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SCULPTURES

ÉA MERE EAUTERRE PERSONNIFICATION

Buste colossal découvert à Pouzzoles au XVIII siècle. — Rome, Vatican. — Marbre. — Hauteur, 0 m. 88. — Époque hellénistique.

‘EST un buste, du genre « hermès », où se mêlent

des formes et des attributs qui font penser tour à

tour à une divinité marine et à une divinité agreste.

La base semble tremper dans les flots, qui, sur les deux côtés notamment, la recouvrent toute de leurs mouvantes ondulations. De minces algues gluantes collent aux épaules et sur la poitrine ; et d'autres découpent sur les joues et sous la lèvre leurs festons plus menus : il n’est pas jusqu'aux sourcils où ne se collent, en guise de poils, des algues minuscules. Les mèches de cheveux rejoignent ces mèches de la barbe, entourant le cou d'un épais buisson cylindrique; toutes sont pareilles, également lourdes et ruisselantes d'eau. Des profondeurs de cette barbe trempée, on voit, par devant, émerger deux petits dauphins qui tournent l'un vers l’autre leur face camuse et leur air rieur. Voilà une suite d'attributs qui semblent imposer, sans conteste, à ce Géant la qualification de dieu marin. Mais il y a autre chose encore. La chevelure est ceinte d'une couronne faite de pampres et de belles grappes de raisin, et n'ayant donc rien de marin. De plus, derrière cette couronne, d'entre les cheveux surgit le gonflement de deux cornes naissantes, et l'on évoque aussitôt la tête cornue d'Achéloos, roi des fleuves. Il est vrai que la corne, emblème de force, a été aussi attribuée à des allégories de la mer ; mais elle est alors plus haute et plus développée, en raison de la puissance qu'elle affirme. Puisque nous n'avons ici, sur une tête gigantesque cependant, que des cornes de bouvillon, mieux vaut penser à un petit fleuve s’en allant vers la mer plutôt qu'à la mer ellemême. En résumé, de nombreux attributs et accessoires sont associés avec un rare bonheur, convenables les uns à un dieu ou Génie de la terre, les autres à une divinité ou allégorie de la mer ; il y seulement prédominance de ces derniers. Ce mélange, loin d'être obscur, devient d'une clarté limpide, si on reconnaît dans le buste une person-

nification à la fois d'un rivage marin et des vineuses collines qui l’entouraient, soit donc, suivant une heureuse hypothèse, la figuration allégorique de l'endroit même où le marbre a été découvert : du tant délicieux golfe de Baies Que cela est bien grec, d'avoir en somme traduit en forme humaine, avec certaines fantaisies choisies et significatives, ce qui était un espace de mer où flottent les algues, où jouent les dauphins, et un espace de terre abondant en fruits et feuillage ! Une telle conception est étrangère à l'esprit moderne. Mais ce fut un penchant irrésistible de l'esprit héllénique, de vouloir personnifier la nature et donner à ces personnifications une netteté sans reproche. Les Grecs ne se sont pas bornés à se figurer leurs dieux sous l'apparence humaine : ils ont ramené à cette apparence l'univers entier, tout le visible et l'invisible, les choses matérielles et les abstractions sans existence vraie. ( La Grèce saisissait entre les formes humaines et les idées pures mille analogies qui nous échappent, et, le sens de la nature réelle lui faisant défaut, tout se transfigurait à ses yeux en êtres vivants... C'est elle qui, pour exprimer la campagne, représentait un faune ; qui, pour signifier une fontaine, au lieu d'ombre, d'eau et de verdure, figurait une tête de femme avec des poissons autour de ses cheveux ; et qui ne trouvait pas de meilleure épithète à donner à un fleuve que celle de calliparthénos (aux belles vierges), en vue de la blancheur des flots, lesquels, pour son imagination, se résolvaient en jeunes filles » (Renan). Le buste de Pouzzoles procure la juste illustration de ce passage de Renan : un Satyre exprime la campagne, une Nymphe signifie une source ; il représente, lui, le golfe de Baies. Comme les écrits grecs fournissent une littérature splendide, mais sans mystère, sans indéterminé, pareillement la sculpture grecque, toujours éclatante sous la lumière, prouve ce besoin d'idées nettes et de vues précises auquel obéissait le peuple qui fut son créateur.

BisLiocraPHie : Voir Helbig, Führer in Rom (3° éd.), n° 296 ; Brunn, Griech. Gætterideale, p. 68, pl. 6.

OCDE

PLANCHE XCIX LA MER Er LA TERRE.

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