‹ Scripturae sacrae cursus completus -- plurimis annotantibus presbyteris ad decendas levitas -- ann. simul et ed. J.-P. MigneChapitre 29 sur 157 · Défense de manger le sang · texte numérisé non relu

Défense de manger le sang

Combien est mystérieuse et profonde la défense que Dieu fait à son peuple de manger le sang, et le

soin qu'il a de le réserver pour être répandu sur son autel pour l'expiation des pécheurs : Parce que la vie de la chair, dit-il dans le Lévilique ( Chap. XVII, 10, 11 , 12, 14), est dans le sang; et je vous l'ai donné afin qu'il vous serve sur l'autel pour l'expiation de vos âmes, et que Came soit expiée par le sangl Je ne vous défends pas le sang absolument, mais je ne veux pas qu'il vous serve de nourriture. Le corps des animaux sera pour votre corps, mais leur âme sera pour votre âme. Vous vivrez de leur chair, et vous expierez vos péchés par leur sang. Mon autel le recevra, et non pas vous. Il m'est dû, et il vous est nécessaire pour me fléchir. El tant que vous ne m'aurez point apaisé par une victime digne de moi , je l'exigerai toujours, et vous ne le boirez jamais. Vous connaîtrez à celte marque que vos péchés sont retenus, tant que les sacrifices où le sang me sera réservé dureront. Mais lorsque le grand et unique sacrifice aura aboli tous les autres, vous boirez avec fruit le sang(l) que vos crimes auront répandu. Je ne l'exigerai plus, parce que je ne serai plus irrité contre vous : mais vous le recevrez comme la source d'une vie (2) nouvelle; et la vie de l'Agneau immortel, qui accompagnera son sang, passera avec lui et par lui dans vos cœurs , et vous rendra éierncls en vous rendant justes.

Cest un préjugé favorable pour l'application d'une histoire ou d'une prophétie à Jésus-Christ, lorsqu'elle est simple, naturelle, aisée, et que toutes les parties en sont liées et réunies en un seul point de vue.

On n'est pas toujours obligé d'adopter les interprétations, qui sont données par des personnes qui ont de la lumière et de la piété , et qui observent autant qu'elles le peuvent l'analogie de la foi, dont parle saint Paul (Rom. XII, 6 ), c'esl-à dire une proportion entre les découvertes qu'ils font et les vérités révélées. Mais c'est un favorable préjugé pour ces interprétations, lorsqu'elles expliquent quelque endroit de l'histoire sainie, ou quelque prophétie par rapport à Jésus-Christ, d'une manière simple, naturelle, aisée, où tout s'enire-tient et se lie; où tout dépend d'un seul dénouement; et où tout se démêle sans peine et sans avoir besoin de recourir pour chaque incident à une nouvelle réponse. Celte simplicité et cette liaison sonl les grands caractères de la vérité. On doit respecter les explications où elles se trouvent. El l'on peut sans témérité établir cette règle, qu'elles sont ordinairement vraies , quand elles sont trèsvraisemblables.

Le fondement de celle règle esl, d'un côté, la révélation qui nous apprend que Jésus-Christ esl la fin

(1) Voici le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu r-our la rémission de vos péchés ; buvez-en tous. Matth. XXVI, v. 27 et 28.

(2) Si vous ne buvez le sang du Fils de l'homme , vous n'aurez poinl la Yie en vous. Joan. vt, oi.

de la loi, et qu'il y est figuré en mille manières, et de l'autre ce principe de la raison et du hou sens , que ce qui découvre parfaitement les nippons entre Jésus-Christ et ce qui le ligure , est l'interprétation de ce que la ligure cachait.

Exemples. — L% arche de Noë , figure de l'Eglise,

1° Il est aisé d'à percevoir dans l'arche de Noé {Gen. VI, 7 et 8 ) Ions les caractères et tous les privilèges de l'Église chrétienne. La nécessité d'y entier , et d'y demeurer jusqu'à ce que le monde soit jugé, est non seulement claire, mais sensible. Quiconque n'y entre pas est noyé. Quiconque en sortirait avant l'écoulement des eaux, c'est-à-dire du siècle, le serait aussi. Lorsque Noé en sort, tous les hommes sont morts et jugée.

±° L'arche est unique comme l'Église. Il n'y eut au temps de Noé que ce seul vaisseau qui ne lit p.is naufrage. 11 n'y eut que celui-lù ou l'on vécût. Ni barque, ni esquif, ni planche, nul autre moyen ne lut salutaire. L'adresse , la force , i'experieuce , tout fut inutile. Les plus hautes montagnes eurent le même son que les vallons, et la ligure lui si complète pour ôter aux hérétiques et aux schisma tiques toute espéra lice de salut hors de l'arche véritable, qu'il e»t étonnant que leur témérité n'ait pis éié arrêtée par cet exemple et par celle redoutable leçon.

5e L'unité intérieure de l'Église ne pouvait être mieux représentée que par la paix profonde où vécurent les hommes et les animaux par la .subordination de tous sous un premier pasteur; par la correspondance des pasteurs du second ordre avec leur chef; par l'exclusion de loue distinction, les bées étant associées au privilège des hommes; les hèles impures admises comme les pure,-. ; les féroces et le> douces , les sauvages et les domestiques, les reptiles et les oiseaux. 11 n'y avait rien qui put expliquer plus clairement ce que du saint Paul (Coloss, 111, 11), qu'en Jésus-Christ il n'y a ni er^lave ni libre, ni Scythe, ni Grec, ni barbare.

4° L'universalité de l'Église , qui comprend touic la terre, était vivement représentée par l'arche, qui contenait le monde entier.

5° Sa visibilité par l'arche élevée entre le ciel et la terre, le seul objet qu'on pût alors distinguer, la seule chose qu'on dut alors désirer ; (pie le naufrage de l'univers rendait plus illustre; que la protêt t. nu-du ciel faisait paraître miraculeuse ; que les gémissements de ceux qui l'avaient méprisée, et ne pouvaient plus y être reçus, montraient encore plus que n'avaient fait les invitations de lNoé , lorsqu'il la haussait.

G* L'antiquité et l'origine divine de l'Kglise ne p-iuvaicRt avoir une figure plus naturelle, puisque l'arche étaii bâtie par Tordrede Dieu ; qu'elle avait reçu de lui ses proportions et ses mesures, et qu'elle était uniquement formée sur ses \ues et ses desseins. Ou ne pouvait remonter plus haut qu'elle. Le nouveau

monde lui devait sa naissance, et Pancicn sa conservation.

7° Comme elle renfermait la tradition du passS e* les espérances de l'avenir, la promesse de Jéius- Christ et tout le dogme nécessaire au salut, elle marquait naturellement que l'Eglise serait dépositaire des vérités de la religion , hdèle témoin des traditions anciennes, et infaillible dans les décisions dont la tradition serait le fondement.

8° La sainteté des mœurs de l'Église , qui consiste dans l'observation des préceptes, et qui par un privilège qui lui est particulier, passe jusqu'à la perfection des conseils, est dignement ligurée par la continence observée pendant l'année du déluge. Car la même Écriture qui nous a appris que les trois enfants de Noé avaient des femmes, nous averlit qu'elles ne devinrent mères qu'après être sorties de l'arche (Gen. X, \).

9° La durée et la perpétniiéde l'Église sont annoncées par la destruction du monde et la subsistance de l'arche. Elle était avec lui, et elle est encore .iprès lui. Tout est détruit , ei elle seule demeure. Je consumerai tomes les nations, dit le Seigneur, mais non Israël [Jerem, XL VI, 28 ). La petite pierre que vit Daniel devint une montagne qui remplit toute la terre, après avoir brisé la statue qui figurait lotis les empires établis par les hommes. Le règne de Jésus-Cluist anéantira tous les aunes.

10° Utilité des persécutions. Le débordement effroyable des eaux qui inondèrent toute la terre ne servit qu'à élever l'arche, Dieu n'est plus propre que celle image pour consoler l'Église, 'fouies ses affections et ses contradictions ont contribué à l'élever et à la rendre plus majestueuse et plus visible. Le monde périt , et elle seule subsiste. Tous les ouvrages des hommes sont anéantis; mais parce qu'elle e>t l'ouvrage d'un Dieu immortel, elle est immortelle. Si les eaux avaient élé moins fortes et moins violentes, el.e émût éé couverte, et tous ceux qui s'y étaient enfermés y seraient péris, l'ius le c ei et la terre versent de torrents, plus elle devient légère. Plus les eaux couvrent les montagnes, moins elle trouve d'écueils. Mus l'inondation est extraordinaire, plus elle lui aplanit la route , et la met en état d'arriver où Dieu la conduit.

11° L'Église est conduite et conservée par la seule protection de Dieu, comme l'arche le fut par les soins de Dieu seul. Jamais bâtiment ne parut moins propre à la navigation, il était depuis une extrémité jusqu'à l'autre également allongé : ce qui l'exposait à tomber sur l'un des côtés et à être submergé, et le fond n'étant point courbé en carène , le moindre flot était capable de le renverser. D'ailleurs celle pesante machine n'avait ni gouvernail, ni rames, ni voiles. La manière dont elle élait construite ne laissait entrer le jour qu'avec peine, cl ni le ciel ni la mer n'étaient vus avec assez de liberté, pour ju^er

par le soleil et les étoiles en quel endroit du monde on était. Noé et sa famille étaient renfermés au dedans comme dans une espèce de tombeau , et tout se conduisait au dehors sans leurs soins et leur travail, quoiqu'on dedans tout fût confié àleur vigilance, et soumis à leur autorité.

C'est par tous ces endroits que l'arche était encore une figure admirable de l'Église, qui n'est conduite dans son cours, délivrée du naufrage, et sauvée des eaux et de la tempête que par la force et la protection de Dieu; qui ne se conserve ni par la sagesse, ni par l'expérience des hommes ; qui ne doit point sa durée à la nature de l'édifice et à la solidité des parties qui le composent ; qui n'est jamais mieux gouvernée que lorsque les pasteurs ne s'appliquent qu'à leurs devoirs au dedans, et laissent à Dieu seul le soin des événements, ne regardant jamais ni les étoiles ni la mer; ne s'efîi ayant jamais des vents et des flots, mais considérant uniquement leurs obligations et leurs règles, et lâchant de mériter la protection de Dieu par leur obéissance, au lieu de mêler à sa sagesse une prudence humaine, indigne de lui et injurieuse à ses promesses.

\T Mais ce qui me touche le plus dans celle merveilleuse fécondité de rapports entre l'arche et l'Église, est que personne ne pouvait se plaindre avec justice d'être exclu de l'arche, comme personne ne peut ni se plaindre ni s'excuser de ce qu'il est exclu de l'Église. Ceux qui avaient entendu parler de l'arche avant le déluge, ou qui l'avaient vue, étaient visiblement inexcusables d'avoir négligé d'y demander des places ; mais ceux qui habitaient des pays éloignés, et qui ne connaissaient ni les malheurs prédits ni l'unique moyen de les éviter, quoique inoins aveugles, étaient assez criminels pour être dignes de mort et indigues de l'arche. Et c'est ce qui doit terminer toutes les questions qu'on fait sur le salui lies hommes qui ignorent l'Église ou qui la condamnent par l'elfei des préjugés. Les premiers sont moins coupables que ceux qui résistent à la vérité; mais leurs péchés les rend assez coupables aux yeux de Dieu pour mériter qu'elle ne leur soit pas annoncée ou qu'elle leur soit déguisée. En un mol , lous méritaient la mort, personne n'était digne de pardon, et l'arche pouvait être ignorée sans que les hommes en eussent pour cela plus de droit à la vie. L'Église est de même. C'est un moyen pour le salut dont personne n'esi digne, et ceux qui l'ignorent ou la combattent, sont trailés selon leur mérite, en demeurant dans leurs ténèbres.

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