DES AUTRES ACCUSATIONS
Voilà ce que j’écris encore et ce que je pense du Christ, de l’Esprit et de l’amour. Et je redoute si peu ce crime qu’à nouveau j’affirme vraies mes paroles, à nouveau je les certifie et les proclame.
Les circonstances les confirment et l’avenir les prouvera mieux encore. Espérer qu’on peut, sans l’esprit du Christ et sans 1 amour, faire de l’harmonie avec les controverses c’est comme si sans eau, avec seulement de la chaux et du sable, on espérait faire du mortier. 1 J’ajoute cependant ceci : c’est que mon accusateur se contredit, car si je suis un libertin, je ne puis être ni papiste ni anabaptiste ; si je suis anabaptiste je ne puis être ni papiste, ni libertin, car ces trois sectes, et j’y joins celle des académiques, s’excluent respectivement, l’une l’autre, exactement comme s’excluent l’eau et le feu. Il me serait facile, certes, de le prouver, mais j’ai la conviction que ce sont là des choses qui vous sont familières.
Il y a bien encore, très gracieux Seigneurs, quelques crimes dont me chargent Bèze et Calvin, mais de ceuxdà vous pouvez très facilement en juger sans ma défense. Je tiens toutefois a en relever deux en passant. Us m’accusent d’avoir traduit la Bible sous l’inspiration et la dictée du diable. Vous pouvez juger par là de la vraisemblance de leurs allégations ! Us m’accusent aussi d’avoir volé avec une gaffe, le bois de mon prochain. Voilà un fait, très gracieux Seigneurs, qui vous permet juger de la mentalité de mes accusateurs. Si vous accordiez quelque crédit à une semblable accusation, il faudrait impliquer dans les poursuites tous mes voisins, une multitude de pécheurs, de nombreux citoyens de Bâle, c’est-à-dire en moyenne plus de trois cents personnes qui, avec moi, aux yeux de tous, ont \ oie le même bois flottant. Ce fait publié ouvertement dans des livres qui courent le monde, mes adversaires l’inter-, prêtent comme un vol. Jugez vous-même, de leur valeur et pensez à quoi ils peuvent en venir, lorsque la haine les pousse.
Componere has controversias. L’image familière dont se sert Castellion semble reposer sur l’idée d’harmonisation, d’union.
DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE
Mes écrits ? Us les ont interprétés avec le même succès et le même bonheur que ma gaffe.
Si mon accusateur consent à prouver ces choses et toutes celles que Calvin et Bèze me reprochent dans leurs écrits, c’est très simple : qu’il vienne devant votre Sénat et, en sa présence, en langue allemande même (quoiqu’en allemand je ne m’explique qu’avec de grandes difficultés) je suis prêt à plaider. C’est avec confiance que je me tourne vers vous, gracieux Seigneurs ; puisqu’on m’attaque avec tant de passion, j’implore de vous, et de toute mon âme, la permission de me défendre. Si je ne devais pas l’obtenir, si par malheur il ne m’était pas permis de répondre, je vous en conjure, faites, tout au moins, que mon silence ne me soit pas imputé à crime. Si Calvin et Théodore de Bèze sont de bonne foi, qu’ils comparaissent eux-mêmes et qu’ils prouvent devant vous, mes juges, les crimes dont ils m accusent dans leurs écrits. Pour moi (malgré que, vous le comprendrez, j’aie en l’excellence de ma cause une foi absolue), s’ils arrivaient à prouver ces crimes, j’offre volontiers ma tête au juste supplice. S’ils n’ont pas conscience d’avoir mal agi, ils ne doivent pas craindre le tribunal de Bâle, puisqu’ils n’ont pas craint de m’accuser devant le monde entier. .J’ai 1 espoir, ô très gracieux Seigneurs, que vous serez, en cette circonstance comme en tout, (et comme vous l’avez été pour moi-même récemment) les vicaires de Dieu. Je sais que vous êtes uniquement préoccupés d’établir du vrai, et que vous vous appliquerez avec la même prudence à ne vous prononcer qu’après un examen très consciencieux. Grands, puissants, sont mes adversaires et mes accusateurs, mais Dieu aussi est puissant, lui qui juge sans acception de personne ; moi, je ne suis qu’un pauvre homme, très humble et sans prestige, mais c’est vers les humbles que Dieu regarde et il ne laisse pas impuni leur sang, lorsqu’il est versé iniquement. En un rien de temps, il est facile à un être de méchanceté de faire une blessure, mais il se peut aussi que la blessure faite, des centaines de médecins y épuisent leur science et que d’innombrables années