‹ Sébastien Cabot pilote-major d'Espagne considéré comme navigateur [microforme]Chapitre 3 sur 5 · MAPS · texte numérisé non relu

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fixée, du mois de novembre à la fin du mois de mars, au méridien de 30° longitude ouest, afin de permettre de doubler sans difficulté les caps Saint-Roque et Saint-Augustin vers lesquels on est porté à la fois par le courant équatorial et par les vents alizés du sud-est qu’on rencontre dès avant de couper la Ligne. Dans le même but, on recule cette limite vers l’est jusqu’au 26° ou 27° de longitude ouest, du mois d'avril au mois d’octobre, afin de s’écarter davantage de la côte du Brésil, où, en cette saison, règnent des vents et des courants contraires. 11 a été reconnu après un très grand nombre d'observations, qu’on peut couper la Ligne entre ces limites sans craindre d’être porté outre mesure sur la grande saillie vers l’est que fait le continent américain aux caps Saint- Roque et Saint-Augustin, Si, au contraire, dans le but de doubler plus facilement ces caps, on coupe la Ligne plus à l’est, on traverse la zone des calmes et des vents variables dans sa plus grande largeur ; cette zone se confond avec la bande de même caractère qui s'étend à 100 licues environ dans l’ouest de la côte d’Afrique,

jusque vers le 95° degré de longitude ouest. Enfin, un peu plus à

l'est encore, vers le 23° ou 24° degré de longitude ouest, on se trouverait dans le courant du golfe de Guinée, portant avec force dans l’est vers ce golfe.

Après avoir coupé la Ligne et doublé les caps Saint-Roque ct Saint-Augustin à 80 ou 100 lieues de distance, les navires, en traversant les vents alizés de sud-est, sont portés dans l’ouest; que leur destination soit le cap Horn ou le cap de Bonne-Espérance, leur route ne se rapproche pas moins de la côte du Brésil et les fait passer dans l’ouest de l’île de la Trinité. D'ailleurs, quand la destination est le cap Horn ou le détroit de Magellan, cette route est avantageuse, car on a tout intérêt à faire de l’ouest afin de se trouver le plus au vent possible quand on entrera dans la région des vents généreux d'ouest, vers le 40° degré de latitude sud. Cette utilité de faire de l’ouest n’a de limite que la nécessité de ne pas entrer dans la bande des vents et des courants locaux de la côte d'Amérique, qui borde cette côte jusqu’à une distance variant de 90 à 100 lieues vers le large. Ces vents et ces courants sont variables ou périodiques et, suivant la saison et la latitude, ils peuvent être contraires.

En résumé :

[l'est reconnu de nos jours que la route la plus favorable à

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suivre pour se rendre d'Europe au cap Horn ou au détroit de Magellan, surtout avec un navire à voiles, passe à petite distance dans l’est ou dans l’ouest des îles du Cap-Vert, coupe la Ligne par 26° ou 27° de longitude ouest, d’avril à octobre (époque du voyage de Cabot), passe à une centaine de lieues du cap Frio, et se dirige de là vers le cap Horn ou le détroit de Magellan.

C’est dans les parages des îles du Cap-Vert et au mois de mai que Cabot prescrivit à ses pilotes de changer la route qu'ils suivaient au sud depuis les Canaries. Nous ne connaissons pas, il est vrai, le point précis où le changement s’opéra; mais ce doute est sans conséquence notable. En tout état de cause, comme nous allons le démontrer, l’ordre donné par Cabot fut fatal à l'expédition.

Pour déterminer de combien sa route initiale et sa route totale s’écartérent des routes correspondantes actuellement prescrites, il y à quatre cas à considérer :

Le point de départ fut :

1° A l’ouest et près des îles du Cap-Vert.

2° A l’est et près des iles sur le méridien de l’île Boâvista.

3° Au milieu du canal qui sépare les îles de la côte d’Afrique (rappelons que ce canal s'étend de 19°52’ à 24°30' long. O., soit 900 kilomètres).

% Enfin dans le voisinage immédiat du Cap-Vert.

Dans la première hypothèse, Cabot se trouvait à l’ouest et près des îles du Cap-Vert. La route initiale au sud-sud-ouest (S. 22° 0.) qu'il prescrivit s’écartait de vingt-deux degrés de la route initiale actuellement recommandée (le sud) : la route résultante totale aboutissant à Pernambuco, situé à cent lieues environ à l’ouest du point où la route qu'on conseille aujourd’hui coupe le parallèle de ce port, s’écarte de douze degrés vers l’ouest.

Dans la seconde hypothèse, Cabot se trouvait à l’est et près des iles du Cap-Vert, à peu près sur le méridien de l'ile Boâvista. Dans ce cas, la route initiale ordonnée (sud-sud-ouest ou sud 22° ouest), s’écartait de vingt degrés vers l’ouest de la route qui l’aurait con-

duit à retrouver la route actuellement recommandée par 23 environ de longitude ouest sur le parallèle de 5° de latitude nord. La route totale résultante, aboutissant à Pernambuco, faisait un écart de one degrés vers l’ouest avec la route parlant du même point et coupant le parallèle de Pernambuco par 30}.

Dans la troisième hypothèse, Cabot se trouvait au milieu du anal situé entre les îles du Cap-Vert et la côte d'Afrique. Dans ce cas la route initiale au sud-sud-ouest (sud 22° ouest) s’écarte de huit degrés vers l’ouest de la route qui l’aurait conduit à venir reprendre la route actuellement recommandée par 5° de latitude nord et par 23" longitude ouest, et qui suffisait pour éviter sûrement la région du courant et des vents contraires de la côte d’Afrique. La route résultante totale jusqu’à Pernambuco fait un écart de dix degrés avec celle qui coupe le parallèle de Pernambuco par 30° et qui part du même point de départ de Cabot.

Dans la quatrième et dernière hypothèse, Cabot se trouvait dans le voisinage immédiat du Cap-Vert. Dans ce dernier cas, fort peu probable d’ailleurs, la route au sud-sud-ouest (sud 22° ouest) se trouverait justifiée par la nécessité de passer dans l’ouest de la région du courant et des vents contraires qu’on trouve un peu au sud près de la côte d'Afrique. Néanmoins, si Cabot eut ici raison de faire de l’ouest, il s’exagéra la précaution et n’évita Charvhde que pour se laisser tomber dans Seylla. La route résultante générale se terminant à Pernambuco s’écarte encore de dix degrés vers l’ouest de la route coupant le parallèle de ce dernier port par 30° long., et partant du Cap-Vert.

Cette hypothèse est la moins admissible de toutes, car la question du Fiscal prend pour base non « el paraje del Cabo Verde », mais explicitement « el paraje de Las islas del Cabo Verde ».

Les cent trente-quatre noms de rivières, de ports et autres lieux qui bordent la côte africaine depuis le Cap-Vert jusqu’à l'équateur dans la carte de Cantino, dressée à Lisbonne en 1502‘, prouvent que ces régions élaient connues et visitées depuis longtemps et, conséquemment, que les navigateurs portugais, tout au moins, connaissaient les difficultés de la navigation dans ces latitudes à l’époque de l’hivernage et celles, non moins grandes, qu’on éprouve à sortir des calmes, des courants et des mauvais temps du golfe de Guinée quand on s’y est une fois laissé engager et quand on a à faire de l’ouest.

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À notre avis, Cabot était surtout préoccupé des renseignements

que, dans l'exercice de ses fonctions de pilote-major, les pilotes

de Magellan lui avaient fournis. [ls se trouvent résumés dans ce passage si curieux de la relation d’Antonio Pigafetta :

« Lundi troysiesme doctobre... nous fismes voile tirant la volte de auster... et passasmes le cap verd et les iles circonuoysines de quatorze degrez et demy et navigasmes plusieurs jours par la coste de Ghinea ou Ethiopia ou il y a une montaigne appelee Sierra leona qui est en largeur de huit degrez selon lart et science de cosmografie et astrologie et avions aulcune ffoys le vent contraire aultreffoys assez bon et des pluyes sans vent. En ceste maniere nous nauigasmes plennant l’espace de soixante iours iusques a la ligne equinoctiale.… Toutefoyes auant que ioindre à ceste ligne equinoctiale en quatorze degrez nous eusmes diuersite de temps et mauluais tant pour les grupades que pour le vent et les courans deau qui nous viendrent par deuant en telle maniere que ne pourons aller plus auant. Et affin que nos nauires ne perissent ou donnassent à trauers (ainsi qu'il aduient souuent quand les groupades vicnnent ensemble) nous amenasmes les voiles en bas et en cette maniere alions par la mer ca et la iusques à ce que le bon temps fust venu!?, »

Il y a bien aussi la diminution de largeur vers l’ouest de la zone des calmes qui sépare les alizés des deux hémisphères, mais Cabot certainement n’en avait pas connaissance, car ce fait n'a été reconnu qu’à la suite de très nombreuses observations récentes relativement à l’époque du navigateur vénitien. Autrement, on en trouverait la trace dans les relations des nombreux voyages accomplis pendant trois siècles par les Portugais, qui, avant de doubler le cap de Bonne-Espérance venaient faire escale au Brésil, et par les Espagnols lors de leurs traversées si fréquentes de Cadix au cap Saint-Augustin, à la Plata et au détroit de Magellan. Les pilotes de Cabot, dans ces conditions plus instruits qu’il ne l'était lui-même, ne lui eussent pas non plus reproché si amèôrement d’avoir alors incliné sa route au sud-ouest. Le courant équatorial venant s'ajouter à la route défectueuse qu'il preserivit, on s'explique que sa flotte se trouva trop rapprochée de la côte du Brésil où il rencontra en cette saison des vents-et des courants contraires qui l’empêchèrent de doubler le cap Saint-Augustin. Les critiques de ses pilotes se trouvent done entièrement justifiées.

I ya plus. Les argrmnents qu’ils opposèrent à l’ordre d’incliner la route au sud-quart-sud-ouest et au sud-sud-ouest sont les mêmes que ceux dont les amirautés se servent encore aujourd’hui,

en se recommandant, lorsqu'on est au mois de mai, de ne pas couper la Ligne dans l'ouest du 26° ou 27: degré de longitude ouest, C'est là un fait curieux, Ainsi, nous voyons, par la raison que rapporte Gregorio Garo : «por que se Iegara à la costa del Brazil y en el ynvierno es désde Mayo en adelanle siguian en aquella costa los vientos suesles eLolros vientos contrarios e no podrian navegar, » que les pilotes connaissaient dès cette époque la saison d'hivernage près des caps Saint-Roque et Saint-Augustin. [ls connaissaient mème, — ce qui est plus remarquable encore pour le premier tiers du xvi° sièele, — le courant équalorial, quoique Diego Garcia l’attribue aux rivières de la côte de Guinée : « Hay, dit-il, grandes corrientes que salen de los rios de Guynea que abaten los navios à la vanda del Norueste, » En effet, une branche du courant équatorial se détache de celui-ci vers le 25° degré de lonilude ouest, el porte au nord-ouest,

Enfin ces pilotes avaient trouvé la raison que nous donnons aujourd'hui des calmes, folles brises et pluies aussi continuelles qu'abondantes qui distinguent cette zone entre toutes les autres,

Voici les propres paroles de ce même Diego Garcia :

« Ay dende las yslas del Cabo Verde al cabo de S. Agostin quinientas leguas de traviessia !*, e todas las mas dellas se navegan con muchas gurpades e agua del cielo que esto causa la grant calma que da la linea quinucial, porser la cabsa del Sol prencipal, la tiene el Sol mui caliente de contino, y esta esla causa porque de contino ay gurpades en ella. » (Des îles du Cap Vert au cap Saint-Augustin il y a une traversée de 500 lieues pendant lesquelles on navigue avec beaucoup de grains et ile pluies : cause du grand calme que donne la ligne équinoxiale et produits principalement par le soleil. Elle [la Ligne] a continuellement le soleil très chaud, et c’est la cause pourquoi il ya toujours des grains.)

Cette opinion est d'accord avec ce que nous enseigne la méttorologie ‘*. La zone des calmes équatoriaux sépare la région des vents alizés du nord-est de celle des alizés du sud-est. La rencontre des vents alizëés arrivant vers l'équateur en sens contraire produit dans cette zone un équilibre d'air, c’est-à-dire l'absence de couants atmosphériques dans le sens horizontal.

Les vents alizés sont produits par le grand échaulfement de la zone équatoriale dont les couches d'air inférieures, échauflées, s'élèvent en vertu de leur moindre densité vers les régions supérieures de l'atmosphère. Il se produit alors, pour les remplacer,

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un afflux de masses d’air froid du pôle vers l'équateur, La direction de ce transport d'air du nord au sud pour l'hémisphère nord et du sud au nord pour l'hémisphère sud, modifiée par la rotation de la terre, donne lieu aux vents alizés du nord-est dans l'hémisphère nord, et aux vents alizés du sud-est dans l’hémisphère sud,

On peut done dire que la température élevée de la zone torride est la cause des calmes et des vents alizés, Elle est aussi la cause des pluies abondantes des régions équatoriales, parce que l'air chauflé qui s'élève en vertu de sa moindre densité, est chargé de vapeur d’eau provenant de la grande évaporation de la mer que produit l'élévation de température de cette région. Cette vapeuren arrivant dans les régions supérieures de l'atmosphère, plus froide, se condense et tombe en pluie dans la zone torride dont elle ne peut être éloignée par les vents puisque cette zone est une région de calmes et de brises variables locales. Diego Garcia était donc absolument dans le vrai, lorsqu'il attribuait les pluies et les grains incessants, ainsi que les calmes des régions équatoriales, à la grande chaleur continuelle de cette zone.

En résumé, dans cette discussion, un fait domine tous les autres et confirme les critiques des pilotes de l'expédition ainsi que les nôtres : avec des navires en parfaite condition et des équipages au complet, sans troubles atmosphériques insolites en cette partie de l'Atlantique, Cabot alla se jeter tête baissée dans les régions que tout navigateur expérimenté cherchait à éviter, et ce fut seulement après avoir été ballotté par les vagues pendant deux longs mois, mai et juin, qu’il put sortir de ce que les marins appellent familièrement le Pot-au-noir. Ge fut aussi malgré lui que sa flotte vint atterrir à Pernambuco. Et quand il voulut continuer sa route, trois mois encore s’écoulèrent avant de réussir à doubler le cap Saint-Augustin, à cause des courants et des vents contraires, prédits par ses pilotes et qu’il n'avait pas su prévoir.

Les conséquences de ces fautes furent désastreuses. Obligé désormais de longer le littoral, Cabot alla perdre sur les récifs du canal de l’île Sainte-Catherine son vaisseau amiral et presque tout l'armement de l'expédition. Ne pouvant plus et ne voulant pas d’ailleurs traverser le détroit de Magellan ni s’aventurer dans l’océan Pacifique, comme le portaient ses instructions, Cabot vint achever sa perte sur les rives désolées des fleuves de la Plata, Il y

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18 SÉBASTIEN GABOT

sacrifia ses dernières ressourees et vit la plupart de ses compagnons succomber sous les flèches des Indiens ou périr de faim et de désespoir,

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