‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 144 sur 157 · DISSERTATION SUR LE TEMPS DE LA PAQUE DES JUIFS · texte numérisé non relu

DISSERTATION SUR LE TEMPS DE LA PAQUE DES JUIFS

ce méeomptc que ce Père , emporté par son zèle, va jusqu'à dire(i/i PrologQpaschaUy.Quulis ergo est caciias mentis vel demenlia, ul cum mderi non possii ingestma, (il parle de la lune) videutur udhuc dejiciens, el dicatur prima, nonnunquam et secundu. Il veut dire par ces p. rôles un peu trop dures, que c'était une espère d'aveiHement, de compter le premier ou le second de la lune lorsque, bien loin d'être dans son trentième, où elle ne paraît point, on la voyait encore dans son déclin Si les chrétiens se sont souvent trompes de deux jours touchant la fêle de Pâques , malgré les opposilions et les contradictions de leurs lieres , qui ont lâché de les redresser ; que ne devons-nous pas peu *er des Juifs qui ont eu le même cycle qu'eux , mais qui n'ont eu personne pour les contredire V N'avousnous pas dans saint Epiphane une constitution louchant la pâque, qu'il ne nie pas èlre des apôtres, par laquelle on voit qu'ils avaient fort bien remarque l'erreur qui s'était glissée dans la supputation des Juifs. Les apôtres disent aux gentils convertis de ne point s'arrêter à supputer les temps de la paque, Vos temporinn ralioncs ne subducite ; mais de la faire au lemps que ceux qui avaient été Juifs la célébraient : Cum Hs itaque pascha perayile. Après quoi ils ajoutent : Quamvis uumenL ipsi , ih/h'J id vos commoveal ( Apud Eoiphan , heures. 70). . ,

On oppose encore à l'usage des cycles le traite entier de la consécration du mois, ou autrement le Chiddus huchodes de Maimonides. Ce fameux docteur juif suppose dans ce traité, api es le Talmud, que le grand sanhédrin envoyait vers le renouvellement de t-haque mois des hommes dignes de loi pour découvrir quand la nouvelle lune commencerait a paraître; et il dit (lue c'était sur celle apparition ou sur celle phase qu'on réglait chez eux les mois el les leles. Il y a auiourd'hui hieu des gens sages qui croient que ce sont là des contes des rabbins el de leur Talmud, qui (ii est tout rempli, ayant peine à croire que ce qu'il, disent là-dessus puisse être véritable. Pour moi, je ne tiens pas tout cela pour fabuleux : il y a du laux eu beaucoup de choses, mais aussi il y a du vrai : nu ne discernera l'un de l'autre qu'en distinguant les temps el les lieux.

Ouand Maimonides suppose, après les talmudisies, (nie e'étaitde Jérusalem qu'on dépèchail ces envoyés pour découvrir la lune naissante, qu'ils retournaient prompteinent à celle ville sainte après I avoir vue, et que sur leur rapport el la déi laralion du sanhédrin, les prêtres offraient dans le temple du Seigneur les saerilices el les victimes de la neoméme ; je soutiens qu'en tout cela il n'y a rien de véritable pendant que les Juifs ont été en possession delà ville de Jérusalem el de son temple, e'est-a-dire jusquau lemps de Vespasien. Je liens pour certain que jusqu alors ils se sont servis de cycles, comme je crois l'avoir prouvé invinciblement. El ainsi, durant ce temps-là, ils n'onl point réglé leurs moi, par la phase el sur le piétendu rapport de ces envoyés: on n'en trouvera nulle preuve dans Philon, dans Josèphe m dans toute l'antiquité. Tout le monde sait (pie, depuis le règne de ce prince, les Juifs n'ont jamais eu de temples, m par conséquent de sacrifices. Il n'est donc pas vrai qu'on ail, sur le rapport de ces députés, immolé les victimes des néoménies; Car eiilîti, pendant que le temple a subsisté, l'on n'a point vu de ces députes dont parlent les talmudisies; et après qu'il a été détruit, ou n'a plus offert ni victimes ni saerilices. Je dis bien plus, depuis l'empire d'Adrien ou le eoninièuccnienl du second siècle jusqu'au cinquième, il n'a- pas été permis à la nation juive de demeurer a Jérusalem, ni peut-être même d ms toute la province de Judée. Ce sont les Pères les plus anciens qui nous apprennent ces choses étonnâmes; el il y en a qui \onl jusqu'à dire que les Juifs s'estimaient heureux de pouvoir obtenir, un\t fois l'an, la permission d aller à Jérusalem pleurer la désolation de leur temple * ei le malheur de leur bannissement. Ajoutez a cela

que, jusqu'au milieu du cinquième siècle, c'est-à-dire jusqu'au ponlidcat du grand saint Léon, les Juifs semblent s'être servis d'une période de huit ans, appelée par les Grecs octaétéride. On peut prouver cela p r de bons monuments de l'antiquité, et je le ferai s'il est nécessaire. Et par là l'on voit qu'ils avaient abandonné leur ancien cycle de quatre-vingt-qualre ans ; mais je ne sais en quel lemps ils ont fait ce changement , sinon que c'est depuis la ruine de leur temple et de leur république (1).

Si l'on demande, après tout cela, quand les Juifs ont réglé el déterminé les néoménies sur la phase ou à la vue des pointes du croissant (car enfin Maimonides assure, après les docteurs du Talmud, que les Juifs l'ont fait , el il n'est pas possible que lui et eux aient imposé à toute la terre), je réponds qu'il me paraît, pur loules les recherches que j'ai pu faire, (pie ce n'est proprement que depuis le temps de la Misne, ou un peu auparavant, que les Juifs et leur «aiiiiédrin ont réglé les nouvelles lunes sur la phase. Ce n'a donc élé que vers la fin du cinquième siècle de TEgl se, ou vers l'entrée du sixième (car, quelque chose qu'on dise, ce n'a été (pie vers ce lemps-là que la Misne a été composée), que les Juifs ont quitté leurs cycles pour se régler par les phases. Ainsi, ce changement ne s'est fait que sous leurs derniers patriarches, qui demeuraient à Tibériade, ville de Galilée, sur le lac de Génésareth ; et c'est ce que le Talmud appelle sans cesse la Terre d'hraël. Quand je dis que ce n'est que depuis environ le temps de la Misne que les Juifs se sont réglés sur les phases, je ne dis rien dont je ne trouve des preuves chez Maimonides même. Nedil-il pas, dans le Chiddus hachodes, chap. 5 : In diebus sapienlum Mhnœ el sapienlum Cemarœ usque ad rubbi Abie el Rabba , delermniatione terrai Israël niiebanlur. Il entend par là que depuis le temps de la Misne el de la Gémare, coinpo éesdausle septième siècle, on réglait les néoménies sur la phase el sur la détermination du sanhédrin de la terre d'Israël, c'esl-à-dire de la Galilée, où résidait alors le grand conseil des Juifs , et que cela a duré jusqu'au temps du patriarche llillel, qui a fait le cycle dont ils se servent encore aujourd'hui : el qui était contemporain des deux fameux rabbins Abié el Rabba. Voilà ce que veul dire Maimonides par ces paroles assez obscures. Il est si vrai (pie ce sont les Juifs de la Galilée qui ont loul réglé par la paase, que ceux qu'ils envoyaient pour observer la lune nouvelle» sont appelés Setuchin, ut est , aposloli; el il y a apparence que ce sont ceux là mêmes à qui saint Epiphane donne le nom d'apôtres ( tlœres., 50; Ebion., num. 4), el qui é;aient les amis ci les assesseurs des patriarches qui faisaient leur résidence à Tibériade. Ces patriarches avaient leur conseil ou leur sanhédrin dans celle ville, el nous trouvons que quand on y avait réglé quelque chose, soit pour les néoménies, soit pour les inlercalalions, soit pour les décimes qu'on leur devait payer, ils faisaient savoir leur détermination el leur volonté aux Juifs de la haute et de la basse Ga lilée par des lettres qu'ils leur écrivaient et qu'ils envoyaient quelquefois jusqu'au pays de Babylone. Elles portaient dans leurs inscriptions : Fralribus notlris filiis Calilœœ superioris, el (rairibus nostris (iliis Guhlœœ inferioris , pax veslra muliivliceiur. Noti/i camus vobis, etc. Après loul ceL, n'est-ce pas visiblement se tromper de croire que ce que les Juils oui fait à Tibériade dans la G dilée, dans les vie et vnc -iècles, ils l'aïeul pratiqué à Jérusalem et dans la Judée avant la ruine de leur temple et de leur république. Cependant les rabbins oui confondu ces choses par une ignorance qui n'e-l pas excusable, et ils oui jeté cette contusion dans l'esprit de plusieurs d'entre les chrétiens.

(1) Arisloph., apud Euseb. , Hist. , 1. IV, c. 6; Tertul Apolog., e. Il), el alibi; Luseb., iu Chron. ; iNaz.au. , oral 11; llierou., in Isai., el ahi.

«ton

TABLE DES MATIÈRES

Om .'i pa voir, par lout ce que je viens de dire, que les Juifs qui onl vécu du temps de Jésus-Christ et de ses apôtres ont eu un cycle de quatre-vingt-quatre ans, sur lequel ils ont régie" leurs mois et leurs fêtes ; qu'après le renversement de la ville et du temple, et vers la fin du deuxième siècle, S Y tant établis dans la Galilée sous des patriarches, parce qu'il leur était détendu par lesédits des empereurs romains de demeurer à Jérusalem et dans la Judée, ils onl depuis changé ce cycle pour prendre une période de huit ans, appelée <> la'éléride par les Grecs, chez qui elle a longtemps été en usage; que, vers la lin du cinquième siècle, ou à l'entrée du sixième, c'est-à-dire vers le temps de la Mime, lassés peut-être des défauts qui se trouvaient dans leurs cycles, ils ont eu recours aux phases de la lune; et cet usage, bien que sujet à mille difficultés presque inévitables, a peut-être duré un siècle nu deux tout au plu». Enfui, le patriarche llillel, qui vivait dans le septième siècle (comme je pourrais le montrer par de bonnes preuves), et sous qui le sanhédrin de Tihériaile semble avoir cessé, s'est avisé de leur donner un nouveau cycle : cYsi une continuelle révolution de dix-neuf ans, appelée par les Grecs Mtntéudécaéféride. ei très subtilement inventée par Je rabbin Adda, savant astronome, qui n'est pas si ancien que le pensent les Juifs. Ililîel, qu'ils appellent Nasi , c'est à-dire prince , et qui a été pelil-lils de Judas llaccadus. auteur de la Mime, a publié et autorisé ce cycle très-exact , et c'est de lui (pie tous les Juifs tradilionnairt s ou lalniudistes (qui règlent lout sur la conjonction de la lune) se servent encore aujourd'hui ; car pour les raraïtes, qui sont en petit nombre, ils s'appuienl sur la phase. Cependant les uns et les autres, comme je l'ai déjà remarqué, font la pàquc deux jours consécutifs, parce que c'est une coutume qu'ils ont tous reçue de leurs pères et qu'ils observent de toute antiquité.

A la fin de ceue dissertation, je prie le lecteur de se souvenir que j'ai prouvé assez amplement que, comme les Juifs avaient dans leurs mois deux néoinénies (qui étaient fêtes parmi eux), ils avaient par conséquent deux quatorzièmes dans lesquel.s ils célébraient leur pàque, comme ils font encore aujourd'hui par toute la terre. Ceux qui faisaient la pàque le premier de ces deux quatorzièmes , ne manquaient pas de fêter le lendemain, qui était pour eux le premier des Azymes , parce que c'était le quinzième de la lune, à le prendre depuis sa conjonction ou depuis sa première néoménie. D'où vient que le jeudi au soir, après la cène pascale, quand Jésus-Christ eut dit à Juda-, qui sortait de la chambre : Quod facis, j'ac citiits, Ce que vous allez faiie, faites-le au plus tôt, quelques-uns des apôtres crurent qu'il lui ordonnait d'aller acheter ce qui était nécessaire pour le jour de

la fête : ad diem frstum, comme dit saint Jean ( XIII 27. 29). Il était donc fête le lendemain, qui était lo vendredi, surtout pour ceux qui avaient l'ait la pà(,».e le jour prédéileni. Cependant nous voyons par le même évangéliste (XIX, SI; conf. avec V. 14), qu'il était encore fêle le samedi, et même un grand jour de fête , mil enim magnus dics Me sabbati; parce que c'était aussi le premier des Azymes pour ceux qui, comme les saciificateurs et les grands de Jérusalem, ne firent, celte année-là, leur pàque que le vendredi soir, peu de temps après la mort «lu Se gneur, qui était l'Agneau véritable qu'on venait d'immoler. Ainsi voilà deux premiers jours des Azymes qui étaient fêtes et qui répondaient aux ^cux néoménies : et c'est la raison

pourquoi Josèphe compte huit jours «l'Azymes. c me

font maintenant tous les Juifs. Ces deux jours sont également Solennels chez c«'iix d'aujourd'hui ; néanmoins, il y a lieu de croire que le s 'ond jour était alors pins célèbre, parce «pie c'était le quinzième du mois de tman, et que, de plus, c'était le jour qui correspondait à la phase, pour laquelle les Juifs avaient beaucoup d'égards.

Je dis donc , en finissant ce discours ascez important, que Tan 29 «le l'ère commune, marquée du consulat des «Jeux Géiuinns, Jésus-Christ mangea avec le peuple juif l'agneau \ ascal, comme on l'a toujours cru dans l'EgnSe. Ce fui le jeinii soir, qui était le quatorzième du mois lunaire réglé sur leur cycle, et ce quatorzième était compté depuis le iemps de la conjonction de la lune ou le trente du mois précédent, qui fut celte année-là un mois intercalaire appelé vettdar. Le lendemain , les sacrificateurs et les princes du peuple firent aussi la Pàque, comme il paraît par plusieurs endroits de saint Jean. Ce jour-là, qui était le vendredi et le quatorzième du mois, en comptant depuis la phase, avait quelque chose «le plus considérable, de sorte «pic le samedi fut proprement le grand jour «les Azymes, qui était le quinzième du mois. Par conséquent, le dimanche fut le second «les Azymes et le jour de l'Oiner; et ainsi la Pentecôte fut aussi un dimanche, selon le sentiment des Eglises. Il n'y a donc nulle difliculté dans celui que je viens «l'établir ; il est conforme à l'usage de tous les Juifs d'aujourd'hui, tant lalniudistes que ca rail es; il explùpie admirablement bien les quatre évangélistes <t les met tous d'accord : il concilie les autres systèmes et «'n a tous les avantages; il e-T assez bien appuyé «le l'antiquité, comme je i'ai fait voir; plusieurs grands hommes de ces deux derniers siècles, tant catholiques que protestants, l'ont embrassé sans difliculté. C'est donc le sentiment le plus recevante par toutes ces prérogatives et tous ces avantages; et, par conséquent, il semble «lu'on le doit suivre.

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