‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 143 sur 157 · SUR L'ANNÉE DE LA PASSION DU SAUVEUR · texte numérisé non relu

SUR L'ANNÉE DE LA PASSION DU SAUVEUR

rante-six ans à bâtir ce temple, quadraginla sex annis a'diftcutum est leniplum istud , et vous le rétablirez eu (rois jours [Jean, 11, 20) ? Ce temple dont on parlait et où était alors Jésus-Christ, n'était pas proprement celui de Zorobabel , qui n'avait été ni si grand ni si magnifique, outre qu'on ne trouvera jamais qu'on ail été quarante-six ans à te bâtit'. C'était donc celui qu'llérode le Grand avait lait construire avec des dipenses incroyables, l'an 18 de son règne, aie compter depuis la prise de Jérusalem ou la mort u'Anligonus, comme fait Josèphe dans ses Antiquités (liv. XV, chap. 14). Or la dix-ltuifième année du règne d'tiérode était la 20e avant l'ère e!iié>ienue, et ce l'ut abus qu'on commença, vers le printemps, les grands préparatifs de ce temple auguste. A ces vingt années joignez les 26 qui s'étaient déjà écoulées de l'ère commune (car quand les Juifs pariaient ainsi à Jésus-Christ, on était au mois d'avril de l'an 27), et vous trouverez qu'il y avait tout juste quarante-six ans accomplis qu'on avait commencé à rebâtir ce temple. C'est ce que j'ai prouvé a^sez amplement dans la colonne 1105 et dans les suivantes de VHisloire évangélique : on peut voir ce que j'ai dit là dessus. Si le Seigneur prêchait et agissait publiquement dès la fêle de Pâques de l'an 27 de l'ère chrétienne, il s'en suit évidemment qu'il est mort deux ans après selon la tradition communément reçue parmi les Pères dans les premiers siècles.

Venons maintenant à la quatrième raison, qui n'est pas moins forte que les précédentes. Eusèbe nous assure, dans son Histoire ecclésiastique (liv. Il, chap. 2), que c'était une ancienne coutume parmi les gouverneurs des provinces soumises aux Komaius, de donner avis aux empereurs deceiqui arrivait d'extraordinaire dans leur gouvernement: Velus hœc erat consueiudo provinciarum reclonbus , ut quidquid novi apud ipsos contigisset , imperatori nunliaient. Suivant cet usage, Ponce Pilale, qui était gouverneur de Judée, ne manqua pas d'informer Tibère Cé»ar de ce qu'on disait publiquement dans toute la Palestine de la résurrection de Jé>us-Christ et de ses autres miracles , en vertu desquels il était révéré de plusieurs comme un Dieu. Sur ces avis de Pilale , Teriullien assure que l'empereur 'libère ( qui était alors dans l'île de Caprée ) écrivit au sénat pour melire Jésus au nombre des dieux , lui donnant pour cela son suffrage : Tiberius ergo , c'esi Teriullien qui parle , deiulu ad senalum> cum prœrogalivu sui sujfrugii ( Apolog., cap. 5). Mais le sénat ne voulut pas accorder à Jésus-Christ les honneurs divins, parce que Tibère les avait auparavant refusés pour lui-même i^Senatus, quia non ipse, ou comme d'auires lisent, non in se probuvêral, respuil.

Paul Orose , ami de saint Augustin , rapporte ce même l'ail dans son Histoire (liv. VU, chap. 4) , et dit que le sénat ne voulut point cousaerer Jésus-Chrisi , consecrutionem Chrisli recusuvit, parce qu'on ne l'avait pas consulté le premier là-dessus , selon l'ancienne coutume observée dans les apothéoses. Mais ce Père ajoute que ce fut Séjan, préfet du prétoire et ministre de Tibère, qui s'opposa follement à ce nouveau culte: Prœciptœ, du Orose, c umet Sejanus, ptœ(eclus Tibaii, suscipiendœ reliyiom obslinutissimeconlradixit. Voilà unecirconslance très-remarquable et qui détruit absolument l'opinion qu'on a aujourd'imi louchant lapassion du Sauveur. Car enliu Séjan, qui aspirait secrètement à la puissance souveraine , ayant été mis à mort dès l'an 31 , par l'ordre de Tibère, qui fut averti de ses perfides desseins, comme nous l'apprenons de Nlis loire romaine; il est manifeste que Jésus-Christ était mort et ressuscité avant ce temps-là, puisqu'après sa résurrection Séjan s'opposa à son apothéose ( Tacit., Annal , lib. Y ; Dio, Hisl., lib. LVill). Le Sauveur des hommes était donc mort dès fan 29, selon la tradition anciennement reçue parmi les docteurs de l'Eglise ; cl c'est visiblement pécher contre la vérité de l'histoire, tpie de reculer sa passion jusqu'à l'an 33 de l'ère chrétienne*

Il y a encore une raison, et c'est la Cinquième, qui prouve assez que le Fils de Dieu est mort sur la croix dès l'an 29 de l'ère commune. Elle est prise d'une très-ancienne tradition rapportée par Apollonius (apud. Euseb., Hisl. lib. V, cap. 18), qu'on croit avoir é é évoque d'Ephèse vers la lin du second siècle , et après lui par Eusèbe de. Césarée , dans son Histoire de l'Église. Celte tradition (fui a epaore élé marquée par Clément d'Alexandrie (liv. VI Strom.) et reçue par Bédé , cité dans la Chronique de l'abbé d'Ursperg , portait que Jésus-Christ avait recommandé à ses apôtres de ne point quitter, avant douze ans, infra duodecim annos, la ville de Jérusalem et le pays de Judéi , pour aller porter l'Evangile parmi les nations. Or dans l'opinion de ceux qui ne mettent la mon de Jésus- Christ que l'an 55 de l'ère eoinniune, celle tradition serait absolument fausse , puisqu'il est constant que les apôtres s'étaient dispersés dans le monde avant l'an 44 de l'ère chrétienne, qui est le douzième depuis l'an 53. Au contraire , elle est très-véritable, en se tenant au sentiment des Pères, qui placent celle mort salutaire sous le consulat des deuxCéminus, comme je le ferai voir dans quelque autre ouvrage. Un sentiment si autorisé est donc bien plus recevable que celui qu'on a introduit de nos jours , qui semble détruire tant de faits de l'ancienne histoire.

Je lire la sixième raison des Archives publiques de la ville d'Edesse, célèbre parmi celles d'Orient. On v conservait, dans les premiers siècles, des actes anciens qui portaient qu'après que le Fils de Dieu fut monté au ciel, l'apôtre saint Thomas envoya un des soixantedix disciples pour rendre la santé à Agbare , ou, comme d'autres écrivent , à Abgare , prince de cetlo villede Mésopotamie. Eusèbe de Césarée (Hisl., lib. 1, cap. 13), qui rapporte ces actes écrits en langue syriaque, Syrorum lingua , dit que les choses qui concernaient la guérison d'Agbare étaient arrivées l'an 540 de la ville d'Edesse , acta sunt hœc anno Irecenle* $imo ac quudrayesimo. Or l'époque d'Edesse était la même que celle des Séleucides, el elle avait commencé 512 ans avant l'ère de Jé>us-Chrisl : ajouiez à cette somme les 28 ans passés de celte ère commune , et vous trouverez que l'an 540 des Edesseniens marqué dans ces actes, concourait avec l'an 29 de l'ère ch;étienne. Jésus Christ monta donc au ciel celte annéelà, qui esi celle que les Pères ont marquée , puisque ce lui après son ascension glorieuse, posi Uomini ascmsum, qu'Agbare fut guéri par un des disciples. (Jue l'on dise loin ce que l'on voudra de ces actes , rap portés par Eusèbe, il est au moins constant qu'ils ont éé écrits dans les premiers siècles, et, parcoméquent, que les Eghses de Mésopotamie , où la langue syriaque était en usage, ont cru dè^ lors, ainsi que les autres, que Jésus-Chri>t était mort l'an 2J, sous les deux Céminus.

La septième et dernière raison est prise d'une tradition reçue parmi les Juifs , qui porte que, 40 ans avant la destruction de la ville sainte et du temple de Dieu arrivée sous le règne de Vespasien, leur grand sanhédrin lut transféré hors de Jérusalem; d'où vient qu'on trouve ces paioles dans leur Talmud, ou dans la Ùémare de Babylone (cap. h) : Quadraginla annis ante excidium templi, migruvil synedrium. LeK. Moïse Colzi rapporte la môme chose [Prœcept. aflîr. 102). Et D&- Viu Ganz nous apprend , avec «quelques autres rabbins, que ce sanhédrin fut transléré en la ville de Jamnia, qu'ils appellent Jabné. Voici les paroles de. ce savant Juif : Synedrium migravit ex Jerosolymis in Jubnem, annis quadraginla unie excidium lempli. Le lieu où s'assemblait ce conseil souverain est appelé par les Juils li-kat hagazith ; c'était proprement uim grande salle pavée cîe très-belles pierres, qui d'un côté joignait au temple du Seigneur. C'était là où se lenail le grand sanhédrin , avant qu'il tût été transféré ailleurs.

Les Juifs, qui conviennent de celte translation, semblent avoir aifeeté d'en cacher la cause, parce qu'elle

DISSERTATION

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leur os! odieuse .Mais Galaliil, qui a été trds savant dans l.'S choses judaïques , assure qu'elle arriva à cause du faux et inique jugement que ce sanhédrin rendit contre le sang de Jésus-Christ : Ob falsnm judicium, dit cet auteur (//&. IV, cap. G), in sanguinem ipsiusjusii Chrhii pfolalum de consislorio gazith expvUi fucrunl unno mile ultimi templi excidium quadragesimo. Pour moi je suis assez porté à croire que l'empereur Tibère, qui, selon Tertullicn, avait menacé de sa colère ceux qui feraient du mal aux disciples de Jésus-Christ , apprenant les excès et les violences que les grands de Jérusalem commettaient contre eux, ce qui parut principalement en la cruelle mort du grand saint Etienne et en la persécution qui la suivit de près , transféra le sanhédrin, du moins en partie , en la ville de Jamnia , qui appartenait alors aux Romains. El c'est apparemment le môme T. hère que le paraphraste chaldaïque prétend marquer quand il dit en faisant parler le sanhédrin : Un méchant roi m'a fait changer de lieu, Rex improbus mjgrare me (eçit. Or le meurtre de saint Etienne arriva l'an 50 de l'ère commune, comme je le ferai voir dans un autre ouvrage, et pour la ville de Jérusalem, elle fut- détruite avec le temple l'an 70 de celle ère. Par conséquent , les Juifs ont raison de dire que la translation de" leur sanhédrin arriva 40 ans avant le renversement du temple de Dieu. Par où l'on voit encore manifestement que Jésus-Christ avait souffert la mort dès l'an 29, et que c'est en vain qu'on la diffère jusqu'à Tan 53 , comme font aujourd'hui la plupart des savants.

Je ne sais si je dois rapporter une autre tradition judaïque pour laquelle je n'ai guère de foi ; mais peutèlre sera-t-elle du goût de ceux qui font tant de cas de tout ce qu'ils trouvent dans le ïalmud et dans les rabbins. On sait assez par la lecture des -livres de Moïse (Lévite XVI, 20-23) ce que c'était que le bouc émissaire qu'on envoyait dansle désert , chargé des péchés de tout le peuple d'Israël. Les Juifs nous apprennent qu'on aliach lit entre les deux cornes de ce bouc une petite bande , où, si vous voulez, un morceau d'écarlaie qui représentait les péchés d'Israël ; et pour cela on se fondait sur ces paroles d'isaïe ( 1 , 18) : Si (uerint peccula vestra ul coécinum , quasi nix dcalbabunlur : Si vos péchés sont rouges comme l'écarlate , ils deviendront blancs comme la neige. Cette coutume d'ailacher un morceau d'écarl île au bouc émissaire était fort ancienne , puisque les premiers Pères île l'Eglise en font mention dans leurs écrits ( Barnabas et Terlullianus ). Mais ce que les rabbins ajoutent n'est autorisé que de leur Talmud, et j'avoue que j'ai peine à le croire. Ils disent fort sérieusement que ce morceau d'écarlate souvent devenait blanc à la porte du temple ( car c'était là qu'on l'attachait à la tête du bouc), et cela en signe de la rémission des péchés du peuple que Dieu leur marquai* par cette blancheur; mais ils assurent aussi que cette écarlàtc cessa enfin de blanchir ei retint toujours son rouge , 40 ans avant la ruine du temple de Dieu. Voici les paroles du Talmud de B diyione : Tradunt rabbini n slri quod quadraginta annis unie excidïum (empli, Ungua coccinea twn aîbesccbal (Gemar., tract. Joma, c.4). Les Juifs regardaient cela avec douleur et confusion, comme une marque que le ciel était irrité contre eux: Si non albescebal , dolebanl et confundebantur. Si ce que les rabbins disent là-dessus n'est point fabuleux, qui doute que le sang de Jésus-Christ qu'ils oui répandu 40 ans et un peu plus avant la désolation du temple, n'ait été la véritable cause que cette écarlate gardait toujours depuis sa couleur rouge? Car Dieu marquait par là qu'il ne leur pardonnerait plus et qu'il était plus que jamais irrité contre eux , parce qu'ils s'étaient pour ainsi dire rougis et ensanglantés du sang de son Fils. Celle merveille , si elle était véritable, confirmerait encore puissamment ce que les Pères ont dit touchant l'année de la mort ei de la passion du Sauveur. Mais qu'elle soit vraie ou non , l'autorité de ces saints docteurs, appuyée de tant

de raisons , ne permet pas de douter que cè/fè mort précieuse ne soit arrivée sous le consul.it des deux Géminus , c'est-à-dire l'an quinze de Tibère Auguste , et le vingt-neuvième de l'ère commune.

On ne peut rien opposer à ce sentiment, que \:\ prétendue éclipse de soleil , ou plutôt l'obscurcissement de cet astre , marqué, à ce qu'on dit, par Phlégon, l'an 4 de la 202e olympiade ; qu'on veut nelrt autre que celui qui arriva à la mort du Fils de Dieu, l'an 55 de l'ère chrétienne. Je réponds à cela que celte éclipse prétendue a été différemmc t marquée par les anciens qui en ont parlé, je veux dire par Jules Africain, pur Eusèhe de Cessée et p«r quelques autres. Mais, qui plus es!, ces d u\ Pères, qui l'ont tirée des livres de cet affranchi d'Adrien, ne peuvent pas avoir réglé là-dessus la mort du Sauveur , puisque l'un la met deux ans plus tôt (pie l'autre, et p.is un dVux ne la place en l'an 55, comme l'on fa t aujourd'hui Cet obscurcissement du soi. -il observé par Piilégon , ne peut donc pas fixer l'année de celte mort Eu effet, selon les termes de cet auîerrr , il n'esi arrivé qu'en Bihynie, et n'a peut-être été causé que par un tremblementde terre arrivé dans cette province (\.Petav.t Hv. XII, de Doctr. tempor. ; et 'Pag}, Critic. AnnJ. Baron., p. 27).

Si Ton dit encore que l'an 29 de l'ère commune, le 14 de la lune de mars, auquel Jésus Christ est mort sur la croix, n'a pu être un vendredi, mais les jours suivants ; je répondrai, avec saint Lpiphaue ( ilœres. 51 , num. 2(1) et avec plusieurs modernes, que du temps de Jé-nis-Christ les Juifs avaient un cycle de 84 ans, sur lequel ils réglaient la lune de nisan et la fée d»; Pàque, et (pie Tannée de la passion, ce cycle avançait de deux jours , comme ce Père nous en assure eu termes exprès (Ibid.). Cela n'est nullement étonnant, comme plusieurs savants hommes l'ont fort bien remarqué; car les cycles ne sont jamais exacts. Et ce même défaut , qui esl d'avancer de deux jours , o t souvent arri é à l'Eglise romaine , comme saini Cy nllc d'Alexandrie ( prit' fat. in cycl. paschal.) lui a reproché, parce qu'elle se servait du même cycle de 84 ans, qu'elle avait pris à l'exemple des Juifs. Mais quelques défauts qu'il y cûl dans l'usage des cycle*, qu'on corrigeait de temps en temps, ils n'approchaient point des effroyables inconvénients qu'il y avait à régler les l'êtes par les phases de la lune. Je dis sur tout cela des choses assez nouvelles dans ma seconde dissertation , que je fais exprès pour tacher de concilier les évangélistes, j'entends saini Jean et les trois autres qu'on croit lui être si opposés; si l'on aime à s'écl ircir de la vérité que l'en doit toujours recher cher, on peut lire ce que j'écris là-dessus.

Que le Fils de Dieu na prêché riCvangile que durant trois pâques.

Comme j'ai réglé sur trois pâques tout le ministère de Jésus-Christ , étant persuadé qu'il n'a annoncé l'Evangile que deux ans et quelques mois, je suis bien aise, avant de linir cette dissertation, de montrer ici qu'en cela je ne fais encore que suivre l'autorité des Pères de l'Eglise. En effet, après avoir tout examiné avec assez de soin, il m'a semblé qu'ils ont eu raison de ne donner que trois pâques à la mission du Sauveur du monde. On en pourra aisément juger en regardant la suite et l'enchaînement de mon Histoire évangélique, et en la conférant avec les Concordes de ceux qui metteui quatre pâques; ce qu'ils ne font qu'avec d'assez grandes dillicultés , et fondés sur une explication douteuse et incertaine, qu'ils donnent à u\i endroit ou deux de saint Jean. Pour moi, je ne reçois que les trois pâques clairem, ni marquées dans cet éva gélisle , qui a servi de règle à plusieurs des anciens doeleurs. Voici leurs témoignages, qui doivent être d'un grand poids pour ceu\ qui aiment la vérité.

Je commence par celui de saint Irénée, qui , en disputant contre les v.tlentiniens, qui établissaient les Ireuie éo. s fabuleux sur les trente auiijes qu'on d^u-

SUT. LE TEMPS AUQUEL ONCÉLÉBRAIT LA PAQUE DES JUIFS

«ait communément à Jésus-Christ, lorsqu'il vint au baptême, leur parle ainsi (Lib. II, adver.< hœres., cap. 58) : Non erno triginta Atones sunl ; nec ob hoc Snlvalor triginta annorum existens venit ad baptismum. Et d'autant que ces hérétiques ne dormaient tout au plus qu'une année au minisière de Jésus-Christ, ce Père leur montre par l'Evangile de saint Jean, que le Seigneur a prêché durant trois pâques; après quoi il conclut eu ces termes : I! n'y a personne qui ne reconnaisse que ces trois temps de pâques font plus d'une année : Quoniam aulem tria hecc paschutis tempora, non êinu vnus annus , omnis quilibel confitebilur ( Id.t tap* 7>d). Voilà trois pâques , et non davantage, reconnues par saint I ré née sur l'autorité de saint Jean. Sainl Jérôme, dans l'excellent t-omnicntaire qu'il a composé sur le chapitre IX du prophète Daniel rapporte l'interprétation de plusieurs Pères, parmi lesquels il mel le célèhre Apollinaire, évêque de Lundi • eée en Syrie. Ce grand homme dit que Jésus-Christ a commencé à prêcher l'Evangile à l'âge de 50 ans : Tricesimo enin, juxta evmigelistum Lucam, anno œiatis suœ, cozpil Dominus prœdicare ; ce qu'il assure, comme l'on voit, sur l'auioriîé de saint Luc; après quoi il ajoute ces paroles : El, selon l'évangéliste sainl Jean, en trois pâques il a accompli les deux années de sou minisière : Et juxta Joanueni evangeiistam , per tria paschuta , duos pnslea implevit annos. Ces paroles sont claires et précises et ne permettent point de douter du sentiment d'Apollinaire de Laodicée.

Sainl Epiphane marque les choses encore plus claircmenl, parce qu'il est entré dans le déiail des actions de Jésus-Christ. Il dit donc dans les savants livret qu'il a écrits contre les Hérésies , que le Fils de Dieu alla trouver saint Jean au Jourdain et fut baptisé pa* lui l'an 30 de son âge : Ab eoque buplizalus est anno a natali suo tricesimo { llœres 51, nn. 24-ûO); que tout le cours de sa vie mortelle, depuis sa naissance jusqu'à sa mort; a été de trente-deux ans ei soixante-quatorze jours : Toium , dit il , vilœ Christi lempus , ab criu ad passionem usque , anni sunt ing'mta duo cuiu diebus septuaginta quatuor. Puis parlant des trois j«âqutjs durant lesquelles le Seigneur a piêché l'Evangile, il dit ce qui suit : Le Seigneur a célébré deux fêtes de Pâqne depuis le commencement de son ministère, et il est mort sur la croix à la troisième pâque : Post prœdicat'wnis exordium duo a Chrislo cetebrala niait paschata, xai tô> tp'tt» jeecergst', et tertio passns est. Ce Père parle encore de ces Unis pâques de la prédication du Fils de Dieu en deux ou Mois autres endroits. Saint Prosper a aussi élé de ce sentiment , comme on le peut voir par sa grande Chronique , dans Liquéfie iï s'explique en des tenues : Secundum Joanius evangcUum festiviluli Paschœ Judœorum ter Dominum fuisse agnoscimus : Nous voyons, par l'Evangile de saint Je. m, que le Seigneur a élé trois fois à la pâque des Juifs , c'est à dire pendant son minisière. D'où il est manifeste, ajoute ce Père, que c'a élé la troisième pâque que ce véritable agneau a consacrée par son sang p;écicux : LU apparent terlium fuisse illud pascha, quod vents Agnus suo sanguine consecravil.

Il y a apparence que celait aussi l'opinion d'Origène, lorsqu'il écrivait ses livres conire Celse; puis-

qu'en parlant dans le second , de l'apôïre Judas . qui fut depuis un infâme traître, il dit qu'il ne lut pas avec Jésus-Christ son maître trois ans entiers : Apui Jcsum ne 1res qu'idem inlegros annos conversatus est. Ce qui ne serait pis véritable si le Fils de Dieu avait prêché l'Evangile durant quatre pâques. Ajoutez à tous ces lémoignages des Pères de l'Eglise celui de, saint Cyrille d'Alexandrie (In lsaiam), qui assure que Jésus-Christ n'a parcouru le pays de .!udé • que pendant deux ans, duobus annis, en enseignant le peuple d'Lraël. \[ n'a donc pas répmdu sa sainte doctrine durant quatre pâques, autrement il aurait employé trois ans et quelques mois à accomplir ce divi.; minisière.

Toutes ces autorités et quelques" semblables que. Ton pourrait papuorièr, font aisément croire que le Fil» de Dieu n'a conversé a\ec les hommes depuis sou bapîême ■',• que deux ans et quelques mois; car enfin , selon l'Evangile de saint Jean , expliqué par les Pères , il n'a prêché le royaume des < ieux que pend, tut trois pâques puisqu'à ta troisième il a souflert la mort, tertio passns est, comme dit sainl Epi- |»ha;ie avec saint Prosper. Et comme d'ailleurs j'.d prouvé par un grand nombre de Pères qu'il a reçu le b;q> ème de son précurseur à l'âge de oO ans on environ, il ne reste plus qir'à conclure (pie Jésus-Christ était àL-é de trente deux ans va trois mois, c'est-à-dire de trenie trois ans commencés , qmmd i! est mort pour le salut de l'homme. CÇy a-t-il pas lieu de croire que ce sont ces raisons et ces autorités qui oui f;iii dire au M lire des Se. leiues(Z)/V. 44, cap. 1): Triginta d uni annorum ei iiium triensium erat a'ius Llnuii, in qua moituus esi* et resimexit. C'esi ce q m saint Bernard appelle trente tro s ans , quand il écrit que le Seigneur a vécu sur la terre el a conversé avec le ^ h mimes ce même nombre d'années : Triginta el tribus annis super terram lisus est, el cum Iwmiuibus conversatus (Serm. 2, m Penlecosl.).

De quelque manière qu'on prenne les cîjoscs. cela est véritable. Car si l'on compte l'âge de Jésus-Christ depuis sa naissance, il n'a eu proprement que trenletrois ans commencés : mais si on le prend depuis son incarnation dans le sein de la Vierge* il a eu trentetrois ans accomplis et quelques mois de plus. Après (< ut cela, le vénérable liède n'a point appréhendé de dire (Lib. de Rat. temp , cap. 45) : Si je ne me trompe, la loi de l'Eglise ( c'est la créance commune des fi ièles qu'il entend par là) porte que le Seigneur a vé< u dans sa chair mortelle un peu pins de trente-trois ans, c'est-à-dire, depuis le temps (le son incarnation jusqu'au temps de sa mort : llubel, ni (allor, Ecclesiœ fuies, Doininum incarne pciulo plus quant triginta tribus annis y nsque ad sitw tempora passionis, vixisse. Due au ire édition porte : Pau lu plus minus triginta tribun annis : ce qui voudrait dire que le Fils.de Dieu aurai». ^écu trente- trois ans un peu pinson moins. Par ces pardes el par toute la suite de mon Histoire évangéiujue, en verra clairement que je ne fais autre chose que rétablir la créance communément reçue parmi les fidèles, et appuyée par l'autorité des Pères de l'Eglise.

SUR LE TEMPS AUQUEL ON CÉLÉBRAIT LA PAQUE DES JUIFS

Après tout ce qu on a dit depuis quelque temps sur la pâque des Juifs, et particulièrement sur celle que le Seigneur fil avec ses apôlres 1 » veille de sa mort, je n'aurais garde d'écrire encore là-dessus, si ce n'était que pour combattre le sentiment de ceux

qui ont traité celte matière avec tant d 'érudition et do capacité. Ce n'est donc p. s dans celle vue que je fais celte dissertation; c'est au contraire pour les concilier ou, pour mieux due, c'est pour tâcher de mettre d'accord les évaiigcuslçs, qui paraissent ^i

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DISSERTATION

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contraires cl si opposés, et qui par cette contrariété appareille ont donné lieu à l:inl de disputes.

En effet, qui ne dirait que saint Jean est entièrement contraire aux trois autres évangélistes touchant la célébration de la dernière pâque? IN'esl-cc pas sur cette apparence que deux hommes savants sont depuis peu entré* en dispute? Outre celte louable modération qui règne dans leurs écrits , et qu'on garde toujours rjua il on ne cherche que la vérité; ils ont avancé de fart belles choses pour le soutien de leurs opinions; cl ce qu'ils oui dit là-dessus a partagé les esprits et les partage encore aujourd'hui. Je m'estimerais heureux si je pouvais les réunir en donnant quelques éclaircissements aux divines Ecritures ; el c'esl ce que je ne puis faire qu'en mettant au jour les coutumes des anciens Juifs sur la célébration de leur pâque.

J'entreprends donc de faire voir qu'ils l'ont cé'ébree deux jours consécutifs, qui n'étaient pourtant regardés que comme le quatorzième de leur premier mois. Mais Je n'en viendrai à bout qu'en montrant par des raisons qui ne seront pas tout à fait méprisables, que les anciens Hébreux ont réglé leurs mois lunaires, cl sur la conjonction, cl sur la phase. De sorlc que comme la lune a eu chez eux deux commencements, ce qu'il faut bien remarquer, elle a aussi eu deux quatorzièmes, dans lesquels on a fait la pâque légale. Ce sera sur ces suppositions, dont je donnerai des preuves dans la suite, que l'on verra que Jésus-Christ a mangé l'agneau pascal le jeudi , qu'on regardait comme le quatorzième jour depuis la conjonction ou le renouvellement de la lune : et que les princes des prêtres n'ont pas laissé de faire le jour suivant la même chose , comme il semble marqué dans saint Jean, parce que ce jour était considéré comme le quatorzième depuis l'apparition ou la phase. L'on aura donc deux nouvelles lunes ou deux îiéoménies dans les mois judaïques; mais en même temps Ton verra que cet usage, qu'ils n'ont jamais négligé, n'a rien d'étonnant, puisqu'il a été reçu parmi les peuples les plus polis de la Grèce et surtout parmi ceux d'Athènes.

Si celte matière est curieuse, on peut dire qu'elle esl encore plus importante; , car enfin étant traitée avec quelque soin, elle servira beaucoup à éclaircir des lieux obscurs el difficiles de nos Ecritures, à concilier les évangélisles , qu'on a tant de peine à meure d'accord, et encore à découvrir quelles oni été les coutumes des Juifs el de quelques antres nations qui semblent les avoir imités dans l'usage des mois lunaires, ou au moins dans la manière de tes commencer. Ce nVl pas loul. : je ferai voir ensuite que les Hébreux oui eu des cycles avant la venue de Jésus Christ ; qu'ils ont rég'é leurs temps là dessus et qu'ils les ont même conservés jusqu'aux premiers siècles de l'Eglise. El d'autant que le seul témoignage de saint Epiphane pourrait être ou faible on suspect, je prouverai que l'Eglise romaine a pris dans les premiers temps le cycle des Juifs, el «pie c'esl là-dessus qu'elle a réglé les lètes pascales. Entrons maintenant en matière, et lâchons stirioul de montrer, comme une chose irôs-imporiante, que les plus anciens Hébreux ont eu dans leurs im.is deux rtéoménies; cl, par conséquent, que leurs mois ont eu deux commencements. Mais avant d'enirer dans la question, disons deux mots du mois el du jour où l'on faisait la pâque des Juifs.

Dieu qui a lui-même établi cette fête dès le temps de Moïse, pour engager ce. peuple à une reconnaissance éternelle de ce qu'il l'avait délivré de l'Egypte par la puissance de son bras, a voulu qu'on la célébrât au premier mois du printemps; et ce mois a depuis éié reg irdé par tous les Hébreux comme le premier de leur année sainte. Menais nie, vobisprineiprutn metuium primus eril in mensibus mini (Exod., SU, 2). Je dis de leur année sainte, selon laquelle ils jeglent leurs lètes ; car pour l'année civile , qui cou-

cerne leurs biens et leurs affaires, elle commence toujours au mois de tisri , c'est-à-dire vers la fin de septembre, ou vers l'équinoxe. Ce premier mois où ils font la pâque est appelé dans le texte hébreu diodes haabib; cl dans la version des Septante, pw t5» véwv, mensis novornm, c'esl-à-dire selon la Vulgale, viensis novctriun fmgum [Exod., Xlli, 4), le mois des iiou\eaux blés. On le nomme de la sotie, parce qu'alors dans l'Egypte, comme dans la Palcsiine, les premiers blés el principalement l'orge, commencent à mûrir. C'était le quatorzième de ce premier mois,, appelé depuis le mois de nisctn , qu'on célébrait la [ pâque. On la faisait vers le soir de ce jour, selon le commandement de Dieu même : Même primo, qunrta décima die ad vespernm , phase Domini esl ( Lévit. t XXIII, 5 ). L'agneau pascal s'immolait vers la fin du même jour, depuis irois heures du soir jusqu'à cinq, comme l'écrft Josèphe (Lib. VII Bell, jud., cap. î7, lai.); et on h; mangeait solennellement avec des pains azymes à l'entrée de la nuit. Voilà ce qui regarde le mois cl le jour de cette cérémonie, si célèbre parmi le peuple juif.

On est assez d'accord de toutes ces choses, qui sont réglées, ou par les termes de la loi de Moï>e, ou par l'usage constant de ce peuple. Je ne vois pas non plus qu'on dispute sur la qualité des mois observés par les Hébreux ; car aujourd'hui presque tous conviennent, et avec raison , que c'était des mois lunaires, c'esl-à-dire, réglés sur le cours de la lune. Cela est si vrai que, dans les E< ritures et parmi les Juifs, le mol de jareach, signifie tout ensemble la lune el le mois, parce que celui-ei était réglé sur le cours de celle-là. De plus, le mois e>t appelé chodes dans la langue sainte, ce qui veut dire nouveau; d'autant qu'il se renouvelle avec la lune. Et de là vient que non-seulement loul le mois, mais encore la néoménic s'appelle diodes chez les Hébreux, parée que c'est ce jour-là que se fait le renouvellement de cet astre. Yocatur diodes sive novus , dil un fameux rabbin (David Kimchi, lib. liadicum) , quia renovatur lima eo die. Triginla dies junclim vocctninr diodes; et dies primus solus vocalur diodes. Les paroles de ce Juif sont assez remarquables , et j'espère quelles nous serviront dans la sui:e.

De dire maintenant combien de jours renfrrmaicnt les mois lunaires qu'observaient les Israélites du temps de Moïse, c'est une chose qui n'est pas Irop facile. Néanmoins il y a lieu de croire que tous leurs mois étaient alors de trente jours, ce qui a duré 1res longtemps chez ce peuple. En voici la raison , qu'il n'e.>t pas trop aisé de détruire. Selon toutes les apparences, dans ces premiers temps, les Heureux n'ont point eu d'autres mois que ceux des Chai déens, dont ils liraient leur origine, ou ceux des Egyptiens , sous lesquels ils avaient vécu dans la servitude; car ils ne les ont point pris des nations voisines, c'esl-à-dire des Philistins, des Chananéens et des Arabes, dont ils oui détesté les mœurs el les coutumes. Ils ne les oui donc pris que des anciens Chaldéens, ou des Egyptiens parmi lesquels ils ont habité durant plus de deux siècles. Or tous les mois des premiers Chaldéens , aussi bien que ceux des Egyptiens étaient alors de trente jours chacun , et leur année était à cause de cela de irois cent soixante jours, auxquels dans la suite des temps ils eu ajouiè:cnl cinq intercalaires. Ces cinq jours ajoutés à la fin de chaque année, et nommés par les Grecs Epagomènes, étaient consacrés à la mémoire et à ta

fête de quelque dieu d'Egypte ;

les Israélites

qui avaient en horreur les superstitions de ce peuple, n'avaient garde de prendre ces cinq jours.

Il y a donc apparence qu'au lieu de cela les Hébreux intercalaient un mois après quelques années, comme faisaient les plus anciens Grées , dont les mois étaient tous de trente jouis, el les années de trois cenL soixante, comme on le pourrait montrer par des preuves certaines. On en a même quel-

17,93 SUR LE TEMPS AUQUEL ON CELEBRAIT LA PAQUE DES JUIFS

wn

eues-unes qui tout assez connaître qne les Babyloniens, les Philistins, les Phéniciens et les anciens Arabes, je parte de ceux qui ont éié avant le temps de Mahomet , avaient tons des mois de trente jours. C'est que, dans ces premiers temps, les nations étaient persuadées , après les Chaldéens et les Egypliens que la lune qui réglait leurs mois, mettait trente jours à (aire son cours. Cela a fait dire à saint Augustin (Lib. IV de TriniL, cap. 4) : Mêmes incem dies comptent, ta le m quippe mensem veteres observavenuit, quem circuitus lunaris oslendit. Les anciens peuples ! veteres, comptaient donc douze mois dans ■"aimée, ei ils croyaient qne chaque mois était de ironie jours, triceni dies complent. Ce saint docteur n'a point avancé cela sans fondement, puisque Ceminus, célèbre astronome , qui vivait du temps de Ciecron ei de Pompée, dit en parlant des mois qui étaient en us ge parmi les anciens peuples : Veteres, àpyvioi, mensesngebnntdierum trigmla(lsagoge,cap. 0). Cela e^t vrai des anciens Grecs et des Chaldee .s, et princinalement des Egyptiens, selon Macrobe (Saturnal. lib. 1, c 15) : Mgyp&U dit ce savant homme, menses Iricmum dierum omnes habenl. Il ajoute que leurs mois étaient au nombre de douze, ce qui faisait une année de trois cent soixante jours. Mais peut-on douter <(ue leurs mois aient élé de trente fours, puisquHlérodote , qui a été en Egypte plus de quatre cent quarante ans avant Jesus-Christ, l'assure en termes exprès au livre II de son Histoire. Si les Egyptiens et les autres nations les plus anciennes, principalement les Chaldéens, ont compté trente joui s pour chaque mois lunaire, on doit croire (pie les anciens Hébreux ont fait la même chose, et je ne vois pas qu'il y ait presque lien iVen douter.

Or il faut savoir que le mois lunaire, qui est appelé pries astronomes mensis sijnodicus , le mois synodique, à la (in duquel la lune atteint de nouveau le soleil, contient vingt-neuf jours, douze heures et quarante-quatre minutes. De sorte qu'après cet espace de temps, la lune, qui avait quitté le soleil, ne manque pas, le trentième jour de son cours, de se rejoindre à lui, au point où il se trouve. C'est ce qu'on appelle en grec o-ûvoSe?, synode ou conjonction de la lune avec le soleil ; et c'est proprement alors «pie le mois se renouvelle avec la lune, qui recommence une nouvelle course, en quittant le soleil. Il est donc constant, et c'est ce qu'il faut bien remarquer connue une chose importante , que le trentième jour la lune redevient toujours nouvelle. Si donc les anciens Hébreux ont nommé le -mois diodes, c'est-à-dire nouveau , à cause qu'il ne manque pas de se renouveler avec la lune, leur néoménie ou nouvelle lune a dû commencer dès le trente de chaque mois. El c'est ce qui est arrivé parmi eux , comme aussi parmi les Grecs, qui semblent les avoir imités en cela, connue en beaucoup d'autres choses. Quant aux Grecs, je ferai voir plus bas leur usage par des autorités incontestables. 11 faut maintenant montrer quel a été làdessus celui des anciens Hébreux ; car c'est par là qu'on peut décider la question (pie je traite.

La chose serait sans difiicullé, si l'on en jugeait parla coutume des Juifs modernes. Car Jean liuxtorf, qui n'a rien ignoré de toutes leurs pratiques , et <|ui en a écrit un livre intitulé, la Smtagogue judaïque, nous assure ((,7t. 22) qu'ils célèbrent la néoménie tous les trentièmes de chaque mois plein ; ce qu'ils font encore le lendemain, qui est le premier jour du mois suivant. D'où vient qu'il dit : Quotics lunatic prœretlcns triginla diebus constat , loties sequens menais duplicem iiubel neomeniam ; quorum prima ad p\ rœ& dénient spectut mensem , et est tricesima illius dies. Voilà donc, selon l'usage des Juifs modernes, deux néoménies dans un même mois synodique. La première commence dès le trentième jour du mois , parce que c'est alors que la lune se renouvelle véritablement, se trouvant jointe au soleil ; et ce jour est le premier *k) la lune , quoique ce soit le dernier du mois piéeé-

dent. La deuxième néoménie est celle du jour suivait, qui est le premier du mois, mais le second de la lune, qui, comme je viens de dire, s'était renouvelée lejoor précédent. De ces deux néoménies , la première, qui est la véritable, est celle de h conjonction ; et la seconde est celle de l'apparition ou de la phase. C'est par celle deuxième néoménie que les Hébreux ont de tout temps commencé leurs mois , et qu'ils cominen cent encore aujourd'hui ions leurs mais caves , c'està-dire qui ne sont que de vingt-neuf jours ; parce qne c'est en ce jour-là qu'ils consacrent ou sanctifient la lune qui commence à paraître , car je me sers de leurs propres termes.

Il n'y a doue rien de nouveau dans la pratique des Juifs modernes , ce serait une erreur de le croire : ce qu'ils font aujourd'hui touchant ces deux néoménies , qui sont fêles chez eux , aussi bien que chez les caralles, ils l'ont fait du temps de Jésus-Christ , comme on le verra bientôt par le témoignage des auteurs profanes. Ils l'ont même fait du temps des premiers rois, j'entends Saùl et David. Et ainsi il y a lieu de croire qu'ils ont pratiqué la même chose de- le temps de Moïse , lorsque leurs mois étaient tous de trente jours. C'est te qui a l'ail dire à Scaliger (Can. Is.ig., lib. ilî), qui a tant recherché ces choses : Judœi duas ncomenias semper célébrant , quod et antiquitus faciebanl. Le savant père Pelau, qui n'a pas coutume de lui rien pardonner, est en cela de son sentiment : Judœi, ditil (De Doclr. temp. , part. I) , per biduum, Iriccsimnm prœcedenlis mensis et primum sequentis , novilunium observabant. Paul de Middel bourg, évoque de Fosscm brune, qui a tant étudié les coutumes des Juifs, et plusieurs autres savants hommes, tant catholiques que protestants, ont aussi élé de ce sentiment.

Je sais qu'on ne se laissera persuader, ni par l'usage des Juifs d'aujourd'hui, ni par tout ce qu'ont du les plus savants hommes de ces derniers temps. Cher chons donc des preuves de ces i\au\ néoménies dans les premiers siècles, je veux dire dans ceux de 1« loi. cl même dans les temps de Moïse, il semble que josèphe ait reconnu ces deux jours, lorsqu'il parle de la délivrance du peuple d'Israël. Car dans un endroit (Lib. VI, Bell. jud. , cap. 4, lut. ; gr. , 5) il du que les Hébreux sortirent de l'Fgypte, décima quiirla x<mthici mensis, le quatorzième jour du mois xanihiijue, c'est-à-dire de nisan, dans lequel jour, dit-il, ïlscroiént qu'ils ont élé délivrés de la terre d'Kgypte : In quu , i> £, se primum opinantur ab /Egyptiis esse libérât os. M is dans un autre lieu il assure qu'ils ne laissèrent l'Egypte que le quinzième du môme mois xanlhique selon la lune, décima qninla secundum lunam. Voici les paroles de ecl historien (Anliquit., /. H , c. (>) : lie- Uquerunt Mgyplum mensexantliico,Tziu.Ty xai oexoVrç /ocra ajyyj-^v, décima quinta secundum lunam; ou, Connue Epiphane le scholaslique , contemporain de Cassiodore , a fort bien traduit , luna quinta décima, Car le quatorzième depuis l'apparition, dont parle Josèphe dans le premier endroit, était véritablement le quinzième, depuis la conjonction , et ainsi c'était Ja quinzième lune, ou si vous voulez, le quinzième depuis le renouvellement de la lune , décima quinta xarà »«• ^ïjvïjv, secundum lunam.

C'est en ce sens que le même Jotàpbe fait mention ailleurs de la néoménie selon la lune, de neomenia, xarà «iïjvajv, pour la distinguer sans doute de la néoménie selon la phase, xa-à fusa, qui était la seconde néoménie , mais civile et populaire. Lt dans celle manière de parler , il n'a fui qu'imiter les meilleurs auteurs de la Gièee; car voici comme écrit Thucydide au second livre de son Histoire (tùadem quoqne asiate sol defecit post meridiem neomenia secundum lu ■ num, veo//.svi'a xarà ffE^vvjv, quo solum tempore ideredilnr posse cominyere. On voit manifestement que par ces mots, neomenia secundum lunam , \ lmcydidc entend, la néoménie de la conjonction, x«t« irûvcSov, puisque eu n'est précisément que dans le temps de la conjonction de la lune que les éclipses de soleil arnvenw

ÇP? DISSERTATION

Josépîie ne s'est d ne point trompé, mais a parlé très exactement, quand il a dît que les Hébreux ont quiilé [l'Egypte le quinzième, selon la lune, ou la quinzième lune depuis sa conjonction. Pliilon luimême , en parlant (le la néomenie pascale, ne dil-il pas que c'est une fête qui suit la conjonction d'une certaine lune nouvelle , il entend celle de nïsàn {Lib. de Septennrio). O'.i voildonc, par l'autorité de Josèphe,

que les deux néoménies de chaque mois lunaire étaient en usage du temps de M ïse.

Mais ne iiouve-l-on pas quelque endroit de l'Ecriture où il soit fait mention de ces deux nouvelles lunes, ou, si vous voulez , de ces deux manières de commencer les mois ? Oui , on en trouve, et c'est au clropilre 20 du premier livre des Rois. Voici en abrégé ce que renferme ce chapitre, qui lait assez voir que, dès les premiers temps des anciens Hébreux, le mois commençai! par deux néoménies, qui étaient toutes deux fêlées chez ce peuple" David s'étant aperçu que le roi Saul cherchait, par une effroyable jalousie, à le l'aire mourir, voulut être assuré de ce mauvais dessein. Il vint donc trouver en secret son ami Joua llw- , et lui dit : C'est demain la nouvelle lune , on le premier jour de la lune ; car le texte hébreu porte : Hinne diodes nucliur, ce que les Septante ont forl bien traduit, îodv vso.//.ïjv(oèa5ftbv, Ecce neomenict rras. Pour ce qui et de la Vulgale, elle porte : Ecce cateudœ sunt ernsiihb , ce qui est à peu près la mémo chose , puisque le mot de calendes est mis ici p >ur la néomenie ou pour le premier de la lune. Je dois , ajouta David , èire. selon la coutume, assis auprès du roi, pour manger à sa table. Permettez-moi de me cacher dans un champ jusqu'au soir du troisième jour. David parlait de la sorte parce qu'il était i'é e pendant deux jours consécutifs , à cause des deux néoménies ;• durant lesquelles il s'absenta de la cour ; quoiqu'il y dût être po';r assister aux sacrifices solennels , et ensuite aux festins que le roi faisait aux grands en ces deux jours de fête. Mais il était convenu avec Jonalhas de ne point paraître alors , pour vo'r ce que dirait Saùl.

La nouvelle lune étant donc arrivée, qui était sans doute le trentième et dernier du mois, lorsqu'on se mit à table, David ne parut point ; et Saùl , croyant qu'il avait eu un empêchement légitime , ne parla point de lui ce premier jour de fêle. Le lendemain, qui fut la seconde néomenie , c'est-à-dire celle du premier jour du mois , et qui était par conséquent le .second jour de la fête, comme a traduit M. de S:cy, David s'éiant encore absenté du festin, le roi dit à son (ils Jonalhas , qui était sou ami : Pourquoi le fils d'Isaï n'est il point venu manger, ni hier, ni aujourd'hui ? Jonalhas voulut excuser David ; mais Saùl dit lout en colère qu'il fallait qu'il mourût. Kl pour lui il voulut le percer de sa lance ou de son javelot , qui peut être lui servait de sceptre, selon l'ancien usage des rois. Après cela l'Ecri ure ajou'e au v. 54, que Jonathas se leva de table lout irrité et ne mangea point ce second jour de fèt*'. La Vulgale porte : ISon cotnedii in die calcndurum secunda. Ce second jour de fête ne pouvait être que celui des secondes calendes, si l'on peut parler ainsi , ou plutôt de la seconde néomenie, qui est ici appelée dans l'hébreu , liachodes haseni , c'est-à-dire n omema secu da , qui était , comme j'ai dit, le premier jour du mois. Ce qui détermine à ce sens, qui est le vérit'ble, et qui est assez ex mimé dans la langue sainte, c'est que toutes les néoménies étaient fêtes , les secondes ainsi que les premières; mais l'on ne trouvera jamais que les Juifs ni anciens ni modernes, aient (été le second pur d'après les calendes ou le second jour du mois, ils ont au contraire célébré le second jour de la lune, qui était le premier du mois, parce que c'était la néoméeie de la phase, ou la néomenie civile, par laquelle le mois commençait ; comme le jour précédent était la néomenie de la conjonction, qui était la véritable sehn k coui'a de îa lune. Achevons l'histoire que nous

avons commencée , en continuant «Téclaircir les divines Ecritures.

Les deux jours de fêle, dont je viens de parler étant passés, le troisième en suivant, qui était im jour ouvrable, comme on le voit clairement par le V. 18 p ucc que c'éla t le second jour du mois , qui n'était point fête chez les Hébreux; le troisième , dis-je , Jonalhas se rendit dans le champ où David s'était caché. Ce lot là qu'il fil connaître à ce cher ami les méchantes dispositions de Saiil son père, et qu'il lui conseilla de se retirer de sa cour. Voilà l'abrégé et même l'explication de ce chapitre XX du premier livre des Rois, où les interprètes ont trouvé de la difficulté sur ces deux fêtes consécutives , parce qu'ils n'ont pas assez pris garde aux deux néoménies dont je viens de parler. Les Juifs, ce qui paraît étonnant, les observe: t encore aujourd'hui , par une coutume qui est peul-ê:re aussi ancienne que leur loi, ou au moi us que le lemp, do leurs rois. D'où vient une le rabbin Japhé {in lib. Le bus) parlant des deux néoménies du mois de lisri , dit qu'elles sont toutes deu\ fêles, et que ces deux jours sont également saints et solennels, N enter eorum, dit ce docteur \u\ï,est dies communis : sed primas est snneius ex lege , quia in eo fuit novilunimn ; secundus sart dus est ex senlentia domits judicii. Une de cansn ambos ejusdem fecerunt sanctitatis. Ils avouent même que pendant que leur sanhédrin était encore à Jérusalem , ils fêtaient les deux néoménies ou les deux premiers jours de la lune de lisri. El encore maintenant, ce qu» est nès-remarquable , quand les Juifs signent leurs contrats , s'ils sont, faits le trente du niols, auquel h lune se renouvelle, ils les datent en celle manière , marquée par lïuxlorfe (Synaijon. Jud. , c. 22) : De primo neonienias nisan , v. g. ', qui est triecsimus mensis ve-adar prœleriti. S'ils ne sont passés que le j -ur suivant, qui est îe premier jour du mois de nisan , ou la se onde néomenie, ils disent simplement : Die primo metish nisan , etc. Et cet auteur assure que ces deux jours , c'est à dire le trentième et le premier du mois suivant sont encore fêtes chez eux : Non modo enim prima , sed et tricesima cujitslibet mensis , dies est festus. Cet usage constant et uniforme de la nation des Juifs ne nous fait il pas assez connaître celui qui s'observait du temps des premiers rois d'Israël ? Je pourrais confirmer cet usage des Hébreux par la coutume des plus anciens Athéniens, qui avaient, comme eux deux néoménies à chaque mois, à savoir, le trentième jour et le premier suivant; ci qui les fêlaient toutes deux. C'est ce qu'on verra un pu plus bas j ar l'autorité d'Aristophane, de Plutarquc et de quelques autres ; afin qu'on ne s'imagine pas que l'usage des Juifs ait été singulier, comme il nous paraît ma'unenaut, parce que, dans le temps où nous sommes, nous n'avons plus que des mois solaires.

Ce chapitre, que je viens de citer, n'est pas le seul endroit où l'on découvre ces doubles fêtes de néoménies. Plusieurs savants prétendent les rencontrer dans le livre de Judith, et j'entre ass z dans leur senti ment. Ilest dit au chapitre VIII, v. 6, decclte sainte veuve dont Dieu s'est servi pour sauver Israël de la puissance des Assyriens, qu'elle jeûnait tous les jours de sa vie, hormis les sabbats, les néoménies et les lé: es du peuple d'Israël. Dans la Vulgale, que je viens de citer, il y a simplement, prœler neonienias , ce qui n'explique rien. Mais dans h; grec des éditions de Home cl de Francfort, et même dans celui du fameux manuscrit d'Alexandrie, il y a yvpU 7r(covcu/i*jviwv /.ai v3uy.ïjvtô)v>, id est, exceptis proneomeniis et nromeniis. Quelques interprètes prétendent que ces pronéoménies et néoménies ne s guident autre chose que les deux nouvelles lunes consécutives qu'on célébrait alors, au conimenccmcni de chaque mois lunaire. Et comme la première se faisait le trente du mois à la conjonction de la Lime, elle est appelée pronéomenie, qui est peut être la même chose que protonéoniéhie, pour la distinguer de la néomenie civile et populaire qui se faisait le lendemain, premier jour du mois. Or

SLR LE TEMPS AUQUEL ON CÉLÉBRAIT LA PAQUE DES JUIFS

celle-ci était regardée par le peuple comme la nouvelle lune, parce qu'on la célébrait, ainsi que je l'ai dit, le premier jour île chaque mois, et qu'alors on Consacrait la lune, pour parler comme les Juifs; car ils faisaient ce jour-là, qui était celui de la phase, des prières publiques et des vœux solennels, afin que le mois leur fût favorable. D'où vient que cette néoménie civile est quelquefois appelée Upopwlx , la lune sainte et consacrée; au lieu que la précédente est simplement nommée néoménie, et dans le livre de Judith, pronéoménie.

Je trouve encore un autre endroit dans les Ecritures qui me paraît si favorable à la première néoménie, qui est celle de la conjonction, durant laquelle la nouvelle lune est cachée, que je ne puis m'empêcher de le rapporter ici. L'explication que j'en donnerai pourra servir à éclaircir ce lieu, qui fait de la peine aux inlerprèies et aux commentateurs. Il est pris du chapitre VII, v. 10 23, du livre des Proverbes. Le Sage y fait la peinture d'une femme méchante et infidèle, qui lâche de séduire un jeune homme et de l'entraîner dans ses plaisirs. Après toutes ses fausses caresses, dont le Sage l'instruit de se donner de garde, il la lait parler ainsi à ce jeune homme : Venez, dit-elle, car mon mari n'ekt point en sa maison: il a entrepris un fort long voyage, et a emporté avec soi un sac d'argt'itt (c'est-à-dire, pour faire son trafic). Il ne reviendra chez lui qu'au jour de la nouvelle lime ; c'est ainsi qu'il y a dans le texte original, car l'hébreu porie : Lejom liachese jabo belho, id est, In die nuvilunii véniel in domum suam. Ceux qui ont examiné la signification du mol hébreu liachese, ou plutôt chese, qui fait ici loute la difficulté, avouent qu'il veut dire, ou novilunium, la nouvelle lune, ou occultalionem lunœ, le temps que la lune est cachée, ce qui se fait quand elle est dans sa conjonction, et par conséquent lorsqu'elle se renouvelle ; ou enfin il signifie diem solemnem ei slalom, un jour de fête, un jour fixe et arrêté par sa solennité. Qu'on lise la Synopse des critiques sur le v. 20. qu'on consulte les dictionnaires hébreux, et l'on verra qu'on n'explique le mot cliese qu'eu ces manières, qui reviennent toutes à la même chose et qui forment le même sens; car enfin dans la néoménie de la conjonction, la lune est entièrement cachée, et alors il était lèie chez les Juifs, comme il est encore maintenant.

Ce qui confirme l'interprétation que j'ai donnée, après plusieurs interprètes, est que chese vient de la racine hébraïque chasa, qui signifie cacher, eu latin légère, abscondere, occullare, comme tous en tombent d'accord. De sorle que chese n'est proprement que xptyit ryj? «}*3W35, occultatio lunœ; en un mot, la lune cachée dans son renouvellement ou dans sa néoménie. Ce mot hébreu ne signifie donc proprement, suivant Aben-Esra,ti ès-savanljmf,que prinçipium mensis in quo Innœoccultalnr; ce que Pline explique par le mot d'i/ilerlunium, dont se servent ici quelques interpiètes. Mais quand ils ne seraient pas favorables à l'explicalion (pie je donne, on n'en saurait presque douter après le v. 5 du psaume LXXXl, selon l'hébreu, et LXXX selon la Yulgate, où le mot de chese est pris pour le jour fixe et solennel delà nouvelle lune: Jiuccinate m momenia luba, in msigni die solemnitalis ves ■ Irœ, quia prœceplum in Israël est. Il y avaii donc un commandement à ceux d'Israël decéléorer la fête du renouvellement de la lune lorsqu'elle était dans sa conjonction. El alors parmi ce peuple les marchands cessaient leur négoce et venaient offrir à Dcu leurs sacrifices.

Après tout cela il y en a qui ont de la peine à concevoir comment l'auteur de la Vulgale a traduit ces mois: lejomhachese,d(ml il est question, par ceux-ci: in die plenœ lunœ, au lieu de, in die novUunii. Car enfin la pleine lune, qui était toujours vers le milieu du mois, n'a jamais été fêle chez les Hébreux, et n'a jamais empêché leur commerce. Outre que, si ce mari avait entrepris un voyage très-long, comme il est dit au v. 19, ubiil via longinquissima, il ne pouvait pas

retourner ponr la pleine lune, mais pour la fête de la néoménie, qu'on célébrait le dernier jour du mois. Voilà donc une néoménie marquée et établie dans les Ecritures, et qui se faisait avec solennité et au bruit des trompettes, lorsque la lune était caché ' sous le soleil, ininlerlunio. C'est là proprement la première des néoménies que je prétends montrer, qui est celle de la conjonction, et qu'on célébrait le trentième du mois. Personne ne doute que le lendemain, premier jour du mois suivant, on ne fît chez les Juifs la néoménie de la phase. Ainsi voilà les deux néoménies consécutives que je cherche, dans les divines Ecritures. Quelque homme plus habile et plus éclairé pourra peut-être en trouver d'autres preuves dans ces livres sacrés. Pour moi, après celles que j'ai rapportées, je me contenterai maintenant d'en ajouter une belle, tirée des profanes. C'est le fameux Horace qui va me fournir celle nouvelle preuve dans la satire neuvième de son premier livre. Etant un jour fatigué d'un im portun qui le suivait dans les rues de Rome et qui lui rompait la tèle, il rencontra Fuscus Aristius, son ami, mais qui était imbu de la religion judaïque, soit qu'il lût juif naturel, soit plutôt qu'il fût prosélyte. Horace lui fit signe des yeux el de la main de le délivrer de cet homme incommode, et lui d'il même, pour éloigner l'autre :Vous medi:es, ce me semble, l'autre jour, que vous vouliez me parler de quelque affaire secret'. Je m'en souviens bien, répondit Aristius, mais ce sera dans un temps plus commode; car c'est aujourd'hui le sabbat du trentième. Yoici les paroles d'Arisiius :

Memini bene ; sod meliori

Tempore dicam : hodie tricesimasabbata; vin' tu Curtis judaeis oppederc ?

(Lib. I, Sat. 9 sub fin.) La difficulté ne consiste que dans ces paroles d'Arislius, hodie tricesima sabbata. Mais elle semble entièrement levée par l'explication du grammairien Acron,. ancien interprète ou scoliasle de ce poêle. H dit là-dessus : Tricesima sabbata Judœi neomenius rficunt. Toute fêle s'appelait sabbat chez les Juifs, comme on le voit même par plusieurs endroits des Ecritures. Dans les mois lunaires, la lune devait se renouveler tous les trentièmes, et alors il était fête, comme je l'ai montré. Aristius avait donc raison d'appeler le trentième du mois tricesima sabbata; el Acr< u, son interprète, ne pouvait mieux l'expliquer qu'en disant que par ces mots il entendait les néoménies judaïques; car encore aujourd'hui elles se célèbrent parmi eux le trentième jour, sans qu'ils aient en cela changé d'usage. Horace vivait à Rome pendant le règne de César Auguste, sous l'empire duquel il y avait huit ou dix mille Juifs dans celte capitale de l'univers. Aristius ne pouvait pas ignorer leurs coutumes, puisqu'il fait gloire de professer leur religion, el cela plus de quarante ans avant la mort de Jésus-Christ. On voit par ses paroles el par celles de son scoliasle qu'on fêtait parmi eux le trentième du mois, c'est àdire la nouvelle lune. On célébrait encore le lendemain, premier jour du mois suivant. Doulera-t on après cela que du temps de Jésus Christ les Juifs aient eu deux néoménies consécutives ou deux commencements dans leurs mois lunaires?

Mais afin qu'on n'aille pas s'imaginer que cet usage fût singulier aux Hébreux, il est bonde faire voir qu'ils i levaient rien en cela qui ne leur fût commun avec le> peuples les plus polis de la Grè e, sans rien dire des Egyptiens qui semblent avoir eu les mêmes coutumes. Par ces peuples de la Grèce, j'entends parler de^ anciens Athéniens. Ils avaient des mois lunaires comme la nation des Juifs, el dans chacun d'eux ils célébraient deux néoménies, celle du trentième et celle du lendemain, qui élail le premier jour du mois, mais le second de la lune. Il faut que je m'étende un peu sur cet usage des Grecs, qui confirmera bien celui des Hébreux, il mérite d'être su de ceux qui aiment l'antiquité et la vérité tout ensemble. J'ai déjà montré ci-dessus que les plus ancic.s

DISSERTATION

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Gtces comptaient Ironie jours dans chacun de leurs mois lunaires, comme les Chaldéens cl les Egyptiens. (>•• il faul savoir rpie Thaïes, phi'osophe et astronome, qui vivait oins de 000 ans avant Jésus-Christ, fut le premier qui appel;» le dernier jour de chaque mois lunaire Tr,v -ciaxaSa, tricesimam diem, comme nous rapprenons de Dinpcue Laëice qui a écrit sa vie. Car avant ce temps -là ce jour était nommé chez les Crées vïTîfot rcû #u>3vô;, dies ullima mensis. Sol on, qui fui si rétèhre dans la Grèce un peu après lui, et qu'on sait avoir été contemporain de Crésin; roi de Lydie, nomma ec même jour trentième et dernier du mois lunaire Ivïjv xac vlav, c'est à dire velercm et novam, la vieille et nouvelle lune : parce que, comme dit fort bien Plutarque, et Suidas après lui, la lune précédente finissait le trentième du mois; et la suivante se renouvelait le même jour. Il avait donc raison d'appeler ce j ur la lune vieille et nouvelle, veterem et notant. Il faut pourtant remarquer que Solou ne lui donna que le nom, puisque du temps d'Homère, qui florissail neuf cents ans avant Jésus Christ, il semble que les Gre< s Ioniens regardaient déjà le trentième du mois comme le dernier de la lune finissante, et comme !e premier de celle qui commençait.

Solon, dont je viens de parler, donna de fort belles lois aux peuples de l'Aitique, Tau 3 de la quarantesixième olympiade, c'est-à-dire cinq cent quatrevingt-quatorze ans avant l'ère chrétienne , étant prince ou archonte d'Athènes. Kl ce fut alors qu'il ordonna que la trentième lune lût appelée f-nj xal Av., velus el nova. Voilà une nouvelle lune ions les derniers jours du mois. Cependant Plularqtie assuré que le lendemain, qui était le premier du mois suivant , fut nommé néoménie par ordre de ce législateur : Diem aulem insequenlem vou//.vjvt'«v, neomeniam, vocavit. Voilà donc deux néoménies dans chaque mois lunaire , mais deux néoménies établies ou plutôt renouvelées par les lois de Solon. Si l'on en doute après cela, qu'on lise Aristophane, on verra , dans ses Nuées (Ad. IV, se. 1, 5), qu'il appelle hw xaî véay de Solon, rr.' voo^vt'ocv, neomeniam, selon l'usage des Athéniens; et que le lendemain est aussi nommé vou;/.r,vt'K, neomenia. Le petit peuple d'Athènes craignait horriblement le trentième de chaque mois, ou l'ëvïjv xat vl«v; c'était ce jour-là que les riches faisaient à li rigueur payer les usures à leurs débiteurs, faute de quoi ils les abîmaient. Ce qui a fait dire à Plntarque, dans le traité où il exhorte à éviter les dettes, que les usuriers rendaient ce jour de néoménie, qui devait être sacré, affreux cl abominable : neomeniam, v£G/*v}¥iav, dierum sacratissimam ( il parle du trentième du mois, qui était \'èié)alram faciunt el abominandam. Enfin quand Suidas vient à expliquer ce que c'était chez les Athéniens que le velus cl nova, il dit ces pa mies remarquables : Éwj xaî via : sic apud Athénien ses vocabatur , quod apud nos Iricesima dicilur el novilunium , ii wap' yjuïv zpiu/.v.ç xaî vsopwitx , quia ea die conligil lunam deficere simul et renasci. Tune aulem, nisi débitons statim tisuras el fœnora creditoribus persolvissenl, clc. Il dit, un peu plus bas, que ce trentième de chaque mois était appelé par ceux d'Athènes luna velus el nova ; parce que , dit il , c'était tout ensemble la fin du niofe précédent et le commencement du suivant : finis prœcedenlis mensis el initium sequeniis.

Voilà deux néoménies dans chaque mois lunaire , celle du trentième cl du premier jour, si bien établies chez les peuples d'Athènes, que je ne pense pas qu'on veuilie les révoquer en doute. El nous venons de voir, par les paroles de Suidas, que celle du trentième étaii regardée comme le commencement du mois suivant, initium mensis sequeniis. J'ai , ce me semblé, assez fait voir, par tant de preuves que j'ai apportée», que ces deux néoménies étaient observées (liez les Juifs dès les premiers temps de la loi, el qu'ils les observent encore aujourd'hui par un usage qui n'a point souffert de changement chez cette nation si ai;;.cl;ée à ses anciennes coutumes. Mais de plus

j'ai fait voir que chaque lune ou plutôt chaque mois lunaire commençait véritablement à la première de ces néoménies, lorsque cet astre se renouvelait, ce qui arrivait le trentième ou dernier du mois. C'est ici que je prie le lecteur de faire attention à ce que je vais dire.

Quand Dieu Commandait, dans la loi, au peuple d'Israël (Lévit. XXIII, 5) : Vous ferez la pâque du Seigneur le quatorzième du mois, quarto décima die mensis, c'est à-dire le quatorzième du premier mois, ou du mois de nisan ; je demande comment les lié breux entendaient ce commandement? Chez eux , le mois qui, connue j'ai dil , était réglé sur le cours de la lune, se renouvelait avee cet a»lre ; el c'est de ce renouvellement que le mois est appelé diodes on langue hébraïque. Cela étant ainsi, i! semble qu'on pouvait aussi bien et peut-être mieux compter ce quatorzième commandé par la loi, depuis le renouvellement de la lune, lorsqu'elle était dans sa conjonction, que depuis sa phase ou son apparition, qui ordinairement n'était qu'un jour après. Le sens de celle ordonnance très-importante paraissait donc douteux et incertain , comme il paraît encore aujourd'hui, et parmi les Juifs el parmi les chrétiens. Ce qui esl si vrai, que c'est là dessus que les Juifs Iradi liminaires attachés au Tulmud oui depuis près de mille ans de grosses disputes avec les Juifs car aï tes, qui ne suivent que les Ecritures. On pouvait donc, sur celte incer itude, et l'on devait même, pour ne se point tromper dans l'observance de cette lui, compter deux quatorzièmes. Et c'est ce (pie foulions les Juifs d'aujourd'hui, car ils célèbrent leur pâque deux jouis consécutifs, el je suis persuadé qu'ils l'ont toujours fait : Festum paschalis, dit Duxtorf (Synagog. jud., cap 19), per duos dies célébrant, ut eo ceniores sint, et a vero fesli die omnino non ab errent. Non-seulement ils doublent le jour de Pâques, mais encore toutes leurs autres fêles. Ce qui a l'ait dire au rabbin Japhé (In lib. Le bus) , qui excepte celle de l'Expiation : Reliquis festis duos dies assignamus,quia liane consuetndincm a majoribus nostris in eaptivitate ad * epimus. CYst donc de leurs pères, les premiers Hébreux, que les Juifs modernes' ont reçu la coutume de faire deux jours de Pâque, car les anciens doubla eut cette fête et les autres, pr opter du'vium neomenias , comme parle ce rabbin , à cause du doute de la néoménie, c'est-à-dire à cause de l'incertitude où l'-m était de laquelle des deux néoménies on compterait le quatorzième, on le jour de la pâque.

Et il faul remarquer que comme les Juifs font deux quatorzièmes, à cotise de ce doute, ils font conséqueinment huit jours d'azymes, bien que la loi n'en marque que sept. C'est qu'ils ne savent pas quel jour est véritablement le septème, comme l'écrit Buxlorf (lbid., cap. 19) : Ac proinde hic quoque, quisnam rêvera seplimus sil dies ignorant , ideo postridie adhuc ferianlur ; et octavus dies œque sucer illis est ac seplimus. Ceux qui croient que celte coutume de faire huit jours d'azymes, est nouvelle parmi les Juifs, sont visiblement dans l'erreur. Car J osé phe nous apprend qu'on les observait de son temps : Quaproptrr in memoriam ejus inopiœ ( il parle de la nécessité où furent les l>iaéliies de manger des pains s ans levain à la sortie d'Egypte), per oclo dies festum agimus, kop-ty ayo/zsv î-/ r^.ïpv.ç, oa-m , quem vocamus Azymorum {Joseph., lib. II Antiquit., cap. 5), Ces paroles ne peuvent être suspectes, car elles se trouvent dans tontes les éditions de Josèphe et même dans celle d'Angleterre, qui est la dernière. Voilà donc huit jours d'azymes clairement marqués dans l'historien des Juifs, et on ne faisait ces huit jours que parce qu'il y en avait deux destinés pour la pâque. Par conséquent l'a coutume des Juifs modernes, que je viens de prouver, éla»t observée même dans la Judée el dans Jérusalem du temps des apôtres.

Et l'on ne peut pas dire que ces huit jours de Josépin; se doivent entendre de sept jours et quelques heures seulement, prises à la fur du quatorzième^ dfr, dans

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SUR LE TEMPS AUQUEL ON CÉLÉBRAIT LA PAQUE DES JUIFS

le livre VI de In Guerre des Juifs, eet historien appelle tout le quatorzième du mois xamique, qui est celui de nisan, le jour des Azymes : El cum adesset (lies Azymorum, qui est dies décima quarla mensis xanllùci : Kai t^s tfi* ÀÇû/am? e'vffT«*»35 hptym, TesMese?xatôs/àr^- Ç«vrt/.oû wii ( /rf., /. VI Bell.jttd., c. 4, p. 910; A>w>iJf. /. XVIII, c. 5, p. 618). Ce fui a'u comniencemeul de ce jour des Azymes que le prêtre Eléazar ouvrit les portes du temple de Dieu à ceux qui allaient l'adorer. Ce jour-là mémo les prêtres avaient coutume, selon Josèphe . d'ouvrir les portes dès minuit, c'est-à-dire dès minuit qui suivait la fin du treizième : M os est sacerdolibus a média nocie , èx pian vuxt*s, templijanuas aperire {ib'id.Aib III,c.lO. p. 93). Tout le quatorzième était donc alors un jour d'azyme, et par conséquent il y en avait huit. Or ce quatorzième jour était pris depuis la conjonction de la lune , puisqu'il est appelé par le même auteur, décima quarla secundum lunam, xa-à XsX^v, ou décima quarla luna , comme Epiphane le scolastiquc a autrefois traduit. Et cependant ce ne serait plus la quatorzième lune, mais la quinzième, si on Lt comptait depuis la phase seulement.

Voilà donc huit jours d'azymes (dont deux étaient et sont encore maintenant destinés pour la pâque) prouvés par l'autorité de Jo-èphe, et par l'usage des Juifs modernes, qui ne s'est jamais démenti. Paul de Middelbourg, qui a été si savant dans les rites et cou lûmes des 'Juifs, assure qu'avant le temps de Jésus- Christ ils ont l'ait la pâque deux jours consécutifs ; mais il dit, ce qui est assez remarquable, qu'ils ne comptaient ces deux jours que pour un : Hos autem duos paschalis dies pro uno compulubanl (Part. II). Or tout ainsi que les Romains ne regardaient que comme un jour les deux bissextiles, comme il le prouve par l'autorité des anciens jurisconsultes et surtout par celle de Celsus, il en était de même, dit ce célèbre évêque , des deux fêles de Pâque : Eodem modo duo fesla paschalia a Judœis tune observata pro uno die compulabanlur ; et duobus diebus continuis luna dicebatur quarla décima (Paulin, lib. II, c. 2). Il y avait donc parmi les anciens Juifs deux quatorzièmes de nisan , qui étaient destinés aux deux fêtes pascales. Et pour montrer que celte coutume n'était point introduite depuis peu de temps parmi les Hébreux, il dit que le rabbin Ilava, qui était dans les siècles du Talmitd, exhortait les Juifs de son temps à ne point abandonner la coutume de célébrer les fêles deux jours de suite, qui avait été observée par leurs pères, depuis le temps d'Esdrns : Commoncfaciens eosy ni fesla solemnia duobus diebus continuis célèbrent, sicul prœcepil Esdras. Les Juifs ont été si constants à observer ces deux jours de fêle, et enire autres ceux de Pâque, que ni les lalmudistes, ni les caraïles, n'y ont jamais manqué. Cependant ceux-là règlent leurs mois sur la conjonction de la lune et ceux-ci sur la phase. Il n'y a donc que la force d'une coutume gardée parmi eux de toute antiquité, qui les fasse convenir dans une chose sur laquelle sans cela ils ne pourraient jamais s'accorder.

Que les anciens Juifs ont eu des cycles sur lesquels ils ont réglé leurs temps cl leurs [êtes.

A l'entrée de celte seconde dissertation, je me suis engagé à deux choses assez importantes : premièrement, à faire voir que les anciens Hébreux ont eu dans leurs mois deux néoménies ou deux commencements , et par conséquent deux quatorzièmes, durant lesquels ils ont pu faire la pâque légale ; secondement, à montrer, qu'avant la venue de Jésus-Christ, ils onleu des cycles sur lesquels ils oui réglé leurs mois et leurs lètes. Je ne sais si j'ai bien prouvé la première de ces deux choses, j'en laisse le jugement au public ; mais pour ce qui est de la seconde, il me semble qu'on la peut démontrer, si le témoignage des anciens, qui n'ont pu ignorer une chose de cette nature, peut faire une démonstration parmi nous, Ou va voir que je ne

di> rien avec trop d'assurance, et que c'est l'évidence du fait qui m'oblige à p rlcr de la sorte. Ce«a partît bien contraire à l'opinion de ceux qui prête; dent (pie les anciens Juifs n'ont point eu de cycles ou de tables publiques ; qui assurent même qu'ils ont lotil réglé sur la phase ou sur l'apparition de la lune; et qui font de cela le principal et peut è re l'unique fondement de leur nouveau système. Je suis plein d'estimé et de respect pour eux, je cherche la vérité avec eux ; mais si je la peux trouver dans le point que je traité, elle ne me permettra pas d'être de leur sentiment. Voyons donc si les anciens Juifs, qui ont vécu du temps de Jésus-Christ et de ses apôtres ont eu des cycles, cVsi là la difficulté : car tous conviennent que les Juifs modernes, qui suivent le Talmitd, en ont un depuis plus de mille ans.

L'aulorié de saint Epiphane pourrait la décider toute seule. Ce Père, qui llorissait vers la fin du quatrième siècle , en écrivant contre l'hérésie des alogiens, qui combattaient leVerbedeDieu, suppose nonseulement que les Juifs avaient du temps de Jésus- Chrsit un cycle public, sur lequel ils réglaient leurs fêles ; mais il explique ce que c'était et de quelle manière il était dressé. Il f.it donc voir que ce cycle judaïque renfermait dans son cercle quatre-vingtquatre ans, qu'il était composé de six fois quatorze multipliés ensemble ; que dans ce nombre d'années on insérait trente mois embolimiqucs ou intercalaires, et qu'on en ajoutait un la première année de chique nouveau cycle : Unde illi ( ce saint parie des Juifs), annos quuluordecim sexies multiplicanles in cy~ cloa)inorumSft,anno oclogesimo quinlo (c'était le commencement d'un nouveau cycle) mensem unnm inter ■ calant. (Hœres. 51, alofjor., num. 26). On voit même, par le détail (pie ce Père en a fait, que chaque année de celte période était de trois cent cinquantequatre jours, huit heures et quelques minutes, qu'on ne peut pas assez distinguer, et qu'ainsi c'était des années lunaires ; qu'en quatorze ans on intercalait cinq mois : et qu'en quatre-vingt-quatre années, qui fanaient tout le cycle, on insérait trenle mois réglés sur le cours de la lune.

On croit assez communément que saint Epiphane était Juif d'origine, il y en a pourtant qui semblent en douter; mais quand cela ne serait pas, pouvait-il ignorer, lui qui savait l'hébreu, et qui nous a appris des choses si singulières de celle nation, qu'elle eût eu des tables publiques pour régler les mois cl les fêles? Ets'ii l'avril ignoré, comment se serail-il avisé d'en faire un détail tel que je l'ai marqué ; de mettre la qualité des jours et des années qui les composaient, et d'en venir jusqu'à nous instruire du nombre des mois qu'on intercalait pendant le cours des quatrevingt-quatre ans. On ne répondra jamais à une autorité si forte et si précise, qu'on fa-se contre elle tout ce que l'on pourra. Qu'on dise tant qu'on voudra qu'il se rencontre quelque obscurité; s'il yen a, ce n'est que dans les heures et dans les minutes, que ce saint n'a pas bien nettement expliquées; car pour le corps du cycle, il n'y en a aucune. Mais quand il y en «aurait, l'on sait que de très-savants hommes ont écl airci les difficultés qui peuvent s'y rencontrer, sans jamais révoquer en doute la vérité de ce cycle. Comme il ruine absolument le nouveau système, ceux qui le défendent se trouvent obligés à le conlester : ils ont beau le faire, ils ne viendront jamais à bout de le détruire. Car pour ce qui est de la réalité de ce cycle autrefois reçu parmi les Juifs, saint Epiphane n'a rien dit qui ne soit véritable.

Que si le témoignage de ce Père, qui nous a appris tant de choses de l'antiquité, ne suffit pas pour l'autoriser, joignons-y celui de saint Prosper d'Aquitaine : il paraît avoir eu une connaissance exacte de celle période ou de ce cercle d'années, car il a eu soin d'en marquer tous les renouvellements, depuis le temps des apôtres jusqu'au milieu du cinquième iècle. 11 marque nettement que celle période était

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de quafrc-vmgt-quatre nus, annis constat octoginta quatuor, n près la ré vol ut ion desquels clic reeommenfsiH de nouveau. Riet: n'est donc pins fort (|iie son autorité, cl j'espère qu'elle sera une preuve démonstrative, quand j'aurai suppose quelque chose pour l'affermissement de ce que je vais dire. J?ai fait voir ci devant, parla tradition des Pères et par beaucoup Ce raisons tirées de l'histoire, que Jésus-Christ, est mon l'an vingt neufderère commune, sous le consulat des deux Céminus. Celle année-là est marquée comme la soixante - huitième du cycle de quatrevingt-quatre ans, qui avait commencé dès Tan 715 delà ville de Home, c'est-à-dire, tr nte-neuf ans avant Père chrétienne : on n'en pi ut p;is douter, car nous avens maintenant ce cycle qui, avant commeneé plusieurs années avant la naissance de Jésus-Christ, a dû finir quelques années après sa mort et sa résurrection glorieuse.

En effet ce cycle de quatre-vingt quatre ans, dont une panie s'est écoulée pendant la vie de Jésus- Christ, n pris fin sei.ie ans après sa mort, c'est à savoir l'an 5 de Claude étant presque accompli, et le

45 de l'ère commune. Ce cycle a donc dû se renouveler l'année d'après, qui était la quarante sixième de l'ère chrétienne, cl c'est ce qui est arrivé, comme nous Talions voir par le témoignage de saint Prosper, qui a été très-versé dans la science des temps. Ce Père nous a laissé une Chronique entière dans laquelle il suit, après Eusèbe, la supputation des Septante et marque comme lui les années du monde. C'est dans cette Chronique qu'il fait mention de notre cycle de 84 ans; et la première fois qu'il en parle, c'est sur Pan du monde 5247, qui revient à l'année

46 de l'ère commune; voici ce qu'il en dit : Incipit ajelus pnschalis, qui annis constat 84, et post annos octoginta quatuor adeamdem le aem rêver tilur. Et pourf;.*ire voir qu'il n'y a là rien que de véritable, c'est qne quatre-vingt-quatre ans après, c'est à dire, l'an 130 de l'ère vulgaire, il met ces paroles; Finis primi cycli et seijnentis exordium. VoiKulonc une seconde période qui recommence après un cerclejde quatre-vingt-quatre ans. Saint Prosper continue de la même manière, cl voici ce qu'il marque sur l'an 214 de notre salut : Finit cyclus secundus ; incipit initium tertii. Pareillement l'an 298 de Jésus-Christ, l'on trouve ces mots, qui font voir le commencement du cycle quatrième : Finis cycli tertii, incipit quarti principium. On voit en tout cela une révolution constante et réglée de 8i ans. Enfin sur l'an du salut 582 , marqué du consulat d'Antonius et de Syagrius, voici ce qu'écrit ce même Père : Finis cycli quarli, et exordium quiuli. Nous verrons {dus bas que saint Prosper ne pouvait pas marquer plus exactement qu'il a fait le commencement et la lin de toutes ces périodes, sinon qu\l a quelquefois manqué dans les consulats.

Voilà donc, selon ce Père, un cycle de 84- ans. qui a commencé l'an 40 de l'ère chrétienne, et le 6 de l'empire de Claude, seize ou dix-sept ans après 1 1 ntorl de Jésus -Christ, lorsque les apôtres étaient dispersés dans le monde. Ce ne sont pas eux qui ont dressé ce cercle d'années, cela est certain; aussi ne voyons-nous dans l'antiquité personne qui le dise. C'est donc l'ouvrage des Juifs, les plus savants l'ont toujours cru sur l'autorité de saint Epiphane ; mais on n'en doute plus, depuis qu'on a trouvé ce cycle tout entier dans la bibliothèque impériale, et qu'il a été donné au public. Car on voit qu'il est bien plus ancien que le temps de Jésus Christ, et ainsi il est constant qu'il a été dressé par les Juifs, personne ne s étant avisé de l'attribuer aux gentils. On verra aussi, dans la suite, que l'Eglise romaine l'a emprunté des Juifs dans les premiers siècles; que c'est sur lui qu'elle a réglé tous les ans la fêle de Pâques, et que c'est la raison pourquoi elle a eu tant de disputes sur le temps de cette fète avec l'Eglise d'Alexandrie, qui en avait un tont différent.

Saint Cvrilic, éveque de ce lieu, qui ne pouvait

souffrir celte d sua dé

ce qtn»

inventé par les pravitali respon-

iversité, surtout parce qu'il était p<«rpie ce cycle, pris des Juifs, n'était point exact, fait un crime aux Latins de ce qu'ils s'en servaient • Ceux, «lit-il, en parlant (Peux (in prologo paschah), qui ont lâché de se conformer aux Juifs el qui ont établi un cycle pascal de quatre-vingt-quatre ans • ni auraient eu un parfait, si dans le calcul qu'ils on! lai: des mois et des années ils avaient pu suivre Dieu a ordonné, et non ce qui a été hommes : il H etiam qui Judœorum dere (ce jnpt esï mis ici pour c on for m are se) connu sunt, et octoginta quatuor annorum pnschalem 'irailum institueiunt. perfectœ rationis circulum fêtiiihsèhi si, etc. Dieu avait ordonné dans sa loi de célébrer h pâque le quatorzième du premier mois lunaire, c'està dire , le quatorzième de la lune. Saint Cyrille prétend que ceux qui suivaient ce cycle de quatre vingt-quatre ans, inventé par les hommes, manquaient quelquefois de deux jours entiers à bien fixer ce quatorzième , et même qu'ils célébraient la pâque avant le premier mois du printemps, appelé dans l'Ecriture mensis novorum, le mois des blés nouveaux. Ce sont les défauts que les saints Pères et même l'empereur Constantin ont souvent reproché aux Juifs : et les Juifs n'y tombaient ain^i que le. Latins, que pane que leur cycle était fautif el avançait souvent de deux jours entiers. Et nonobstant ces défauts, parce que les Latins avaient pris leur cycle, les Juifs se vantaient que les chrétiens ne pouvaient se passer d'eux et de leur doctrine dan* la célébration de la pâqoe, comme Constantin l'insinue assez ( ep. apud Eusvb:] l. de Vita ejus, cl 8). Après tout cela, n'est-il pas plus' clair que le jour que les Juifs étaient auteurs de ce cycle, etque le* latins l'avaient emprunté d'eux, en v faisant seulement quelques légers changements qu'ils avaient jugés nécessaires.

Mais quand nous n'aurions point tous ces témoignages^ n'y a qu'àjelcr lesyeux sur ce cycledequalrevmgl quatre ans, car enfin nous l'avons maintenant tout entier, pour juger que c'est celui là même dont parle saint Epiphane , el qu'il a été dressé par les Juifs. Car outre qu'il commence toujours pu- le samedi ou par le sabbat, qui est le jour favori des Juifs, il renferme dans sa période douze semaines d'années , ou douze fois sept années , qui est encore un nombre qu'ils chérissent. Mais de plus il commence très-longtemps avant la venue du Messie , ce qui fait une conviction entière , et l'on y voit les trente mois intercalaires que les Juifs , selon le même saint Epiphane, inséraient dans le leur. Tout cela joint ensemble justifie pleinement ce que ce Père a dit , et l'ait une démonstration à laquelle oh ne saurait résister. On peut voir de quelle manière est composé ce cycle, car le savant père Noris, qui a orné l'Italie par tant de beaux ouvrages, cl à qui Si Sainteté a commis le soin de la bibliothèque du Vatican , l'a donné au public l'an 1689, à la lin de ses Epoques syro-macédnniennes Ce cycle, sur lequel le célèbre père Pétau et Biichérius ont tant écrit , quoiqu'ils n'eussent vu que le fragment de saint Epiphane , a été tiré d'un manuscrit de la bibliiihèque de l'empereur: il finit l'an 354 de l'ère chrétienne, sous le septième consuls de l'empereur Constance. Ainsi il y a apparence que ce fut celte année là qu'il fut transcrit par celui qui l'a laissé à la postérité. On découvre à la seule vue de ce cycle , que saint Prosper l'avait consulté , et qu'il n'a point erré dans ce qu'il en a dit.

Il semblé , au reste , qu'il était composé de la période calippique de 76 ans, et d'une autre de huit ans appelée l'octaétéride. On avait joint , avant le temps de Jésus Christ, ces deux périodes ensemble pour en faire une de douze fois sept ans ou de six fois quatorze , d'où résultait le cycle entier de 84 arç. Cr comme il était irès-commode en beaucoup de choses, on voit qu'il était en usage chez les Juifs quand Jésus Christel les apôtres ont établi l'Eglise. On croit donc avec assez de fondement, que plusieurs d'entre

SUU LE TEMPS AUQUEL ON CÉLÉBRAIT LA PAQUE DES JUiFS.

nos

les premiers chrétiens l'ont pris d'eux et ont réglé sur iui les l'êtes passâtes. Il était au moins reçu dès le troisième siècle, puisque Anatolius, évêque de I.aodicée, en fait mention dans le cannn pascal qu'il a composé en forme d'épître. Ce qu'il y a de certain , c'est que ce cycle était celui de l'église romaine dès le iv* et le vc siècle. On n'en saurait douter quand on lit avec un peu d'attention ces paroles de Paschasin , évéque de Sicile, cllessoni dans la lettre qu'il écrit an pape saint Léon, touchant une pà ;ue sur laquelle on é ait eu difliculié : Nain, dit ce savant cvêque , cum lio tiunia supputatio , quœ cyclo coucludilur, cujus ipse de qno agitur eril mmns G5, qui cœpil a consulalu Auto- >//'/ eiSija/jrii , nobis dubietatem afj'erret , rie. C'était louchant la pàque de l'an 4i4 que Paschasi.n écrivait à saint Léon, vers la troisième ou quatrième aimé de soh pontifical. Il dit dans &n lettre que celle anué -là, louchant laquel'e il y avait de la d fueiilié, était la 05* du cycle qui faisait la supputation de l'Eghse romaine. Ce cy( le était celui de quaire-viugt-quilre ans , et celui qui courait alors et qui avait commencé sens le consulat d'Anionius et de Syagi ius, était le ciiu|uièiiie selon saint Prosper; car il a\ail dit alors : Finis quarii cycli , et exordium qninli. Le consulat de ces deux hommes tombait l'an 58v2,et, par conséquent, l'an 444, sur lequel il y avait de la contestation é:aii véritablement le 65e de ce cycle, comme Paschasin le marquait fort bien. Il est donc constant, et on peut le montrer par plusieurs autres pieuves , que l'Eglise romaine *>e servait de ce cycle de quatre -vingt quatre ans, sur lequel elle réglât les fêles pascales. Saint Cyrille d'Alexandrie avait donc raison de dire en parlant d<s Latins, qu'en cela ils s'étaient conformés au cycle des Juifs.

li a fallu supposer toutes ces choses et en donner des preuves solides , avant d'en venir à ce que j'ai à dire pour le soutien et l'affermissement de la véri:é. On doit remarquer ici que j'ai écrit dans mon Histoire évangélique , en parla, i de Jésus-Christ, qu'il a f.iit la pàque légale avec ses apôtres le jeudi soir , veille de sa mort , comme il est marqué dans les é\angélislcs , et en cela il n'y a nulle difficulté. Mats j'ai dit, de plus, que ce jeudi soir , qui tomba cette année là le 14 avril , était le 14 de la lune de nisau ou de la lune pasc.de , selon le cycle des Juifs. Je reconnais avoir dil ces choses, et après les avoir bien examinées, je persiste à les soutenir, car je les crois véritables.

On oppose à cela que, selon le cours des astres, la lune pascale , ou la lune du mois de nisau , ne s'est renouvelée l'an 29 de l'ère commune, où je mels la mort de Jésus-Curial, que le 2 avril vers huit heures du soir, selon les observations astronomiques. Ainsi le 14 de celte lune n'a pu linir que le soir du 1G avril, qui était un samedi ou un jour de sabbat. Or c'était à la (in de ce 14 de nisan qu'on immolait l'agneau pascal. Ll , par consé juenl , le Fils de Dieu n'a point fait la pàque légale et n'esl point mort l'an 29 de l'ère chrétienne, puisqu'il a é é mis en croix un vendredi. Voilà ce qu'on oppose à la tradition des Pères, qui disent que le Sauveur a mangé l'agneau avec les pains azymes et qu'il est mort sous le consulat des deux Géminus.

Celle objection serait considérable, si du temps de Jésus-Christ les Juiis avaient réglé leurs mois ou sur l'apparition delà lune, ou sur les observations exactes de l'astronomie. Mais c'est ce qu'ils n'onl pas fait , et tout ce que j'ai dil ci-devant en esl une preuve certaine, lis ont eu des cycle.-, comme je l'ai montré par des preuves sans réplique; et ce qui esl remarquable, les mêmes Pères qui nous apprennent qu'ils en avaient un de quatre-vingt-quatre ans, nous disent qu'il était fautif et que souvent il avançait dedeux jours entiers. C'est ce qui est arrivé l'année de la mort de Jésus- Christ , comme saint Epiphane nous en assure dans le même endroit où il fait mention de ce cycle : Si ituhiem unie tempui ild { il parie des Juifs ) pascha co-

medcrunl; puis il ajoute ans- ilôt après : Éaaysv iè Tiy.zyy. izoà Sûo %pkpfa tou fayifc , \d est , Comederunl illi epulum paschale duobus diebns aniequav.i deberenl comedere, Est ce que les Juifs oui mangé cette aimé. là la pâque deux jours avant le 14 du mois de Nisan? Us n'ont eu garde de le l'aire ; mais ce 14 était réglé sur leur cycle, qui avançait alors de deux jours ,%t non sur le cours de la lune qu'on ne saurait jamais, quelque chose qu'on fasse, accommoder exactement à l'usage civil , comme les [dus habiles en tombent d'accord. Le même saint Epiphane ayant en cet endroit expliqué la nature de ce cycle, et cela à IVccasion de la mort du Sauveur , ci en ayant marqué les défauts, dit qu'il a été la cause que les Juifs oui prévenu la pâque de deux jours: Quod cum illis aberrondi causa Lune fuisset, non modo, perturbantes omnia, biduo legilimum paschatis lempus anteverterunt , sed et uno insuper die prœterqrcssi muguis se erroribus implication {lbid., nuin. 27). Ce Père dil consiammrni que les Juifs ont alors prévenu de deux jours la célébration de la pâque; il insinue n éme qu'il y cm eut parmi eux qui !a firent un jour après les autres. Kl en tout cela il n'a rien dit que de très véritable et de irésco forme aux évangéiisies. Car les. uns la liront le jeudi soir, et les aunes le jour d'après, quiéiaii celui de la morl de Jésiis-Chrisl. Ainsi ces deux cndroiis de sàtiil Epiphane coulirmeni admirablement bien lout ce que j'ai écrit.

Mais, dira-l-on , est-il croyable que les Juifs de ce temps là aient fait la pàque avant que la lune fût dans son quatorzième? Je dirais pareillement : Est-il possible qu'ils Taient célébrée le 16 ou peut-être le 17 de la lune? car cela pouvait souvent arriver si on réglait les choses sur la phase ? Je réponds donc qu'il sulii sait pour l'accomplissement de la loi que ce lût le 14 du mois lunaire, pris civilement el populairement, et censé tel par l'os ge des cycles sur lesquels tin régla t les mois et les fêtes. Cela est si vrai, que Philpn, qui était du temps des a,ôlres, dit en parlant du mois pascal des Juifs (Ub. III de Vit. Mosis, posl mcd. ) : Hoc mense circa diem decimam quarlum, mpi tc^g^s?xoaôsxàTïjv Yi/jApav (il faut remarquer cea paroles), cum lunaris orbis pleno lu mine complendus esl , celebralur transiius seu migrationis f'eslivilas , publica populi salemnitas, quœ chulduice pascha nomiualur. Je demande pourquoi Philon ne dii pas, selon les termes de la loi, qu'on faisait la pàque le 14 du mois, mais vers le 14 , r.spi, circa diem decimam quartam? C'est qu'on avançait quelquefois d'un jour ou deux, comme il arriva l'année de la mon du Sauveur; el c'esi pour cela qu'il ajoute qu'on la faisait avant (pie la lune fût pleine. Eu effet ne voyons-nous pas que les gens qui arrêtèrent Jésus-Christ au jardin de Gethsémani, y allèrent avec des lanternes el des flambeaux , péiA ©avûv x«J /a/xrràôwv, cum laternis el facibus (Jean , XV11I, 5^. Pourquoi des flambeaux dans une action queles princes des prêtres voulaient qu'on fît seerèlemenl à cause du peuple? c'est «pie la lune n'était pis pleine el qu'elle ne le fui que deux ou trois jours après; car si elle l'avait été, il y aurait eu as-ez de lumière pour faire celle exécution. Saint Epipbane a donc eu raison do dire que l'année qu'on lit mourir Jésus-Christ , les Juifs , eu égard au cours de la lune, avancèrent la pàque de (\e\\\ jours : Biduo legilimum paschatis diem anteverterunt.

Doit-Un s'étonner de cela dans le peuple juif, puisque la me i e chose est arrivée aux chrétiens de l'Eglise latine, quoiqu'on leur montrât leur erreur par les règles de l'astronomie , el même par l'aspect de la lune. Cependant ils ne se sont poinl corrigés, parce qu'ils avaient un cycle de quatre-vingt-quatre ans, semblable à celui des Juifs. Saint Cyrille ne dit-il pas dans son Prologue pascal, que la lene qui n'était que la première selon le cours des astres , était la troisième chez les Latins : et que celle qui n'était vén • laidement que la quatorzième, était regardée par eux comme la seizième par une eneur visible. C'esl sur

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