‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 90 sur 91 · MARSYAS FLÜTEUR “ FAUNE BORGHÈSE · texte numérisé non relu

MARSYAS FLÜTEUR “ FAUNE BORGHÈSE

Statue trouvée près Rieti (Sabine) en 1824. — Rome, Villa Borghèse. — Marbre, copie d'un original en bronze. — Hauteur (sans la plinthe), 2 m. 04. — Epoque hellénistique.

1 c'est vraiment Marsyas, il a changé quelque peu S au physique depuis le temps de Myron. Car Myron

l'avait avantagé, dans son groupe de l'Acropole, d'une belle queue de cheval, selon l'usage d'autrefois pour ceux qu'on appelait les Silènes. Et maintenant on ne lui voit plus qu'une courte queue de bouc, se retroussant au bas de son dos, comme ceux qu'on nommait les Satyres. Grave changement, mais le temps aussi a changé. On ne met plus nulle distinction entre les Satyres et les Silènes, ou même les Tityres. Nous ferons pareillement ici ; et, suivant l'exemple qu'Helbig a donné dans son Führer, nous avons réservé pour le titre le nom honoré de Marsyas, et pour le texte nous nous servirons des mots plus communs Silène et Satyre, avec la même indifférence, certainement, que pouvaient y mettre les poètes ou les sculpteurs de l’époque hellénistique.

La statue retrouvée à Rieti avait perdu les deux bras ; ils furent restaurés sous la direction du sculpteur danois Thorwaldsen. Les résultats furent très fâcheux, puisque la statue a été gâtée et qu'elle est devenue tout autre que ce qu'elle était jadis. Je crois que ces malencontreux bras continuent de frapper leurs cymbales à la villa Borghèse. Mais je connais un musée de moulages qui n'a pas voulu de ces bras faux, qui les a simplement supprimés, en sorte que la statue sans bras n’en est devenue que plus vivante et plus vraie.

Le Silène danse : une danse lente, très lente ; car les deux pieds dressés sur les orteils, qui semblent lever le corps entier et en quelque sorte l'allonger tout droit, de bas en haut, font supposer un déplacement mesuré qui doit se mouvoir circulairement, par une sorte de glissement. Et cette lente danse est sans doute guidée et accompagnée par une musique appropriée, qui ne peut pas être

le claquement sec et dur des cymbales, mais doit être une musique de flûte. Les flûtes ont disparu, seulement elles ont laissé leur trace évidente : premièrement, dans ces deux gonflements du bas de la joue droite et du bas de la joue gauche qui sont dus aux soufflements dans les deux tuyaux : et deuxièmement, dans l'ouverture de la bouche, ouverture étroite, qui va horizontalement d'une commissure à l’autre, bouche qui doit recevoir les deux « langues » de l'aulos, non pas unies, mais indépendantes l'une de l'autre, une pour chacun des deux tuyaux.

L'instrument pouvait être en roseau, ou en bois, ou en ivoire, peut-être même en bronze ; mais peu importe la matière, il restait toujours l'équivalent de deux chalumeaux.

Donc, les deux mains devaient être ramenées près du corps, parce que les doigts en étaient p'acés sur les trous de chacune des branches. On voit comme nous sommes loin des faux bras de la statue Borghèse, dont l'un, le gauche, ramène sa main tout près de la tête et plus haut qu'elle, et dont l'autre, le droit, abaisse la sienne jusque vers le milieu de la jambe.

Ce Satyre — qu'il faut se figurer débarrassé du tronc d'arbre qui fait au marbre le support nécessaire, mais que le bronze original n’avait point, non plus que la peau de panthère qui revêt ce tronc — est une des meilleures statues qui se puissent voir par la netteté droite de tout son corps veiné, par le lent mouvement circulaire qui semble entrainer à la fois le torse et les jambes, jusqu'aux pieds dressés. Et tout cela se termine par une tête d'homme des bois, aux oreilles de bouc, la barbe et la chevelure embroussaillées, brutale d'aspect, qui semble tellement jouir du concert qu'il se donne à lui-même par le mystère des deux tuyaux pleins d'harmonie.

BgLiocraPie, — Voir HeLsic, Führer in Rom (3° éd.), Il, n° 1564 : DAREMBERG et SAGL10, Dict. des antiquités, art. Tibia (Th. REINACH), — Sur la question Silènes-Satyres, voir les justes réflexions de M. Courby, dans les Monuments Piot, t. XVII, p. 28.

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