‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 147 sur 155 · LES TROIS ÂGES · texte numérisé non relu

LES TROIS ÂGES

tudes spirituelles, toutes les tentatives généreuses, tous les efforts moraux, tous les enthousiasmes désintéressés, toutes les victoires humaines, tous les progrès sociaux, sont une réponse à son appel ! L’histoire est la démonstration de son incessante recherche.

Au-dessus de ces pages de foi ardente, que Castellion écrivait dans une hâte fébrile, comme si la mort le pressait d’agir, on sent planer une doctrine qu il avait jadis esquissée, dans un de ses dialogues, et qu’il me semble nécessaire de reproduire ici. C’est la clef de voûte de cette philosophie de la Religion qu’il formulait si heureusement, et qui, se ramenant à une évolution spirituelle indéfinie, a pour toujours posé le fondement et établi le processus de la Religion de l’Esprit.

Castellion suppose trois âges : l’âge de la Loi, l’âge du Christ, et l’âge de l’Esprit. La Loi, extérieure et contraignante, a soumis longtemps les volontés rebelles. Discipline austère, elle était, dans l’enfance de l’humanité, l’expression de la volonté divine.

Puis est venu le Christ : ü a transposé les valeurs religieuses ; il a révélé aux hommes, une loi intérieure dont le caractère obligatoire était purement moral. Il a enseigné à l’humanité, dont l’adolescence laborieuse avait besoin de certitudes, des vérités spirituelles, qui lui ont permis d’arriver à une communion plus intime avec Dieu.

LE PROGRÈS RELIGIEUX

Mais c’était là encore une Révélation incomplète. Le Christ du quatrième Evangile le déclare très nettement : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas encore les porter ; l’Esprit de vérité viendra et il vous dirigera dans toute la vérité. 1 » Aux directions du Christ des Evangiles, succèdent les directions de l’Esprit de Vérité :

« Et comme dans la vie corporelle, écrit Castellion, c’est un même souffle vital qui anime successivement l’enfant, l’adolescent et l’homme, ainsi, dans l’ordre spirituel, c’est un seul et même Dieu qui commence au moyen de la loi, qui poursuit par l’Evangile, et qui achève par l’Esprit, 1 avenement de l’humanité normale. » 2

C’est là une notion de l’évolution religieuse que les libres croyants de notre époque, si émancipés qu’ils puissent être, n’ont pas dépassée.

L’heure de la justice a sonné pour Castellion. Non seulement sa pensée a vaincu celle de ses adversaires, non seulement ses doctrines sont admises dans les églises de la Réforme, mais par la hardiesse de sa méthode, fille des principes réformés, par sa foi en une Révélation incessante et progressive, par sa géniale intuition spirituelle, il a posé, au sein de la Réforme du XVIème siècle, les fondements du Christianisme de l’avenir, Religion d’Esprit et de

1 Jean XVI : 12.

2 De liber, arbitr. p. 144—145. (Dialogue II).

vie, où, peut-être, se réalisera le rêve de l’humble galüeen qui, près des murs de Sichem, prédisait l’avénement de ce culte en esprit et en vérité , dont Eenan disait qu’il est la Eeligion éternelle.

APPENDICE

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