ce qu'il y a de vrai dans un point d'antiquité hébraïque, appuyé sur des témoignages que la bonne critique ne permet pas de révoquer en doute , quoi qu'en ail dis M. Hav dans sa Diatribe de synagoga magna in qua Judaeorum de sénat u quodam luerosolymilajio, post solulam caplivilatem bahylonicam, ab Ezra conscripto, famosa traditio examinait»? et vera neiîla an falsa sit disquirilur. Trajecli ad Uhen. 1726, part. I, cap. 5, pag. 39, seqq., part. Il, sect. 1, cap. 1 et cap. 2, pag. 47, seqq., 66 seqq., etc. Je conviens avec M. Rav que le mot de grande synagogue est un terme absolument nouveau, que les Juifs lui ont attribué bien des fonctions chimériques, que le nombre même de ceux qui composèrent ce conseil est peu vraisemblable. Qu'importe ! devons-nous donc rejeter le fond d'une tradition qui est si conforme à l'état des choses telles qu'elles furent dans le renouvellement de la république juive, après la captivité de Babylone ? L'objet de ce second tribunal était de maintenir particulièrement tout ce qui avait un rapport essentiel à l'avantage de la religion, au culte public, ainsi qu'à la conservation des textes originaux, l'eut-on douler qu'E-dias et ces saints personnages qui vivaient de son temps n'eussent tout cela àrceur, et que le gouvernement ecclésiastique qui eut lieu jusqu'à la venue du Sauveur ne s'occupât de cet objet ? Car enfin, si tout ce que les docteurs juifs ont écrit là-dessus est absolument faux , parce que nous n'en avons d'autre garant que leurs propres auteurs, et que nous n'en trouvons de preuves plus anciennes que ce qu'en a dit H. Nathan dans ses Capitula pairum, ouvrage que M. Bav prétend avoir été composé un siècle après la destruction du second temple (pag. 92 ), je ne vois pas comment il a osé insister sur le témoignage des mêmes docteurs juifs, au sujet, par exemple, de l'antiquité des accents et des points voyelles (ibiii., pag. 156, seqq.). Il est vrai qu'il ne leur donne pas une origine si ancienne que le commun des rabbins, mais l'autorité de ces docteurs ne le retient pas moins, pour ne passe ranger du parti du savant Cappel, qui, dans son Arcanum punctationis revelaium, n'en lixe l'époque qu'au V* ou VI' siècle ; sentiment qu'a suivi Wallon dans ses Piolégomènes (chap. 3, §4049 ). M. Rav prétend donc en faire remonter l'origine peu de temps après la ruine de la république judaïque, peui-êire même jusqu'au premier siècle de l'ère chrétienne . du moins vers l'an 120 de la ruine du temple, ou 190 de JéMis-Christ. Ce iui alors, selon M, Rav lui-même, dont nous trau-
DE LA REVELATION. 538
d'avoir soin des livres sacrés de veiller à ce qu'ils fussent exactement conformes aux originaux. Enfin la prophétie cessa, mais tout se trouvait digéré dans l'ordre des temps; tout était soigneusement c rit.
Quoique la nation n'eût plus alors une succession certaine de prophètes, elle ne laissa pas de former une république sa nie, régie par ses pa leurs sous un gouvernement théocratique (1), comme elle l'avait été
scrivons le sentiment sur cetie matière ( ibid., part. IL seel. 2, cap. 3, § 11, paur. 143, seq.), que parut la Mischne on le corps de doctrine judaïque, composé par Judas le Saint, et qu'on la vit même ornée de points voyelles, comme l'observent Eohodée, R. Azarias et autres écrivains juifs dont Ruxtorf a rapporé les témoignages dans son traité de Aniiquitute punct , part î, cap. 7, pag. 78. Mais s'il est une fuis bi n décidé que dans ce genre de littérature on doive rejeter indifféremment tout ce qui n'a d'autre appui que l'autorité- des Juifs, qui, à la vérité, ne sont pas d'excellents critiques, tous ceux d'entre nos auleu s q;ii se sont inscrits en faux contre tout ce eue les Juifs nous ont dit au sujet oie leur grand ssmhédr n, de leur grande synagogue, en un moi, sur tout ce qui concerne leur masore ; nos auteurs, dis-je, n'auront dmc rien écrit qui ne soit conforme aux règles de la plus saine raison. Je ne prétends point faire ici l'apologie des écrivains juifs auxquels M. Rav ne r< nd pas toujours assez de justice, mais disons ce qui en est : ce professeur de l'académie de Na s^u n'a entrepris de traiter de fable cette tradition judaïque sur la grande synagogue et le grand sanhédrin ( pag. 82 ) que parce qu'elle favorise les principes de l'Eg se catholique touchant l'autorité des prêtres d'Aaro et la succession toujours visible de ministres du Siigneur qui, sous celte ancienne économie, furent constamment à la tête des affaires de la religion, et ne cessèrent de veiller à la conservation du dépôt des Ecritures et de la doctrine : semblables à ceux d< nt parle l'Apôtre, et que le S. -Esprit a établis sous sa dispensatiou évaivgélique pour légir l'EgJise de D eu, que Jésus-Christ a acquise par son propre sang. « In quo vos Spirilus S'a ne lus posuit episcopns, regf re Ecclesiam Dei quam acquisivit sanguine suo ( Ad. XX, 28).
(1) J'ai déjà fait remarquer plus hau' que chez le peuple hébreu tout était subordonné à là leligion, parce que tout tendait à la conserver, à la protéger et à la perpétuer au milieu d'un monde païen jusqu'à l'avénemenl du Messie. Ce fui le grand objet que se proposa le Seigneur dans l'institution mosaïque, fondée sur celte même religion qui n'était autre que celle des anciens patriarches. Comme le peuple hébreu formait une nation qne Dieu s'était consacrée à son. service d'une manière spéciale , aussi le Seign ur en devint-il le roi et le chef suprême, soit dans l'Eglise, soit dans l'Etat, d'une façon toute particulière. La nature de ce gouvernement théocratique exigeait nécessairement que rien ne s'y fît que-par un ordre exprès de la Divinité. De là il doit résulter que soin une telle constitution tout concourait à main enir les écrits sacrés dans leur pureté, du moins essentielle. Les auteurs qui ont traiié ce point d'antiquité hébraïque sont assez part; gés sur la <imée d'une instilution si singulière, mWïs lous conviennent que tello en a été la nature. Voyez Joan. Spencerus , Diss. de Theocralia judaica , Christ. Bleschschmidius, Diss. d$ Tlieoc. in populo sancio insulta a ;Sï\\onum D yfïngius, Kxercil. de Israele J elwvœ dominio Thom. Goo Iwinus, Diss.de Theocrat. Isràeliiarum ; Joan. Knderic, Michaelis Diss. philolog. num Deus dicatur CJTibN m* ito f'œdere cum populo israelitico ut imper ator bellicus ; Henric. Hulsius, Diss. de Jehova Deo regeac duce militari in prisco Israele, et alii. Vid. Bias. Ugolini Tlusaur,
auparavant. Le Seigneur en fui toujours le chef suprême jusqu'au terme (1) auquel devait paraître le Rédempteur des nations. Voyons encore si, dans ce même intervalle de temps, l'état civil et religieux de ce peuple ne nous offrirait pas d'autres traits relatifs à nos Considérations.
Depuis la mort d'Arlaxerxès, qui avait comblé Néhémie et toute la nation juive de tant de bienfaits, jusqu'à l'arrivée d'Alexandre le Grand à Jérusalem, les Juifs, quoique dépendants des rois de Perse, comme ils l'avaient été de ceux de Babylone, jouirent d'un gouvernement qui leur laissait un plein exercice de religion. Les victoires du monarque des Grecs ne changèrent rien ni dans leurs lois ni dans les coutumes de leurs pères, Ils obtinrent même de ce prince des privilèges non seulement pour leur propre pays, mais encore pour tous leurs frères dispersés dans la Perse, la Médie, la Chaldée, en un mot, dans tout le nouvel empire d'Alexandre. Sous quelques successeurs de ce conquérant , sous la conduite des grmds prêtres, l'état des Juifs se trouva alternativement dans la paix et dans la tribulalion ; mais la religion se soutint toujours. Il est vrai que sous Anliochus Épiphane , ils éprouvèrent bientôt une violente persécution. Ce prince , comme l'observe le grand Bossuet (2), paraît alors avec tous les caractères que Daniel (5) avait marqués : ambitieux, avare, artificieux , cruel , insolent, impie , insensé , enflé de ses victoires, enfin irrité de ses perles. Il entre dans Jérusalem en état de tout entreprendre. Les factions des Juifs et non ses propres forces l'enhardissent. Daniel l'avait ainsi prévu. Il tente de détruire les fêles, la loi de Moïse, les sacrifices, la religion et tout le peuple. Dans des circonstances si critiques pour la nation , que durent devenir les livres sacrés?
Mais les succès d'Anliochus avaient leurs bornes nt arquées par les prophéties. Les célèbres Mâcha bées s'opposèrent aux violences de ce prince : les livres saints, quoique devenus plus rares dans ces temps d'oppression , n'en subsistèrent pas moins entre les mains des' Israélites qui étaient restés attachés à la foi de leurs pères (4). La religion eut alors d'illustres martyrs
Ant.sacr,,\o\ XXIV, col. 2, seqq., col. 59, seqq., col. 7!,seqq ,col.98,seqq., col. 108, seqq., col. 158, seqq., etc.; Melchior Leidekkerns, de Reo. Hebr., lib. I, cap. 1, pag. 5, seqq., et lib. V, qui est de Theocrat. Ilebr., cap. 4, seqq , pag. 267, seqq.; The divine légation of Aloses, by W. Warburlon, vol. II, part. II, lib. V, sect. 1, pag. 1-7, sect. 2, pag. 7-73, edil. 2, London, 1758, et sa Dissertation sur les tremblements de terre et les éruptions de [eu qui firent échouer le projet de Julien de rebâtir le. temple de Jérusalem , traduit de l'anglais, Paris, 175 i, où M. Warburlon a donné une ébauche de la théocratie judaïque, et l'on y trouvera des réflexions profondes et lumineuses sur la fin des lois de ce peuple.
(1) M. Leidekker. loc. cit., lib. V, cap. 1, p. 269 ; Wi Warburton, The divine légal. , loc. cit., sect. 2, pag. 73-111.
(2) Discours sur l'Histoire universelle , seconde part., §5, pag. 269 de l'édit. in 12 de Paris.
(3) Chap. Vil, 24, 25 : VIII, 9, suivants.
(4J Lib. I Machab., III, 48 ; Xlï, 9. De faux crili-
PIÎIMITIFS
5iC
et une foule de grands hommes zélés pour la conservation des /ois saintes comme des livres sacrés
ques ont dit que les livres saints avaient péri vendant cette persécution. Les passages que nous venons de citer do livre des Machabées réfutent victorieusement cette hypothèse.
Le docte Cappcl ne parut que trop adop'er ce paradoxe, en assurant que telle était l'époque de la perle des meilleurs manuscrits qui existaient avant le siècle desMachabccs. Il ajoutait que le faux zèle, l'envie, la légèreté des pharisiens et des scribes, ennemis déclarés de la version des LXX, n'influèrent pas peu au total dépérissement des bons exemplaires de notre original hébreu ; de sorte qu'au temps de Jésus-Christ et du paraphraste Jonathan il n'y avait pics d'autre texte que celui dont nous nous servons encore aujourd'nui ( Ludov. Cappellus , Criticœ defensio , in extremo ejusd. Criticœ merœ., edit. Liilel. Paris. 1650, pag. 572). Pourélayer en quelque façon une assertion si peu soulenable, si injurieuse à l'intégrité de notre original, et que dément si bien l'état où se trouva la religion au temps des premiers Machabées, tout persécutés qu'ils étaient de la manière la plus oulrée, Louis Cappel opposait à ce même texte la célèbre version des LXX , comme ayant été faite sur quel* qu'un de ces excellents manuscrits hébreux, trèsdiflérenls de ceux qui sont parvenus jusqu'à nous. Mais relie preuve que Louis Cappel faisait tant valoir n'était rien moins que solide. La diversité qu'on remarque encore de nos jours entre le texte hébreu commun et la version des LXX interprètes ne doit point sa naissance à la seule variété des manuscrits hébreux que ces mêmes interprètes ont pu consulter pour leur traduction. De savants critiques , connue nous devrons l'observer ci-dessous, en ont assigné de tout autres causes. Le docte Cappel supposait d'ad leurs ce qui est en question. Son raisonnement ii"au rait été tout au plus concluant que contre l'état ac luel de notre Pentateuque hébreu , et il n'ignorait pas qu'il est très-incertain si du temps des Machabées on avait déjà toutes nos Ecritures en langue grecque. C'est même un sentiment assez suivi et très-bien fondé, qu'il n'y eut anciennement que les cinq livres de Moïse qu'on vit d'abord paraître en langue grecque. Mais n'anticipons passur un sujet auquel nous serons obligés de revenir. Disons toutefois qu'une chose qui frappe dans la critique de ce docte protestant c'est qu'il convenait lui-même que la version des LXX a été sujette à bien des altérations. 11 en disait autant des autres versions grecques d'Aquila, de Théodolion et de Symmaque. Il n'en exceptait point les paraphrases chaldaïques et même la version latine de S. Jérôme. Toutes ces traductions étaient, de sou aveu, extrêmement corrompues : dès lors comment avoir une rèjjle sûre pour apprécier à sa juste valeur en quel état a pu se trouver anciennement noire texte hébreu, et comment le réformer par ce qui nous reste aujourd'hui de ces mêmes versions, si elles sont aussi altérées? Mais, encore une fois, nous serons obligés de loucher celte matière : observons cependant que les critiques ne sauraient être trop réservés sur un point si délicat.
Le savant Ussérius, dans une de ses lettres à Louis Cappel ( in fine ejr.sd. Usserii de grœca LXX inlerprelum Versione Sijntagm. , edit. Londin., 1655, pag. 210, seqq.) avait déjà montré toute la futilité du paradoxe que nous venons de reprocher au protestant français. Mais la réponse qu'y d nnail Ussérius montrait un côté bien faible : c'est qu'il distinguait deux sortes d'anciennes versions grecques des LXX, dont l'une, très-conforme à l'ancien texte hébreu, comme à celui que nous avons de nos jours, s'était absolument perdue, et l'autre, qui nous est restée, était fort corrompue. Cette distinction, qui est en effet chimérique, laissait une partie de l'objection de Cappel
DE LA RÉVÉLATION
Tenue l'histoire tleS Machabées en est une preuve manifeste. Les beaux exemples de ces saints personnages donnèrent au culte religieux un nouvel éclat, et jamais la nation ne montra tant de zèle pour tout ce (jue la religion a de plus respectable que dans ce temps d'épreuves. Les écrits sacrés lurent alors trop nécessaires au maintien de la foi , pour croire qu'on ne prît pas tous les soins possibles de les préserver du péril (1) dont les menaçait un prince tyran et sans religion.
Ce n'est point là que se bornèrent les soins de la Providence sur son peuple , alin de soustraire le sacré déj 'ôl des divines Écritures aux fureurs de cet ennemi de la religion sainte.
Vers l'espace de temps que nous considérons, la langue hébraïque était dans sa plus grande décadence. La plupart des Juifs parlaient déjà le langage de leurs anciens maîtres ; ainsi il était à craindre que ce peuple ne prît plus le même intérêt à sa propre histoire comme aux grandes vérités consignées dans ses écrits sacrés , et que le texte original des divines Ecritures ne devînt moins répandu parmi la nation judaïque. On ne dirait donc rien que de très-probable , si Ton assurait qu'on vit paraître alors des ministres zélés qui distribuèrent le pain de la parole dans une langue qui faisait mieux comprendre au commun de la nation toute la grandeur, toute l'excellence de ses livres saints. De telles instructions donnèrent bientôt naissance à ces sortes de gloses ou paraphrases chahlaïques, dont le style décèle assurément une antiquité aniérieure (2) à la venue du Messie. Nous devons
dans toute sa force. Il fallait uniquement appuyer sur les d fférentes causes qui ont ru occasionner tout s tes diversités de leçons qu'on trouve entre la version des LXX et notre original , comme 'a fait entre autres le docte Buxlorf dans son livre intitulé : Antkrilica seu Vindictes verilalis hebrakœ advenus Lnd. CappeUi Criiicam , etc., Basilex 1653, pari I, cap. 4, pag. 67 , seqq., etc. Ouvrage dont nous parlerons ailleurs.
(1) Machab. Mb. cil., cap.I, 59, 60.
(2) Des écrivains ont douté s'il y av;iil dos versions ou paraphrases ehaldaïques dans les âges que nous envisageons. Les uns en lonl remonter l'origine bien au delà du temps du Sauveur ; d'autres piétendent qu'elles n'ont été laites que vers le cinquième ou sixième siècle de l'Eglise cl même plus lard. Ces deux sentiments souffrent trop de difficultés : tenons un juste milieu.
Pour discuter cette question avec quelque exactitud *, :l serait nécessaire de reprendre la chose de bien haut, el de toucher plus d'un point de philologie hébraïque qui y a du rapport. Lue simple note ne permei pas de trop s'étendre. Je lâcherai néanmoins de présenter ici des notions très-claires , en même temps les plus succinctes qu'il me sera possible. Quoique cette question paraisse au premier aspect tomme étrangère à ce qui concerne l'intégrité de noire original hébreu, elle en dépend en quelque f;iç:>n ; H en résultera nécessairement que noire texte est parvenu jusqu'à notre temps sans avoir contracté la moindre tache préjudiciable à son intégrité essentielle.
On a d'abord prétendu, et c'est un sentiment assez reçu, surtout parmi les écrivains juifs, que l'hébreu e^sa d'être une langue vulgaire aussitôt ap es la capliv.ié de Babylone, et même pendant lu caplivilé :
môme faire d'autant plus de cas de ces anciennes versions chaldéennes, qu'elles servent beaucoup à
Cjiim vero exnlarent a terra sua et abducli estent in B.i" belem, oblili fueriint oninino ihiauœ suœ, sicut scriplum est in libro ISelieiniœ , dit Elias Lévite au commencement de la préface à son Melliurgeman , ou diction* naire cbaldeeu, de l'édition de Cologne, 1560. Néliémie (Il Esdr. VIII, 9, 15) ne dit au fond rien de semblable ; mais tel est l'usage ordinaire des docteurs juifs, qu'ils citent souvent nos Ecritures pour appuyer leur sentiment particulier, quoiqu'elles n'offrent plus d'une fois aucune autorité bien piécise Voyez aussi R. Kimchi, prœfal. in Michlol ; IL Épbodx'ûs, Grammalica , cap. 7; R. Azarias, Meor Enaïm, part. III, cap. 9, el alii ; J. II. llotlingerus, Smegma oriental., pag. 55; Brian Wallon, Prolegomen ad Biblia polyglot., cap. 5, § 24, pag. 18, seq.; M. Prideaux, Histoire des Juifs, etc., part. I, liv. V, loin. Il, édition
d'Amsterdam , 1722
et not. h. Plusieurs autres philologues oui applaudi à celte opinion , leU que R. Simon, le P. Bartolocci, Thomas Smith, Bernard Aldrète, Pierre Allix, Henri War:on, Guillaume Schickard, etc. Mais, quand ou étudie de près la constitution de ce peuple à son retour dans la Judée, il me semble que ce sentiment e»t peu soulenable. Comme la solution de celte question doit nous guider pour découvrir la vraie époque de l'usage des paraphrases ehaldaïques , il es-l nécessaire de la discuter ; mais nous éviterons le détail.
Il parait presque impossible que. soixante et dix années soient un intervalle suffisant jour faire oublier enlièremenl une langue nationale à tout un peuple, quand même on supposerait qu'on l'avait dispersé dans les différentes provinces d'un vaste empire , tel qu'était celui de Babylone. La nation judaïque eut, pendant la captivité, des docteurs de la loi, des prêtres el des léviles : on lui laissa même pratiquer sa religion conformément à ses usages et à ses lois : te qui n'influait pas peu sur la conservation de l'ancien langage.. Je pourrais porter ici l'exemple de nos réfugiés lia cuis en Angleterre, en Prusse, eu Hollande el en différents cndtt):ls d'Allemagne depuis la révocation du fameux édit de Nantes. Ces mêmes Français n'ont jamais perdu de vue la langue de leurs pères, el t'est à leurs enfants que nous sommes redevables de la piupari des ouvrages français qui sortent des presses , entre autres, de a Hollande.
Quoique les ChaMéens eussent transporté dans leur-, provinces la plus grande partie du peuple de la •Palestine, ils y laissèrent cependant quantité de Juifs qui ne devaient parler d'autre langage que celui de leurs ancêtres. ( IV* Livre des Rois, XXV, 22 ; Jerémie XXXIX, 10 : XL, 6 el suiu. ). tout pays de conquête, en changeant de maître, ne change pas aussitôt de langage : c'est l'affaire du temps , et même de plus d'un siècle. Pour donner un exemple relatif à notre sujet, t'est ym fait que les Juifs, entre, autres, du Levant conservent de nos jours dans leur langage ordinaire des traces bien marquées de la langue espagnole. A Conslaulinople les Juifs parlent communément celte langue. Il y a cependant près de trois siècles qu'ils ont élé chassés de l'Espagne. On pourra m'objetler qu'il est dit dans le XXVe chapitre du IVe livre des Rois et dans le XL1C chapitre de Jéiémie qu'après le meurtre de Godolias auquel le monarque de Babylone avait confié le gouverne ment du pays de Juda, toui te qui y restait du peuple s'enfuit en Egypte pour se mettre à l'abri du ressentiment des Chaldéens , et que , nonobstant les représentations de Jéiémic( XL1I, 9, suiv. ), la plupart de ceux qui se retirèrent en Egypte périrent même par l'épée el par la faim dans la guerre (pie Nabuchodonosor lit à Pharaon Nécao ( Ibid., XL1V- XLVI ). H en réchappa néanmoins de ce deVa.Uio un petit nombre qui revint-dans la Judée, comme le
b\H DES TITiŒS PSllMiTiFS 5U
appuyer l'intégriiéde no re texte original. Quoiqu'elles qu'elles élaienl sorties des mains île 'ours premiers ne paraÎNsent pas êlrc parvenues jusqu'à nous telles auteurs, parce qu'elles oui été interpolées, l'ensem-
leur avait prédit le même prophète ( XLIV, 28 ). Ces Juifs retournés de nouveau dans leur terre, durent naturellement parler la langue nationale.il est d'ailleurs incontestable qu'il en était resté dans la Judée pour habiter les ruines de Jérusalem.
Si nous remontons encre au temps delà captivité, nous trouvons que Jérémie n'écrivait qu'en sa propre langue. Ce prophète ( XI VI, XLYII et suiv. ) prédit également, en hébreu, la chute de Babylone et le châtiment qui devait arriver à Tyr, à l'Egypte, etc. Ezéchiel, qui vécut longtemps parmi les captifs, ne se sert point d'autre langue; ci si Daniel a donné quelque chose en chaldéen, ce n'a été que relativement aux affaires de cet empire. Lorsqu'il parle de lui-même, ou au peuple d'Israël, il n'emploie que le langage ordinaire. Le décret d'Assuérus aux Juifs de la dispersion ne paraît même avoir été formé que dans la langue qui était particulière aux Juifs.
Nous voyons encore que les prophètes Aggée, Z charie et Mal ichie , qui vécurent après la captivité, ne cessent d'adresser en langue hébraïque les instructions qu'ils font au peuple. Esdras lui, même et Néhémie ne tiennent pas d'autre langage, quoiqu'une partie des écrits du premier soit en chaldéen. Tous ees grands personnages qui furent la lumière et la consolation d'Israël, eussent-ils agi de la sorte, si les Juifs ne les eussent entendus? De plus il est constant que longtemps après la captivité, tous les actes civils et religieux ne se faisaient qu'en hébreu dans toute la Judée.
Je sais que M. Simon, dans une dissertation qu'il publia en 1688, sous le nom de Keuehlin contre l'auteur delà Bibliolbè jue ecclésiastique, s'inscrivit en faux contre la conséquence qui résulte naturellement de ce que je viens de dire touchant la manière d'écrire de tous ces saints personnages de l'église d'Israël. Cet écrivain a prétendu que comme les livres sacrés qui avaient été écrits avant la captivité étaient tous en hébreu, il convenait que Daniel, Esdras, JNéhémie, Aggée, Malachie, écrivissent aussi leurs livres dans la même langue, qui était comme consacrée à cet usage; que quoique l'hébreu ne lût plus la langue vulgaire du peuple juif, elle l'était encore parmi les principaux de la nation. Tous les Juifs, soit rabbauites, soit carailes, ajoute l-il, conviennent de ce fait. ( Voyez sa Critique des Prolégomènes de la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques par M. du Pin,lom. IV, chap. 10, pag. 011, suiv.) t II semble même, dit il, que ce soit là l'origine des anciennes paraphrases chaldaïques. » M. Simon appuie beaucoup sur le témoignage des auteurs juifs, et tâche d'éluder loule la force des passages de l'Ecriture dont s'étaient servis M.VI. Bossue t et du Fin pour prouver <pie la langue hébraïque était encore vulgaire quelque temps après la captivité. ( Voyez aussi ses nouvelles observations sur le texte et les versions du Nouveau Testament, édil. de Paris, 1G95, part. Iï, ch. 5, pag. 157, sutv. ) Mais M. Simon , avec toute son érudition rabbinique, a manqué d'observer que les docteurs juifs n'ont pas as ez distingué ni les temps de la décadence lola le de leur ancienne langue, ni la vraie époque de l'usage des paraphra es chaldaïques. Les auteurs chrétiens, qui ont copié aveuglément les écrivains juifs auraient dû approfondir davantage la nature de ce fait, duquel on doit juger selon l'ordre des événements hu .nains, cl qui nous est d'ailleurs attesté par des passages assez clairs de l'Ecriture.
il résulte de là que les Juifs n'eurent pas besoin qu'on leur expliquât le texte original dans une autre langue, puisqu'ils avaient retenu celle de leurs ancêtres. (Voyez Jac. Altingius, Académie. Dissertai. lleplus uliera, dissert. I, pag. Ii2, seq. ; disserl. 2, pag.
134, seq. ; Augustus Pfeififer, Critic. sacr. cap. 8, sert. 2, pag. 512; Stephanus Morinus, de Lingria primœva, ejusque appendicibus , exercit. 1, cap. "îi, pag. 77 ; Joan. Golllob Carpzov. Crilica sacra, part. I, cap. 5, pag. 214, seq. ; et part. II, cap. 1, pag. 456, seq ; Henrieus Bcuzelius, Syntugma Dissertai in academ. Lumlensi liabiiurnm, Francofurlet Lipsiœ , 1745, t. i, dtssert. 1, pag. 585)
Je ne nierais pas qu'une bonne partie du peuple, de ceux principalement qui étaient nés pendant la captivité de Babylone, n'entt -ndîi communément le chaldéen. Il est probable que leur propre langue devait déjà dégénérer. Mais s'ensuit-il de là qu'on doive faire remonter aussi haut l'usage des cxplicaiions et des paraphrases chaldaïques? A entendre les Jui's, on s'en était servi même pendant le temps de la captivité et on les conserva ainsi de vive voix jusqu'à ce qu'Onkelos et Jonathan les missent par écrit cl en lissent un corps de paraphrases, dans létal que nom les avons encore. h> ne parle point du sentiment de ceux d'entre nos auteurs qui en ont marqué l'origine antérieurement à l'époque de la captivité On sait que Jean Keuehlin a soutenu ( De verbo mirifteo, lib. III . cap. 15) que du temps de Thaïes de Miiet, qu'il fait mal à propos contemporain du p Ophèle l-.aïe, vers la cinquanle-s:xième olympiade , les B i~ byioiiiens avaienlà leur usage une version de la Bib e en langue ehaldéenuc. Cela est dit sans preuve. C; que je viens d'observer détruit suffisamment ces hypothèses des Juifs et des chrétiens. J'en puis dire a itant de ce que nous rapporte Maimonides, cap. i% § 10, que depuis le temps d' Esdras celait un usage 'qu'il y eùl un interprète qui expliquât au peuple ce que te lecteur avait lu dans la lai, afin qu'on en comprît 1rs paroles : Maimonides ajoute que/c lecteur ne lirait qu'Un seul verset à la fois, et qu'il sj taisait jusqu'à ce que l'interprète l'eut expliqué. Après quoi il lisait le verset suivant, et il ne lui était point permis de lire plus d'un tk'i'set à la fois, pour être ensuite interprété : NTpm TTTW DATTO T; pnittTl xh^. tïî« p*DD tfïlp
wi wnpn p« ■ vv piDDQ NTipi Tirvi jajrnnn
t TINQ WP ]OiP,ï.d? rmjfc R. Muses ben Mairnon. iTTin rWQ. h, e. llepetitio Legis., loc. cit., tom. I, cd l. Yen t., 55i, chr. 554, loi. 74, recto. Tout cela doit s'entendre des temps postérieurs à ceux que nous envisageons.
Il est vrai que quelques-unes de ces explications paraissent avoir un certain caractère d'antiquité, qui ne permet pas de dire qu'elles soient aussi récentes que les ailleurs font avancé. La Paraphrase chaldaïque sur le Peutaieuqne, attribuée à Onkelos, et qui d'ordinaire suit littéralement son texte, est d'un style beaucoup analogue au chaldéen de Daniel et d'tisdras. La Paraphrase qu'on donne à Jonathan , lils d'Uzicl, cl qui est sur les prophètes, c'est-à-dire Josué , les Juges , les livres des llois , Isaïe, Jérémie , lùéchiel elles douze petits prophètes, quoique plus diffuse, est aus.«i d'un style irès-cliàué. Mais cela ne prouve point absolument qu'elles soient si anciennes que les docteurs juifs le soutiennent. Je ne dir.u pas cependant avec M. Simon ( lléponse à la lettre dd M. Spanheim, à la suite de son Uist. ait. du Vieux Testament , pag, Gi2) « qu'il se pourrait faire que quelque docteur juif eût imité l'ancien chaldéen do Babylone, comme nous voyous que quelques Juifs dans ces derniers temps ont très -bien imité la pure;ë. du style hébreu de la Bible, dans les livres auxquels ils ont donné d'anciens noms » Si la remarque de ce critique avait lieu, il faudrait donner une date des plus récentes à ces sortes d'explications. Ce qui ne peut s'accorder avec ce qu'il en dit ailleurs, surtout dans ses Disquis'uiones crilicœ de variis per diveha loca et
5i5 DE LA REVELATION. ^
hic de cos paraphrases offre néanmoins assez de Iront que ce le\?e nous a été transmis depuis près de preuves en faveur de Kwigiiial hébreu : elles démon- deux mille ans, sans qu'U ail contracté des lâches re-
tempora Bibliorum editionibus , etc. , Londini , 1684, cap. 13, pag. 100. Di>ons plutôt que la manière dont elles sont écrites en décèle une origine assez ancienne. C'est, sans doute ce qui a fait conjecturer à un sav;.nl philologue de notre siècle <|iie les paraphrases durent d'abord être composées dans les terres de Babylone, uniquement pour l'usage de ceux des Juifs qui ne voulurent point retourner en Pa estine. Je ne sais si M. Simon ( Ibid.) a é é le premier auteur de celle conjecture que je trouve développée tteu&Wolhus {Bibtiolkecœ hebrœœ part, il, pag. 1141). Mais celle autre hypothèse ne serait-elle pas plus ingénieuse qu'elle n'est solide ? Il faudrait supposer que la correspondance qu'il dut toujours y avoir entre les Juifs de la Palestine et ceux de iJabyioue lit ad< pter aux premiers ces mômes explication* (pie les seconds, déjà assez versés dans la langue de leurs maîirts, avaient données pour l'usage du commun du peuple qui se trouvait dispersé avec eux. Il est vrai que si nous en croyons les auteurs de cette nation, les Juifs firent de toul temps grand cas de la langue qu'on parlait à 13 abvlone. « Les sages, dit Elias, Lévite, dans la prélace de son Dictionnaire que nous avons déjà cité, et ceux qui s'appliquaient à Ja connaissance de la loi , étudiaient principalement la langue chaldéeene.» Mais hissons les Juifs de Babylone. La langue ehaldéenne-synaque, qui lui pendant quelques siècles le seul langage que les Juifs de la Palestine parlèrent communément, et doul ils se servaient encore au temps de Jésus-Christ, demandait nécessairement qu'ils donnassent eux-n êmes ces sortes d'explications ou de gloses sur la loi et sur les prophètes, qu'on lisait constamment en hébreu dans le temple el dans les autres synagogues de la Palestine.
Il suffirait donc de placer l'usage de ces explications vers le temps que la Judée fut sujette à des ré- \oluiions qui mil èrenl beaucoup sur son gouvernement civil et ecclésiastique, tille avait assez joui de ia paix sous la protection de Cyrus et d'Artaxerxès. On ne voit pas encore <|uc sous les derniers rois (te l'erse, el même sons Alexandre le Grand , e!e eut é.é exposée à des troubles qui dussent faire changer de lace à l'ordre établi dans i'exercice public de ta religion, tel qu'Lsdras cl ses premiers successeurs l'avaient remis d'après les constitutions mosaïques. Alexandre irai: a les Juifs avec heaucoupd'humanilé, il respecta leur temple et augmenta leurs privilèges ( Joseplius, Anliquil. Judaic. lin. XI , cap. 8; el lib. II, adversus Apion. ). Jamais celte nation n'eut cependant tant à souffrir que des violences du successeur de Sélcucus. Anliochus Epiphane, à peine monté sur le trône de ryrio, l'an 176 avant Jésus-Christ (J. Foy Vaillant, Caiton chronolog. reyum Syriw; in ejusd. Seleucidarum imperio, edit.Luiel.Pans, lob"! j, devint le persécuteur presque aussitôt que le tyran des Juifs. Il remplit de .-ang toute la J idée, et n'oublia aucune voie pour en renverser la religion par ses fondements. Pendant la captivité de Babylone la langue hébraïque avait déjà reçu quelque légère atlei.ùe parmi le bas peuple. Mais si depuis cette grande époque pour la nation, l'hébreu commença à dégénérer de plus en plus de sa première pui été, soit par des mariages illicites, contractés avec des femmes infidèles [ksdras, liv. Il, th. XIII, -23], soii par le fréquent commerce que les Juifs delà Palestine entretenaient par nécessité avec les Syriens, qui pos -édaicnt alors la Judée aux mêmes titres que l'avaient eue les rois de Babylone, de Perse, et Alexandre, quels changements même notables le langage national ne dut-il point éprouver sous les ordres impérieux d'un prince qui n'avait rier de plus à cœur que d'abolir entièrement tout ce qui se ressentait des mœurs, des usages et
des coutumes de la nation juive? La constitution de ce peuple ne pouvait être que celle du gouvernement syrien, si tant est que l'on paisse dire" .pie les Juifs de la Palestine eussent sous en (el prince quelque consistance civile et religieuse, eux qui étaient si foulés et comme écrasés. Dans un é al aussi violent de choses, les Juifs ne tardèrent point à se conformer au langage de leurs maîtres; d'à niai t plus que la langue hébraïque était déjà fort altérée. Toul la menaça il de sa totale décadence parmi une bonne partie des habitants de la Judée, surtout de la ville de Jérusalem, qu'An tioctais K pi phaue avait accablée de mille calamités. La langue des uns ei des autres avait dVHcurs une grande a limité. La Judée se trouvait encore remplie d'une infinité de sujets naturels des rois de Syrie; il y avait de plis un bon nombre de ces Juifs apostats qui, pour complaire au gouvernement, en affectaient les mœurs, les usages, et pourquoi non le langage? Quoique ce pays ne sévit totalement affranchi du joug des Séiein ides une sous le pontilical de Simon, frère deJonalhas [ I Maclib. Xlll, 41, suiv. ) , l'Histoire des Juifs se trouva toujours liée avec 1rs affaires des rois de Syrie. Tout cela dut beaucoup contribuer à l'aire insensiblement perdre de vue là langue nationale.
Il est une difficulté qui m'arrête. Sous les Mâcha* bées le culte religieux fui enfin rétabli dans sa première splendeur. Un vu même paraître des médailles dont quelques-unes fuient frappées avec le nom de Simon, un des ilusiivs déienseursde la pairie, comme le prouvent celles que nous oui données EzéehH Spaubeiui, Pià&ertal. de prœsianl. el usa uumismatum antiquorum., dissert. % loin. I, edit. Loudin., 170(5, p:ig. 07, scq. ; ci D. Guarin, Grammal. lubr. et cliuld., ton». II, cap. 8, pag. 505, seq. Voyez encore ceîîjjs qu'oui produites Blancucci, Willalpaud, les pères Siojin, Souciet, Kiichcr et Freeiich, Bouleroue, Wallon, liiauconi, Waser et quantité d'autres. Ces médailles Ont d'ordinaire d'un côté un palmier ou un calice, ou luia espèce de vase à brûler des parfums, el au revers une feuille de vigne ou une grappe de raisin, ou une simple gerbe, ou en lin un é, i de né, etc., symbole de la fertilité du pays de Juda. Les légendes qu'elles ont à l'entour j orient tantôt le nom de Lu bei lé d Israël, ou de Jérusalem, ou de Swn, el lamot le nom de Simon, prince d'Israël. Dans quelquesunes de ces antiques on lit assez clairement la première année de la délivrance a" Israël ; dans d'autres on trouve la quatrième année de la délivrance de Siou. Quelquefois elle*, expriment la seconde, la troisième et même la sixième année de celte célèbre époque. Une autre cho.-eà considérer, c'est (pie ces mêmes médailles, dont l'authenticité est reconnue par les plus habiles antiquaires de nos jour.-, présentent des inscriptions toutes relatives aux temps des Machabées. C'est un point d'antiquité qu'il n'est guère possib e de révoquer eo don e, quoi qu'en ait pensé le savant M. Diodati dans un ouvrage [pag. 79 el suiv.] dont nous parlerons à la lin de celle note. [Voyez liermau. Connngii paradoxa de nummis Hebiœorum, prœfal. pag. 52, et cap. 9 iil fascicule 2 Op'tsculor. quœ ad hist. et pliilolug. sacr. spectant, a. Thoin. Ciemo, edit. Kolterodam. 161)3, loin. III, pag. 193; Explication de deux médailles samaritaines, par le P. li;udouin; Journal de Trévoux, mai, 4712, pag. 841, suiv.; Journal des savants, édit. de 11 ■dlande, lévrier 1715, tom. LIU, p.ig. iGS, suiv. ; Lju>d. llarduini Opéra sélect., pag. OUI, seq. ; ejusd. Notai in Plinium , tum. I, pag, 452 ; le P. Etienne Soueiel , Dissertation s>r les médailles hébraïques, dans son recueil de IMssèït. criliq., etc., loin. 1, pag. 15, suiv.; Biimirl, de la Bistie, Remarques sur la science des médailles, du P. Joberl, édit. de Paris, 1759,10111 I, pag. 320', ssuiv.*
masquables , contraires à la foi el aux mœurs. Ainsi cienne, plus la preuve que nous en tireror.s a un de plus la date de ces versions chaldéennes sera au- force pour constater d'une manière bien sensible l'in-
Blasius Ugolinns, Thésaurus Antiqnit. sacrar., vol. XXVIÎÏ, col. 1005, soqq. ; Adriaii Belandus, Dissertât, de riummis sinunitanis ; Juan. Bapt. Oltius, epitiola demdemnumiiris; Comcl. Dicteric.Koch, Dissertât, de nummorum liebrœorum in&criptionibus samarilanis, et alii in eod. vol uni uuliq. suer. Thesaur.)
Je n'ignore pas qu'il y à des écrivains qui considèrent ces siUes ou médailles connue antérieurs au loin ps de la captivité (voyez Ri«h. Simon, ïlist. critique du Vieux Testant., liv. I, ch. 15, pag. 77, et sa Critique de la Bibdothèque des auteurs, ecclésiastiques et des Prolégomènes de la Bible par M. du Pin, loin. 111, liv. IV, ch. * , pag. 505, suiv.; Remarques du P. Souciet sur cette critique de M. Simon, ibid., png. 714; Ezech. Spanhem.Joc. cit., dissert. 1, pag. 10, el dissert. 2, pag. 60, seq. 74; Augusli Pfeilï'eri Cr'uicasacr., cap. 5, de Puritate fontium, sect. 2, quaîst. i, pag. 105, se ;q.; Traltalo délia lingua ebraica , e sue a/fini del P. Bonif'azio Fineltx dell. ordine de" predicalori, Vcnezia, 1750, sezzionc 5, § 10, pag. 109). Mais e'e>t une opinion démentie par la nature des types de ces médailles, comme M. Simon se vil obligé de le reconnaître dans sa Bibliothèque critique, qu'il publia sous le nom de M. de Sainjore, tom. H, ch. ^5, pag. 597, suiv. Quoique des savants, tels que les Scaliger, les Boçhart, les Spanheim, les Pocock, les Chishull, les Swinton, les Shuckford, les Bernard, M. l'abbé Barthélémy, les ailleurs du nouveau Traité de diplomatique, et quelques autres, aient publié différents alphabets phéniciens (voy. Becueil de médailles de peuples et de villes, qui n'ont point encore été publiées, ou qui sont peu connues; Paris, 1765, loin. III, pag. 153, suiv.), on ne peut douter cependant que les inscriptions de toutes ces antiques dont nous parlons ne soient en lettres phéniciennes, qui étaient les mêmes qu'employaient les Samaritains. (Voyez là-dessus Bernard de iMoulfaucon, Paleographia grœca, lib. H, cap. 1, pag. 119, sej(|.; Ezech. Spauhcinius, loc cil., dissert. .2, pag. 06, seq.;J J.icob Biauconi, de amiquis iuieris Hebrœor. et Crœcor. Lib el lus, Bononia?, 1748, pag. 15, seqq-, 45, seq., 64, 67; M. l'abbé Barthélémy, Mémoire sur les lettres phéniciennes, à la suite du Mémoire de M. de Guignes sur l'origine des Chinois, Paris, 1700, pag 59, suiv.; la Lettre du même académicien aux auteurs du Journal des savants sur quelques médailles phéniciennes, août 1700, pag. 1515, suiv., édit. de Paris, el ce que cet habile antiquaire en a dit dans les Mémoires de CAcad. roy des inscriptions et belles-lettres , loin. XXX, pag. 405; Nouveau Traité de Diplomatique, tum. 1, part. Il, sect. 2, ch. 12, édit. de Paris, 1750, pag. 653, suiv., et ceux des auteurs que je viens de ciier au sujet de ces médailles et des alphabets phéniciens.) Une chose encore qui nous re->le à observer , ei qui semble accroître la difficulté qui nous arrête, est que ces caractères phéniciens ou samaritains sont incontestablement ceux dont se servaient les anciens Hébreux. Ne résulterait-il donc pas de là (pie du temps des Machabées les Juifs avaient conservé leur propre tangue ainsi que leurs caractères; que par conséquent ils pouvaient alors se passer de gloses ou paraphrase* ch .Idaïques. Je ne dirai rien ici de quelques médailles en caractères hébreuxchaldéens : elles ont des marques sensibles de fausseté. Aussi les savants convieiment-ils qu'elles sont toutes supposées. La langue hébraïque aurait donc subsisté du temps des Machabées, quels t|u eussent é é les malheurs que la nation venait u'éprouver sous Anliochus Epiphane.
Mais ne serait-il pas possible qu'on < ût alors frappé des médailles juives avec des légendes en caractères hébreux samaritains, sans (pie le peuple parlât communément celle langue? Le recouvrement de la liberté de la patrie, le culte du vrai Dieu rétabli d us
sa première splendeur, formaient dans ces temps-là une époque bien glorieuse pour la nation. Dans une telle conjoncture, il paraissait naturel que dans la légende de ces monuments destinés à perpétuer la mémoire d'un événement si singulier, l'on employa; une langue consacrée à la reiighm, et qui devait être ce le des savants de la nation , des prêtres surtout et d s lévites qui en faisaient par étal une étude particulière. Il n'était pas même fort diffn ile au commun du peuple de comprendre le sens de ces types. Le seul chaldêVn ou syriaque le lui indiquait. Les Juifs n'auraient donc lait dans cette occasion que ce qu'ont pratiqué eu différents temps les Grecs el les Romains dans les pays où ils étendirent leurs conquêtes , et ce que nos princes et les savants font encore de nos jouis. 11 est une infinité de médailles grecques et romaines qui appuient cette conjecture. Dans la plupart de nos monuments publics nous adoptons une langue inconnue au vulgaire.
Ainsi de l'existence de ces médailles il semble ré • sulter seulement que les Juifs de ces temps-là avaient encore leurs propres caractères qui n'étaient point distincts de ceux des Samaritains ou Phéniciens, mais qui éprouvèrent dans la suile de si grandes variations, qu'à peine pouvons-nous y retrouver des traces de leur origine primitive. C'est le sort auquel ont été exposée de tout temps les différents alphabets des langues anciennes, qui bien étudiés de près décèlent plus ou moins une naissance commune; car plus ces lettres de part et d'autre sont anciennes, plus leur ressemblance augmente. Et, sans recourir au sentiment de ceux qui ont supposé chez les Hébreux deux sortes de caractères, l'un sacié et l'autre profane (voy. Jo an. Buxlorf. fil., Dissert. de Hebrœor. Litler., § 43 et 64; Joan. Leu-den, Philologus hebrœo-wixius, centuria 3, cap. 12, pag. 371), sentiment combattu par Louis Cappel dans sa Diatriba de veris et antiquis Hebrœor. Litteris, etc., Amslelod. 1645, pag. 24, 51, seqq. , peut-être n'a-l-on rien dit que de très-probable en assurant que nos caractères chaldéeus on hébreux de nos jours viennent originairement des lettres samaritaines. C'est un sentiment des mieux prouvés , que celles-ci sont les plus anciennes que l'on connaisse. Il e»t vrai qu'Etienne Morin (de Lingua prima v., exercii. 2, cap. 5 et 6) a soutenu le contraire, appuyé du suffrage de Spanlieim, de Meier, de Conringius, de Buxtorf, de Schickard , de Fui 1er, de Broughion, de Junius, deLightl'oot, etc. Ces derniers, comme l'observent les savants bénédictins dans leur JSouveuu Traité de Diplomatique, tome I, seconde partie , sect. 2, ch. 6, pag. 594, réclament avec chaleur pour les caractères hébraïques ou chaldaïques , mais en suivant diverses roules. Généhrard , Bellarmin, Arias Monlanus, le P. Morîn, M. fluet, I). Bernard de Monlfaucou , dont Cahnet, M. Renaudot, Willalpand, Joseph Scaliger, Grolius, Hoiiinger, Casauhon, Diusins, Waser{, Brerewod , Cappel, Wallon, Bûchait, Vosàius, Simon el autres, se sont toutefois hautement déclarés pour accorder aux lettres samaritaines l'honneur de l'antiquité sur les chaldaïques mêmes. J'ai dit qu'il esl très probable que nos caractères chaldéeus viennent originairement des lettres samaritaines, .le ne puis ignorer (pie c'est une tradition constante chez les écrivains juifs, comme chez plusieurs Pères, qu'E-.dras introduisit dans les livres saints le changement des anciens caractères hébreux en modernes, qu'< n appelle chaldaïques. ( Voy. la Dissertation de dont Calmel, où l'on examine si Esdras a changé les anciens caractères hébreux, Dissertât, tom. I, pag. 54, suiv.; JSouveuu Traité de Diplomatique, loc. Cit., pr«g. 595, suiv.; J. Cbrisloph. Wollius, Éibliothecœ hebrœai t. II, sect. 4, p. 410, seqq. ; t. IV, sect. eadem, pag. 16i.) fouie respectable qu'est cette tradition que nous
légrilé de notre texte actuel. Je ne crois pas m'écarter de mon sujet , si je discute dans une de mes notenons originairement des Juifs, il ne serait point hors de mule vraisemblance qu'ils l'eussent inventée à cause de la liante mortelle qu'ils ont porléc de tout temps aux Samaritains. Les SS. Pères , tels que Terlullien, S. Irénée, Clément d'Alexandrie et S Jérôme, ont reçu cette iradition, parce que dans leur siècle la différence des caractères était trop sensible, comme elle Test encore de nos jours. Mais laissons celle discussion. On doit néanmoins observer qu'il ne faut point juger des anciens caractères samaritains et chaldaïques par ceux que nous avons présentement. Si l'on rassemblait les différents alphabets phéniciens que nous ont donnés les savants, el si on les rapprochait même de nos lettres hébraïques communes, on trouverait entre les unes et les antres plus de conformité que Ton ne pense. On ne peut douter que les lettres samaritaines n'aient été anciennement un peu différentes des modernes. Il est constant que l'ancien than samaritain représentait la ligure d'une croix, comme le dit S. Jérôme dans son Commentaire sur le IXe cliap. d'Ezéchiel. < Le seul parallèle que Chisliull {Antiquit. asiat., pag. U) a l'ail des lettres chaldéennes, samaritaines, grecques, latines, étrusques, disent encore les savants auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique (loc. cit., pag. 598). constatent d'uim part la vérité de l'assertion de S. Jérôme, et de l'autre la témérité du démenti qu'on lui donne. Notre alphabet samaritain en fournit de nouvelles preuves en plus grand nombre, t Les types des médailles ou anciennes monnaies des Hébreux, dont nous venons de parler, prouvent sensiblement que ces caractères ont été sujets à bien des changements, si on les compare avec ceux de notre Pcn'ateuquc samaritain. (Voyez les Tables alphabétiques que nous présentent de ces anciennes lettres Dom Guarin, loc. cit., lom. II, pag. £08; J. B. Bianconi, loc. cit , in fine ; Nouveau Traité de Diplomatique, loc. cit., pag. C5i.)
Quelle qu'ail éié anciennement la véritable forme des caractères hébreux (Voyez S. Bened. Cnrpzovt, Notœin Willhelnii Scliickurdi, jus regium hebr., cap. 2, apud Blas. Ugolin. Thtsaur. antiquit. sacr., vol. XXIV, col. 497, Seqq. Jom. Lberhard. R.v, Diatribe de synagoga magna, part. 2, seci. 2, cap. 2, § 7, seqq , pag. 124, seqq.), quelle que soit encore l'époque précise de la totale décadence de la langue hébraïque parmi les peuples de h Palestine, il paraît qu'où ne peut guère la placer que vers le temps que nous avons en vue, je veux dire sous les premiers Macbabées. Tout concourt à n'en point ivjeior la date plus bas. Après tant de malheurs que les Juifs avaient éprouvés presque jusqu'au temps de Simon, ils curent enfin la consolation de voir les idoles renversées, les lieux saints elles sacrifices rétablis dans la maison du Seigneur, selon la loi de Moïse. Mais on sentit alors le besoin de faire mieux connaître au commun des Juif-, dans une langue qui leur fût plus familière, cette même loi <jui était toute relative au gouvernement civil et religieux, qu'on voyait comme renaître. L'intelligence des livres proptiéiiques n'intéressait pas moins la nation. La langue syru-chaldcenne que parlaient les Syriens occidentaux éiail devenue le 1 limage dominant du pays : elle s'approchait plus du pur chaldéen que le simple syriaque. Ce fut au.-si dans •cette même langue qu'on vit les prêtres et les léviti s occupés à donner de vive voix au peuple l'explication des livres de Moïse. On étendit bientôt ees explications sur tous les prophètes et même sur les agiogiaphcs , lorsqu'on commença à les lire dans les synagogues et dans le temple. Comme il y avait parmi les ministres du Seigneur des personnes uniquement destinées à conserver ces sortes de gloses de la loi et des prophètes, à en renouveler le souvenir au peuple toutes ïi'S fois qu'on faisait la lecture de- l'Kcriuirc ; de là il
S. S. XXVII
DE LA RÉVÉLATION
tes, la date que je leur assigne : elle peut être d'un grand usage.
arriva que ces deux premières paraphrases, étant comme consacrées par l'autorité publique, diront moins exposées à perdre cette pureté de langage qu'on ne trouve point dans les Targuni ou paraphrases postérieures, telles que sont : i° celle de Jérusalem sur la loi; 2° une autre faussement attribuée à Jonathan, faite aussi sur le Pentateuque; 5° le Targnm sur les MegUloth ou les cinq petits livres, savoir : KulK, Esther, l'Ecclésiasle , le Cantique des cantiques et les Lamentations de Jérémie; A° une autre sur Esther, qui esl beaucoup plus copieuse que la première sur le même livre, et sent plus le commentaire que la paraphrase (François ïaylor nous les donna lotîtes deux en latin, el les fit imprimer à Londres en IG55, ïri 4); 5° celle de Joseph surnommé V Aveugle ou le Borgne, sur Job, les Psaumes el les Proverbes; 6° la paraphrase sur les deux livres des Paralipomcnes, nui était peu connue avant que Bcck:us l'eut publiée à Augsbourg en 1680-85, 2 vol. in-4°, d'après un manuscrit d'Erford , avec une version latine el des notes de sa façon. David Vilkins la fit reparaître à Amsterdam en 1715, vol. 1 in-4° avec une nouvelle version; il se servit d'un autre manuscrit qu'il lira de la bibliothèque de Cambridge , et qui vaut beaucoup mieux que celui qu'avait employé Beckius. Toutes ces paraphrases sont au nombre de huit, en y comprenant celles d'Onkelos el de Jonathan, fils d'Uziel. Nous n'en avons point sur Daniel, ni sur les deux livres d'Esdras : du moins ignore-l on s'il y en avait anciennement. Comme le livre de Daniel est la plupart du temps écrit en chaldéen , el qu'une partie du premier livre d'Esdras Test également, peut-être que l'Eglise d'Israël ne jugea pas à propos d'en donner des paraphrases. On ne peul pas en dire autant du second livre d'Esdras ou de Néhémic, qui n'c.*>t écrit qu'en pur hébreu. Que sait-on si l'on ne découvrira point de paraphrases sur tous ces livres, comme on a découvert dans le siècle passé celles qui concernent les deux livres des Paralipomènes qui font partie des hagiograpbes , et qu'on croyait presque perdues?
Te le esl l'origine que je crois devoir assigner aux paraphrases chaldaïques : telle est aussi la date qu'on devrait donner à celles qu'on attribue communément à Unkelos et à Jonathan , fils d'Uziel. Leur siylc est le plus pur de tout ce qui nous reste de l'ancien dialecte de Jérusalem. 11 est sans aucun mélange des mois étrangers dont les Juifs se servirent dans la suite. Elles n'étaient originairement que de simples gloses ou explications du texle original, destinées aux exercices publics de religion (Voyez Maimonides, loc. cit., cap. 12, § 10, seq.), et que des particuliers avaient probablement écrites pour leur usage. Mais on ne les vit réduites eu un corps de paraphrases que vers le temps de Jéms-Christ. Leur autorité peut être d'un grand poids pour appuyer la véritable leçon de l'original et en constater l'intégrité. Texlui hebrœo testimonium ferma ejuaque intcgr'uatem confirmant paraphrases prœserlim antiquiores quœ liebrœum aoc-zù. w&Sa sequunlur , ut Onkelosi el in plerisque J onathanis; maxime vero cum etiam alias habeanl antiquas versioncs, ut grœcam LXX, Aqnilœ, Thcodotionis, Symmxchi, sijriacam conscn'Àen • tes, dit Wallon dans ses beaux Prolégomènes, eu. 12, §17, pag. 80.
N'ayons donc aucune difficulté d'abandonner le sentiment de tous ces auteurs modernes qui rejettent la composition des deux premières paraphrases dans des siècles beaucoup postérieurs à ceux qui nous ont occupés jusqu'à présent, C'est ce qu'entreprit de prouver le savant père Morin [Excrcill. b:blic, lib. 1J, exerc. 8, cap. 2, pag. 521, seq.; et cap. 5, pag. 355)- li prétendit que le Targuni, attribué à Onkelos ne devance ni le quatrième ni même le sixième sièch de l'ère chrétienne , et que celui de Jonathan ne fut
[Dix-huit.)
L'hébreu cessa d'être une langue vulgaire deux tes; mais celle langue fut toujours exactement culti-
Sièclcs et demi environ après le dernier des propliè- vée par les ministres du Seigneur. Les savants les
composé qu'après l'an 700 de Jésus Christ. Les dates qu'il assigne aux autres paraphrases ne sont pas moins récentes. Il est vrai que ces dernières gloses ne me paraissent pas fort anciennes; mais j'ose dire que le raisonnement du savant nratorien et les différents passages qu'il rapporte des deux premières paraphrases, pour en montrer la nouveauté, prouvent tout au plus que leurs ailleurs nous sont peu connus, et qu'elles ont été interpolées et altérées en plus d'un endroit par des mains assez modernes , eu égard au temps que les anciens Juifs en firent usage. Le fond de ces deux Targum nous annonce assurément qu'on les a faits dans des siècles antérieurs à la venue du Messie. Mais en voilà assez sur celle matière : on la trouvera traitée avec plus de détail dons les principaux auteurs que je vais citer : Brian. Wallon , loc. cit. loto cap. 12, pag. 81, seq. M. Prideaux, Hist. des Juifs, etc., part. II, liv. VIII, loin. V, pag. 9, suiv.: Joan. Gottlob Carpzovius, Crilica mera Vel. Testant., part. II, cap. I, pag. 450, seqq. Jo. Chrisleph. Wolfius, Bibliolli. Iiebr.y lom. Il, sive pari. II, lib. VI, pag. 1155, seqq. , et lom. IV, pag 750, seqq.
Les observations que je viens de hasarder touchant les paraphrases exigeraient absolument que je ne passasse pas sous silence la même hypothèse qu'on a renouvelée, il n'y a pas bien du temps, dans un ouvrage intitulé : Dominici Diodati J. C. neapolitani, de Christo grœce loquenle Dissertatio, qua ostendilur grœ~ cam , sive liellenislicmn linguam cum Judœis omnibus , tum ipsi adeo Christo Domino et apostolis nativam ac vernaculam fuisse. Neapoli, 1767, in 8, pag. 20 L Mais la longueur de celte noie semble m'interdira de pousser plus loin mes remarques. Je ne puis toutefois m'empêcher de dire un mot de cet ouvrage. Tout y devient grec sous la plume du savant M. Diodali. Dans les différentes provinces où Alexandre le Grand et ses successeurs étendent leur empire, on n'emploie d'autre langue que celle de la Grèce. Je vais me restreindre aux seuls Juifs. Depuis le temps des Machabées, on voit arriver celte même révolution dans la manière de parler et d'écrire de ce peuple, soit au dedans, soit au dehors de la Palestine, et cela dans un siècle où toute la nation devait être autant jalouse de ses lois et de ses usages qu'ennemie des coutumes de ces princes grecs qui les avaient persécutés avec une cruauté inouïe. S'il resle depuis lors dans le langage des Juifs quelque veslige de chaldéen, de syriaque et d'hébreu, c'est que leur nouvelle manière de s'énoncer en senl loul le génie. Mais ce n'est pas moins un langage grec, tout éloigné qu'il est de cette politesse de style, de ce goût lin et délicat qui caractérisent les grands auteurs de l'ancienne Grèce. C'est une espèce de langage, pour ainsi dire, oriental, mais iravesli en grec. Tel esl le style du Nouveau Testament, des livres des Machabées et de la version des Seplanle, qui, comme le prétend noire 31110111-, ne fut faite que parce que les Juifs n'entendaient plus leur original hébreu, quoiqu'ils eussent conservé jusqu'alors la langue chaldéenne. Aussi n'employèrent- ils plus d'autre texte, même dans le service public , que celte version des Septante ; ei Jésus-Christ el les apôlres ne firent usage que de ce lexie grec de nos Ecritures. Claude Saumaise (De Lingua hellenislica, apud Humpbred llody, de Bibl. Texiib. origin., lib. III, part, I, cap. 1, pag. 211) et Louis Cappel (criticœ sacr. Defensio , in Une ejusdem Crilica} sacr., pag. 571) avaient avancé que Josèphc connaissait à peine les premiers éléments de la langue hébraïque. M. Diodali se montre ici plus réservé que ces deux auleurs : il a bien vu que de la manière dont Josèphe parle de ses travaux, il devait être fort versé dans la connaissance de nos Ecritures hébraïques, desquelles il avait tiré ses Antiquités (Jo- Écph., Antiquit. lib. X, cap. 10, operum tom. I, pag
55G. \'id. J. Alh. Fahricius, Biblioth. qrœc, vol. III lib. IV, cap. 5, § 2, pag 250, not. p.). Mais ce qu'il dit au sujet de I historien des Juifs ne sent pas moins le paradoxe. Josèphe a eu beau prolester qu'il composa d sbord en sa propre langue son histoire de la guerre des Juils contre les Romains [De Bellojudako pfoœm., oper. lom. II, pag. 47, seq.). c'est une illusion , si nous en croyons M. Diodati. Parles termes de langue de son pays ou de sa patrie, dont se sert Josèphe dans ce même endroit, il ne faut point entendre la langue que parlaient alors ses compatriotes de la Palestine : Josèphe ne veut dire ici autre chose sinon qu'il avait écrit dans la langue de ceux des Juifs qui demeuraient parmi les Babyloniens, les Parihcs et les Arabes ; de ceux , en un mot, qui étaient au delà de l'Euphrate. Comme ces mêmes Juifs avaient depuis longtemps secoué le joug des Grecs, ils retenaient encore leur ancien langage chaldéen ; cl c'est la même langue, selon M. Diodali, dans laquelle Josèphe composa d'abord l'histoire en question. Mais si cela esl, d'où vient que cet historien se sert ici des mots de langue de son pays, lingua palria? M. Diodali se tourne inutilement de ions côtés pour donner un sens raisonnable à celle expression, ainsi qu'à deux ou trois aulres non moins énergiques du même historien (Diodati, loc. cit., part. III, cap. 2, § 5, seqq., pag. 168, seq., 171, seqq., 174, seqq.). Ce seul endroit de Jo.-èphe dit tout : il offre un argument invincible de la faiblesse de l'hypolhèse de notre ingénieux auteur.
Je ne m'arrêterai point à ce que M. Diodali nous dit au sujet des paraphrases chaldaïques (ibid.. pars altéra, cap. 1, § 1, pag. 75, seqq.; el part. III, cap. 1, sect. 1, pag. 155, seq.) ; il en l'ait remonter l'usage d'abord après la captivité de Babytone, nous renvoie au chap. Vill du second livre d'Esdras ou de Néhémie, et prétend prouver par là que les Juifs n'avaient alors d'autre langage que le chaldéen : ce qu'il répète ailleurs (pag. U2, 200). J'ai fait remarquer au commencement de celte note que cette autorité n'est rien moins que décisive, quelle que soit là-dessus l'opinion d'une foule de commentateurs juifs et chrétiens. A cela près, il n'est presque plus question de paraphrases , et si notre savant philologue y revient encore (pag. 178), c'est uniquement pour faire valoir, mais comme en passant, les objections que le docle P. Morin a renouvelées contre l'ancienneté de ces mêmes paraphrases, de celles, entre autres, qu'on attribue à Onkelos elà Jonathan. M. Diodali prend de ià occasion de faire main basse, qu'on me passe cette expression, sur loul ce que l'antiquité rabbinique a de plus assuré. 11 y a plus": l'original hébreu esl perdu absolument de vue par tout le corps des prêlres d'une nation qui dut prendre tant d'intérêt au dépôt de ses Ecritures. Ces mêmes prêlres, ces lévites , consacrés par leur état à expliquer les propres paroles du texte sacré, à en faire chaque jour la lecture dans le temple et dans les synagogues, ne consultent plus qu'une simple version liès-iuiérieure à son original. N'allons pas plus avant. Isaac Vossius (de SibyUinis aliisque quœ Qirisli natalem prœcessere Oraculis, Oxoniie, 1680, cap. 10, pag. 95, seq., et ejusdem Epistola ad Schotanum) avait déjà avancé les mêmes paradoxes, qua M. Simon réfuta très-bien (Histoire critique du Nouv. Testament, pari. I, chap. 6, pag. 65, suiv., de l'édition de Rotterdam, 1689). M. Diodali les a représentés sous une nouvelle face, les a beaucoup plus développés, et il l'a fait avec un étalage d'érudition la plus capable d'en imposer à des lecteurs peu instruits. Mais ce docle napolitain , dont l'ouvrage que nous avons en vue annonce de grands lalcnls, a poussé un peu trop loin celle hypothèse. Quand on examine de près ses propres principes et l'application qu'il en l'ail, on se seul toujours plus décidé contre le sentiment qu'il
principaux de la nation, les prêtres et les lévites ne la négligèrent jamais. L'élude de cette langue faisait une partie trop essentielle des devoirs ecclésiastiques pour qu'on la perdît de vue. Je sais qu'un critique, dont les principes ne conduisent qu'à anéantir l'intégrité de notre texte hébreu, a prétendu que, cette langue n'étant plus en usage parmi les Juifs après la captivité (Î2 Babylone, il était impossible que les copistes décrivissent les exemplaires hébreux avec la même exactitude qu'ils auraient fait, si l'hébreu avait été une langue maternelle. On sent tout le faible de cette assertion, M. Simon n'en donne aucune preuve qui soit de quelque poids, comme il ect aisé de s'en convaincre par ce qu'il en dit dans le chapitre XYm du 1er livre de son Histoire critique du Vieux Test., pag. 92. Jugeons de ces anciens Juifs par ce que l'on a vu faire à ceux qui ont vécu depuis six à sept siècles. Ces derniers n'étaient pas assurément plus versés dans la langue hébraïque que le furent les premiers ; cependant avec quelle scrupuleuse attention n'ont-ils pas copié les exemplaires qu'ils ont transcrits sur notre original pour l'usage des synagogues ou de quelque riche particulier? Mais abandonnons ce critique à lui-même. La langue hébraïque ne dégénéra pas sitôt. Quand même le commun des Juifs ne l'eussent plus parlée dans ces anciens temps, les exemplaires hébreux n'auraient pas moins élé à l'abri de ces erreurs.
Dans cette période de temps qui s'écoula depuis Malacliie jusqu'à Jésus-Christ, ce qui forme un intertervalle d'environ 428 ans (1), la Providence suscita encore plus d'un souverain pontife qui eut extrêmement à cœur tout ce qui avait rapport à la religion. Rien n'eût été sans doute plus étrange que de voir alors les manuscrits hébreux confiés à des copistes ignorants, qui ne pouvaient qu'être désavoués par les lois nationales , toujours dépendantes de celles de la religion : car, sous l'économie mosaïque, la loi et la religion étaient comme identifiées entre elles par une incorporation parfaite. Il était donc de la dernière importance que le gouvernement fût attentif à procurer de fidèles copies des écrits sacrés, qui, de temps immémorial , étaient lus et enseignés (2) dans les
combat. 11 laisse irop de vide à remplir pour satisfaire pleinement à une foule d'objections qui s'ofireni de toutes parts. Tout ce qu'on peut conclure de cette ingénieuse dissertation, c'est qu'il y avait des Juifs qui entendaient ci parlaient une espèce de langue grecque, même dans la Palestine; mais cela ne prouve point que ces mêmes Juifs n'en eussent une qui leur lût particulière, et qui éiail absolument distincte du langage helléniste.
C'est donc en vain que M. Diodati répand des doutes sur des monuments que la saine critique ne permet point de contesler, et qu'il passe quelquefois assez rapidement sur des difiicullés irès-difliciles à résoudre. Lisez, au resie, le jugement qu'un de nos journalistes a porté de cet ouvrage, qui est d'ailleurs rempli de curieuses et savantes recherches. Journal des iavants, mai 176b, pag. 888-909, édit. de Paris, in-12.
(1) Voy. M. Piideaux, Histoire des Juifs, elc, lom. H, part. 1, liv. VI, pag. 261.
(2j Yoy.Juaii.LigliUuot,CVnluria corogutpkica Mat-
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écoles et les synagogues de la Judée. On avait même tant de respect.de vénération, pour le texte original de ces livres saints, que dans le temple de Jérusalem on ne faisait jamais qu'en hébreu le service public : usage qu'on pratiqua constamment, lors même que la plupart des Juifs n'entendaient plus leur propre langue ; et c'est un usage qui subsiste encore de nos jours. Tout cela demandait que les prêtres et les lévites , chargés par état de l'instruction du peuple et des autres fonctions ecclésiastiques, fissent continuellement une étude suivie de leur original hébreu ; ce qui servait beaucoup à maintenir les manuscrits de l'original du Vieux Testament dans leur pureté primitive.
Suivons encore le peuple juif jusqu'au siècle de Jésus-Christ. Ses monuments historiques pourront nous conduire à d'autres réflexions toujours dépendantes de notre sujet.
Sous Simon Machabée l'état des Juifs change entièrement de face : le grand prêtre obtient enfin de la cour de Syrie l'affranchissement de sa nation et h plus haute protection des Romains. Son fais Hircart lui succède et relève la gloire de la nation par des conquêtes. De si belles circonstances étaient trèsfavorables au maintien de la religion et de ce qu'elle avait le plus d'intérêt de conserver dans toute sa pureté, tels que sont les livres saints (1).
Depuis que les grands prêtres furent en possession du gouvernement, on vit faire à leur égard ce qu'on avait déjà fait par rapport aux rois de Juda et d'Israël. On écrivit des annales de tout ce qui arrivait de mémorable dans l'État. Si, dans cette même période de temps, l'on fut aussi attentif à ne point négliger l'histoire des événements qui concernaient le corps de la nation , ne serait-ce pas un paradoxe bien étrange d'avancer qu'on eût perdu le moins de vue les écrits sacrés, ces monuments respectables qui renfermaient ce que l'histoire du peuple juif avait de plus précieux, sous quelque face qu'on l'envisage? Disons plutôt qu'il y avait alors dans la nation , comme il y en eut toujours, des prêtres savants, des lévites instruits, uniquement chargés du soin de transcrire les livres saints, d'en multiplier les bonnes copies parmi le peuple. Tel était l'emploi des scribes (2) , dont il est si
tlttco prœmissa, cap. 36, p.ig. 71 ; ejusd. Horœhebr. et Thalmud. in Evangelinm Matin. , cap. 4 , pag. 70 , sc<|q, édit. Cantahrig. 1658. Joan. Goltlob.Carpzovius, Notœ in Tliomœ Coodwini Mosen et Aaronem, pag. 51 1 et 513, seqq.;Melch. Leidekkerus, de liepubt. ttebrœvr., lib. VIII, cap. 5 edit. Amstekedam., 1704, pag 527 et 610, seqq.
(1) Voy. Campegius Vitringa, de Synagoga veteri, lib. 111, part. Il, cap. 11, pag. 1008. *
(2) Voy. Sixtus Senensis , Bibliolheca sancla , lib. II edit. neapolilan., 1742, tom. Il, pag. 171; Juan. Henr. Hotlingerus, Thésaurus pliilotogicus, iiD. I, cap. 2, sect. 1, pag. 74, seqq.;Joan. Henr. lleideggerus , Kxercitat. biblicœ, 8, § 9, seqq., pag. 220, seqq.; Joan. Gotllob Carpzovius, Critica sacra , part. 1, cap. 1, § S, pag. 47, seq. ; ejusd. Annotai, ad Coodwini Mosen el AÙron, lib.Yl, cap. 6, pag. 664; Joan. Leusden pliilologtis hebraïo mixtus, dissertai. 15, p. 154 ; Joan. Franc. Buddœus, tiisior Yet. Testant., sect. 7 a
souvent pailé dans nos Évangiles. C'est que rien n'importai! dnVnhtégel au gouvernement civil et religieux que de s'assurer de la fidélité des exemplaires sacrés, pour qu'ils ne contractassent, par la négligence des copistes infidèles ou ignorants, aucune tache préjudiciable à la sainteté de la religion. Ainsi tout concourait à conserver les livres saints avec un grand soin : on ne peut trop le répéter.
Yers ce temps-là , peut-être même un peu avant le pontilical de Simon et sous Joffalhas Maehahée, l'on vil paraître trois sectes (1) qui partageaient les Juifs, les pharisiens, les saducéensel les essôcns ou cs-éniens, qu'on croit être les mêmes que les assidéens dont il est fait mention dans les livres des Machahées. Plus d'un auteur a écrit après Terlullien , Origène , S. Jérôme et les autres Pères (2), qu'à l'imitation de ccuxdeSamarie, les saducéens n'admettaient (3) que les cinq livres de Moïse. 11 est probable que celle secte , qui dans la suite forma une sociéié d'incrédules les plus connus de la nation, s'oppoca plutôt aux traditions et aux explications des pharisiens, qu'elle ne fut d'abord contraire (A) à la plus grande partie
princip. Machab. ad Chr., pag. 1 1 8t>. Feqq.; Carol. Sigonius, de liep. Hebr ,cum nolisJoan. Nicol., lib.V, cap. 10, in lilas. Ugolini Thés, antiquil. sacr.t loin. IV, col. 598, 601, *eq.
(1) Sub hocaulem lempus (Jonathan Asmonau) 1res crant Jiuhrorum sçctai qua» de rébus humanisinier ~e dissenliebant: una pharisrcorum diela, altéra saddurcrorùm, tertia vert) Esseniorum. Josephus, Anliquiit. judaic, lib. XIII, cap. 5, operum, lom. ï, pag. 049. jusephe dit ailleurs que ces secles étaieul connues chez les Juifs depuis très-longtemps, i/. tûu itàw ùpyv.lcv (ab omni aevo). Je ne crois pas qu'il soit facile de leur assigner une véritable époque. Il est une foule d'écrivains qui en ont parlé. Le savant Wolfiirs a donné une bonne liste de ces auteurs, Bibliot. îlebr., part. Il, pag. 815, seqq., cl part. IV, pag. 330, seqq.; auxquels on peut joindre : Thcodorici llackspanii , Prœj'at. ad Tructaluni de usu librorum rabbiukorum, pag. 225, seqq.; Joan. Gotilob Car|izov., Annotai, ad Thomœ Goodwini Mosen et Âaron, lib. 1, cap. 10, 1 1 et 12, pag. 173, seqq. , edil. Francofurt. et Lips. 1748; Thom.u Mariai Mamachii , Ord. Vrœd. Oriyimtm et Anliquitatl. chrisùanarum lib. Il , cap. 1 , § 5 , pag. 2.00, seqq. ; Don Calmct, Dictionnaire de la Bible, son commentaire sur le eliàp. VI 11 de S. M ilthieu: ei sa (iisserlalion sur les secles des Juifs ; Blasii Ugolini Thésaurus Antiquilaium sacr., vol. XXII.
(2) Vov Joari. Caspari Suiceri, Thésaurus ecclesiastijus, edil. Amslellaîdanh 168-2, tom. I, col. 801, seq.
(5) Voy.,enlre autres, M. Pi idéaux (H ist. des Juifs, ne , part. 11,1'iv.V, t. IV, pag. 615 elsuiv.) qui c*ide ce /en liment. Mais comme les commencements de cette secle sont très -obscurs , il me paraît difficile de dérider si elle vint, d'abord à ces excès qu'on leur a reprochés. CequeM.Prideaux dit au sujet de la dispute flue l'Evangile rapporte [}lailh.W\\\ Marc. XII; Luc. K.X) entre les saducéens et Jésus-Christ, proinc lontau plus qu'ils rejetaient le reste de l'Ecriture au temps du Sauveur. Hien cependant n'est plus douteux. Une chose bien certaine, c'esl que le sadueéisnie avait alors des principes délcstables qui renvorsaicnl de fond en comble la base de loute religion. Josephus , loc. cil. , lib. XVIII, cap. 1 ; de Beilo Judaico , lib. II , cap. 8, oper. lom. 1, pag. 871 , lom. II, pag. IC6 ; Matth., XXII, 23 ; Mare. XII, 18; Luc. XX, 27; Act. XXIII, 8).
(4) Gerium est sadduc:cos non negasse librorum rophelicorum aucloritatem, ut ex Talmude liquel. K.
primitifs. 5:;o
du canon des divines Ecritures, qui était alors reçu de tous les Juifs sans aucune contradiction. En admettant même que les saducéens à peine naissants se fussent inscrits en faux contre l'authenticité du reste des livres saints ; c'eût été pour les pharisiens, qui s'opposèrent toujours à celle secte avec tant de zèle, un nouveau motif d'être plus attentifs à venger l'autorité el la divinité de ces Ecritures contre des sectaires qui affectaient d'en récuser le témoignage el même de les mépriser. Cela ne pouvait donc qu'influer à faire conserver tous les originaux sacrés avec une singulière attention par une sociélé d'hommes qui se faisaient surtout un devoir essentiel de ne paraître rien négliger de ce qui tenait au dehors du culie religieux. On n'ignore point encore, el c'est un effet bien marqué de la Prowdcnce, que la religion trouva* des défenseurs tentes les fois qu'elle fut attaquée soil dans ses dogmes soil dans ses écrits, qu'elle tient de la Divinité.
J'avoue que les pharisiens détournaient le vrai sens des Écritures et qu'ils en faisaient un abus manifeste; aussi Jésus-Christ le leur reprochait-il avec autant de force que de vérité (1). Mais l'on ne trouve ni dans nos Évangiles , ni dans aucun des livres du Nouveau Testament, que le Sauveur el les apôlres leur aient jamais objecté qu'ils eussent corrompu le texte de nos Ecritures. Les pharisiens, malgré leur dehors affecté de religion , formaient en général une secle peu religieuse ; Jésus-Christ renvoyait néanmoins le peuple à ces mêmes d acteurs pour en recevoir les instructions qu'ils lui donnaient d'après les Écriiures. Dieu n'a point voulu attacher la marque précise de la vraie foi à la sainteté des mœurs des pasteurs, puisqu'on ne la peut connaître, selon la remarque del'illu4rc évêque de Meaux (2), et que tel qui paraît saint n'est qu'un hypocrite ; mais il l'a attachée à la profession de la doctrine, qui e4 publique , certaine, et ne trompe pas. Je suis, dit Jésus-Christ (3) , avec vous enseignant, ajoute M. Dossuel, et encore plus expressément : Ils sonl assis sur la chaire (4); ils ont la
Manasse ben Israël , de Besurreclione mortuorum , lib. I , cap. 6, pag. 45; ïheodoricus Hackspau , de Scriplorum judaicor. in theolog. usu, Lipnianiii Nizzachon subjunclo. Pnvfat., pag. 226. seqq. ; Jusl. Sealiger, Ekhchus Tnhœrcsii Picolai Serarii , rap. 16, in irium scriplorum illustr. , de Inbus Judœorum sedis Syntagmale,Unu. I, pag. 4-16, seqq ; Joan Golllol) Carpzov. , Annol. in Goodwini Mosen cl Aaron , loc. cit., pag. 208 ; Richard Simon. Hisl. criliq.du Vieux Test., liv.I, th. 1G , i ag. l>5; Jacques Rasuage, His\. des Juifs , liv. II , chap U , pag. 5i8 , édit. de la Haye, 1716; Samuel Bartliel, Schediasma hhtotïcnm de sadducœis, cap. 2 , et Blasius l'golinus , Tnhœre~ sium, cap. 9 , § 3, in ejusd. Thcsuur. anliquill. suer., vol. XXII, col. 05, seqq. 250, siajq.
(1) Matth. lll 7 ; Vil. 29; XII. % 5, seq., 24, seq.; XV, 2, seqq. ,14; XV, 0, seqq.;XlX, 5, seqq.;XXUl, 13 , seqq. ; Marc. Vil, 5 , seqq ; X, 2, seqq., el ahbi passim.
(2) Seconde instruction pastorale sur les promesses de l'Eglise , oh. 29 , pag. 80 de redit, in 12.
(3) Matth. XXVIII, 20.
! (4) Super
cathedram Moysis sederunt seribaî et pharisaù. Omnia ergo quacumque dixerïnl vobis, er-