MALADE, SONGE À SE RETIRER
que son enthousiasme de la première heure était tombé. La sourde inimitié qu’il sentait en Calvin lui était une souffrance, car il s’était donné de tout cœur à sa tâche et il avait le sentiment que les résultats acquis ne démentaient pas sa bonne volonté. D’autre part, le Conseil, absorbé par les ravages du fléau, n’avait pas pu songer aux réparations, pourtant urgentes, des locaux du Collège. Castellion habitait un rez-dechaussée humide et obscur, où sa santé périclitait de jour en jour. Or, à ce moment, une famine survint qui réhaussa considérablement le prix des vivres et plongea les gens modestes dans une grande misère. Castellion qui, avec un traitement ridicule, devait pourvoir aux frais du Collège et au traitement de ses deux bacheliers, dut s’imposer des privations sans nombre. Il tomba malade et il songea à se retirer. Il fit connaître sa situation aux pasteurs qui s’en émurent et, le 8 Octobre 1543, ces derniers, après une remontrance au Conseil disant que «Maître Bastian était tout malade «et qu’il ne pouvait plus demeurer là», demandèrent qu’on lui trouvât «une maison sur haut.» En même temps, les pasteurs communiquaient au Conseil que Castellion désirait se retirer. Il resterait tant qu’on n’aurait pas trouvé de remplaçant, mais il avait résolu de quitter le Collège.
Depuis quelque temps déjà, Calvin qui était
CASTELLION À GENÈVE
au courant des projets du jeune professeur lui cherchait un successeur en France.
On lui avait parlé d’un précepteur de famille noble, du nom de Philibert. «J’ai fait venir Phili- «bert, écrit-il à t iret, peut-être pourra-t-il être «mis à la tête des écoles car Sébastien déclare « qu’il ne peut garder plus longtemps cette charge, » Et, sans tarder, il proposait la candidature de Philibert qui fut agiéée, en principe, par le Conseil. La facilité avec laquelle Calvin s’était empressé d’accepter et de proposer au Conseil la démission du jeune Principal, la hâte qu’il avait mise à se décider pour un jeune professeur sur lequel il n’avait que de très vagues renseignements, la précipitation avec laquelle il avait fait procéder à la nomination de cet inconnu dont le nom ne figure même pas dans les Actes du Conseil, tandis que, jadis, pour le même objet, on avait cru devoir perdre de longs mois afin de s’assurer le concours d’un homme de haute valeur, toute cette procédure rapide, expéditive (alors que Castellion s’étant offert à garder sa fonction, jusqu’à l’arrivée de son successeur, il n’v avait nullement péril en la demeure) tout cela paraît bien inexplicable, de la part de Calvin, s’il n’avait, par avance, décidé d’écarter Castellion de son chemin. Cela n’échappa peut-être pas à tous les membres du Conseil et nous en trouverons la preuve