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Sébastien Cabot, navigateur vénitien (1497-1557) [microforme]

C’est une belle occupation pour les savants d’un pays deremémorer le mérite de ses grands hommes oubliés et les services que d’autres, plus heureux, rendirent à leur patrie ou à la science. Malheureusement, cette tâche ne s’accomplit guère sans de graves entorses données à la fidélité historique. Il suffit de choisir un personnage quelconque pour sujet de livre et la prescription ne tarde pas à courir. On oublie tout, l’inanité de son œuvre, sa fourberie, son charlatanisme, ses audacieux mensonges. Le héros n’a eu que des vertus et du génie! Cependant l’historien ne doit aux morts que la vérité. Mais il reste toujours la gloriole nationale, l’amourpropre de clocher, cette plaie de l’histoire!

Sébastien Cabot est né à Venise et, à l’occasion du quatrième centenaire de la découverte du nouveau monde, la Real Depulazione Veneta di Sloria Patria chargea un de ses membres, le signor Tarducci, d'écrire une vie de ce cosmographe fameux et de son père Giovanni. Il n’en a pas fallu davantage. Du coup Sébastien Cabot se trouve paré des plus nobles qualités, l’auteur de découvertes scientifiques et maritimes qui changèrent la face du monde; bref, un « uomo di genio », digne en tous points d’être honoré par le pays qui l’a vu naître. Nous croyons même qu’on s'occupe de lui ériger une statue, à moins que ce ne soit déjà fait. Si Venise n'avait pas à célébrer de plus grande gloire que celle-là, elle serait assez mal lotie.

4. R. Depulasione Veneta di Storia Patria. Di Giovanni e Sebastiano Caboto Memorie raccolte e documentate da F. TArvucci. Venezia : tip. Fratelli Visentini, 1892, in-8, 2 ff. et 429 pp., portrait.

John and Sebastian Cabot. Biographical notice, with documents. By Francesco Tanoucci. Translated from Italian by Henry F. BRoWNSON. Detroit : H.F, Brownson, publisher, 1893, in-8, vit, 11 et 409 pp., portrait,

En réalité, Sébastien Cabot ne fut qu’un insigne charlatan, dont la vie se passa dans de basses intrigues et à trahir ses maîtres. Cosmographe médiocre, même pour son temps‘, vantard et prodigue de fallacieuses promesses, Sébastien Cabot n’a jamais rien découvert, rien inventé, enquoi que cesoit. Aux yeux de sescontemporains, qui en Espagne le virent à l’œuvre pendant trente années, il ne passait même pas pour marin. Nous le regrettons pour Venise et ses patriotes, mais les documents ne prouvent pas autre chose.

Toutefois notre but aujourd’hui n’est que de rendre compte du livre paru sous les auspices de la Commission royale d'histoire de Ja Vénétie, d'en montrer les procédés et l'intention, les dessous, pour nous servir d’un euphémisme que tout le monde comprendra.

Rappelons en peu de mots ce que 12s documents authentiques nous apprennent sur Jean et Sébastien Cabot.

Le 5 avril 1496, Henry VIT accorda des lettres patentes à Giovanni Caboto et à ses fils, pour équiper des navires et se mettre, sous pavillon anglais, en quête de terres nouvelles, à leurs propres frais ou à ceux de leurs amis, sans que le monarque courût aucun risque, comme il convenait à un Tudor.

Au commencement de mai 1497, Jean Cabot partit de Bristol, sur un petit navire monté par 18 hommes. Son fils Sébastien était peut-être à bord, mais aucun document ne le dit et le fait a même été nié par des contemporains en position d’être bien informés *,

Lorsque Cabot fut sorti du canal de Bristol, contournant la pointe sud-ouest de l'Irlande, il mit le cap sur le nord et, après

4. Son planisphère de 1544 fourmille d'erreurs qu'on ne retrouve pas pour la plupart dans les autres œuvres cartographiques de la moitié du xvI° siècle. Quant à ses instructions nautiques elles sont sans valeur puisqu'elles reposent sur les lignes magnétiques sans variation, dont il fait des méridiens.

2. « Ex Castellanis non desunt qui Cabottum primum fuisse Baccalaorum repertorem negent ; tantumque ad occidentem tetendisse minime assentientur ». Anghiera, Decad. Ii, lib. VI, 1516, signature g. « Whiche Sebastyan as we here say was neuer in that land hym self, all if he maks reports of many things ashe hath hard his Father and other men spcke in tymes past. » Wardens Accounts of the Drapers Company, London; March 21, 1521, dans Harrisse, Discovery of North America, p. 74,

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quelques jours de navigation de ce côté, cingla droit à l'occident. C'est ainsi qu'avant tout autre, depuis les Scandinaves au ix' siècle, il vint atterrir au continent transatlantique, longea trois cents lieues de côtes, puis revint en Angleterre après une absence de trois mois, sans avoir vu un seul habitant de ces pays. Le 3 février 1498, Henry VIT accorda à Jean Cabot de nouvelles lettres patentes, mais cette fois sans mentionner les fils de ce dernier, pas plus Sébastien que les deux autres. Autorisation y est donnée de prendre six navires et de les conduire « à la terre et aux iles récemment découvertes par ledit Jean Kabotto », toujours aux frais de ce dernier ou de ses amis.

Les documents ne nous disent pas non plus si Sébastien Cabot fit partie de cette expédition.

L'escadre, composée de cinq navires, mit à la voile, de Bristol, au commencement de mai 1498.

Le 95 juillet on savait à Londres qu’à la suite d’une violente tempête, un des bâtiments avait été obligé de relâcher en Irlande et d'y rester. La flottille était approvisionnée pour un an, mais on comptait la voir revenir en Angleterre au mois de septembre 1498. C’est tout ce qu’on sait de positif sur ce voyage. Quant à Jean Cabot, il n’en est plus question dans les documents.

La mappemonde dressée par le pilote de Christophe Colomb, Juan de la Cosa, en l’an 1500, expose sur la côte nord-est de l’Amérique des régions dont il attribue la découverte aux Anglais. Comme au xv° siècle ceux-ci n’avaient encore envoyé au nouveau monde que les deux expéditions précitées de Jean Cabot, ces tracés qui semblent comprendre le littoral depuis le Labrador jusqu’à la Virginie, résument nécessairement toutes ses découvertes transatlantiques.

Sébastien Cabot, en son caractère individuel, apparaît pour la première fois au commencement de mai 1512, à propos d’une carte de la Gascogne qu’il dressa pour Henry VITE, lors de l’expédition en Espagne du marquis de Dorset. Sébastien l’accompagna, nous ne savons en quelle capacité. Aussitôt arrivé dans la péninsule, il offrit ses services à Ferdinand d’Aragon pour quelque entreprise au pays des morues (Baccalaos). Ce prince le fit venir à la cour, et le nomma capitaine. Résolu alors à se fixer dans la péninsule, Cabot incontinent alla chercher en Angleterre Catalina Medrano, sa femme, et s'établit à Séville,

Le roi Ferdinand d'Aragon ne cessa de l’employer, ajoutant des largesses à ses appointements, considérables pour l’époque. De capitaine il le promut pilote royal (1515), puis pilote-major (1518), en remplacement de Juan Dias de Solis, tué et mangé par les Indiens au Rio de la Plata.

Sébastien Cabot prétendait connaître, et pour y avoir été, un passage conduisant du nouveau monde au pays des épiceries. C’est sur cette affirmation mensongère et sur de prétendues découvertes scientifiques*, qu'il a toujours vécu et prospéré. En dépit du poste si envié de pilote-major, d’émoluments élevés et des dons considérables que lui accordaient les rois d'Espagne constamment animés du désir d’arriver à ce détroit, Cabot envoya furtivement à Venise un agent pour vendre à la Seigneurie son faux secret. Ces ouvertures furent suivies de négociations conduites sous le manteau pendant dix mois (de septembre 1522 à juillet 1523), jusque dans le palais même de Charles-Quint. Il faut lire les dépèches échangées par la République avec son ambassadeur pour se rendre compte de ce que peut l’audace unie à la duplicité. Les conciliabules ne purent néanmoins aboutir, apparemment à cause du peu de confiance que les projets de Cabot inspiraient à Contarini*.

Deux ans après, des négociants de Séville, leurrés par les discours de Sébastien Cabot qui prétendait connaître une route plus courte que celle de Magellan pour atteindre le Cathay et découvrir des îles à épiceries, rivales des Moluques, qu’il assurait même avoir visitées, préparent une expédition, en donnent le commandement à Cabot et celui-ci, non seulement obtient l’autorisation, mais il décide Charles-Quint à souscrire au projet.

Cabot part à la tête d’une escadrille de quatre navires, le 3 avril 1526. Dès le début il a de sérieuses difficultés avec ses principaux officiers, qui n'avaient aucune confiance en lui, soit comme chef soit comme marin, opinion que d’ailleurs ses associés de Séville avaient aussi fini par concevoir. Ils voulaient même lui

1. « Come è il vero che io l’ho ritrovata. » Dépêche de Gasparo Contarini.

2. Cabot se vantait non seulement d'avoir découvert la déclinaison de l'aiguille aimantée, mais encore celle de la variation, c'est-à-dire le changement de déclinaison en différents lieux de la terre, ou à différentes époques dans le même lieu. Il prétendait aussi se servir de lignes magnétiques sans déclinaison nor déterminer la longitude en mer, comme si ces lignes étaient des méridiens. Cafin Cabot tirait gloire d'une prétendue méthode pour trouver la longitude, mais cette fois au moyen de la déclinaison du soleil : admirable théorie ne se chiffrant que par 60° d'erreur!

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