RÈGLE XL
Les endroits de l'Écriture où la circoncision, la loi, le temple, les sacrifices, les cérémonies, les privilèges d'être de la race d'Abraham, d'habiter dans la terre promise, et de demeurer à Jérusalem, sont regardés comme inutiles ou insuffisants , découvrent certainement Jésus Christ et la justice de l'Évangile.
Il y a beaucoup d'endroits dans l'Écriture très-
propres à dissiper l'obscurité qui couvre les autres, ità montrer Jésus Christ et l'Évangile sans les désigner d'une manière distincte.
Les princ paux sont ceux < ù Dieu rejette lout le culte extérieur comme inutile, ou même comme lui étant odieux; où il compte pour rien la qualité d'Israélite selon la chair [haïe, i), et où il donne à la postérité d'Abraham les noms de race de Chanaau et de peuple de Sodome ; où il déc lare qu'il n'exige ni nidation , ni sacrifice (Ps. XLIX et XIV); mais seulement un cœur droit et des mains pures ; où il promet une demeure éternelle sur la sainte moni.igne à quiconque sera juste, sans exiger la circone smn, ni aucune alliance avec la maison de Jatob, ni aucune purification légale.
Tous ces endroits, qui sont d'une conséquence infinie, et qu'il faut remarquer avec soin, expliquent toute la loi , et font voir qu elle n'est qu'une préparation ei une attente par rapport à Jé»us Christ dont la grâce seule peut changer les hommes, tout autre moyeu n'étant capable ni de les réconcilier avec Dieu ni de les convenir.
Dans le premier chapitre d'isaïe, Dieu ruine lous les appuis de la Synagogue, comme faibles et munies. Il s'applique à ôicr aux Juifs la confiance qu'ils mettaient dans la terre promise, qui esl livrée en proie aux étrangers; en la race d'Abraham qui est une race pécheresse et un rejeton ne Sodome , dans les saeri lices qui lui font horreur, dans les le es qui ne sont que des assemblées d'importuns. Qu'ai- je affaire, dii Dieu, de celle multitude de victimes que vous m'offrez? lout cela m'est à déaoùl. Je n'aime point les holocaustes de vus béliers, ni la graisse des victimes les plus grasses, ni le sang des veaux , des agneaux et des boucs. Lorsque vous veniez devant moi pour fouler aux pieds mes parvis , qui a demandé que vous eussiez ces dons dans les mains ? Ne m'offrez plus le sacrifice vain et frivole delà pure farine , l'encens m'est en abomination... Je hais vus solennités des premiers jours des mois et toutes vus autres fêles , elles me sont à charge , je suis las de les souffrir.
Voilà tous les secours que la loi peut fournir, voilà lout ce qu'elle a de plus efficace el de plus auguste , c'est là tout ce qu'elle renferme de plus pur, de plus parfait et de plus saint. Dieu néanmoins rejette lout cela el n'en excepte rien. 11 condamne ce qu'il y a de plus recommandante ci de plus précieux. La multitude des sacrifices le dégoûte , l'excellence des vit limes lui déplail, la foule des adorateurs l'importune ; il déteste le parfum , il a en horreur les oblaiions , il hait les fêles solennelles, il proleste qu'il ne veut rien de lout cela, qu'il ne l'a jamais demandé, el il défend qu'on lui offre rien de pareil , comme si iui» même ne l'avait point ordonné.
Ces expressions si précises et si étonnantes m prouvent elles pas que la loi avec tout ce qu'elk renferme de plus puissant et de plus salutaire, n'est pas la source de la vraie justice, et qu'elle ne peut jamais le devenir ? Car *i elle avait jamais Justine
quelqu'un par elle même , ou qu'elle fùl destinée à justifier un jour les hommes, Dieu aurail-il pu la rejeter el en parler comme il a fait et ave c les notes qu'il a données à tout ce qu'elle a de plus vénérable et de plus sacre?
Si l'Apôtre a fort bien conclu de ce que l'Ancien Testament vieillissait , qu'il devait donc être aboli , puique tout ce qui passe et vieillit est proche de sa (in : Quod autem antiquatur et senescit , prope interitum est ( llebr. VIII, 13). L'Écriture aussi nous donne lieu de conclure que si Dieu déclare qu'il est lassé du culte judaïque, il ne durera donc pas toujours ; que s'il lui est odieux et désagréable, ce n'est donc pas le moyeu de lui plaire et de se réconcilier avec lui; que s'il ne peut rien expier dans ceux qui l'observent avec le plus de soin, ce n'est donc pas la voie établie pour donner la justice ; que s'il n'a pas demandé toutes ces observances légales, il ne les voulait donc pas pour elles-mêmes, mais pour une autre fin. Il en désirait donc d'un autre ordre dont celles-là n'étaient que les ombres et les attentes , et par conséquent l'abolition de l'Ancien Testament établit le Nouveau ; l'inutilité de la loi prouve la nécessité de la foi, et l'exclusion de toutes les observances mosaïques conduit à la grâce de Jésus-Christ, unique principe de toute justice, et fait perdre la confiance que l'on mettait dans les œuvres et dans les cérémomonies vides et superficielles.
En elïet, si la loi était capable de justifier, Dieu en condamnant les souillures par lesquelles les hommes en profanaient la sainteté, les aurait adressés à elle pour s'en purifier. En leur ordonnant de se laver , lavamini , est-ce à l'eau lustrale et aux cendres de la génisse qu'il les renvoie ? Veut-il qu'ils attendent leur réconciliation avec lui du bouc immolé pour le péché ; et qu'ils aillent chercher dans la venu du sang des taureaux l'expiation de leurs crimes? N'est-il pas clair qu'il congédie la loi avec tout son attirail, tomme impuissante et comme vaine? En prescrivant au pécheur ses remèdes , il n'en marque aucun de ceux que la loi fournit. Il rappelle l'homme au dedans de son cœur ; il l'invite à se purifier , mais des souillures delà mauvaise conscience, et par une aspersion tout intérieure el toute spirituelle dont parle saint Paul : Approchons-nous de Dieu avec un cœur vraiment sincère, et avec une pleine foi, ayant le cœur purifié des souillures de la mauvaise conscience, par une aspersion intérieure ( llebr. XI, 12 ).
; Si vous aimiez les sacrifices, dit David ( Ps. L ) , je vous en offrirais : mais les holocaustes ne vous sont point agréables. De quel droit David, coupable d'adul» tère et de meurtre , ose-t il se dispenser d'oifrir à Dieu des victimes pour l'expiation desescrimes? Un pécheur né sous la loi et assujetti à toutes ses observances, d'où a-l-ii appris que les holocaustes ne sont point agréables à Dieu ? Par quelle lumière a-t-il vu l'impuissance de tous les sacrifices judaïques pour la justification , el leur en subslifne-t-il un intérieur , lout spirituel et évangélique ? L'esprit affligé, dit il,
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est le sacrifice que Dieu demande. Vous ne mépriserez pas, o mon Dieu, un cœur contrit et brisé de douleur.
Le psaume XL1X contient la même doctrine. Dieu y déclare aux Juifs qui portaient l'exacihude sur les sacrifices jusqu'au scrupule , que ce n'est point sur cette matière qu'il s'arrêtera quand il viendra les juger, parce que le véritable objet de sa volonté n'a jamais été celle multitude de victimes qu'ils croient lui être agréables : Ce ne sera point par rapport à tes sacrifices que je te jugerai ; car je ne vois autre chose dans tous les temps que tes holocaustes (Ibid., 8,). Dieu leur fait sentir qu'ils lui font injure, s'ils croient soûl ger ses besoins par leurs offrandes ; et s'ils préiendenl lui donner ce qu'ils ne tiennent que de sa libéralité : Je n'ai point besoin de recevoir de toi des veaux pris dans la maison... Si fai faim, ce n'est pas à toi que je le dirai ; car tout le monde, avec tout ce qui le remplit, est à moi (Ib. 9).
Mais si Dieu regarde les sacrifices de la loi comme inutiles et même comme injurieux à sa grandeur, à moins qu'ils n'aient une fin plus sublime, que devient toute la loi particulière aux Juifs, et dont Moïse a é é le ministre? Que devient le sacerdoce d'Aaron, si les sacrifices sont comptés pour rien? Que devient le tabernacle et le temple qui lui a succédé , si les victimes et le sacerdoce destiné à les offrir sont inutile^ ? Où sont les fêles d'Israël ? Où est l'espérance d'èiru justifié par le sacrifice solennel de l'expiation ? Où est le culte public ? Toutes les observances légales sont abolies dès que Dieu ne veut pas seulement examiner si l'on y a été fidèle. Toute la confiance du Juif disparaît, .dès que son juge lui ôle toutes les choses où il l'avait mise.
Dans le prophète Isaïe (LXVI, 1, 2, 3), Dieu s'applique à ruiner encore plus fortement toute la vaine confiance que le Juif mettait dans le temp'o et dans les sacrifices qu'il y offrait : Voici ce que dit le Seigneur : Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied. Quelle maison me bâlirez-vous , et où me donner ez-vuus un lieu de repos ? Cesl ma main qui a créé toutes ces choses, et elles tant toutes, parce que je les ai faites, dit le Seigneur. Maie «vr aux jetterai je les yeux sinon sur le pauvre, qui a le cœur brisé et humilié, et qui écoule mes parolos avec tremblement ? Celui qui immole un bœuf est comme celui qui tuerait un homme. Celui oui sacrifie un agneau... est comme celui qui assommerait un chien.Celui qui fait à Dieu une oblalion est comme celui qui offrirait à Dieu le sang d'un pourceau; el celui qui se souvient de brûler de l'encens est comme celui qui adorerait une idole.
Ces passages cl plusieurs autres semblables, où le Messie n'est pas seulement nommé, l'annoncent plus clairement que ceux qui prédisent sa venue. Ils apprennent que tout est inutile sans lui. Ils détrompent les hommes de la fausse espérance qu'ils scraieni capables d'avoir, ou dans eux-mêmes, ou dans la loi. Ils découvrent la fausse justice el promettent celle de l'Évangile ; et il est du devoir d'un homme de bien, quand il les explique, de montrer leur étroite liaison
avec Jésus-Christ, que la loi invoque elle-même, et sans lequel elle avertit qu'elle n'est rien. Cette règle n'a point d'exception ; et l'on ne se trompera jamais m voyant Jésus Christ partout où la loi, ses sacrifices et ses cérémonies sont regardés comme insuffisants»