‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 113 sur 155 · DE TH. DE BÈZE · texte numérisé non relu

DE TH. DE BÈZE

éteintes contre la meute hurlante de ses adversaires. La violente réponse que Théodore de Bèze avait faite à la Défense si modérée de ses traductions constituait une véritable dénonciation. Les pasteurs calvinistes de Bâle avaient immédiatement saisi le Sénat, et Théodore de Bèze put bientôt écrire avec des accents de triomphe : « Cette mienne réponse dédiée aux pasteurs de l’Eglise de Bâle fut cause que Castellion fut appelé par l’Eglise et, par suite, par la Seigneurie. Il lui fut enjoint de répondre à ce dont je le chargeais et que je m’offris à prouver par ses écrits. » 1

Les Réformateurs de Genève triomphaient. En CASTELLION MIS

. . . .. v EN ACCUSATION

certain Adam de Bodenstem consentit a se porter partie civile et Castellion dut comparaître devant les magistrats. Le voilà donc impliqué dans une nouvelle affaire. C’est la procédure de Calvin contre Michel Servet qui va recommencer. Les Réformateurs prennent goût aux procès en hérésie ; mais cette fois, celui qu’on poursuit est un homme dont l’influence littéraire ou religieuse s’exerce dans tous les milieux cultivés de l’Europe, et on ne peut pas le jeter dans un cachot. Il va cependant mesurer le danger qu’il y a « à regarder le soleil en face 2 ».

1 Vie de Calvin, édition Franklin, page 118.

2 Expression de Castellion lui-même, dans une lettre à Zurkinden.

C’est là évidemment une accusation que ses adversaires ne produiront pas. Elle domine cependant tout le débat, comme elle dominait jadis toutes les poursuites. Mais voici qu’à la grande joie de son accusateur, réduit à puiser les raisons de sa plainte dans les livres de Théodore de Bèze, un événement nouveau se produit qui devait fort inopinément fortifier son dossier. Castellion avait traduit, pour un éditeur de Bâle, un livre de Bernard Ochino, le pasteur des réfugiés de Zurich h Ce livre composé de trente dialogues (c’était d’ailleurs son titre) examinait, au point de vue critique, les dogmes essentiels du Calvinisme : la trinité, l’expiation, la divinité du Christ, les sacrements, etc. Dans le dialogue concernant le mariage, Ochino posait incidemment la question de la moralité des peuples polygames. Les considérations qu’il présentait à ce sujet pouvaient, à condition d’être savamment exploitées, donner lieu à de graves accusations. C’est à Strasbourg que Bodenstein apprit l’événement. Immédiatement il s’en empara et porta plainte, adjurant les magistrats de Bâle de ne pas tolérer de semblables monstruosités. Les magistrats émus

1 Ochino avait été général de l’ordre des Capucins et confesseur du Pape Paul III. Converti à la Réforme, il fut nommé pasteur d’abord à Genève,, puis à Londres et enfin à Zürich. Il s’était nettement prononcé contre la mort de Servet. Ses tendances individualistes lui firent de nombreux adversaires. Il écrivit des études critiques fortement pensées et documentée» sur les doctrines calvinistes.

DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE

sévirent avec quelque intempérance. Ocliino destitué. chassé de Zurich, dut sortir de la ville, en plein hiver, avec ses enfants tout jeunes. Son grand âge ne lui permettait pas de longues étapes. Sur sa route, il trouva toutes les portes closes. Avertis par ses adversaires, les hôteliers lui refusaient l’hospitalité. Les villes se fermaient devant lui. C’est ainsi qu’il traversa Bâle, Mulhouse, Francfort et, partout, des ordres mystérieux lui réservaient le même accueil. Il put se réfugier quelque temps à Nuremberg où il écrivit une éloquente défense et se rendit en Pologne. Mais un décret royal l’expulsait, à peine arrivé, et pauvre, abandonné de tous, il mourut sur la route de la Moravie (1566).

Le sort qu’on réservait à Castellion était-il de même nature ? Peut-être, dans la pensée de ses adversaires ; mais il semble bien (si l’on en croit les craintes de l’un d’eux) que, l’opinion publique lui étant favorable, les magistrats y eussent regardé à deux fois, avant de le condamner. Castellion d’ailleurs devait échapper à ces nouvelles poursuites. En proie depuis de longs mois à une fièvre intense, brisé par de graves douleurs d’estomac qu’un régime sévère n’arrivait pas à dissiper, épuisé par le surmenage et les veilles, les soucis et les privations, Castellion ne devait pas résister à ces secousses multiples.

C’est dans l’intervalle des crises qui le laissaient

5 MARTYRE d’OCHTNO

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