PAR L'ABBÉ D'ASFELD
Dans l'écrit que Ton donne ici au public, et qui était déjà devenu fort commun par le grand nombre de copies qui s'en était répandu, l'on suppose le lecteur instruit et convaincu d'une vérité essentielle à la religion, et qui est le fondement de tout ce qui est dit dans ce petit traité : savoir que Jésus-Christ est prédit et figuré dans tout l'Ancien Testament, et que les prophètes n'ont eu que lui en vue.
Dieu qui depuis la chute d'Adam s'était, pour ainsi dire, retiré en lui-môme et semblait garder un profond silence par rapport aux hommes , n'a pu se résoudre à leur parler, comme il a fait par ses Ecritures, que pour les rendre justes et meilleurs. Or, comme ils ne peuvent devenir tels, selon ses décrets éternels, que par Jésus-Christ, qu'il a établi l'unique source de la véritable justice et l'unique voie par laquelle le pécheur peut retourner à lui : il n'est pas étonnant que les livres de l'Ancien Testament, uniquement destinés à faire connaître Dieu à l'homme, et l'homme à lui-môme, retentissent partout de Jésus- Christ.
C'est ce qui a fait dire à saint Paul que tout est pour lui, et que tout subsiste en lui : Omnia in ipso constant (Coloss., I, \1) ; qu'il est la fin et le terme de *a loi , c'est-à-dire que c'est à lui , à ses mystères , à son Eglise, à ses élus, que se rapportent les préceptes, les observances et les événements de l'Ancien Testament; et que c'est en lui que toutes les prédictions, les figures cl les sacrifices ont leur accomplissement : Finis legis Christus (Rom., X, 4).
Celte vérité ne s'élablil pas seulement par induction, mais elle est clairement attestée par le Sauveur même. Et qui peut mieux savoir ce que les prophètes ont annoncé, que celui qui les a envoyés? Qui entend mieux le sens des prophéties , que celui qui les a dictées? Or Jésus-Christ déclare souvent en termes précis , qu'il était lui-môme la matière de leurs prédictions; que dans leur commission ils avaient tous ordre de parler de lui , de publier les circonstances de sa vie, ses humiliations et sa mort; et de peindre ses mystères, le fruit de ses souffrances et la formalion de son Eglise.
Dans le fameux entretien que Jésus-Christ eut ivec les deux disciples le jour de sa résurrection , il
leur interpréta par ordre toutes les Ecritures en commençant par Moïse, et continuant par tous les prophètes l'un après l'autre; et il leur montra quYlles parlaient toutes de lui. Incipiens a Moïse, cl omnibus prophetis, inlerpretabatur Mis in omnibus Scrlpturu, quœ de ipso erant (Luc, XXIV, 27). Et pendant que des interprètes timides osent à peine produire un on deux passages du Pcntatcuque, pour les appliquer sûrement a Jésus-Christ , Jésus Christ lui-même p;*r un seul mol adopte les cinq livres entiers. Il s'y voit partout et s'y rencontre à chaque pas ; et il mou re aux deux disciples que ce législateur des Juifs le représente aussi vivement, et dans ses histoires par les prophéties d'actions, et dans ses cérémonies par les ligures, que tous les autres prophètes par des prédictions claires et parleurs paroles distinctes. « C'est Moïse lui-même, dit-il ailleurs aux Juifs, ce M ïse en qui vous mettez toute voire espérance, qui s'élèvcia contre vous devant mon Père (Jeun., V, 43 et 46), pour vous accuser. Car si vous croyiez Moïse, vous nie croiriez aussi , puisque c'est de moi qu'il a écrit : De me enitii itle scripsil. > Et il leur avait dit un moment auparavant, en leur reprochant leur incrédulité et leur aveuglement volontaire : « Approfondissez les Ecritures, dans lesquelles vous croyez, avec raison, pouvoir trouver la vie éternelle; car ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » Sauiamini Scripluras , quia vos pulaiis in ipsis vitam œlernam liubere : et illœ sunt quœ testimonium perliibcnt de me (Ibid., v. 59). Le Sauveur nous apprend lui-même dans un autre endroit ce que nous devons entendr par cette vie éternelle renfermée dans les Ecritures La vie étemelle (Id. XVII, 5), dit-il, en s'adressant à son Père, consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable , et Jésus-Christ que vous avez enroué.
Dans la célèbre apparition qui est décrite par saint Luc (Lucy XXrV, 44), Jésus-Christ dit à ses disciples dans le trouble que leur causait l'étonncment et la joie de le voir ressusciié , et dans la difficulté où ils étaient ce s'accoutumer au scandale de sa croix : Vous voyez ce que je vous avais dit, lorsque fêtais en' core avec vous : qu'il fallait que tout ce qui a été écrii de moi dans la toi de Moïse dans les Prophètes et dans