SÉBASTIEN CABOT. A
50,000 au mois de décembre suivant, Cabot dit-il la vérité ?
Quand après avoir assuré le Conseil privé d'Édouard VI, en 1550, qu’il était sujet anglais, Cabot affirmait quelques mois après, en 1551, à Sorenzo, l'ambassadeur milanais à Londres, qu’au contraire il était sujet de la République de Venise, une de ces deux assertions n'est-elle pas mensongère ?
Lorsqu’afin de mieux accomplir sa trahison, tromper Charles- Quint et se rendre à Venise impunément, il imagine, de concert avec Contarini, des droits à exercer dans cette ville du chef de la dot de sa mère, Cabot dit-il la vérité?
Quand, trente années après, il renouvelle ses tentatives auprès de la Seigneurie, cette fois en trahissant Édouard VE, et ressuscite
# ce procès imaginaire pour s’absenter de Londres, Sébastien Cabot
dit-il la vérité ?
Quand, un pied dans la tombe, il déclare posséder par révéla-
À tion divine encore une nouvelle méthode pour déterminer la lon-
gitude en mer, sous la condition, imposée par le bon Dieu, de ne l’enseigner à aucun être humain, dit-il la vérité ?
Est-ce que chacun de ces astucieux mensonges, dont nous écourtons encore la liste, a jamais eu d’autres causes que la vantardise, l’égoisme et l'intérêt?
Le mot de trahison vient d’être prononcé. Rappelons brièvement ce dont il s’agit. Ce sera notre réponse à la singulière théorie du signor Tarducci sur le secret et les obligations professionnels, sur la loyauté et sur la reconnaissance due à ceux qui nous ont fait du bien.
Les premiers navigateurs qui, pour le compte de l'Espagne ou du Portugal, explorèrent les côtes orientales du nouveau monde, s’aperçurent bientôt qu’ils ne se trouvaient pas en Asie. Et comme c’est le Cathay qu’on les avait envoyé chercher, la découverte d’un détroit devint dès ce moment l’objet de leurs vœux et le but de leurs efforts. Christophe Colomb pensait mème le trouver là où justement on creuse le canal de Panama.
Le gouvernement espagnol attachait une importance capitale à la découverte de ce passage, comme on le voit par les sacrifices qu’il s’imposa en 1519 pour équiper l’expédition de Magellan, préparée à Séville, forcément sous la surveillance de Sébastien Cabot, à cette époque pilote-major d’Espagne. Le projet dans ses plus minutieux et secrets détails, les instruments, les cartes, les in-
structions, les données nautiques, rien de ce qui constitue une entreprise de cette importance ne put lui être caché.
À peine El Cano venait-il d'apporter la nouvelle de la découverte du détroit de Magellan et de remettre, comme c'était son devoir, à Cabot, pilote-major, le routier et les cartes dressées au cours de ce mémorable voyage, que ce dernier envoya secrètement à Venise un agent chargé d'entrer en négociations avec la Seigneurie. Cette coïncidence est fâcheuse, puisque El Cano arriva à Séville le 6 sep-
tembre, et que, dès le 27 suivant, le Conseil des Dix pouvait déjà #&
faire part à son ambassadeur Contarini des propositions de Cabot. | En l'absence de preuves, nous ne dirons pas cependant qu’il vou- À
lait vendre à Venise une route dont l'Espagne espérait garder le 8
secret. Mais il n’en est pas moins certain que Cabot allait sur les brisées de son gouvernement et commettait un acte coupable au ! premier chef, en cherchant à faire profiter cette nalion rivale d’une nouvelle route aux Indes, vraie ou supposée, qu’il était de son ! devoir de ne divulguer qu’au pays qui l’employait, le payait et le comblait de faveurs.
Le Conseil des Dix prêta une oreille attentive à ces propositions déloyales et transmit à son ambassadeur en Espagne, Gasparo Contarini, l’ordre de s’aboucher avec Cabot. Ce qui eut lieu, dans | le plus grand secret, le traître päle et tremblant, car il savait | courir le risque d’être pendu haut et court*. ; Les conciliabules se continuèrent sous le manteau pendant dix mois. Des plans d’une rouerie incroyable, pour tromper la vigi- ! lance du gouvernement espagnol, furent médités; mais ces perfides projets avortèrent.
Vingt-huit ans après, Cabot ayant abandonné l'Espagne malgré À ses engagements envers Charles-Quint, qui ne cessait de réclamer } son retour, était fixé en Angleterre. Il y jouissait de la faveur et des largesses d'Édouard VI: il venait même de recevoir une pension de 200 livres sterling (mars 1551), lorsque ses intrigues avec | Venise recommencèrent (l'été suivant). Il s'agissait encore de conduire les galères vénitiennes à ce détroit, que tant de navigateurs avaient en vain cherché, mais cette fois au détriment de l’Angle- # terre, qui méditait d’y envoyer une expédition sur les données |
4. « Si mosse tutto di colore.. quasi sbigotito... ma vi prego quanto posso che la cosa sij secreta perche a me anderebbe la vita », lisons-nous dans les dépêches de l'ambassadeur vénitien rendant compte à son gouvernement de l’entrevue.
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SÉBASTIEN CABOT. 43 êmes de Sébastien Cabot, au nord-est, où alors il plaçait son
Jameux passage.
Voilà l'homme, voilà quelle fut sa loyauté !
Eh bien, le signor Tarducci, portant la parole au nom de la ommission royale d’histoire de la Vénétie, trouve cette façon ’agir la plus simple, la plus naturelle et la plus légitime du onde’. Il l’approuve même avec des commentaires sur la grati-
dude et le devoir envers ceux dont nous sommes les obligés, qui ne
sauraient surprendre quand on songe au pays d’où nous vient pareille doctrine. Mais de tels sophismes sont au-dessous de la ant qu’il vou- À rait garder le À
discussion. La conduite de Sébastien Cabot à l'égard de l’Espagne et de l'Angleterre fut de celles que les lois flétrissent et que la orale réprouve!
Envisagé au point de vue du style ou de la phrase, le livre de . Tarducci ne manque peut-être pas de mérite; mais en tant u’ouvrage d'histoire, il est absolument sans valeur.
1. Tarducci, chapitres x111, pp. 156-158, et xx, pp. 291-292.
4947. — L.-Imprimeries réunies, B, rue Mignon, 2. — May et MOTTEROZ, directeurs.
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