‹ Séance royaleChapitre 3 sur 4 · SONGE DE · texte numérisé non relu

SONGE DE

que le pouvoir qui nriavoit été confié -y je vous l?ai rendu , Messieurs quand vous l’avez déliré ; que dis-je je vous l’ai rendu? je vous Fai confié à mon tour pour en faire un bon u f âge y pour fauver mon Peuple de fa fureur , & pour m’aider à le foulager dans fes calamités. Pour prévenir tant de maux ? je ne vois plus que deux moyens.

Avant de vous inftruire fur l’objet particulier qui me concerne , je dois vous avertir que les repréféntans de ma Nation ne font pas en fûreté ; que Verfailles n’étant pas affez confidérable pour mettre fur pied une Milice en état de parer aux atteintes des brigands & des mal-intentionnés , il eft de ma prévoyance de vous procurer de prompts fecours j Verfailles eft fans défenfe. Je défîrerois donc ?

Messieurs , conjointement avec vous , rétablir mon ancienne maifon plutôt dans cette epoque que dans une autre.

Il me paroît convenable de replacer tous les Officiers du Régiment des Gardes-F rançoifes : remettons fur pied

les Mousquetaires 9 les^Gendarmes 9 les Çlie van x-Légers ; & ces Trempes join-* tes à mes Gardes-du Corps > nous Sauveront fans-doute d’un danger évident qui nous menace.

Combien vos cœurs doivent Souffrir y Messieurs ^ vous jugeant d’après le mien ! Le feu eft aux quatre coins de la France ! Vos femmes , vos enfans y font femés de tous côtés ? 8c vous ne vous réuniffez pas pour prendre rm parti propre aux circonstances ?

Je ne me laffe pas d’être bon 5 mais je vois avec peine que l’ori fe laffe de mes bontés , 8c que ces bontés ne 111’ont pas fait confidérer comme je devois l’être.

Après vous avoir demandé le rétabliffement de mes Moufquetaires, Cbe-> vaux-Légers 8c Gendarmes , je vouspropoferois ^ Messieurs, je vous priërois même de nommer un Régent , ou d’engager celui qui fe croira digne de l’être , à fe nommer lui-même.

Je vous avoue que je n’aurois jamais cru me voir réduit à cette extrémité ; que j’avois toujours penfé que mon Peuple de voit entièrement fe re-

pofer fur mes bontés , mais puifqu’il en fait un fi mauvais ufage , & qu’il me réduit à employer l’autorité que j’ai en main , je préfère qu’un autre l’ exerce ; & fi l'ambition d’occuper une place fi éminente peut le mettre à même de rétablir l’ordre & l’émulation dans toutes les claffes des Citoyens fans répandre de fang , je le confidérerai non - feulement comme mon meilleur ami, mais encore comme Un fécond père de mon Peuple» A ce prix je vous déclare, Messieurs, que je me mettrai en tutelle avec plaifir : un jour, peut-être , mes Sujets me regretteront ; mais tant que je vivrai , ils trouveront fans ceffe en moi les entrailles d’un bon père.

J’efpère que je n’éprouverai de votre part aucune difficulté fur le rétabliffement de mes Troupes-Légères ; vous eii connoiffez actuellement la nécsffité & l’importance.

Ce n’eft point pour moi que je fais cette propofitidn r je ne veux être à l’avenir qu’entouré de mon Peuple j m^js , vous l’avez dit vous-même, Me ssieurs, la Maifon du Roi en entier , fait l’ornement & l’utilité de

la Monarchie Françoife; il vaut mieux fe retrancher fur d’autres depenfes moins néceffairés pour une âuffi urgente. Je vous engage à réfléchir fur Phomme que je vous demande , le Choix n’elt point indifférent; & fi votre zèle pour moi exigeoit que je gardaffe les rênes de l’Etat , procurez-moi les moyens , Messieurs , de le conduire comme je le délire ; agiffez avec moi comme j’ai toujours agi avec vous.

N’ayez d’autres intérêts en ce moment que celui de la Patrie ; & avec ces "nobles fentimens , vous me mettrez bientôt en état de la fauver.

J’approuve d’avance tout ce que vous ferez fur ce dernier article.

Quant au pouvoir abfolu ;Vous devez favoir fi je fuis digne de le pofifedèr , & fi vous devez craindre de me le confier de nouveau ; mais 11 vous ne ceffez d’être François , pourriez-vous m« croire capable de ceffer d’être bon & jufte?

Je fus le Père de mon Peuple avant d’en être le Roi ; vous pouvez me ravir cè titre , mais jamais mon amour pour lui ; & en affoibliffànt mon pouvoir, Vèus altérez Ion bonheur & fa tran-

qiiillité*

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