SIEURS
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Vous êtes pénétrés comme moi des troubles ^ du défordre & de la mé/întelligence qui régnent dans Paris, & qui fe répandent dans toute la France.
Vous me permettrez , Messieurs J d’ajouter que nous n’avons pas encor* travaillé fur le point le plus effentiel , que nous n’en avons pas même prevu tous les inconvéniens : ce point, disqe, eft celui qui caractérife la perte prochaine de la France. En vain nous formerons une fage & folide constitution ; les efprits font trop animés , trop oppofés les uns aux autres , pour qu’on puiffe goûter le fruit de cette
régénération. .
Il me femble qu’il faudroit au plutôt prendre toutes les mefures & les moyens les plus sûrs pour arrêter cette fermentation générale. Voici ceux que je dois propofer à la Chambre Natio- ^lcllc J
Je m’intéreffe vivement au fort du Peuple ; ma conduite à fon égard elt une preuve de ce que j’avance ; mais je vois , avec douleur , que ce Peuple malheureux eft égaré, agité & diipofé à tout entreprendre dans une circonftance où il devroit être tranquille
pain Die.
Si nous le laiffons faire , Messieurs , l va accroître fes malheurs , produire
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les nôtres r & nous ôter à jamais la poffibilité de faire fon bonheur , & de le rendre tranquille dans fes foyers.
Tout le Peuple aujourd’hui n’eft occupé qu’à lire des écrits feditieux 7 malrintentionnés , abfurdes. Ces écrits enfantés par les ennemis du repos public y inondent à chaque minute du jour la Capitale 7 circulent dans les Provinces r révoltent le Peuple & consternent les bons Citoyens ; ils. leur ôtent même les moyens de diffuader ce Peuple égaré par les mauvaifes impreffions qu’ont produit fur fon efpnt tous ces mauvais écrits y tant il eft dangereux, dans une circonftance perilleufe , de vouloir montrer le bien * quand le mal a fait tant de progrès.
Ce n’eft donc plus qu’à nous , Messieurs , à enhardir les véritables Gens de Lettres j à les encourager à repren^ dre la plume , afin que leur falutaira lumière éclaire de nouveau le Peuple 7 & le porte à reprendre fes travaux r fon émulation r qui fait feule fleurir la France. Les attoliers font défexts , les travaux publics font abandonnés 9 tout eft dans un défordre Sc dans u né
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confuCon épouvantable ; & fï fous un mois tout n’eft pas rétabli ^ je vous prédis , Messieurs , que l’hiver fera le tombeau de la France.
Les Gens de Lettres peuvent en être feuls les Reftaurateurs ; c’eft bien le cas de nous rappeler des maximes «FEfope : en ce moment , la France en fait la trifte 8c fatale expérience. Les mauvaifes langues , 8c ces funeftes écrits l’ont* précipitée dans un abyme dont elle ne fe relevera peut - être de long - temps $ nous pourrions cependant encore la fauver $ les moyens font en notre difpofition , mais pour fes vrais intérêts ; n’ayons , M essieurs , que la même opinion; laiffons la liberté de la Preffe , mais ' diftinguona le mérite 8c les vertus de la médiocrité 8c du vice. Arrêtons que tout ■écrit gui ne portera pas le caractère du pàtriotifme , de l’ordre public*, du f efpect qu’on doit au Souverain 8c au falut de l’Etat , fera déclaré infâme , Sc Cou Auteur ennemi de la Nation, condamné à un banniffement perpétuel j ce traitement l’effrayera plus êc arrêtera bien davantage fes difpe- %ions . incendiaires , qu\m Arrêt qui
condamnèrent fés écrits à être brûlés par la main du Bourreau.
En même-tems nous devons déclarer que l’Ecrivain qui fe lignalera paf des écrits qui 11e refpireront que le bien de la Patrie , &qui auront obtenu l’eftime générale 9 il lui fera accorde une marque de diftinction 9 digne de P Affemblée qui en donne ^ & du véritable efprit François ; mais volons au danger en attendant ce grand jour ; arrêtons le mal 9 encourageons le bien , fi nous voulons jouir 9 Messieurs 9 de nos travaux 8c de nos veilles.
J’ajouterai quelques mots au fujet de tous mes parens 9 quoique mon opinion foit différente de celle de ma famille entière ; mais puis-je être affez injufte de l’accabler 9 quand nous nous rapprochons de la nature 9 pour former une nouvelle Conftitution 9 quand nous reconnoiffons que l’homme eft maître de fon opinion 9 toutefois qu’il ne fait que défendre fes droits ? Quel que foit le préjugé qui lui ait accordé ces droits , il n’eft pas moins vrai qu$ la Nobleffe eft anéantie 9 8c je ne puis blâmer 9 Messieurs 9 ceux qui ont
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cherché à la défendre ; je trouve meme injuste & déplacé les propos que l’on tient fur des hommes qui ont cru remplir leur devoir comme nous croyons laîre le nôtre.
Plaignons donc , Messieurs , ceux qui fe font trompés , & permettez-moi que je vous témoigne en particulier que je ne vois pas ians peine tous mes parens expatriés.
Puiffions-nous, Messieurs, rapprocher de notre fein ceux qui s’en font éloignés ; puiffions-nous ramener dans la Patrie des époux , des frères , des pères , en un mot , des fils encore dans l’âge de l’adolefcence ! Puis-je me diffimuler, Messieurs., qu’un femblable départ a plongé dans la plus vive doubleur tous les miens , ce meme lang qui circule dans mes veines, peut produire en moi les plus grands regrets fur des pertes àuffi cheres ; mais ils ne peuvent changer mon opinion } je dis plus , j’efpère , je compte même que tous mes parens me rendront un jour la juftice qui m’eft due. Il m’appartient peut-être, Messieurs , de ous jepréfenter que les Princes font tiies à la Monarchie Françoifé.
Demandons au Roi le rappel de tous les Princes. Je finirai par vous obferver que ce rappel , ramènera, non-feulement l’éclat de la Cour qui n’eft pins en ce moment la Cour de France ; mais encore les étrangeis des quatre parties du monde « qui s arrêtent fur les frontières & changent leur marche dès qu’ils font inftruits des troubles qui l’agitent ; & tout contribue à rendre la France déferte & inhabitable , par les actes de férocité qui s’y commettent au caprice &: au gré du Peuple.
Je fuis infti’uit , Messieub. s, qu’un tiers au moins de bons Citoyens , dont la fortune contribuoit à faire fleurir la France , font partis ou fe préparent pour aller vivre chez l’etranger; ces fortunes tranfportées hors du Royaume, ne peuvent qu'augmenter fa détreffe. Cette révolution lui fera plus pernicieufe que la révocation de 1 Edit de Nantes, qui força tant de familles a s’en éloigner; & ce n’eft que depuis peu qu’on a voulu les rappeller , quand il n'en étoit plus tems.Ce terrible exemple nous donne l’expérience de ce qui nous refte à faire ; voyons pour l’intérêt
du Peuple , pour le bien de la Patrie j à ne pas produire le même mal que cet Edit. Nous fpmmes au moment de tout réparer; mais pour rétablir la confiance , ajoutons à la Conftituticn , que les Princes qui voyagent , font engagés de revenir en France pour la ligner; &: fi je ne me trompe point ? j’ofe croire qu’au feul nom de la Patrie 9 ils r.evoleront vers leur climat avec un nouveau zèle.
La fureur du Peuple fe changera en amour , pour des Princes toujours difpofés à le fecourir ? &: dont les opinions n’avoient rien de nuilible à les intérêts ; 8c nous ne pouvons ? Mef- Heurs , rapprocher ceux de la Ma* tion ? qu^en remettant chaque individu à fa place.
Ne nous fuffit-il pas d’avoir anéanti les abus , d’avoir montré les droits de F homme dans toute fon étendue ; d’avoir enfin opéré une révolution r qui fera à jamais l’exemple de$ Peuples 8c l’école des Potentats ?
Lhmivers , Messieurs , nous prendra fans ceffe pour modèle ; mais je ne faurois, vous diffimuler plus long-
tenis , que je vois avec douleur, que Vous allez perdre le fruit d’un lî beau travail. Vos débats inutiles à une bonne & fage Conftitution , vont produira le murmure général ; peut-être le mépris fuccédera à l’éloge , & l’on dira , que la Nation Françoife ayant montre un nouveau 8c un 11 beau caractère , elle ne fçut pas le foutenir long-tems ; que la Patrie admix’ant fa fermeté & fes nobles maximes 7 réfolut de mettre fes Députés au rang des véritables^ grands -hommes du monde, Mais ces grands-hommes ne furent pas long-tems d’accord 5 & loin de terminer un travail précieux pour tous les Citoyens , ils y mirent des entraves , des entraves effrénées , des mots inutiles , des apoftrophes déplacées 9 des farcafines ridicules , dont ils auroient pu fe difpenfer , s’ils avoient ei* toujours devant les yeux quelles étoient leurs fonctions 7 quel étoit leur devoir 9 quel étoit leur caractère facré,
Ne le perdons plus de vue , Messieurs , ce caractère ? 8c ne voyons que le bien de l’état 8c du peuple : que des aujourd’hui, tout efprit d’intérêt
particulier difparoiffe ; que le mal quî eft prefque devenu défefpérant r foit arrêté par notre union 8c notre acti*vité y abrégeons fur les mots 8c ne cherchons que la chofe y le droit de l’homme eft fi fimple , la bonne Conftitution eft fi pure , qu’il ne s’agit point r Messieurs , d’épuifer notre éloquence pour donner du prix à ce qui fè préfente fi naturellement. Détruifons les projets incendiaires qui fe font trop reffentir dans cette Affemblée.
Je clevois me montrer enfin tel que je fuis y ou tel que je dois être r apprendre a mon Roi , a mon pays y au peuple y que* je feroîs toujours Duc d’Orléans y du fang des Bourbons r petit - fils de Henri IV y 8c digne enfin de rqareher fur fes traces ; fi j’ai foutenu le peuple , ce n’eft point pour le perdre \ fi je me fuis attiré la haine de ma famille entière y ce n*eft point pour la trahir \ un jour, un jour, fans doute y elle me rendra fon eftîme \ mais elle fouffre , elle eft affligée ^ 8c e’eft à moi à travailler à lui rendre l’anious public qu’elle a perdu , Messieurs , trop i njuft eurent . Nous en fommes per-
fuadés , maïs il ne fuffït pas que nous en foyons convaincus ; il faut encore en convaincre le public 5 ce travail nous reste à faire , & il n’eft pas indifférent pour le bien de la France & pour là Société. Voyons qui de nous concourra le mieux au bien général $ il eft en notre difpofition ; le fort de la France eft entre nos mains 5 & fi nous négligeons le moment précieux qui nous refte , nous nous perdons avec elle -y mais que dis-je? N’èles-vous pas jaloux y autant que moi , de voir un peuple entier , voler fur vos pas 9 nous bénir , nous confidérer comme de tendres pères y nous regarder comme autant de Dieux tutélaires , après cette opération ? Chacun retournant dans fes foyers , entendra fur fon chemin des cris d’allégreffe 5 ces cris l’accompagneront au milieu de fa famille. Pourriez-vous dédaigner un traitement fi doux? Et ne fauriez-vous pas frémir de celui qu’on nous prépare ^ fi nous continuons nos difputes & nos difcuffions? Mais que dis- je ? L’amour, l’amour de la Patrie aura plus d’empire fur vos coeurs ? que toutes 1
craintes que mon zélé peut voile té-* ilioigiier . J e n’ai pu le diflîmuler plus lông-tems 9 cet aveu me pefoit } c’eft un fardeau fi lourd pour une ame fenfible , que la crainte de voir perdre fa Nation !
Vous ne fauriez m’en blâmer , ni vous empêcher de faifir mes obferva^ lions : il ne me refte plus , Messieurs ? qu’à vous propofer un article inféparable des droits de l’homme.
Je n’infi fierai pas fur le divorce que j’ai propofé , quoique d’après mon opinion^ je penfe qu’il eft très-neceffaire aux mœurs & à la liberté de l’homme 2 fon plus cher intérêt eft celui de fa pofterité } cependant un préjugé d’opprobre prive fes enfans naturels de tout concours aux places 8c aux rangs ordinaires de la Société} nous extirpons tous les abus , comment pourrionsnous laiffer exifter celui-là ! Ce préjugé me paroît d’autant plus abfurde , ridicule? dénaturé 9 que lî un Prince donne l’être à un enfant né du fein de la plus vile des femmes -, il n’en fera pas moins gentilhomme. Il pourra prétendre aux honneurs , aux dignités } 8c un enfant naturel , d’un brave homme & fimpie particulier 7 fera confidéré *
comme un vil bâtard? L’Efpagne , le pays de Pinquifition r nous montre que cette injuftice n’étoit pas même digne de ces maximes. Serons-nous moins humains, moins juftes que les Efpagnols ?
ëc pourriez - vous , Messieurs, vous empêcher de travailler à détruire cet horrible préjugé? Mais ne touchons pas cependant aux droits du mariage ^ de crainte d’ébranler Pordre de la Société ) ne cherchons qu’à effacer Pinjuftice qui a fait trop long-tems la perte de la moitié des hommes $ donnons aux enfans naturêls le même moyen de fe diftinguer par l’honneur 8c le mérite dans la Société $ un bâtard peut joindre auxtalens la qualité d’honnéte-homme, 8c fa naiffance ne doit pas le priver de s’allier à une famille refpectable , de parvenir à une place honorable , 8c de faire , dans tous les tems , l’agrément 8c l’utilité de la Société $ il mânquoit à la Conftitution cet article ; Ji vous l’adoptez , je m’applaudirai fans cefle , Messieurs, de l’avoir propofé.
Je finirai par vous obferver qu’il eft important à la Conftitution Francoife de remettre le pouvoir abfolu entre les mains du Chef de l’Etat ; ce pou*
voirfemble à celui' d’un père qui émancipe fon fils , ne doit point être arbitraire , quoiqu’il émane de la Nation ; mais la Nation ne peut être affermie qu’autant que fa force & fa vigueur font dans les mains d’un feul : on l’affoiblit , on la démembre , fi elle eft à la difpofition de plufieurs Législateurs. .
La permanenee de l'Affemblée Nationale n’eft pas incompatible avec la fanction Royale; unifions le Souverain avec la Nation ; mais diftinguons les droits du Souverain de (feux de la Nation; pour la détreffe de l’Etat, jé ne vois qu’un acte de patriotifme qui peut le foulager , & qui pourra faire îenaître le véritable efprit François :
plufieurs Provinces ont offert l’impôt patriotique , & même Verf ailles vient tout récemment d’en faire la propofition. Gardons-nous, Messieurs, de détourner un zèle fi prépieux. Cet impôt caractérifera l’ame & l’amour de la Patrie : ce projet nous vient d’une femme ; & qu’importe le fexe , fi la France eft fauvée par le moyen le plus fimple & le plus fraternel !
A tous les cœurs bien nés , que la pat-rie eft chere !