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dit licitement, que ce fut un nuire jour, alla die, que celui du triomphe; ainsi, comme il a mieux distingué ces faits, on ne peut presque pas se dispenser de le suivre. Ou vient de voir que !e Sauveur, après son entrée triomphante, s'en alla vers le soir au bourg de Béthaniu avec ses apôtres; c'étaii le dimanche qlï'il s'y relira, sur le déclin «lu j<»ur. Le lendemain, qui élaii le lundi 11 avili, soi tant de Réliianie dès le matin, mane, selon saint Mathieu, pour reoiirtier à Jérusalem, il sentit la faim. Alors voyant iih figuier Sur le chemin , il s'en approcha, mais il n'y trouva que des feuilles. Il lui dit : Que jamais il ne naisse de toi aucun fruit. Les disciples entendirent fort Éiïî'ii ce «pic le Seigneur dit à ce liguier, mais ils passèrent leur chemin, et s'en vinrent à Jérusalem, et veniunt Jerosolymam.
Jé-us y étant arrivé, entra dans le temple de Dieu ; et il en chassait tons ceux qui vendaient et qui ache* laienl dam ce tien ; il renversa les tables des changeurs et les sièges de ceux qui vendaient des colombes, et il leur dit : Il est écrit, Ma maison sera appelée la maison de prière ; et vous en avez fait une caverne de voleurs ; cl il ne souffrait pas que qui que ce fût transportât aucun vaisseau par te temple. Les princes des prêtres et les docteurs de la loi, ayant entendu cela, cherchaient de quelle manière ils pourraient le perdre; car ils le craignaient, parce que tout le peuple était dans V admiration de sa doctrine. Alors des aveugles et des boiteux vinrent à lui dans le temple, et il les guérit. Or les princes des prêtres et les docteurs de la loi. Vouant les merveilles qui! avait faites, et les enfants qui criaient dans le temple : ilosnnnu au Fils de David, en furent dans l'indignation, et ils lui dirent : Entendez-vous ce que ces enfuis disent ? Jésus leur répondit : Oui. S'avez-vous jamais lu : Vous avez tiré une louange parfaite de la bouche des enfants et de ceux qui sont encore à la mamelle. Et tes laissant là, il sortit de ta ville, car il était déjà lard, comme récrit saint Marc {Maiih., XXI, 12-17; Marc, XI, 12-19; Luc, XIX, 4o-iS).
Il y en a qui croient, qu'après être sorti de Jérusalem, ce jour-là, il se rctra encore à Béthanie, comme il avait lait le dimanche au soir; mais il y a plus d'apparence qu'il s'en alla seulement sur la montagne des Oliviers où i! passait la nuit ; car j-aint Luc dit expressément que pendant le jour il enseignait dans le temple, eral autem diebus docens in 'cmplo, et que durant la nuit il demeurait sur la monagne des Oliviers , noctibus vero exiens morabatnr in tonte qui voeutur Oliveli. Le mardi malin , 12 avril, ks disciples en passant leur chemin pour venir avec Jésus-Chrisi à Jérusalem, virent le figuier, qu'il avait maudit le jour précédent, qui avait séché jusqu'à ia racine, videruat fieumaridam factama radicibus. Les disciples furent tout étonnés de ce qu'il était sitôt devenu sec. Alors saint Pierre dit à Jésus: Maître, voilà que le figuier que vous avez maudit est devenu sec. Jésus leur répondit :Je vous dis en vérité que si vous avez de la foi, et *î vous n'hés;! z point, no:i seulement rous ferez
comme à ce figuier, mais même si voui dites à celte montagne : Olez vous d'ici, et je'cz-vous dans la mer, cela se fera. El tout ce que vous demanderez dans la prière, ayant delà foi. vous l'obtiendrez. Saint Marc ajoute ces paroi s : Ma'.s quand vous vous mettrez à prier, si vous avez quelque cime contre quelqu'un, pardonnez-lui, afin que votre Père, qui est dans le ciely vous pardonne aussi vos péchés. Que si vous ne par donnez pas. votre Père qui est dans le ciel ne vous pardonnera pus vos péchés (Matlh.,XXl, 20-22; Murc^ XI. 20 20).
Jésus vient au temple le mardi malin, trois jours avant sa passion.
Après que le Sauveur eut fait ces instructions à ses apôtres cl à ses disciples sur la montagne des- Oliviers, car c'est là qu'.l lit sécher le figuier qu'il maudit, il passa le torrent deCéJrnn, ou des Cèdres* entra dans 1 1 ville de Jérusalem, cl monta au temple. Or comme Jésus se promenait dans le même temple, et cuni anibnlurcl in templo. c'est-à-dire dans ses portiques et ses galeries où il continu. lit à prêcher l'Evangile et à instruire le peuple, les princes des prôtres, les docteurs de la loi et les anciens du peuplq le vinrent lion ver ensemble; car c'était une chose Concertée entre eux. lis lui dirent : Par quelle autorité faites-vous ces choses, et qui vous a donné le pouvoir de les faite? C'est que le Fils de Dieu prêchait, instruisait, enseignait le peuple dans le tempie ; cl lo jour précédent il eu avait chassé veux qui y vendaient ci qui achetaient. Cela avait donc fait du bruit et de l'éclat ; el c'est là-dessus qu'ils lui demandèrent par quelle autorité il faisait ces choses. Jésus leur répondit ; J'ai aussi une chose à vous demander; répondez-moi là-dessus, et je vous dirai par quelle autorité je fais ces choses. Le baptême de Jean éiail-il du ciel ou des hommes? répondez-moi. C'était leur demander si le baptême de saint Jean était (l'institution divine ou humaine. Sur celle demande du Sauveur, ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes : Si nous répondons qu'il était du ciel, il nous dira : Pourquoi donc n'y avez -vous pas cru? Que si nous disons qu'il était des hommes, nous craignons le peuple ; car tout le monde regardait Jean comme ayant été véritablement prophète. Ils répondirent donc, eu disant à Jésus : Nom n'en savons rien. Jésus leur dit aussi : J e ne vous di$ point non plus par quelle autorité je fuis ces choses (Mat! fi. XXI , 23-£7; Mare, XI, 27 :>3 : Luc, XX, 1-8).
Il confond les princes des prêtres et tes docteurs de la loi par des paraboles.
Comme 1 <\ Fils de Dieu vît que ces personnes d'autorité, care'é aient tons les premiers de Jérusalem, ne cherchaient qu'à Je surprendre, il s'avisa de les cou foudre devant le peuple par des paraboles oui les regardaient. Il commença donc à leur dire : Que vous en semble, « Quid autem vobis videlur? » // y avait un iiotnmt. qui avait deux fils, et, s'adressait* an premier, il lui dit , Mon fils, allez vous- en aujourd'hui et travaillez il m<2 vigne. Ce fils lui répondit en disant : Je n'en ferai rien , mais, aprèXcela, étant louché de repentir, il s'y enàîfë
1295 CONFIRMATION DE L'HISTOIRE EVaNGÉLIQUE 1296
^'adressant après à Caulre, il lui dit la même chose; et bien que c'était d'eux dont il parlait. Et cherchant iâ-
telui-ci répondit en disant: Je m'y en vais, Maître, et il n'y alla point. Lequel des deux a fait la volonté de son père ? Us lui dirent : Cest le premier. Alors Jésus leur parla ainsi : Je vous dis en vérité que les publi-
dessus le moyen de le prendre, ils appréhendèrent la peuples, parce qu'ils le considéraient comme un pror phète. Saint Mure dit qu'alors ils le laissèrent là et se retirèrent, t elrelicto illo abicrunt > {Mallh , XXI, 55-
cains et les prostituées vous précéderont dans le royaume <J6; Marc, XII, 1-12 ; Luc, XX, 9-19).
du ciel; car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous ne l'avez point cru; au contraire, les publicalns et les prostituées ont cru à ses paroles, et vous autres qui avez vu cela, vous n'avez point été touchés de repentir pour croire à ses paroles {Mallh., XXI, 28-32)..
Les princes des prêtres , les docteurs de la loi et les anciens «In peuple .se tenant toujours la, Jésus leur parla plus fortement, et leur dit : Ecoulez une antre parabole. Un père de famille ayant planté une vigne, l'enferma d'une haie , y mit un pressoir el y bâtit une tour; puis l'ayant louée à des vignerons, il s'en alla dans un pays éloigné. Le temps des vendanges étant proche, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour en recueillir les fruits. Mais les vignerons ayant pris ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre, et en lapidèrent encore un autre. Il leur envoya une seconde fois d'autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers, el ils leur firent le même traitement. En dernier lieu, il leur envoya son fils, disant en lui-même : Peutêtre auront ils du respect pour mon fils. Mais les vignerons , voyant le fils , dirent entre eux : C'est ici l'héritier ; allons , tuons-le , cl nous nous rendrons maîtres de son héritage. Et , s étant saisis de lui , ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent. Quand donc le Seigneur de la vigne sera venu, que fera- 1 -il à ces vignerons? Ils lui répondirent : Il perdra ces méchants; el il loiura sa vigne « d'autres vignerons , qui lui en rendront les
cuits en leur saison.
Ces faux prêtres et ces faux docteurs, qui élaiewt ies principaux ministres de la synagogue, étaient les vignerons dont le Seigneur entendait parler; car la synagogue était la vigne, selon l'Ecriture : ainsi ceux qui lireui cette réponse portèrent contre eux le jugement de lenr condamnation. Car leurs pères avaient tué les prophètes, que le Dieu d'Israël leur envoya comme ses serviteurs; et pour eux ils mirent à mort son Fils. Aussi Dieuexiermina-l il tous ces méchants par la ruine de leur ville el par celle de leur temple. Puis de la synagogue il eu lit l'Eglise , qu'il confia à d'autres ministres.
Au reste Jésus Christ voyant qu'on avait répondu de la sorte, ajouta ces paroles, en s'adressant à cnx : N'ùwz-ious jamais lu dans les Ecritures {Psal. CXY!!, 2-2 ) : La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, est devenue la pierre de l'angle ; c'est le Seigneur qui ia
Autre parabole.
Les princes des prêtres s'étant retirés, parce qu'ils ne pouvaient entendre ces paraboles , qui découvraient le fond de leur malice el qui les piquaient jusqu'au vif, quelques pharisiens restèrent là. Et Jésus Christ reprenant la parole , leur dil encore cette parabole : Le royaume des deux est semblable à un roi de la terre qui voulut faire les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs pour faire venir aux noces ceux qui y étaient conviés; mais ils n'y voulurent pas venir. Il envoya une seconde fois d'autres serviteurs, les chargeant de dire aux conviés : Voilà que j'ai préparé mon dîner ; j'ai fût tuer mes bœufs cl mes volailles*, enfin tout est p>êl, venez-vous en aux noces. Mais eux ne s'en souciant point , s'en allèrent, l'un à sa maison des champs , l'autre à son commerce. Pour les autres, ils se saisirent de ses serviteurs, et après les avoir outragés , ils les tuèrent' Le roi ayant appris cela, en fut en colère; et, envoyant ses armées, il fil périr ces meurtriers , el réduisit leur ville en cendres. Alors il dit à ses autres serviteurs : Le feslin des noces est tout prêt, mais ceux qui y étaient invités n'en étaient pas dignes. Allez-vous-en donc dans les carrefours , et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. Ses serviteurs, s'en allant dans les rues, assemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent , bons et mauvais; et les tables des noces furent remplies. Or le roi entra pour voir ceux qui étaient à table; et ayant aperçu un homme qui n'avait point lu robe nuptiale, il lui dit : Mon ami , comment êtes-vous cntié ici, n'ayant point la robe nuptiale. El cet homme demeura muet. Alors le roi dit à ses gens : Liez-lui les pieds el les mains, jetez-le dans les ténèbres extérieures; c'est là qu'il y aura des pleurs el des grincements de dents. Car il y en a beaucoup d'appelés , mais peu d'élus. Les pharisiens qui étaient restés, entendant ces paraboles, se retirèrent aussi, voyant bien qu'il n'y avait pas moyen, parmi la multitude du peuple, de se saisir de Jésus-Christ (Mallh., XXII, 1-14). Les pharisiens el les hérodiens viennent pour le surprendre.
Après toutes ces paraboles, les pharisiens s'étant retirés, comme le dit saint Matthieu, délibérèrent entre eux comment ils feraient pour le surprendre dans ses paroles : Tune abeunles pharisœi , consilium inierunl, ut caperenl eumin sermone {Mallh., XXII, 15). Il leur vint en pensée qu'ils ne pouvaient p:.s mieux en venir à bout qu'à l'occasion du tribut ou
fait ainsi , el nos yeux en sont dons l'admiration ? C'est pourquoi je vous déclare que le royaume de Dieu vous du cens; car c'est ainsi qu'on appelait ce qu'on payait a ôé, et qu'il sera donné à un peuple qui en fera les aux Romains depuis vingt-deux ans, c'est-à dire ,
sera o e, ci qu fruits. El celui qui tombera sur celle pierre, se brisera; mais celui sur lequel elle tombera sera écrasé. L'évangéliste ajoute que les princes des prêtres el les p/wrrifiens oyanl entendu ces paraboles de Jésus , connurent
depuis queQuirinius eul réduit la Judée en province par l'ordre d'Auguste. La plupart des Juifs ns payaient ce tribut qu/à regret, et il y avait des zélés parmi eux , qui soutenaient qu'il ne fallait poinf s'y
assujettir, parce que c'était une espèce de servitude, que ne devait point souffrir une nation sainte et choisie qui n'avait ou ne devait avoir pour Seigneur que Dieu seul. Ces zélés, qui, dans le fond, n'étaient que de vrais factieux , fomentés par les pharisiens , passaient pour des hommes justes parmi le peuple, à cause qu'ils semblaient être plus attachés à la loi. Les pharisiens, pour mieux réussir dans leur dessein artificieux, envoyèrent quelques-uns de leurs sectateurs , qui contrefaisaient les zélés ou les justes , qui se justos simulaient, comme parle saint Luc (XX, 2J). Outre cela, comme ils avaient du crédit, ils prièrent quelques officiers d'ilérode Anlipas, qui favorisaient les Romains, aussi bien que leur maitre, qu'. était alors à Jérusalem, de se joindre à ceux de leur corps , qu'ils envoyaient à Jésus. Et ce sont ces gens ou officiers d'ilérode le létrarque qui sont ici nommés hérodiens.
Les pharisiens crurent qu'une fourberie si bien concertée, à ce qu'ils pensaient, ne manquerait pas d'avoir sou effet, qui était, selon leur idée, ou de rendre Jésus odieux au peuple, s'il disait qu'il fallait payer le tribut aux Romains, ou de l'accuser auprès des Romains et même de l'Haie, qui était actuellement dans Jérusalem , s'il disait qu'il ne fallait point le payer. Les justes ou les zélés le devaient accuser auprès du peuple, et les hérodiens devaient le déférer aux Romains. Voyons maintenant comment Jésus- Christ évita ee piège , où tout autre que lui aurait été pris. Voici ce que saint Maiihicu écrit là dessus.
Alors les pharisiens fêlant retirés, formèrent entre eux le dessein de le surprendre dans ses paroles. Pour cela ils lui envoient leurs disciples avec les hérodiens, « millunl ei discipulos suos cum herodianis. i Saint Luc explique mieux leur pernicieux dessein, quand il dit : El voulant l'attraper, ils lui envoyèrent des personnes qui contrefaisaient les justes ( ou bien les zélés) pour lui tendre des pièges et le surprendre dans ses paroles , afin de le livrer à la puissance du gouverneur. Ces gens lui dirent : Maître , nous savons que vous aimez la vérité el que vous enseignez sincèrement la voie de Dieu , sans vous soucier de qui que ce soit , car vous n'avez point d'égard pour la qualité des personnes. Dites-nous donc , qu'en pensez-vous : Es^-il permis de payer le tribut à César, ou ne l'est il pas? Mais Jésus connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites, pourquoi me tentez-vons? Montrez-moi la monnaie du cens , « oslendile mihi numhma cemus. * Et ils lui présentèrent un denier.
C'était une petite pièce d'argent , de la valeur do sept à huit sous, qui est appelée dans le syriaque le den er d'argent de la capilation, car il se payait alors par tête aux Romains, dans la Judée cl dans la Samarie, mais non pas dans la Galilée, ni dans la Traconile, soumises aux téiranjues. Alors Jésus leur du : De qui est cette image el celte inscription ? ils lui répondirent : De César. Jésus leur dit : lîendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. L'ayant entendu, ils admirèrent sa réponse; et, le luis-
ET LA JUDAÏQUE. m%
sant là, ils se retirèrent. Ils avaieru raison d'ad;i.hor une réponse si pleine de sagesse, qui le garantit de* pièges qu'ils lui avaient dressés ( Matlh, , XXII , 15< %%; Marc, XII, 15-17; Luc, XX, 20-2o).
Quoique j'aie déjà dit quelque chose de celte mon* naie du cens, ou du tribut, qu'on payait alors aux Romains dans la Judée, et qui élail un denier d'argent , valant près de huit sous , il est encore bon do savoir que ce denier contenait une drachme atlique-. Ainsi ce tribut qu'on payait par tète était asseî léger; car ce n'était que la moitié du didrachme, ou du demi-sieîe, qu'on donnait au temple.
Ce denier portait l'empreinte ou l'image de Tibèra Céar, qui régnait alors. Et c'est de lui que Philostrate (In Vit. Apollon. ) fait mention, quand il parla d'une drachme d'argent marquée de l'image 0«t Tibère. Celte capilation se payait chez les Juifs, par les hommes depuis l'âge de quatorze ans jusqu'à soixante-cinq, et par les femmes depuis l'âge do douze, c'est-à-dire depuis la puberté. Au moins Ulpien nous apprend-il (Leg. 5, D, de Censibus) qu'on le payait ainsi dans les deux Syries, sous lesquelles la Judée élail comprise. Mais quand cctttî malheureuse province fut subjuguée par Vespasien, le tribut fut double, car alors on paya deux drachmes ou deux deniers.
// confond les saducéens.
Après que Jésus Christ eut confondu les pharisiens el les hérodiens, il fit la même chose aux saducéens, qui vinrent aussi à lui dans le dessein de le surprendre ou de l'embarrasser. Tout ceci se passait au temple, dans les galeries, le mardi 12 avril, trois jours avant sa passion. Ce jour-là, < in illo die t , dit saint Matthieu, les saducéens, qui disent qu'il n'y a point de résurrection, vinrent à lui, el l'interrogèrent , en disant : Maître, Moise nous a ordonné , .si quelqu'un mourait sans enfants , ayant une femme , que son frèrâ l'épousât et qu'il suscitât des enfants à son frère. Or il y avait sept frèrest dont le premier a épousé une femme, cl est mort sans enfants. Le second l'a épousée , et est aussi décédé sans enfants. Le troisième l'a prise, elles autres jusqu'au septième, et tous sont morts sans laisser d'enfants. Enfin celte femme est morte après eux tons. Au temps donc de la résurrection , duquel d'eux ton* sera-l-elle la femme, car tous sept l'ont eue pour épousa? Ces hommes malicieux croyaient l'avoir fort emb tirasse, par celle demande, qui n'était faite que par des gens terrestres el charnels. Voici donc la réponse du Fils de Dieu , qui esl encore pleine de cet esprit de sagesse qu'on remarque dans tous ses discours : Vous êtes , leur dil il, dans l'erreur; parce que vous ne savez pas les Ecritures, ni quelle esl la puis sance de Dieu : < Erratis, nescientes Scripiuras, neque virtutem Dei. > Car au temps de la résurrection , or, n'aura ni femme, ni mari; mais tous seront dans te. cîel comme les anges de Dieu.
Saint Luc étend celte réponse, un peu davantage et fail ainsi parler Jésus-Christ '.Les enfants de cesiècl*ciéuouscnt desjemmes, elles femmes prennent des maris.
CONFIRMATION DE L'HISTOIRE ÉVANGÉLÎQL'E *3GÛ
Mais parmi ceux qui seront jugés dignes d'avoir part au siècle futur et à la résurrection des morts , les femmes n'auront point de maris , ;//" tes maris de femmes ; car alors ils ne pourront plus mourir , parce qu'ils seront semblables aux anges, et lisseront fils de Dieu, étant enfants de lu résurrection. Kl que 1rs morts ressusciteront un jour. Moïse le déclare assez lorsqu étant auprès du buisson il appelle le Seigneur le Dieu dWbraham, le Dieu d'houe elle Dieu de Jacob. Or Dieu n'est point !c Dieu des morts, mais ries vivants, carions sont vivants rievanltiri; Alors quelques-nus ries docteurs rie la loi prenant la parole, lui «lircnliMaîlre.vous :«vez fort bien riit. Ces docteurs parlaient ainsi, parce qu'étant pharisiens, ils croyaient et soutenaient la résurrection hautement contre l'erreur manifeste ries saducéens, qui n'étaient que des impies. Depuis celle réponse , personne rie ceux ci n'osa faire rie questions. Pour ce qui est du peuple, ii était dans l'admiration rie ses paroles et rie sa doctrine (Matth., XXII, 23-35 ; Marc, XII, 18 27; Lue, XX. 27-40).
Il ferme lu bouche aux pharisiens.
Les pharisiens ayant appris que Jésus-Christ avait, par sa réponse, imposé silence aux saducéens, en furent ravis, car ils haïssaient mortellement, ces seetaires et avec beaucoup de raison. Néanmoins ils complotèrent ensemble , et étant venus le trouver, car il se tenait toujours dans le temple , l'un d'entre eux, qui était docteur de la loi, lui fil celte demande , voulant le tenter : Maître, quel est le grand commandement de la foi ? Jésus lui répondit : Vous aimerez le Seigneur lotre Dieu de tout votre camr , de toute votre âme et de tout votre esprit. Cesl là le plus grand et le premier des commandements. Le second est semblable à celui-là : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements. Or le Fils de Dieu , après celte réponse , voyant que les pharisiens étaient assemblés , leur lit cette demande belle et importante louchant le Messie : Que vous semble du Christ , leur dit-il ? De qui estil fils? Ils lui répondirent : de David. Et il leur dit : Comment donc David ( Psal. CIX, \ ) C appelle- lit en esprit son Seigneur, par ces paroles: Le Seigneur a dit à mon Seigneur, assegez-vous à ma droite , jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à être votre marchepied? Si doue David l'apoelle son Seigneur , comment est-il son (ds? Personnelle put luirépondre unesenle parole, et depnhee jour-là uni n'osa plus lui faire de <inestions(Muith.% XXII , 5i-45; Marc, XII, 28-37 ; Luc , XX, 41-44).
Ces paroles, le Seigneur a dit à mon Seigneur, « Dixil Domtnus Domino m«?o,»etc.,sont liréesriu psaume CfX, Or si ce psaume est rie David , comme il l'est effectivement , sejon le titre et selon qu'on le croyait riu temps rie Jésus-Christ ; car les pharisiens n'osèrent
conséquent que le Christ n'était point son fils. D'où il laissait à conclure qu'il était vrai Fils de Dieu, qui le fait asseoir à sa droite et qui lui dit dans ce même psaume, qu'il l'a engendré rie son sein avant la création de l'aurore, c'est-à-dire avant tous les siècles et dès l'éternité.
C'est là l';irlicle le plus important rie la foi ries chrétiens, que Jésus-Christ, leur divin Maître , a si bien établi, non-seulement en Cet endroit, mais encore dans lotit son Evangile par tant de prodiges. N'est-ce pas cet article quesaini Pierre confessa, quand il dit à Jésus ( Matth., XVI , IG ) : Vous êtes le Christ, Fils do Dieu vivant : Tu es Christus, Filins Dei vivi. Ce fut cette divine confession que Jésus lui même releva si fort, et pour laquelle ri (il saint Pierre prince de son Eglise. Mais les démons, oui les démons, accablés du poids de son brus el rie sa puissance divine qui les tourmentait en les chassant , n'ont-il pas dit : Jésus , Fils du Dieu Très-Haut, Jcsn,fili Dei Allissimi (Marc, Y, 7), ne nous tourmentez point. Ils l'ont rionc reconnu pour Fris rie Dieu : nous le voyons par plusieurs enriroits des saints Evangiles. Mais Dieu lui-même ne l'a-l-il pas déclaré solennellement au baptême et à la transfiguration , en «lisant : CVst ici mon Fils bienaimé, dans lequel j'ai mis toutes mes complaisances: Die est films meus dileclns , in quo mihi complacui (Matth., 111,17; Lmc,IX,35). Enfin il est reconnu Fils de Dieu, ayant, comme dit saint Paul (Philip., Il, G- 11), la forme et la nature rie Dieu el étant égal à Dieu, œqnalis Deo ; car il n'a point usurpé celle égalité. Le ciel , la terre et l'enfer le reconnaissent pour tel , puisqu'on son nom l'on y fléchit le genou . selon le même apôtre. Et nonobstant tout cela , peut-être y at-il aujourd'hui des hommes qui ne von lent point !e reconnaître et qui «lisent en eux-mêmes : Non, il n'est pas Fris de Dieu. Mais s'il y en a, ce sont des corrompus et ries insensés, semblables à ceux qui disent dans leur cœur : Non est Deus, Il n'y a point de Dieu (Psal. XIII, i).
Les pharisiens sont fortement repris.
J'ai déjà remarqué que le corps ries pharisiens avait un grand crédit chez les Juifs cl surtout parmi le peuple , parce qu'outre qu'il était très-nombreux, il avait encore, pour ainsi «lire, la clef rie la science; car c'était rie ce corps qu'on tirait tous les docteurs de la loi el les interprètes «les livres sacrés. Aussi fautil dire à leur louange que , hors quelques mauvaise? trarii mus «|u*ils avaient et pour lesquelles ils marquaient trop «l'entêtement, \U étaient les dépositaire* de la véritable doctrine. Car enfin les sariucéens, depuis deux ou trois siècles , avaient introduit dans la religion judaïque «les erreurs dangereuses qui l'auraient corrompue si les pharisiens ne s'y étaient forie-
pasdire le contraire, ces paroles par conséquent sont ment opposés. Du reste, c'étaient ries hommes orgueil aussi rie David. Comment donc ce grand roi, en parlant du Messie, a-t-il pu dire : Le Seigneur, le Dieu
éternel a dit à mou Seigneur, qui est mon fils, le Mes- De là procédait la haine qu'ils avaient contre Jésus-
6ie, Asseyez-vous à ma droite ? Jésus avait raison de Christ et qu'ils avaient fait paraître à saint Jean Bap-
dire que David n'avait pu parler rie la sorte; cl par liste , ne souffrant qu'avec une peine extrême qu'i'f
leux, hypocrites, superstitieux en beaucoup de choses, et surtout jaloux de leur crédit et de leur autorite.
1301 PaII la romaine e
fussent suivis, et, pour ainsi dire, adorés du peuple.
Le Fils de Dieu qui les connaissait jusqu'au fond de Pâme et qui savait que c'étaient eux qui conspiraient ouvertement à le (Vire mourir , voulut les faire conn ire S'adressani donc au peuple et à ses disciples, il leur dit : Les docteurs de la loi el les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse; c'est qu'ils étaient les iuter prèies publics de la loi de Moïse el des Ecritures , dans les synagogues et dans les écoles. Observez doncel fa les tout ce qu'ils vous diront , mais ne réglez pas vos actions sur leurs œuvres, car ils dis ni bien, mais ils ne font pas. Ils font des fardeaux pesants el qui sonl trèsdifficiles à porter , el les mettent sur les épaules des hommes, ils aiment à se promener avec de grandesrobes, < volunt ambulare in stolis (Luc, XX, -46). » Ils portent des phylactères plus larges que les autres. « dilatant phylacteria sua; > el ont des franges plus longues, t el magnificunt fimbrias (Malth., XXIII, 5). > Ces paroles oui besoin d'interprétation, car sans cela on ne les saurait entendre.
Les Juifs, instruits depuis longtemps par les pharisiens, croyaient êire obligés par la loi de M»ïse à poster sur le front et sur le bras gauche , qui est le plus près do cœur, quelque marque ou mémorial qui les fît souvenir des grands commandements de la loi, el principalement de celui qui ordonne de ne croire qu'un Dieu, et de l'aimer de tout son cœur cl de toute son âme. Comme la loi, an livre du D; utéronome , çliap. VI, v. 8, semblait effectivement les obliger à porter celle marqué rémémoralive, ils avaient trouvé l'invention de faire île petite-; bandes de parchemin pour mettre sur le front et sur le bras, selon qu'il était porté d'ans la loi. Ils écrivaient sur ces bandes de par» chemin certains endroits des livres de Moïse, à savoir de l'Exode et du Deuléronomc. Le premier endroit était pris du chap. XIII de l'élxode, depuis le v. 3 jusqu'au IIe. Le deuxième était tiré du même chap. depuis le v. 1 1 jusqu'au 19*. Le troisième ?e prenait du chap. VI du Dculéronome, depuis le v. 5 jusqu'au 10e. El enfin le quatrième était extrait du chap. XI du même livre, depuis le v. 13 jusqu'au 2-2». On mettait ces bandes ainsi édites dans du cuir noir, qui avait des cordons ou lacets ; el les Juifs, les jours de fête, durant les prières du malin, portaient dans leurs synagogues ces bandes attachées au front et à la main gauche, pour se ressouvenir des principaux commandements du Seigneur et des grâces qu'il leur avait faites en les délivrant de l*E»yple. Connue donc ces bandes de parchemin aidaient à conserver en eux le souvenir de ces choses ; ou les appelait eu grec $>v).ee- KT-z-ata, phylacteria, quasi, conservatoria tegis, parce qu'ils prétendaient que ces phylactères , car on peut les nommer ainsi, puisque nous n'avons point d'autre mot , conservaient la loi de Dieu dans leur cœur et dans leur mémoire.
Les Juifs d'aujourd'hui, qui sont tous Iraditionnaires, portent encore ces phylactères, qu'ils regardent même comme des préservatifs qui les défendent de l'imtnçssîon des démons. Ils les appellent communément
r la judaïque. noi
tepliillin, parce qu'ils leur servent dans leurs prières; mais dans le texte hébreu de l'Ecriture , ils sont nommés loiaphoth , qui est un nom dont les Juifs eux-mêmes ne savent pas aujourd'hui la signification véritable , non plus que de beaucoup d'autres. Les Juifs ont toujours prétendu , el Josèpbe est de leur sentiment , que ces phylactères étaient commandés dans la loi , et quelques Pères de l'Eglise en sont tombés d'accord ; mais il y en a d'autres qui n'eu conviennent pas ; et, selon leur opinion, l'on pourrait croire que ce serait les phari-icns.qui auraient, introduit cet usage en suivant trop à la lettre le chap. VI du Dculéronome. Pour ce qui est des franges , il est constant que les Juifs en portaient, du moins à leurs manteaux. Voici le commandement que le Seigneur leur en a fait parla bouche de Moïse: Parlez aux enfant» d'Israël, el d'îles leur qu'ils mettent des franges, t Fimbrias, » gr , xfàîTrîca, au bord de leurs manteaux, et qu'ils y joignent de petits filets onde petits cordons dï couleur d'hyacinthe, c'est- à dire de bleu céleste ( Nnm. . XV, 58). Dans le Deu éronome , il leur ordonne de mettre ces filets ou petits cordons dans les quatre coins du manteau : Funiculos in fimbnis faciès per quatuor angnlos patin lui (Deuter., WWA'i).
Les pharisiens, parle moyen deces cordons d'hyacinthe,qui. du temps de saint Justin martyr, semblent avoir été d'écarlatc, attachaient peut être ces mômes bandes de parchemin dont je viens de parler, aux franges de leurs manteaux , pré'endanl encore que cela l'-ur était commande dans la loi au chap. XV du livre des Nombres : ee qui n'est pas sans difficulté. Ces bandes écrites qu'on attachait aux franges s'appelaient Zizith en hébreu , parce que la frange est nommée ainsi ; elles s'appelaient aussi Gédiiim , qui est le nom qu'on donne aux cordons. 11 est certain que les Juifs et même 1<>s Galiléens portaient cette frange, puisque Jésus-Christ loi-même en avait à son manteau , comme on le voit par plusieurs endroits de l'Evangile (Malth., IX, 14 ; Luc, VIII, cl ailleurs); car on ne cherchait seulement qu'à la toucher poinr êlre guéri de ses infirmités. Pour revenir aux pharisiens, comme ils voulaient qu'on les crût plus grands observateurs de la loi que les autres, ils portaient, par nue vaine ostentation, des phylactères plus larges el des franges plus longues ; et c'est de quoi Jésus-Christ les reprend, sans pourtant condamner l'usage de l'un el de l'autre.
Il d'il ensuite , en parlant de ces hommes orgueilleux : Ils aiment les premières places dans les festins, et les premières chaires dans les synagogues. Ils veulent être salués dans les places vubliques el être appelés maîtres par les hommes. Mais vous autres , ne désirez point d'être appelés maîtres; car vous n'avez qu'un seul maître, qui est le Christ (comme porte le grec), et vous êtes tous frères. N'appelez personne sur la terre votre père , car vous n'avez qu'un Pire , qui est dans le ciel Et ne cherchez point d'être apt dés docteurs ; car voa.i n'en avez qu'un, qui est le Chriit. Quand Jésus-Christ dit ceci, Nofitg} c'est-à-dire proprement : Ne cher-
clicz et n'ambitionnez point la qualité de maître ou de docteur, e*, ne vous enflez point de ce litre, comme l'ont les pharisiens ; car il n'y a qu'un seul «naître de la vérité , qui est Jésus Christ : comme il n'y a proprement qu'un seul et véritable père , et c'esi ce Père céleste, qui est l'auteur de la vie; la source et le principe de toute paternité, soit dans le ciel, soit sur la terre, comme porte l'Apôtre (£u//<.'s., III, 15).
Le Sauveur continue à instruire là-dessus ses disciples en disant : Celui qni est le plus grand parmi vous, iera le serviteur des autres. Car quiconque s'élèvera sera abaissé , et quiconque s'abaissera sera élevé. Mais malheur à vous, docteurs de la loi et pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le royaume du ciel ; car vous n'y entrez point vous-mêmes, et vous n'en permettez pas Cenliée à ceux qui le voudraient. C'est comme s'il disait : Vous vous opposez à mes miracles et à ma doctrine ; et vous empêchez qu'on la suive; et cependant c'est par elle qu'on entre dans le royaume d'J ciel. Ainsi vous n'y parvenez point, et vous eu fermez aux autres l'entrée. Maiheur à vous, docteurs delà loi et pharisiens hypocrites, qui mangez les maisons des veuves, sous prétexte de vos longues prières ; c'est pour cela que vous recevrez une plus grande condamnation. Car ces hypocrites liraient des Veuves leurs biens et leur substance ; c'est qu'elles les croyaient pJus saints que les autres, à cause des longues prières qu'ils affectaient de faire, même à la vue du monde.
Malheur à vous, docteurs de la loi et pharisiens hypocrites, qui courez la mer et la terre pour faire un prosélyte ; et quand vous l'avez fuit, vous le rendez deux fois plus que vous enfant de l'enfer. Comment cela? C'est parce que ces prosélytes, qui, étant gentils, avaient embrassé la religion des Juifs , avaient ordinairement tant d'ardeur pour le judaïsme , que c'étaient ceux qui s'opi/osaient le plus fortement à la doctrine de Jésus-Christ. El comme ils persécutaient plus vivement ceux qui l'embrassaient, ils devenaient deux fois plus que leurs maîtres enfants de l'enfer. Souvent aussi ces gentils convertis, se voyant chargés de toutes les cérémonies ou traditions pharisaïques, et ne pouvant les ob-erver, retournaient à leur premier culte et à l'idolâtrie,, et ainsi se rendaient doublement cnf.ints de l'enfer. Malheur à vous, conducteurs aveugles, qui dites : Quiconque jure par le temple n'est obligé à rien ; mais quiconque jure par l'or du temple doit tenir son serment. Insensés et aveugles que vous êtes, lequel est le plus grand : l'or, ou le temple qui sanctifie l'or? Et quiconque jure par Cautel n'est tenu à rien ; mais quiconque jure par le don qui est sur l'autel, son serment l'oblige. Aveugles que vous êtes , lequel est le plus grand: ou le don, ou l'autel qui sanctifie le don? Celui donc qui jure par l'autel, jure par l'autel et par (cul ce qui est dessus ; et celui qui jure pur le temple, jure par le temple et par celui qui y habite ; et celui qui jure par le ciel , jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis.
Jé^us-Clnist continue à reprendre fortement ces Rôinmçs hypocrites et superstitieux qui, en beaucoup
CONFIRMATION DE L'IHSTOIRE ËVANGÊLïQUE
de choses, trompaient les peuples et séduisaient ceux qui les écoutaient comme des oracles. Malheur à vous, docteurs de la loi et pharisiens hypocrites, qui payez lu dîme de la menthe, de fanelh et du cumin, pendant que vous négligez ce qui est le plus important dans la lui, savoir : la justice, la miséricorde et la foi. C'étaient là les choses qu'il fallait pratiquer sans omettre les autres. Conducteurs aveugles , qui faites passer ce que vous buvez , de peur d'avaler un moucheron et qui avalez un chameau; c'est à dire , qui prenez garde aux petites choses, et qui négligez les grandes. Malheur à vous, docteurs de la loi et pharisiens hypocrites , qui netioyz le dehors de la coupe et du plat , et qui au dedans êtxi pleins de rapine et d'impuretés. Pharisiens aveugles, nettoyez premièrement le dedans de la coupe et du plat, et après vous en nettoierez le dehors. Malheur à vous, docteurs de la loi et pharisiens hypocrites, qui êies semblables à des sépulcres blanchis, dont les dehors parais* sent beaux aux yeux des hommes, et qui au dedans sont pleins d'ossements de morts, et de toute sorte de pourriture. De même au dehors vous paraissez justes aux yeux des hommes ; mais au dedans vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité.
Malheur à vous , docteurs de la loi et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes et ornez les monuments des justes, et qui dites : Si nous eussions vécu du temps de nos pères, nous ne nous fussions pas comme eux rendus coupables du sang des prophètes. Ainsi vous reconnaissez par votre propre témoignage que vous êles les enfants de ceux qui ont fait mourir les prophètes. Achevez donc aussi de combler la mesure de vos pères. Serpents , race de vipères, comment éviter ezvous d'être condamnés au feu de l'enfer ? C'est pourquoi je m'en vais vous envoyer des prophètes , des sages et des docteurs ; vous ferez mourir les uns , vous crucifierez tes autres ; vous en ferez fouetter d'autres dans vos synagogues ; el vous les persécuterez de ville en ville ; afin que tout lesanq innocent, qui a été répandu sur la terre, retombe sur vous; depuis le sang du juste Abel jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie , que vous avez tué entre le temple et l'autel. Je vous dis en vérité que tout cela retombera sur cette race qui est aujourd'hui. Jérusalem , Jérusalem , qui faites mourir les prophètes , el qui lapidez ceux qui vous ont été envoyés ; combien de fois ai-je voulu rassembler vos enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu? Le temps va venir que vos maisons seront toutes désertes. Car je vous déclare que vous ne me verrez plus désormais , jusqu'à, ce que vous disiez : Déni soit celui qui vient au nom du Seigneur ( Malth. , XXili. 1-59 ; Marc, XII, 58 40 ; Luc, XX, 4G-47).
Plusieurs interprètes croient que, par ces dernières paroles : Vous ne me verrez plus désormais, etc., Jésus-Christ marque , quoique obscurément, la c«n« version des Juifs vers la fin du monde. Car ceux à qui il fera celte miséricorde, diront , à son second avènement, en voyant leur Messie et leur Sauveur venir juger les hommes au nomade son Père : Céru soit celui qui vient au nom du Seigneur.
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PAR LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE
Après tous ces discours et loulcs ces instructions, qui charmaient les peuples qui ne pouvaient >e .asscr de l'entendre, il s'assit une fois vis-à vis du tronc, contra gazophylacium. De là il prenait gayile à l'argent que chacun y mettait, et voyait que plusieurs riches en jetaient beaucoup. Ce tronc était un grand coffre de bois en forme d'arche, où il y avait une ouverture pour y jeter de l'argent. 11 y en a qui croient qu'il était du côté de l'Orient, dans le parvis intérieur, ou dans le parvis des Israélites. Ayant considéré ces riches qui avaient jeté leur aumône, il vil ensuite une pauvre veuve qui y mit seulement environ deux liards. Sur cela Jésus -Christ assemblant ses disciples, leur dit ces paroles si consolantes pour ceux qui, ayant le cœur plein de charité, ne sont pas en état de faire-de grandes aumônes : Je vous dis en vérité que celte pauvre veuve a plus donné que tous ceux qui ont mis dans le tronc. Car tous les autres ont nus des biens dont ils abondaient; mais celle-ci a donné de sa pauvre'é même tout ce qu'elle avait pour l'aider à vivre ('If arc, XII, 41 41; Luc, XXI, \-\ ).
Jeans est glorifié par une voix du ciel.
Ce jour-là , pendant que Jésus-Christ était encore dans le parvis du temple , il y eut quelques gentils, du nombre de ceux qui étaient venus à Jérusalem pour y adorer Dieu au jour de la fêle de Pàque , qui souhaitaient voir Jés is-Christ. Ces gentils, qui, dans l'original sont appelés ftfcptf , étaient apparemment des Grecs de Syrie ou de Phénicie : ils n'étaient ni Juifs, ni prosélytes. Celaient des hommes qui , ayant dans le cœur quelque semence de piété, et qui n'adorant plus les idoles, croyaient qwe le Dieu reconnu par les Juifs était le Dieu véritable. Ils l'honoraient donc dans leur cœu-, et venaient quelquefois à Jérusalem pour l'adorer et pour lui rendre leurs vœux par des prières, par des aumônes et par des holocaustes ; car ce genre de sacrifice leur était permis. Tels étaient l'eunuque de Cindace, Corneille !e cenlenier, qui était à Césarée, le cenlenier de Capharnaum et ces Grecs ou gentils «psi craignaient Dieu, cESàfxsvot eUtqvés , genliles Deum colentes , dont il est parlé aux Actes des apôtres (XVII, 4).
Or, ces gentils , quelque piété qu'ils eussent , ne pouvaient entrer dans le parvis intérieur, ou des Israélites; ainsi ils restaient dans un parvis extérieur, qu'on appelait le parvis des gentils. Il y a donc apparence que Jésus était abus dans le parvis intérieur, •.mis pie ces pieux gentils s'adressèrent à saint Philippe , le priant de leur faire voir le Seigneur. Cet apôtre le dit à saint André , et tous deux le dirent à Jésus-Christ. Voici ce qu'il leur répondit : t L'heure est venue que le Fils de l'homme va être glorifié, Vetiil hora. ut clarificclur Filius hominis (Jean, XII, 25). En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de froment, après avoir été jeté en terre, ne meurt, il demeure seul; mais quand il y est mort, il apporte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie, la perdra; mais celui qui bail sa vie en ce monde , la conserve gQuf la vie éicrncHe. Si quelqu'un me sert, qu'il me
suive, et où je serai, là sera aussi mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. >Jésus-Christ, après avoir prononcé ces paroles, ajouta celles-ci : Maintenant mon âme est troublée. Et que iiirai je, < el quid dicam ? > Mon Père , délivrez-moi de cette heure, t salviftca me ex hac hora : i mais c'est pour cela que je suis venu en celle heure (ib'id , 27).
Le Fils de Dieu en prononçant ces paroles se sent troublé intérieurement par une vive appréhension de la mort, dont il se voyait proche?, car trois jours après il fut livré par ses ennemis. Il savait qu'elle devait être honteuse el cruelle , et qu'il allait porter tout le poids de la colère de son Père , parce qu'il l'avait chargé de nos crimes. Il aurait bien voulu, selon l'homme, c'est-à-dire , selon l'infirmité de la nature humaine, dont il s'était revêtu, être délivré de ce!te heure, qui n'était pas. éloignée, et dans laquelle il allait tant souffrir. Dans le mouvement de cette vive crainte, qu'il pouvait néanmoins empêcher , il laisse aller ces paroles : Que dirai je à mon Père, quid dicam? Lui dirai-jc qu'il me délivre des horreurs de cette heure ? Voilà les paroles de l'infirmité humaine , que le Sauveur laisse exprès aller , pour montrer qu'hormis le péché, il était homme comme nous, et qu'il allait être tenté comme nonsjenlatus per omnia pro simil'uudinr, absque peccato (Ilébr., IV, 15). D'un autre rôle, sachant bien qu'il fallait accomplir jusqu'au bout la volonté de son Père, qui le destinait à la mort et qui en avait marqué l'heure , il s'y soumet entièrement , et dit : Mais pourquoi demanderais-je d'ôire délivré de la mort, puisque c'est pour l'endurer dans toute sa rigueur que je suis ve; u à Jérusalem , et que je suis presque arrivé à l'heure où je la dois souffrir. Au reste, c'est sur ces marques de l'infirmité humaine que saint Paul [Jbid., II. 17, 18) dit en parlant de Jésus- Christ : Il a fallu qu'il fût en tout semblable à ses frères pour être envers Dieu un pontife compatissant. Car ayant été ten'ê et ayant souffert, il est disposé, dans (es mêmes choses, à secourir ceux qui sont tentés comme lui.
Or après cette soumission parfaite à la volonté du Père cèle te, Je us dit : Mon Père, glorifiez votre nom. Alors cette voix vint du ciel : Je l'ai déjà glorifié, et je le glorifierai encore. Le peuple qui était /à, el qui l'entendit , disait que c était un coup de tonnerre. D'autres disaient : C'est un ange qui lui a parlé. Mais Jésus, prenant In parole , dit : Celle voix n'est pas venue pour moi, mais pour vous. C'est maintenant qiCon va voir le jugement du monde : c'est-à-dire .e jugement par lequel le prince des ténèbres va être dépossédé de l'empire qu'il avait usurpé sur le monde. C'est maintenant que le prince du monde va être chassé dehors, i nunc priuceps hujus mundi ejicietur foras. »
Jésus-Christ a fait cela par la vertu de sa croix et de ses souffrances. Il a, comme parle l'Apôtre (Coloss., II, 14, 15), effacé la cédille obligatoire qui nous était contraire, et l'a entièrement abolie en l'attachant à sa croix. El ayant désarmé les principautés el les puissances, il les a menées comme en triomphe à la face de tout le monde. Le Sauveur ajoute : Quand on m'uiL
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ra élevé d la terre, je tirerai tviit à moi. Or il disait Unquetur hic lapis super lapident , qui non destruatur.
Voilà une terrible prophète contre ce sanctuairo du Seigneur, dont on vit néanmoins l'accomplissement environ quarante ans après , sous l'empire de Vespa-
cela pour marquer de quelle mort il devait mourir. Le peuple lui répondit : Nous avons appris de la loi que le Christ demeurera éternellement. Comment donc ditesvous qu'il faut que le Fils de l'homme soit élevé en haut? Qui est ce Fils de l'homme? Jésus leur répondit : Il y a encore en vous un peu de lumière; marchez pendant que vous avez la lumière , de peur que les ténèbres ne vous surprennent. Celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière , afin que vous soyez enfants de lumière (Jean, XII, 20-56). Jésus dit touics ces choses , puis il s'en alla et se c;icha d'eux.
Après tout cela, saint Jean l'évangéliste ajoute en parlant de Jésus-Christ : Mais quoiqu'il eût fait de si grands miracles parmi eux , ils ne croyaient point en lui, i non credebanl in eum, » afin que la parole d'haïe (VI, 1-4) fût accomplie, par laquelle il avait dit : Seigneur , qui est celui qui a cru à ce qu'il a entendu de nous? et le bras du Seigneur, à qui a-l-il été révélé? C'est pour cela qu'ils ne pouvaient croire, parce qu'Isuïe a dit encore : Il a aveuglé leurs yeux , et il a endurci leur cœur , île peur qu'ils ne voient des yeux et qu'ils ne comprennent du cœur, et que, se convertissant, je ne les (juérisse. Jsaïe a dit ces choses, quand il a vu sa gloire, i quando vidit gloriam ejus, > c'est à-dire la gloire de Dieu , et qu'il a parlé de lui. L'cvnngéii te enlend parler de celle admirable vision qu'eut I-aïe l'année de la mort du roi Ozias, par laquelle il vit dans le temple la gloire du Seigneur , et entendit les séraphins qui chantaient l'un à l'autre : Sanctns , Saint, Siiint, Saint est le Seigneur , le Dieu des armées; tonte la terre est pleine de sa gloire. C'e>t-là ce que l'évangélis'e appelle la gloire de Dieu. Après quoi, venant à parler de l'étrange incrédulité dos Juifs, qui ne crurent point à Jésus-Christ après tant de miracles, il dit : Néanmoins plusieurs même des principaux, t et ex principibus mnlli, > crurent en lui ; mais ils n'osaient le confesser publiquement, à cause des pharisiens , de peur d'être chassés de la synagogue. Car ils ont plus ni' nié la gloire des hommes que la gloire de Dieu (Jean, XII, 57-45).
Le Fils de Dieu prédit la ruine du temple. Sur le soir du mardi qui précédait la passion , Jé- SMS-ChrisUoriit du temple de Jérusalem, où, ce jourlà, il avait dit et fait tant de choses. Comme il se retirait de <•(» lieu saint, dans lequel il ne piocha plus jamais, parce que sa tin était proche, et «pie les Juifs ne cherchaient qu'à le perdre, ses disciples vinrent à lui, et faisant remarquer la beauté et. la grandeur de ce temple auguste , qui était d'une admirable structure, quelqu'un d'entre eux lui dit : Maître , regardez quelles pierres cl quels bâtiments , quales lapides et qnales structura:! Et sur ce que quelques autres ajoutèrent que ce temple était bâti de belles pisrres et orné de dons précieux et magnifiques, Jésus leur répondit aux uns et aux autres : Vous voyez tous ces bâtiments : je vous dis en vérité qu'il ne restera pas k'i pierre sur pierre, qui ne soit détruite : Non rt-
sien. On n'en pouvait assez admirer la magnificence et la structure; car il éiait au-dessus de tout ce qu'on en peut dire , de l'aveu môme de Jo^èphe , historien de< Juifs (Antiq.. lib. XV. cap, 14). Ainsi les apôtres avaient raison dVn montrer les pierres, comme par une espère d'étouncmnil. Car outre leur dureté et leur blancheur, qui paraissait singulière, elles étaient longues de vingt-cinq coudées , hautes de huit et larges de douze. Ces masses de pierres entassées les unes sur les autres, liées et cimentées ensemble avec le plomb et le fer. devaient, ce semble, durer éternellement. Cependant elles furent tellement renversées par la fureur et l'acharnement des soldats romains, qu'environ quatre vingt-dix ans après, Tinnuis Rufus, gouverneur de la JmJée, sous le règne d'Adrien, fil, par ordre de ce prince , passer la clmrrue sur le lieu où avait été le temple de Dieu. C'est ce que nous apprend Bain! Jérôme dans ses Commentaires sur lu chapitre VIII du prophète Zicharie , quand il dit : Aratum lemplum in ignominiam genlis oppressœ (Smihedrin., cap. 7 ). Et les Juifs eux-mêmes, dans leurs propres livres, sont les témoins de celle vérité.
Ensuite de celle prophétie, Jésus-Christ sortit de la ville et se retira sur la montagne des Oliviers. Quand il y fut assis, vis à vis du temple, car on le voyait tout à découvert de cette montagne, ses disciples b* vinrent trouver. Alors Pierre, Jacques, Jean et André , étant auprès de lui , lui demandèrent en particulier: Dites nous quand ces choses arriveront, i Die nobis, quando is'.a fient , » et quel signe il y aura lorsqu'elles commenceront à s'accomplir ? c'est Saint Marc qui les lait parler de la sorte. Mais, selon saint Matthieu , voici la demande qu'ils (irent au Seigneur : Dites-nous quand tout cela arrivera et quel signe il y aura de votre avéfiewent et de la fin du monde , « etquod signum advenlus lui et consummaiionis seculi. » Jésus leur répondit]: Prenez garde que personne ne tous trompe; car plusieurs viendront en mon nom, disant : C'est moi qui suis le Christ ; et ils séduiront plusieurs. Vous entendrez ausy:i parler de guerres et de bruits de guerres , mais donnez-vous lien de garde de vous laisser troubler ; car il faut que ces choses arrivent , mais ce n'est pas là la fin ; car un peuple se soulèvera contre un peuple , et un royaume contre un royaume ; et il y aura en divers lieux des pestes, des famines et des tremblements déterre. Mais ce ne sont là que les commencements des douleurs : c'est-à-dire ce ne sont là que les commencements des misères, des afflictions et des calamités qu'on sentira avant la ruine de Jérusalem cl de son temple. I On n'a qu'à lire Thibloire judaïque dans Josèphe (Libb. de Bell, jud.) et la romaine dans Tacite (In Annal.) et ailleurs (Euseb. in Chron.) , pour vérifier l'accomplissement de toutes ces choses, qui ont pré< e\lé le renversement de la ville sainte. On verra dans leurs livres des soulèvements de peuples, de nations
PAR LÀ ROMAINE ET LA JUDAÏQUE
et de royaumes les uns contre les autres , non-seulement dans la Palestine et dans la Syrie, mais encore dans l'empire et dans Rome même. On v trouvera des pestes furieuses , des famines longues et désolantes , et d'horribles tremblements de terre, qui uni donné des secousses aux provinces et qui oui renversé d»'S villes lont entières.
Après lous ces prodiges que le Fils de Dieu vient 'de marquer, il prédît à ses disciples tomes les persécutions (prou leur devait faire, sosl parmi les Juifs, soit parmi les gentils, quand il> publieraient l'Evanpi!e. Alors, dit-il, on vous livrera aux tourmenta: on vous fera mourir ; et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom. En ce temps-là plusieurs seront scandalisés ; il veut dire qu'ils tomberont en abandonnant la foi : ils se trahiront mutuellement ; et ils auront de la haine tes uns pour les autres. Plusieurs faux prophètes s'élèveront alors et séduiront beaucoup de monde. Et parce que l'iniquité abondera, la charité de plusieurs souffrira du refroidissement Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin, sera sauvé : c'est à dire, Celui tju. tiendra ferme dans la foi, par une patience forte et persévérante , sauvera son âme. El cet Evangile du royaume, il entend du royaume de Dieu, sera prêché par tonte In terre, pour servir de témoignage à toutes Us nations. Et alors arrivera la consommation(Mallh., XXIV, 1-14; Marc, XIII, i 13; Luc, XXI, 5 19).
Par ces paroles : alors arrivera la consommation , t et lune véniel consummalio , t saint Jérôme entend la consommation de toutes choses el la fin des siècles. Mais saint llilaire el saint Chrysoslomc les expliquent de la désolation (le Jérusalem ; et cette interp dation me parait ici la plus vraisemblable. Car saint Augustin (Episl. 80 ad Ilesych.) montre fort bien que le Fils de Dieu, après avoir donné à ses disciples des avertissements généraux , répond , jusqu'au v. 25 de sainl Matthieu, à la première demande qu'ils lui avaient faite, louchant la destruction et le renversement de Jérusalem. En effet , Jésus-Christ ne d'il rien, dans tout ce discours, qui ne soit arrivé du temps des affaires et avanl la mort de saint Pierre et de saint Paul, laquelle a piécédéde quelques années la ruine des Juifs. Car pour ce qui est de ces paroles du Seigneur : Cet Evangile du royaume sera prêché par toute la terre, i Prad cabitur hoc Evangelium regni in universo orbe , > elles oui aussi eu leur accomplissement avanl la désolation de Jérusalem. Sainl Paul ne dit-il pas , en écrivant aux Colossicns (1 , 5 , G) , que la vérité de l'Evangile était parvenue jusqu'à eux, Comme elle était répandue dans tout le inonde, sicuiei in univoso mundo est (Rom. ,1,8). D'ailleurs combien n'y oui il pas de faux Christs parmi les Juifs , el de faux prophètes parmi les chrétiens, avant le renversement de la ville sainte ? Combien de persécutions ne lil-on pas de toutes parts à ceux qui prêchaient l'Evangile du royaume de Jésus-Christ , et qui annonçaient une loi nouvelle ? Tout ceci eut donc son accomplissement avanl la destruction de la loi ancienne, qui fut comme cnseveiie sous *es ruines de Jérusalem.
Le Seigneur continue son discours touchant le renversement de cette ville, el dit à ses disciples : Quant donc vous verrez, ubominationem desolat'wnis, que l'ubominaiion de la désolation , qui a été prédite par le prophète Daniel (IX , 27) , sera dans le lieu suinl ; que celui qui lit , comprenne ce qu'il lit. Par l'abondu itiou «le la désolation , Jésus U»ri>l, selon quelques interprètes, entend les troupes romaines qui désolèrent Jérusalem , el qui étaient en horreur et en abomination aux Juifs, surtout à cause de leurs enseignes, qui portaient l'image des Césars, el qu'on adorait même dans le camp, jusqu'à sacrifier devant cl.es. Les aunes veulent qu'il en ende par ces paroles l'horrible profanation que ceux d'entre les Juifs qu'où appelait les zélés, liicut dans le temple, ou dans le lieu saint; car ils y commirent tant de meurtres, de carnage et d'impiété, que l'on peut dire que c'était una abomination véritable, qui attira la colère du ciel, et qui fut eau e de la désolation entière de ce lieu sacré. Celte désolation fui si grande et si épouvantable, que Josèphe, qui était au siège de Jérusalem , o>e bien dire (Lib. Y ttell. jud. , cap. ul>.) , ou que la terre se sérail ouverte pour abîmer celte ville malheureuse, si les Romains eussent différé de la punir par les armes , ou qu'elle aurait péri par un déluge , ou enfin qu'elle aurait été consumée , comme Sodomc , par le feii du ciel. La profanation de ces impies pourrail donc être prise pour l'abomination de la désolation , qui était dans le lieu saint , el dont Daniel avait fait mention dans ses prophéties.
Néanmoins, de la manièic que parle salut Luc , il semble donner à connaître (pic ces paroles doivent s'entendre de l'armée de-. Romains. Car au lieu que sainl Matthieu écrit : Quand donc vous verrez que l'abominaliun de la désolation sera dans le lieu saint , saint Luc dit : Quand dune vous verrez qu'une armée environnera Jérusalem, « Cum aulem videritis eircninduri ab exercitu Jérusalem, sache» qu'alors sa désolation sera proche. En ce temps-là , que ceux qui seront dans la Judée s enfuient aux montagnes; que ceux qui seront dans la ville en sortent promplemenl ; el que ceux qui se trouveront à la campagne ne rentrent point en elle ; car ce seront alors les jours de la vengeance, i quia dies uliionis ht sunt ; » afin que tout ce qui est marqué dans les Ecritures ait son accomplissement. Ce son» là les paroles ou plutôt les prédictions de Jésus-Christ louchant la ruine de la Judée et de Jérusalem. Malheur, dit-il encore , « celles qui seront grosses en ces jours-là , ou qui nourriront des enfants ; car il y aura un accablement de maux sur cette terre, et la co- 1ère sera sur ce peuple. Ils passeront par le fil de ïépée ; ils seront menés captifs dans toutes les nations ; el Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils, jusqu'à ce que les temps des nations se trouvent accomplis (Malin., XXIV, 15-22; i!/</rc,Xlll, 14 20; Luc, XXI, 20 21). Les temps des nations , temporu nationum , dont parle ici saint Luc, ne se trouveront accomp is qu'à la fin du monde, puisque, dans tous les siècles, c'està-dire dans les futurs comme dans les passés , te*
nations ne cesseront d'entrer dans l'Eglise et de recevoir la foi du Sauveur. Il est donc vrai , scion celle divine prophétie , que les Juifs ne rentreront jamais dans la possession de leur ville cl de leur temple. Ce qui a fait dire au grand Origène (Contra Cclsum.) : Confidenlcr dicimus eos nunquam esse restiluendos : Nous disons avec assurance qu'ils ne seront jaunis rétablis. Voilà en effet plus de seize cents ans que Jérusalem est foulée aux pieds par les gentils et par tontes sortes de nations barbares et profanes ; les Juifs en ont toujours crevé de dépit ; ils ont plusieurs fois fait des efforts pour la rétablir ; et ce qui est irès-remarquable , Julien , cet empereur apostat , en haine de l'Eglise, leur en fil le commandement et leur en fournil les moyens, Mais Dieu les rendit inutiles, faisant sortir de la terre qu'on creusait des globes de feu et des flammes brûlantes, qui dévoraient tout, et les travaux et les ouvriers (1).
Que de choses il y aurait à écrire sur la ruine et la désolation des Juifs : niais ce ne serait jamais l'ait, si on voulait tout marquer. Ce qu'on peut assurer, c'est que le Fils de Dieu a eu raison de dire que leurs malheurs ont élé extrêmes ; qu'il n'y en a jamais eu de pareils , et que si ces jours de vengeances n'avaienl point élé abrégés, nul homme n'aurait été sauvé , mais qu'ils seraient abrégés à cause des élus : sed propler electos breviabunlur dies illi (Muilh. , XXIV, 2Ï, 22j. Une infinité de Juifs avaient embras é la foi de Jésus Christ avant la guerre des Humains, qui ne commença que la douzième année de l'empire de Néron , cl la soixante-sixième de l'ère chrétienne. Ce sont ces Juifs devenus (idèles qui sont ici appelés élus. Quand ils virent Coslius Gallus , gouverneur de Syrie, marcher avec les troupes romaines, pour mettre le siège devant Jérusalem, ils >e souvinrent de la prédiction et de l'avertissement de Jé*u.->-Christ ; car il leur avaii dit : Quand vous verrez qu'une armée environnera Jérusalem , sachez qu'alors sa désolation sera proche. En ce temps-là, que ceux qui seront dans la Judée s'enfuient aux montagnes, Tune qui in Judœa sunt , fugimit ad montes.
Ce fut là-dessus que ees Juifs lidè'es se retirèrent pour la plupart à la ville de Pella, qui était dans le pays drs montagnes , au dt là du Jouidain : ce qu'ils firent d'autant plus volontiers , qu'ils en lurent avertis t\\i ciel , soit par un ange , soit par quelque vision , comme nous l'apprenons des Pères de l'Eglise (*2;. Les jours , c'est-à-dire les temps de celle guerre ne furent que de quatre ans ou environ, depuis l'an uG jusqu'à l'an 70 de Père chrétienne ; mais sa fo.ee lut de bien moindre durée. Ce qui arriva sans doute par une providence de miséricorde pour le salut et la conservation des élus du Seigneur. Car si ces temps de colère avaient été plus longs , tous auraient |<éi i par les malheurs de cete guerre cruelle et fatale.
(1) Ammian., EUL% lit». XXIII; Ambros., ep. 29, ad Theodos., et alii.
(2) Eu*eb., Hut.y Mb m, cap. ÎJ; Epfphan., hœres. 29, et a. ii.
Prédiction du jugement dernier.
Après que Jésus-Christ a prédit la ruine du temple et de la ville sainte , il vient à parler de la fin du monde et de son dernier avènement. Car il faut se souvenir que les apôtres l'avaient interrogé sur ces iloux choses, comme on le voit par saint Matthieu. Il nous paraît maintenant étrange que les disciples du Seigneur aient mêlé ensemble deux faits si ditlérents et si éloignés l'un de l'autre, à savoir, la désolation de Jérusalem et la chute du momie. C'est qu'on ne prend pas garde à l'opinion erronée qui régnait alors parmi les Juifs, que la lin du temple et delà ville sainte serait la lin du monde : s'imuginant, quand leur loi finirait, car ils la regardaient et i.» regardent encore comme une loi qui doit durer autant que les siècles , qu'alors le monde serait à sa fin. Les disciples , qui ne lurent parfaitement éclairés que par la venue du Saint Esprit , pouvaient être dans ces préventions judaïque^. Le Fils de Dieu, qui ne voula* pas leur déclarer quand arriverait la fin des siècies , parce que cela n'était point nécessaire, se contenu de leur dire ce qui arriverait alors.
Après avoir donc pr phétisé sur la désolation du temple et sur la ruine de l'Etal et de la république des Juifs, il parle ensuite, mais presque sans distinction, de son dernier avènement. Voici comme il s'en explique par la bouche de l'évaugéliste saint Luc : « Et erunt signa in sole et luna , ï elc, El il y cura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles ; et, sur lu terre, les nations seront dans l'épouvante, à cause du bruit e/J'royuble que feront les (lois de la mer. Les hommes sécheront de crainte dans l'attente des choses qui arriveront dans tout C univers ; car les puissances du ciel seront ébranlées. Ces mois , et erunt , et il y aura , sont significatifs, el c'est ce qu'il laut bien remarquer, pour distinguer dans les évaugélistes, ce qui regarde la fin du monde d'avec ce qui concerne la désolation de Jérusalem. Jésus-Christ , parlant de celle» ville, venait de dire, au v. 24 du même saint Luc, qu'elle serait foulée aux pieds par les gentils, jusqu'à ce que les temps des nations lussent accomplis, douée impleanlur tempora nutiouum. Il ajoute, au verse/ suivant, qui est le 25* : Et erunt signa, Et il y aura des signes , etc. C'est comme s'il disan : El après cela, e'esi-à-dire après que les temps des nations seront accomplis, il y aura des signes dans le soleil , dans la lune, elc. Or les lemps des nations n'auront leur dernier accomplissement qu'a la lin du monde ; car jusque-là ils ne cesser (Hit d'entrer dans l'Eglise. Ain-i ces signes extraordinaires ti arriveront qu'à la consommation des siècles , lorsque Jésus-Christ sera prêt à paraître d.ms sou jugement.
Cela est si vrai que saint Lue dit, incontinent après, au v.27 : Et tune, et "alors, c'esl-à dire après ces signes el ces prodiges, ils verront le Fils de C homme qui viendra dans une nuée, accompagné de puissance et de majesté. Saint Matthieu ajoute (XXIV, 51 et suiv.): El il enverra ses anges avec des trompettes, qui feront un grand bruit ; el ils rassembleront ses élus des quatre
eoins du monda, depuis une extrémité du ciel jusqu'à l'uutre. Il avait dit auparavant, ou plutôt Jésus-Christ par sa bouche: Alors, c'est à-dite avant mou deuxième avènement, si quelqu'un vous dit: Le Christ est ici, ou bien, Il est là, ne te croyez point, parce qu'il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes, qui feront des signes et des prodiges, jusqu'à séduire, s'il était possible, les élus mêmes. J'ai voulu vous en avertir auparavant. Si donc l'on vous dit : Voici qu'il est dans le désert (il parle du Christ), «'y allez point : Voici qu'il e&l dans un lieu secret de la maison, ne le croyez point. Car comme un éclair pari de l'Orient et se fait voir jusque dans l'Occident ; il en sera ainsi de Cavénemen l du Fils de l'homme. En quelque lieu que soit le corps, là s'assembleront les aigles. C'est comme s'il disait: En quelque lieu que paraisse alors le corps de Jésus-Christ, là s'assembleront les justes, qui sont comme des aigles, parce que, s'étant élevés de la terre, on les a toujours vus se porter vers le ciel. Le Fils de Dieu ajoute un peu plus bas, en parlant encore de son avènement: Apprenez celte comparaison tirée du figuier: quand ses branches sont déjà tendres, et qu'il pousse des feuilles , vous savez que l'été est proche. De même, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Christ est proche et qu'il est à la porte. Je vous dis en vérité que celte génération ne finira point, que tontes ces choses ne s'accomplissent (Mailh., XXIV, 25, 24 ; Luc, XXI, 25 53).
Ces dernières paroles peuvent s'entendre, ou de la désolation de Jérusalem, ou de la (in du monde. Si elles s'entendent du premier, cela veut dire: Celle génération d'hommes, que vous voyez vivants, ne fi- irira point que toutes ces choses ne s'accomplissent , comme je les ai prédites. En effet elles eurent leur accomplissement environ quarante ans après, puisque les Romains détruisirent alors la vdie et le temple. Mais si on les entend du second, c'est comme si Jésus-Christ disait à ses disciples: Vous voyez tout ce que je vous dis de la ruine des Juifs, qui sera terrible; cependant celle génération, ou celle race malheureuse ne périra point et ne cessera point d'être dans le monde, que la fin des siècles n'arrive ; puisque ce sera vers ces temps-là qu'elle deviendra lidè!e, en renonçant à ses erreurs et à son incréduliié. Et pour marquer à ses discij les que ce qu'il vient de leur dire est très-véritable, et qu'il n'y aura rien de tout cela qui n'ait son accomplissement, il ajoute: Le ciel et la terre passeront, iCœlum et terra transibunt; > c'est-àdire qu'ils changeront de face, mais mes paroles ne passeront point.
Jésus Christ voulant ensuite leur apprendre combien le temps du jugement dernier était caché et incertain, dit (Malth., XXIV, 55), pour arrêter la curiosité qu'ils avaient là-dessus: Nul autre que mon Père ne sait ce jour et cette heure, non pas même les anges du ciel, < neque angeli cœlorwn (Ibid., 56). » 11 ajoute dans saint Marc (XIII, 52) : Neque Filins, c'est à-dire ni le Fils de l'homme. Il a voulu marquer p;ir ces parôles, non qu'il l'ignorât absolument (et comment aurait il ignoré une chose dont il prédit toutes les cir-
PAR LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE. 13U
constances), mais qu'il ne le savait pas pour le révéler, comme disent quelques Pères ; car enfin il n'en avait point ordre du Père céleste, qui tenait cela caehé dans le secret de sa puissance et de sa volonté. Ce qui lui fait dire ailleurs sur le môme sujet: IV ou est vestrum , il parle encore à ses apôtres, nosse tempora vel momenta quœ Pater posait in sua poleslaie (Ad., I, 7). Qu'il faut veiller et prier.
Le Fils de Dieu, i our montrer l'incertitude du temps et du jour de son avènement, et pour poi ter les hommes à veiller sur eux mêmes, prononce ces- paroles, sur lesquelles on devrait faire plus d'attention qu'on ne fait ordinairement : Ce qui arriva, dit-il, au temps de Noé, arrivera encore à l'avènement du Fils de l'homme. Car comme dans les jours qui ont précédé le déluge, les hommes buvaient et mangeaient, se mariaient et f disaient des mariages, jusqu'au jour que Noé entra dans l'arche, et qu'ils ne s'aperçurent de rien, jusqu'à ce que le déluge fût arrivé, qui les emporta tous ; il en sera de même à l avènement du Fils de l'homme. Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur doit arriver. Car sachez que si le père de famille était certain de l'heure à laquelle doit venir le voleur, il veillerait sans doute et ne laisserait pas percer sa maison. Aussi, vous autres, tenez vous prêts, parce que le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas()Iatth., XXIV, 57 et suiv). Voilà rin avertissement salutaire sur la vigilance chrétienne, qui est une vertu si utile, et cependant si négligée de la plupart des hommes.
Jésus-Christ en prouve la nécessité par deux paraboles (Ibid., 45-51) : par celle du serviteur fidèle et prudent qui est enfin recompensé, parce qu'il a eu soin de veiller sur la maison de son maître; et par celle du méchant serviteur qui se voit condamné pour ses i égiigenecs cl ses dérèglements. Le Sauveur en ajoute une troisième (Malth., XXV, 1 15), qui est celle des vierges. L'on en voit de deux sortes dans celte parabole : de sages et de folles. Les vierges sages y sont louées pour s'être pourvues d'huile, et avoir tenu leurs lampes prêtes et ornées à l'arrivée de l'époux. Mais les folles et les imprudentes y sont cou damnées, pour avoir négligé les mêmes devoirs. Celles ci sont rejetées des noces de l'époux, parce que l'huile de leurs lampes a manqué. Cela veut dire que les vierges folles et imprudentes, qui s'endorment dam les voies du salut, et (jui ne cherchent qu'à perdre If temps, sont rejelées du royaume céleste, où sont les noces de l'époux, parce que l'huile de leurs lampes a m: »< que, c'est-à-dire ïa charité de leur cœur. Comme cent vertu et toute lumineuse, car elle est pleine d'onction,
Si celles que l'on voit marquées dans cette parabole, qui ne sont proprement que des vierges paranymphes, c'est-à-dire compagnes de l'épousé (car autrefois, le jour des noces, il yavidi déjeunes filles qui accompagnaient l'épouse, et qui, le llambeau ou la lampe à ta main , l'introduisaient en cérémonie dans la chambre do l'époux) ; si, dis-je, ces vierges qui ne sont que compagnes et amies de l'épouse, sont obligées d'avoir do
CONFIRMATION DE L'HISTOIKE ËVAXGËLIQCE
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l'huile dans leurs lampes, quelle huile, je veux dire, quelle charité ne doivent point avoir des vierges qui, nar leur consécration, sont devenues elles- mêmes les épuises de Jésus Christ? Cependant combien y en ai ii qui, par d'effroyables négligences, on par de vains amusements, non-seulement affaiblissent, mais éteignent même celte charité, qui seule les rend dignes de son amour ? Ce l à ces vierges folles et négligentes, qui aiment imite autre chose que leur divin époux, qu'il dira un jour, quand elles voudront le suivre : Allez, je ne vous connais point.
Le Sauveur joint, dans saint Mare (XIII, 53), la prière à la vigilance, en disant à ses di-eiples : » VigUale et orale, » YeilLzet priez, parce nue vous ne savez pas quand ce temps viendra, c'est à due le temps du dernier jugemi'ulqtiiscrusiterrihlerlsiépouvamahlc. Jésus-Christ a bien voulu en faire lui-même la peinture, alm que nous l'ayons souvent devant les yeux. Voici ce qu'il en dit par l'organe de saint Matthieu : Quand le S'ils de l'homme viendra dans Cédai de sa gloire, accompagné de tous ses anges, alors il s'assiéra sur le trône de sa majesté Toutes les nations de la terre seront assemblées devant lui, et il séparera les uns d\ivec les autres, comme un berger sépare les brebis d'avec les boucs. Il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: Venez les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès rétablissement du monde. Car fui eu faim , et vous m'avez donné à manger ; fui eu soif, étions m'avez donné à boire; j'étais passant, et vous m'avez lagé; j'étais nu, et vous m'avez revêtu ; fêlais malade , fil vous m'avez visité ; fêlais en prison, et vous m'eies venu voir. Alors les justes lui diront : Seigneur, quand est ce que nous vous avons vu avoir faim, et que nous vous avons donné à manger, ou avoir soif, et que nous vous avons donné à boire; et ainsi du reste. Le roi leur répondra : Je vous dis en vérité qu'autant de fois que vous avez fait cela aux moindres de mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait. Qu< lie joie, quel plaisir, quel bonheur pour les justes d'être mis pour si peu de chose en possession d'un royaume et d'une gloire immortelle.
Le Seigneur dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez vous de moi , maudits , et allez an feu éternel, qui a été préparé pour le diable •:/ ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à m .figer; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'ai été passant, et vous ne m'avez pas logé; j'ai été nu, et vous ne m'avez pas revêtu; f ai été malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. Alors ces hommes lui diront aussi : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, ou avoir soif ; être sans logement, ou sans habits ; être malade ou prisonnier, sans que nous tous ayons assisté? Mais il leur répondra : Je vous dis en vérité que ce que vous avez refusé de faire au moindre ie ces petits, c'est à moi même que vous l'avez refusé. Après cela le Sauveur ajoute, en marquant le différent sort des uns cl des autres : Alors ceux-ci, c'est-à-dire «es méchants, iront dans les supplices éternels, et les
justes dans la vie immort cU. (Matlh., XXV, 31-4G).
Commencement de la passion du Sauveur.
On a pu remarquer, par ce que j'ai dit, que le Fils de Dieu s'était relue sur la montagne des Oliviers, quand il lit les prédictions louchant la ruine de Jérusalem et la (in du monde, et quand il prononça «es autres discours : et j'ai lait voir «pie tout cela arriva' le ttardi au soir, qui était le 12 avril, Il avait pièché dans le temple les trois jours précédents ; ei, connue dit saint Lue (XXI, 58), tout ie monde y allait n'es le malin pour l'entendre : Omnis populus maunabat (id esl,maneibui;%r., û^ÔpiÇs) ad eum in lemplo andire eum. C'est que le. peuple de Jérusalem* tout inconstant et tout ingrat qu'il était, se trouvait charmé des paroles de vie qui sortaient de sa h uciie. Ce divin Maître, après avoir f.iit durant le jour les fonctions sacrées de son ministère , sortait vers le soir «le la ville sainte, et se retirait sur la m- nt gne des Oliviers, qui en était proche ; et, selon toutes 1rs apparences, il y passait la nuit en prière*. N'eswe pas ce qu'a voulu insinuer le même évangéliste, quand il dit (Ibid., 37) que Jésus, sortant vers la nuit, demeurait sur la montagne appelée des Oliviers : Noctibus vero exiens, morabulur in monte qui vocutur Oliveti. Le dimanche au soir, après la réception et le triomphe qu'on lui fit à Jérusalem , il s'en alla au bourg de lîcthatiie avec ses apôtres. Saint Marc (XI, 11) ledit si nettement, qu'on n'en s niait douter. Mais pour le.4 trois nuits suivantes , il resta sur «elle montagne, se préparant, par de longues et Tu ventes prières, a soutenir tous les assauts du démon et toute la rage de ses ennemis.
Conspiration des Juifs contre Jésus-Christ. Pendant que le Fils de Dieu se disposait à sa passion par ces saints exercices, la fête de I*à que approchait, qui est aussi appelée la fêle des Azymes : Appropinquabal dics festin Azymorum, qui dicilur Pascha (Luc, XXII, 1). Comme il savait parfaitement le jour et l'heure que ses soutirâmes devaient f«>mmencer, il dit à ses apôtres, eu leur marquant le temps : Vous savez que 1 1 pâque se lera dans t\eux jours, pnst biduum, <'t le Fils «le l'homme sera livré pour être crueilié. On croit communément que ce lut le mercredi malin «pie Jésus-Christ annonça ainsi sa moit aux disciples, et une ce fut au même temps que tes primes des prèlieseï les principaux d'entre les Juifs de Jéru-alem tinrent conseil ensemble et résolurent unanimement de lefaire mourir. On peutdone «lire que le malin de ce jour, qui était, comme je crois, le 13 avril, fut le commencement de la passion du Sauveur. Il fallait qu'on en fui bien persuadé dans l'ancienne Eglise, puisque saint Augustin (Episl.${\,adCasulan.) nous apprend que, pour cefe raison, on jeûnait ce jour-là, c'est-à-dire le mercredi de chaque sema:ne , comme on faisait le vendredi, à cause que le Fils de Dieu avait élé mis en croix. Et c'est apparemment h raison pourquoi tant de fidèles, encore aujourd'hui, sa privent les mercredis de l'usage <io |.i viande, h<m«*-
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mit par une si louable abstinence rentrée des souffrances de leur Rédempteur.
Quoi qu'il en soit, vers le temps que Jésus-Christ annonçait à ses apôtres que dans deux jours il serait livré, pour être mis eu croix , les grands de Jérusalem formèrent, dans une assemblée solennelle , la résolution de le perdre. Le premier des évangélisles ne nous permet presque pas d'en douter: Alors, dit-il, c'est-à-dire vers le môme temps, les princes des prêtres, les anciens du peuple (le grec ajoute, et les docteurs de la loi) s'assemblèrent dans la salle du grand prèlre, qui se nommait Caïphe, et tinrent conseil ensemble, pour faire adroitement arrêter Jésus-Chnst et pour le mettre à mort. Et ils disaient entre eux : Il ne faut pas que ce soit au jour de la fête, de peur qu'Un arrive quelque tumulte parmi le peuple (Mallli.,XXV\, 1-5). Sur celle résolution du sanhédrin, ou grand conseil des Juifs, il est aisé de croire que Jésus-Christ ne fui point arrêté, et moins encore condamné le premier jour des Azymes, ouïe quinzième du mois de nisan; car c'était le jour de la fête, jour auquel il y avait un concours infini de pétrie dans Jérusalem, parce que c'était le plus considérable, et peut-être le plus solennel qui fût parmi la nation judaïque. D'où l'on doit inférer que le premier jour des Azymes, qui suivait l'immolation de l'agneau pascal, ne fut, celle annéoci que le samedi, comme ou le peut conclure de l'évangélisle saint Jean, qui s'est plus expliqué que les autres, parce qu'il a écrit après eux.
Ce fut ensuite de cet te conspiration délest. b!e,tramée contre le Fils de Dieu par le< princes des prêtres et par les anciens du peuple, que Judas Iscariote, qu'on ne doit plus regarder comme un apôtre choisi, mais comme un infâme traître, forma le dessein criminel de livrer son maître. Plusieurs interprètes croient qu'il '/avait déjà conçu quelques jours auparavant, à l'occasion de ce parfum de grand prix que Marie répandit sur les pieds de Jésus-Christ, lorsqu'il soupait à Béihanie, chez Simon le lépreux. El le murmure, ou, si vous voulez, la plainte qu'en fit alors Judas, donne assez lieu de le soupçonner d'avoir dès lors laissé entrer le crime dans son cœur. Au moins étailil dès ce temps-là coupable de larcin : fur eral, dit saint Jean (XII, 4 et suiv.) ; car il gardait la bourse commune, et avait occasion de dérober l'argent qu'on y mettait. L'avarice cl la trahison étant déjà dans son cœur, il ne faut pas s'étonner si le démon y entra ensuite, et s'il le porta à un crime si énorme et si délesiable. Voici ce qu'en dit un évangéliste {Luc, XXII, 5-6), après avoir rapporté le pernicieux dessein qu'avaient formé les Juifs ; Or Satan entra dans Judas, surnommé l scariole , qui était l'un des douze. Il s'en alla (c'est-à-dire il quitta Jesus-Curist, qui était vers la montagne des Oliviers, pour aller à Jérusalem); il proposa au prince des prêtres et à ceux qui étaient préposés à la garde du temple, la manière en laquelle il le leur livrerail. Ils en furent bien aises; ils convinrent de lui donner une somme d'argent : et /ni, il promit de le faire. Il cherchait depuis Coccasion de le livrer sans aucun lu-
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multe. Saint Matthieu, parlant de cette horrible convention, dit expressément (XXVI, 15), qu'ils promirent de lui donner trente pièces d'argent : Al illi conslilucrunl ei triginta argenleos ; gr. T^ii/ovra
ocpyjpca. *
C'est ici que plusieurs interprètes se sont trompés, en prenant chacune de ces pièces d'argent, ou pour un marc , ou pour un talent. Chaque pièce n'était proprement qu'un siele de quatre drachmes, monnaie commune parmi les Juifs, qui pouvait valoir trente sous et un peu plus Ainsi ces trente siclcs, ou pièces d'argent, faisaient environ quarante six livres, à compter selon nos manières. Ce prix nous paraît bien modique, et, en effet , dans la loi de Moïse (Exod., XXI, 52), c'est celui d'un esclave et d'un homme de néant. Il ne faut pas néanmoins s'en étonner: l'avarice de Judas s'est fort bien accommodée avec l'humilité de Jésus Christ, qui, étant un Dieu homme , s'est revêtu, pour noire salut, de la forme d'esclave. Voilà ce qui concerne la conspiration des princes des Juifs et la trahison du perfide Judas, qui fut menée secrètement , et qui n'éclata que le lendemain. Tout ceci se passa dans Jérusalem, le mercredi treizième jour d'avril, pendant que le Sauveur était avec ses ajôtres fidèles sur la montagne des Oliviers ou en quelque lieu voisin.
Jésus-Christ mange Cagneau pascal avec ses disciples.
Nous voilà arrhes aux deux derniers jours de la vie du Sauveur, dans lesquels oui éclalé les plus grands mystères, ou plutôt dans lesquels ils se sont accomplis. On ne saii pas ce que ce divin maître fil le jeudi malin, car les évangélisles n'en ont rien marqué. Pour moi je suis persuadé qu'en attendant l'heure du prince des ténèbres, qui allait décharger sur lui loule sa fureur, il était dans une prière humble et profonde, se soumettant parfaitement aux ordres de son Père, quelque rigoureux qu'ils fussent t et demandant l'entier accomplissement de ses veloutés. Car il était résolu de consommer l'ouvrage qu'il lui avait commis pour le salut de l'homme.
L'après-dinée étant donc arrivée, comme le temps s'approchait de manger, ou au moins de préparer la pâque, les apôtres vinrent trouver Jésus Christ, et lui dirent ; Où voulez-vous que nous allions vous préparer ce qu'il faut pour manger la pàque : Quo vis eamus, et paremus libi, ut manduces paseka (Marc, XIV, 12) ? Par le mot de pâque, l'on entend ici communément l'agneau pascal qu'on mangeait à Jérusalem à la fin du quatorzième jour du premier mois lunaire, que les Juifs, après les Chaldéens, appelaient nisan. Le quinzième du même mois était le premier des sept jours d'Azymes, marqués dans la loi. On les nommait ainsi, parce que les Hébreux ne mangeaient durant tous ces jours que des pains azymes oncles pains sans levain ; et l'on regardait ce premier jour , quinzième de nisan, comme une des plus grandes solennités du peuple d'Israël. Il commençait vers les six heures du soir, ou au coucher du soleil, et finissai t le lendemain à pareille heure ; car c'élail l'usage ci (Quarante -deux J
la manière des Juifs. Ils comptaient, comme nous , vingt-quatre heures dans leurs jours artificiels, mais ils les commençaient par la nuit, comme ont fait aussi les Gaulois et plusieurs autres nations de l'antiquité.
Comme donc le premier jour des Azymes commençait vers les six heures du soir, et qu'on ne devait point alors manger des pains lovés et ordinaires, parce que la loi le défendait avec une extrême rigueur, les Juifs avaient soin, dès le midi précédent ou peu de temps après, d'ôler sans réserve tous les pains levés qui se trouvaient dans leurs maisons; afin que, n'y ayant plus de levain, ils ne mangeassent que des pains azymes avec l'agneau pascal. Voilà en peu de mots quel était alors l'usage et la coutume des Juifs; ils l'observent encore aujourd'hui, du moinsquantaux azymes, avec une religion pleine d'exactitude et de sévérité : car pour l'agneau pascal ils ne l'immolent plus, et s'ils en retiennent quelque chose , ce n'est plus que l'ombre.
Sur la demande que firent les disciples louchant la pâque, Jésus-Christ, qui voulait accomplir la loi jusqu'au dernier moment de sa vie, dit à Pierre et à Jean : Allez et préparez-nous la pâque, afin que nous la mangions, c Eûmes parole nobis pascha, ut manducemus. > Là-dessus ils lui dirent : Où voulez vous que nous C apprêtions? Il leur répondit : Lorsque vous entrerez dans la ville , vous rencontrerez un homme qui portera une cruche d'eau; suivez-le jusque dans la maison où vous le verrez entrer. Et dites au maître de cette maison : Le maître ( ils entendent Jésus Christ) vous envoie dire : Mon temps est proche , je veux faire la pâque chez vous avec mes disciples. Il vous montrera une chambre haute, grande et meublée; préparez-nous là ce qu'il faut. Ses disciples, s'en étant allés, vinrent à la ville, et trouvèrent tout ce qu'il leur avait dit. Et ils préparèrent la pâque c et paraverunl pasclia. >
C'est comme parlent trois évangélisles (Matth., Marc et Luc), qui racontent à peu près le même fait; et qui, par ces paroles, nous donnent 5 entendre que saint Pierre et saint Jean apprêtèrent l'agneau que tous les Juifs mangeaient à la fêle de Pâque. Car, dans l'Ecriture, quand on dit, préparer et manger la pâque, cela veut toujours dire l'agneau pascal, ou du moins les victimes pascales. Celles-ci ne se consumaient que dans le temple, après avoir été immolées par les prêtres et les sacrificateurs. Il faut donc nécessairement conclure que ce qui fut préparé par les deux apôtres et mangé par Jésus-Christ dans la maison d'un particulier, était l'agneau pascal , avec les azymes. Les évangélisles ne le donnent-ils pas assez à entendre, quand ils disent qu'on était alors au premier jour des azymes, quand on immolait la pâque : Primo die Azymorum, quando pascha immolabanl (Marc, XIV, 12). On, comme écrit saint Luc, (XXII, 7) : Venit dies Azymorum, in qna necesse cral occidi pasclia; paroles qui signifient visiblement l'agneau pascal, marqué dans l'Exode (Xll, 5, 8),dont on faisait l'immolation le premier jour des Azymes ; car
on n'immolait pas du pain sans levain , ni des laitues sauvages, ou des herbes amères, qui accompagnaient l'agneau dans le souper de Pâque. Cela a paru si clair cl si certain jusqu'à nos jours , qu'on n'en a jamais douté dans l'Eglise latine , non plus que dans l'Eglise orientale, si vous en exceptez certains auteurs grecs obscurs ou inconnus, avec quelques autres engagés dans le schisme.
Les Pères et les Eglises ont donc toujours cru que Jésus-Christ a fait la pâque légale ; et le saint concile de Trente (Sess. XXÏI, chap. 1) a aussi été de ce sentiment. Et pourquoi le Sauveur ne l'aurail-il pas faite, lui qui était si exact observateur de la loi ? Rien ne l'en empêchait , ni le temps, ni le lieu ; et, qui plus est, il en avait le désir et la volon:é. C'est ce qu'il déclare lui-même en disant à ses disciples : Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum, antequam paliar (Luc, XXII, 15), c'est-à-dire : J'ai souhaité ardemment de manger avec vous celle pâque, avant de souffrir. Si Jésus-Christ a souhailé avec ardeur (car c'est ce que signifient ces mots, desiderio desideravi) de manger la pâque avec ses disciples; oserait-on dire que cet ardenl désir n'a point été accompli? El qui en aurait empêché l'accomplissemenl? Le Fils de Dieu a donc mangé l'agneau pascal avec ses apôtres, puisqu'il a prononcé ces paroles étant déjà à table avec eux. Le lieu favorisait ses désirs; vu qu'il était actuellement dans Jérusalem, où l'agneau devait être immolé. Le temps même le lui permettait; car il fil ce souper avec eux le premier jour des Azymes.
Les évangé isles s'en expliquent si nettement, qu'il n'est pas possible d'en douter. Saint Matthieu ne ditil pas (XXVI, 17) : Primo die Azymorum, Le premier jour des Azymes les disciples vinrent trouver Jésus- Christ, et lui demandèrent : Où voulez-vous que nous vous préparions ce qu'il faut pour manger la pâque? Sainl Marc (XIV, 12) assure que quand ils lui firent celle demande, l'on était au premier jour des Azymes, primo die Azymorum, et que c'était le temps d'immoler la pâque, ou l'agneau pascal, quando pascha immolabanl. Enfin saint Luc (XXII, 7) confirme la même chose, quand il écrit qu'alors le jour des Azymes était arrivé, venit aulem dies Azymorum. Si donc l'on ne voit rien qui ait empêché Jésu^-Christ de manger la pâque, et s'il l'a même ardemment déliré; comment peut-on dire, qu'il ne l'a pas fait ? 11 faudrait des preuves plus claires que la lumière et que le grand soleil, pour nous convaincre du contraire et pour nous faire penser et parler là-dessus autrement que loute l'antiquité.
On oppose aujourd'hui à ce sentiment ou plutôt à celle vérité constante et reçue , l'autorité du quatrième évangélisle, je veux dire, de celui-là même qui, dans la cène pascale, se reposa sur le sein du Seigneur. El pour cela l'on rapporte cinq ou six passages qui tendent à prouver que, le jeudi soir, quand Jésus- Christ fil la pâque avec ses disciples, le premier jouï des Azymes n'était pas encore arrivé. Par ces endroits l'on prétend montrer que les Juifs, au moins les prin-
ces des prêtres, et ceux de leur cabale, n'avaient pas encore mange l'agneau pascal le vendredi matin ; puisque saint Jean assure qu'ils ne voulurent point entrer dans le prétoire, où se trouvait Pihle, qui était gentil, de peur que devenant impurs, ils ne pussent manger, la pàque ; ul njacontaminarcnlur,sed ut manducarenl pascha (Jean, XV III, 28). Si les princes des sacrificateurs, et ceux qui étaient avec eux et qui demandaienllamortdu Sauveur, n'avaient pas mangé la pâque le vendredi malin, le véritable temps n'en était pas encore arrivé. Il ne commençait que le soir de ce jour, parce que, celte année- là, le quinzième du mois de nisan, ou le premier jour des Azymes, tombait le samedi.
Cela, dit-on, paraît si véritable, que le même saint Jean (XIX, 14) assure que, vers l'heure de scxle de ce vendredi , l'on était encore à la paraseève , c'est-àdire à la préparation de la pâque : Eral autem parasceve paschœ liora quasi sexla. Or si l'on se préparait à la pâque vers le temps de midi, la le'.e n'en était pas encore arrivée, et, parlant, ce ne fut que le so'r du même jour. On ajoute à cela que si le temps de Fâque avait commencé dès le jeudi soir, le vendredi aurait été la solennité des azymes, qui était regardée comme la plus grande fôle de la nation judaïque : el comment les prêtres el même les princes des prêtres auraient» ils osé procéder au jugement et solliciter la condamnation de Jésus Christ, dans un jour si grand et si solennel? Cela, dit-on, n'a guère d'apparence; et, par conséquent, le commencement des Azymes n'a pu être le jeudi, mais seule nu nt le vendredi soir.
On a souvent répondu à ces difficultés tirées de saint Jean, el plusieurs croient qu'on l'a fait si solidement, surtout dans les derniers écrits publiés làdessus , que cela suffit pour sauver l'autorité de cet évangéliste. Certes, j'aimerais bien mieux m'en tenir à ces réponses, où il n'y a rien qui ne soit Irès-recevabie, que de nier, contre le sentiment presque unanime de toute l'Eglise, que Jésus-Christ ait fait la pâque légale. INéanmoins, parce que tous ne s'en contentent pas , cl qu'il y a encore assez de gens qui prétendent que ce qu'on a dit n'explique pas assez naturellement les endroits de saint Jean, on obligerait tout le monde , si Ton pouvait sans contrainte concilier cet évangéliste avec les trois autres. Plusieurs interprètes ont tâche de le faire, et de toutes les voies qu'ils ont prises, il n'y en a point qui me paraisse plus aisée et plus naturelle que de dire, qu'au lemps de Jésus-Christ, il y avait deux jours consécutifs destinés pour la célébration de la pâque. Il y aura des gens qui auront de la peine à le croire, il faut s'attendre à cela ; mais j'espère que quand ils se seront donné la peine de lire la di>serlation que je fais là-dessus à la fin de cet ouvrage, ils seront peut-être un peu plus flexibles, et qu'ils ne résisteront pas tant à une vérité qui concilie admirablement bien les quatre évangélisles, et qui seule renferme tous les avantages qui se rencontrent dans les autres sentiments, ou, si vous vou'cz, dans les autres systèmes.
PAK LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE. 1522
Lorsqu'on trouve une voie aisée, facile, naturelle, d'accorder au moins à notre égard les écrivains sacrés ( car dans le fond ils sont toujours parfaitement d'accord), ne doit-on pas la recevoir avec plaisir; surtout quand on fait voir qu'elle est assez bien fon-
dée, el dans l'u age des Juifs mod îrnes , et dans celui des anciens Hébreux? Je dis assez bien fondée ; car de prétendre trouver là-dessus des démonstrations qui convainquent el qui enlèvent l'esprit , c'esl ce qu'on ne verra jamais. Dieu a laissé dans ses Ecritures certaines difficultés qui semblent n'y être restées que pour humilier l'orgueil de l'homme, qui veut tout savoir, souvent par une curiosité vaine, plutôt que par un amour sincère de la vérité.
Si l'on admet une fois ces deux jours, que tous les Juifs, soit talmudisles, soit caraïtes, admettent encore aujourd'hui , on accorde toutes choses , et il ne reste plus au sujet de la pâque nulle difficulté. Et pourquoi donc ne les pas recevoir, s'il y a assez de raisons de le faire? En voici une entre les autres qui m'a toujours frappé. La loi de Moïse ordonne aux Hébreux de faire la pàque vers le soir du quatorzième jour du premier mois, c'est-à-dire du mois de nisan , comme on l'a depuis appelé : Meuse primo , quarla décima die mensisad vesperum , phase Domini esl ( Lévit., XXIII, 5 et iuiv. ). Aujourd'hui , tous tombent d'accord que ce mois était purement lunaire, c'est-à-dire rég'é sur le cours de la lune, el, par conséquent, que le quatorzième jour ordonné par Moïse pour la célébration de la pâque, se devait compter depuis le renouvellement de la lune. Or on voit dans l'antiquité, soit chez les Juifs, soit chez les gentils, que les nouvelles lunes appelées parles Grecs neoménies, se prenaient en deux différentes manières, à savoir, depuis la Conjonction de cet aslre avec le soleil, el alors on ne l'aperçoit point : ou depuis son apparition, qu'on appelle phase, qui est lorsqu'on commence avoir les pointes du croissant, ce qui arrive environ un jour, el quelquefois plus, après la conjonction, selon la diversité des temps cl des lieux.
Or il faut remarquer que quand Moïse ordonne aux Hébreux de faire la pâque vers le soir du quatorzième jour, quarla décima die mensis ad vesperum, on ne sait comment il faut prendre ce quatorzième : si c'est depuis la conjonction de la lune avec le soleil, ou si c'est depuis son apparition et sa phase. Les savants d'aujourd'hui , après avoir recherché tout ce qu'on a dit là-dessus dans l'antiquité, et surtout parmi les Juifs, ne sont point d'a<cord. Les uns prétendent que les Juifs ont commencé leurs neoménies à la conjonction ; en effet, c'esl alors que commencent véritablement les nouvelles lunes; el les Juifs les prennent ainsi depuis plus de mille ans. Les autres, au contraire, soutiennent fortement qu'ils ont réglé les neoménies sur la phase, et semblent en donner d'assez bonnes preuves. Que conclure de tout cela , sinon qu'à cause de cette incertitude les Juifs ont donné au mois de nisan, qui est le premier parmi eux , deux neoménies. La première a été comiKcc
depuis la conjonction de la lune, laquelle arrivait le trentième du mois précédent, qui était adar, ou veadar : et la seconde a été prise du lendemain, ou du premier jour de ce mois de nisan , parce que la phase arrivait ce jour-là, et qu'on commençait à voir les cornes de la lune : ce qui se Taisait toujours à son apparition.
A prendre les choses de la sorte, et on ne le pouvait presque autrement sans une étrange confusion, comme je le ferai voir ailleurs , il n'y a pas ombre de dilflcullé dans les évangélisles, quisanscela paraissent si contraires et si opposés. Selon les cycles dont se servaient les Juifs (car je montrerai par des preuves certaines qu'ils en avaient alors), le 14 de la lune depuis sa conjonction tombait au jeudi , Tannée de la passion du Sauveur; et ce lut alors qu'il fit la pàque légale, cl qu'il mangea des pains sans levain avec tout te peuple. Car ce jour-là était ell'eclivemcnl le premier des Azymes, comme l'assurent les trois premiers évangélistes. Et néanmoins le vendredi , à mendie les choses depuis l'apparition ou la phase, était encore le premier jour des mêmes Azymes ou le quatorzième de nisan; et ce fut le soir de ce jour-là, comme on le voit par sain! Jean , que les princes des piètres et les sacrificateurs mangèrent l'agneau pascal, un jour après le commun du peuple.
Comme donc les Juifs avaient deux néoménies,
qui étaient fêtées chez eux connue elles l'étaient
chez les Athéniens et chez les anciens Grecs, ils
avaient, par conséquent, deux quatorzièmes jours de
la lune, dans lesquels ils pouvaient immoler la pâque
et manger des Azymes; et l'on verra dans la suite
que, bien loin que cela lit aucun embarras pour les
jours du mois , qu'on comptait toujours depuis la
phase ou la seconde néoménie, cela était très-com-
inode pour la célébration de la pâque. C'est sur cet
ancien usage des Hébreux que les Juifs modernes,
qui ne changent pas aisément leurs coutumes, font la
pâque deux jours consécutifs : ce qui s'observe non
seulement par les lalmudisles ou les traditionnaires,
mais encore par les caraïtes, qui ne reçoivent que les
Ecritures. Et c'est aussi sur cela que Josèphe dit
expressément que les Juifs de son temps faisaient
durant huit jours la fêle des pains sans levain :
Nous faisons, dit cet historien (Antiq., lib. II, cap. 5),
durant huit jours la solennité des Azymes : Per dies
oclo fcslum agimus , Io^t/jv àyo/jisv èf h^v-i è/.rw,
quem vocamus Aiymorum. INous faisons, dit il, agimus :
c'était donc alors la coutume; car pour la loi de
Moïse, elle ne donnait que sept jours aux Azymes,
comme Josèphe le reconnaît ailleurs (Lib. M, cap. 10),
quand il parle des fêtes établies par la loi. Il est
donc manifeste que l'ancien usage des Juifs avait
introduit un huitième jour d'Azymes, tant à cause de
la multitude infinie de peuples qui venaient de toutes
parts à Jérusalem qu'à cause de l'incertitude où ils
étaient d'où il fallait compter les nouvelles lunes , si
c'était depuis la conjonction ou depuis la phase. Et
u'esi-cc pas encore la raison pourquoi le même
Josèphe dit en un endroit (c'est au livre Yl delà Guerre des Juifs, ch. 11, gr.; 4 lat. ) qu'ils sortirent d'Egypte le 14 du mois xanlique ou du mois de nisan ? Et dans un autre endroit il assure que ce fut le 15 de ce même mois, mais à le prendre depuis la conjonction de la lune. Car c'est ce qu'il entend par ces deux mots grecs, xurà. <7e).vjvïjv , comme on le peut voir par Thucydide et par les bons auteurs grecs : Reliquerunt , dit Josèphe (Antiquit. , lib. ï\, cap. 6 ) , /Egijptum même xanlhico, die décima quima
secundlim llUiam, ■Kê/J.r.rr, xai Ssxâ-r/j xarà ffs/vijv ,
c'est-à-dire , xc.t« ti&* sûvoScv , secundum lance conjunclioncm , comme on le verra ailleurs. En tout cela Josèphe a raison; et, bien loin de se contredire, comme on le lui objecte souvent, il n'écrit rien que de 1res \érilablc; car le quinzième selon la lune on sel n la conjonction n'était que le quatorzième selon l'apparition ou la phase. Tout ceci sera prouvé ailleurs avec plus de soin et plus d'étendue , afin qu'on ne s'imagine pas que je parle en l'air. Cependant revenons à notre narration.
Le quatorzième jour de la lune pascale, à le prendre depuis la conjonciion, était sur son déclin, quand les apôtre; demandèrent au Sauveur : Où voulezvous que nous allions vous piéparer ce qu'il faut, pour manger la jâ.,ue? Il y a as^cz d'apparence qu'ils ne lui firent celle demande que lorsqu'ils virent qu'on était au temps qu'il fallait préparer l'agneau ; ainsi Jé>us-C!irist put envoyer saint Pierre et saint Jean à Jérusalem vers les trois heures après midi , qui était le temps, selon l'historien des Juifs, qu'on commençait à immoler la pâque, c'est-à-dire à mer l'agneau pascal, soit qu'on le fil dans le temple, soit qu'on le fît dans les maisons de la ville sainte. Ces deux disciples préparèrent toutes choses; et le soir étant venu , vespere autem fado (Marc, XIV, 17), le Fils de Dieu partit de la montagne des Oliviers et se rendit avec ses amies apôtres à Jérusalem Je crois qu'il pouvait être plus de six heures du soir, et comme le temps de manger l'agneau pascal éiait arrivé, Jéms se mit à table, elles douze apôtres avec lui : El cum (acta cs.,el dora, dit saint Luc (XXII, 14 el suiv ), discutait, el duodecim apostoli cum eo. Ce fut alors qu'il leur dit : J'ai souhaité ardemment de manger avec vous cette pàque, avant de souffrir. Car je vous déclare que désormais je n'en mangerai plus, jusqu'à ce qu'elle soit aecomplie dans te royaume de Dieu. Le mot de pascha , qui esl chaldaïque, et qu'on appelle phase, ou pesach en hébreu , signifie passage, comme il est marqué dans l'Exode (XII, 11, 12). Car le Dieu d'Israël n'ordonna d'.mmoîcr l'agneau, ou la pâque , que pour témoigner que l'ange qui extermina les premiers nés des Egyptiens, passa les maisons marquées du sang de cet agneau , sans faire aucun mal aux enfants des Hébreux, et encore pour signifier qu'ils passaient de la servitude d'Egyp'.e en un état de liberté. C'est donc comme si Jésus Christ disait à ses apô'res : Je ne ferai plus avec vous la pâque, jusqu'à ce qu'étant passés de ce monde ^e;tc
î325 PAR LA ROMAINE
s'accomplisse parfaitement dans le royaume de Dieu; parce qu'alors vous serez délivrés do la servitude du péché, pour être à jamais dans une joie pleine et une entière liberté.
Le Sauveur lave les pieds des apôtres.
Le Fils de Dieu ayant mangé l'agneau, avec du pain sans levain et des laitues sauvages, ou d'autres herbes amères , et ayant accompli toutes les cérémonies de la cène pascale , se leva de table , comme le marque saint Jean , quitta ses vêtements (il entend son manteau) et ayant pris un linge il le mit autour de lui. Il versa ensuite de l'eau dans un bassin, et commença à laver les pieds de ses apôtres et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. 11 commença par Simon Pierre, qui, voyant l'action si humble de son cher maître, lui dit : Seigneur, vous voulez me laver les pieds? Jésus lui répondit : Ce que je fais, vous ne le savez pas maintenant, mais vous le saurez ci-après, c'est-à-dire quand le Saint-Esprit vous l'aura appris, car il vous inspirera «l'être , à mon exemple, plein d'humilité dans le ministère de l'apostolat. Saint Pierre lui dit : Vous ne me laverez jamais les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne les lave, vous n'aurez point de part avec moi. Simon Pierre lui dit : Seigneur, non-seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. Jésus lui dit : Celui qui a été lavé n'a besoin que de se laver les pieds , car il est net dans tout le reste. C'est comme s'il disait : Celui qui croit en moi , et qui a été lavé dans les eaux saintes du baptême, est véritablement pur et net; il faut pourtant nettoyer ses pieds, c'est- à dire, ses f utes journalières et les petits dérèglements de ses affections , qui sont les pieds de son âme. Jésus-Christ ajoute aussitôt : Pour vous autres, vous êtes purs, mais non pas tous, t sed non omnes. * Car il savait bien qui était celui qui devait le trahir; c'est pour cela qu'il dit : Vous n'êtes pas tons purs. El comment Judas aurait-il é;é pur, puisque le démon lui avait inspiré et mis dans le cœur de trahir son maître (Jean, XIII, 1 11)?
Le Seigneur allait établir le divin sacrement de l'eucharistie, c'est-à-dire, le mystère de son corps et de son sang. Il voulut donc, par ce profond abaissement, apprendre aux ministres sacrés de ses autels, combien ils devaient être humbles et éloignés du faste et de l'orgueil qui règne dans le monde : et <l'ailleurs il voulut enseigner à ceux qui participent aux divins mystères, combien il faut qu'ils soient purs, pour en approcher dignement. Quand donc Jésus eut lavé les pieds de ses apôtres , i! reprit ses vêlements, et, s'éianl remis à table, cum recubuisset ihrum, il leur dit : Savez-vons ce que je viens de vous faire? Vous m'appelez maître et Seigneur; et vous avez raison, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi qui suis votre Seigneur et votre maître , vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme j'ai fait à votre égard. En vérité, en vérité je vous le dis, le urviteur n'est pas plus grand (pie le maître, et l'apôtre
n'est pu plus grand que celui qui l'a envoyé. Si tous savez ces choses , vous serez heureux , si vous les pratiquez (Jean, XIII, 12-17).
Etablissement de l'eucharistie.
Le Sauveur ayant dit ces choses, fut troublé en son esprit, lurbalus est spiritu; mais il le l'ut volontairement, pour la consolation de ceux qui le sont souvent malgré eux. Et ce fut alors qu'il déclara à ses apôtres, eux étant à table, et mangeant avec lui, ce qui devait lui arriver. Voici comme il leur parla : En vérité , en vérité je vous le dis, un de vous autres me trahira. Là-dessus , les disciples s'enlre-rcgardaient, étant en peine de qui il parlait. Or il y en avait un d'entre eux qui était couché sur le scinde Jésus, et que Jésus aimait. Simon Pierre lui fit signe, et lui dit : Sachez qui est celui dont Jésus parle. Ce disciple se reposant donc sur le sein de Jésus , lui dit : Seigneur, qui est ce? Jésus lui répondit : C'est celui à qui je donnerai un morceau de pain que j'aurai trempé. C'est saint Jean l'évangélislc qui rapporte ces choses, qui lui étaient arrivées à lui-même. Mais saint Matthieu dit encore que quand Jésus-Christ eut déclaré aux apôtres qu'un d'entre eux devait le trahir, cela leur causa une grande tristesse, et que chacun d'eux commença à dire : Est-ce moi, Seigneur? Il leur répondit : Celui qui met avec moi la main au plat me trahira. Puis il ajoute : A la vérité il va en arriver du Fils de l'homme selon qu'il est écrit de lui; mais malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera trahi. Il aurait mieux valu pour lui qu'il ne fût jamais né. Alors Judas, qui le trahit depuis, lui dit aussi : Est-ce moi , maître? Il lui répondit : C'est vous même, Il y a apparence que Jésus lui fit cette réponse tout bas, car nous ne voyons pas que les autres apôtres aient su alors que ce fût lui le traître. Et saint Jean ne le découvrit que peu de temps après, quand Jésus donna à Judas un morceau de pain trempé (Jean, XUî, 21-2G; Maith., XXVI, 20-21: Marc, XIV, 17-21).
Penilaul que le Fils de Dieu était à table avec ses apôircs et qu'ils mangeaient ensemble en ce dernier souper, qui fut rail après la cône pascale, où tout était fort sobre, il voulut, par l'excès d'un amour infini , établir le sacrement de son corps et de son sang. Ayant donc pris du pain sans levain , car alors il n'y en avait plus de levé dans les maisons de Jérusalem, il le bénit par une prière qu'il fit à son Père; puis , l'ayant rompu, il en donna à ses disciples, disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps, hoc est corpus meum. Ce qui veut dire, selon le sentiment de l'Eglise : Ceci est mon corps, non en symbole et en figure, mais en substance et en réalité , bien qu'il soit caché sous les apparences du pain. Après quoi, prenant un calice, <ù il y availdu vin avec un peu d'eau, il rendit, en priant, grâces à son Père céleste ; puis i! le lur donna, en disant: Buvez-en tous, car ceci est mon sang de la nouvelle alliance , « hic est enim sanguis meus novi tcstamenli , > qui sera répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. Il ajouta
f'27 CONFIRMATION DE L'HISTOIRE ÉVANGÉLIQUE
ensuite ces paroles : Or je vous dis que je ne boirai plus désormais de ce fruit de vigne , jusqu'au jour t/ne je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. Du vin qui était dans le calice , le Sauveur venait d'en faire son propre sang, et dédire à ses apôtres : Buvez-en tous ; puis , par un sens figuratif et métaphorique il ajoute, en parlant du vin: Je vous dis que je ne boirai plus de ce fruit de vigne qui réjouit le cœur de l'homme , jusqu'au temps que je le boive avec vous , c'est-à-dire que vous soyez comme enivrés de ces torrents de joie et de plaisirs que vous aurez dans le royaume de mon Père. Par là te Seigneur faisait assez connaître à ses chers disciples que ce serait là le dernier repas qu'il ferait avec eux , et qu'il allait bientôt passer de ce monde à son Père (Mallh., XXVI,2G-29; Marc, XIV, 22 25; Luc, XXII, 17-20).
C'est ici qu'il faut bien remarquer que Jésus-CIirist, dans cette dernière cène, ou, si vous voulez, dans ce dernier souper, institua non-seulement le sacrement de son corps et de son sang, dont tous les fidèles doivent participer, parce que c'est la vie et le soutien de l'âme ; mais même qu'il établit alors le divin sacrifice, qui représente celui de la croix, et qui depuis ce temps-là a toujours été offert dans l'Eglise , pour les vivants et pour les morts. Et comme il ne peut y avoir de sacrifice véritable sans sacrificateur; Je Sauveur, qui était Pontife éternel selon l'ordre de Melchisédech, et qui allait détruire par sa mort le sacerdoce d'Aaron, établit alors des prêtres , qui furent ses apôtres ; leur ordonnant d'offrir le sacrifice du pain et du vin, et de le faire offrir en tous les lieux, et dans tous les siècles, par ceux qui leur succéderaient daiis le sacerdoce. C'est là la foi constante de l'Eglise, qui nous a été laissée par ses Pères et par ses docteurs, qui l'ont reçue des mêmes apôtres. Et c'est pour cela que Jésus-Christ , en établissant , ta veille de sa mort, ce saerifice adorable, ne manqua pas de leur dire : Hoc facile in meam commemorationem, Faites ceci en mémoire de moi (Luc, XXII , 19) ; comme s'il leur dirait : Faites ce que je viens de faire; offrez le sacrifice du pain et du vin; mais offrez-le en mémoire de moi, et comme une représentation de la mort que je vas endurer.
C'est la créance et la doctrine que saint Paul nous a laissée en la personne des Corinthiens , mais qu'il nous a laissée après l'avoir reçue de Jésus-Christ même. Car voici comme il parle (I Cor., Il, 23-26) : Cest du Seigneur que j'ai appris ce que je vous ai enseigné : « Ego enim accepi a Domino quod et tradidi vobis; i à savoir, que le Seigneur Jésus, la nuit même qu'on le devait livrer, prit du pain ; et, ayant rendu grâces, le rompit, disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même le calice après avoir soupe, disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous le boirez; car toutes les fois que vous mangerez ce pain H que vous boirez ce calice, vous annoncerez lu mort
du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. Ce que saint Paul a enseigné à ceux de Coriniho, lui et les autres apôtres l'ont enseigné à toutes les Eglises ; et les saints docteurs l'ont lais é successive,! eut à tous les fidèles. C'est ce que nous apprenons du saint concile de Trente [Sess. 22, cap. 1 , can. 1, 2, 5), où toutes ces choses sont parfaitement bien établies, sur l'autorité des divines Ecritures et sur la tradition des mêmes Eglises. Revenons maintenant à la suite de l'histoire évangéiique, et voyons la consommation du crime de Jvtdas.
Malice consommée de ce traître.
Le Fils de Dieu, par une bonté et une patience qu'on ne saurait assez admirer, donna à Judas Iscariole son corps et son sang, comme aux autres apô très; plusieurs Pères sont de ce sentiment, et noua ne trouvons pas dans les évangélistes qu'on lui ail refusé cette grâce, bien qu'il en fût indigne. Comme elle ne le fit nullement rentrer en lui-même , et qu'au contraire il s'affermit dans son horrible dessein, ce fut alors que le démon, qui le lui inspirait si fortement, prit une entière possession de son cœur : ce qui arriva, selon saint Jean , incontinent après que Jésus-Chiiat eut donné à ce traître un morceau trempé. Car voici ce qu'en écrit cet évangélisle : Jésus ayant trempé un morceau de pain, le donna à Judas Iscariote, fils de Simon. Et quand il eut pris ce morceau, Satan entra dans lui, inlroivit in eum Satanas, c'est-à-dire qu'il posséda plus que jamais le cœur de ce perfide, et qu'il l'anima puissamment à accomplir son malheureux dessein. Le Fils de Dieu, qui voyait ces dispositions criminelles, et qui savait que son Père en tirerait sa gloire, à la confusion des démons, dit à Judas, qui é ait encore à table : Quod facis, fac citius, Faites au plus tôt ce que vous avez à faire : comme s'il disait : Accomplissez au plus tôt votre dessein perfide. Mais comme ces paroles n'étaient pas ouvertes, l'évangélisle assure que nul de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui dit cela. Car quelques-uns pensaient qu'à cause que Judas avait la bourse , Jésus lui avait dit : Achetez ce qui nous est nécessaire pour la fête ; ou qu'il donnât quelque chose aux pauvres. Au reste, Judas ayant reçu ce morceau, cum accepisseï ille buccellam , sortit aussitôt; et alors il était nuit, erat aulem nox. Ce fut donc parmi l'obscurité de la nuit, que ce malheureux alla trouver les Juifs, et commença à exécuter l'ouvrage que lui avaient inspiré les puissances des ténèbres (Jean, XIII, 2G, 50).
11 pouvait bien être environ huit ou neuf heures du soir, quand le traître sortit de la chambre où s'était faite la cène pascale. Alors Jésus-Christ, s'élant levé de table avec ses apô res, ils récitèrent ou chantèrent ensemble un cantique d'actions de grâces , suivant la manière des Juifs. Il y en a qui croient que ce cantique fut le psaume CVI qui commence ainsi ; Confilemini Domino, quoniam bonus, etc.; et peut-être même qu'on y joignit les deux précédents. D'autres
disent que ce fut le psaume CXI1I et principalement le CXIV, qui commence : In exitu Israël de Egypto ; ce qui parait d'autant plus vraisemblable que les Juifs, dans leur dispersion, les chantent encore maintenant après la célébration de la pâque.
Quoiqu'il en soit, après qu'ils eurent rendu grâces à Dieu par ces cantiques , il y a apparence qu'ils restèrent encore quelques temps dans ce lieu. Et ce fut alors qu'il s'excita entre les onze apôtres une espèce de contestation, pour savoir lequel d'entre eux était le plus grand. Je us leur fit là-dessus celte belle leçon : Les rois des nations dominent sur elles , et ceux qui ont sur elles de l'autorité sont appelés leur bienfaiteurs, Benefici , gr., tfipyfe«i» vocanlur. En effet, le nom ù'Evergèle, ou de bienfaiteur a été donné à plusieurs rois et princes gentils , principalement chez les Egyptiens et les Syriens, depuis le temps d'Alexandre le Grand. M ois pour vous autres, continue Jésus-Christ, ne [ailes pas de même. Que celui qui est le plus grand parmi vous devienne comme le moindre et que celui qui a le premier rang soit comme le serviteur. Car lequel est le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? n'est-ce pas celui qui est à table ? Et pourtant je suis parmi vous comme celui qui sert. Pour vous autres, vous êtes demeurés fermes avec moi dans mes tentations, c'est à-dire dans les persécutions que m'ont faites les hommes. Et moi, je vous prépare mon royaume, comme mon Père me l'a préparé; afin que vous y mangiez et buviez à ma lubie; et que vous soyez assis sur des trônes, pour juger les douze tribus d'Israël (Luc, XXII, 24-30).
Jésus prédit à saint Pierre qu'il le renoncerait.
Dans celle occasion , où il parut de l'orgueil parmi les apôtres, le Seigneur dil à Pierre, qui était destiné pour êlre le prince des autres : Simon, Simon, voilà que Satan vous a demandé pour vous cribler comme on fait le froment , c'est-à-dire qu'il a demandé la puissance de vous agiter par différents genres de tentations, comme on agite le blé dans le crible. M ait i'ai prié pour vous (il parle à Pierre), afin que votre foi ne défaille point; et quand un jour vous serez converti (il semble qu'il veut dire, quand vous serez retourné à moi par la pénitence), uyez soin d' 'affermir vos frères. Mes chers enfants, ajouta Jésus- Christ, je ne serai plus avec vous que très-peu de temps ; vous me chercherez, et, comme j'ai dit aux Juifs, vous ne pouvez venir où je vas; je vous le dis aussi maintenant. Je vous donne un commandement nouveau , qui est d'avoir de l'amour les uns pour les autres , afin que vous vous entr'aimiez, comme je vous ai aimés. Ce sera en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, $i vous vous aimez réciproquement. Simon Pierre lui dit là dessus : Seigneur, où allez-vous? Jésus lui répondit : Vous ne pouvez maintenant me suivre où je vas , mais vous me suivrez après. C'est comme s'il disait : Je vas bientôt à la mort, et à la mort de la croix; vous ne souriez maintenant m'y suivre ; mais ce sera quelques années après, car vous mourrez par la croix comme
moi. Pierre lui dit : Seigneur, pourquoi ne puis- je pat maintenant vous suivre? je donnerai ma vie pour vous. La charité de Pierre n'était pas encore assez grande pour en venir jusque-là. Aussi Jésus lui réponditil : Vous donnerez votre vie pour moi ? En vérité, en vérité je vous le dis, le coq ne chantera point que vous ne m'ayez renoncé trois fois [Jean, XI11, 53-38; Luc, XXII, 31-52).
Cette prédiction du Seigneur était bien humiliante pour saint Pierre, qui alors, présumant trop de ses propres forces, croyait être en état de souffrir la mort pour son cher maître. Peut-être que cette présomption dangereuse commençait aussi à corrom* pre le cœur des autres apôlres. C'est pourquoi Je* sus- Christ leur dit : Celle nuit je vous serai à tous un sujet de scandale, c'est-à-dire de chule. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées (Zach., XIII , 7). Mais après que je serai ressuscité, j'irai avant vous en Galilée. Pierre, qui se sentait plein de cœur pour son bon maître , l'entendant parler de la sorte, lui dit : Quand vous seriez pour les autres un sujet de scandale , vous ne le serez jamais pour moi. Jésus lui répondit : Je vous dis en vérité qu'en celte nuit, avant que le coq chante, vous me renoncerez trois fois. Pierre repartit : Seigneur, je suis prêt d'aller avec vous, et en prison, et à la mort même. Mais Jésus lui dit encore : Je vous déclare, Pierre, que le coq ne chantera pas que vous n'ayez juré que vous ne me connaissez point. Il semble même que Jésus-Christ, pour lui montrer qu'il savait parfaitement tout ce qui devait arriver, jusqu'aux moindres circonstances,. affecta de Jui dire, car c'est ainsi que s'en explique saint Marc (XIV, 50) : Je vous dis en vérité qu'aujourd'hui, et dans la nuit où nous sommes, avant que le coq ait deux fois chanté (c'est à-dire avant que le coq ait chanté pour la deuxième fois vers la fin de la nuit), vous me renoncerez jusqu'à trois fois. Mais Pierre, qui ne connaissait pas sa faiblesse, assurait encore davantage : Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renoncerai point. Tous les autres, disciples dirent la même chose (Mallh., XXVI, 51-35 ; Marc, XIV, 17-31; Luc, XXII, 55, 55).
r»emarquez ici que parce que saint Pierre avait par trois fois assuré le Seigneur qu'il voulait mourir avec lui , le Fils de Dieu semble avoir permis, pour humilier plus profondément cet apôtre , qu'il fait renoncé par trois fois. Comme c'est aussi pour et-, facer pleinement ce crime énorme, ce triple renoncement, que, quelque temps après sa résurrection, il lui a l'ait confesser trois diverses fois qu'il l'aimait et qu'il le savait bien : Tu scis quia amo te (Jean, XII, 45). Il voulait avoir des preuves de son amour, comme il en avait eu de sa lâcheté ; car enfin ce n'est que par l'amour, et par un amour sincère, qu'on efface son crime, et qu'on retourne véritablement au Seigneur, quand on l'a, ou renoncé, ou abandonné.
Après cela, le Fils de Dieu dit à ses apôtres, étant toujours dans le même lieu où il avait fait la cène pascale : Lorsque je vous ai envoyés sans sac} sans bourse
el sans chaussures, sine calceamentis (c'est-à-dire sans iloulile chaussure , comme j'ai fait voir ailleurs ; car en voyageant ils avaient toujours des sandales aux I ieds, calceati sandaliis), avez-vous manqué de quelque chose? De rien, lui dirent-ils. Jésus ajouta : Mais maintenant, que celui qui a un sac le prenne , et aussi celui qui a une bourse; que celui qui n'en a point, vende sa robe, et qu'il achète une épée. Car je vous dis qu'il faut encore que l'on voie en moi l' 'accomplissement de ce qui est écrit : Il a été mis au rang des scélérats; car ce qui me regarde va bientôt s'accomplir, Sur ces paroles, les apôtres lui dirent: Seigneur, voilà ici deux épées : Jésus leur répondit : « Satis est, » Cela suffit ( Marc , VI, 9;Lhc, XXII, 55-58).
Ce discours, que Jésus Christ tint à ses apôtres, paraît aussi obscur qu'il est. étonnant ; car enfin pourquoi leur commande-t-il , lui qui était le docteur de la douceur et de la patience, d'acheter de-; épées, et peur cela de vendre jusqu'à leur robe ? C'est qu'il voulait, non qu'on se mît en défense, suais que tout s'accomplît en sa passion, connue il était réglé par l'ordre de son Fère ou marqué dans les Ecritures. Or Pierre devait couper l'oreille de Malchus, et le Sauveur la lui devait remettre, il fallait pour cola une épée; et ainsi quand Jésus-Christ vit qu'il y en avait là deux, il leur dit que cela suffisait. Au reste, il ne leur dit les paroles qui sont à l'entrée de ce discours que pour insinuer qu'ils allaient bientôt se voir dans nn état bien différent de celui où ils avaient été; que jusqu'alors ils n'avaient manqué de rien , bien qu'ils n'eussent porté, en prêchant l'Evangile, ni bourse, ni sac; mais qu'après cela ils seraient dans l'indigence, la pauvreté et la persécution au milieu des Juifs, leurs mortels ennemis. Et c'est ce qu'il leur marque en paroles couvertes et énigmatiqut.s, quand il leur dit de se pourvoir d'une bourse et d'une épée : d'une bourse , pour se garantir de la nécessité ; d'une épée, pour se défendre de leurs ennemis. Dans le fond, tout ce discours n'était qu'une figure, mais qui leur représentait parfaitement bien ce qui devait leur arriver.
Autres discours du Fils de Dieu, après la dernière cène.
Rien n'est plus beau, plus consolant et plus admirable, que les divins entreliens qu'eut encore le Seiçneur avec ses apôtres dans le môme lieu. Il les avait jetés dans une tristesse profonde , en prédisant qu'il leur serait à tous un sujet de scandale et de chuie. Maintenant il bannit le trouble de leur cœur, et il les console en les assurant qu'il y a plusieurs demeures en la maison de son Père, qu'il s'en va leur préparer ; et qu'un jour il les reprendra avec lui, afin qu'ils soient éternellement au lieu où il sera. Et comme Thomas assure que ni lui ni les autres disciples ne savent pas la voie pour y aller, c'est à-dire, pour aller à ce palais céleste, Jésus leur dit : Je suis ta voie, la vérité cl la vie, Ego snm via, veritas cl vila; nul ne vient que par moi à mon Père. Là dessus
Philippe prit la parole, cl lui dit : Seigneur, monireznous votre Père, et cela suffit. Jésus lui répondit : Je suis avec vous depuis tant de temps, et vous ne me connaissez pas encore? Philippe, celui qui me voit, voit aussi mon Père. Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père, et que mon Père est en moi ? Croyezle au moins à cause des œuvres que je fais. Et après les avoir as urés qu'il ne manquera pas de faire ce qu'ils demanderont en son nom au Père céleste, il les exhorte à garder ses commandements , et promet de leur envoyer l'Esprit consolateur. Si vous m'aimez, leur dit-il, gardez mes commandements ; el je prierai mon Père, et il vous donnera un autre avocat, ou consolateur, qui est l'Esprit de vérité , que le monde (il entend le monde pervers et corrompu) ne peut recevoir. Il demeurera avec vous el sera dans vous. Je ne vous laisserai point orphelins, car je viendrai à vous, c'est-à-dire, par l'Esprit-Saint, que J3 vous enverrai.
Le Fils de Dieu, continuant son discours, leur dit : Celui qui a reçu mes commandements, el qui les observe, est celui là qui m'aime. Or celui qui m'aime sera aimé de mon Père, el moi je. l'aimerai aussi, el je me manifesterai à lui. Je vous ai dit ceci étant encore avec vous; mais le Saint-Esprit, le consolateur que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses. Je vous laisse la paix, je vous donne la paix ; mais je ne vous la donne pas comme fait le monde. 11 entend par là que le monde ne donne qu'une paix faus>e el trompeuse, pendant que la sienne est solide el véi ilahle. 11 conclut ce dûcovrs en leur disant : Si vous aviez de l'amour pour moi , vous vous réjouiriez de ce que je vous ai dit que je vas 2 mon Père. Je vous le dis maintenant , avant que cela arrive, afin que vous le croyiez lorsqu'il sera arrivé. Désormais je ne vous parlerai plus guère, car voilà le prince du monde qui vient, c'esl-à-dire qui vient commencer à me faire souffrir; mais il n'a rien en moi, el il ne prévaudra point contre moi. Néanmoins, afin que le monde connaisse que j'aime mon Père et que je fais les choses comme il me les a ordonnées, levez vous et sortons d'ici, surgite, e.wius hinc (Jean, XIV, 51). Le Fils de Dieu parle de la sorte, parce que le temps du prince des ténèbres était près d'arriver. Il fallait que le Sauveur fût pris et arrêté à Gelhsémani, hors de Jérusalem, on il é ait encore ; c'est pour cela qu'eu obéissant parfaitement aux ordres de son Père, il dit : Sortons d'ici. Tout cet excellent discours que j'ai abrégé, pour n'être pas trop long, est renfermé dans le chapitre XIV de saint Jean l'évangélistc, du vers. 1 au 51.
Dernières instructions du Sauveur.
Après ces saintes exhortations et ces divines ; i-> messes, Jésus Christ sortit de Jérusalem avec ses onze disciples; niais avant de passer le torrent des Cèdres, qu'on appelle aujourd'hui le torrent de Cédron, il s'arrêta avec eux en quelque endroit procho de la ville sainte (Jean, XIV, 51 ; Conf. XVilHI, 1). faisait nuit alors, et il pouvait bien être environ neuf
heures du soir, ce que je dis pourtant sans vouloir
I ien assurer là-dessus. Ce fut là, selon toutes les apparences, ou peut-être lorsqu'il sortait de Jérusalem, qu'il commença à leur dire tout ce qui est dans le chapitre XV de saint Jean, et ce que ce s:.ini évangéliste rapporte encore d;msle XVIe elle XVIIe. Voici en abrégé ce qui est renfermé dans ces trois chapitres.
D'abord Jé^us Christ se compare à la vigne, et son Père à un vigneron , et dit qu'il retranchera toutes les branches qui ne portent point de fruit. Je suis, dit-il ensuite, le cep de la vigne, et vous en êtes les branches. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit.; car vous ne pouvez rien faire sans moi, c'est-à-dire sans ma grâce et mon secours vous ne pouvez faire ni des œuvres de justice, ni des fruits de pénitence. Si quelqu'un ne demeure pas en moi (il entend p:ir la foi et principalement par la charité), il sera jc'.é dehors comme un sarment inutile ; il deviendra sec, et on le ramassera pour le jeter au feu et pour le brûler. 11 leur recommande encore de garder ses commandements, comme il a gardé ceux de son Père , cl de demeurer dans son amour, comme il a persévéré dans celui de son Père.
II tlil que ce sera par là que sa joie demeurera en eux et qu'elle sera pleine et entière. Après quoi il leur ordonne de s'entr'aimer, par ces belles paroles : Voici le commandement que je vous donne, c'est de vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés. Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous è;es mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appellerai plus désormais serviteurs, mais je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai fait savoir tout ce que j'ai appris de mon Père. Il montre ensuite comme le monde sera leur ennemi, et il les console là-ilessus : Si le monde, dil-il, a de la haine pour vous, sachez qu'il m'a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le inonde aimerait ce qui serait à lui; mais parce que vi us n'êtes point du monde et que je vous ai séparés du monde, c'est pour cela que le monde vous hait. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit : le serviteur n'est pas plus grand que le maître. S'ils m'ont persécuté, il vous persécuteront aussi : s'ils ont gardé mes paroles, ils garderont les vôtres (J£'a»,XV, 1-27).
Dans le chapitre suivant, qui est le XVIe de saint Jean, Jésus Christ continue à avertir ses apôtres des persécutions et des mauvais traitements qu'on leur fera partout; afin qu'étant prévenus là-dessus, cela ne leur soit point une occasion de scandale et de chute. Après quoi il leur déclare qu'il s'en va à celui qui i'a envoyé, c'est-à-dire à son Père céleste. Et comme ce discours affligeait les apôtres, il les console en celte manière : Parce que je vous ai dit ces choses la tristesse vous a saisi le cœur. Cependant je vous dis la vérité, il est expédient pour vous que ;e m'en .Ville ; car si je ne m'en vas point, l'avocat, ou le consolateur (le mot grec kctpàxlr^oi signifie l'un et
ET LA JUDAÏQUE. i35i
l'autre) ne viendra point à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. Et lorsque cet avocat céleste sera venu, il convaincra le monde du péché, de la justice et du jugement. Il convaincra le monde du péché d'incrédulité, parce qu'il n'a point cru en moi. Il le convaincra delà justice, que je lui ai annoncée, parce que je m'en vais à mon Père, qui ne me recevrait pas dans sa gloire, si je n'a\ais pas prêché la justice. Il le convaincra encore du jugement que j'ai rendu contre le démon, par la puissance et la vertu de ma croix, parce que c'est sur elle que j'ai jugé et vaincu le prince du monde. J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais présentement vous n'en êtes pas capables. Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toutes les vérités. C'est lui qui me fera connaître, parce qu'il prendra de ce qui est à moi (c'est à-dire parce qu'il procède de mon Père et de moi) et il vous l'annoncera. Après ces importantes vérités et ces grandes promesses, il leur déclare qie dans peu de temps ils ne le verront plus, parce qu'il s'en retourne à son Père. Quand, dit-il, je m'en serai allé, vous pleurerez et vous gémirez, le monde, au contraire, se réjouira ; mais voir»! tristesse sera changée en joie, cl personne ne vous la ravira (Jean, XVï, 1-33).
Prières importantes que fait Jésus-Christ.
Enfin dans le chapitre XVII de saint Jean, le Fils de Dieu prie, dans l'ardeur de son amour, pour la gloire qu'il attend de son Père, pour le salut de ses apôtres et pour celui de tous les élus. Rien au monde n'est plus beau, ni plus touchant, que les divines expressions de sa bouche, ou plutôt que les amoureuses effusions de son cœur. Voici comme il parle au Père éternel, les yeux levés au ciel : Mon Père, l'heure est venue, glorifiez voire Fils, afin que votre Fils vous glorifie ; comme vous lui avez donné pouvoir sur tous les hommes, afin qu'il donne la vie éternelle à tous ceux que vous lui avez donnés. Or la vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable, et Jésus-Christ, que vous avez envoyé. Je vous ai glorifié sur la lerre, j'ai achevé l'ouvrage que vous m'aviez chargé d'accomplir. Maintenant donc, mon Père, gloiifiez moi en vous-même de celle gloire que j'ai eue en vous, avant que le monde fût créé. Voilà la prière que Je us Chrisl a faite à son Père pour sa glorification.
Après cela, il prie pour la sanctification des apôtres et pour leur affermissement dans le bien. El voici comme il lui parle : J'ai manifesté votre nom aux hommes que vous m'avez donnés, les séparant du monde. Ils étaient 5 vous, et vous me les avez donnés, et ils ont gardé votre parole. Ils ont véritablement reconnu que je suis sorti de vous, et ils ont cru que c'est voué qui m'avez envoyé. C'est pour eux que je prie; je ne prie point pour le monde (c'est-à-dire pour le monde pervers, incrédule et impénitent), mais pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous. Je ne suis plus maintenant dans v.
CONFIRMATION DE L'HISTOlitE ÉYANGÉUQUE
monde (car il en devait sortir en peu de temps) ; mais pour eux, ils sont encore dans le monde, et pour moi, je m'en retourne à vous. Père saint, conservez, en votre nom, ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme nous, c'est-à-dire afin qu'ils soient unis ensemble par la concorde et la charité, comme nous sommes un par la nature et la divinité. Lorsque j'étais avec eux, je les conservais en votre nom. J'ai gardé ceux que vous m'avez donnés, personne d'eux n'a péri, sinon le (ils de perdition (c'est ainsi qu'il appelle le traître), afin que l'Ecriture ait son accomplissement. Je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont point du monde, comme je n'en suis point moi-même. Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Sanctifiez-les par votre vérité. (C'est comme s'il disait : Sanctifiez-les par la foi vivante et animée qu'ils ont en votre parole, car votre parole est la vérité.) Comme vous m'avez envoyé dans le monde, je les ai de même envoyés. Je me sanctifie moi-même pour eux, c'esl-à dire en m 'offrant pour eux à la mort, comme une hostie sainte, afin qu'ils soient eux mêmes sanctifiés par la vérité. (11 entend, par la sainteté de leurs œuvres et par la vérité de votre p;irole.)
Ensuite de celle belle prière, qui n'a rien que de grand et de divin, le Sauveur du monda, encore louché de tendresse et de charité, en l'ail une troisième peur t us ses élus. Ayant donc parié des apôtres, il dit à son Père, mais dans les mêmes sentiments : Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui doivent croire en moi par leurs paroles; afin que tous ensemble ils soient un (c'est à-dire, afin que l'un soit dans le cœur de l'autre par une charité sincère, comme vous, mon Père, êtes en moi, ot moi en vous par la communication de la divinité). Je suis en eux, et vous en moi (comme s'il disait, Je suis en eux par les dons de ma grâce, et vous en moi par l'unité de la nature) ; afin qu'ils soient consommés dans l'unité (c'est à-dire, qu'ils soient parfaitement unis par celle union étroite que forme la charité). Mon Père, je souhaite que ceux que vous m'avez donnés soient avec moi, là où je suis, afin qu'ils contemplent la gloire que vous m'avez donnée ; parce que vous m'avez aimé avant la création du monde. Père juste, dit il encore, le monde ne vous a point connu, mais moi je vous ai connu, et ceux-ci ont connu que vous m'avez envoyé. Je leur ai manifesté voire nom et je le leur ferai encore connaître, afin qu'ils aient en eux cet amour dont vous m'avez aimé, et que je sois moi-même en eux (c'està-dire parle même amour). Voilà la troisième prière de Jésus-Christ, et c'est celle qu'il a faite pour les élus peu de temps avant de souffrir. Elle est si belle, si importante et si avantageuse pour ceux qui ont eu le bonheur de croire en lui par la divine parole, qu'ils la devraient sans cesse et lire et méditer, demandant très humblement au Seigneur d'en ressentir les divins effets, et d'en voir en eux l'accomplissement {Jean, XVII, 1-26).
to3Ô
Le Sauveur prie duns le jardin de Gethsêmaui.
Aussitôt que Jésus-Christ eut achevé les prières qu'il venait de faire à son Père auprès des murailles de Jérusalem, saint Jean dit qu'il passa le torrent des Cèdres : c'était pour s'en aller, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers, qui était à l'orient, et au pied de laquelle coulait ce torrent, entre elle et la ville, dans la vallée de Josaphat. Voici comme parle cet évangélisle : Jésus ayant d'1 ces choses ( il en!end les prières dont je viens de parler), s'en alla avec ses disciples ou ses onze apôtres, au delà du torrent des Cèdres, egressus est cum discipulis suis Irans lorrentem Cedron. 11 ne passa ce torrent que pour se rendre avec eux à Gelhsémani, comme il est marqué par deux autres évangélisles, qui appellent ce lieu villam ou prœdium, ce qui semble dire une ferme; et peut-être que dans ce lieu il y avait des pressoirs publics destinés à presser les olives, desquels pressoirs il pouvait bien avoir tiré ce nom. Et d'autant que cette ferme de Gelhsémani élait vers le bas de la montagne des Oliviers, assez près de la ville, saint Luc écrit que JésUs-Chrisl, en sortant alors de Jérusalem, alla, selon sa coutume, à cette montagne : El egressus ibat, secundum consueludinem, in montent Olivarum.
Au reste, on peut observer, avant de passer outre, que tous les lieux voisins de Jérusalem, du côté de l'orient, tiraient leurs noms de quelque arbre o.u de quelque fruilqui abondait là. Bélhanie, par exemple, selon plusieurs, voulait dire en hébreu, lieu de palmes; je crois pourtant qu'il signifiait plutôt lieu de figues, comme Bethphagé signifiait lieu de figues précoces, ou, peut être, de figues non mûres. Pour Gelhsémani, il veut dire pressoir d'olives. En effet , la montagne vers le bas de laquelle se trouvait ce lieu , lirait son nom de la multitude d'oliviers qui s'y rencontraient. Comme donc on appelait la montagne des Oliviers, on disait le torrent des Cèdres, parce que la vallée où coulait ce torrent avait été autrefois remplie de ces arbres. Cela est si vrai, que Josèphe, dans sou Histoire de la guerre des Juifs (Lib. VI, c. 16\ gr.), n'appelle point autrement ce'. le vallée que xs5p«»« , en latin, GVdreium , qui veut dire un lieu plein de cèdres. Ays&i les LXX interprètes, qui vivaient plus de trois cent cinquante ans avant cet historien, nomment ils le torrent de celle vallée, xEWPouv TÛ7 x%«v , lorrenlem Cedromm (Il Rois, XV, °23, édil. des LXX). Mais ce qu'il y a encore de plus remarquable, c'est que saint Jean Pévangélisle, qui l'a tant de fois passé avec le Sauveur, ne lui donne point d'autre nom au chapitre XV11I de son Evangile. 11 y a donc bien de l'apparence que le mot grec, xéSpo« , d'où a été tiré le cedrus des Latins, vient du cédron des Hébreux, qui, de l'aveu des Juifs, signifie cèdre; car, selon eux, il y en avail de plusieurs sortes qui avaient différents noms. On doit ici se souvenir que c'est ce même torrent des Cèdres que David, qui était la figure de Jésus-Christ, arrosa de ses larmes en passant là avec le reste de son peuple ( II Rois, XV, 23, 30) ; il eu
PAR LA ROMAINE ET LA JUDAÏQUE
répandit aussi sur la montagne des Oliviers lorsqu'il «ortit de Jérusalem, fuyant la persécution de son fils Absalom.
Le Fils de Dieu ayant donc passé ce torrent avec les onze qui n'avaient pas manqué de fidélité, alla à Gelhsémani, et entra avec eux dans un jardin qui était proche de ce lieu. C'est saint Jean qui nous apprend celte particularité; et il dit que Judas, qui le trahissait, connaissait aussi ce lieu-là parce que Jé>us s'y était souvent trouvé avec ses disciples. Ce divin Sauveur, qui savait que l'heure des Juifs était arrivée, ou plutôt celle des princes des ténèbres (car Judas Lcariole était près de le livrer, ayant concerté cela avec ses ennemis), voulut auparavant se m cire en prière. Il dit donc à ses disciples : Tenez-vous ici pendant que je m'en irai là pour prier. Mais priez aussi, vous autres, afin que vous n'entriez point en tentation, c'est-à-dire afin que vous ne tombiez point à la vue de mes souffrances. Néanmoins il prit avec lut Pierre, Jacques et Jean, tous deux enfants de Zébcdée; et alors il commença à avoir de la frayeur et à être saisi d'affliction. Il dit à ses trois disciples qu'il avait toujours tendrement aimés : Mon âme est triste jusqu'à la mort; demeurez ici et veillez avec moi. Puis, s'étanl éloigné d'eux environ d'un jet de pierre , il se mit à genoux et pria en disant : Mon Père, s'il est possible, transportez ce calice (il entend le calice de sa passion), et faites qu'il s'éloigne de moi; néanmoins, que voire volonté s'accomplisse, et non pas la mienne.
Alors, dit l'évangéliste saint Luc, un ange du ciel lui apparut, qui le fortifia ; et, élant tombé comme dans une agonie, le visage prosterné contre terre, il se mil à redoubler ses prières, demandant à son Père que, s'il était possible, celte heure s'éloignât de lui. 11 lui disait, ainsi prosterné : Mon Père, mon Père, tout vous est possible, transportez ce calice loin de moi ; néanmoins, que votre volonté s'accomplisse, et non p s la mienne. Ce fut alors, comme écrit le môme évangélisle, qu'il lui vint une sueur comme dégouttes de sang qui découlaient jusqu'à terre. Celle crainte, cette frayeur, et surtout cette tristesse profonde dans laquelle on voit Jésus-Christ, nous paraît étonnante et presque indigne de la majesté d'un Dieu. Mais qu'on se souvienne que c'était un Dieu-Homme qui avait voulu se revêtir d'une chair comme la nôtre, c'est-à-dire d'une chair mortelle et passible, et qui, en la prenant, s'était chargé de toutes nos faiblesses et de toutes les peines dues à nos crimes. Il les porte donc et les endure dans louie leur étendue, parce qu'il veut exactement satisfaire à son Père; mais, après loul, il les endure volontairement. 111e fait encore pour nous apprendre qu'il faut souffrir, puisque nous sommes pécheurs, et surtout pour nous consoler dans ces peines et ces tristesses involontaires que nous ressentons si souvent, et qui sont les suites nécessaires du péché, aussi bien que la mort (Malih , XXVI, 56, 30 ; Marc, XIV, 32-36 ; Luc, XXII, 5944 • Jean, XVIII, i, 2].
Le Sauveur s'élant levé après celle prière, vint à ses disciples; et, les ayant trouvés endormis, car ils étaient accablés de tristesse, il leur dit : Pourquoi dormez-vous? levez vous et priez, afin que vous n'entriez point en tentation. Puis, venant à Pierre, il lui dit : Simon, vous dormez? Quoi ! vous n'avez pu veiller une heure avec moi? Veillez et priez, afin que vous ne tombiez point dans la tentation ; car l'esprit est prompt, mais la chairest faible. Après leur avoir parlé de la sorte, il s'en alla prier une seconde fois, en disant : Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite, fiai voluntas tua. Voilà toujours une soumission entière et parfaite aux ordres de son Père, quelque rigoureux qu'ils pussent être; et c'est pour nous un exemple qu'il faut imiter dans les occasions que nous avons de souffrir.
11 vint de rechef à ses disciples, et les trouva endormis, leurs yeux étant appesantis de sommeil ; et ils ne savaient que lui répondre, et ignorabant quid responderent ei. Les ayant donc laissés, il s'en alla encore, et pria son Père pour la troisième fois et dans les mêmes termes. Après cela, il revint encore à ses disciples, et ce fut alors qu'il leur dit, par une espèce de reproche de leur assoupissement : Dormez maintenant et vous reposez; l'heure est arrivée, et le Fils de l'homme va être livré entre les mains des pécheurs. Puis il ajouta aussitôt : Levez-vous, allons; voilà celui qui va me trahir qui est loul proche : Ecce appropinquavit qui me tradet (Matth., XXVI, 40 46 ; Marc, XIV, 57-42 ; Lue, XXII, 45, 46).
Jésus-Christ est trahi et livré aux Juifs.
A peine le Sauveur avait-il achevé ces paroles, que Judas Iscariole, qui était l'un des douze apôtres, arriva au jardin de Gethsérnani. Il avait avec lui une troupe de gens armés d'épées et de bâtons, qui avaient été envoyés par les princes des prêlres, les pharisiens et les anciens du peuple. Saint Jean dit qu'il y avait une compagnie de soldats; ce pouvaient bien être ces soldats romains qui gardaient le temple durant la fête des Azymes, et qu'ils vinrent là en armes, avec des lanternes et des flambeaux. Ce qui marque peut-être qu'il ne faisait pas alors trop clair, bien qu'on fûl près de la pleine lune. Or, Judas, qui le trahissait, leur avait donné ce signal : Celui-ci, avait-il dit, à qui je donnerai le baiser, c'est lui que vous cherchez, saisissez-vous-en et emmenez-le sûrement. Ce traître s'approcha donc de Jésus-Christ pour le baiser, et lui dit : Je vous salue, maître : et il le baisa. Ce fut là-dessus que le Seigneur lui dit : Quoi, Judas, vous trahissez le Fils de l'homme par un baiser, osculo Filium hoininis tradis!
Jésus donc sachant tout ce qui lui devait arriver, se présenta aux Juifs et leur dit : Qui cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C'est moi. Or Judas, qui le trahissait, était là avec eux. Lors donc que le Sauveur leur eut dit C'est moi, ils reculèrent en arrière et tombèrent par
terre, S étant relevés, il leur demanda une seconde fois : Qui cherchez-vous? El, comme ils eurent encore répondu : Jésus de Nazareth, il leur répliqua : Je vous ai déjà dit que c'est moi ; si c'est donc moi que vous cherchez, laissez aller ceux ci (il entend les apôtres qui étaient avec lui). Cela se fit ainsi, afin qu'on vît l'accomplissement de ce qu'il avaii dit luimême un peu auparavant : Je n'ai perdu aucun de ceux que vous m'avez donnés. Alors les Juifs s'approchèrent, et, ayant mis les mains sur Jésus, ils se saisirent de lui.
Les disciples qui étaient avec le Sauveur , voyant ce qui allait arriver, lui dirent : Seigneur, frapperonsnous de l'épée? Et en même temps Simon Pierre tirant la sienne, en frappa un des serviteurs du grand prêtre, qu'on appelait Malchus, et lui coupa l'oreille droite. Mais Jésus leur dit : Arrêiez-vous là. Puis ayant louché l'oreille de cet homme, il le guérit entièrement. Et aussitôt Jésus-Christ dit à Pierre : Remettez votre épée dans le fourreau ; car tous ceux qui se serviront de l'épée périront par elle. Ne voulezvous pas que je boive le calice que mon Père m'a donné. Et croyez-vous que je ne puisse pas prier mon Père, et il m'enverrait à l'instant plus de douze légions d'anges, c'est-à-dire une armée entière d'esjrils célestes , qui sauraient bien me délivrer? Mais comment s'accompliraient les Ecritures qui portent (•ne les choses doivent aller ainsi?
Alors Jésus dit à ceux qui étaient venus pour le prendre , parmi lesquels il y avait des princes des prêtres , des prévois du temple et des anciens du peuple : Vous êies venus à moi armés d'épées et de bâions, dans !e dessein de me prendre comme si j'étais un voleur. Tous les jours j'étais parmi vous assis d.ms le temple, enseignant le peuple, et vous ne m'axez pas arrêté. Mais c'est ici votre heure , et la puissance des ténèbres ; comme s'il disait : C'est ici l'heure que mon Père a laissée aux Juifs et au prince des ténèbres , pour accomplir leur malheureux dessein. Tout est arrivé de la sorte, afin que les paroles des prophètes eussent leur accomplissement. Alors les disciples, abandonnant leur maître, s'enfuirent tous. Or il y avait un jeune homme (il pouvait bien être de la ferme de Gethsémani ) qui suivait Jésus-Christ, couvert seulement d'un linceul , car il y a apparence qu'il s'était levé au bruit des soldats. Ceux-ci voulurent se saisir de lui, mais il leur laissa son linceul, et s'enfuit tout nu (Matf/i.,XXVI, 47-5G; Marc, XIV, 43-52; Luc, XXII, 47 55; Jean, XVIII, 5-11).
Le Fils de Dieu avait dit à ses apôtres, quelque temps auparavant : Celle nuit , je vous serai à tous un sujet de scandale et de chute. Car il est écrit, c'est-à-dire dans les Prophètes : Je frapperai le pasleur , et les brebis du troupeau seront dispersées. C'est le prophète Zacharie(XIII, 7) qui nous avait prédit cet événement, qui ne manqua pas de s'accomplir comme tous les autres marqués dans les divines Ecritures. En elTet , l'on n'eut pas plus lot arrêté Jésus- Cbiist, qui élait le maiire et le pasteur , qu'on vit
tous les apôlres s'enfuir, quoiqu'ils eussent protesté qu'ils voulaient mourir avec lui. Que devail-on attendre autre chose de ces hommes négligents, qui, au lieu de veiller sur eux-mêmes, de se tenir en prières et de demander à Dieu des forces dans une occasion si périlleuse, se laissent aller à la langueur et à l'assoupissement?
Le Fils de Dieu est condamné et outragé chez Caïpfie.
Les soldats romains, qui avaient un commandant à leur lête, cl les gens envoyés par les Juifs , s'étant saisis de Jésus-Christ, le lièrent et l'amenèrent comme un criminel à Jérusalem. Toutes les circonstances de ses actions et de sa prise, que j'ai marquées exactement, après les évangélisles, me portent assez à croire qu'il élait plus de dix heures du soir quand il fut arrêté à Gethsémani. Cela ne fui pas plus tôt fait, qu'ils le conduisirent d'abord chez Anne, adduxerunl eum ad Annam primnm, parce qu'il élait beau-père de Caïphe, qui se trouvait alors grand sacrificateur. Et c'était le même Caïphe qui avait dit aux Juifs en plein conseil qu'il était expé lient qu'un seul homme mourût pour tout le peuple. Mais outre que Anne , ou Ananus, comme l'appelle Josèpheen plusieurs endroits (Antiq,, Ub. XVIII, cap. 3), était beau père'du grand prêtre , on le considérait encore davantage parce qu'il avait rempli celte illustre dignité durant l'espace de quinze ou seize ans , et qu'il était , selon toutes les apparences , chef du sanhédrin , ou du grand conseil des Juifs. Et de plus, sa maison fui pour les soldats comme une espèce d'entrepôt , parce qu'elle élait proche de celle de Caïphe. Quelque grande que fût l'autorité d'Anne dans la ville de Jérusalem , il ne voulut point qu'on procédât chez lui au jugement et à la condamnation de Jésus de Nazareth. Il voulut rendre ecl honneur à Caïphe, qui, bien qu'il fût son gendre, était néanmoins alors revêtu de la souveraine sacrilicature.
Jésus -Christ fut donc amené chez Caïphe, dont le palais était dans la haute ville, sur la montagne de Sioii ; et ce fut chez lui que s'assemblèrent les princes des prêtres, les anciens du peuple et les docteurs de la loi , qui étaient de la secte des pharisiens. C'étaient là les grands de Jérusalem , qui tous avaient ouvertement conspiré contre le Sauveur; et la plupart d'<nlre eux étaient du conseil suprême, c'est-àd re de ce conseil qui , hors le cas de mort , jugeait presque souverainement de tout ce qui regardait la religion et l'Etat des Juifs. Quand saint Pierre vit qu'on menait son maître chez Caïphe , il le suivit de loin aussi bien qu'un autre disciple. Quelques-uns ont cru que c'était saint Jean ; mais il y a plus d'apparence que ce n'était pas un des apôtres, mais des autres qui avaient suivi le Fils de Dieu et embrassé sa doctrine. Et comme il était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans la cour de son palais, pendant que Pierre était dehors à la porle. Alors ce dis* ciple s'en alla parler à celle qui la gardait , et fit entrer Pierre dans la même cour. Ou alluma du feu au
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milieu , et Pierre s'assit avec ceux qui étaient autour et qui se chauffaient; car au mois d'avril les nuits étaient encore assez froides dans le pays de Judée, et principalement à Jérusalem, qui était bâlie sur des montagnes et des lieux élevés. Il voulait voir quelle serait la lin de son cher maître, car il l'aimait encore; mais la crainte qu'il eut de perdre la vie, l'emporta enfin sur son amour, qui s'était déjà beaucoup affaibli. On présenta donc Jésus-Christ à Caïphe , qui était assis avec les autres juges dans une salle de son palais. Ce grand prêtre l'interrogea d'abord sur deux choses : sur ses disciples et sur .sa doctrine, de discipulis suis et de doclrina ejus. Jésus lui répondit : J'ai publiquement parlé à tout le monde; j'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le temple où tous les Juifs s'assemblent, et je n'ai rien dit en secret : pourquoi donc m'interrogez-vous .Interrogez ceux qui m'ont entendu, sur ce que je leur ai dit ; ce sont eux qui savent ce que j'ai enseigné. Comme il eut dit cela , un des officiers qui était présent , donna un soufilet à Jésus , en lui disant : Est-ce ainsi que vous répondez au grand prêtre? Jé*us lui dit : Si j'ai mal parlé, rendez témoignage du mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez- vous?
Cependant les princes des prêtres et tous ceux du conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le (aire mourir, et ils n'eu trouvaient point, quoique plusieurs faux témoins se fussent présentés : car ils déposaient faussement contre lui , mais leurs dépositions ne s'accordaient pas. Enfin il en vint deux qui dirent en accusant le Sauveur : Celui-ci a dit : Je puis détruire le temple de Dieu et le rebâtir trois jours après. Alors le souverain pontife, se levant, lui dit : Yous ne répondez rien à ce que ceux ci déposent contre vous? Mais Jésus demeurait dans le silence. Le grand prêtre lui dit là-dessus : Je vous commande par le Dieu vivant, de nous dire si vous êtes le Christ, Fils de Dieu. Jé^us lui répondit: Vous l'avez dit, je le suis. C'est pourquoi je vous déclare que vous verrez un jour le Fils de l'homme, qui sera assis à la droite de la majesté île Dieu , et qui viendra sur les nuées du ciel , c'est-à-dire pour juger les hommes, et surtout pour condamner ceux qui, par des jugements d'iniquité, accablent les innocents.
Ce lut sur celle réponse , qui n'avait rien que de très-véritable , que le pontife déchira ses vêtements, en disant : ïl a blasphémé ; qu'avons-nous encore besoin de témoins? Yous venez d'entendre son blasphème. Qu'en pensez vous ? Ils répondirent tous : Il mérite la mort. Il y a apparence qu'après ce jugement ces faux juges se retirèrent. Ce fut alors que ceux qui tenaient Jésus-Christ pendant qu'il était chez Caïphe, le menèrent dans le vestibule et commencèrent à se moquer de lui et à le frapper. Et leur in • solence fui si grande que quelques* uns d'eux lui crachèrent au visage ; et lui ayant bandé les yeux , ils lui donnaient des coups de poing et même des soufflets , en disa.t : Christ , prophétise-nous, en devinant celui qui l'a frappé. Ils lui disaient encore beau
coup d'autres injures et d'autres blasphèmes [Mauh.t XXVI, 57-58 ; Marc, XIV, 55 65 ; Luc, XXII, 54-G5 ; Jean, XYI1I, 12 -21).
Chute de saint Pierre, qui renonce trois (ois. Pendant qu'on faisait au Sauveur de si horribles outrages dans la maison de Caïphe , Simon Pierre était au dehors assis dans la cour , qui se chauffait avec les autres. Alors une servante qui gardait la porte, l'ayant aperçu, s'approcha et lui dit en le regardant : Vous étiez aussi avec Jésus de Galilée. Mais il le nia devant tout le monde , en disant : Je ne sais ce que vous dites. Peu de temps après, comme il allait de la cour dans le vestibule , qui en était tout proche, pour voir ce que l'on faisait à son maître, une antre servante l'ayant vu, dit à ceux qui se trouvaient là : Cei homme était aussi avec Jésus de Nazareth, et comme quelqu'un de ceux qui étaient présents assurait la même cliose ; Pierre le nia une seconde fois, disant avec serment : Je ne connais point cet homme, et iterum negavit cum juramento, quia non novi hominem. Ce fui alors que le coq chanta pour la première fois ; car saint Marc nous apprend que Pierre était sorti de la cour pour entrer dans le vestibule lorsque le coq commença à chanter. Il y a donc assez lieu de croire que cela arriva incontinent après son second renoncement, ou au moins un peu auparavant, puisque, seb;n cet évangélisle , Pierre était déjà dans le vestibule de la maison. Ce lieu est appelé par saint Marc TtpoKÛ/wv, parce qu'il était ante aulam , au-devant de la salle du palais de Caïphe. Car proprement, les vestibules étaient des lieux couverts, à l'entrée des grandes maisons et placés an-devant des salles et des appartements. Comme donc le vestibule servait d'entrée à la maison, il ne faut pas s'étonner s'il est appelé ttu>wv par sainl Matthieu , mot qui quelquefois signifie vestibulum , ei quelquefois aussi , januam vestibuli , la porte du vestibule , par laquelle on entre dans les appartements. Tout ceci arriva, autant qu'on le peut conjecturer, vers le milieu de la nuit, car c'est alors que le coq a coutume de chanter, quoiqu'il le fasse aussi vers le point du jour.
Environ une heure après, intervalle facto quasi horœ unius, un des serviteurs du grand prêtre , parent de ce Malchus à qui Pierre avait coupé l'oreille , lui dit : Ne vous ai je pas vu dans le jardin avec cet homme : il entend le jardin de Gelhsémani; et quelques-autres de ceux qui étaient présents lui dirent aussi : Assurément vous êles de ces gens-là : vou^ êtes galiléen , car voire langage vous fait assez connaître. Pierre le nia une troisième fois, et ce fut alors qu'il commença même à faire des imprécations et à dire en jurant qu'il ne connaissait pointeelui dont on parfol : Tune cœpii deteslari et jurare, quia non novistet honiinem. Et pendant qu'd faisait ces serment», le coq, dit saint Mate, chanta pour la seconde lois , et statim gullua iterum cantavit.
Yoilà la troisième fois que Pierre, c'est-à-dire celui qui devait être le prince des apôtres et l'a colonne de l'Eglise, tombe à la voix de <k\\x servantes et de
quelques valet.'. Non seulement il tombe parcelle faiblesse qui cil assez ordinaire à l'homme , mais il renie son Sauvei r et son Dieu ; et ce qui est encore plus horrible , et serait même presque incroyable sans l'autorité des Ecritures, il ajoute des serments el des imprécations à son renoncement. Voilà le comble du crime , et Pierre ne pouvait pas porter le sien plus loin. Qui ne tremblera à la vue d'une chute si épouvantable, chute qui est le plus grand argument qu'on puisse avoir de la faiblesse de l'homme? Humilions-nous très-profondément en la considérant; mais en même temps, pour nous consoler, regardons la charité infinie du Sauveur.
Pierre le renonce trois diverses fois, et Jésus-Christ, au lieu de l'abandonner et de le laisser dans son crime, se retourne vers lui et le regarde, mais d'un œil de bonté el de miséricorde. Là-dessus, Pierre se souvient de la parole que Jésus lui avait dile : Avant que le coq chante deux fois, vous me renoncerez par trois fois ; il sort dehors, c'est-à-dire de la maison de Caïphe , qui venait d'être pour lui un sujet de scandale elde chule, el il n'en est pas plus tôt sorti, qu'il pleure amèrement l'excès de son crime. 11 n'a élé écrit avec tant de soin et d'exaciilude que pour nous apprendre, que quand nous sommes, par noire faiblesse , lombes dans le péché , il faut lâcher de s'en relever aussitôt el de l'effacer, comme Pierre, par nos larmes et nos gémissements (Matlh., XXVI, 69- 75 ; Marc, XIV , 66-72; Luc, XXII, 55-62; Jean, XVIII, 17 27).
Le grand conseil des Juifs condamne Jésus-Christ. On avait déjà condamné le Sauveur, el il avait élé jugé digne de mort, dans l'assemblée qui s'était tenue chez Caïphe, vers le milieu de la nuit. Mais comme celte assemblée ne s'était pas tenue dans les formes, c'est-à-dire au lemps et au lieu qu'il fallait, et qu'on aurait pu regarder son arrêl plutôt comme l'effet d'une conspiration violente el tumultueuse que d'un jugement réglé et véritable , on convint que , pour apaiser le peuple et sauver les apparences , il élail à propos d'assembler le lendemain le souverain conseil des Juifs. Le malin du vendredi étant donc arrivé, qui était le 15 avril, lorsque le jour commença à paraître, car c'est ainsi que parle saint Luc , les anciens du peuple , qui entraient dans le conseil , les princes des prêtres, à la lêle desquels étaient Anne et Caïphe , et les scribes ou docteurs de la loi , qui étaient de la secte des pharisiens, s'assemblèrent dans l'endroit du temple qui était desliné pour le sanhédrin, ou le conseil suprême de Jérusalem. Le mot de sanhédrin , qui est en usage parmi les Juifs , cl qui veut dire conseil ou assemblée , a été lire d'un mot grec dont saint Luc se sert en cet endroit, car voici (Oiume il parle au v. 66 : El al faclus est dies, convencruni seniores plebis et principes sacerdolum , el scribœ, et duxerunl illum sic tô ovikZpio-> éaurwv , in syneàrium suum, c'est-à-dire, comme porte la Vulgale, in consiuam suum. Ainsi l'on peut assurer que celte assemblée était le grand sanhédrin, auquel Anne semble
IlbTOIIlE ÊVANGÉLIQUE 13U
avoir présidé , comme il lit encore quelques mois après au sujet des apôtres. El c'est peut-être la raison pourquoi, la nuit précédente, il renvoya Jésus Christ de chez lui à Caïphe, se réservant de présider le lendemain à son jugement.
Lorsqu'ils furent assemblés , on leur amena Jésus Christ lié et garrotté, qui, durant la nuit, avait essuyé tomes les Indignités et tous les outrages que lui fit chez Caïphe un las de canailles. Quand il fui devant eux , ils ne s'arrêtèrent pas à lui faire de grandes interrogations, ni à écouter les dépositions des témoins, comme on avait faii la nuit précédente, sans nui succès. Ces juges d'iniquité savaient bien qu'il ne manquerait pas de dire qu'il était le Christ et le Fils de Dieu, car il l'avait hautement confessé chez Caïphe, et il n'avait garde ni de se taire, ni de se rétracter làdessus. Us lui dirent donc en plein conseil : Si vous êtes le Christ , dites-le nous neilement. Us lui parlaient de la sorte, parce qu'ils voulaient le condamner sur son propre témoignage.
Jésus leur répondit : Si je vous le dis , vous ne me croirez point; el si je vous interroge, vous ne me répondrez point et ne me laisserez point aller. Il leur fait assez entendre, par ces paroles , que ce n'est pas pour croire en lui, ni pour savoir la vérité qu'ils l'interrogent de la sorte ; mais pour le surprendre el pour le condamner. Néanmoins il ne laisse pas de leur dire : Désormais le Fils de l'homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu , c'est-à-dire du Dieu tout-puissant. Sur ces paroles , ils lui dirent tous : Vous êtes donc Fils de Dieu? 11 leur répondit : Vous le dites , je le suis. Ce fut alors qu'ils s'écrièrent : Qu'avons-nous besoin d'autre témoignage , puisque nous venons d'entendre ceci de sa propre bouche? Ce fui là-dessus que tous furent d'avis qu'il méritait la mort, parce qu'il se disait Fils de Dieu : ce qui était très-véritable , el cela fut pourtant regardé comme un blasphème par ces méchants juges {Luc, XXIÎ, 66-7'l ; Matlh., XXVII, 1 ; Marc, XV, 1).
II y en a qui croient , et peut être avec assez de fondement, que ces juges ainsi assemblés ne prononcèrent point contre Jésus de sentence de mort , quoiqu'ils le jugeassent digne du dernier supplice, parce qu'il semble qu'ils n'en avaient pas le pouvoir. La puissance du glaive, jus gladii, ou celle de condamner à la mort était réservée aux gouverneurs de la Judée, établis par les Romains. Coponius , qui fut le premier, l'avait eue de César Auguste, comme je l'ai montré ci-dessus ; elle fut continuée à ses successeurs , et surtout à Ponce Pilale , qui élail le cinquième. Tibère , en l'envoyant dans cette province, lui donna le droit de glaive , comme avaient eu les autres, el cette puissance était nécessaire pour la vérification des prophéties cl pour l'accomplissement des desseins de Dieu sur son Fils , puisque c'étaient les gentils qui le devaient livrera la mort. Aussi allonsnon? voir que les princes des Juifs s'adressèrent à Pilale pour faire condamner et mourir Jésus Christ, qu'ils faisaient passer pour un criminel.
lïtfK PAR LA ROMAINE ET
Judas tombe dans le désespoir.
Mais avant d'aller plus loin , il est nécessaire de marquer la fin malheureuse de Judas Lscariote, puisqu'elle est placée en cet endroit par les evangélistes. Ce traître , voyant que Jésus-Christ avait élé condamné dans le sanhédrin , où il avait élé jugé digue de mort, se repentit alors de ce qu'il avait f.iit la nuit précédente. Rapportant donc les trente pièces d'argent aux princes des prêtres et aux anciens qui étaient du conseil, il leur dit : J'ai péché, en trahissant le sang innocent , Peccavi tradens sanguinem justum. Ces méchants juges, que la passion et la fureur aveuglaient, sans être nullement touchés de cet aveu, lui répondirent : Que nous importe? c'est votre affaire; comme s'ils lui disaient : C'est à vous à voir ce que vous avez fait. Alors Judas jeta ces pièces d'argent dans le temple; ce qui fait assez voir qu'on y avait tenu le conseil ; et au lieu de pleurer son crime, comme avait fait saint Pierre, il se relira plein de désespoir et alla se pendre , et abiens laqueo se suspendit. Voilà quelle fut la funesle fin de ce perfide, qui avait élé assez malheureux pour trahir un maître dont il n'avait reçu que des marques d'amour.
Saint Luc dit dans les Actes (I, 48) que Judas s'étant pendu , creva par le milieu du ventre, et suspensus crepidt médius, et que toutes ses entrailles furent répandues. Le grec donne à entendre que tombant par terre, il creva , et que ses entrailles se répandirent par celle rupture. Cet exemple est terrible et Joit servir à ceux qui, étant tombes dans des fautes énormes , au lieu de recourir à la miséricorde , se laissent malheureusement entraîner par la violence de la tristesse et du dé-espoir. Au reste, les princes des prêtres ayant pris l'argent que Judas avait jeté sur le pavé du temple, dirent entre eux : Il ne nous est pas permis de mettre cet argent dans le trésor sacré, in corbonam, th to-j xop6a.v5.-j, parce que c'est le prix du sang. Corban en hébreu signifie don, donum, n^ais principalement un don fait à Dieu ; ainsi le trésor où l'on mettait ce qui était donné et consacré au Seigneur s'appelait en syriaque corbona ou plulôi eûtbuna. Après donc avoir délibéré entre eux là-dessus, ils en achetèrent le champ d'un potier , agrum figuli, pour servir de sépulture aux étrangers.
11 y a assez d'apparence que ce champ , qui avait servi à quelque potier, à cause de sa terre argileuse, était alors épuisé; ainsi, comme il se trouvait presque inutile , on l'eut à bon marché , car il ne coûta que ces trente pièces d'argent , qui étaient trente sicles, qui valaient environ quarante six livres. Il était au midi de la montagne de Sion, hors les murailles de la ville sainte; et il fut destiné pour la sépulture des étrangers, qui, venant à mourir dans Jérusalem, n'avaient pas de lieu pour être inhumés. Ce champ, par on effet de la Providence, fut depuis commune ment appelé par les Juifs, Haceldama, en latin, ager sanguinis, c'esl-à dire, le champ du sang; parce qu'il avait été acheté trente sicles, qui étaient le prix du sang
de Jésus-Christ. Le non! de ce champ, qui se conserva longtemps après, faisait souvenir les habitants de Jérusalem que Judas avait vemlu le sang d'un grand juste , et que leurs pères l'avaient répandu. Ainsi ce champ acheté par les princes des sacrificateurs ne fut pas tant le tombeau des étrangers que le monument public de leur iniquité.
X'est sur l'achat de ce champ que saint Matthieu dit : Alors fut accompli ce qui a élé prédit par le prophète Jérémie, ou bien par Zacharie (XI, 12) : Ils ont reçu les trente pièces d'argent ( ou les trente sicles), somme donnée pour celui qu'on a mis à prix, cl dont on a fait le marché avec les enfants d'Israël; et ils les ont employés pour en acheter le champ d'un potier , comme le Seigneur me l'a ordonné, c'est-à-dire comme le Seigneur m'a ordonné de le marquer en figure , portant dans le temple Ironie pièces d'argent que j'ai données à un potier pour avoir son champ. Par où l'on voit que ce qu'avait fait le prophète Zacharie était une figure de ce qui se devait passer à la passion de Jésus-Christ, le prix duquel fut donné à un potier pour acheter le champ qui lui appartenait. Ce n'est donc pas sans raison que plusieurs savants interprètes, et Baronius avec eux ( In Annal., adan. 5i), oui cru que le mot de Jérémie s'esl glissé dans cet endroit de saint Matthieu ; puisque de tout temps il y a eu des exemplaires, et il y en a encore aujourd'hui qui ne marquent point le nom de Jérémie. Et même le syriaque lit tout simplement : Tune implelum est quod dictum est per propheiam; et il semble, vu la variété des manuscrits, que ce soil la véritable leçon. Ainsi, au lieu du prophète Jérémie, il faut enlend.e Zacharie ; à moins qu'on ne dise que cela était écrit dans des livres attribués à Jérémie, que saint Jérô.ne dit avoir vus entre les mains des Nazaréens, mais qui ne sont pas venus jusqu'à nous (Matth., XX VII, 3fO).
Jésus est présenté à Pilate, gouverneur de Judée.
On a vu ci-dessus comment, dès le grand malin du vendredi du 15 avril, le Fils de Dieu fut condamné et jugé digne de mort par le sanhédrin ou le conseil souverain des Juifs, qui se tint dans le temple, c'està-dire dans une des chambres voisines de ce lieu saint. Incontinent après, cl sans faire le moindre retardement, les princes des prêtres et les anciens du peuple, qui avaient été de celte assemblée, le tenant toujours lié comme un criminel, descendirent dans la basse ville, et le livrèrent à Ponce Pilate, qui, depuis trois ans, avait été fait gouverneur de Judée par l'empereur Tibère. Son palais el le lieu où il rendait justice, que l'Ecriture appelle le prétoire, n'élaie: l pas beaucoup éloignés du temple et de la tour Antonienne. Ce lui là qu'on mit Jésus entre les mains de ce gouverneur, afin qu'il le condamnai à la mort. On voit que ce furent les grands de Jérusalem el principalement les sacrificateurs, qui le lui livrèrent. Sainl Jean dil que c'était le malin, erat aulem mane. il pouvait bien être alors entre six cl sept heures . c*
CONFIRMATION DE LiilSTOIRE EVÀNCÊL1QUE
;t ajoute qu'ils n'entrèrent point dans le prétoire, et ipsi non inlroïerunt in prœtorium, de peur que, devenant impurs, ils ne pussent manger la pâque.
Manger la pâque, dans le langage de l'Ecriture , s'entend proprement de l'agneau pascal. Selon cet évangéliste, les princes des prèlres et les anciens du peuple ne l'avaient p."s encore mangé le vendredi matin: et cependant le commun du peuple et Jésus- Christ même avaient fait da pâque le jour précédent vers le soir. Il y avait donc deux jours destinés à celle cérémonie, comme je l'ai déjà Insinué, et c'est ce qu'on verra plus amplement dans un autre endroit. Au reste ces Juifs craignaient de devenir impurs en entrant dans le préloire; car c'était le lieu où les Romains rendaient la justice : et les traditions des pharisiens leur enseignaient qu'en louchant un gentil, on se profanait en quelque manière, et que Ton contractait une impureté légale, qui empêchait de manger l'agneau.
Comme donc ils ne voulurent pas entier dans le prétoire, Pilate sortit dehors, et venant à eux, il leur itil en leur montrant Jésus-Christ : Quelle accusation formez vous conlre cet homme? Us lui répondirent : S'il n'était pas un méchant et un criminel., nous ne l'aurions pas mis entre vos mains. Pilate leur dit : Prenez-le vous mêmes et le jugez selon votre loi. Les Juifs dirent à cela : 11 ne nous est pas permis de faire mourir personne, Nobis non licel interficere quemquam. Cela était vrai, parce que, comme j'ai dit ailleurs, ils n'avaient pas la puissance du glaive, elle était réservée aux gouverneurs romains. Celle réponse des Juifs ne fut faite par eux, comme assure l'évangélisle, qu'alin qu'on vîi l'accomplissement de ce que Jé^us avait dit, lorsqu'il marqua de quelle mort il devait mourir. Car il avait prédit à ses apôtres, longtemps auparavant, qu'il serait livré aux gentils, qui, après mille outrages, le condamneraient à la mort de la croix.
Quoique les Juifs n'eussent pas alors le droit de vie et de mort, néanmoins les gouverneurs leur permettaient souvent de mettre à mort les criminels, qui étaient manifestement convaincus d'être prévaricateurs de la loi ; cl alors ils les lapidaient sous son bon plaisir, ou ils les faisaient mourir par quelque autre supplice, conformément aux termes de la loi. El c'est ee que Pilate insinue assez, quand il leur dit : Prenez Jésus, et jugez-le selon votre loi. Si les Juifs l'avaient jugé de la S(>rle, ils n'auraient l'ait que le lapider, ne l'ayant condamné dans leur sanhédrin que comme un homme qui avait blasphémé; et, selon la loi de Moïse, la lapidation était le supplice des blasphémateurs (Lévil., XXIV, 14). Ce n'était pas assez que ce genre de supplice : il fallait, selon les oracles des prophètes, que Jésus-Christ fût traité comme un scélérat, et que les gentils le fissent mourir sur le bois de la croix.
Ce fut ensuite de ce premier discours qu'ils commencèrent à l'accuser d'être un séducteur et un séditieux; car voici comme ils parlent à Pilate : Nous
avons trouvé que cet homme pervertissait notre nation, cl qu'il l'empêchait de payer le tribut à César, en se disant le Christ et le roi. Là dessus, Pilatu rentrant dans le préloire, et faisant venir Jésus, l'interrogea, et lui dit : Eles-vous roi des Juifs? Jésus lui répondit : Dites-vous cela de vous même, ou d'autres vous l'ont ils dit de moi? Pilate lui repartit : Est-ce que je suis Juif? Ceux de voire nation, et même les pontifes vous ont mis entre mes mains; quel crime avez vous fait? Jésus lui répondit : Mon royaume n'est pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, mes gens combattraient pour m'empêcher d'être livré aux Juifs; mais mon royaume n'est point d'ici. Alors Pilate lui dit : Vous êtes donc roi? Jésus lui répondit : Yous le dites, je suis roi. C'est pour cela (pie je suis né, et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est enfant de vérité, écoule ma voix. Pilate lui dit . Qu'est ce que la vérité?
Et ayant dit c; la, il sortit encore du prétoire pour aller trouver les princes des prêtres et le peuple juif. Ce fut alors qu'il leur dit : Je ne trouve en cet homme rien de criminel. Là dessus ils commencèrent à l'accuser de nouveau de beaucoup de choses; mais Jésus ne répondit rien. Pilate l'interrogea encore, ce fui même en leir présence, et il lui dit : N'entendezvous pas combien de choses ils disent conlre vous ? Ne répondez vous rien ? Mais Jésus ne répondit à aucune de ces paroles; de sorte que le gouverneur en était dansTétonnement. Les Juifs s'encourageanl sur son silence, dirent encore : 11 soulève le peuple par la doctrine qu'il a semée dans toute la Judée ; car ayant commencé dans la Galilée, il est venu jusqu'ici.
Pilate, entendant parler de la Galilée, demanda s'il était de celte province; et apprenant qu'il était de la juridiction d'iïéiode (car il était de Nazareth, proche de Séphoiïs ), il le renvoya à ce prince, qui était, comme j'ai dit, létrarque de Galilée. Il était aussi durant ces jours là à Jérusalem, parce qu'il avait voulu se trouver à la pâque. Hérode Antipaseui bien de la joie de voir Jésus Christ, car il y avait longtemps qu'il souhaitait cela, ayant ouï dire de lui beaucoup de choses , et espérant de le voir faire quelque miracle. 11 l'interrogea donc assez amplement; mais Jésus ne lui faisait point de réponse. Cependant les princes des prèlres et les docteurs de la loi, qui l'avaient suivi jusqu'au palais d'IIérode, car il était aussi dans la ville basse, et peu éloigné de celui du gouverneur, ne cessaient d'accu>er le Sauveur, et ils le faisaient avec véhémence; mais il ne leur répondit pas un seul mot, non plus qu'au létrarque, qui ne l'inierrogcail que par un esprit de curiosité. Ce fut là-dessus que ce prince, qui le prit peut-être pour un insensé, le méprisa ; ce que tirent aussi ks gens qui étaient à sa cour.
il le traita donc avec moquerie, le faisant revêtir d'une robe blanche, et en cet état il le renvoya à Pilaie. Cela fut cause qu llcrode et Pilate devinrent
amis ce jour-là même, d'ennemis qu'ils étaient auparavant. Peut-être que l'on découvrira la cause de fini* miiié de ces deux hommes, si l'on jette les yeux sur ce que j'ai dit de Pi laïc à la (in de Tan 27 de l'ère commune, llérode Anlipas , et les auires princes de son sang, écrivirent alors à Tibère, pour le conjurer de faire ôler de Jérusalem les boucliers dorés que Pilale y avait l'ail mettre pour chagriner la nation des Juifs. Cet empereur, ayant reçu leurs lettres, entra en colère contre ce gouverneur, lui ordonna d'enlever au plus tôt ions ces boucliers, de les faire porter à C&arée, et de les ^.acer dans le temple qu'on avait dédié à César Auguste. Hérode Anlipas fit par ses remontrances donner ces ordres fâcheux à Pence Pilate ; et il y a lieu de croire qu'ils furent mal ensemble depuis ce temps-là ( Mallh., XXVII, 11-14; Marc, XV, 15; Luc, XXUI, 1-12; Jean, XY1H, 28 58).
Les Juifs demandent que l'on crucifie Jésus Christ.
Après qu'Hérode, léirarque de Galilée, eut renvoyé le Seigneur avec mépris, Pilaie, qui ne cherchait qu'à le délivrer, fit venir les princes des prêtres et les grands de Jérusalem, et leur dit : Vous m'avez présenté cet homme, comme pervertissant le peuple ; et néanmoins quand je l'ai interrogé en votre présence, je ne l'ai trouvé coupable de nul des crimes dont vous l'accusez, ni llérode non plus. Car je vous ai renvoyés à lui ; et cependant on n'a rien fait à Jésus ijui marque qu'on l'ait jugé digne de mort. Je m'en vais donc le châtier, après quoi je le renverrai. Or le gouverneur était obligé , par une coutume , qui vraisemblablement s'était introduite sous ses prédécesseurs, de délivrer à la fête de Pâque un criminel, tel qu'ils lui demandaient. Il y en avait alors un insigne, appelé Barabbas , il était dans les chaînes avec les séditieux, parce qu'il avait commis un meurtre dans une émotion populaire, et de plus c'était un voleur public. Le peuple donc étant venu devant le prétoire, commença à demander au gouverneur la grâce qu'il avait accoutumé de leur faire.
Pilate, qui, comme marquent expressément les éAangélistcs, savait fort bien que c'était par une pure envie que les princes des pi eues lui avaient livré Jésus-Christ, outre qu'étant assis sur son tribunal, sa femme lui envoya dire : Ne vous mêlez point de l'affaire de ce jusie, nihil tibï et justo Mi ; car j'ai été aujourd'hui étrangement tourmentée dans un songe à cause de lui; Pilate, dis-je, voyant tout cela, et espérant Je pouvoir délivrer le Sauveur, demanda au peuple : Lequel voulez vous que je vous délivre, Uarabbasou Jésus, qui est appelé Christ? Les peuples, persuadés par les princes des prêtres et par les grands de Jérusalem , répondirent tous : Faites mourir cet homme, et donnez-nous Barabbas. Mais Pilate, qui pensait toujours à délivrer Jésus, leur dit : Que voulez-vous donc que je fasse au roi des Juifs, qui est appelé Christ? Ils s'écrièrent de nouveau, en disant : Crucifiez-le, crucifiez le. Pilate leur dit une troisième fois : Mais quel mal cet homme a-t-il fait? Pour moi S. S. XXVI».
PAL LA ROMAINE ET LA JUDAIQUE. 1Ô50
je ne trouve rien en lui qui mérite la mort. Je le ferai donc châtier, et après cela je le renverrai. Mais eux le pressaient avec plus d'instance, et disaient avec de grands cris redoublés : Qu'il soit crucifié (Mallh.,, XXVIi, 15 23; Marc, XV, 6-14; Luc, XXUI, 13-25; Jean, XVIII, 59 -40).
Jésus est fouetté et couronné d'épines.
Pilate, voyant les instances et les clameurs du peuple, fit prendre Jésus Christ, et le fit fouetter par quelques soldats. Comme ils sont ordinairement durs et impitoyables, ils se saisirent de lui sans nul respect, ils rattachèrent par les mains à une colonne, et le fouettèrent irès-cruellement, non avec des verges, mais avec des courroies de cuir ou des étrivières , ce qui était proprement le supplice des vils esclaves, Ensuite de ce rigoureux traitement, les soldats du gouverneur l'ayant mené dans la cour du prétoire, assem nièrent autour de lui toute la compagnie. Ce fut là . qu'après lui avoir ôlé ses habits, ils le revêtirent d'uR méchant manteau d'écarlate; puis ayant fait une couronne d'épines entrelacées, ils la posèrent sur sa tête, et mirent dans sa main droite une canne ou roseau. Après avoir considéré ce que les plus anciens ont dit louchant celte couronne, je suis assez porté à croire qu'elle fut faite de quelqu'une de ces plantes hérissées d'épines, qui croissent dans les champs parmi les haies et les buissons. Au moins saint Barnabe, dans l'Epître qui porte son nom, et Clément d'Alexandrie, au second livre de son Pédagogue, semblent être de ce sentiment. Peut-être que c'était une espèce de rhamnus, comme plusieurs l'ont cru; car celle plante est appelée par les Italiens spina sanla, et de plus elle est très-commune dans les lieux saints.
On juge assez , par cet appareil , que les soldats voulaient faire de Jésus-Christ un roi de théâtre , un roi imaginaire , qui fût l'objet de leur mépris et de leurs railleries. En effet , lorsqu'ils l'eurent mis dans ce triste étal , ils vinrent s'agenouiller devant lui, et ils disaient en se moquant : Ave, rex Judœorum, Salut au roi des Juifs. Après quoi ils lui donnaient des soufflets , ils frappaient sa tôle du roseau , et lui (radiaient au visage. Voilà des outrages horribles et des humiliations irès-profondes , que le Sauveur endure avec une patience incompréhensible pour le salut de l'homme ; car ce sont ses péchés qui réduisent Jésus-Christ dans un si iriste état. Et l'homme est aujourd'hui d'une telle délicatesse, qu'il ne peut souffrir, non pas même pour son Sauveur, la moindre humiliation ni le moindre mépris. Son impatience est donc bien grande , et encore plus son ingratitude.
Après qu'on eut traité le Fils de Dieu de la sorte, Pilate sorlit encore du prétoire . et , l'exposant en cet éial à la vue du peuple, qui attendait toujours ^on jugement , il dit aux Juifs : Le voici que je vous amène dehors , afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime. Jésus sorlit donc du prétoire, portant une couronne d'épines et un manteau d'écarlate ; et Pilate dit aux Juifs : Voici l'homme, Ecci [Quarante-trois.)
lô*>i CONFIRMATION DE LTi
homo ; c'est comme s'il leur cul dit : Voilà en quel éial est réduit l'homme que vous persécutez ; il est maintenant plus digne de voire compassion que de voire haine et de voire envie ; en le voyant dans ce triste appareil , soyez touchés de son malheur et cessez au moins de demander sa mort. Tout cela ne fit aucune impression sur le cœur des pontifes ; c'est pourquoi ils se mirent à crier avec leurs gens : Crucifiez le , crucifiez-le. Sur ces cris réitérés, Pilate leur d'il : Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez , car pour moi je ne trouve en lui aucun crime. Les Juifs lui répondirent : Nous avons une loi , cl selon celte loi il doit subir la mort, parce qu'il s'est fait le Fils de Dieu , quia Filium Dci se (ccil.
Pilate , ayant entendu ces paroles, commença à craindre davantage. El étant derechef rentré dans le prétoire, où il lit encore venir Jésus-Christ, il lui demanda : D'où êtes-vous? Mais Jésus ne lui fil aucune réponse. Pilate lui dit : Vous ne me parlez point; ne savez -vous pas que j'ai le pouvoir de vous faire mourir sur la croix , et que j'ai aussi le pouvoir de vous délivrer? Alors Jésus lui répondit : Vous n'auriez aucun pouvoir sur moi , s'il ne vous avait été donné d'en haut , a savoir par la permission cl la volonté de celui qui veut que tout ceci s'accomplisse; c'est pourquoi celui qui m'a livré entre vos mains a commis un plus grand péché, parce que, outre son crime, il vous met encore en état de commettre une cruauté et une injustice. Pilale sembla être touché de celte réponse, puisque, selon saint Jean, depuis cela il cherchait à le délivrer, exinde quœrebat Pilatus (iinnltere eum. Mais les Juifs, s'en apercevant, commencèrent a crier : Si vous renvoyez cet homme absous , vous n'êtes point ami de César, car quiconque se fait roi s'oppose à César.
Filme entendant ces discours, qui lui firent appréhender d'encourir la disgrâce de l'empereur Tibère, qui l'avait fait gouverneur de Judée et qui était jaloux de son autorité, fit mener Jésus hors du prétoire, et s'assit dans son tribunal , au lieu appelé lilhoslrole , en hébreu gabbatha. Ce lieu où était le tribunal du gouverneur était un peu élevé cl non loin du prétoire , et c'était là qu'il prononçait ses arrêts. Les Romains l'appelaient lilhoslrotc , comme on le voit par plusieurs auteurs {Varro, Pllnius et alii), bien que ce mot fût grec d'origine; il signifiait un lieu pavé, ou plutôt marqueté de riches morceaux de pierres. Et pour le mot gabbalha, qui était chaldaîque et de l'usage des Juifs de ce temps là, il voulait proprement dire un lieu élevé; car c'est ce que signifie gaba en hébreu , d'où en chaldaïque est formé gabbatha. Lorsque Pilale se mil dans son tribunal pour prononcer contre Jésus-Christ la sentence de mort, on était au temps de la préparation de la pâque , et il était environ l'heure de sexte : crat autan parasceve pascliœ, hura quasi sexla. S'étanl donc assis dans son siège , il dit aux Juifs : Voici votre roi. Ils recommencèrent à crier ; Oiez le , ôtez le et le crucifiez. Pihilc ajouta : Crucifierai je votre ro; ?
ISTOiRE ÉVANGÈLIQUE 155<I
Les princes des prêtres répondirent : Nous n'avons point d'autre roi que César.
Pilale , voyant qu'il ne gagnait rien , et que li tumulte devenait plus grand, se fil donner de l'eau ; puis lavant ses mains devant tout le peuple, il dit :, Je suis innocent du sang de ce juste , Innocens ego sum a sanguine justi Inijus ; c'est à vous à voir si vous en voulez répondre. Tout ie peujle lui dit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. La cété-. monie que fait ici Pilate est prise de l'usage des Juifs; car selon l'ordonnance de la loi marquée dans le Dcutéronome (XXÏ, 6), quand ils voulaient se déclarer innocents du sang de quelque homme, ils, se lavaient les mains devant, le peuple et les magis-, trais. Après tout , Pilale peut-il être innocent, quelque chose qu'il fasse , pendant que, sur les clameurs d'un peuple obstiné , il condamne à la morl ua. homme qu'il sait cl qu'il déclare être juste : pourquoi donc cette cérémonie, sinon pour témoigner publiquement l'innocence de Jésus-Chrisl, et pour la rendre par là plus certaine ci plus avérée?
Les Juifs se sont rendus coupables de son sang, et ce sont eux qui l'ont fait répandre ; aussi en portent-, ils la peine dans toule sa rigueur. lis ont commencé à la ressentir quarante ans. après, par la désolation, entière de leur ville et de leur temple ; il y a plus de seize cents ans qu'ils la portent, et ils la porteront , par leur bannissement et leur servitude, Jusqu'à la fin des siècles. Au reste , il ne faut pas manquer de faire observer que quand Pilale s'assit publiquement dans son tribunal pour condamner Jésus-Chriït, il élail vers l'heure de sexto , c'est à-dire qu'elle était déjà beaucoup avancée, et ainsi il pouvait être en-: v'.ron onze heures du matin ; et c'était, selon saint. Jean , la parasceve de la pâque, on le lemps de la préparation pour la faire. Ce qui marque assez qu'ai» moins les princes des piètres, les sacrificateurs ci les anciens du peuple n'avaient pas encore fait rr> pâque; et, par conséquent, qu'ils ne mangèrent l'agneau que le soir du même jour, qui élail un vendredi.
Il y avait donc alors deux jours consécutifs destinés pour l'immolation de l'agneau pascal , puisque Jé^us- Christ l'avait mangé dès le jour précédent avec le peuple. Certes les prêtres el sacrificateurs étaient tellement occupés !e soir du premier jour à immoler les victimes du peuple , le nombre duquel pouvait mouler alors à deux ou trois millions, qu'il n'élaii presque pas possible qu'ils cus>enl le temps de faire la pâque avec les autres. Ainsi il y a bien de l'apparence qu'ils ne la faisa'enl que le lendemain, comme Ton vient de voir par sainl Jean. C'est ce qui sera prouvé ailleurs avec plus d'étendue; car c'est un (ail irès-imporlant qui sert à accorder les évangélistes, et , par conséquent, qu'il est à propos de bien établir (Jean, XIX, 1-15; Malth., XXVÏI, U-V\).
Pilale condamne le Sauveur, qui esl mené au supplice.
Enfin Pilate, après avoir tant reculé el tant dispute avec les Juifs, craignant oue le tumulte ne devînt
plus gran], donna un jugement et accorda leur demande, adjudicavit fieri peltiionem eoruhi (Luc, XXÎII, 2-4). Il leur délivra Rarabbas comme ils le désiraient, bien qu'il eût élé mis dans les prisons pour crime de sédition et de meurtre ; et pour ce qui est de Jésus, qui avail déjà été auparavant fouellé, il l'abandonna à leur volonté pour èire mis en croix. Cela se fit par un jugement de condamnation que ce gouverneur donna contre lui , bien que Laclance (Inslit. lib'. IV, cap. 18) et quelques autres aient cru le contraire ; ainsi , de son tribunal, iJ prononça contre Jésus Christ la sentence de mort. C'est ce que Tacite (Annal, iib. XV, cap. U) donne assez à entendre , quand il dit de lui que, sous l'empire de Tibère , Ponce Piiate l'envoya au supplice : Christus , c'est ainsi qu'il le nomme , après l'avoir fait auteur du nom chrétien , qui, Tiberio imperilanle , per procuratorem Pontium Pilatum suppllcio affeelus erat. Or un juge romain n'envoyait jamais un homme au dernier supplice sans donner contre lui un jugement de mort ; aussi" tout ce que nous voyons d.uis les évangélistes marque-t-il assez qu'il y fut condamné.
Ce fui en vertu de ce jugement que les soldats romains se saisirent de Jésus pour le mener au lieu du supplice ; mais auparavant ils lui firent encore de nouveaux outrages. Ensuite de quoi, lui ayant ôlé le manteau de pourpre ou d'écarlale dont ils l'avaient couvert, ils lui remirent ses habits, à tout le moins sa robe , et l'emmenèrent ainsi pour le crucifier. Parmi les Romains , le supplice de la croix était bien plus commun que parmi les Juifs; il était surtout destiné pour ceux qu'on trouvait coupables de sédition ou de lèse majesté, prinei paiement quand c'étaient des esclaves et des hommes de néant. Jésus- Christ était accusé de ces deux crimes ; d'ailleurs son état paraissait vil et méprisable, au moins aux yeux du inonde. Et c'est à cause de cet état de bassesse et d'humiliation qu'on élève son jugement, pour ainsi parler, après un prophète : In humiliiaie judicium ejus sublalum est, yr., ïpdr), id est, elaium est. Car c'est le véritable sens de la prédiction dTsaïe (LUI, apud Sept.), que la plupart des interprètes n'ont guère entendue. Ou élève donc son jugement , ou plutôt on l'élève lui même sur la croix en vertu de ce jugement, parce qu'il a été méprisé et regardé comme le dernier des hommes , selon le même prophète , despeclus et novissimus virorum ; car s'il avait paru dans un étal de grandeur, il n'aurait p;is subi ce genre de mort.
Un des évangélistes écrit qu'il alla au lieu du supplice , portant sa croix sur ses épaules , bujuians sibi crucem. Jésus-Christ devait régner sur les nations de la terre par le bois de la croix ; car ce lut par ce Lois qu'il vainquit le prince du monde et les puissances de l'enfer. Il avait donc sur ses épaules les marques de sa royauté et de son empire , accomplissant alors cette prophétie , El faclus est prinapatus super humerum ejus(hui., IX, G). Ainsi, à l'égard d s Juifs cl des Romains le portement de la croix était
une peine cl une ignominie ; niais à l'égard des chrétiens, c'était un mystère, comme le dit fort bien le grand saint Augustin. 11 allait donc portant sa croix au lieu appelé le Calvaire, et en hébreu Golgolha. Et comme les soldats le menaient à la mort, ils prirent un homme de Cyrène (c'est-à-dire qui était originaire de Cyrène en Afrique, où il y avait plusieurs Juifs), qui se nommait Simon , cl qui alors revenait des champs. Il était père d'Alexandre et de Rufus , qui, apparemment, furent depuis connus des chrétiens; ils le chargèrent de la croix, la lui faisant porter après, ou plutôt derrière Jésus Christ. Or le Fils de Dieu en allant au Calvaire était suivi d'une grande multitude de peuple et même de femmes , lesquelles, le voyant dans cet étal , le pleuraient et se lamentaient. Alors Je us, se retournant vers elles, leur dit : Filles de Jérusalem , ne pleurez point sur moi, mais pleurez sur vous mêmes et sur vos enfants. Car voilà que les jours vont venir dans lesquels on dira : Heureuses les stériles, les entrailles qui n'ont point porté d'enfants, et les mamelles qui n'en ont point allaité. Quand ces jours seront venus, on commencera à dire aux montagnes : Montagnes, tombez sur nous ; et vous, collines, couvrez-nous. Car si l'on traite ainsi le bois vert , que sera-ce du sec (Osée, X, 8) ? Chez les Hébreux, ei même dans les prophètes, le bois vert signifie les bons, elle bois sec les méchants. Jésus-Chrisl veut donc dire : Si mon Père me traite avec tant de rigueur, tout juste que je suis, que ne fera-l-iï pas à des impies et à des criminels? Il marque tacitement et en paroles couvertes les maux hoiribîcs que Dieu devait faire et qu'il a faits à Jérusalem et au peuple juif, parce qu'ils ont été la cause de sa mort.
On conduisit ainsi le Sauveur sur la montagne du Calvaire, cl l'on y mena aussi deux autres hommes, qui étaient criminels, pour les faire mourir avec lui. Or celte montagne, qui était à l'occident et hors des murailles de Jérusalem, n'était proprement qu'un tertre ou une petite colline à laquelle on a donné le nom de Calvaire. Ce mot est tiré du latin calva et calvaria, • qr-i veut dire le crâne ou l'os de la tète, en grec xedévwv; et golgotha, en langue chaldaïijue, signifie la même chose; car on prononçait ainsi au lieu de golgoliha, par une espèce d'adoucissement qu'on introduit aisément dans les langues vivantes. Ce mot chaidaïque est formé sur l'hébreu golgolelh, ou, comme on prononce aujourd'hui, gulgolelh, qui veut aussi dire le crâne de la lè:e. On croit assez communément que celle petite montagne a pris son nom des os de tête qu'on y trouvait, parce que c'était là qu'on faisait mourir les criminels; quoiqu'elle puisse bien l'a roir tiré de la forme ronde qu'elle avait, et qui ressemblait assez au crâne de l'homme. Quelques Pères ont cru, après Origène , qu'on l'avait ainsi appeléede la tête d'Adam, qui devait avoir été enterrée sur celle montagne, où mourut le second Adam. On en croira ce que l'on voudra ; mais pour moi je suis persuadé qu'il a pris cela des Juifs, qui, comme l'on sait, sont riches en fictions
Après que Jésus-Christ fut arrivé sur le Calvaire , lorsqu'il était près d'endurer la mort de la croix, ils lui donnèrent du vin qui commençait à s'aigrir, et qui était mêlé de myrrhe et même de fiel. C'est ce que nous apprennent deux évangélistes; car saint Marc dit : El datant ei bibere myrrhatum vinum ; gr., h^pwifhm 9«oa : voilà du vin mêlé de myrrhe qu'on donne ;.u Sauveur. Mais saint Matthieu fait assez entendre qu'il commençait à s'aigrir, puisqu'il l'appelle en grec Sfr, acetum ; et il assure qu'il était mêlé de fiel, cum [elle mixlum. C'était une coutume parmi les Hébreux, qui es! marquée dans leur Talmud , et dont on voit quelques vestiges au livre des Proverbes (XXX), 6, 7), de donner à ceux qui allaient souffrir le dernier supplice, du vin mêlé avec un peu d'encens ou de myrrhe. C'était vraisemblablement pour adoucir leurs peines, parce que celle sorte de boisson, en stupéfiant un peu le cerveau, les leur rendait moins sensibles. Jésus-Christ, qui ne voulait rien diminuer des siennes, se contenta de goûter de la boisson qu'on lui présentait ; car il ne la but point, selon ces paroles : Cum gustassel, noluit bibere. Outre qu'elle était Irès-amère, soit parce qu'on y avait mêlé du fiel, par une cruauté inouïe; soit, comme pensent quelques interprètes, parce qu'on y avait mis trop de myrrhe , qui mêlée avec du vin à demi aigre , était amère comme fiel (Malth., XXVll, 51 34; Marc, XV, 20-23; Jean, XIX, 16, 17).
Jésus est attaché à la croix.
Enfin tout étant prêt, les soldats prirent Jésus- Christ et l'attachèrent avec des clous à l'arbre de la croix. Ils crucifièrent avec lui deux criminels , qui étaient des voleurs; ils mirent l'un à sa droite et l'autre à sa gauche, de sorte que le Sauveur était au milieu d'eux. Ainsi fut accomplie cette parole de l'Ecriture : Il a été mis au rang des scélérats , El cum iniquis depulalus est (7s., LUI, 12). Pendant qu'on menait le Fils de Dieu en croix, plein de bonté et de miséricorde , il disait au Père céleste : Mon Pè.re , pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font, non enim sciant quid faciunt. Pilale fit aussi une inscription qui fut mise au haut de la croix ; elle portait ces mots : Jésus de Nazareth, roi des Juifs; et cette inscription se lisait en hébreu, en grec et en latin. Ces deux premières langues étaient en usage dans Jérusalem et dans les villes de la Palestine depuis l'éla- Missemcnl de l'empire des Grecs ou depuis le temps d'Alexandre; pour ce qui est de la latine, on ne s'en servait que pour conserver la majesté de l'empire romain, car peu la savaient dans la Judée. Plusieurs d'entre les Juifs lurent celle inscription, parce que le lieu où Jésus avait été crucifié était proche de Jérusalem. Là-dessus les princes des prêtres dirent à Pilale : Ne mettez pas roi des Juifs, mais qu*i/ s'est dit roi des Juifs. Pilate leur répondit : Ce que j'ai écrit est écrit, Quod scripsi scripsi.
Il faut ici remarquer que l'évangéliste saint Marc dit en termes exprès qu'il était la troisième heure du jour q,vmd on crucifia Jésus-Christ , erat autem hora
tertio, uf« rplzY}, et crucifixerunl eum. Ce qui ne semble pas s'accorder avec ce que j'ai dit sur l'autorité de saint Jean , que le Sauveur fut condamné l'heure de sexle étant déjà beaucoup avancée, c'est-à-dire environ onze heures. Les interprètes travaillent à concilier ces deux évangélistes , et l'on peut voir ce qu'ils disent là-dessus. Le mot grec upa., hora, a plusieurs significations, et ici je crois qu'il n'est pas pris sim plemenl pour une de nos heures, mais pour une partie du jour. Car, comme la nuit se partageait chez les Juifs en quatre veilles, chacune de trois heures, ainsi qu'on le voit par les évangélistes , de même le jour se divisait chez eux en quatre parties qui ont été appelées heures. Comme donc pour la nuit on a dit prima, secunda, tertia v'ujilia, etc., on a pu dire aussi pour les parties du jour, prima, secunda, tertia hora, etc. Et en ce sens, le lerlia hora de saint Marc, c'est-à-dire la troisième heure ou partie du jour aurait commencé à midi, ce qui s'accorderait parfaitement bien avec saint Jean. Car de la sorte Jésus Christ aurait été condamné vers les onze heures, et mis en croix à midi.
Après que les soldats eurent crucifié Jé^us-Christ, ils prirent ses vêlements, c'est-à-dire sa robe et son manteau; et ils divisèrent celui-ci en quatre parts, une pour chaque soldat : ce qui donne à connaître qu'il fut mis en croix par quatre soldats. Pour ce qui est de la robe ou tunique, comme elle était sans coulure et d'un seul lissu depuis le haut jusqu'en bas, ils direnl enlre eux : Ne la coupons point, mais jetons au sort à qui de nous l'aura. Cela fut fait ainsi par eux pour l'accomplissement de l'Ecrilure, qui dit : Ils Ont partagé enlre eux mes vêlements et ils ont je:é ma robe au sort (Psal. XXI, 19). Voilà ce que firent alors les soldats (Matth., XXVII, 35-58; Marc, XV, 24-28; Luc, XXIII, 33, 5i; Jean, XIX, 17-24).
Le Sauveur expire sur le bois de la croix.
Pendant que Jé^us-Chrisl était sur la croix et qu'il tendait, pour ainsi dire, les bras à un peuple incrédule et rebelle, car il ne demandait que son salut, il y en avait qui en passant près du Calvaire vomissaient conlre lui des blasphèmes. Ils disaient, en le regardant avec un œil de mépris et en branlant la tête : Toi qui détruis le temple de Dieu et qui le rebâtis en trois jours, sauve-loi toi-même ; si tu es Fils de Dieu , descends de la croix. Cependant le peuple se tenait là, et plusieurs se moquaient de lui. Et c'est même ce que faisaient les ptimes des prêtres, les docteurs de la loi et les anciens du peuple. Car ils disaient en raillant : Il a sauvé les aulres, et il ne saurait se sauver lui-même. S'il est le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui. Il se confie en sou Dieu ; qu'il le délivre, s'il l'aime, puisqu'il a dit : Je suis le fils de Dieu, Filius Dei sum. Les soldats qui étaient là lui insultaient pareil* lemcnl. Il n'y eut pas jusqu'aux voleurs qui étaient crucifiés à ses côtés qui ne lui fissent outrage. Car l'un disait en blasphémant : Si tu es le Christ, sauvetoi, et nous en môme temps. Mais l'autre l'en reprit el
PAR LÀ ROMAINE ET LA JUDAÏQUE