ÔS
lui dit : Ne craignez-vous point Dieu , vous qui êtes condamne au même supplice? Pour nous, nous souffrons avec justice, car nous portons la peine due à nos crimes; mais pour celui-ci, il n'a point fait de mal. Puis il dit à Jésus nui était sur la croix : Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume. Jésus lui répondit : Je^vous dis en vérité, vous serez aujourd'hui avec moi dans le paradis, hodie mecum eris in paradiso.
La croix, qui semblait ne devoir être pour Jésus- Christ qu'un instrument de peine et de supplice, est comme un trône de clémence et de miséricorde. Il y est sourd aux outrages et aux blasphèmes qu'on vomit contre lui, et, au contraire, il y est attentif aux prières qu'on lui adresse dans un esprit humble et louché de repentir. Celle que lui fait le bon larron est de celte nature ; aussi le Sauveur l'écoute-t-il favorablement, et sa bonté va jusqu'à dire à cet homme pénitent de ses crimes : Vous serez aujourd'hui avec moi dans le paradis. Le mol greCTrapàSetîos, d'où vient en noire langue celui de paradis, est tiré de l'hébreu , ou peul-être du persan, pardés , qui signifie proprement un lieu agréable et planté d'arbres, un jardin de plaisir. Les écrivains sacrés, et les Pères après eux, s'en servent pour marquer la demeure agréab'e et éternelle des élus dans le ciel , et de plus le lieu où ont reposé les âmes des anciens justes, entre autres des patriarches et des prophètes ; et c'est ce qu'on appelle assez communément les limbes des Pères, et quelquefois le sein d'Abraham. C'est dans ce lieu de consolation et de repos, cl non dans le ciel, que Jésus-Christ reçut le larron pénitent le jour de sa mort, puisqu'il descendit dans les limbes , ou, comme porle le symbole , dans les enfers, c'est-àdire, dans les lieux bas, aussitôt qu'il eut expiré sur la croix. Car ce fut alors qu'il y entra, pour consoler par sa divine présence ces justes de l'Ancien Testament, qui l'attendaient comme leur libérateur depuis tant de siècles.
Cependant la mère de Jésus se tenait auprès de la croix, et avec elle était Marie, sa sœur, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Saint Jean l'appelle Marie Cléophé, c'est-à-dire femme de Cléophas, sœur de la mère de Jésus, ou parce qu'elle était véritable sœur de la sainte Vierge, comme plusieurs l'ont cru, ou bien parce qu'elle était sa belle-sœur, Cléophas étant peut-être frère de saint Joseph. Alors Jésus voyant sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'il aimait , c'est à dire l'apôtre saint Jean , lui dit : Femme, voilà votre Fils. Puis il dit au disciple : Voilà votre mère. Et depuis ce temps-là saint Jean prit chez lui la Vierge sacrée, qu'il regarda toujours comme sa mère. Il y a môme assez d'apparence que dans la suite elle alla à Ephèse, ville célèbre d'Asie, avec ce grand apôtre, et qu'elle y fit sa demeure, c'est ce que semble marquer l'épîire synodique du concile lûnu en cette ville au clergé de Conslanli • noplc.
Tout ceci se passa sur le Calvaire vers la sixième
heure du jour, quasi hora sexta, imtl w^Ixtç, comme porte le grec de saint Luc, c'est-à-dire, environ midi,' ou un peu après, comme saint Marc le donne à entendre. Alors toute la terre fut couverte de ténèbres jusqu'à la neuvième heure, ou jusqu'à irois heures après midi, et Je soleil fut tout obscurci. Origène (Hom. XXXV in Maith.)a cru que ces ténèbres n'ont point couvert la face du monde, mais seulement loule la terre de la Judée, tenebrœ tantummodo super omnem terram Judœam sunt factœ ; comme tous les autres prodiges qu'on a vus à la passionne sont arrivés qu'à Jérusalem. Mais plusieurs autres interprètes sont d'un sentiment contraire, et croient que ceb ténèbres ont été universelles ; peut-être ont-ils raison, mais celles qu'ils apportent ne sont point convaincantes, cl ne nous forcent point à le croire. Quoi qu'il en soit, vers la neuvième heure, circa horam nonam Jésus cria à haute voix, et dit : Eli, Eli, lamma sa baelhani, ce qui veut dire en langue chaldaîque : Moi Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ! Le Fils de Dieu se plaint ici amoureusement, niais ce n'est que selon la nalure humaine dont il est revêtu Mon Dieu, dit il, parlant au Père éternel, pourquoi m'avez-vous abandonné , en me laissant sans nulle consolation, en me livrant à la volonté de mes ennemis et à la cruauté de leurs tourments et de leurs supplices ? Cet abandonnement du Fils de Dieu semble avoir été marqué dans les Ecritures, pour nous apprendre qu'il ne faut point se décourager dans les étranges délaissements qui nous arrivent quelquefois, et que Dieu ne nous fait sentir que pour nous punir ou pour nous éprouver.
Au reste, quelques-uns de ceux qui étaient aup.-èi de la croix, entendant ces paroles, EUf Eli, etc., commencèrent à dire : Cet homme appelle Eli« , Eliam vocal iste. Et aussitôt après, Je us voyant que tout ce qui avait été prédit de lui et de ses Souffrances était accompli, afin qu'une parole de l'Ecriture eût encore son accomplissement, il dit : J'ai soif, Sitio, Quelle est cette parole de l'Ecriture qui trouve ici son accomplissement? Celle que David ( Ps. LXVLI, 21, 22) avait prononcée longtemps auparavant en la personne du Sauveur, quand il dit, envisageai* ce qui devait arriver sur la croix : J'ai attendu que quelqu'un prît part à ma douleur, et personne ne l'a fait; j'ai cherché des consolateurs, et je n'en ai point trouvé. Ils m'ont même donné du fiel à avaler, et dans ma soif ils m'ont donné du vinaigre à boire : « Et dederunt in escam meam j'el, et in sili nu.a potaverunt me acelo. * Cette belle prophétie se trouve donc maintenant accomplie. Car Jé-us s'éiant plaint de son délaissement par ces paroles, Eli, Eh, etc., comme il dit aussitôt : J'ai soif, Silio ; y ayant là un vase plein de vinaigre, les soldats en emplirent une éponge, et, la Liant au bout d'une tige d'hyssope qu'il? soutinrent d'une canne ou roseau, un d'entre eux lui présenta à boite, p6 tum dabat ei. Ce fut alors que les aunes commencèrent à dire : Attendez, voyons si Elie ne viendn point pour l'ôtcr de la croix.
1559 CONFIRMATION DE LTHSTOffiE ÉVANCÉL1QCE
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Les inlei piètes paraissent ici fort embarrassés, 6ur ce que saint Jean, en parlant de l'éponge qu*on remplit de vinaigre, dit qu'on la mit autour d'une lige d'hyssope, hysscpo cireumponenteb ; au lieu que le grec de saint Matthieu, qui a été suivi par saint Marc, dit que ce fui autour d'une canne ou roseau, r.xl xtpiQrti x«/a/z», et circumponens calamo, seu arundiui , poluui dubat ci. Si c'était un roseau , comme ces deux évangélistes semblent le marquer, ce ne pouvait Cire une lige d'hyssope ; il y a donc lieu de croire que l'éponge fui premièrement attachée à une tige d'hyssope ; mais comme celle lige était trop faible, on la joignit à une canne ou roseau, pour la soutenir. El de la sorte on concilie assez aisément les évangélistes. Que s'il est vrai que l'hyssope devient en Judée comme un arbrisseau, ainsi que la mauve , le sénevé, et quelques autres plantes, on pourrait dire, pour les accorder, que le calamus, xcUa/xo$, de saint Matthieu et de saint Marc, ne serait autre chose que la tige de l'hyssope, autour de laquelle on attacha l'éponge pour donner à boire à Jésus-Christ. Et Ton ne doit nullement s'étonner s'il y avait alors sur le Calvaire de l'éponge, du vinaigre et de l'hyssope: car ceux qui attachaient les hommes à la croix avaient besoin de ces choses. L'éponge leur était nécessaire, pour essuyer le sang qui sortait des veines des suppliciés, et qui rejaillissait quelquefois sur leurs habits et sur leur visage. Le vinaigre servait à les soutenir contre les défaillances qui pouvaient arriver dans ces sortes d'actions, et à récréer un peu le cerveau , à quoi l'hyssope était aussi très-propre, à cause de sa forle odeur. Outre que l'on présumait quelquefois du vinaigre aux patients, pour les fortifier dans les tourments, cl pour prolonger ainsi leur supplice.
On présenta donc à Jésus du vinaigre dans une éponge, et quand il en eut pris, il dit : Tout est accompli, Consummaium est. C'est comme s'il avait dit: L'œuvre que mon Père m'a donnée à faire pour le sa'.ut de l'homme est maintenant accomplie : les prédictions que tanl de prophètes ont faites de moi sont aussi accomplies , on en a vu en ma personne les événements : tout est donc accompli, consummaium *>M. Après celle parole Jésus jeta encore un grand ni, et dit en s'adressanl au Père éternel : Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains, Pater ^ in manus tuas commendo spiritum meum. Ayant dit cela, il baissa la tête, cl rendit l'esprit, trudidil spiritum. Jésus-Christ expire sur l'arbie de la croix, après des tourments presque incroyables, qu'il a bien voulu endurer pour le salut de l'homme ; et que fail aujourd'hui l'homme pour son propre salut; que fait-il pour reconnaître une charité si grande et si excessive? Par sa croix, Jésus a triomphé du prince de ce monde ; il a renversé les puissances des ténèbres ; il a détruit l'empire de la moi t. El jusqu'à présent il ii » pu enecre détruire le règne du péché dans le cœur de "homme, il faut aprè? cela que la malice de l'Ii ■■'•m.Ke ne soit pas moins grande que son ingrati-
tude. Qu'il gémisse profondément de l'une et de l'autre : il est obligé de le faire, s'il ne veut, par elles, se rendre inutile la mort du Sauveur, et anéantir, pour ainsi dire, la vertu de sa croix (Matth., XXVII, 59-50; Marc, XV, 29-37 ; Luc , XX11I , 3546 ; Jean, XIX, 25-50).
Mais puisque nous sommes aux derniers moments de la vie de Jésus-Christ, qu'on se souvienne que c'était lui le véritable Agneau, et que celui qu'on immolait à Pàque n'était que sa figure. Or cet Agneau , qui était, selon saint Paul ( I Cor., Y, 7 ), la pàque des chrétiens, est mort comme une victime sur le bois de la croix vers la neuvième heure des Juifs, circa nonam Iwram, c'esl-à-dire environ trois heures après midi, lorsque les prêtres de Jérusalem commençaient à immoler la pâque, qu'ils n'avaient pas encore mangée, comme saint Jean semble le marquer. Jésus-Christ meurt d ne un vendredi 15 avril, vers la pleine lune du mois de nisan ; mais il meurt à l'heure qu'on immolait l'agneau pascal dans Jérusalem, afin que la figure se rencontre avec la vérité, ou plutôt afin que celle-ci soit l'accomulissemeni de l'autre.
Prodiges arrivés à la mort du Sauveur.
Vers le même temps que Jésus Christ rendit l'esprit en expirant sur la croix, les évangélisles assurent que le voile du temple, vélum lempli, se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas. Il y avait deux voiles dans le temple de Jérusalem : l'un était devant la porte du lieu qu'on appelait le saint , et l'autre était à l'entrée du sanctuaire, ou du lieu nommé le saint des saints. On y avait mis ces voiles pour dérober la vue de ce qu'il y avait dans ces lieux sacrés, cl de ce qui s'y faisait, ou par les sacrificateurs, ou par les princes des prêtres. Quand donc les évangélistes disent que le voile se déchira en deux, ils entendent proprementle voile du sanctuaire, c'est-à-dire du lieu le plus saint et le plus sacré du temple, où devait être l'arche d'alliance. Rien n'était plus beau et plus riche que ce voile intérieur, car il était composé de fin lin, d'hyacinthe, de pourpre, et d'écarlate, comme on le voilpar l'Ecriture (Exode, XXVI, 51). PhiIon,dansla Vie de Moïse (Livre III), l'appelle xktûc- Tr£ra!T/;.a, vélum, comme font ici les évangélisles, cl il le dislingue de l'autre voile, qu'il nomme simplement xàAu/A/*K , operimenlum. Au reste la rupture ou plutôt le déchirement de ce voile signifiait doux choses importâmes : la première, que les figures et les sacrements de l'ancienne alliance étaient découverts par la mort de Jésus-Christ, puisque le voile qui les cachait venait de se déchirer; !a deuxième, que la voie du ciel et du sanctuaire céleste, où les saints doivent entrer, se trouvait alors manifestée, comme l'Apôtre l'insinue dans l'Epîlre aux Hébreux (IX, 8-11).
Non-sculemeni le voile du temple se déchira à la mort de Jésus Christ, mais encore la terre trembla , terra mota est ; les pierres se fendirent, petrœ scissa
s»»/ ; les sépulcres mômes s'ouvrirent, et monumenla aperlasunt ; et plusieurs corps des suints qui étaient morts ressuscitèrent; et , sortant de leurs tombeaux après la résurrection, ils vinrent en la ville sainte et furent vus de plusieurs. Ces prodiges arrivèrent alors, afin qu'il parût manifestement que celui qui venait de mourir sur la croix était le Seigneur des vivants et des morts, et qu'en mourant , il était devenu victorieux de Tenler. Quant à ces justes qui ressuscitèrent, et dont parle, saint Matthieu, les interprètes ne conviennent pas du temps précis où cela arriva. Les uns croient qu'ils ressuscitèrent à la mort du Sauveur , quand leurs tombeaux se trouvèrent ouverts : les autres disent que leur résurrection ne précéda point celle de Jésus Christ. Je pencherais assez du côte des premiers, en disant néanmoins , après l'évangélisle , que ces saints ressuscites , qui faisaient une preuve authentique de la résurrection du Seigneur, ne furent vus dans Jérusalem , par ceux qui étaient dignes de celte faveur , qu'après que Jésus-Christ fut sorti du tombeau. Quelques Pères de l'Eglise ont cru que ces justes ressuscites passèrent de là à l'immortalité, sans mourir une seconde fois. Mais le sentiment contraire, qui est celui de saint Augustin ( epist. ad Evodium) , suivi par saint Thomas (Iïl par*., quœsl. 53, arJ.5),me paraît bien plus véritable. Et c'est parla seconde mort arrivée à ces justes, comme à plusieurs autres ressuscites, et entre autres à Lazare , que ces deux saints docteurs prouvent fort bien que Jésus-Christ a toujours été le premier-né d'entre les morts , primogenilus ex morluii (Coloss., I, 18) , parce qu'en ressuscitant une lois par sa propre puissance , il n'a plus été, comme les antres, sujet à la mort.
Ce fut à la vue de tant de prodiges, que le eenlenier qui présidait au supplice et qui était vis-à-vis de Jésus-Christ, rendit gloire à Dieu en disant : Véritablement cet homme était juste ; ou , comme écrit saint Marc : Cet homme était vraiment Fils de Dieu, Vere hic homo Fiiius Dei eral. Ceux qui étaient avec lui et qui gardaient Jésus , ayant aussi vu le tremblement de terre et tout se qui se passait, furent saisis de crainte et dirent , comme le centenier, qu'il était véritablement Fils de Dieu. Pour ce qui est du peuple qui assistait à ce spectacle, considérant toutes ces choses, il s'en retournait en frappant sa poitrine, ce qui était une marque de sa douleur et de son repentie. Quant à ceux qui étaient de la connaissance de Jésus-Christ, ils se tenaient un peu éloignés cl regardaient, avec les femmes qui l'avaient suivi de Galilée , tout ce qui arrivait à sa mort. Les évangélisles marquent entre ces femmes , Marie-Madeleine dont j'ai assez parlé, Marie mère de Jacques le Mineur, qui fut depuis évêquede Jérusalem, et Sabnné mère des fils île Zébédée. Saint Marc ajoute que lorsque le Fils de Dieu était encore en Galilée, ces femmes le suivaient cl l'assistaient de leurs biens et qu'outre celles-là il yen avait plusieurs autres qui étaient venues avec lui a Jérusalem, quœ simulcum eo ascenderant Jcroso- Unnam. Toutes ces femmes étaient donc Galiléennes ,
comme je l'ai remarqué ailleurs, et vinrent à Jérusalem avec Jésus Christ vers la fête des Tabernaelcs de l'année précédente ; cl comme il ne retourna plus dans celle province, elles demeurèrent auprès de lui dans la Judée où dans les lieux voisins.
Or d'autant que quand Jésus-Christ mourut sur la croix on était déjà au temps de la préparation du sabbat, laquelle commençait vers les trois heures après midi, et que d'ailleurs ce jour du sabbat élail grand et solennel , erat enirn, dit saint Jean, magmis dies ille snbbati, parce qu'on y célébrait cette année-là le pre mier des Azymes ; de peur que les corps ne demeurassent à la croix dans un tel jour, ils prièrent Pilatc qu'on leur rompit les jambes afin d'accélérer leur mort , et qu'après cela on les ôtât de la croix. Piîatc accorda leur demande, et là-dessus il vint des soldats qui rompirent les jambes des deux hommesqui étaient crucifiés avec le Sauveur. Puis étan'. venus à Jésus , et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent poin* les jambes comme aux deux antres ; mais un des soldais lui perça le côté avec une lance et il en sortit aussitôt du sang et de l'eau. Ce fut apparemment le côté gauche ou le côté du cœur qui fut ouvert par celle lance : le sang ci l'eau qui en sortirent figuraient , selon les Pères, les deux plus grands sacrements de l'Eglise: l'eau représentait le baptême, et le sang l'eucharistie. Si bien qu'on peut dire que l'Eglise, épouse de Jésus- Christ, prit son origine de son côté ouveri , lorsqu'il reposait du sommeil de la mort : comme Eve, épouse d'Adam , tira la sienne du côté de cet homme , pendant qu'il dormait d'un sommeil extatique.
Or c'est saint Jean, qui a vu lui-môme ce sang et celle eau, qui en rend témoignage, et ilassure, afin que nous le croyions, que son témoignage est véritable. Il ajoute aussitôt , que ces choses ont été faite s afin que la parole de l'Ecriture fût accomplie : Vous ne briserez aucun de ses os. Cela élail dit de l'agneau pascal , comme on le voit au livre de l'Exode (Xll , 46), et il a eu son accomplissement dans la personne de Jésus-Christ, qui a été ce véritable Agneau. C'est encore en lui que s'accomplissent ces autres paroles d'un prophète : Ils verront celui qu'ils ont percé, Videbunt in quem transfixerunt ( Zachar., XII, 10 ). Les Juifs qui sont venus à la foi de Jésus Christ et qui ont élé touchés de repentir , ont déjà vu celui qu'ils ont percé. Mais ceux qui sont demeurés et qui demeureront dans l'incrédulité jusqu'à la (indes siècles, verront, au jour du jugement général, celui qu'ils ont percé ; ils verront , à leur confusion el à leur désespoir, que celui qu'ils ont traité avec tant d'outrages , est le Juge souverain des vivants cl des morts {Matth., XXVII, 51-56; Marc, XV,38-U ; Luc, XXIII, &4%; Jean, XIX, 51-37).
Jésus-Christ est mis dans le lambeau.
Quelque temps après que le Fils de Dieu eut expiré sur le bois de la croix; parce qu'on était alors à la préparation du sabbat et que le soir commença'à venir, un homme riche d'Ariinaihie, ville de Judé*s
appelé Joseph, allu sans crainte trouver Pilate pour lui demander le corps de Jésus. C'était un homme de qualité et un des sénateurs de Jérusalem , aimant le bien et la justice ; comme il était disciple de Jésus- Christ, mais disciple caché, et qu'il attendait le royaume de Dieu , il se donna bien garde de consentir à tout ce que les autres firent contre le Sauveur. Pilate s'étonna qu'on lui demandât sitôt le corps de Jésus , car il ne le croyait pas mort ; mais ayant appris du cenlenier, qu'il fit venir exprès, que c'en était fait, il donna le corps à Joseph. Cet homme juste vint aussitôt sur le Calvaire et enleva le corps de Jésus après l'avoir déposé de la croix. Nicodème l'assista dans cette action sainte , ayant apporté avec lui environ cent livres de myrrhe et d'aloès , qui étaient mêlés ensemble. Joseph ayant embaumé ce corps adorable avec des aromates , l'enveloppa de linges et le mit dans un linceul blanc qu'il venait d'acheter , et tout cela se fit selon la manière ordinaire des Juifs.
Or au lieu où le Fils de Dieu avait été crucifié , on voyait un jardin , cl dans ce jardin était un nouveau sépulcre qu'on avait creusé dans le roc, et où personne n'avait encore été mis. Comme donc on était au temps de la préparation du sabbat, et que ce tombeau était proche, Joseph d'Arimalhie, qui l'avait fait creuser , y mit le corps de Jésus-Christ ; et ayant roulé une grande pierre à l'entrée du sépulcre , il se retira avec Nicodème. Le corps du Sauveur fut enseveli et mis dans le tombeau le vendredi soir avant six heures, on avant le coucher du soleil , car le sabbat commençait le même jour au coucher de cet astre. C'est pourquoi saint Luc a écrit que quand on fit toutes ces choses, on était à la paraseève, c'est-à dire au temps qu'on se préparait au sabbat, ajoutant même que le jour du sabbat allait commencer , et sabbalum illucescebat. C'est que chez les Juifs le jour artificiel, qui était, comme le nôtre, de 24 heures, commençait au coucher du so'eil et durait jusqu'au soir du lendemain. Ainsi ce mot, illucescebat, gr., iîré^wffxs, doit être pris ici pour insiabat, et marque plutôt la lumière des étoiles que celle du soleil. Lorsqu'on mit Jésus- Christ au tombeau, Marie-Madeleine et Marie Cléophé, avec quelques autres femmes qui l'avaient suivi de Galilée, étaient présentes et se tenaient assises auprès du sépulcre. Car elles voulaient voir le lieu où l'on incitait le corps de leur Sauveur et de quelle manière il était inhumé, étant dans le dessein de le venir embaumer de nouveau. En effet, elles ne furent pas plutôt retournées dans la ville qu'elles préparèrent des aromates et des parfums. Mais comme on était à l'entrée du sabbat, qui , comme j'ai dit, commençait dès le vendredi au coucher du soleil , et qu'en ce jourlà on ne faisait chez les Juifs aucune œuvre servile , elles se tinrent en repos, selon le commandement de la loi.
Le lendemain de la mort du Fils de Dieu, qui était le jour du sabbat , ou le samedi 16 avril , les princes des prêtres et les premiers d'entre les pharisiens se rendirent ensemble chez Ponce Pilate. El lorsqu'ils
y lurent arrivés, ils lui dirent unanimement : Seigneur, nous nous sommes souvenus que ce séducteur ( car c'est ainsi que ces méchants traitaient le Dieu de salut et de paix) a dit étant encore en vie : Je ressusciterai trois jours après qu'on m'aura fait mourir. Donnez donc ordre que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent furtivement dérober son corps pendant le temps de la nuit(car c'est ainsi que porte le grec), et qu'ils ne disent au peuple, 11 est "essrsciîé d'entre les morts. Et ainsi la dernière erreur serait pire que la première. Voilà comme parlaient ces hommes injustes et violents, qui n'agissaient que par le mouvement de leurs passions.Pilate répondit aux princes des prêtres: Vousavez des gardes , car il leur avait déjà donné des soldats pour maintenir la religion du temple et la tranquillité publique, durant les jours des Azymes ; allez donc et f.iites garder ce corps comme vous l'entendrez. Us s'en allèrent là-dessus et mirent des gardes au sépulcre , ayant scellé la pierre qui en couvrait l'entrée {Matlh. , XXVII , 57-06 ; Marc , XV , 42-47 ; Luc t XXÎII, 50-56 ; Jean , XIX, 5S-42}.
Le Sauveur ressuscite le troisième jour.
Lorsque le jour du sabbat fut passé, cum transisset sabbalum , c'-îst à-dire , le samedi au soir après le soleil couché, Marie-Madeleine, que la croix et la mort n'avaient pu empêcher d'aimer son bon maître, Marie , mère de Jacques le Mineur, autrement appelée Marie Cléophé, et Salomé , mère des fils de Zébédée, achetèrent des aromates, pour venir embaumer Jésus-Christ. Car l'empressement qu'avaient ces saintes femmes de lui rendre dans le tombeau les derniers devoirs, les portait dès lors à disposer toutes choses pour le lendemain. Et saint Luc marque expressément que ces femmes galiléennes avaient commencé à préparer des aromates et des parfums dès le vendredi au soir; mais le sabbat, où on allait entrer, les empêcha de faire le reste. Quand donc la nuit du sabbat ou du samedi fut passée, et c'est ce que saint Matthieu semble entendre par ces deux mois, bips ffscêëà-rwv , vespere sabbati , ou , comme d'autres traduisent plus clairement , sero sabbaii , c'est-à-dire sur la fin de la nuit du samedi ; car il ajoute , pour s'expliquer davantage , quœ lucescit in prima sabbati, lorsque le premier jour de la semaine (qui est maintenant le dimanche) ne faisait que commencer à paraître. C'estce que signifient ces mots
greCS, Tfj STupwo-xoôffv) (supple Tzpùitx) ee'j }>■'<■<*••> tZ*> <raëê«-
twv, lucescente diluculo in prima sabbaii. Car en expliquant saint Matthieu de la sorle, il s'accorde parfaitement avec les autres évangélistes.
Lors donc que le premier jour de la semaine fut arrivé, Marie-Madeleine et ces autres femmes pleines de charité partirent de Jérusalem dès le grand matin, valde mane, ou , valde diluculo , pour venir au sépulcre, qui était hors de la ville, au bas de la monlag e du Calvaire. Il était si malin quand elles se mirent eu chemin, que, selon saint Jean, il y avait encore quel-
ques restes ae ténèbres sur la face de la terre , mane, cum adliuc tenebrœ essent. Néanmoins elles n'arrivèrent au tombeau du Seigneur qu'un peu après le lever du soleil, selon ces paroles de saint Marc : Veniunt ad monumentum , orlo jam sole. Elles n'y étaient pas encore arrivées , quand se fit tout d'un coup un grand tremblement de terre, au lieu où était le sépulcre. Car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint ôter la pierre, qui en couvrait l'entrée , et s'assit dessus. Son visage était brillant comme un éclair, et son vêlement était blanc comme la neige. Quand les gardes le virent ils en furent saisis de frayeur, et devinrent comme morls, et facli sunt velut mortui.
Les saintes femmes arrivèrent incontinent après, et elles disaient entre elles : Qui nous ôlera la pierre, qui est à rentrée du sépulcre? Mais venant à regarder le lieu , elles s'aperçurent que celte pierre , qui était fort grande, avait été ô:ée. Etant donc entrées dans le sépulcre, c'est-à-dire dans l'ouverture de la caverne où était le tombeau , elles virent comme un jeune homme, qui était assis au côté droit de ceil* grotte, et vêtu d'une robe blancbe, et elles en furent effrayées. Mais il leur dit : Ne craignez point, vous autres , car je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié. 11 n'est point ici, il est ressuscité, comme il l'a dit; venez et voyez, voici le lieu où on l'avait mis. Allez-vous-en au plus vite, et dites à ses disciples et à Pierre qu'il est ressuscité d'entre les morts et qu'il sera devant vous en Galilée. Làdessus elles entrèrent plus avant, et ayant regardé le tombeau, elles n'y trouvèrent point le corps du Seigneur. Comme elles en étaient toutes consternées, en sortant de ce lieu, deux hommes parurent devant elles avec des robes brillantes de lumière. Elles en furent effrayées, et avaient les yeux baissés contre terre ; alors ces anges , qui semblaient être deux hommes, leur dirent : Pourquoi cherchez-vous parmi les morls celui qui est vivant? 11 n'est point ici, il est ressuscité, non est hic , surrexil. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, lorsqu'il était encore en Galilée. Car il disait : Il faut que le Fils de l'homme soit livré entre les mains des pécheurs ; qu'il soit mis en croix : et qu'il ressuscite le troisième jour. Alors elles se souvinrent de lotit ce qu'a va il dit Jésus-Christ touchant sa mort et sa résurrection.
Là-dessus ces femmes quittèrent le sépulcre, et comme elles étaient saisies de crainte et de tremblement , elles s'en allèrent avec vitesse. Leur frayeur était grande, bien qu'elle fût mêlée de joie; de sorte qu'elles ne dirent rien aux personnes qu'elles trouvèrent en chemin , de ce qui leur était arrivé. Mais étant retournées du sépulcre à Jérusalem, elles commencèrent à raconter toutes ces ehoses aux onze apôtres et à tous les autres. Or celles qui les leur racontèrent, étaient Marie-Madeleine, Jeanne, femme de Chusa, intendant d'ilérode le télrarque, Marie, mère de Jacques le Mineur, et les autres Galiléennes qui étaient avec elles, et qui avaient comme elles
suivi Jésus Christ. Saint Luc écrit que tout ce que ces femmes dirent aux apôires, leur parut une rêverie, et visa sunt ante illos sicut deliramenlum verba isla; et ainsi ils n'y ajoutèrent point de foi. Au rest >, saint Jean donne assez à entendre que ce fut Marie Madeleine qui, ayant couru, cucurrit , vint la première trouver Simon Pierre, et le disciple que Jésus aimait. Elle leur dit enlre autres choses : Ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre; et nous ne savons où ils l'ont mis : paroles qui donnent à connaître que Madeleine ne croyait pas encore la résurrection di" Seigneur, quelques choses que les anges lui eussent diles là-dessus.
Sur le rapport de ces femmes, Pierre et Jean s'en allèrent au sépulcre avec vitesse ; ils couraient l'un et l'autre, mais Jean, qui était plus jeune, le devança et y arriva le premier. Il n'y enlra pas pourtant ; mais, s'élant baissé à l'entrée de la carrière pour y regarder, il vil les linceuls qui étaient là. Simon Pierre, qui le suivait, arriva après lui ; il entra dans le sépulcre, introïvil in monumentum, il y aperçut les linceuls, et même le suaire qu'on lui avait mis sur la tète, mais il était plié en un lieu à part. Alors Jean y enlra aussi , et ayant vu les choses , il crut ce qu'on lui avait dit. Car les disciples ne comprenaient pas encore qu'il fallait, selon les Ecritures, que Jésus ressuscitât d'entre les morts. Après cela ces deux apôtres s'en retournèrent chez eux ; et Pierre admirait en lui-même ce qui était arrivé (Mattli., XXVI lïv 1-8; Marc, XVI, 18; Luc, XXIV, 1-12; Jean, XX, MO).
On demande en quel temps et à quelle heure le Fils de Dieu est ressuscité? Car pour ce qui est du jour, l'on voit assez par les évangélistes que ce fut le premier de la semaine, prima sabbali. C'est celui que les gentils ont nommé le jour du soleil, et qui depuis le temps des apôtres est appelé par les chrétiens le jour du Seigneur, dmninica dies, en grec, xuptocxvj V£>a> et c'est parmi nous le dimanche. Jésus-Christ est donc ressuscité le dimanche 17 avril , et ce jour était cette année-là le second des Azymes parmi les Juifs, et le cinquantième d'après était la Pentecôte, qui tomba aussi le dimanche. Quant à l'heure de sa résurrection glorieuse , les interprèles des Ecritures n'en conviennent pas ; il y a pourtant lieu de croire qu'elle se fit vers le malin avant le lever du soleil ; et l'hymne Aurora lucis rutilât, qu'on chante dans l'Eglise, semble autoriser ce sentiment. Ce fut donc vers ce lemps-Ii que Jésus-Christ sortit du tombeau, triomphant de lu mort el de l'enfer ; mais il en sortit, selon les Pères, sans ouvrir le sépulcre, qui resta alors clos et scellé; il en sortit enfin, comme il éiait sorti du sein de la sainte Vierge. Il ne fut donc proprement que irois jours imparfaits et commencés dans le tombeau ; caf il ressuscita le troisième, selon qu'il l'avait prédit. Voilà ce qui concerne le jour el l'heure de la résurrection du Sauveur.
Pour ce qui es' de son sépulcre , il était au bas d; la montagne du Calvaire, tirant vers 1 occident, elpa
conséquent hors de Jérusalem. Car chez les Juifs les qui en notre langue veut dire
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sépulcres , que les Septante appellent 7ro).«âv8f i« , c'est-à-dire des lieux à mettre plusieurs personnes, étaient toujours hors des villes, dans la Judée et la Galilée. On les pratiquait ordinairement dans des cavernes, où il y avait du roc, dans lequel on creusait .es tombeaux, où reposaient les corps. Le sépulcre de Jésus-Christ avait du rapport à cela : car il était taillé dans un roc , et il avait environ sept ou huit pieds de longueur. Il demeura scellé et fermé quand le Sauveur ressuscita; et si les anges rouvrirent et en ôtèrent la pierre quelque temps après , ce ne fut que pour apprendre aux gardes qu'on y avait mis, que leur vigilance était vaine et inutile contre la puissance
maître, ou mon maître; et là-dessus elle voulut s'approcher de lui. Ji'sus lui dit : Ne me louchez pas, noli me tangere, car je ne suis pas encore monté à mon Père. Peut-être voulut-elle loucher le Seigneur, pour voir si c'était véritablement lui, car il lui semblait entendre sa voix. Et ce fut là-dessus qu'il lui dit : Ne me louchez point pour voir la vérité ; c'est moi-même , je suis ressuscité, mais je ne suis point encore monté à mon Père. D'autres disent que Madeleine, par un transport de joie et d'amour, voulut embrasser son Sauveur, comme elle avait peut-être fait durant sa vie mortelle, cl que là-dessus il lui dit : Ne me touchez point avec votre familiarité ordinaire : je suis mainlc-
ct qu'il était véritablement ressuscité des morts. Diverses apparitions du Sauveur après sa résurrection. Marie-Madeleine était si pleine d'amour pour son Seigneur et son maître , qu'après avoir annoncé aux apôtres que son corps n'était plus dans le tombeau, elle revint promp'.emenl de lérusalem au sépulcre, pour dé ouvrir où on l'avait mis. Quand elle y fut
du Seigneur, et pour faire voir aux saintes femmes nant dans un corps immortel , et je ne suis pas encore et à ses disciples qu'il n'était plus dans le tombeau, monté à mon Père, ce sera bientôt. Puis il ajouta .
Allez trouver mes frères, cl diles-leur de ma part, que je vais bientôt monter à mon Père et à mon Dieu' qui est pareillement leur Père et leur Dieu. Avant cette apparition si célèbre, il y a lieu de croire que Jésus se fit voir à sa sainte Mère, pour la consoler dans l'excès de sa douleur; mais il n'en est rien dit dans les Ecritures, et c'est ici la première manifesarrivée, et c'était le dimanche matin , quelques temps talion du Sauveur, après sa résurrection glorieuse, après le lever du soleil, elle se tenait dehors. Et C'est pourquoi un des évangélistes dit clairement que comme elle pleurait /croyant avoir perdu ce qu'elle Jésus étant ressuscité au malin, le premier jour de la cherchait avec tant d'ardeur ; s'étant baissée pour semaine, surgens autem mane, prima sabbati, apparut regarder dans le tombeau , elle vit deux anges premièrement à Marie-Madeleine, apparuit primo vêtus de blanc, et assis au lieu où l'on avait mis le Mariœ Magdalenœ , de laquelle il avait chassé sent corps de Jésus, l'un desquels était à la tête, et l'autre démons; et c'était ce bienfait qui était la cause de sa aux pieds. Ces anges lui dirent : Femme, pourquoi reconnaissance et de son amour, pleurez-vous? Elle leur répondit, dans ladonleurde Comme Madeleine parlait du sépulcre pour aller
son cœur : C'est qu'ils oui enlevé mon Seigneur, et trouver les apôtres, et pour leur dire quelle avait je ne sais où ils l'ont mis. Ayant dit cela elle recula vu le Seigneur, il se (il aussi voir aux autres femmes
galiléennes qui le cherchaient comme elle ; ce qui arriva peut être, où près du sépulcre, ou en retournant de là à Jérusalem. Jésus se présenta devant elles, Jésus occurrit Mis, et leur dit : Je vous donne le salut; ou, comme porte le syriaque, La paix soit avec vous.' Là-dessus elles s'approchèrent de lui, et lui embrassant les pieds, elles l'adorèrent. Leurs soins el leursempressements pleins de charité avaient bien mérité une telle faveur, que les apô;res ne reçurent qu'après. Pendant qu'elles adoraient ainsi le Seigneur, il leur dit: Ne craignez point, allez dire à mes frères qu'ils aillent en Galilée. C'est là qu'il me verront, c'est-àdire, Ils me verront là plus librement que dans Jérusalem et dans la Judée; car ce l'ut là qu'il conversa presque familièrement , et qu'il mangea même avec eux. Marie- Madeleine alla cependant trouver les dis* ciples, qui, comme dit un évangéliste, étaient encore dans la tristesse et dans les pleurs. En les abordant elle leur dit, remplie qu'elle élail de consolation : J'ai vu le Seigneur, Vidi Dominum, et il m'a dit ces choses. Eux, lui entendant dire qu'il était vivant et qu'elle l'avait vu de ses yeux, ne la crurent poinJ, non crediderunt.
Pendant toutes ces choses, quelques-uns des gardes ou des soldats qui avaient vu l'ange tout brillant
un peu pour sortir de la caverne où était le tombeau, el se retournant elle vit Jésus debout , sans pourtant savoir que ce fût lui. Jésus lui dit aussi : Femme, pourquoi pleurez - vous? et qui cherchez- vous? Madeleine, qui pensait que c'était le jardinier, lui dit : Maître, si c'est vous qui avez enlevé le corps, ditesmoi où vous L'avez mis , et je l'emporterai , cl ego eum lollum. Quelle ardeur, quel amour d'une femme, mais d'une femme riche et qualifiée! Après cela le Sauveur ne devait ii pas lui donner des marques singulières et éclatantes de la sienne? Aussi fut elle alors favorisée de Jésus Christ pardessus toutes les autres femmes (je ne parle point de la Vierge, que j'excepte toujours) , el même par-dessus les apôtres , qui ne virent le Seign.ur qu'après elle. N'est-ce pas donc avec justice qu'en prêchant dans le monde l'Evangile de celui qu'elle a tant aimé, on publie en même temps son nom el ses louanges ?
Après que Marie-Madeleine eut fait celte réponse , qui marquait la grandeur de sa charité, Jésus, qui ne voulait plus tarder de se faire connaître, lui dit, Marie, l'appelant par son nom, comme il avait tant de fois fait avant sa mort. Madeleine , qui alors reconnut sa voix, se tourna vers lui, car el'e s'était pcul-èire détournée pour pleurer, et lui dil : Rabboni,
i:sG9 PAR LA ROMAINE
de lumière assis sur la pierre du sépulcre, et qui en avaient été saisis de frayeur, vinrent à Jérusalem, et rapportèrent aux princes des prêtres tout ce qui venait d'arriver. Ceux-ci s'étant assemblés avec les anciens du peuple, après avoir délibéré entre eux, donnèrent une bonne somme d'argent aux soldais, pecuniam copiosam dederunt militibus, en leur disant: Dites que les disciples de Jésus de Nazareth sont venus la nuit, et qu'ils ont dérobé son corps pendant que vous dormiez. Et si le gouverneur, c'était toujours Pilale, vient à le savoir, ce qui donne à connaître que ces gardes étaient des soldats romains dépendants de lui, nous tâcherons de l'apaiser, et nous vous mettrons en sûreté. Les soldats ayant reçu cet argent, firent comme on leur avait dit; ce qui signifie qu'ils divulguèrent que le corps de Jésus avait, durant la nuit, été enlevé par ses disciples. Et ce bruit, dit un évangélislej s'est répandu parmi les Juifs, et dure encore jusqu'à maintenant, c'est-à-dire jusqu'au temps que saint Matthieu écrivait son Evangile. Or il l'écrivit dans la Judée, avant la dispersion des apôtres parmi les gentils, laquelle n'arriva, comme on verra ailleurs," que douze ans après la mort de Jésus Christ (Matth. , XXY1Î1, 9 15; Marc, XVI, 9-1 1 ; Jean, XX, 11-18).
Deux disciples vont à Emmaûs.
Les deux premières apparitions dont je viens de parler se firent auprès de Jérusalem, le dimanche matin; mais en voici une autre qui n'arriva que vers le déclin du même jour, comme nous l'apprenons de saint Luc. Le même jour, dit cet évangélisle, deux Centre les disciples allaient au bourg appelé Emmaûs, qui était éloigné de Jérusalem de soixante stades, c'est-à dire de deux lieues et demie. Car nos lieues contenant chacune environ trois mille pas, et le stade en ayant cent vingt-cinq, il s'ensuit que vingl:quaire stades l'ont une lieue, et par conséquent soixante stades font deux lieues et demie. Chemin faisant, ces deux hommes parlaient ensemble de tout ce qui était arrivé touchant Jésus-Christ. Lors donc qu'ils s'entretenaient là-dessus et qu'ils se faisaient des questions, Jésus venant à les joindre marcha avec eux. Mais leurs yeux étaient comme retenus pour les empêcher de le reconnaître, il commença à leur dire : De quoi parlez-vous ensemble en marchant, et pourquoi êtes-vous tristes? L'un d'eux, nommé Cléopiias, gr.jtUséîraî, lui répondit : Etes-vous seul étranger dans Jérusalem, et ne savez-vous pas ce qui s'y est passé ces jours-ci? — El quoi, leur dit il? Ils lui répondirent: Touchant Jésus de Nazareth qui a élé un 'prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple : comment les princes des prêtres et les grands Pont livré, pour être condamné à la mort, et comment ils l'ont attaché à la croix. Cependant nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël. Néanmoins après tout cela, voici déjà le troisième jour que ces choses sont passées. A la vérité, quelques femmes des nôtres nous ont étonnés; car ayant
éî6 dès le grand malin au sépulcre, et n'y ayant point trouvé son corps, elles en sont revenues, assurant même avoir vu des anges qui leur ont dit qu'il était vivant. Et quelques-uns des noires ayant aussi éé au sépulcre, ont trouvé que les choses étaient comme les femmes les leur ont rapportées ; mais pour le corps ils ne l'ont point trouvé.
• Jésus-Christ.ayant entendu tout ce discours, commença à dire à ces deux hommes: 0 gens insensés , qui avez le cœur pesant et difficile à croire tout ce que les prophètes ont prédit, ne fallait-il pas que le Christ souffrît toutes ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Puis commençant par Moïse et ensnile par tous les prophètes, il leur expliquait ce qui était dit de lui dans toutes les Ecritures. Ils approchèrent ainsi du bourg où ils allaient, cl pour lui il fît semblant de vouloir aller plus loin. Maw ils l'obligèrent à rester en lui disant : Demeurez avec nous, parce qu'il est déjà tard et que le jour est sur son déclin. Là-dessus il entra avec eux. Puis s'étant mis à table avec ces deux hommes, il prit le pain et le bénit; et l'ayant rompu il le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils reconnurent que c'était Jésus Christ ; mais il disparut en même temps de devant leurs yeux» Ce fut sur cela qu'ils se disaient l'un à l'autre : INe sentions-nous pas dans le cœur je ne sais quelle ardeur, pendant qu'il nous parlait en chemin et qu'il nous ouvrait le sens des Ecritures? El se levant de table à l'heure même, ils retournèrent à Jérusalem. Quand ils y lurent arrivés, ce qui fut vraisemblablement à l'entrée de la nui!, ils trouvèrent les onze apôtres et ceux qui étaient avec eux assemblés dans le même lieu; qui, étant tout joyeux, dirent à ces voyageurs: Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il est apparu à Simon, c'est-à-dire à l'apôtre sainl Pierre, qui de son premier nom s'appelait Simon : Surrexit Dominus vere et apparaît Simoni. Et eux de leur côlé racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils avaient reconnu Jésus dans la fraction du pain. Mais on ne voulut pas les croire, comme l'assure saint Marc , nec Mis crediderunt. Après cela le Fils de Dieu n'avail-il pas raison de reprendre ses disciples avec dureté, les voyant, après lanl d'apparilions et de prodiges, dans une si grande incrédulité {Lue, XXIV, 13-35; Marc, XYU, 12, 15).'
On voit, par celte narration de saint Luc, que Jésus- Christ apparut à saint Pierre, appelé Simon, et même qu'il se fit voir à lui dans Jérusalem le jour de sa résurrection, avant de se manifester aux deux voyageurs d'Emmaûs. Sainl Paul (I Cor., XV, 3-5) confirme, en écrivant aux Corinthiens, ce que dit l'évangélisle touchant celte apparition ; et il fallait qu'elle fût bien sûre et bien importante, puisque ce grand apôtre la marque dans son Epîlre comme une chose considérable dont il leur avait parié. Car, leur dît-il, je vous ai enseigné entre autres choses, comme je l'ai moi-même appris, que Jésus-Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures; qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les mêmes Ecritures ; qu'il s'esi [ait voir à Céphas, et ensuite aux onze, c'est-à dire aux
CONFIRMATION DE L'HISTOIRE EVANGËL1QIE
OJizeapôtresiE^wia jisus cslCepliœ et posl hoc undcc'un. Voilà saint Tierre marqué clairement sous le nom de Céphas, qui est celui que Jésus-Christ lui donna dès le temps de sa première vocation, comme nous rapprenons de saint Jean (I, 42). Il se fit voir à lui , pour le consoler parmi l'affliction de son cœur et parmi les larmes de sa pénitence. On peut donc regarder cette apparition faite à saint Pierre comme la troisième de celles qui sont marquées dans les Ecritures, et celle des voyageurs d'Emmaùs comme la quatrième.
Cléophas, qui est nommé par saint Luc comme un des deux disciples qui allaient en ce lieu, était, selon toutes les apparences, l'époux de cette Marie qui est célèbre dans l'Evangile sous le nom de Marie Cléophé. Je crois qu'elle eut de lui, qui fut son second mari , saint Simon ou Siméon, deuxième évêque de Jérusalem, et saint Juile l'apôtre. Si ce que dit Origènc, en écrivant contre Celse, était véritable, à savoir que Jésus- Christ, dans la fraction du p tin qu'il (ità Emmaùs , en donna à Cléophas et à Simon, le compagnon de Cléophas dans ce voyage n'aurait peul-êire été que son propre iils. D'autres ont cru que c'était Nalhanaël; mais on ne peut rien dire d'assuré là-dessus. Pour co qui est du bourg d'Emmaûs, que Josèphe appelle Ammaùs, il a lire son nom des eaux chaudes qui s'y trouvaient en abondance, et qui étaient regardées comme très-salutaires. Il y a même un historien de l'Eglise qui dit que Jésus-Christ, passant là un jour avec ses disciples, lava ses pieds dans ces eaux, qui eurent depuis ce temps là une vertu souveraine contre les infirmités et les maladies. Quoi qu'il en soit, après le renversement de Jérusalem, Tite, fils de Vespasicn, fit mettre en ce lieu huit cents hommes de garnison; et depuis ce temps-là, ou tout au plus tard depuis le règne d'Adrien, de ce bourg on fit une ville qu'on appela Nicopolis, nom qui marquait les victoires que les Romains avaient remportées sur les Juifs. Jésus apparaît aux apôtres et leur donne le Saint- Esprit.
On a vu ci-dessus que les deux disciples, étant retournés d'Emmaiis à Jérusalem, étaient allés trouver les onze apôtres, et leur avaient raconté, couîrne ils avaient vu Jésus-Christ en chemin et comme ils l'avaient reconnu dans la fraction du pain. Pendant qu'ils leur disaient ces choses, dum autem hœc loquuntur, Jésus se présenta au milieu d'eux, stetit Jésus in medio eorum ; et comme la chambre où ils étaient assemblés se trouvait fermée, parce qu'on appréhendait les Juifs , il y enira sans que les portes fussent ouvertes. En entrant, il leur dit : La paix soit avec vous ; c'est moi, ne craignez point. Ils en furent tout troublés et épouvantés , s' imaginant voir un esprit. Mais Jésus leisr dit : Pourquoi êlcs-vous dans le trouble et pourquoi tant de difïérenles pensées entrent-elles dans vos cœurs? Voyez mes mains et mes pieds, car c'est moi même. Touchez-moi, et me considérez ; un esprit n'a ni chair , ni os comme vous voyez que j'ai. Après avoir dit cela , il leur montra ses mains et ses pieds, et même son côlé.
Mais eux ayant peine à le croire, cl étant en même temps dans la joie et l'étonncmcnt, il leur dit encore pour les assurer : N'avez-vous point ici quelque chose qu'on p-nisse manger? El ils lui présentèrent une partie d'un poisson rôti, et un rayon de miel. Et en ayant mangé devant eux , il prit les restes, et les leur donna. Alors les disciples furent dans un transport de joie , en voyant le Seigneur. 11 leur dit donc une seconde fois : La paix soit avec vous ; comme mon Père m'a envoyé , je vous envoie de même : Sicut misit vie Pater, et eqo millo vos (Luc, XX, 21). C'est-à-dire, Comme mon Père m'a envoyé avec la plénitude de sa puissance pour sauver le monde , je vous envoie de même avec toute la puissance et l'autorité nécessaires à ce saint ministère. Ayant prononcé ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit : Accipiie Spiritum Sanctum (lbid., 22); ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; et ceux à qui vous les retiendrez , ils seront retenus : c'est à-dire qu'ils seront remis ou retenus, par le jugement de Dieu dans le ciel, à tous ceux à qui vous les remettrez ou retiendrez, par la puissance que je vous donne et que vous aurez sur la terre. Celle apparition de Jésus-Christ aux apôtres, qui comme l'on voit, a été si importante à l'Eglise, se fi encore le dimanche de la résurrection, mais ce ne fut qu'à l'entrée de la nuit. C'est la cinijuiôirie fois qu'il s'est manifesté, depuis qu'il fut ressuscité des morts. Comme Thomas, qui, en grec, signifie Ditlyme, c'est-à-dire, jumeau, ne se trouva pas avec les autres apôtres lorsque le Sauveur se fil voir à eux, il voulut bien se manifester une seconde fois, quand ils furent tous assemblés dans le même lieu. Mais avant qu'il eût le bonheur de voir avec eux Jésus Christ , ils lui dirent : Nous avons vu le Se'gueur. Il leur répondit: Je n'en croirai rien, si je ne vois dans ses mains la marque des clous , et si je ne mcls le doigt dans le lieu des mêmes clous, et la main dans la plaie de son côié. Huit jours après, qui était le dimanche 24 avril, les disciples étant encore ensemble dans une maison, et Thomas avec eux, Jésus entra les portes fermées, et, se tenant au milieu, il leur dit: La paix soit avec vous , Pax vobis. Puis s'adressanl à Thomas, il lui dit : Mettez ici votre doigt, et voyez mes mains ; portez ensuite votre main, et mettez-la sur mon côté, et ne soyez point incrédule, mais ayez de la foi. Thomas voyant,par ces marques infaillibles,que c'était Jésus-Christ , lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit : Vous avez cru, Thomas , parce que vous avez vu , heureux ceux qui n'ont point vu, et néanmoins qui ont cru, beati qui non viderunt et crediderunt. C'est là-dessus que saint Jean ajoute : Jé>us a fait plusieurs autres prodiges, en présence de ses disciples, qui ne soi.l | as écrits dans ce livre, c'est-à-dire dans le livre de son Evangile ; mais ceux-ci y sont rapportés, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ cl le Fils de Dieu, et qu'en U croyant vous ayez en son nom };\ vie éternelle (Luc, XXIV, 5043; Jean, XX, 19 31).
PAU LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE
Celle apparition qui semble ne s'être faile que pour guérir l'incrédulité de Thomas, est la sixième depuis la résurrection, et il y a apparence qu'elle est arrivée, comme les aunes , pendant une les apôtres étaient encore à Jérusalem.
Jésus se fitit veir plusieurs fois aux disciples dans la Galilée.
Comme les mystères de la passion et de la mort du Sauvent s'accomplirent à Jérusalem, selon qu'il l'avait lui-même tant de fois prédit, il n'y a pas lieu de s'étonner si, après sa résurrection triomphante et glorieuse, il s'est manifesté à ses apôtres dans celle ville, qu'on ne pouvait plus alors appeler la ville sainie, puisqu'elle était devenue meurtrière de son roi et de son Dieu. Aussi Jésus-Christ commanda-l-il à ses apôtres, aussitôt qu'il fut ressuscité, de s'en aller dans la Galilée, où il avait si heureusement prêché son Evangile, et si tranquillement conversé avec eux. Ils n'y allèrent cependant que plus de huit jours depuis sa résurrection : ainsi ce ne lut qu'après le 24 avril , selon le sentiment que j'ai embrassé et qui m'a paru le plus véritable.
Lorsque les disciples y furent arrivés , saint Jean l'EvangélUte dit que Jésus se fit voir encore à eux, sur le bord de la mer de Tibériade : Postea manifesiavitse iierum Jésus discipulis ad mare Tiberiadis. Voici comme la chose arriva. Simon Pierre et Thomas, appelé on grec Didyme, Nalhanaël, qui était de Gana en Galilée, les deux fils de Zébédée, c'est-à-dire Jacques et Jean, et deux autres disciples, étaient ensemble ; et il y a quelque apparente que c'était vers les quartiers de Belhsaïdeou de Capharnaùm. Simon Pierre dit aux autres : Je m'en vais pêcher. Ils lui répondirent : Nous allons aussi avec vous. Ils allèrent donc el entrèrent dans une barque; mais ils ne prirent rien cette nuit-là. Le lendemain matin Jésus se tint sur le bord du lac; mais les disciple:-, ne s'aperçurent point que c'était lui. 11 leur dit donc : Enfants, n'avez-vous rien à manger? Ils lui répondirent : Non. Là-dessus il leur dit: Jetez le filet au côté droit de la barque, et vous en trouverez. Ils le jetèrent, comme il leur avait dit, mais ils ne pouvaient plus le tirer, à cause de la multitude de poissons qu'il renfermait. Ce fut alors «pie Jean, qui était le disciple que Jésus aimait, dit à Simon Pierre : C'est le Seigneur, Dominus est. Pierre ayant entendu que c'était le Seigneur, prit sa robe et se ceignit, car il était nu ; cl il se jeta dans la mer, et misil se in mare. Etre nu, dans l'Ecriture, veut souvent dire, être sans robe et sans manteau, comme était alors Simon Pierre; mais il ne laissait pas d'être vêtu d'une petite tunique , pour couvrir la nudité de son corps. Celte petite tunique, qui est appelée par les Grecs gcçMvtnceg , était intérieure, et n'était pas un babil décent; c'est pourquoi Pierre mit sa robe par-dessus, et se ceignit, comme marque le grec, tôv êTrevçÛTqy Su^wtkto, tunica succinxitse. Ce que le syriaque explique plus nettement, en disant, accepil tunicam el cinxit tumbos suos, c'e-t-
à-dire, 11 prit sa robe, car la robe est une tunique extérieure, et se ceignit les reins. 0;i voit par celte action la grandeur de la foi de Pierre et Farde tir de son amour, qui semblaient être parfaitement rétablis par la miséricorde du Seigneur et par la sincéiité de sa pénitence.
Les autres disciples ne voulurent pa:, l'imiter , ils vinrent à terre avec la barque; et comme ils n'eu étaient éloignés que d'environ deux cents coudées, ils y tirèrent leur filet, avec les poissons dont il était rempli. Comme ils furent descendus à terre, ils trouvèrent des charbons allumés, un poisson qu'on avait mis dessus, el du pain avec cela. Jé-ms-Christ leur dit : Apportez de ces poissons que vous venez de prendre. Simon Pierre remonta dans la barque, et lira à lerre le filet, qui était plein de cent cinquantetrois grands poissons. Et bien qu'il y en eût tant, le filet ne se rompit point. Là-dessus Je. us leur dit: Venez el dînez, fc't nul de ceux qui étaient assis pour manger n'osait lui demander : Qui êtes yjMa ? car ils savaient que c'était le Seigneur. Jésus donc se mit avec eux, prit du pain el leur en donna , el fit de même du poisson. C'est là , dit l'évangélislc , la troisième fois que Jésus j-e manifesta à ses disciples» api es qu'il (ut ressuscité des morts. C'est en effet la troisième fois qu'il se fit voir à ses disciples assemblés : car il s'était manifesté à quelques-uns d'eux en particulier; et en comptant toutes ces apparitions tant singulières que générales, celle-ci était la septième depuis la résurrection (Jean, XX!, 1-14).
Îésus-Christ confie ses brebis à saint Pierre.
Après que le Sauveur eut dîné avec eux, car il y a apparence qu'il mangea alors avec les disciples, il dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jean, m'aimez-vous plus que ne font ceux-ci? Simon Joannis, diligis me plus his? Il lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Paissez mes agneaux, Pasce agnosmto$,%r.t rà àpvfa pou. Jésus Christ lui dit une seconde fois ; Simon, fils de Jean , m'aimezvous ? Pierre lui répondit encore : Oui , Seigneur, vous savez bien que je vous aime. Jésus lui dit : Paissez mes agneaux, gr., Tà ■xpàêv.rcx. peu. Le Fils de Dieu lui demanda pour la troisième fois : Simon , fils de Jean, m'aimez-vous? Pierre fut touché, dill'évan-' gélisle, contrisialus est Petrus, de ce qu'il lui demandait pour la troisième fois: M'aimez-vous? C'est peut-être qu'alors Pierre se ressouvint de son renoncement ; comme il avait par trois diverses fois renie son maître , il vit bien que ce cher maître, qui lui avait pardonné sa faine, à cause de ses larmes el de son repentir, voulait avoir trois assurances réitérées de la sincérité de son amour. Aussi lui répondit-il celte troisième fois : Seigneur, vous connaisse? toutes choses: vous savez que je vous aime. Jésus lui dit encore: Paissez mes brebis, Pasce ovesmeas.
La sincérité et la grandeur de l'amour de Pierre avait assez paru par la profondeur de sa pénitence, car il n'avait cessé de pleurer sa china. Jécus ChrU
Iô7o CONFIRMATION DE L"
qui en connaissait louie retendue, prend plaisir' aujourd'hui à l'établir non seulement le pasteur de toutes ses brebis, mais encore le prince de tous les pasteurs, Car il lui donne le soin depaiirectde gouverner non-seulement les simples fidèles , qui semblent être signifies par les agneaux, et môme les nères des fidèles, marqués par les brebis. Comme «ous sont ses ouailles, Jésus-Christ lui commet tout sans distinction dans son Eglise; il le charge de tout sans exception ; il ne lui désigne pas, dit un saint, quelques-unes de ses brebis, il les lui assigne toutes, de quelque manière qu'elles lui appartiennent : Ncn désignât alignas f sed assignai omnes (Bernard., lib. ÏI de Consid. ). il semble que c'est par son amour qu'il le (Vu le prince et le père des pasteurs de l'Eglise, comme c'avait été par sa foi qu'il l'avait, après lui , établi la pierre et le fondement de la môme Egii.se. Il faut donc de la fui, il faut de l'amour, dans' ceux qui veulent dignement paîtra les orebisde Jésus- Clnisi : Que si l'une cl l'autre est nécessaire dans le commun des pasteurs ; combien n'en faut il pas dans ceux qui sont les princcscl les premiers des pasteurs?'
Après ces assurances réitérées que Simon Pierre dom:c de son amour, le Fils de Dieu lui ré\clc, quniqu'en paroles couvertes, le genre de sa morl. Voici : comme il lui parle là dessus : < Eu vérité, en vérité je vous le dis, quand vous étiez plus jeune, vous vous ceigniez vous-même et vous alliez où vous vouliez; car dans la Judée on avait soin de. ceindre sa robe et' ses reins quand on faisai: voyage ou quelque chose de conséquence, parce qu'en se ceignant ainsi ou était plus libre. Mais, ajoute Jésus Christ, lorsque vous serez vieux, cum aufem senueris, c'est-à-dire environ trente-cinq ans après, vous étendrez vos mains, et u\\ autre vous ceindra et vous mènera où vous ne voudrez pas. > Par ces paroles couvertes, Jésus-Christ - édisait à Pierre et sa mort et les circonstances de sa «noft. C'est donc comme s'il lui disait : Dans votre vieillesse, l'on vous mènera à la mort, où vous ne voudrez pas aller, par la répugnance de la nature, mais que vous aimerez par la force de la 'grâce. Celte mort arrivera par la croix, sur laquelle vous éiendrez vos mains ; et un auire vous y attachera avec des cordes, qui seront comme votre ceinture. Le Fils de Dieu dit cela à Pierre, écrit l'évangéliste, pour lui marquer de quelle mort il devait gloniler Dieu : significans qua morte clarificalurus esset Deum. En effet jamais Pierre ne rendit à Dieu plus de gloire que par la mort de la croix qu'il souffrit à Rome sous l'empire de Néron, vers l'an 65 de l'ère chrétienne.
Après que le Seigneur eut prédit à Simon Pierre quelle serait sa fin glorieuse, il lui dit : Suivez moil, Sequere me. Tout ceci se passait sur le bord du lac de Galilée ou de Tibériadc. Pierre , se retournant, vit que Jean le suivait; or, Jean était le disciple que Jésus aimait ; c'était lui qui, pendant la cène, se reposa sur le sein du Seigneur, cl qui lui demanda : Qui est celui qui vous trahira ? Pierre donc l'ayant vu, dit à Jéius-Christ : Seigneur, et celui-ci, que deviendra-
HlSTOiRE ÉVANGËLIQUE « . iziQ
t il? ou autrement : Que souffrira t-il? Oie auïem qmd (suppleV pasèwn? jst)î Jésus lui répondit : ly veux qu'il demeure ainsi, c'est-à-dire sans souffrir dô mort violente, jusqu'à ce que je vienne. Il entend : le retirer de celle vie mortelle par une fin tranquille ' telle qu'il arriva à l'apôtre saint Jean dans la ville d'Ephôse, vers les commencements du règne deTrajan. Après celle réponse, le Seigeur ajouta encore, en parlant à Pierre : Que vous importe? Quid ad te? Ce qui veut dire , Que vous importe quelle fin Jean doit avoir? Pour vous, suivez-moi, tu me sequere, en imitant ma morl cl en finissant comme moi sur l'arbre de la croix.
Sur ces paroles du Fils de Dieu, il courut un bruit parmi les frères, c'est-à-dire, parmi les disciples de Je us Christ, que Jean ne mourrait point. El c'est pour détromper les fidèles de ce faux bruit, qui s'était répandu , que Jean lui-même parle en celle sorte : Jésus n'avait pas dit, Il ne mourra point; mais seulement, Je veux qu'il demeure ainsi, jusqu'à ce que je vienne : ou , comme portent le grec et le syriaque, Si je veux qu'il demeure, jusqu'à ce que je vienne, Si eum volo manere, donec veniam; que vous importe? Après quoi saint Jean ajoute, en parlant de lui-même : C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses , et qui a écrit ceci ; cl nous savons que son témoignage est véritable (Jean, XXI, 15-24).
Dernières apparitions du Sauveur dans la Galilée et dans la Judée.
Lorsque Jésus Christ se manifesta pour la première l'ois dans la province de Galilée , sur le bord du lac de ïibériade, laquelle apparition fut la septième depuis qu'il était ressuscité des morts ; comme il ne se fit voir qu'à quelques disciples, qui sont marques dans saint Jean (XXI, 2), il y a apparence qu'il leur ordonna d'avertir tous ses a< ôlres de se trouver sur une montagne qu'il leur nomma alors. Les apôtres ne manquèrent pas de s'y rencontrer, selon les ordres qu'us en avaient reçus, abierunl in monlem ubi conslilucral ïllis Jésus. Il y en a qui croient que cette montagne était le Thabor ; mais comme il n'y a rien d'assuré là-dessus , j'aimerais mieux dire que c'était celle qui n'était pas éloignée de Capharnaûm , où Jésus-Christ avait choisi ses douze apôtres , cl où il avait souvent conversé avec eux. Les disciples , les femmes galiléennes et plusieurs autres d'entre les fidèles se rendirent là avec les apôtres, en sorte qu'ils étaient plus de cinq cents. C'est de celle apparition , qui fut la huitième, que parle saint Paul ( I Cor., XV , G), quand il dit : Il a élé vu de plus de cinq cents frères qui étaient ensemble , c Deinde visus est plus quam qu'ingenlis fralribus simul , i dont il y en a plusieurs qui vivent encore aujourd'hui, c'est-à-dire environ vingt-sept ans après cette apparition, et les autres sont morts. Tous ces hommes ainsi assemblés, voyant Jésus-Christ ressuscité, l'adorèrent ; néanmoins il y en cul qui furent dans le dou'.e, quidam
autem dubitaverunl (Matth., XXVIII, 7) , lanl leur inci éjulité était grande.
Après celle apparition si publique et si solennelle , le Fils de Dieu voulut encore se faire voir à Jacques fils iTAlphée , surnommé Jacques le Mineur, qui peu de temps après fut établi premier évoque de Jérusalem. 11 se manifesta à lui en particulier, comme il. avait fait à Simon Pierre , et celle apparition , qui a, éié la neuvième, n'est marquée que dans la première Epîirc de saint Paul aux Cor'mlbiens. Cet apôtre , après avoir dit que Jé.us- Christ avait été vu de plus de cinq cents frères , ajoute incontinent : Ensuite il, s'est fait voir à Jacques , Dcinde visus est Jacobo (I Cor., XV , 7) , c'est à dire , à Jacques le Mineur , comme l'expliquent les Pètes, ou à Jacques frère du Seigneur.
Enfin, le Sauveur étant retourné en Judée, se ma-, nifesla encore à tous ses apôtres , comme nous l'apprenons, de saint Paul dans le môme lieu. C'est ce qu'il fait assez entendre en disant : Deiade visus est Jucobo; deinde apostolis omnibus. Ce fut dans cette . apparition , qui se fil dans Jérusalem , et qu'on peut regarder comme la dixième , que Jésus-Christ, s'approchain d'eux , leur parla ainsi : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc par tout le monde, et prêchez l'Evangile à toules les créatures. Instruisez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, et du Fils , et du Saint-Esprit ; leur apprenant à observer toules les choses que je vous ai commandées. Celui qui croira el qui sera baptisé , sera sauvé ; mais celui qui ne croira point sera condamné. Et voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : Ils chasseront les démons en mon nom ; ils parleront de nonvelles langues ; ils extermineront les serpents ; el s'ils prennent quelque breuvage mortel , il ne leur nuira point ; ils imposeront les mains sur les malades , el ils seront guéris. Et pour moi, je serai toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles.
Celle apparition peut bien être regardée comme la dernière , el saint Marc nous donne à entendre qu'elle s'est faite, lorsque les onze apôtres étaient à table , novissime recumbeniibus Mis undecim appariât. Et ce fut en celte occasion , qu'il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur *, de ce qu'ils avaient eu lanl de peine à croire ceux qui l'avaient vu ressuscité. Ce fut aussi alors que , mangeant encore avec eux , convescens , comme parle saint Luc , il leur commanda de ne point partir de Jérusalem , mais d'y attendre la promesse du Père éternel, que vous avez, leur dit-il , ouïe de ma propre bouche. Celle promesse, qu'il leur avait faite de la part de son Père , était de leur envoyer le Saint Esprit , le consolateur. Car, ajouta t-il, Jean a baptisé dans l'eau ; mais pour vous autres, vous serez, dans peu de jours, baptisés dans le Saint Esprit. Il finit enfin son discours en leui disant : Ces choses qui sont arrivées sont celles que je vous ai prédites lorsque j'étais encore avec vous. Car il fallait que tout ce qui
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a éié écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Propltètes el dans les Psaumes eût son accomplissement. . En, môme temps , dit un évangéhste , il leur ouvrit l'esprit , afin qu'ils entendissent les Ecritures. Puis il ajouta : Il fallait , parce que cela, est marque dans l'Ecriture, que le Christ souffrît , qu'il ressuscitât des moris le troisième jour , el qu'on prêchât en son nom la pénitence cl la rémission des péchés parmi toules les nations , en commençant p:r Jérusalem. Or vous êtes témoins de tomes ces choses. Et de mon côté je m'en vais vous envoyer ce que mon Père vous a promis, c'est-à-dire le don du Sainl- Esprit. Cependant tenez-vous dans la ville (il entend celle de Jérusalem , comme marque le grec) jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut , ' quoad usque induamini virlute ex alto (Malili., XXYIII, 16-20; Marc, XVI , 14-18; Luc, XXIV, 44-49). Jésus-Christ monte au ciel en présence de ses disciples et à la vue de Jérusalem.
On ne sait pas précisément le lemps de celle dernière apparition ; pour moi , j'aimerais mieux croire qu'elle est plutôt arrivée la veille que le jour de l'As- cension du Seigneur ;. car enfin il apparut aux onze apôtres lorsqu'ils étaient à labié '.Recumbemibus Mis undecim, comme parle saint Marc (XY1, 1 i) ; et quelle apparence qu'il eût v ulu manger avec eux un moment avant de s'en aller à son Père? Outre qu'on tient d'Eusèbe (lib. III de Vit. Coust., c. 45), comme une chose certaine, que Jé^us-Chrisl conversa avec ses disciples dans une caverne qui était sur le haut de la montagne des Oliviers, au lieu oiV.il avait. monté dans le eiel. On peut donc croire que le Fils de Dieu, sortant de Jérusalem ensuite de celle apparition, mena ses apôlrcs vers Béihanie, sur cette montagne , comme saint Luc donne assez à connaître par ces paroles : Eduxit autem cos foras in Bethaniam ; que là il passa la nuit en prières, demandant à son Père qu'il le reçût au ciel dans la majesté de sa gloire, puisqu'il av. il consommé sa course el accompli l'ouvrage dont il l'avait chargé sur la terre ; que pendant cela les apôtres se retirèrent dans une caverne, où Jésus-Chrisl leur donna plusieurs instructions saintes et salutaires , avec îa participation de son sacré corps , qui fut comme le dernier gage de son amour. N'est-ce pas ce que le même Eusèbe semble marquer quand il dit, en parlant de celle caverne sainte : Hic porro omnium Servalorem arcanis inyslcriis discipulos suos, h «.\>-& •cvtcw , in ipsa spelunca initiasse, vera lestalur liistoria.
Et n'y aurait-il pas lieu de penser que, parmi ces entreliens tout divins, Jésus-Christ leur ayant enfin ouvertement déclaré qu'il allait entrer dans ?a gloire, ils lui demandèrent : Seigneur, sera-ce en ce temps-ci que vous rétablirez le royaume d'Israël? Il leur répondit : Ce n'est pas à vous à savoir les temps et les mo~ menls que le Père a réservés à sa puissance ; mais vou$ recevrez la vertu du Saint-Esprit , qui descendra sur vous, el vous me rendrez témoignage dans Jérusalem dans toute la Judée cl la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre*