‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 114 sur 155 · DÉFENSE · texte numérisé non relu

DÉFENSE

tout meurtri, qu’il écrivit sa Défense. L’acte d’accusation, rédigé en allemand, portait sur des griefs dont l’invraisemblance fait pitié. Mais il les relève quand même, l’un après l’autre, et avec sa vigueur et sa netteté de vieux champion de la justice et du libre examen, il les réfute en phrases brèves. Je ne crois pas qu’on ait jamais intégralement publié en français ces quelques pages \

Je les donne ici, car mieux que toutes les appréciations, elles font revivre l’admirable conscience de cet être d’humilité et de foi, qu’aucune force humaine n’a pu soumettre, parce qu’il ne s’inclinait que devant son Dieu :

«Très gracieux Seigneurs, le «Hector Magnifiais» et quelques docteurs et pasteurs de la ville, m’ont fait savoir que vous aviez reçu des lettres qui contiennent de graves accusations à mon égard. J’étais, en effet, l’objet de deux plaintes, l’une tirée d un pamphlet de Théodore de Bèze2, l’autre concernant une traduction des dialogues d’Ochino. 3

1 Le texte que j’ai traduit est donné en appendice dans l’édition de 1612 du Contra Libellum Calvini avec quelques autres pièces, parmi lesquelles se trouve (à côté de quelques extraits de Calvin) un court récit de la mort de Servet, que Moscheim attribue à Castellion, et qui se trouve comme Appendice dans le Traité des Hérétiques.

Il s agit de la réponse de T. de Bèze à la Défense que Castellion avait publiée au sujet de ses traductions de la Bible.

En P. S. a cette Defense, et comme s’il n’attachait aucune valeur à cette dernière accusation, Castellion écrit : « En ce qui concerne la traduction d Ochino, je ne pense pas qu’on puisse m’en faire un grief, car j’ai traduit ce livre (comme j’ai traduit ses autres ouvrages). Un traducteur n’est pas un juge. Je vis de ma plume. Ces traductions me sont une ressource appréciable pour nourrir ma famille. D’ailleurs l’éditeur pour lequel je travaille, m a dit qu il avait fait examiner le manuscrit par les censeurs et qu’il avait obtenu l’autorisation d’imprimer. »

DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE

Sur ma demande, on m’a communiqué la partie de la lettre où je suis en cause et au sujet de laquelle on me mettait en demeure de répondre. J’ai demandé qu’on m’en donnât copie, afin que, étant accusé par écrit, je puisse répondre par écrit. Mais votre autorisation faisant défaut, cette demande fut refusée. D’ailleurs, ces Messieurs pensaient que je pouvais répondre de mémoire aux accusations dont je suis l’objet. Je me suis décidé à le faire, et ayant noté les références paginales du livre dè Bèze, je m’y suis reporté, et voici ce que j’ai à répondre aux calomnies de cet accusateur, dans la mesure où je puis m’en souvenir et tes comprendre.

En ce qui concerne tes autres accusations, je suis prêt à tes réfuter, publiquement et par écrit, de la même façon que j’ai été accusé. Je vous conjure, très cléments magistrats, de m’écouter dans ma défense avec la disposition d’esprit que vous voudriez trouver, en pareil cas, chez vos juges.

En premier lieu, je suis accusé d’être un libertin. Or, je suis aussi éloigné du libertinage que 1e ciel peut l’être de la terre. J’invoque ici, en témoignage d innocence, la totalité de mes écrits, de mes paroles et de mes actes, examines sans parti pris. C’est pourquoi, avant toutes choses, je somme mon accusateur de prouver ce qu’il dit. S il ne 1e prouve pas, il s’ensuit naturellement et nécessairement que c’est un calomniateur et s’il n’éprouve aucun trouble moral d avoir accusé un innocent, j’affirme qu’il est fort près lui-même de l’hérésie des libertins.

L’accusé relevait la tête et parlait avec autorité. Etant donné son état de santé, ses adversaires ne l’auraient sans doute pas cru :

1 L’acte d’accusation était écrit en allemand. Castellion ne lisait l’allemand qu’avec difficulté, et ce détail rend encore plus inexplicable et plus cruelle la mesure de ses juges qui lui refusaient copie des accusations qu’on portait sur lui.

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